Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven
Le 6 août


Fête de la
Transfiguration du Seigneur

La Transfiguration - icône hexaptyque (détail) - tempera et or sur bois - milieu du XIVème siècle - Monastère de Sainte-Catherine, Mont Sinaï, Égypte.


Introduction

• Historique :  

C’est en Orient que se situe l’origine de cette fête – célébrée dès le IVème siècle par les moines qui vivaient au désert (à ce propos, il ne faut pas oublier que le monastère du mont Sinaï s'intitule précisément "le monastère de la Transfiguration et de Sainte-Catherine"; qu'il est le plus ancien monastère chrétien en activité: la vie ascétique et spirituelle en ce lieu remonte à la fin du IIIème s., et le monastère fortifié proprement dit, ainsi que sa basilique, furent édifiés à la demande de l'empereur Justinien le Grand au milieu du VIème siècle; voir plus bas photo de l'abside de la basilique). Le mystère de la Transfiguration tenait une grande place dans leur spiritualité (voir plus bas, sur les icônes de la Transfiguration) et dans leur mystique. Ils s’appliquaient en effet à contempler la gloire de Dieu dans le Seigneur transfiguré – en menant une vie unifiée par la prière et en particulier l’invocation du nom de Jésus.

La fête de la Transfiguration était célébrée dès le Xème siècle par les Églises de la péninsule ibérique, en particulier celle de Vich, en Catalogne, ainsi que par de nombreux diocèses de France et d’Italie. Pierre le Vénérable l’instaura très tôt à Cluny, dont il était abbé (1122-1156) – et il composa même tout un Office pour ce jour-là.

Calixte III (pape de 1455 à 1458), qui avait séjourné longtemps dans le diocèse de Lérida, voisin de celui de Vich, l’introduisit à Rome et prescrivit en 1457 qu’elle soit célébrée dans toute l’Eglise latine.


• Théologique : 

Le Deuxième dimanche de Carême, la lecture de l’Évangile de la Transfiguration rappelle que l’abaissement ("kénose") et la passion du Christ ne doivent jamais être considérés ou célébrés en oubliant que – par sa mort – le Seigneur est entré dans sa gloire.
La fête de la Transfiguration, le 6 août – soit quarante jours avant celle de la Croix glorieuse, le 14 septembre – est tout entière célébration pascale (voir le commentaire des illustrations ci-dessous).


• Liturgique :

C’est d’ailleurs dans la foi de Pâques que chacun des quatre évangiles synoptiques (sur ce mot, voir à cette page le §4) rapportent l’événement commémoré.  

Le récit de chacun des trois évangélistes (Matthieu les années A, Marc les années B, Luc les années C) présente des insistances particulières, auxquelles il convient de se montrer attentif. Mais on y reconnaît un fond commun :
la Transfiguration du Seigneur est située
-         après la confession de Pierre à Césarée,
-         et la première annonce de la Passion ;
elle a eu pour témoins Pierre, Jacques et Jean,
-         qui ont assisté au rappel à la vie de la fille de Jaïre,
-         et se sont trouvés à Gethsémani lors de l’agonie de Jésus.  

Au baptême, nous sommes recréés à l’image du Christ. Depuis lors, l’homme intérieur se renouvelle en nous de jour en jour, et les épreuves du temps présent préparent notre participation à la gloire du Seigneur transfiguré.  

La liturgie, et tout particulièrement l’Eucharistie, sacrement pascal par excellence, en sont la promesse et le gage sans cesse donnés.
D'ailleurs traditionnellement en Orient, lors de la fête de la Transfiguration, on bénit des raisins et des épis de blé (mais en Russie, où la vigne n'est pas cultivée, on bénit des pommes).

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Étude d'une icône typologique.

La Transfiguration est la fête patronale des iconographes, car c'est la lumière thaborique qui révèle la beauté du Dieu fait homme.
En outre, l'icône de la Transfiguration est celle que, selon la tradition, le moine-peintre devait réaliser au début de son apprentissage - afin qu'il puisse peindre ses œuvres suivantes à la lumière du Thabor.
La typologie de l'icône de la Transfiguration a été fixée dès le VIème siècle.
L'iconographie de la Transfiguration, héritage de Byzance, s'est ensuite largement répandu en Ancienne Russie.

