Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven


Le Triduum Pascal


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Jeudi Saint


1. La Messe Chrismale*

La Messe Chrismale, que l’évêque concélèbre avec des prêtres des diverses régions de son diocèse, et au cours de laquelle il consacre le saint chrême* et bénit les autres huiles, doit être tenue pour l’une des principales manifestations de la plénitude du sacerdoce de l’évêque et le signe de l’union étroite des prêtres avec lui. C’est pourquoi tous les prêtres du diocèse peuvent se considérer comme invités à cette célébration. S’ils ne peuvent concélébrer, ils communient sous les deux espèces.

La Messe Chrismale a normalement lieu le Jeudi Saint au matin ; les fidèles qui communient à cette messe peuvent alors – par exception – de nouveau communier à la messe du soir en mémoire de la Cène du Seigneur ; les prêtres concélébrants peuvent de même célébrer ou concélébrer cette messe du soir.

Mais, si ce jour-là on ne peut que difficilement réunir le clergé et le peuple autour de l’évêque, il est permis d’anticiper cette célébration à un autre jour, pourvu qu’il soit proche de Pâques. 
(Même dans ce cas, on emploie toujours les Textes de la Messe Chrismale)
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* Des racines grecques χρισμ- / χριστ-, qui désignent l’oing, l’onction ; ainsi, le « Christ »,χριστος(traduction littérale de l’hébreu "Messie"משיח) est-il « l’oint » de Dieu.
Le Saint Chrème est une huile consacrée et parfumée (mélange d’huile d’olive et de baume), qui symbolise la présence de l’Esprit Saint et la joie ; elle est employée pour les onctions dans les sacrements de baptême, de confirmation, et de l’ordre – mais aussi pour la dédicace des églises et la consécration des objets de culte ; et, dans les royaumes chrétiens, pour le sacre des rois.

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2. La Cène* du Seigneur

La Cène du Seigneur, le soir du Jeudi Saint, est la première célébration du Triduum Pascal.
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* "Cène" = transcription du latin cena, repas.
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Introduction historique :

• Selon la tradition la plus ancienne, attestée par saint Paul (1Co 11,23-25), c’est ἐν τῇ νυκτὶ ᾗ παρεδίδετο « la nuit où il était livré » que le Seigneur Jésus, ayant pris du pain et une coupe de vin, dit : τοῦτό μού ἐστι τὸ σῶμα « Ceci est mon Corps », τοῦτο τὸ ποτήριον ἡ καινὴ διαθήκη ἐστὶν ἐν τῷ ἐμῷ αἵματι « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang», τοῦτο ποιεῖτε εἰς τὴν ἐμὴν ἀνάμνησιν« Faites cela en mémoire de moi ».
Voilà pourquoi, chaque fois que nous mangeons ce pain et que nous buvons à cette coupe, nous proclamons la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne.
(Ci-dessus, la chapelle du « Cénacle », la «chambre haute» où aurait été célébrée la Cène, et où les disciples se seraient réfugiés avant la Pentecôte).

La Cène du Seigneur a donc été célébrée dans les communautés chrétiennes dès les origines, ainsi que l’atteste de son côté le Livre des Actes des Apôtres (Ac 2,42).
 
