Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

Yom Kippour




(10 Tichri)









Kippour, le "Grand Pardon", est la fête la plus connue, et la plus respectée par les Juifs du monde entier: c'est pour tous un événement spirituel et psychologique exceptionnel.

Il signifie que l'être humain n'est pas prisonnier de son passé: quelles que soient les fautes, les erreurs, les violences qu'il aurait pu commettre, il  peut en être pardonné.
L'homme qui décide de changer, de se remettre en question, et d'être en accord avec lui-même devient libre. Pardonné, il s'ouvre sur l'infinité du temps.

Le "Juif de Kippour" ressemble à un fils parti en voyage qui revient plein de nostalgie vers la maison paternelle: Kippour souligne que l'Eternel, tel un père miséricordieux, pardonne à ceux qui font amende honorable, quelle que soit leur religion, leur culture et leur passé, comme les habitants de Ninive à l'époque du prophète Jonas.
 

Trois voies essentielles mènent à ce Pardon:
1. la prière, dans laquelle on énumère ses fautes et on demande pardon;
2. le jeûne strict (voir ci-dessous, et page sur Ticha BeAv), pour se consacrer entièrement à cette révolution spirituelle;
3. l'aumône - צדקה Tsedaka, littéralement "justice rétablie"* - marquant l'importance que l'on accorde à l'autre, en particulier au plus pauvre.


Yom Kippour est l'apogée des des dix premiers jours de l'année, jours de pénitence commencés à Roch HaChana.
Le jeûne strict dure depuis le coucher du soleil jusqu'à la nuit tombée le lendemain soir.

Ce jour de jeûne et d'abstinence appelle le fidèle à revenir vers l'Eternel d'un cœur sincère et à se réconcilier avec son prochain.
Pour le prophète Isaïe**, le jeûne de Kippour n'a de sens que si chacun comprend qu'il vit pendant vingt-cinq heures la condition de l'indigent, pour ensuite s'investir pour aider les plus démunis.
Cinq prières rythment ces vingt-cinq heures de jeûne - qui se termine par la sonnerie du Chofar- entendue comme un écho d'espoir er de libération.



La veille du jeûne, on a coutume de donner de l'argent ou de la nourriture aux pauvres.



A cet effet, on trouve dans les magasins juifs du monde entier - et en Israël dans les rues, creusés dans le mur des maisons ou accrochés aux arbres comme ici des "troncs de Tsedaka*".



On accomplit un rite appelé Kapara (Kaparot au pluriel), au cours duquel on fait tourner sur la tête de chacun un poulet ou une poule - que l'on tue ensuite rituellement, et que l'on donne aux pauvres (on peut remplacer l'animal par sa valeur en argent). On se débarrasse ainsi symboliquement du poids de ses fautes.


Vers le milieu de l'après-midi on fait un dernier repas de fête avant le jeûne, puis la maîtresse de maison allume les deux bougies (les Nérot chel Shabbat) en rendant grâce à Dieu, source de toute Lumière et Lumière de son peuple, comme pour Shabbat.


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לא־יועילו אוצרות רשע וצדקה תציל ממות׃
לא־ ne pas - יועילו profitent - אוצרות des trésors de - רשע méchanceté - וצדקה et la justice - תציל délivre - ממות de la mort
"Trésors mal acquis ne profitent pas, mais la justice délivre de la mort".
(Proverbes 10,2)

**
ותפק לרעב נפשך ונפש נענה תשביע וזרח בחשך אורך ואפלתך כצהרים׃
ותפק et tu offres - לרעב à celui qui a faim - נפשך ton être - ונפש et l'être de - נענה un malheureux - תשביע tu rassasies - וזרח alors se lèvera - בחשך dans l'obscurité - אורך ta lumière - ואפלתך et les ténèbres - [seront] כצהרים comme le midi
"Si tu te prives pour l'affamé et si tu rassasies l'opprimé, ta lumière se lèvera dans les ténèbres, et l'obscurité sera pour toi comme le milieu du jour".
(Isaïe 58,10)

