Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven
Premier Testament





תורה- Torah - Pentateuque:

בראשית
Bereshit (= "Au commencement")
Genèse (Gn)
  
  
"γένεσις - Génésis - naissance" (nom dont notre mot "Genèse" est la transcription), titrait la traduction grecque des Septante
"בראשׁית - BeRéshit - en un commencement", dit l’hébreu, suivant en cela le premier mot du texte. André Chouraqui traduit "Entête".
Et, de fait, ce livre ne cesse pas d’être l’ "Entête" du Pentateuque et de la Bible tout entière. Non seulement il rapporte la genèse du monde, mais il donne aussi la clé du Livre. Ce volume, qui commence par décrire les origines de l’univers et de l’humanité, est l’irréfutable témoin d’une des plus profondes expériences, à jamais actuelle, de l’esprit en quête de ses racines et de ses finalités.

    L’œuvre est composée comme une symphonie.
L’auteur débute par le thème le plus général qui se puisse concevoir: la création de l’univers.
De là il passe à celle de l’humanité, au récit de sa chute que suit le premier assassinat, le meurtre d’Abel par son frère Caïn.
Puis vient le déluge, après lequel l’humanité prend un nouveau départ.
Abraham, descendant de Noé, est un nouvel adâm-Adam autour de qui s’articule l’histoire d’un peuple.
Ainsi la symphonie traite-t-elle de thèmes de plus en plus restreints. Le récit continue en maniant les genres avec maîtrise: les dialogues de YHWH-Adonaï et d’Abraham, le pacte et la promesse, la rencontre de Melchisédech à Salem (Jérusalem), l’épisode savoureux de l’annonciation d’Isaac, le bannissement d’Ismaël, et enfin l’un des sommets de la littérature biblique: le récit du sacrifice offert par Abraham (ch. 22).
Les histoires de Jacob et de Joseph terminent allègrement le livre sur le thème de la réconciliation et du salut d’Israël et des nations, la promesse faite aux Hébreux du don de leur pays étant confirmée.

    La guerre des rois, rapportée au ch. 14, est un texte très ancien, que certains supposent avoir été écrit en akkadien ou en cananéen, puis traduit en hébreu, et dont plusieurs protagonistes sont difficiles à identifier.

    La tradition judéo-chrétienne attribuait la paternité de ce volume, comme celle d’ailleurs de tout le Pentateuque (la Tora'), à Moïse.
Cependant, dès le IIème siècle de notre ère, des voix s’élèvent qui mettent en cause cette attribution.
Au XIIème siècle, Abrahâm ibn ‘Ezra-Abraham, fils d'Esdras (Espagne) fait remarquer que plusieurs passages du Pentateuque, notamment le verset 9 du chapitre 31 du Deutéronome, ne pouvaient se concilier avec la thèse traditionnelle.
Il fallut cependant attendre les premiers essais de la critique biblique,au XVIIème siècle, pour voir le problème sérieusement soulevé.
    C’est alors que Baruch Spinoza et Richard Simon ouvrent la voie à un courant de pensée qui aboutira à la théorie documentaire, adoptée aujourd’hui par la quasi-unanimité des exégètes: le Pentateuque n’est pas l’œuvre d’un seul homme, Moïse; c’est une collection d’écrits rédigés, au cours des siècles, par de nombreux écrivains. Les exégètes fondent leurs conclusions sur des anachronismes, sur l’alternance dans le texte de noms différents pour désigner Dieu, sur la diversité du vocabulaire, du style, et même de l’inspiration. Auprès d’un premier document dit yahwiste (J), il existerait une source élohiste (E), un document sacerdotal (P), et enfin une tradition deutéronomiste (D), tout entière contenue dans le dernier livre du Pentateuque (voir cette page).

    Si le morcellement de l’ouvrage semble indéniable quant à son origine, le texte, cependant, résiste à ce traitement de la critique. Il garde une incontestable unité et ne cesse de s’imposer à nous, tant par son contenu que par son style et sa composition.
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Chapitres 1-10
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• Gn 2,7-9;3,1-7a

Remarques:

Sur le Livre de la Genèse: voir ci-dessus.
Sur les récits de la Création; en particulier sur "la seconde Création" et son style: voir cette page et la suivante.
Sur le terme אדם'âdâm (l'humain/Adam): voir cette page.  
Sur Dieu "artisan": voir cette page.

Traduction et notes:

CHAP. 2
Verset 7.
   וייצר יהוה אלהים את־האדם עפר מן־האדמה ויפח באפיו נשׁמת חיים ויהי האדם לנפשׁ חיה׃
Et YHWH Elohim forma l'homme, poussière du sol, et souffla dans ses narines une respiration de vie, et l'homme devint une âme vivante.

