Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven







תורה - Torah- Pentateuque
(2)



בראשית Bereshit (Au commencement) - Genèse (Gn)

Ci-dessous:
שמות Shemot (Les Noms) - Exode (Ex) 1- Chapitres 1-20
Shemot (Les Noms) - Exode (Ex) 2- Chapitres 21-40

ויקרא Vayyiqra (Il appelle) - Lévitique (Lv)
במדבר Bemidbar (Dans le désert) - Nombres (Nb)
דברים Devarim (Les paroles) - Deutéronome (Dt)

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שמות - Shemot (Les Noms)

Exode (Ex)

Ce deuxième volume du Pentateuque est intitulé « שמות - Shemot, Noms », d’après ses premiers mots: « ואלה שמות - Voici les noms ». Fidèles à l’usage grec, les LXX lui ont donné le titre d’εξοδος- exodos (sortie), Exode d’un mot qui résumait l’essentiel de l’œuvre. La Genèse, « בראשית- Berèshit, En un début » avait décrit la création du monde et rapporté l’histoire des patriarches, d’Adam et d’Abraham à Joseph. L’Exode fera le récit de la libération du peuple d’Israël tombé en esclavage en Égypte, de ses errances dans les déserts du Sinaï et de son pacte avec YHWH. Moïse en sera le personnage central: c’est lui qui libérera son peuple et sera son législateur inspiré.     

Ici encore, la théorie documentaire ne doit pas masquer la profonde unité de l’œuvre, d’une œuvre qui transmet dans chacune de ses parties une série ininterrompue d’images et de messages fulgurants. L’esclavage subi sous la férule d’un tyran, Moïse sauvé des eaux, la naissance d’une vocation de libérateur, l’appel de YHWH, la révélation du Nom ineffable, l’affrontement du tyran et de l’inspiré, les dix plaies d’Égypte, la mer du Jonc qui s’ouvre pour laisser passage aux fugitifs, sont autant d’épisodes frappants que poètes et mystiques, peintres et sculpteurs n’ont cessé d’illustrer. L’événement central est sans doute le don de la Torah au sommet du Sinaï; la proclamation des « Dix Paroles » (ch. 19 et 20). Les « tables du témoignage », לחת העדת- louhot ha-‘édout (Ex 32, 15), qui les contiennent, seront placées dans le coffre du pacte ou arche d’alliance, en signe de la présence toujours actuelle de YHWH et de sa parole au sein de son peuple. Le pacte devient ainsi le lieu permanent de leur rencontre.     
L’Exode entend bien rapporter un fait historique: la délivrance des Hébreux esclaves en Égypte et leur sortie de ce pays. Les documents égyptiens qui parlent de l’asservissement d’étrangers ou de la fuite d’esclaves dans le désert ne sont toutefois pas suffisants pour asseoir une certitude précise à ce sujet. Selon la tradition biblique, il se serait écoulé 480 ans entre la sortie d’Egypte et la construction du Temple de Salomon (cf. 1 R 6,1), ce qui situerait l’Exode entre 1450 et 1430. Mais la plupart des historiens identifient le pharaon qui asservit les Hébreux avec Ramsès II (1301-1234). Ils se divisent sur la question de savoir s’il faut situer l’exode sous son règne ou sous celui de son fils Ménephtah (1234-1225). Dans ce dernier cas, l’oppresseur des Hébreux aurait pu être, non pas Ramsès II, mais son père Séthi 1er (1317-1301).     
Par ailleurs, la controverse demeure vive quant à l’itinéraire suivi par les fugitifs. La Bible énumère avec force détails les étapes de leur errance, sans toutefois que l’on puisse en retracer avec certitude le trajet. Les livres de l’Exode (ch. 12-19), des Nombres (13,20-22) et du Deutéronome (1,2) semblent faire partir les Hébreux de la mer du Jonc ou mer Rouge, en un point dont la localisation demeure problématique, pour leur faire traverser le désert de Shur (Ex 15,22) en contournant Rephidim, où ils guerroyèrent contre les Amalécites (Ex 17,8-16), avant d’aboutir au Sinaï.     
Le lieu exact où l’Exode situe le don de la Torah est lui aussi indéterminé. Il s’agissait d’une montagne non identifiée. Si les Hébreux n’ont pas conservé de tradition concernant sa situation exacte, c’est que cela importait moins à leurs yeux que ce qui s’y était passé et en avait résulté. Depuis le IVème siècle, une tradition orthodoxe désigne le Djebel Moussa ou mont Moïse. Les moines ont bâti un monastère au lieu-dit de la théophanie du buisson ardent et, au VIème siècle, l’empereur Justinien y a édifié une puissante forteresse afin de les protéger (voir photos ci-dessous, en Ex 3,1).     
Après la théophanie du Sinaï, le peuple se remet en marche pour gagner la Terre promise. Chacune des étapes de ce long voyage soulève des problèmes dont la complexité est telle que leur localisation est la plupart du temps impossible.     

La critique biblique repousse l’affirmation traditionnelle selon laquelle la législation consignée dans l’Exode et dans les livres suivants du Pentateuque aurait été l’œuvre de Moïse écrivant sous la dictée de YHWH. Elle y voit une œuvre composite, qui s’est progressivement constituée au cours des siècles à partir de sources multiples. Quelles que soient ses similitudes avec d’anciens codes, celui d’Hammourabi par exemple, cette législation possède ses caractères propres. Elle a un aspect toujours actuel par son humanisme, sa quête passionnée de justice et de paix, les perspectives apocalyptiques qu’elle assigne au terme de l’histoire humaine, et la vocation divine dont elle ouvre la vision à l’homme créé à la ressemblance du Créateur. Le message central de la Torah réside dans le monothéisme éthique que les Hébreux furent les premiers à propager. L’adoration d’un Dieu unique, juste, invisible, créateur des ciels et de la terre, impliquait le rejet, par les Fils d’Israël, de toutes les idoles adorées par les nations, de toute forme de paganisme.

Le livre de l’Exode, ou des Noms, illustre ainsi le récit de la naissance d’une nation, Israël, fruit de l’amour de YHWH, de sa révélation et de sa puissance.
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• Ex 3,1-8a;10;13-15.

Vocation et mission de Moïse, révélation du nom divin: un des plus célèbres récits de la Bible, un seuil capital dans l'histoire du salut. L'Exode, événement fondateur du peuple de Dieu, va s'engager sous la conduite de Moïse, envoyé par le Seigneur, le Dieu des pères, fidèle à ses promesses. Leur contenu précis se dévoilera progressivement, mais l'intention en est énoncée dès ce moment-là: délivrer le peuple choisi des souffrances et de la servitude. Au cours de cette vision, Dieu révèle son Nom, Celui qui transcende le temps et l'histoire, le Même hier, aujourd'hui et demain, Celui qui est, qui était et qui vient...

Sur ce passage:

Sur l'Exode, voir ci-dessus.