La Cène - Andrea del Castagno - Museo Sant'Apollonia - Florence ->

• Mais la célébration de la Cène du Seigneur – qui comportait toujours le récit de ce que Jésus a fait et dit « au moment d’être livré et d’entrer librement dans sa passion », suivi du partage du pain et de la coupe, Corps et Sang du Christ (2Co 11,27-28) – a évolué au cours des siècles.
Une grande initiative a d’abord été laissée à celui qui présidait l’assemblée liturgique (la « synaxe »). Mais cela n’a pas duré longtemps : il a fallu très tôt codifier la manière de le faire. En effet,
-                          puiser sans cesse dans son propre fonds est à la portée de bien peu, la plupart ayant besoin d’un support pour « improviser » ; des formulaires dont la qualité était remarquée se sont alors répandus et ont servi de référence ;
-                          d’autre part, surtout en périodes de controverse, il fallait veiller à l’orthodoxie des textes liturgiques.
Telles sont donc les origines des « Prières Eucharistiques », ou « Anaphores » (= « Oblations »).
Dans l’Eglise latine, on en vint, dès le IVème siècle, à un modèle qui s’imposa à l’exclusion de tout autre, le « Canon romain », jusqu’à la reconnaissance de plusieurs « Prières Eucharistiques », insérées dans le Missel romain après Vatican II : on a ainsi retrouvé une certaine flexibilité, permettant de s’adapter aux diverses assemblées.
Mais aujourd’hui comme hier, en Orient et en Occident, c’est toujours la même Eucharistie qu’on célèbre « en mémoire du Seigneur », en réitérant, comme il l’a demandé, ce qu’il a fait « la veille de sa Passion ».


Introduction théologique et liturgique :

La célébration de « la Cène », la Messe du Jeudi Saint, n’est pas différente dans son sens de l’Eucharistie des autres jours de l’année – mais elle a valeur d’exemple.
En rappelant ce que le Seigneur a fait lors du dernier repas avec ses disciples, on ajoute
« aujourd’hui » ; demain, en effet sera le jour consacré à la Passion.
Mais ce terme a surtout une portée générale : chaque fois que l’Église célèbre l’Eucharistie (et les autres sacrements dont elle est la source), l’œuvre de Dieu – que le Christ a accomplie une fois pour toutes – se renouvelle pour nous, hic et nunc, ici et aujourd’hui, par l’Esprit Saint.
Ce que Jésus a fait un jour est donc toujours actuel et nouveau, bien qu’indéfiniment réitéré ; il agit par la médiation des « signes efficaces » et la puissance de l’Esprit.

La lecture du Livre de l’Exode (Ex 12,1-8;11-14) rappelle que l’Eucharistie plonge ses racines dans la liturgie ancestrale de la Pâque juive (voir, en cliquant ici, les principaux rites de cette fête), ce qui met en pleine lumière son caractère traditionnel en même temps que sa nouveauté.

L’Évangile selon saint Jean (Jn 13,1-15; voir en cliquant ici) rapporte comment, au cours du dernier repas pris avec ses disciples « avant la fête de Pâque », ayant quitté son vêtement, Jésus lava les pieds de ses disciples.

<- Le lavement des pieds - icône sur bois, Xème s. - Monastère Sainte-Catherine, Sinaï, Égypte.

Pour que Pierre accepte que le Seigneur s’abaisse ainsi, il aura fallu que le Maître lui dise : ἐὰν μὴ νίψω σε, οὐκ ἔχεις μέρος μετ᾿ ἐμοῦ  « Si je ne te lave pas, tu n’auras point de part avec moi » ; et il ajoutera : ὑπόδειγμα γὰρ ἔδωκα ὑμῖν, ἵνα καθὼς ἐγὼ ἐποίησα ὑμῖν, καὶ ὑμεῖς ποιῆτε « C’est un exemple que je vous ai donné, afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ».
Cet « ordre » – qui ressemble à celui que le Seigneur a donné à propos du pain et de la coupe, concerne la mission et le comportement des disciples.

L’évangéliste ayant introduit ce récit en disant ὁ ᾿Ιησοῦς […], ἀγαπήσας τοὺς ἰδίους τοὺς ἐν τῷ κόσμῳ, εἰς τέλος ἡγάπησεν αὐτούς « Jésus, […] ayant aimé les siens qui étaient dans ce monde, les aima jusqu’au bout », comment, dès lors, ne pas voir dans ce geste insolite du Maître une prédication en acte de la charité, loi fondamentale de la communauté chrétienne, dont le Repas du Seigneur est à la fois source et exigence ?
C’est après l’homélie que le prêtre célébrant peut procéder au lavement de pieds.

