Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

טו בשבט

Tou BiChevat

(15ème jour du mois de Chevat)

Nouvel An des arbres


Présentation de la fête

Tou BiChevat signifie "15 (du mois) de chevat"; cette fête est qualifiée de Nouvel An des arbres (Roch Hachana lailanot) car elle correspond au moment de la montée de la sève dans l'arbre, avant le bourgeonnement du printemps.
Le Talmud (traité Roch Hachana) parle de "quatre Roch HaChana" dans le calendrier juif. Si le 1er tichri, chaque être humain est jugé au regard des "fruits" de ses actions, le 15 chevat c'est sa nourriture originelle, le fruit de l'arbre, qui l'est: c'est une manière de souligner que la nature est placée sous le regard du Créateur. C'est pourquoi en cette occasion on mange toutes sortes de fruits (voir plus bas), en louant l’Eternel.
Tou BiChevat rappelle aussi le lien indéfectible de la communauté juive avec la terre d'Israël, lieu d'épanouissement spirituel et terre des promesses divines. C'est pourquoi en cette occasion on plante des arbres, en louant Dieu.

Remarque: la fête de Tou BiChevat étant d'institution rabbinique, on n'évoque pas la mort des trois Justes (Joseph, Moïse et David) lors du Shabbat après-midi.


Historique de la fête

Bien que Tou BiChevat soit mentionné dans le Talmud, ce jour n’a pris son véritable caractère festif qu’au XVIème siècle avec les kabbalistes de Safed.
Leur réflexion sur la Création du monde les amenait à penser aux différents niveaux d’existants, et en particulier aux différentes formes de fruits germant sur la terre. Si l’Eternel a créé tant d’espèces, c’est que fondamentalement la bénédiction, qui se traduit par la multitude, est inscrite dans la réalité. Cette prise de conscience d’un monde béni est actualisée, en permanence, par la récitation de diverses bénédictions ou berakhot. Finalement, les rabbins auraient pu composer une seule berakha pour toutes les formes de jouissance – « Tout a été créé par Sa Parole », par exemple, mais ils ont préféré composer des berakhot différentes pour les gâteaux, les fruits de l’arbre, les fruits de la terre, le tonnerre, l’arc-en-ciel, les parfums, etc. afin d’éduquer les fidèles à cette idée que, du Dieu Un, découle une multiplicité de formes, de goûts et de couleurs, qui participent de l’unité cosmique.

La coutume s’est répandue d’organiser le 15 chevat (comme à Pessah ou Roch HaChana, un Séder ou « Ordre » de consommation de fruits, accompagné de la récitation de versets bibliques, de passages du Talmud et du Zohar liés à cette circonstance.
Le séder le plus connu est celui tiré du livre Péri 'Ets Hadar, imprimé pour la première fois à Salonique en 1753, et qui fut diffusé dans le monde entier. Il fut réimprimé à Pise en 1763, à Amsterdam en 1859, à Izmir-Smyrne en 1876, à Livourne en 1885 et à Bagdad en 1936, c'est-à-dire là où se trouvaient de grandes communautés juives.


Le seder 

Règles générales:
On lira tout d’abord les textes suivants en hébreu et en français, si l’entourage ne comprend pas la langue de la Bible :
- Gn 1,9-13: récit de la création des végétaux.
- Lv 26, 3-13: les bénédictions.
- Dt 8,1-10: L'éloge des sept fruits de la terre d'Israël : blé, orge, raisin, grenade, figue, olive, datte.
- Ez 17; 34; 36; 47.
- Jl 2.
- Ps 72; 147; 148; 65; 126.
Le seder consiste à manger essentiellement des fruits, précédés de la berakha adéquate.
Le chef de famille pourra dire, seul, les berakhot, et les participants répondre "Amen".
Si l’on mange un fruit pour la première fois cette année on récite :
"Baroukh' attah Adonaï-Elohénou, mélekh' aolam, chéhé'eyanou vekiyyémanou, veigianou lazemân azé - Loué sois-Tu Éternel, notre Dieu, Roi de l 'univers, qui nous as fait vivre et atteindre cette époque-ci."
Mais on ne répète pas la bénédiction pour un deuxième fruit nouveau au même repas.
On doit veiller à ce qu'aucun fruit consommé ne soit véreux.