Sur Ex 3 - 4:
Ce récit de la vocation de Moïse constitue un des sommets du livre de l'Exode (et de la TaNaKh), tant est profonde la Révélation dont il est porteur.
On peut y discerner cinq parties:
- l'appel proprement dit: 3,1-12;
- la révélation du nom de Dieu: 3,13-22;
- les signes: 4,1-9;
- la "bouche" de Moïse (ici elle est dite "כּבד kâbêd lourde"; en 6,12;30 elle sera dite "ערל ‛ârêl incirconcise"): 4,10-17;
- le retour en Égypte: 4,18-31.
Moïse y est l'homme choisi par Dieu pour réaliser son dessein: mettre fin à la détresse de son peuple (voir 2,23-25; 3,7-9;16-17; 4,31), "le délivrer de la main des Égyptiens, et pour le faire monter de ce pays dans un bon et vaste pays" (3,8; voir aussi 3,10;12;17).
Mais Moïse y apparaît aussi comme un homme ordinaire, réticent à répondre à l'appel de Dieu (il avance cinq objections), de sorte que ce récit de vocation est aussi un "bras de fer" (on peut y voir une préfiguration de la ריב – rîb qui opposera ensuite régulièrement Dieu, par la bouche des prophètes, à son peuple pécheur) entre YHWH et Moïse. 
Celui-ci finit par obéir et, selon la promesse divine, les Hébreux le reconnaissent comme un véritable prophète de YHWH (4,31).
La révélation du Nom de Dieu est au cœur du récit: Dieu s'y révèle comme "Celui qui est" (3,14), qui a agi dans le passé ("le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob"), qui est présent au cœur de l'histoire ("Je suis"), au côté de Moïse et du peuple ("Je suis/serai avec toi"), et qui va manifester sa puissance par toutes sortes de prodiges en vue de la libération de son peuple.
Ce texte est le seul de toute la TaNaKh à donner une explication au Nom de Dieu - et c'est Dieu lui-même qui la donne.
Il introduit en outre celui de la présence divine - qui forme la trame de tout le Livre. YHWH manifeste sa présence à Moïse dans le buisson, et la lui promet (3,12).
Ici encore, l'histoire de Moïse préfigure celle d'Israël, car cette même présence sera ensuite accordée à l'ensemble du peuple; en particulier, Dieu se révèle à Moïse sur "la montagne de Dieu" comme il le fera plus tard (Ex 19 - 20) à tout le peuple.

Sur les noms de Dieu, et en particulier sur יהוה, voir cette page.

Traduction et remarques:

Verset 1.
 ומשׁה היה רעה את־צאן יתרו חתנו כהן מדין וינהג את־הצאן אחר המדבר ויבא אל־הר האלהים חרבה׃
Moïse faisait paître le troupeau de Jéthro, son beau-père, sacrificateur de Madian; et il mena le troupeau derrière le désert, et vint à la montagne de Dieu, à Horeb.
יתרו - Jéthro: Le beau-père de Moïse est ailleurs (Ex 2,18) appelé "רעוּאל : re‛û - ami de אל 'êl Dieu";יתרו yithrô, que nous transcrivons "Jéthro" et prenons pour un nom est en fait un titre (ce que tend à confirmer son rôle de "כּהן kôhên, prêtre sacrificateur"), dérivé (avec un suffixe pronominal) de יתר yether, et que l'on devrait traduire par "son excellence".
אל־הר האלהים חרבה - à la montagne de Dieu, à Horeb: Le mot חרב khôrêb, que nous transcrivons "Horeb", vient de la racine חרב khâ̂rab et signifie "désert", "désolation". Le même massif montagneux est également appelé Sinaï dans la suite du récit.

<- (Lever de soleil sur le Sinaï)

Les premières traditions chrétiennes l'identifient à une haute montagne (Ras-es-Safsaf) appartenant massif du Mont Sinaï (Djebel-Mousa, le "Mont de Moïse"), au pied de laquelle Justinien Ier fit construire en 527 un monastère, dédié à Sainte Catherine d'Alexandrie ->

<- et qui conserve un buisson qui serait le "buisson ardent" (v.2); en tout cas, cet arbuste ne se rattache à aucune espèce botanique répertoriée, reste invariablement vert, ne se multiplie pas (ni par bouturage, ni marcottage, ni par graines: il ne fleurit pas et ne produit donc pas de fruits)...

Verset 2.
   וירא מלאך יהוה אליו בלבת־אשׁ מתוך הסנה וירא והנה הסנה בער באשׁ והסנה איננו אכל׃ 
L'ange de YHWH-Adonaï lui apparut dans une flamme de feu, au milieu d'un buisson. Moïse regarda; et voici, le buisson était tout en feu, et le buisson ne se consumait point.
מלאך יהוה - L'ange de YHWH-Adonaï: Voir, par ex. Gn 16,7, et note sur Ps 91,12 à cette page. Dans la suite du récit, il s'agira d'YHWH lui-même.
בלבת־אשׁ - dans une flamme de feu: Le feu accompagne à plusieurs reprises la révélation de Dieu aux hommes (Ex 13,21; 19,18; 1R 18,24;38).
מתוך הסנה - au milieu d'un buisson: En Dt 33,16, Dieu sera appelé
"שׁכני סנה - Celui qui demeure dans le buisson".

Verset 3.
   ויאמר משׁה אסרה־נא ואראה את־המראה הגדל הזה מדוע לא־יבער הסנה׃
Moïse dit: Je veux me détourner pour voir quelle est cette grande vision, et pourquoi le buisson ne se consume point.

Verset 4.  
   וירא יהוה כי סר לראות ויקרא אליו אלהים מתוך הסנה ויאמר משׁה משׁה ויאמר הנני׃
YHWH-Adonaï vit qu'il se détournait pour voir; et Dieu l'appela du milieu du buisson, et dit: Moïse! Moïse! Et il répondit: Me voici!
יהוה - YHWH-Adonaï: C'est maintenant YHWH lui-même qui est au milieu du buisson, comp. v.2: "l'ange d'YHWH" serait donc une figure sous laquelle YHWH lui-même apparaît (voir Gn 16,7; Jg 6,11; 13,3...).

Verset 5.  
  ויאמר אל־תקרב הלם שׁל־נעליך מעל רגליך כי המקום אשׁר אתה עומד עליו אדמת־קדשׁ הוא׃ 
Dieu dit: N'approche pas d'ici, ôte tes souliers de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte.
שׁל־נעליך - ôte tes souliers: En signe de profond respect.
אדמת־קדשׁ - une terre sainte: Un lieu "saint", "sacré", est un lieu où Dieu est présent, et c'est cette présence qui le sanctifie (comp. Gn 2,3).

Verset 6.
 ויאמר אנכי אלהי אביך אלהי אברהם אלהי יצחק ואלהי יעקב ויסתר משׁה פניו כי ירא מהביט אל־האלהים׃  
Et il ajouta: Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob. Moïse se cacha le visage, car il craignait de regarder Dieu.
אלהי אברהם אלהי יצחק ואלהי יעקב - le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob: Voir Gn 2,24. Ce nom que Dieu se donne souligne qu'il est le Dieu qui a conclu une alliance avec les patriarches, le Dieu de la promesse. Par l'alliance du Sinaï, il deviendra le Dieu de tout le peuple d'Israël.
Cette locution est citée en Mc 12,26-27 (trad. LXX: " Ἐγώ εἰμι ὁ θεὸς τοῦ πατρός σου, θεὸς Αβρααμ καὶ θεὸς Ισαακ καὶ θεὸς Ιακωβ - Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob"; texte cité par Marc:"ἐγὼ ὁ Θεὸς ᾿Αβραὰμ καὶ ὁ Θεὸς ᾿Ισαὰκ καὶ ὁ Θεὸς ᾿Ιακώβ - Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob".
Or sa formule introductive est: "ἐν τῇ βίβλῳ Μωϋσέως, ἐπὶ τοῦ βάτου - dans le livre de Moïse, <au passage> du buisson").
L'intérêt historico-rhétorique de cette citation est qu'elle prouve bien qu'aux premiers siècles de notre ère,
1°/ la TaNaKh, même sous sa forme grecque de la LXX, ne comportait pas
- de titres de Livres (ou plutôt de rouleaux), puisqu'on y appelle "Livre de Moïse" ce que nous appelons "Exode" - et qu'en hébreu on nomme par ses premiers mots (voir introduction);
- de divisions en chapitres et versets, puisque l'on fait allusion à son contexte pour situer la citation;
2°/ l'on citait vraisemblablement très facilement par oral le texte hébraïque, que l'on connaissait à peu près par cœur; mais que, lorsqu'on transcrivait en grec ces paroles en utilisant la LXX, on pouvait en faire une citation plus approximative.
מהביט אל־האלהים - de regarder Dieu: Selon la TaNakh, on ne peut voir la face de Dieu et vivre (Voir Gn 32,31; Ex 33,20;23: Moïse jouit d'une expérience limite de vision, puisqu'il voit Dieu "de dos", c'est-à-dire de façon partielle, imparfaite et non en plénitude, cf. Gn 24,10-11; Is 6,1-4; Ez 1; voir aussi Jg 6,22-23; 13,22). Moïse connaîtra par la suite d'autres révélations divines (Ex 19,3sqq; 24,9-10; 33,11;18-23; 34, 29-35; Nb 12,6-8; Dt 34,10).