Appellations:
- la Transfiguration
- Metamorphosis (nom grec)
- Proebazenie (nom slave)

Sources:
- Mt 17,1-8; Mc 9,2-13; Lc 9,28-36
- 2P 1,16-18
- Apocalypse de Pierre
- Grégoire de Nysse, Vie de Moïse
- Romanos le Mélode, Hymnes.

La Transfiguration - Théophane le Grec, vers 1403 - Galerie Tretiakov, Moscou. ->

Le corps du Christ est transfiguré en une lumière incandescente, à l'éblouissement de laquelle les trois apôtres ne peuvent résister (Pierre tombe à genoux, presque à la renverse; Jean semble étouffer, Jacques le Majeur se couvre les yeux): le Christ est entouré d'une mandorle (en fait ici une aura quasi-circulaire) d'où émanent une étoile à six branches et des rayons de lumière, dont trois atteignent les disciples.

Élie et Moïse s'entretiennent avec le Christ, et semblent éclairés par les reflets de sa gloire (importants reflets blancs sur leurs vêtements - alors que les reflets de lumière sur les vêtements des apôtres sont bleutés).
Dans les petites nuées situées aux deux angles supérieurs, Élie et Moïse descendent du ciel chacun sous la conduite d'un ange.

Le Thabor est représenté sous la forme caractéristique des montagnes, i.e. avec des crevasses et quelques plantes clairsemées.

Dans les "grottes" latérales, on voit la montée et la redescente du Christ et des apôtres; lors de cette dernière, on voit que le Christ, tourné vers les apôtres, leur fait signe de garder le silence.

Iconographie:
- le Christ entre Élie et Moïse;
- Pierre, Jacques le Majeur et Jean.

Théologie de l'icône:
La doctrine spirituelle de Grégoire Palamas, qui voit dans la lumière l'émanation de l'énergie divine incorporelle et incréée, s'appelle "hésychasme" et elle est au fondement de la peinture d'icônes. "Personne n'a jamais vu Dieu", et donc on ne peut en prendre connaissance que par négation, à travers l'obscure luminosité d'une nuée (la nuée de la non-connaissance) qui, en Le cachant, Le révèle.
Dans l'épisode de la Transfiguration, le Christ prend avec lui ses disciples Pierre, Jacques le majeur et Jean, et les emmène sur le mont Thabor, une petite hauteur de Galilée, qui culmine à 588m. Depuis l'Antiquité, le Thabor était considéré comme un lieu sacré: à son sommet, sous le pavement de l'actuelle église de la Transfiguration, la roche conserve intactes les traces d'anciens cultes cananéens. La montagne est le lieu de la rencontre avec Dieu (voir à cette page) et de sa Révélation. Sur le Thabor, les disciples, saisis à la fois de frayeur et d'extase, voient - debout sur une nuée, entre Moïse et Élie (les deux "voyants" du Premier Testament) - le corps divinisé de Jésus: "Son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière (Mt 17,2)"; "Il fut transfiguré devant eux; ses vêtements devinrent resplendissants, et d'une telle blancheur qu'il n'est pas de foulon sur la terre qui puisse blanchir ainsi (Mc 9,2b-3)";
"l'aspect de son visage changea, et son vêtement devint d'une éclatante blancheur (Lc 9,29)". À cette vue, " les disciples tombèrent sur leur face, et furent saisis d'une grande frayeur (Mt 17,6b)", frappés par les rayons de la lumière "incréée" qui émanait de la nuée lumineuse enveloppant le corps du Christ

Texte:
"Tu t'es transfiguré sur la montagne, ô Christ Dieu, et tes disciples ont vu ta gloire pour qu'ils comprennent que ta Passion était volontaire et afin qu'ils prêchent au monde que tu es vraiment la splendeur du Père" (tropaire de la Fête).

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Les Textes


• Première Lecture: Dn 7,9-10;13-14

Dans l'épreuve, il faut regarder la face cachée des événements, ou plutôt tourner son regard vers celui que l'auteur du Livre de Daniel décrit כבר אנש - comme "un Fils d'homme".
Ce titre mystérieux évoque un personnage en qui et par qui tous les humiliés et les persécutés auront part à la gloire de Dieu.

Jésus se désignera souvent lui-même comme "le Fils de l'homme", qui doit beaucoup souffrir mais sera exalté à la droite de Dieu, où il introduira ceux qui croient en lui et le suivent.