Célébration du lavement de pieds par un évêque à des prêtres orthodoxes, dans l'Anastasis (voir plus bas )  ->



En fin de Messe, tandis que l’on chante des hymnes eucharistiques, le Saint-Sacrement est porté en procession au reposoir, où les fidèles sont invités à venir l’adorer dans la soirée, voire dans la nuit.

On lira alors avec profit, dans l’Évangile selon saint Jean (Jn 13,31 – 17,26), l’entretien de Jésus avec ses disciples, et sa grande prière après la Cène.
 

La liturgie du Jeudi Saint célèbre ainsi
-                         l’Eucharistie, mémorial de la Pâque du Christ, sacrement de son amour infini pour nous et de celui que nous devons avoir pour les autres
-                         et l’institution du ministère sacerdotal – qui doit être compris et exercé, à l’exemple du Seigneur, comme le service des frères et des sœurs dans la communauté.

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Vendredi Saint

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La liturgie de la Passion

Introduction historique :

La liturgie du Vendredi Saint a son origine à Jérusalem. Le « Journal de voyage » d’une chrétienne nommée Égérie raconte comment se déroulait cette journée à la fin du Vème siècle.

Après une nuit de veille sur le Mont des Oliviers, on descendait au petit matin à Gethsémani pour la lecture du récit de l’arrestation de Jésus. De là, on se rendait au Golgotha. Après la lecture des textes sur la comparution de Jésus devant Pilate, chacun rentrait chez soi pour un moment de repos, mais non sans passer par le mont Sion pour vénérer la colonne de la flagellation. Vers midi, nouveau rendez-vous au Golgotha pour la vénération du bois de la Croix : pendant trois heures, lecture de Textes de l’Ancien et du Nouveau Testament entrecoupée de psaumes et de prières. La journée s’achevait à l’église de l’αναστασις, Anastasis, « Résurrection » où on lisait l’évangile de la mise au tombeau de Jésus
(L'édifice actuel, photo ci-dessus, remonte aux Croisades - et englobe le lieu de la mort, le sommet du Calvaire, et de la résurrection du Seigneur) .

Les premiers témoignages de la liturgie du Vendredi Saint à Rome datent du VIIème siècle. Le pape se rendait à la basilique de la Sainte-Croix : lecture de l’Évangile de la Passion selon saint Jean, suivie d’une Litanie d’intentions universelles.
Dans les églises hors de la ville, desservies par des prêtres, avait lieu une célébration plus populaire : exposition de la Croix sur l’autel, liturgie de la Parole comme à la basilique de la Sainte-Croix, après le Notre Père, vénération de la Croix et communion au pain et à la coupe consacrés la veille.
L’hommage à la Croix est introduit dans la liturgie papale au VIIIème siècle, mais sans communion.
Au Xème siècle, les deux pratiques se rejoignent.
Au XIIIème siècle, il fut décidé que seul le prêtre célébrant communierait ; et, au XVIème siècle, que la célébration aurait lieu le matin. Mais le reste de la journée n’en demeurait pas moins « sanctifié » : dans la plupart des églises, on se rassemblait, souvent plus nombreux que le matin, pour le Chemin de Croix et le « Sermon de la Passion ».
Il en fut ainsi jusqu’en 1955 : depuis cette date, l’Eglise romaine célèbre la liturgie de la Passion l’après-midi ou le soir du Vendredi Saint – le plus souvent d’ailleurs le soir, un Chemin de Croix ayant lieu l’après-midi autour de 3 heures.
 
La liturgie de la Passion commence par un moment de prière silencieuse et une oraison dite par le célébrant ; elle comporte trois parties : la liturgie de la Parole avec Prière universelle ; Vénération de la Croix ; liturgie de Communion.