Verset 7.
  ויאמר יהוה ראה ראיתי את־עני עמי אשׁר במצרים ואת־צעקתם שׁמעתי מפני נגשׂיו כי ידעתי את־מכאביו׃ 
YHWH-Adonaï dit: J'ai vu la souffrance de mon peuple qui est en Égypte, et j'ai entendu les cris que lui font pousser ses oppresseurs, car je connais ses douleurs.
La sainteté de Dieu qui demande à Moïse de se déchausser (v.5) ne l'empêche pas de voir la souffrance de son peuple (v.7) et de s'en approcher (v.9).

Verset 8a.
  וארד להצילו מיד מצרים ולהעלתו מן־הארץ ההוא אל־ארץ טובה ורחבה אל־ארץ זבת חלב ודבשׁ
Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens, et pour le faire monter de ce pays dans un bon et vaste pays, dans un pays où coulent le lait et le miel
אל־ארץ זבת חלב ודבשׁ - dans un pays où coulent le lait et le miel: Pays offrant de nombreux pâturages permettant l'élevage de vaches laitières, et où les abeilles produisent du miel en quantité grâce à une riche végétation - donc un pays permettant la sédentarisation. L'expression évoque un idéal d'abondance et de prospérité; elle deviendra courante pour désigner la terre promise (14 occurrences d'Ex à Dt, 5 occurrences dans le reste de la TaNaKh).

Verset 10.
   ועתה לכה ואשׁלחך אל־פרעה והוצא את־עמי בני־ישׂראל ממצרים׃
Maintenant, va, je t'enverrai auprès de Pharaon, et tu feras sortir d'Égypte mon peuple, les enfants d'Israël.
פרעה - Pharaon: D'après la date de l'Exode, il s'agit soit d'Aménophis II, fils de Thoutmosis III, soit de Ramsès II, pharaon de la 19ème dynastie, qui entreprit de grands travaux de construction (1290/79 - 1224/12 av. notre ère).

Verset 13.
 ויאמר משׁה אל־האלהים הנה אנכי בא אל־בני ישׂראל ואמרתי להם אלהי אבותיכם שׁלחני אליכם ואמרו־לי מה־שׁמו מה אמר אלהם׃
Moïse dit à Dieu: J'irai donc vers les enfants d'Israël, et je leur dirai: Le Dieu de vos pères m'envoie vers vous. Mais, s'ils me demandent quel est son nom, que leur répondrai-je?

Verset 14.
  ויאמר אלהים אל־משׁה אהיה אשׁר אהיה ויאמר כה תאמר לבני ישׂראל אהיה שׁלחני אליכם׃
Dieu dit à Moïse: Je suis qui je suis. Et il ajouta: C'est ainsi que tu répondras aux enfants d'Israël: Celui qui s'appelle 'Je suis' m'a envoyé vers vous.
אהיה אשׁר אהיה - Je suis qui je suis: Dieu ne veut pas dire son nom, le mystère de la personne divine est inaccessible à l'humain.
Autres traductions proposées:
- "Je suis celui qui est"; mais elle ne respecte pas la conjugaison.
- "Je suis: je suis"; mais elle ne traduit pas le relatif אשׁר.
- "Je suis qui je serai"; possible grammaticalement (l'inaccompli peut se traduire, entre autres, par le présent ou le futur), mais peu vraisemblable logiquement (pourquoi traduire différemment la même forme verbale dans la même phrase?).
- "Je suis celui que je suis" (i.e.: je suis et reste ce que je suis, fidèle à moi-même et à mes promesses) ou "Je suis ce que je serai" (i.e.: je suis un être parfaitement libre, qui ne peut être connu des hommes que par ce qu'il va leur révéler); mais ces deux traductions se heurtent au fait qu'en hébreu la relative n'est jamais ailleurs utilisée comme attribut du sujet, le relatif étant (comme en grec ou en latin) en même temps son propre antécédent.
Dans la suite du verset, Dieu se présente simplement comme "אהיה - Je suis"; et au verset suivant, il se présentera comme "יהוה - YHWH" - voir à cette page.
LXX traduit: " Ἐγώ εἰμι ὁ ὤν - Moi je suis celui qui [est l']étant".
Moïse vient d'exprimer sa préoccupation (v.13): comment les Hébreux pourront-ils faire confiance à un Dieu inconnu, dont ils ignorent l'identité (donc l'essence)?... Au nom de qui Moïse veut-il prendre autorité sur eux, et les sortir hors d'Égypte?...
En se présentant ainsi, même si c'est de façon quelque peu énigmatique, Dieu affirme qu'il est l'Être par excellence, qui ne tient son existence d'aucun autre, et qui est à l'origine de tout ce qui existe - contrairement aux idoles qui ne sont rien (voir Is 41,24; 43,10-13).
Moïse peut donc s'engager dans sa mission avec confiance, malgré la taille de ses adversaires (pharaon, ses dieux, ses magiciens, ses armées), puisqu'il a YHWH avec lui (v.12).

Verset 15.
   ויאמר עוד אלהים אל־משׁה כה־תאמר אל־בני ישׂראל יהוה אלהי אבתיכם אלהי אברהם אלהי יצחק ואלהי יעקב שׁלחני אליכם זה־שׁמי לעלם וזה זכרי לדר דר׃
Dieu dit encore à Moïse: Tu parleras ainsi aux enfants d'Israël: L'Éternel, le Dieu de vos pères, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob, m'envoie vers vous. Voilà mon nom pour l'éternité, voilà mon mémorial de génération en génération.
יהוה - L'Éternel: Une autre tentative de traduction du tétragramme divin (voir à cette page; vers le IVème siècle av.notre ère, les Juifs prirent l'habitude de ne plus prononcer le tétragramme, mais "אדני'ădônây Adonaï - Seigneur", ce que la LXX a "entériné" en le traduisant par "κύριος kurios".
אלהי אברהם אלהי יצחק ואלהי יעקב - le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob: Voir note au v.6. Par là, Dieu souligne le fait qu'il s'est déjà révélé dans le passé, aux patriarches, aux ancêtres des Hébreux.
זה־שׁמי לעלם וזה זכרי לדר דר - Voilà mon nom pour l'éternité, voilà mon mémorial de génération en génération: Ce "nom" a pour fonction de permettre aux hommes de se "remémorer" qui est Dieu pour toujours.
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• Ex 16,2-4;12-15

L'Exode est l'événement fondateur du peuple de Dieu et de sa foi. Cette épopée, inlassablement racontée et relue, s'est progressivement enrichie de détails dont les sages se sont attachés à découvrir la valeur symbolique. Certaines de leurs réflexions ont été consignées par écrit: entre autres celles qui concernaient la manne, don de Dieu en même temps qu'épreuve pour la foi.

Remarque:
Le « pain » est « nourriture » qui « rassasie » dans « le désert » (versets 11-15):
- les synoptiques (Mt 14,15-20//Mc 6,35-42//Lc 9,12-17)
- et même Jn 16,1-15, dans leurs récits de la multiplication des pains,
- ainsi que Jn 6,16-21, dans la péricope sur le Pain de Vie,
font très clairement allusion à ce passage du Premier Testament.
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• Ex 17,3-7

Dans le désert aride de l'Exode, Dieu a fait jaillir du rocher l'eau vive sans laquelle le peuple serait mort de soif.
Ce signe de la puissance du Seigneur et de sa présence au milieu des siens est rappelé pour mettre en garde contre le manque de confiance, de foi, en Celui qui peut seul apaiser toute soif. 