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DINIM & LOIS PRATIQUES
 

Veille de Kippour

1 - C'est une mitsva, pour l'homme et la femme, de manger la veille de Kippour et de multiplier les collations, aussi est-il interdit de jeûner  ce jour, quelle qu’en soit la raison, et cette mitsva n'est valable que le jour et non la nuit qui précède la veille.
(Maran 604, 1. Rama ibid. Resp. Yabia omer I, 37 et Yéhavé daat I, 58)
 
2 - Il est licite la veille de Kippour de prendre des médicaments (pilules, granulés homéopathiques) ou des coupe-faim afin de mieux supporter le jeûne de Kippour, du fait que l'action est antérieure à Kippour.
(Resp. Tsits Eliezer VII, 32. Resp Helkat Yaakov II, 58.)3 -
Durant les Sélihot de la veille de Kippour, on récitera les supplications, mais non à l'office de chaharit, car la veille de Kippour possède un caractère de fête. La coutume de nombreuses communautés séfarades est de réciter avinou malkénou à chaharit et à minha. De même, il est de coutume d'annuler les vœux (hatarat nédarim) après chaharith.
(Ben ich Haï paracha vayélekh 4. Kaf hahaïm note 23.)

3 - Les fautes vis-à-vis du prochain ne sont pardonnées à Kippour que si l'on s'est réconcilié avec l'offensé.
(Maran 6906, 1.)
 
4 - C'est un acte de grande piété filiale d'embrasser la main de ses parents et de leur demander pardon. Et même s'ils ne sont pas pratiquants, il est louable d'agir ainsi, car par excès de zèle religieux, les enfants ont peut-être négligé le respect dû à leurs parents. L'élève agira de même vis-à-vis de son maître.
(Ben ich Haï ibid. 5 et 6.)
 
5 - C'est une bonne coutume de se tremper au mikvé, la veille de Kippour. Et quiconque ne peut se tremper au mikvé, versera sur son corps, au moyen d'une douche, un minimum de 12,5 litres d'eau
(Maran Ibid. 4. Hayé Adam 144, 7.)
 
6 - On récitera minha, en ajoutant la proclamation des fautes vidouy et la prière de al het (cf. livre de Kippour) suffisamment tôt, pour avoir le temps de prendre le dernier repas d'interruption.
(Maran 607, 1 et Rama ibid.)
 
7 - On n'encombrera pas son estomac par une nourriture difficile à digérer et qui empêcherait de se concentrer convenablement pendant l'office.
(Maran ibid. Rama ibid.)
 
8 - Les femmes allumeront les bougies la veille de Kippour comme pour le Shabbat et réciteront la bénédiction léadllik ner chel yom hakipourim. Certaines femmes ne récitent pas la bénédiction chéhiyanou, et penseront à s'acquitter par la bénédiction de l'officiant.
(Ben ich Haï ibid. 9. Kaf hahaïm 610, note 12. Resp. Yéhavé daat III, 45)
 
9 - Les parents ont l'habitude de bénir leurs enfants avant d'aller à la synagogue, afin qu'ils soient inscrits dans le livre de la vie, et que l'Eternel les aide à grandir dans le chemin de la Torah et des mitsvot.
(Hayé Adam ibid. 19.)

 
Jour de Kippour

1 - Le jour de Kippour est marqué de cinq interdits qui concernent les hommes et les femmes :
- Interdiction de travailler
- Interdiction de manger et boire
- Interdiction de se laver ou de s'enduire de crème
- Interdiction de mettre des chaussures de cuir
- Interdiction de l'intimité conjugale
Et la transgression du premier et deuxième interdits entraîne la peine de karet « retranchement ».
Certains voient dans ces cinq interdits, une allusion aux cinq sens, par lesquels les informations pour faire le bien ou le mal nous arrivent.
(Maran 611, 1. Kaf hahaïm 6)
 
2 - Tous les interdits de Shabbat s'appliquent au jour de Kippour, que ces interdits soient d'ordre toraïque ou rabbinique.
(Maran ibid. 2)
 
3 - Une femme enceinte ou qui allaite jeûnera à Kippour. A une femme enceinte qui aurait une envie, on lui soufflera à l'oreille que c'est Kippour, si l'envie persiste, elle pourra manger jusqu'à ce que son esprit se calme.
(Maran ibid. 617, 1 et 2. Michna béroura note 1)
 