"Pour la nuit de ta Passion
et pour ton corps livré,
béni sois-tu, Jésus ressuscité.
De l'Eglise, ton épouse,
qui t'attend dans la nuit de l'absence,
souviens-toi."
Frère Dieudonné Dufrasne, Prières aux portes de la nuit - "Il a souffert, il est mort, il est ressuscité, il a été exalté".


Introduction théologique et liturgique :

• La liturgie de la Parole forme comme un triptyque :
-                         Le panneau de gauche (Is 52,13 – 53,12) présente le visage d’un mystérieux personnage, un Juste, accablé des pires souffrances et objet des pires persécutions, méprisé par les hommes, apparemment abandonné par Dieu lui-même. En réalité, il s’offre en sacrifice d’expiation pour le péché des multitudes, et le Seigneur en fera le chef d’un peuple innombrable de justifiés. Quelle que puisse être dans le Livre d’Isaïe l’identité du « Serviteur de Dieu », il fait songer, pour les chrétiens et surtout le Vendredi Saint, au Christ, le Juste aux outrages, dont la mort a sauvé tous les hommes du péché, et que Dieu a exalté dans la gloire des cieux.

-                          Sur le panneau de droite (Hé 4,14-16; 5,7-9), voici Jésus, le Christ, intronisé auprès de Dieu comme « le grand prêtre par excellence », devenu, par son obéissance, « la cause du salut éternel pour tous ceux qui lui obéissent ».

-                          Ces deux tableaux, brossés à plusieurs siècles de distance, introduisent admirablement le panneau central du triptyque, la Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Jn 18,1 – 19,42). L’évangéliste, saint Jean, a voulu faire saisir le sens profond des événements dont il a été le témoin. Paradoxalement, c’est élevé en croix (voir « le serpent d’airain », « le Christ élevé », Jn 3,14-21, en cliquant ici) que Jésus se révèle comme le Vivant qui donne la vie en abondance à tous ceux qui lèvent les yeux vers lui.

La Prière universelle monte alors de l’assemblée pour que la Passion du Seigneur produise se fruits pour tous, jusqu’aux extrémités de la terre.

Dans cette Prière universelle – qui, contrairement à celle des dimanches, a une forme fixe – on prie pour l’Eglise, pour le pape, pour le clergé et les fidèles, pour les catéchumènes (c'est-à-dire ceux qui se préparent au baptême), pour l’unité des chrétiens, pour nos frères juifs : « Prions pour les Juifs à qui Dieu a parlé en premier : qu’ils vivent et progressent dans l’amour de son Nom et la fidélité à son Alliance. – Dieu éternel et tout-puissant, toi qui as chois Abraham et sa descendance pour en faire les fils de ta promesse, conduis à la plénitude de la rédemption le premier peuple de l’Alliance. »), pour ceux qui ne croient pas en Dieu, pour les pouvoirs publics, pour tous les hommes dans l’épreuve
 
Vient ensuite la Vénération de la Croix – qui a des accents de Pâques, tant il est vrai qu’on ne peut jamais dissocier mort et résurrection du Christ.

La liturgie de la Croix est le sommet de la célébration du Vendredi Saint vers lequel achemine la lecture de l’Evangile de la Passion selon saint Jean. En effet, l’évangéliste donne à contempler Jésus dont la croix révèle la souveraine majesté. Le bois du supplice infamant est devenu l’instrument de la rédemption universelle, le signe et le gage de l’amour infini de Dieu.
Le prêtre dévoile la Croix, et la présente par trois fois en chantant : « Voici le bois de la Croix, qui a porté le salut du monde. » On répond : « Venez, adorons ». A chaque fois, on se prosterne pour adorer quelques instants
En se prosternant devant la Croix, c’est Dieu qu’on adore par son Fils exalté dans la gloire. La Vénération de la Croix est aussi un geste d’action de grâce au Père qui nous a rachetés, et à son Fils qui est mort pour que nous ayons la Vie. Cette prosternation exprime enfin notre désir de répondre à l’amour divin en aimant de tout notre cœur et de toutes nos forces Dieu et son Christ en l’Esprit.
Ensuite, soit chacun vient vénérer et baiser la Croix tandis que l’on chante des hymnes ou des chants appropriés, soit – si l’assemblée est trop nombreuse – le prêtre présente la Croix à l’adoration silencieuse des fidèles.
 