Remarques:

Sur le Livre de l'Exode: voir plus haut.
Sur Ex 15,22 - 17,16:
• Enfin délivré définitivement des Égyptiens, Israël entame sa longue marche dans le désert, progressant "selon les marches que YHWH-l'Éternel leur avait ordonnées" (17,1).
Ce séjour au désert se révèle être un temps d'épreuve (15,25; 16,4) à double titre:
- parce qu'Israël y endure la soif (15,22-27; 17,1-7), la faim (16) et le danger (attaque des Amalécites: 17,8-16);
- parce que, dans ce contexte difficile, Israël est appelé à se confier totalement en YHWH et à lui obéir.
Or Israël ne se montre pas "à la hauteur". Le texte souligne en effet le contraste entre l'attitude fidèle et bienveillante d'YHWH qui, ici encore, atteste sa présence au milieu de son peuple en pourvoyant à tous ses besoins (il lui donne à boire, à manger, et le rend victorieux de ses ennemis); et l'attitude d'Israël, marquée par des plaintes incessantes, l'ingratitude, la désobéissance, allant jusqu'à "murmurer contre YHWH" (16,8) et le  "tenter" (= lui forcer la main) (17,2;7).

Traduction et notes:

Verset 3.
    ויצמא שׁם העם למים וילן העם על־משׁה ויאמר למה זה העליתנו ממצרים להמית אתי ואת־בני ואת־מקני בצמא׃
Et là, le peuple eut soif d'eau; et le peuple murmura contre Moïse, et dit: Pourquoi nous as-tu fait monter d'Égypte, pour nous faire mourir de soif, moi, et mes enfants, et mon bétail?
וילן העם - et le peuple murmura: Durant le séjour au désert, le peuple se plaignit à de nombreuses reprises, s'en prenant à Moïse et Aaron (voir 14,11;15,24;16,2-3;Nb 14,2;16,3;11;14;20,2-5;21,5).  


Sandro BOTTICELLI (Florence, 1444-1510) – Le châtiment de Qoré et la lapidation de Moïse et Aaron (1481-82; détail) –>
Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican.

Cette révolte des Hébreux contre Moïse (Nb 16) occupe la partie droite de la fresque.

Josué s’interpose entre Moïse et le peuple.  

On notera que les tenues vestimentaires sont celles des contemporains du peintre, à quelques « ajustements » près (le manteau de Moïse par ex.)

Verset 4.
ויצעק משׁה אל־יהוה לאמר מה אעשׂה לעם הזה עוד מעט וסקלני׃
Et Moïse cria à YHWH-l'Éternel, disant: Que ferai-je à ce peuple? Encore un peu, et ils me lapideront.
לעם הזה-à ce peuple:Cette expression souligne la distance entre Moïse et le peuple d'Israël, dont il ne comprend ni approuve le comportement, et qui s'en prend à lui.
Moïse expérimente ce qui sera le lot de la plupart des prophètes: l'opposition du peuple (voir par ex. Jr 18,18-23;20,1-2;26,7-11;36,20-24). 

Verset 5.
     ויאמר יהוה אל־משׁה עבר לפני העם וקח אתך מזקני ישׂראל ומטך אשׁר הכית בו את־היאר קח בידך והלכת׃
Et YHWH-l'Éternel dit à Moïse: "Passe devant le peuple, et prends avec toi des anciens d'Israël; et prends dans ta main ton bâton avec lequel tu as frappé le fleuve, et va.
מטך -ton bâton :
Symbole de la puissance divine (voir note sur v.9).

Verset 6.
   הנני עמד לפניך שׁם על־הצור בחרב והכית בצור ויצאו ממנו מים ושׁתה העם ויעשׂ כן משׁה לעיני זקני ישׂראל׃
Voici, je me tiens là devant toi, sur le rocher, en Horeb; et tu frapperas le rocher, et il en sortira des eaux, et le peuple boira". Et Moïse fit ainsi devant les yeux des anciens d'Israël.
בחרב-en Horeb:Le mot חרב kh'ôrêb, que nous transcrivons "Horeb", vient de la racineחרב khârab, et signifie "désert", "désolation". Le même massif montagneux est également appelé Sinaï dans la suite du récit (voir 3,1, note et photos à cette page).
והכית בצור ויצאו ממנו מים-et tu frapperas le rocher, et il en sortira des eaux: Événement souvent célébré par la suite (Ps 78,15-16;20;105,41;114,8; Is 48,21 par ex.) - Voir illustration et notes plus bas

Verset 7.
    ויקרא שׁם המקום מסה ומריבה על־ריב בני ישׂראל ועל נסתם את־יהוה לאמר הישׁ יהוה בקרבנו אם־אין׃ 
Et il appela le lieu du nom "Massa et Meriba", à cause de la contestation des fils d'Israël, et parce qu'ils avaient tenté YHWH-l'Éternel, en disant: YHWH-l'Éternel est-il au milieu de nous, ou n'y est-il pas?
מסה ומריבה - Massa et Meriba:
-- Le terme "מריבה merîybâh" dérive du nom-racine "ריב rîyb", désignant une "controverse". C'est donc d'abord un substantif simple, désignant une "contestation", une "querelle".
-- Le terme "מסּה massâh" est apparenté au verbe-racine "נסה nâsâh", exprimant l'idée de "tester", aux sens d'"essayer" et de "tenter". Ce substantif désigne donc une "tentation".
-- Ces deux substantifs, "Massa et Meriba" sont donc devenus les noms propres, symboliques de la source de Rephidim (voir aussi vv. 8-13, à cette page et Ps 95,7-8, à cette page).
הישׁ יהוה בקרבנו אם־אין-YHWH est-il au milieu de nous, ou n'y est-il pas?: Cette question de la présence de l'Éternel au milieu de son peuple et de son action en la faveur de celui-ci reviendra souvent au cours de l'histoire d'Israël.
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• Ex 17,8-13.

Dans la Bible, Amalek représente le Mal absolu, l'Ennemi que l'homme, livré à ses seules forces, est incapable de vaincre.
Voilà pourquoi Moïse doit tenir levé le bâton que le Seigneur lui a donné pour accomplir des prodiges en son nom et par sa puissance: c'est Dieu qui sauve "à main forte et à bras étendu"

Sur ce passage:

Sur l'Exode, voir plus haut.

Sur Ex 15,22 - 17,16:
• Enfin délivré définitivement des Égyptiens, Israël entame sa longue marche dans le désert, progressant "selon les marches que YHWH-l'Éternel leur avait ordonnées" (17,1).
Ce séjour au désert se révèle être un temps d'épreuve (15,25; 16,4) à double titre:
- parce qu'Israël y endure la soif (15,22-27; 17,1-7), la faim (16) et le danger (attaque des Amalécites: 17,8-16);
- parce que, dans ce contexte difficile, Israël est appelé à se confier totalement en YHWH et à lui obéir.
Or Israël ne se montre pas "à la hauteur". Le texte souligne en effet le contraste entre l'attitude fidèle et bienveillante d'YHWH qui, ici encore, atteste sa présence au milieu de son peuple en pourvoyant à tous ses besoins (il lui donne à boire, à manger, et le rend victorieux de ses ennemis); et l'attitude d'Israël, marquée par des plaintes incessantes, l'ingratitude, la désobéissance, allant jusqu'à "murmurer contre YHWH" (16,8) et le  "tenter" (= lui forcer la main) (17,2;7).

Traduction et remarques:

Verset 8.
  ויבא עמלק וילחם עם־ישׂראל ברפידם׃
Amalek vint combattre Israël à Rephidim.
עמלק- Amalek:עמלק‛ămâlêq désigne un petit-fils d'Esaü et le peuple qui en est issu, ainsi que son pays (Gn 36,12; 1S 15; 1S 30; 1Ch 1,36). Ce peuple vivait de pillage dans le désert au sud de la Palestine, et faisait parfois des incursions dans le pays de Canaan (Jg 6,3), ou vers le Sinaï.
ברפידם- à Rephidim:רפידיםrephîydîym-Rephidim est le lieu du miracle de l'eau jaillie du rocher.
Moïse fait  jaillir l’eau du rocher – 1577 – Le Tintoret (Venise, 1518-1594) – Scuola Grande di San Rocco, Venise.
Au centre de la toile, Moïse frappe le rocher avec le bâton divin, et  l’eau jaillit en abondance (semblant avoir donné naissance à un figuier). Les Hébreux au premier plan en emplissent jarres coupes.
Au-dessus de la scène, Dieu semble reposer sur un globe cristallin.
Mais, entre Dieu, Moïse et le peuple approche la menace suivante : les troupes amalécites.  En les représentant dans des tons pastels, contrastant avec le reste du tableau, fort sombre, le Tintoret établit  une distance spatio-temporelle entre le miracle de l’eau et la bataille à venir.