Le Blé 
On commence la dégustation d’un gâteau à base de blé ou d'orge.
C’est en effet le blé qui inaugure l'éloge des fruits de la terre d'Israël: "Une terre qui produit le blé et l'orge" (Dt 8, 8).
Le blé, cité 30 fois dans la Bible, est l'aliment de base de l'homme.
Avant la consommation, on récite :
"Baroukh' attah Adonaï-Elohénou, mélekh' aolam, boré miné mézenot - Loué sois-Tu Éternel, notre Dieu, Roi de l 'univers, qui crées toutes sortes d'aliments."

L’Olive
Ensuite on prend une olive.
L'olivier qui devient très vieux, millénaire dit-on, symbolise l'ancienneté, et ses feuilles persistantes, l'opiniâtreté.
De son fruit, on tire par pression l'huile d'olive, qui porte la lumière (de la ménorah du Temple) ou qui sert à la consécration du roi ou du Grand Prêtre (le Messie, le Mashiakh' est littéralement "l'Oint").
Le fruit vert, confit dans la saumure et consommé comme olive de table, nous enseigne que l'amer s'adoucit par le travail et le temps...
L’olive est citée 38 fois dans la Bible : "Tes fils seront comme des plants d'olivier autour de la table" (Ps 128,3).
Avant la consommation, on récite :
"Baroukh' attah Adonaï-Elohénou, mélekh' aolam, boré peri aets - Loué sois-Tu Éternel, notre Dieu, Roi de l 'univers, qui crées le fruit de l'arbre."

La Datte
On enchaîne avec la datte : symbole de la douceur.
Quand la Torah fait référence au miel, il s'agit vraisemblablement du sucre de la datte.
Ses branches (palmes) servent à réaliser une mitsva (le loulav à Soukkot).
Ses graines, pourvues d'un albumen oléagineux donnent l'huile de palmiste.
"Le juste fleurit comme le palmier dattier » (Ps 92,13) est l’une des 12 citations de la datte dans la Bible.

Le Raisin
Ensuite, on mange le raisin, si souvent mentionné dans la tradition juive. Le raisin donne le vin qui occupe une place de choix dans le culte. D'où l'obligation de ne consommer que du vin ou du jus de raisin casher.
Le vin peut à la fois servir pour les grandes cérémonies (kiddouch, mariage, etc.) mais il peut également égarer l’homme (l'alcoolisme).
Le raisin est mentionné 19 fois dans la Bible, et le vin 141 fois, comme : "Et le vin réjouit le cœur de l'homme." (Ps 104,15).   



La première coupe de Vin
Ici on boit la 1ère coupe de vin blanc, après avoir fait la bénédiction :
"Baroukh' attah Adonaï-Elohénou, mélekh' aolam, boré peri agfen - Loué sois-Tu Éternel, notre Dieu, Roi de l'univers, qui crées le fruit de la vigne."


La Figue
Selon le midrash, les feuilles de figue ont servi à couvrir la nudité d'Adam et Ève après leur faute.
On retrouve des figues, "après que Nabuchodonosor, roi de Babylone, eut exilé de Jérusalem et amené à Babylone Yekhonia roi de Juda [...] dans deux corbeilles [...] étaient placées devant le sanctuaire de Dieu. L'une contenait des figues excellentes et l'autre des figues extrêmement mauvaises" (Jr 24).
Même si pour les botanistes, elle est un "faux fruit", la figue n'en reste pas moins un végétal très prisé car elle n'a ni coquille, ni pépins, ni noyaux: elle devient "le fruit" par excellence!
Elle apparaît 39 fois dans la Bible. "Comme les premiers fruits mûrs sur le figuier, j'avais considéré vos ancêtres" (Os 9,10).   

La Grenade
En hébreu, la grenade évoque l'élévation (rimôn <-> ram), mais aussi le prélèvement (térouma).
Le prophète Jérémie enseigne que cent grenades d’airain se trouvaient sur les colonnes du Temple de Jérusalem, et la Torah (Ex 28, 33) qu’elles se trouvaient autour de la bordure de la robe du Grand Prêtre (36 devant et 36 derrière). Ces grenades-grelots annonçaient le passage du Cohen et permettaient aux gens impurs de s’écarter de lui.
La grenade est mentionnée 32 fois dans la Bible.
"Puissions-nous être remplis de mitsvot comme la grenade!" souhaite-t-on le soir de Roch HaChana; pourquoi pas à Tou BiChevat?   