La communion de tous au Pain consacré la veille clôture cette célébration à la fois austère et vibrante d’espérance.




Chacun se retire alors en silence – non pour pleurer sur la mort du Christ – mais pour en méditer le Mystère, et se préparer, dans le recueillement, à la joie de l’Alleluia qui retentira au cours de la Veillée pascale.



<- Descente de Croix
(revers de la Maesta, cathédrale de Sienne)









Dans la vallée du Cedron ->
des tombes antiques, ayant appartenu à de grandes familles juives au temps de Jésus, sont entourées de tombes juives actuelles.


















<- Basilique du Saint-Sépulcre.
Jusqu'en 1009, s'élevait ici le tombeau de Jésus - détruit par le calife Hakim.
Ce cénotaphe, élevé en 1810, souhaite rappeler les différentes parties traditionnelles d'un tombeau juif - dont la banquette de pierre sur laquelle on plaçait le corps.













Entrée d'une chambre funéraire ->
(Nécropole juive de Beth-Shéarim -
Vème-VIème s. de notre ère)

On remarque, près de l'entrée, la banquette où l'on déposait les corps pour les préparer à la mise au tombeau (dans les chambres plus profondes, dont on voit l'entrée à gauche)












A l'intérieur même de la basilique du Saint-Sépulcre, on voit
<- de nombreux tombeaux,non loin de l'emplacement de celui de Jésus. Leur présence indique que le Golgotha se trouvait alors bien à l'extérieur de la Ville - puisque, la mort étant source d'impureté rituelle, il était interdit d'ensevelir les morts dans l'enceinte des agglomérations.




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Samedi Saint


Le Samedi Saint est un jour tout à fait particulier dans l’Année liturgique. Les églises et les autels sont dépouillés de leurs ornements habituels, le tabernacle est vide. Aucune célébration n’a lieu (en dehors de celles des Heures – très rarement célébrées dans les paroisses, toujours célébrées dans les communautés monastiques et priées par les prêtres). La communion ne peut être donnée qu’en viatique*. C’est une journée de désert, de silence.
 
Après la mort et la sépulture du Seigneur, les femmes venues avec lui de Galilée sont rentrées chez elles. Durant les heures qui précédaient le Sabbat, elles ont préparé aromates et parfums, avec l’intention d’aller embaumer le corps dès que prendrait fin le repos sabbatique, qu’elles ont rigoureusement observé (Lc 23,55-56). Les apôtres et un petit groupe de disciples se sont, eux, barricadés dans une maison. Les évangélistes ne disent rien de leurs pensées ni de leurs sentiments, mais tout suggère que, sur les unes comme sur les autres, s’était abattu un silence de mort.
 
Le silence qui – aujourd’hui, Samedi Saint – enveloppe la communauté des chrétiens est différent.
La liturgie du Vendredi Saint est déjà célébration pascale : on le voit bien lors de l’adoration de la Croix. Avant de quitter l’église, les fidèles se sont donné rendez-vous pour participer, le lendemain soir, à une autre célébration : celle de la résurrection du Christ, qui sera proclamée, avec une Joie débordante, au terme de la Veillée Pascale.
Dans le silence du Samedi Saint, l’Eglise médite sur le Mystère de la Passion du Christ mort pour le salut de tous les hommes, en murmurant déjà, dans le cœur, le chant de l’Alleluia qui bientôt retentira.
 
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* Viatique: du latin via, le chemin, la route : sacrement de l’Eucharistie donné aux mourants, pour le « voyage » de ce monde vers l’Autre.