Verset 9.
   ויאמר משׁה אל־יהושׁע בחר־לנו אנשׁים וצא הלחם בעמלק מחר אנכי נצב על־ראשׁ הגבעה ומטה האלהים בידי׃
Alors Moïse dit à Josué: Choisis-nous des hommes, sors, et combats Amalek; demain je me tiendrai sur le sommet de la colline, le bâton de Dieu dans ma main. 
יהושׁע- Josué:(יהושׁע-yehôshûa‛: de יהוה-YHWH-Adonaï et deישׁע-yâsha‛-sauver; nom hébreu signifiant "YHWH sauve"; également traduit par "Jésus")
Première mention de Josué, un des chefs de la tribu d'Ephraïm (Nb 13,8;16 - où il est simplement appelé "הושׁע-hôshêa‛- salut" par YHWH); futur successeur de Moïse (v.14; Dt 31,1-8; Jos 1).
מטה האלהים - le bâton de Dieu:  Symbole de la puissance divine (4,17) agissant par Moïse pour sauver Israël (7,17; 9,23; 10,13; 14,16). Cette même puissance qui vient de délivrer Israël de la soif (17,5-6) va le sauver des Amalécites.

Verset 10.
ויעשׂ יהושׁע כאשׁר אמר־לו משׁה להלחם בעמלק ומשׁה אהרן וחור עלו ראשׁ הגבעה׃
Josué fit ce que lui avait dit Moïse, pour combattre Amalek. Et Moïse, Aaron et Hour montèrent au sommet de la colline.
חור - Hour:(חוּר-kh'ûr) Hour, de la tribu de Juda, fils de Caleb, aïeul de Betsaléel, le fabricant du Tabernacle (voir 31,2; 1Ch 2,19-20).

Versets 11-12.
והיה כאשׁר ירים משׁה ידו וגבר ישׂראל וכאשׁר יניח ידו וגבר עמלק׃
Lorsque Moïse élevait sa main, Israël était le plus fort; et lorsqu'il baissait sa main, Amalek était le plus fort.
 וידי משׁה כבדים ויקחו־אבן וישׂימו תחתיו וישׁב עליה ואהרן וחור תמכו בידיו מזה אחד ומזה אחד ויהי ידיו אמונה עד־בא השׁמשׁ׃
Les mains de Moïse étant fatiguées, ils prirent une pierre qu'ils placèrent sous lui, et il s'assit dessus. Aaron et Hour soutenaient ses mains, l'un d'un côté, l'autre de l'autre; et ses mains restèrent fermes jusqu'au coucher du soleil.
Ici encore, le rôle primordial de Moïse comme instrument et intermédiaire de la puissance divine est souligné.

Versets 13-14.
ויחלשׁ יהושׁע את־עמלק ואת־עמו לפי־חרב׃ 
Et Josué vainquit Amalek et son peuple, au tranchant de l'épée.
 ויאמר יהוה אל־משׁה כתב זאת זכרון בספר ושׂים באזני יהושׁע כי־מחה אמחה את־זכר עמלק מתחת השׁמים׃ 
YHWH-l'Éternel dit à Moïse: Écris cela dans le livre, pour que le souvenir s'en conserve, et déclare à Josué que j'effacerai la mémoire d'Amalek de dessous les cieux.
כתב זאת זכרון בספר: Première mention d'un ספר-sêpher ("livre"; voir cette page sur les Sifré Tora') dans lequel seront consignés les événements de l'Exode (voir 24,4; 34,27-28; Nb 33,2; 34,27; Dt 28,58; 29,20;21;27; 30,10; 31,9;19;22;24); il s'agissait vraisemblablement déjà de rouleaux de papyrus ou de parchemin, utilisés en Égypte.

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• Ex 19,3-8a;16-20b

Coups de tonnerre, nuée, bruit de « trompette puissante » (en fait, de shofar*): autant de signes annonciateurs des manifestations du Dieu Tout-Puissant.

Étonnement des témoins qui se rassemblent mais se tiennent à une distance respectueuse.
Tel est, dans la Bible, le cadre traditionnel et quasi liturgique des théophanies**. 

Celle-ci remet en mémoire ce que Dieu a fait dans le passé ; elle est promesse et gage de bienfaits encore plus grands.

Mais l’attention doit porter sur la Parole, l’ordre confié au messager choisi par Dieu pour les transmettre au peuple, exhorté à l’obéissance, et à la conversion. 

Haggadah de Ferrare (1583):
Moïse recevant les Tables de la Loi sur le Mont Sinaï - (Paris, Bibliothèque Nationale).
En bas, le peuple attend le retour de Moïse. ->


Tous ces traits invitent le chrétien à faire le rapprochement entre la théophanie du Sinaï, qui eut lieu « le troisième mois qui suivit la sortie d’Égypte » et celle qui eut lieu « le cinquantième jour après la Pâque » (Ac 2,1-11)***

Remarques

* Le shofar est une corne de bélier utilisée comme trompe. Cet instrument possède une symbolique très riche, puisque la tradition en fait remonter l’usage au « non-sacrifice » d’Isaac. Lorsque Abraham « monta » pour sacrifier son fils conformément à l’ordre divin, un ange intervint au dernier moment pour arrêter sa main, et désigna un bélier qui serait sacrifié à la place du jeune garçon. Ce geste marque une véritable révolution dans les mentalités : désormais, il ne sera plus jamais fait de sacrifices humains au sein du peuple de Dieu. En souvenir de cet animal qui sauva la vie d’Isaac, et qui symbolise un moment si important dans l’histoire humaine, on sonne symboliquement le shofar, la corne de bélier. (Voir pages sur le shofar, sur Roch HaChana et Kippour).
** Théophanie : manifestation de Dieu (du grec : θεος­ Dieu ; φανειν – (se) montrer) ; je prépare un article sur les différents types de théophanies dans la TaNaKh (Premier Testament).
*** Voir le texte de Saint Bruno de Segni en fin de page en cliquant ici.

- Note sur le verset 5 – Remarquer la binarité constituée par l’ « infinitif absolu », également dit « accusatif d’objet interne » par analogie avec les langues à déclinaison comme le grec et le latin : אם־שמוע תשמעוLittéralement : « si écouter tu écoutes », pour dire « si tu écoutes bien ». Voir note sur l'infinitif absolu.
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• Ex 20,1-17

Le Décalogue (terme grec qui signifie « dix paroles ») se trouve dans laתנכ TaNaK, laBiblehébraïque sous deux formes légèrement différentes (Ex 20,1-17 et Dt 5,5-21) ; c'est la première de ces deux versions qu'on étudiera ici.
Bien qu'on parle habituellement de « commandements », il s'agit plutôt des articles d'une charte d'alliance.
Elle a pour fondement la reconnaissance de l’Éternel comme l'Unique. Vient ensuite l'engagement à observer le Shabbat – qui fait participer hommes et bêtes au repos du Seigneur après la création. Enfin une série de règles pour le respect d'autrui et de ses biens.

Sur ce passage:
Sur le Livre de l'Exode, voir ci-dessus.
Sur Ex 20,1-17: voir ici.

Traduction et remarques:

Verset 1.
וידבר אלהים את כל־הדברים האלה לאמר׃
Et Dieu prononça toutes ces paroles, disant:
Cette formule introduit les stipulations de l'alliance (voir aussi 24,3;8;34,28; voir ici).
Ce type de texte ("code de loi") était fréquent dans le Proche-Orient ancien (par ex. chez les Hittites). Ce code de loi fondamental (vv.2-17) est appelé les "dix paroles" dans la suite du Pentateuque (Ex 34,28; Dt 4,13;10,4).
On le nomme traditionnellement le "Décalogue" (transcription du grec pour "dix paroles"), ou les "dix commandements".  