• Psaume: Ps 96 (hébr) / 97 (LXX et lit),1-2;4-6;9

Ce psaume, comme les deux suivants, sont des  psaumes eschatologiques, apparentés au psaume précédent.

"Ténèbre et Nuée" entourent aujourd'hui la gloire du Seigneur. Mais un jour, tous les peuples le verront dans son plein éclat.

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<- Vue partielle de l'abside, avec la mosaïque de la Transfiguration - vers 565 - Monastère de Sainte-Catherine, Mont Sinaï, Égypte.
Le Christ figure dans une mandorle bleue rayonnante.
Les personnages que l'ont voit de droite à gauche sont Moïse (debout; il fait le geste typologique de l'enseignement: c'est lui qui a donné la Loi); Jacques le Majeur, à genoux; Pierre, prostré aux pieds du Christ; on ne voit pas Jean sur la photo - difficile à prendre à cause de la disposition des lieux; on entr'aperçoit Élie, à la droite du Christ.



"Tandis que culmine et triomphe la Divine Liturgie, les premiers rayons du soleil percent à travers les ouvertures de l'abside. Les rais d'une subtile lumière matinale pénètrent l'obscurité, illuminant la basilique avec une intensité croissante. La mosaïque scintille d'un éclat ineffable. Pour les moines du Sinaï, la présence sensible des icônes devient alors un très vivant et palpable réconfort: la Lumière incréée du mont Tabor est une lumière vivante qui illumine tous ceux - moines et laïcs de même - qui cherchent dans l'humilité et la pureté de leur coeur l'union avec Dieu" (Damianos, Archevêque du Sinaï - Pour les Pères du Monastère de Sainte-Catherine).

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• Deuxième Lecture: 2P 1,16-19

"Nous avons vu le Seigneur ressuscité"- diront les Apôtres pour accréditer leur prédication.
"Nous l'avons contemplé sur la montagne de la Transfiguration, et nous avons entendu la voix venue du ciel" proclame de même Pierre; "écoutez donc ce que nous annonçons: notre message vient d'En-Haut".







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<- La Transfiguration - première moitié du XVIIIème siècle - provient du monastère de Saint-Nicolas à Pererva, Moscou - Musée Kolomienskoïe, Moscou.

Icône fort proche de l'icône typologique étudiée en détail plus haut, à part sa facture plus aboutie: l'iconographe a assimilé le travail de ses prédécesseurs, slaves et grecs (voir la dernière icône ci-dessous)

Les attitudes du Christ et des apôtres lors de la montée et de la redescente du Thabor sont particulièrement travaillées: à la montée, le Christ les précède et semble les rassurer, face à leurs interrogations; au retour, le Christ semble par son geste de la main vouloir freiner leur hâte de redescendre et de raconter ce qu'ils ont vu: le temps n'en est pas encore venu.


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• Evangile

- Années A: Mt 17,1-9

Une série d'allusions établit un remarquable parallélisme entre Jésus sur la montagne de la Transfiguration et Moïse sur le Sinaï:
- de part et d'autre, trois témoins (Ex 34,29; Mt 17,1);
- comme celui de Moïse, le visage de Jésus rayonne d'une lumière étincelante (Ex 34,29; Mt 17,2);
- plus encore que Moïse, Jésus doit être écouté (Dt 18,15; Mt 17,5).
Il est en effet le nouveau Législateur, venu non pas abolir la Loi, mais l'accomplir et la porter à sa perfection (Mt 5,17).
Moïse, représentant la Loi, et Elie, représentant les Prophètes, lui rendent témoignage.

- Années B: Mc 9,2-10

Dans l'Évangile selon saint Marc, lors du baptême de Jésus, c'est à ce dernier que s'adressait la voix venue du ciel (Mc 1,11)
Sur la montagne de la Transfiguration, c'est aux disciples qu'elle dit "Celui-ci est mon Fils bien-aimé". Cette manifestation fugitive de la gloire du Seigneur ne peut vraiment être comprise et proclamée avant d'avoir reconnu et le Fils de Dieu dans le Crucifié du Golgotha. Saint Marc insiste sur les ambiguïtés d'une annonce prématurée, qui risquerait de faire l'impasse sur sur les souffrances du Messie.