Le Cédrat
Le cédrat ou étrog fut, selon un avis rabbinique, le fruit de la connaissance du bien et du mal (mais selon d'autres, il s'agissait du raisin ou du blé).
Attention, en général, on ne fait pas la bénédiction de chéhéh'eyanou sur le cédrat car on l'a déjà dite à Soukkot, en faisant la bénédiction sur le loulav.
L’étrog n’est pas mentionné nominativement dans la Bible, mais uniquement comme péri 'ets hadar, "fruit du bel arbre".

La Pomme
La pomme est mentionnée dans le Cantique des Cantiques.
Le "champ de pommes", le verger des secrets, se trouve abondamment cité dans la Kabbale.
A propos du doux parfum qui émane des vêtements de Jacob, venant recevoir la bénédiction de son père Isaac (Gn 27, 27), le midrash enseigne que ses vêtements provenaient du paradis, dont les pommes exhalaient un parfum enivrant.
La pomme est mentionnée 6 fois dans la Bible: "L'odeur de tes narines - par où Dieu insuffla l'âme à l'homme - est comme celle des pommiers". (Ct 7,  9).    




La deuxième coupe de Vin
On boit ensuite la 2ème coupe de vin blanc mélangé à un peu de vin rouge.   



La Noix
La noix évoque la boîte crânienne, la coque de la noix protégeant un fruit ressemblant au cerveau (cerneau). La noix, egoz, a pour valeur numérique 17 qui est égale au mot tov, "bon".
Comme elle est composées de quatre parties, les kabbalistes y décèlent les quatre lettres du Tétragramme divin (Zohar II 15 B).
Il n'existe qu'une seule mention de la noix dans la Bible : "Vers le verger des noyers je suis descendue". (Ct 6,11).  

L’Amande
Dans tous les pays où il pousse, l’amandier  est le premier arbre à fleurir. Réputée pour sa promptitude, l’amande arrive à maturation (après la chute de la fleur) en 21 jours. Cela n’est pas sans évoquer les trois semaines qui séparent le 17 tamouz du 9 Av (période de deuil).
La branche d'amandier fleurie confirma aux yeux de tout Israël l’élection d’Aaron (Nb 17,33) et inaugure la prophétie de Jérémie (Jr 1,11). Déjà dans la Torah, les amandes sont envoyées comme offrande par Jacob au vice-roi d'Égypte (qu’il ne sait pas être son fils Joseph) afin de l'amadouer. (Gn 43,11).   

Le Caroube
Le caroubier, à l'opposé de l'amandier, est très long à donner des fruits (70 ans). Il symbolise les efforts des générations précédentes pour les suivantes:
"Un jour, alors que ‘Honi marchait sur la route, il vit un homme qui plantait un caroubier:
- Combien d'années faut-il pour qu'un caroubier porte des fruits ? lui demanda ‘Honi.
- Soixante-dix ans, répondit le paysan.
- Et tu ne te demandes pas si tu vas vivre soixante-dix ans, si tu vas pouvoir manger de ses fruits ?"
L’homme répondit: "Dès ma jeunesse, j'ai trouvé des caroubiers, car mes ancêtres en ont donc planté pour moi; de même j'en plante pour mes descendants..." (TB Taanit 23 a). 
Le mot "carat", unité de mesure de masse du diamant et de l’or, vient de "caroube", et correspondait au poids d'une graine de caroube (entre 185 et 205 mg; 1 carat = 200 mg).     


La Poire
Originaire du Proche-Orient et du nord de l'Asie centrale, la poire a plus de 4000 ans d’âge. Elle se consomme de nombreuses façons : crue et cuite sous forme de compotes, poires au four, tartes, pâtisseries, confitures... Elle est aussi transformée en fruits confits, sirop, alcools.  




La troisième coupe de Vin
On boit ensuite la 3ème coupe de vin moitié rouge moitié blanc.




A partir de là, les fruits mentionnés dans le Péri 'Ets Hadar ne sont pas facilement identifiables.  
Ils correspondent sans doute à des fruits des régions où vécurent les communautés juives. Chacun complétera donc cette liste pour accomplir le verset : "De tous les arbres du jardin tu mangeras".
Certains mangent 15 sortes de fruits, selon le nombre de cantiques des degrés (Chir HaMaalot) des Psaumes, d'autres en mangent 30 ou plus, chacun suivant ses coutumes, ses moyens et les disponibilités du marché.  




La quatrième coupe de Vin
On terminera avec la 4ème coupe de vin rouge additionnée d'un peu de vin blanc.  
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