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"Le monde est toujours au Samedi Saint,
et rêve entre sa mort et sa résurrection
mais ceux qui sont enfermés tout au fond
et ne peuvent dormir entendent plus bas
s’ouvrir devant le Christ les portes souterraines."
J.P. Lemaire, L’Exode et la Nuée, 1982

 "Pour la nuit de ta descente aux Enfers
et pour la délivrance des fils d'Adam,
béni sois-tu, Jésus ressuscité.
Des hommes de bonne volonté,
qui cherchent la lumière, comme à tâtons,
souviens-toi."
Frère Dieudonné Dufrasne, "Il a souffert, il est mort, il est ressuscité, il a été exalté" - Prières aux portes de la nuit.



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Le Triduum Pascal
en icônes
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1. Le Lavement des pieds et la Cène.

Les icônes du Lavement des pieds et de la Cène nous introduisent au cœur de la Semaine Sainte, dans le Cénacle où Jésus se donne lui-même comme nourriture.

Appellations:
- le Lavement des pieds (Niptir; Omovenie Nog)
- la Cène (Tainaïa Vetcheria)
- la Communion des apôtres (Evcharistia).

Fête:
Le Jeudi Saint.

Sources:
- Mt 24,17-35
- Mc 14,12-31
- Lc 22,7-20
- Jn 13.

Iconographie:
- Jésus lavant les pieds des apôtres;
- Jésus attablé avec les apôtres;
- Jésus distribuant le pain et le vin aux apôtres.




<- Le lavement des pieds - icône sur bois, Xème s. - Monastère Sainte-Catherine, Sinaï, Égypte.

Saint Pierre tend sa tête et ses mains à Jésus, selon son exclamation: "Seigneur, non seulement les pieds, mais encore les mains et la tête" (Jn 13,9).









Le Lavement des pieds ->










<- Le baiser de Judas

Détails du "Symbole de la Foi" - dernier tiers du XVIIème siècle - Provient de la cathédrale de la Transfiguration du Sauveur du Monastère Solovetski (Musée Kolomienskoïe, Moscou)







La Cène - La Prière à Gethsémani -> Cartouches entourant "La Résurrection du Christ et les Fêtes" - début du XIXème siècle - provient de l'église de la Sainte-Trinité à Oznobichino, près de Moscou - Musée Kolomienskoïe, Moscou.

Comme on le distingue mieux dans l'icône suivante, Jean et Judas ont une position parallèle "l'un pour le bien, l'autre pour le mal" - alors que les dix autres apôtres sont agités dans leur interrogation sur la personnalité du traître.






<- La Cène - 1778 - Église des Saints-Serge-et-Bacchus, Maaloula, Syrie. 






Cette icône est composée de deux registres;
la Crucifixion (voir à la page des Rameaux, ici) occupe le registre supérieur, ->
et la Sainte Cène occupe le registre inférieur. Calligraphiée en rouge, l'inscription désigne "La Cène mystique".
Le Christ est assis sur un trône, ses pieds reposant sur un piédestal. Vêtu d'or, il serre saint Jean sur son cœur. Les autres apôtres, à commencer par saint Pierre, à gauche, sont assis autour d'une table semi-circulaire qui ressemble étonnamment au fameux autel de l'église des Saints-Serge-et-Bacchus de Maaloula.
Seul un visage est présenté de profil (fait rarissime en iconographie, où le regard doit être frontal): la tête inclinée, Judas plonge la main dans le plat - conformément à la parole du psaume ("Celui-là même avec qui j'étais en paix, Qui avait ma confiance et qui mangeait mon pain, Lève le talon contre moi" - Ps 41,10), à laquelle le Christ a fait allusion en répondant par ses mots: "C'est celui à qui je donnerai le morceau trempé" (Jn 13,26) aux apôtres qui lui demandaient lequel d'entre eux allait le trahir.