4 - Une femme qui a accouché le 8 ou le 9 tichri ne jeûnera pas. Si elle se trouve dans la semaine d'une naissance, elle jugera en fonction de sa force, si elle se sent faible, elle pourra manger.
(Maran ibid. 4)
 
5 - Un malade au sujet duquel un médecin (juif ou non-juif) dirait qu'il doit manger, même si le danger est à long terme, devra suivre l'avis médical et mangera ; et s'il refuse, on l'obligera. Si le malade, tout en sachant que c'est Kippour, dit « je dois manger », même si cent médecins disent qu'il ne doit pas manger, mangera, car seul l'homme connaît les souffrances de son cœur.
(Maran 618. Kaf hahaïm 10. Resp. Yéhavé daat I, 61)
 
6 - Ainsi procédera-t-on pour donner à manger à un malade ou à une femme qui vient d'accoucher :
On préparera la veille des mini-collations (pain + accompagnement) de moins de 30 g chacune. Le malade mangera une mini-collation, attendra 10 minutes, prendra la deuxième mini-collation, attendra 10 minutes etc. jusqu'à ce que le danger soit écarté. En ce qui concerne la boisson, le malade boira des quantités de moins de 40 g toutes les cinq minutes. Mais si la soif est trop importante, on pourra lui donner à boire avec une grande cuillère, jusqu'à l'étanchement de cette soif. Mais si le médecin affirme que le malade doit manger normalement jusqu'à satiété et que le malade est d'accord, on suivra l'avis du médecin.
Si l'on a oublié de peser les aliments la veille, on pourra le faire le jour de Kippour, puisqu'il s'agit d'accomplir une mitsva.
(Maran 612, 10. 618, 7. Resp. Yéhavé daat VI, 39.  Yabia omer II,31. Resp Tsits Eliezer IX, 17).
 
7- Si un malade mange à Kippour, il dira yaalé véyavo dans le birkat hamazone.
(Maran ibid.10)

8 - Un enfant de moins de 9 ans ne jeûnera pas du tout, et même s'il veut jeûner, on le forcera à manger. Au-delà de 9 ans, on peut l'initier au jeûne en décalant l'heure du petit déjeuner ou le faisant jeûner jusqu'à midi. Et on ira toujours selon la nature de l'enfant.
(Maran 616, 2 et Rama. Resp. Yéhavé daat II,72)
 
9 - Il est permis de respirer des parfums ou des fruits le jour de Kippour, mais on n'oubliera pas de réciter la bénédiction. De même l'on peut priser du tabac.
(Hayé Adam 145, 33. Resp Péoulat tsadik I, 178)
 
10 - Il est interdit de se laver soit à l'eau chaude soit à l'eau froide, même les mains. Le matin au lever ou en sortant des toilettes, on ne versera l'eau que sur les doigts. Si cependant les mains sont sales, il sera licite de les nettoyer, car seul le lavage d'aisance est interdit. Si les yeux sont sales on y passera un peu d'eau avec les doigts humides.
(Maran 613, 1 à 3. Michna béroura note 9)
 
11 - On ne mettra pas de chaussures de cuir, mais l'on pourra porter des chaussures de toile, de caoutchouc ou en synthétique. On initiera les enfants à cette conduite d'humilité.
(Maran 614, 2 et 3. 616, 1)
 
12 - L'intimité conjugale est interdite, et l'on appliquera en ce jour les règles de la période de nidda.
 
Offices de Kippour

1 - Pour l'office du soir de Kippour, on se recouvrira de son talit, afin de s'imprégner de la crainte du jour. Si l'on se couvre avant le coucher du soleil, on récitera la bénédiction, sinon, non.
(Kaf hahaïm 619, note : 2)
 
2 - L'habitude est de réciter kol nidré (prière de l'annulation des vœux), avant le coucher du soleil, car on n'annule pas les vœux le Shabbat et les fêtes. Mais dans beaucoup d'endroits on le récite à la nuit tombée, en se basant sur des décisionnaires qui autorisent pour la circonstance.
(Rama 619, 1. Kaf hahaïm ibid. notes 25 et 28. Resp. Yéhavé daat I 59)
 
3 - Avant de réciter le kol nidré, certaines communautés sortent trois sifreiTorah, d'autres sept, voire tous; dans des petites communautés on ne peut en sortir qu'un seul, chacun suivra sa coutume.
(Kaf hahaïm 619 notes 15 et 16)
 
4 - Le ministre officiant récitera la bénédiction chéhiyanou, et pensera ainsi acquitter la communauté, c'est pourquoi les fidèles ne réciteront pas baroukh hou ou baroukh chémo, mais seulement amen, à la fin de la bénédiction.
 