וייצר - Et [...] forma: Sur le verbe יצר yâtsar, voir à cette page.
את־האדם - l'homme: Sur le terme אדם 'âdâm: voir cette page.

<- Église Saint-Marc de Venise - Coupole de l'atrium - Détail de la mosaïque du XIIIème siècle,
inspirée de la Genèse dite de Cotton (manuscrit datant des V-VIèmes siècles, ainsi nommé d'après l'un de ses possesseurs):

Dieu
(sous des traits christiques) façonne un "prototype" d'homme, un
אדם, à partir de l'אדמה, le sol; il est bien représenté , le sol; il est bien représenté אדם,"rougeâtre".
Le geste divin est particulier dans cette scène: en effet, il est habituellement fait d'une seule main, et indique à la fois l'allocution et la bénédiction (la Parole divine est créatrice, et elle bénit) - mais ici, Dieu fait ce même geste des deux mains - donnant bien ainsi l'impression d'un "modelage" manuel de la glèbe.
Les jours de la Création sont représentés par des anges; le sixième montre Dieu et son œuvre.
Cette mosaïque mêle dans son organisation la "première" Genèse, la Genèse élohiste: Gn 1,1 – 2,4a
et la "Seconde", la Genèse yahviste: Gn 2,4b - 3,24.
יהוה אלהים - YHWH Elohim: Remarque: on trouve ici successivement le tétragramme divin יהוה, nom propre, kétiv théologique prononcé אֲדֹנָי Adonaï; et le terme Elohim (voir à cette page) qui - lorsqu'il est employé avec יהוה- prend une valeur quasi-adjectivale.
Sur Gn yahviste et Gn élohiste: voir à
cette page.
חיים [...] חיה - vie [...] vivante:Sur ces termes: voir cette page.
L'être humain occupe une place à part dans le cycle de la vie, puisque c'est Dieu lui-même qui lui transmet "נשׁמת חיים une respiration de vie".

Mosaïque de la Création:
Dieu donne le souffle de vie à l'homme ->
Conformément à la tradition antique,
l'âme est figurée sous la forme d'un petit personnage ailé. On notera que, dès ce moment, l'humain est représenté par la mosaïque comme sexué.
נפשׁ - une âme: Sur ce terme: voir ici.
Sur ce v. voir à cette page; en particulier, en 5.2., "La création de l'homme".

Verset 8. 
Mosaïque de la Création:
Dieu installe l'homme dans le "jardin en Éden"
Les quatre personnages symbolisent les quatre bras du fleuve qui l'irrigue (vv.10-14); le chiffre "quatre" évoquant l'universalité (les "quatre points cardinaux"), le fait que le fleuve se divise en "quatre" bras prouve la surabondance des eaux jaillissant du jardin - symbole de vie.
Le mosaïste prend le même point de vue que le narrateur: pour celui qui regarde l'œuvre, le jardin est bien "à l'orient" par rapport à la "demeure" de Dieu.
Dieu montre à l'homme les arbres "de vie" et "de connaissance du bien et du mal". 

ויטע יהוה אלהים גן־בעדן מקדם וישׂם שׁם את־האדם אשׁר יצר׃
Et YHWH Elohim planta un jardin en Éden, du côté de l'orient, et il y plaça l'homme qu'il avait formé.
גן־בעדן - un jardin en Éden: Le terme "עדן ‛êden" est ici employé comme nom propre; en fait, "עדן ‛êden", comme son équivalent féminin "עדנה‛ednâh", sont des adjectifs substantivés dérivés du verbe-racine ""עדן‛âdan" - qui signifie "être délicieux, plaisant, agréable"; autrement dit, l'homme est installé dans "un jardin de délices".
ועץ החיים - et l'arbre de vie: Sur le terme חיים voir cette page.
Verset 9.
   
ויצמח יהוה אלהים מן־האדמה כל־עץ נחמד למראה וטוב למאכל ועץ החיים
 בתוך הגן ועץ הדעת טוב ורע׃