Théologie des icônes:
La liturgie byzantine du Jeudi Saint commémore (comme la liturgie romaine) le lavement des pieds et la Cène, et aussi la prière de Jésus au mont des Oliviers et le reniement de Judas.
• L'icône du Lavement des pieds nous fait entrer dans le Cénacle au moment où Jésus lave les pieds des apôtres: "Qu'ils sont beaux sur les montagnes, les pieds de celui qui apporte de bonnes nouvelles, [...] qui publie le salut!" (Is 52,7); à Pierre, qui, scandalisé, se recule, le Christ déclare: "Si je ne te lave, tu n'auras point de part avec moi" (Jn 13,8) - et l'icône représente le geste de Pierre: "Seigneur, non seulement les pieds, mais encore les mains et la tête" (Jn 13,9).
• Dans l'icône de la Cène, Jésus annonce aux disciples: "L'un de vous me livrera" (Jn 13,21); Pierre invite alors Jean à demander au Christ qui est le traître (Jn 13,24); Jésus répond: "C'est celui à qui je donnerai le morceau trempé" (Jn 13,26), et "Judas, ayant pris le morceau, se hâta de sortir" (Jn 13,30).
La Cène se répète chaque jour dans la liturgie byzantine. Ainsi l'icône de la Communion des apôtres - située dans la lunette au-dessus des portes royales (par où le prêtre passe avec les Saints Dons), représente le Christ en prêtre éternel, qui distribue aux apôtres le pain (à gauche) et le vin (à droite).
Dans les icônes les plus anciennes, Jésus porte un simple chiton rouge et un himation bleu; mais dans les icônes plus récentes, il apparaît revêtu des ornements solennels de la liturgie byzantine.


Texte:
"Tandis que nous communions à un corps et à un sang humains,
nous recevons, dans l'âme, Dieu:
corps et sang de Dieu,
âme, esprit et volonté de Dieu,
non moins que d'un homme." (La Vie en Jésus-Christ).

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2. La Passion du Christ et la Crucifixion.



Voir à cette page.









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3. La Descente de croix et la Déploration.

Le corps du Christ est en hâte préparé pour l'ensevelissement - en raison de l'imminence de la fête de la Pâque; la représentation picturale donne à contempler en cette scène une douleur cosmique, comme si elle était exprimée par un chœur de la tragédie grecque antique.

Appellations:
- la Descente (ou Déposition) de la croix (Sniatie s Kresta)
- la Déploration (Epitaphios)
- la Mise au tombeau (Polozenie vo Grob)

Fête:
Le Vendredi Saint.

Sources:
- Mt 27,57-61
- Mc 15,42-47
- Lc 23,50-56
- Jn 19,38-42
- Évangile apocryphe de Nicodème
- Romanos le Mélode, Hymnes
- Georges de Nicomédie, Homélies.



<- La Descente de Croix - vers 1480-1490 - icône provenant de Novgorod - Galeries du palais Leoni Montanari, Vicence.








La Déploration - Emmanuel Lambados - début du XVIIème siècle - Musée byzantin, Athènes. ->

Les montagnes s'ouvrent largement sur la scène, accentuant ainsi son caractère dramatique - si bien que les bras de la croix, s'allongeant dans le triangle du ciel, semblent embrasser le cosmos où retentit un long cri de douleur.
La croix, la couronne d'épine, la lance et le long roseau où est fichée l'éponge imprégnée de vinaigre ont une signification symbolique dans la liturgie de la fête de la Déploration.