5 - L'officiant sera assisté de deux assesseurs, l'un à droite, l'autre à gauche, en référence à Moïse qui se tenait sur la colline, soutenu par Aaron et Hour, au moment de la guerre contre Amalek, Amalek symbolisant ici le mal qu'il faut extirper de notre cœur.
(Maran ibid. 4. Kaf hahaïm note 43)
 
6 - A l'office de arvit et de chaharit, on prononcera baroukh chem kévod… du shema Israel à voix haute, comme les anges, car Israël est comparé à des anges durant Kippour - C'est l'une des raisons pour laquelle on se recouvre du talit.
(Maran ibid. 2. Michna béroura note 8)
 
7 - On commencera l'office de bonne heure, pour ne pas dépasser l'heure de moussaf. On ne récitera pas la bénédiction chéassa li kol tsorkaï (béni sois-Tu Eternel … qui as pourvu à tous mes besoins) qui concerne plus particulièrement les chaussures de cuir, puisque ce jour, le port de telles chaussures est interdit.
(Ben ich Haï paracha vayélekh 17. Resp. Yabia omer II, 25)
 
8 - Le matin, on sortira deux sifreiTorah, on fera monter six personnes pour le premier (le Shabbat, sept), et le maftir lira dans le second. Bien que certains décisionnaires refusent que l'on dépasse ce nombre, la coutume s'est répandue de faire monter de nombreuses personnes (surtout celles qui n'ont pas l'habitude de monter durant l'année), l'essentiel étant de ne pas dépasser le temps de moussaf.
(Maran 621, 1. Michna béroura note 3)
 
9 - Les communautés sépharades ont l'habitude de réciter la akédat itshak (ligature d'Isaac) de rabbi Yéhouda Halévy avant minha. Et si l'on a retiré son talit après moussaf et qu'une demi-heure au moins se soit écoulée avant de le remettre pour minha, on récitera la bénédiction, sinon, non.
(Maran 622, 1. Kaf hahaïm 4. Kol Sinaï 32)
 
10 - Pour minha, on sortira un séferTorah, et on appellera trois personnes, dont le maftir, qui récitera le kaddish après la haftara.
 
11 - L'office de néila doit commencer une demi-heure avant le coucher du soleil, de telle sorte que les cohanim puissent réciter leur bénédiction avant le coucher du soleil. Mais si le soleil est couché, tant que trois étoiles ne sont pas apparues dans le ciel, ils pourront encore réciter.
(Resp. Yéhavé daat VI, 40)
 
12 - Dans la prière de néila on remplacera kotvnénou (écris-nous dans le livre de la vie) par hotménou (scelle-nous… ); a posteriori si l'on a dit kotvénou, on est quitte. (Rama 623. 2. Resp. Beer Moché III, 96)
 
13 - A la sortie de Kippour, on récitera la havdala sur le vin, mais non sur les parfums. Si le feu de la veilleuse a été allumé avant Kippour on récitera la bénédiction boré méoré aech, sinon, on s'abstiendra d'allumer une flamme pour l'occasion.
(Kol Sinaï 37. Resp. Yéhavé daat I, 63. Resp. Igrot Moché IV, 122)
 
14 - On mangera et boira avec joie à la fin de Kippour, car le lendemain a un caractère de fête. Et le Midrash applique à ce moment le verset de l'Ecclésiaste, Qohélet 9,7:
לך אכל בשמחה לחמך ושתה בלב־טוב יינך כי כבר רצה האלהים את־מעשיך׃
« Va mange ton pain dans la joie, et bois d'un cœur joyeux ton vin, car l'Éternel a agréé tes œuvres. »
Et ceux qui sont vigilants dans l'accomplissement des mitsvot s'occuperont le soir même des préparatifs de la souccah, à défaut on étudiera quelques lois de la fête.
(Rama 624, fin. Michna béroura 15)
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