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La Transfiguration - Seconde moitié du XVème siècle - Musée de Novgorod ->



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- Années C: Lc 9,28b-36

Comme celle du baptême de Jésus (Lc 3,21), la théophanie sur la montagne a lieu tandis que Jésus est en prière.
On notera que saint Luc évite le mot "transfiguration" qui, pour les païens convertis, évoquait trop les métamorphoses dont on parlait au sujet des dieux. Il dit, plus simplement, que le visage de Jésus est "devenu autre", qu'il a changé d'apparence.
Seul des synoptiques, Luc précise le sujet de l'entretien entre Moïse et Élie avec Jésus: son départ vers les cieux, où il sera "enlevé" (Lc 24,51; Ac 1,2).
Les trois disciples ne parlent pas, à ce moment-là, de ce qu'ils ont vu parce qu'ils n'en comprennent pas le sens; il faudra que Jésus lui-même leur explique "à partir de Moïse et de tous les prophètes" ce qui le concernait - et singulièrement que le Messie devait souffrir pour entrer dans sa gloire (Lc 24,25-27).



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<- La Transfiguration - tempera sur bois - XIXème siècle - Ordre Basilien du Saint-Sauveur, Liban.

A droite, Moïse porte les tables de la Loi, et à gauche, Élie porte un phylactère marqué d'un verset scripturaire (1R 17,1).

Au registre inférieur, les trois apôtres: à gauche Pierre, agenouillé, a le visage tourné vers le Christ et la main levée pour signifier qu'il lui adresse la parole; au centre Jean, renversé, se tourne en arrière; à droite Jacques le Majeur se couvre la bouche de la main.

La facture de l'icône relève de l'École de Jérusalem, marquée par la manière de Michel le Crétois. 

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De Saint Jean de Damas, Homélie pour la fête de la Transfiguration
« A l'écart, sur une haute montagne »
      Jadis, sur le mont Sinaï, la fumée, la tempête, l'obscurité et le feu (Ex 19,16s) révélaient la condescendance extrême de Dieu, annonçant que celui qui donnait la Loi était inaccessible...et que le créateur se faisait connaître par ses œuvres. Mais maintenant tout est rempli de lumière et de splendeur. Car l'artisan et le Seigneur de toutes choses est venu du sein du Père. Il n'a pas quitté sa propre demeure, c'est-à-dire son siège dans le sein du Père, mais il est descendu pour être avec les esclaves. Il a pris la condition de serviteur, et il est devenu un homme en sa nature et en son comportement (Ph 2,7), pour que Dieu, qui est incompréhensible pour les hommes, soit compris. Par lui-même et en lui-même, il montre la splendeur de la nature divine.
      Autrefois Dieu avait établi l'homme en union avec sa propre grâce. Quand il a insufflé l'esprit de vie au nouvel homme formé de terre, quand il lui a communiqué ce qu'il avait de meilleur, il l'a honoré de sa propre image et ressemblance (Gn 1,27). Il lui a donné l'Eden comme demeure et a fait de lui le frère intime des anges. Mais puisque nous avions obscurci et fait disparaître l'image divine sous la boue de nos désirs déréglés, le Compatissant est entré dans une seconde communion avec nous, beaucoup plus sûre et plus extraordinaire que la première. Tout en demeurant dans l'élévation de sa divinité, il accepte aussi ce qui est en dessous de lui, créant en lui-même l'humain ; il mêle l'archétype à l'image, et aujourd'hui il montre en elle sa propre beauté.
      Son visage resplendit comme le soleil, car dans sa divinité il est identifié avec la lumière immatérielle ; c'est pour cela qu'il est devenu le Soleil de justice (Ml 3,20). Mais ses vêtements deviennent blancs comme la neige, car ils reçoivent la gloire par revêtement et non par union, par relation et non par nature. Et « une nuée de lumière les couvrit de son ombre », rendant sensible le resplendissement de l'Esprit.

Transfiguration – Icône crétoise, vers 1550 - Ikonen-Museum, Recklinghausen

Ici encore, les attitudes du Christ et des apôtres lors de la montée et de la redescente du Thabor sont très travaillées: à la montée, le Christ les précède et semble les rassurer, face à leurs interrogations; au retour, le Christ semble par son geste de la main vouloir freiner leur hâte de redescendre et de raconter ce qu'ils ont vu: le temps n'en est pas encore venu.
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