Marie de Magdala tend les bras vers le ciel en signe de désespoir (voir La Crucifixion  byzantino-occidentale, de la fin du XIIIème siècle, du Monastère Sainte-Catherine du Mont Sinaï, à la page des Rameaux); elle est accompagnée de cinq autres saintes femmes (les "myrophores", "porteuses de parfums", qui apportent les onguents et aromates nécessaires aux rites funéraires).
La Vierge Marie, brisée de douleur, serre sur son sein la tête de son Fils mort (thème nommé "Pietà" en Occident), que contemple Jean, lui aussi accablé de tristesse. Joseph d'Arimathie l'enveloppe dans le linceul qui deviendra le Saint Suaire.
Le marbre de couleur pourpre de la banquette où est déposé le corps du Christ pour sa préparation représente symboliquement l'autel de la liturgie; ont également valeur symbolique - au premier plan - le panier avec les outils utilisés pour retirer les clous lors de la descente de croix, ainsi que le vase d'aromates pour les rites d'embaumement).
À droite, las et accablé de tristesse par la scène qu'il contemple, Nicodème s'appuie sur l'échelle qui luis a servi à descendre le corps de la croix. Pour l'équilibre de la composition, l'inclinaison de l'échelle contrebalance l'élan des bras de Marie de Magdala.


<- La Mise au tombeau - fin du XVème siècle - Galerie Tretiakov, Moscou.

Ici, la douleur s'exprime de façon retenue et ordonnée dans la structure géométrique de la composition, où le chiffre trois joue un rôle essentiel.
Les montagnes descendent par paliers réguliers (organisées et rythmés pratiquement trois par trois); elles semblent s'incliner vers le corps du Christ et répercuter le cri de douleur de  Marie de Magdala.
Sa souffrance est également manifestée par le geste de ses bras levés vers le ciel - ses mains semblant également diriger l'inclinaison des paliers de la montagne.
À part la Sainte Femme de gauche - qui semble n'être là que pour équilibrer la composition, on retrouve l'organisation tripartite: 
- Marie de Magdala, Marie de Cléophas et Nicodème, debout sur le même plan;
- la Vierge Marie, Jean l'Évangéliste et Joseph d'Arimathie, effondrés de douleur, penchés sur le corps du Christ.
Ici encore, la banquette sur laquelle a été déposé le corps pour sa préparation est en pierre purpurine.


Théologie des icônes:
• Ni les Évangiles canoniques ni les textes apocryphes ne relatent ces épisodes; seul est indiqué le fait que Joseph d'Arimathie obtint de Pilate l'autorisation d'enlever le corps du Christ pour l'ensevelir. Ce sont les iconographes qui, interprétant une homélie de Georges de Nicomédie, décrivent ces scènes.
• Après avoir été détaché de la croix, le corps du Christ est déposé sur la pierre utilisée pour la préparation des cadavres à la sépulture. Ici aussi s'entremêlent sources apocryphes et tradition.
Le marbre purpurin représenté dans les icônes est la "pierre de l'onction" qui se trouve à l'entrée de la basilique du Saint-Sépulcre; aujourd'hui encore, les pèlerins l'embrassent en entrant et l'oignent d'huile parfumée.
(Selon une autre tradition, cette pierre aurait été transférée d'Éphèse à Constantinople à la fin du XIIème siècle).
• Les icônes traitent encore le sujet solennel de la Déploration: Marie embrasse le visage de son Fils, Jean se penche sur son corps, Joseph d'Arimathie le vénère en se courbant vers les pieds. Nicodème, brisé par la douleur, s'appuie contre son échelle, cependant que Marie Madeleine, entourée d'un chœur de saintes femmes, lève les bras vers le ciel.

Texte:
"Joseph d'Arimathie, qui était disciple de Jésus, [...] demanda à Pilate l'autorisation d'enlever le corps [...] .
Ils prirent le corps de Jésus, et l'entourèrent de bandelettes avec les aromates, selon la coutume juive." (Jn 19,38-40).

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4. La Descente aux enfers.

Ce moment que l'Occident chrétien situe le Samedi Saint est pour l'Orient représentatif de la victoire du Christ sur la mort qu'est le péché; ces icônes sont donc commentées au jour de Pâques.

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