Verset 2.
אנכי יהוהאלהיך אשׁר הוצאתיך מארץ מצרים מבית עבדים׃
Je suis YHWH-l'Éternel, ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude.

Verset 3.
 לא יהיה־לך אלהים אחרים על־פני׃
Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face.
לא יהיה־לך אלהים אחרים- Tu n'auras pas d'autres dieux: YHWH-l'Éternel proclame son droit à être reconnu par Israël comme son unique Dieu, et ce faisant il le libère des idoles aliénantes des autres peuples.
• על־פני- devant ma face: C'est-à-dire "devant moi"; ici "pas d'autres dieux que moi".

Verset 4.
  לא תעשׂה־לך פסל וכל־תמונה אשׁר בשׁמים ממעל ואשׁר בארץ מתחת ואשׁר במים מתחת לארץ׃ 
Tu ne te feras point d'image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux au-dessous de la terre.
פסל - image taillée: C'est-à-dire une représentation matérielle, sous forme de statue ou de statuette, d'une réalité ainsi "divinisée", une idole.
- YHWH s'est révélé à son peuple par la manifestation de sa présence (voir 19,16-25), par le moyen de sa parole agissante et de ses actes - mais non pas sous une quelconque forme visible (Dt 4,12).
- Vouloir le représenter sous la forme d'une idole, c'est d'abord verser dans la caricature: l'Éternel ne peut être représenté par ces objets, inertes, que l'on peut posséder, et devant lesquels les païens rendent un culte impersonnel et formaliste - sans que cela affecte leur vie quotidienne (voir Ex 32).
De plus, c'est oublier que la représentation de Dieu sur terre existe déjà (voir Gn 1,26): l'être humain. C'est par conséquent porter atteinte à la dignité de l'homme, image de Dieu. L'histoire montre d'ailleurs qu'idolâtrie et exploitation du prochain vont de pair: on traite la divinité comme un objet, un moyen de parvenir à ses fins - et le prochain de même.
- Sur l'interdiction des idoles, voir Ex 34,17; Lv 19,4;26,1; Dt 4,15-18;27,25.  
 
Verset 5.
  לא־תשׁתחוה להם ולא תעבדם כי אנכי יהוה אלהיך אל קנא פקד עון אבת על־בנים על־שׁלשׁים ועל־רבעים לשׂנאי׃
Tu ne te prosterneras point devant elles, et tu ne les serviras point; car moi, YHWH-l'Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, <moi> qui punis l'iniquité des pères sur les enfants jusqu'à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent,
• אל קנא- un Dieu jaloux: Attention! Le mot hébreu, "קנּאqannâ'",  généralement traduit par "jaloux", est dérivé du verbe-racine "קנאqânâ'", dont le sens premier est "être zélé".
Il ne véhicule donc pas les connotations négatives du mot français.
Il vise la disposition, l'attitude, de celui qui tient à l'exclusivité - dans une relation qui exige cette exclusivité. C'est l'attitude normale de l'époux envers son épouse qu'il aime.
Ici, cette attitude est une marque de l'amour divin: parce qu'il aime Israël son peuple, l'Éternel tient à une relation exclusive avec lui, et ne tolère donc pas qu'il adore d'autres dieux, il demande qu'un culte exclusif lui soit rendu (voir par ex. Ex 34,14; Dt 4,24;32,16;21; Jos 24,19; Ps 78,58; et dans le NT 1Co 10,22).
L'adoration d'idoles constitue donc une infidélité au Dieu de l'alliance (voir Dt 4,20;23-24) et une injure au seul vrai Dieu.
Cette disposition pousse aussi l'Éternel, lorsque cette exclusivité n'est pas respectée, à réagir en châtiant son peuple pour le ramener à lui. 
 
Verset 6.
   ועשׂה חסד לאלפים לאהבי ולשׁמרי מצותי׃ 
et qui agis avec amour, jusqu'en mille générations, envers ceux qui m'aiment et qui gardent mes commandements.
Dans ce contexte d'alliance, les vv.5b-6 indiquent respectivement respectivement le rejet de celle-ci, et donc de l'Éternel - ou contraire la loyauté envers eux.

• Ce texte, comme d'autres dans laתנכ TaNaK, la Bible hébraïque (par ex. Nb 16,31-34; Jos 7,24-25; 2R 24,1-4), souligne la solidarité entre les générations - l'individu n'étant pas perçu individuellement.
- Il précise cependant que le jugement ou la bénédiction ne rejaillissent sur les générations suivantes que dans la mesure où les descendants persévèrent dans les attitudes de leurs ancêtres. Il suppose donc une réalité que l'on constate souvent: chaque génération prépare le terrain pour la suivante, cette dernière allant généralement plus loin que la précédente. 
Ainsi, si une génération s'enfonce dans le mal, la suivante risque fort de l'imiter, en allant même plus loin sur cette voie; le jugement deviendra donc inéluctable. Il interviendra sur la dernière génération, mais comme l'aboutissement de tout un processus qui aura duré plusieurs générations. C'est, par exemple, ce qui est arrivé dans l'histoire des deux royaumes d'Israël.
Le processus n'est cependant pas irréversible, dans la mesure où une génération conserve la possibilité de rompre (par ex. sous les injonctions d'un prophète) avec la ligne de conduite de la précédente. Ce sera le cas pour plusieurs rois de Juda.
- De manière complémentaire, d'autres textes de laתנכ TaNaK mettent l'accent sur la responsabilité personnelle (par ex.Dt 7,10;24,16; Jr 31,29-30; Ez 18). 

Par ailleurs, la disproportion entre entre les "trois [ou] quatre générations" punies, et les "mille générations" aimées souligne l'ampleur de la miséricorde de l'Éternel.
 
Verset 7.
  לא תשׂא את־שׁם־יהוה אלהיך לשׁוא כי לא ינקה יהוה את אשׁר־ישׂא את־שׁמו לשׁוא׃
Tu ne prendras point le nom de YHWH-l'Éternel, ton Dieu, en vain; car YHWH-l'Éternel ne laissera point impuni celui qui prendra son nom en vain. 
• לשׁוא- en vain:
- Le substantif "שׁוא shâv'" (comme "שׁואה shô'âh", "tempête", "dévastation") dérive d'une racine inusitée qui exprime le vide, la ruine, la désolation, etc. La locution "לשׁוא" signifie donc, litt., "pour le vide", voire "pour le mal"; c'est pourquoi on trouve donc des traductions assez différentes telles que "pour tromper"; "à tort"; "de manière abusive", etc.
- Israël a reçu la révélation du nom de l'Éternel (Ex 3,13-15;6,2-3) pour l'adorer, lui rendre un culte, et le faire connaître à toutes les nations, pour bénir (Nb 6,22-27) et pour prêter serment (Dt 10,20); et non pas pour l'utiliser à la légère, ou - pire encore - dans le cadre de pratiques condamnables (faux serments, malédictions injustifiées, magie, etc.). Voir par ex. Lv 19,12; Jr 7,9; et dans le NT Mt 5,33-37.
 
Verset 8.
  זכור את־יום השׁבת לקדשׁו׃
Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier:
• השׁבת- le jour du repos: Le substantif "שׁבּת shabbâth" est une forme intensive du verbe-racine "שׁבת shâbath", "reposer" (-> "se r."; "faire r."; etc.). Le "Shabbat" est donc le jour du "repos".
 
Versets 9-11.
   שׁשׁת ימים תעבד ועשׂית כל־מלאכתך׃ 
six jours tu travailleras, et tu feras tout ton travail;
     ויום השׁביעי שׁבת ליהוה אלהיך לא־תעשׂה כל־מלאכה אתה ובנך־ובתך עבדך ואמתך ובהמתך וגרך אשׁר בשׁעריך׃
Mais le septième jour est le jour du repos de YHWH-l'Éternel, ton Dieu: tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l'étranger qui est dans tes portes.
כי שׁשׁת־ימים עשׂה יהוה את־השׁמים ואת־הארץ את־הים ואת־כל־אשׁר־בם וינח ביום השׁביעי על־כן ברך יהוה את־יום השׁבת ויקדשׁהו׃
Car en six jours YHWH-l'Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s'est reposé le septième jour: c'est pourquoi l'Éternel a béni le jour du repos et l'a sanctifié.
Sur les vv.8-11:
- Voir Gn 2,1-3; Ex 16,23-30;23,12;34,21;35,2; Lv 23,3.
- Le Shabbat est "un jour saint", c'est-à-dire qu'il est consacré à l'Éternel, c'est un jour de culte.
À l'image de leur Créateur, qui s'est reposé le septième jour, les croyants sont invités à faire de même. Ce texte rattache donc le repos du septième jour à la création du monde; en revanche, le texte parallèle de Dt 5,14-15 le rattache pour sa part à l'histoire du salut.
Ce commandement, qui contient une exhortation au travail, vise en même temps à garder le croyant de se rendre esclave du travail (cf. l'esclavage en Égypte), car l'homme a été fait pour son Créateur, et le travail ne doit pas devenir sa raison d'être première.
 
Verset 12.
  כבד את־אביך ואת־אמך למען יארכון ימיך על האדמה אשׁר־יהוה אלהיך נתן לך׃
Honore ton père et ta mère, afin que tes jours soient prolongés sur la terre que YHWH-l'Éternel, ton Dieu, te donne.
Ce qui signifie qu'il faut leur accorder

 

  

Verset 1.
  וידבר יהוה אל־משׁה לך־רד כי שׁחת עמך אשׁר העלית מארץ מצרים׃
YHWH-l'Éternel
עמך - ton peuple: Israël

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• Ex 22,20-26

"Que le souvenir des mauvais traitements que vous-mêmes avez endurés - ou dont vos proches ont souffert - vous garde d'en accabler d'autres; ne tirez pas profit des faibles et des indigents, dit l’Éternel: leurs plaintes montent jusqu'à moi; je leur rendrai justice!
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• Ex 24,3-8 

Dieu accueille favorablement les sacrifices offerts avec un cœur sincère.

Mais, contrairement aux dieux de nombre des contemporains des Hébreux, il refuse les sacrifices humains (voir l’Introduction aux Textes du 2ème dimanche de Carême B), il ne veut pas la mort de ses adorateurs.

Le rite de l’aspersion de sang, de l’autel érigé par Moïse d'abord, puis du peuple, est le moment le plus significatif des rites de conclusion de l’Alliance : Dieu rend la vie qui lui est offerte ; mieux, il en renouvelle le don (voir page « Le sang dans la Bible »).

Ce rituel a donc une très haute portée religieuse.
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• Ex 32,7-11;13-14.

Moïse reconnaît que le peuple a péché, qu'il a la tête dure. Il ne plaide pas les "circonstances atténuantes".
Il fait appel à la fidélité de l'amour du Seigneur.
Comme toute prière, l'intercession est profession de foi en Dieu toujours prompt à pardonner le pécheur qui se tourne vers lui.

Sur ce passage:

Sur l'Exode, voir ci-dessus.

Sur Ex 32,1 - 34,35:
• Peut-être plus encore que les précédents, ces trois chapitres soulignent le rôle décisif joué par Moïse en faveur d'Israël. Proche de YHWH-l'Éternel, avec lequel il jouit d'une intimité exceptionnelle, il l'est aussi de son peuple, avec lequel il se montre totalement solidaire malgré l'attitude condamnable de celui-ci. Moïse dans ce récit fait figure avant tout d'intercesseur qui lutte pour l'avenir d'Israël... et qui obtient gain de cause: non seulement YHWH-l'Éternel renonce à exterminer le peuple, mais encore il accepte de pardonner, de rétablir son Alliance rompue par le péché d'idolâtrie d'Israël, et de marcher à sa tête. Ainsi Moïse - homme choisi par YHWH - apparaît-il comme un authentique et fidèle médiateur entre Dieu et les hommes.
Ces chapitres soulignent également ce qui constituera, tout au long de l'histoire d'Israël, sa grande tentation et sa principale faiblesse: le péché d'idolâtrie.
De ces trois chapitres ressortent aussi certains "traits de caractère" du Dieu d'Israël: son aversion pour l'idolâtrie, sa colère (32,10;35) et sa sainteté; mais encore sa compassion, sa bienveillance et sa fidélité (34,5-7), son inclination à pardonner et à offrir une nouvelle chance à ce peuple têtu et rebelle.

Les Tables de la Loi et le veau d’or - 1481-82 – Cosimo ROSSELLI (Florence, 1439-1507) –  Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican
On remarque en tout premier lieu, en haut et au centre, Moïse sur le Sinaï, recevant de Dieu les Tables de la Loi. Le jeune homme endormi à mi-chemin est Josué (Ex 24,13; 32,17).
Au même niveau que lui, pendant sa montée, à gauche, le peuple attend dans les tentes et devant celles-ci.
Au premier plan, à gauche, Moïse et Josué sont redescendus et montrent les Tables au peuple.
Mais dans la scène contiguë, il les jette au sol - car il a constaté qu’en son absence les Hébreux ont, sous la conduite d’Aaron, façonné le veau d’or et l’adorent (scène centrale ; le veau d’or est symboliquement représenté sous l’Eternel).
Au second plan, à droite, les idolâtres sont mis à mort (Ex 32,27-28).

Traduction et remarques:

Verset 7.
  וידבר יהוה אל־משׁה לך־רד כי שׁחת עמך אשׁר העלית מארץ מצרים׃
YHWH-l'Éternel dit à Moïse: "Va, descends; car ton peuple, que tu as fait sortir du pays d'Égypte, s'est corrompu.
עמך - ton peuple: Israël n'est pas appelé par Dieu "mon peuple" (de même qu'il emploie la deuxième personne: "העלית - litt. tu as fait monter") comme précédemment (comp. 3,10 par ex.), ce qui marque sa réprobation et la distance qu'il entend prendre avec lui. Voir aussi "הזה והנה עם - ce peuple que voici" au v.9 (comp. 33,13).

Versets 8-9.
  סרו מהר מן־הדרך אשׁר צויתם עשׂו להם עגל מסכה וישׁתחוו־לו ויזבחו־לו ויאמרו אלה אלהיך ישׂראל אשׁר העלוך מארץ מצרים׃ 
Ils se sont promptement écartés de la voie que je leur avais prescrite; ils se sont fait un veau en métal fondu, ils se sont prosternés devant lui, ils lui ont offert des sacrifices, et ils ont dit: 'Israël! voici ton dieu, qui t'a fait sortir du pays d'Égypte'."
 ויאמר יהוה אל־משׁה ראיתי את־העם הזה והנה עם־קשׁה־ערף הוא׃
YHWH-l'Éternel dit à Moïse: "Je vois que ce peuple est un peuple à la nuque raide.
• עם־קשׁה־ערף- un peuple à la nuque raide: Image fréquente dans le PT; cette métaphore compare le peuple à un animal rétif qui raidit son cou devant le joug.

Verset 10.
  ועתה הניחה לי ויחר־אפי בהם ואכלם ואעשׂה אותך לגוי גדול׃
Maintenant laisse-moi; ma colère va s'enflammer contre eux, et je les consumerai; mais je ferai de toi une grande nation".
• ואעשׂה אותך לגוי גדול- et je ferai de toi une grande nation: Moïse étant un descendant d'Abraham, Isaac et de Jacob (voir v.13), Dieu en agissant ainsi serait resté fidèle à la promesse faite aux patriarches.

Verset 11.
  ויחל משׁה את־פני יהוה אלהיו ויאמר למה יהוה יחרה אפך בעמך אשׁר הוצאת מארץ מצרים בכח גדול וביד חזקה׃ 
Moïse implora YHWH-l'Éternel, son Dieu, et dit: "Pourquoi, ô YHWH-Éternel! ta colère s'enflammerait-elle contre ton peuple, que tu as fait sortir du pays d'Égypte par une grande puissance et par une main forte?
ויחל משׁה את־פני יהוה אלהיו- Moïse implora YHWH-l'Éternel, son Dieu: Litt.: "ויחל - et adoucit; משׁה - Moïse; את־פני - la face de; יהוה - YHWH; אלהיו - son Dieu" -> "Et Moïse adoucit la face de Dieu" (page sur "La face de Dieu" en préparation).
Moïse a prié YHWH en vue d'obtenir la grâce de son peuple (comp. Jr 26,19), refusant - comme le feront tous les vrais prophètes - de se désolidariser du peuple (voir 1S 12,19;23; Am 7,2-3; voir aussi Ps 106,23).
Le rôle de Moïse, et tout particulièrement son intercession, apparaît capital au cours de cette crise.
Pour les vv.11-14, voir Nb 14,13-19.

Verset 12-13.
  למה יאמרו מצרים לאמר ברעה הוציאם להרג אתם בהרים ולכלתם מעל פני האדמה שׁוב מחרון אפך והנחם על־הרעה לעמך׃
Pourquoi les Égyptiens diraient-ils: 'C'est pour leur malheur qu'il les a fait sortir, c'est pour les tuer dans les montagnes, et pour les exterminer de dessus la terre?' Reviens de l'ardeur de ta colère, et repens-toi du mal que tu veux faire à ton peuple. 
 זכר לאברהם ליצחק ולישׂראל עבדיך אשׁר נשׁבעת להם בך ותדבר אלהם ארבה את־זרעכם ככוכבי השׁמים וכל־הארץ הזאת אשׁר אמרתי אתן לזרעכם ונחלו לעלם׃ 
Souviens-toi d'Abraham, d'Isaac et d'Israël, tes serviteurs, auxquels tu as dit, en jurant par toi-même: 'Je multiplierai votre postérité comme les étoiles du ciel, je donnerai à vos descendants tout ce pays dont j'ai parlé, et ils le posséderont à jamais'."
On assiste ici à un nouveau "bras de fer" - préfiguration de la ריב – rîb qui opposera ensuite régulièrement Dieu, par la bouche des prophètes, à son peuple pécheur -  entre YHWH et Moïse, comme lors de la vocation de ce dernier. Ici les arguments avancés sont d'ordres divers: Dieu a fait sortir les Hébreux d'Égypte, montrant ainsi sa supériorité sur les dieux égyptiens; les Égyptiens vont pouvoir se moquer des Hébreux et donc de leur Dieu; en outre, Dieu ne peut pas se dédire, d'autant qu'il a juré "par lui-même"...
Voir Gn 17,8; 22,16-17.

Verset 14.
  וינחם יהוה על־הרעה אשׁר דבר לעשׂות לעמו׃ 
Et YHWH-l'Éternel se repentit du mal qu'il avait déclaré vouloir faire à son peuple.
• וינחם יהוה על־הרעה- Et YHWH-l'Éternel se repentit du mal: Comp. Nb 23,19.
Au sujet de la constance de YHWH, la TaNaKh contient deux types de textes: les uns (a) affirment que Dieu ne change pas, ni ne se  repent; les autres (b) disent le contraire; par ex.:
a.
Dieu ne change pas, ne se repent pas:
b. 
Dieu change, se repent:
Nb 23,19
Gn 6,6
1S 15,19
Ex 32,12-14
Ps 110,4
Jg 2,18
Jr 4,28; 20,16
1S 15,11-35
Ez 24,14
1Ch 21,15
Za 8,14
Ps 106,45sqq
Ml 3,6
Jr 18,8;10; 26,3;13;19; 42,10

Am 7,3;6

Jl 2,13

Jon 3,10; 4,2
Ces textes cependant ne sont pas contradictoires mais complémentaires. Ils enseignent 
a. d'une part que Dieu est immuable (dans le sens où il n'est pas un dieu capricieux, inconstant et irresponsable, comme les divinités vénérées par les peuples voisins), fidèle à lui-même et à son Alliance (et donc aux hommes avec qui il a fait alliance); 
b. d'autre part que les affirmations de changement chez Dieu manifestent qu'il entretient des relations vivantes avec les hommes (particulièrement avec son peuple), tenant compte de leurs attitudes.
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• Ex 34,4b-6;8-9.


Sur ce passage:

Sur l'Exode, voir plus haut.
Sur Ex 32,1 - 34,35, voir ci-dessus.

Traduction et remarques : 

Verset 4b.
וישׁכם משׁה בבקר ויעל אל־הר סיני כאשׁר צוה יהוה
Et Moïse se leva de bon matin, et monta sur la montagne de Sinaï, comme YHWH-l'Éternel le lui avait commandé

Verset 5.
וירד יהוה בענן ויתיצב עמו שׁם ויקרא בשׁם יהוה׃
Et YHWH descendit dans la nuée, et se tint là avec lui, et cria le nom de YHWH.

Verset 6.
ויעבר יהוה על־פניו ויקרא יהוה יהוה אל רחום וחנון ארך אפים ורב־חסד ואמת׃
Et YHWH-l'Éternel passa devant lui, et cria: YHWH, YHWH! El, miséricordieux et faisant grâce, lent à la colère, et grand en bonté et en vérité,
• Cette autoproclamation divine révélant l'être même de YHWH deviendra une expression classique de la foi d'Israël, rappelée à diverses reprises dans la TaNaKh (Nb 14,18; Dt 5,9-10; 7,9-10; Né 9,17; Ps 86,15;103,8;145,8; Jl 2,13; Jon 4,2).
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Verset 8.
וימהר משׁה ויקד ארצה וישׁתחו׃
Et Moïse se hâta, et s'inclina jusqu'à terre, et se prosterna,

Verset 9.
 ויאמר אם־נא מצאתי חן בעיניך אדני ילך־נא אדני בקרבנו כי עם־קשׁה־ערף הוא וסלחת לעוננו ולחטאתנו ונחלתנו׃ 
et dit: Si j'ai trouvé grâce à tes yeux, Seigneur, que le Seigneur marche, je te prie, au milieu de nous; car c'est un peuple au cou roide; et pardonne nos iniquités et nos péchés, et prends-nous pour héritage.
עם־קשׁה־ערף - un peuple au cou roide: Le cou est le point le plus fragile du corps humain: point mortel, point d'enchaînement des captifs, du carcan; mais aussi point de splendeur quand le collier l'entoure, point de caresse et de tendresse... Le cou porte la tête, et le "port de tête" exprime le cœur, humble ou altier, soumis ou rebelle.
Le cou (ou la nuque) raide (ou encore l'épaule rebelle) est le symbole de l'esprit de révolte et de l'inintelligence spirituelle (Dt 9,6;10,16;31,27; 2Ch 30,8; Is 48,4; Jr 19,15; Za 7,11; Ne 9,16-17;...) car "raidir sa nuque", c'est refuser de porter le joug - en particulier celui de l'Éternel, celui qui lui permet de conduire son peuple vers le salut.
• ונחלתנוet prends-nous pour héritage: Moïse, malgré sa conscience de l'indignité de son peuple, demande à l'Éternel d'accomplir son projet: faire d'Israël son bien propre; voir 19,5-6, et en particulier 19,6a: 
 ואתם תהיו־לי ממלכת כהנים וגוי קדושׁ
"Vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte."
(Voir aussi Dt 4,20; 7,6; 14,2; 26,18).
Israël deviendra:
1. le royaume dont YHWH est roi (Nb 23,21; Dt 33,5);
2. un peuple de prêtres, tous consacrés au service de YHWH, ce qui peut se comprendre de deux manières:
- soit Israël sera le prêtre de Dieu auprès des autres peuples, avec pour mission de faire connaître YHWH à toutes les nations (comp. Ex 19,5);
- soit il sera le serviteur de YHWH pour lui rendre un culte, car il n'est pas un simple suzerain politique, il est Dieu;
3. une nation sainte, ce dernier terme désignant tout ce qui a rapport au culte; Israël est donc "une nation sainte" dans ce sens qu'il a pour vocation de rendre un culte à YHWH.
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