Et YHWH Elohim fit croître du sol tout arbre agréable à voir et bon à manger, et l'arbre de vie au milieu du jardin, et l'arbre de la connaissance du bien et du mal.
ועץ הדעת טוב ורע - et l'arbre de la connaissance du bien et du mal:
-- Le terme "דּעת da‛ath", généralement traduit par "connaissance", dérive du verbe-racine "ידע yâda‛" qui signifie, certes, "savoir" - mais plus précisément "comprendre par expérience, déduire, apprendre par la vue, l'audition, etc.". On peut donc en déduire que ce terme "דּעת" signifie plus exactement "discernement".
-- La consommation du fruit de cet arbre représentera donc pour l'homme la volonté de s'affranchir de son Créateur - puisqu'il lui donnerait la capacité de décider ce qui est "טוב ṭôb", "bon", et ce qui est "רע rah", "mauvais", pour lui; alors que le Créateur précisera bien (v.17) que, contrairement au précédent, cet arbre est en fait porteur de "mort" pour l'humain:
"מעץ הדעת טוב ורע לא תאכל ממנו כי ביום אכלך ממנו מות תמות", "tu ne mangeras pas de l'arbre du discernement de ce qui est bon et de ce qui est mauvais, car le jour où tu en mangeras, de mort tu mourras".
Si YHWH ordonne ou interdit, c'est pour le bien de l'homme qui Le "craint".
Ces deux arbres symbolisent donc déjà les "deux voies" qui s'offrent à l'homme - grâce à la liberté ultime que YHWH lui offre: la voie de l'obéissance qui donne la Vie, la voie du refus qui mène à la mort spirituelle.
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Mosaïque de la Création:
YHWH présente la femme à l'homme
(2,25)
La nudité sexuée des deux humains est naturelle, elle exprime la capacité du premier couple à vivre ouvertement, en toute transparence, répondant pleinement à leur vocation de vis-à-vis l'un pour l'autre (2,18).

CHAP. 3
Verset 1.
   והנחשׁ היה ערום מכל חית השׂדה אשׁר עשׂה יהוה אלהים ויאמר אל־האשׁה אף כי־אמר אלהים לא תאכלו מכל עץ הגן׃ 
Or le serpent était plus rusé qu'aucun animal des champs que YHWH Elohim avait fait; et il dit à la femme: Quoi, Dieu a vraiment dit: Vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin?
הנחשׁ - le serpent:
-- Dans le Proche-Orient ancien, le serpent était porteur d'une forte charge symbolique: il évoquait en particulier les puissances occultes, les rites mystérieux, les pratiques magiques.
-- En outre, le peuple d'Israël lors de sa marche dans le désert (n'oublions pas que le Livre de la Gn a été écrit soit au XVème soit au XIIIème s. av. notre ère) a été confronté au danger physique que représentaient les serpents.
-- Pourtant ici est soulignée sa qualité de créature.
Sur l'ambiguïté du serpent dans la Bible, voir à cette page, le développement sur le "serpent d'airain"(à propos de Jn 3,14-21).
אף - Quoi:
-- Le serpent fausse les paroles de YHWH, qui n'a pas interdit de manger les fruits de tous les arbres du jardin, seulement ceux de "עץ הדעת טוב ורע - l'arbre du discernement de ce qui est bon et de ce qui est mauvais" (2,9).
-- Pour ce faire, il utilise le procédé de l'interrogation rhétorique (il feint de poser une question, alors qu'il connaît parfaitement la réponse), afin d'amener la femme à lui parler... car il sait que, dès lors qu'elle aura accepté d'entrer en dialogue avec lui, il sera le plus "ערוּם‛ârûm - rusé": il aura partie gagnée!
-- D'autant qu'il utilise le ton de la (fausse!) compassion, de la surprise indignée: il présente l'interdit divin (en fait, la possibilité de liberté que Dieu laisse à l'humain de le refuser, de refuser la Vie) comme une privation; il veut donc faire douter la femme de la bonté du Créateur (tout en feignant de douter de la parole divine).

Verset 2.
    ותאמר האשׁה אל־הנחשׁ מפרי עץ־הגן נאכל׃
Et la femme dit au serpent: Nous mangeons du fruit des arbres du jardin;

Verset 3.
   ומפרי העץ אשׁר בתוך־הגן אמר אלהים לא תאכלו ממנו ולא תגעו בו פן־תמתון׃
mais du fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: Vous n'en mangerez point, et vous n'y toucherez point, de peur que vous ne mouriez.
ומפרי העץ אשׁר בתוך־הגן - mais du fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin:
Le serpent a déjà "marqué" deux points:
- la femme lui parle pour "corriger" au v.2 l' "erreur" du serpent;
- mais, ce faisant, elle aussi fausse, et par deux fois, la parole divine:
(1) C'est l'arbre de Vie qui est au milieu du jardin! Erreur volontaire, ou non?... La femme se fait-elle déjà complice du serpent, ou est-elle seulement étourdie?...
(2) YHWH a interdit de manger de ses fruits, pas de les toucher!

Verset 4.
    ויאמר הנחשׁ אל־האשׁה לא־מות תמתון׃
Et le serpent dit à la femme: Mais pas du tout, vous ne mourrez point!
Ici encore, le serpent se montre plus plus "ערוּם" que la femme; il reprend en effet "au vol" la réponse faussée de celle-ci: il est bien vrai que si les humains mangent des fruits "de l'arbre qui est au milieu du jardin" ils ne mourront pas... puisqu'il s'agit de l'arbre de Vie!!!  

Verset 5.
    כי ידע אלהים כי ביום אכלכם ממנו ונפקחו עיניכם והייתם כאלהים ידעי טוב ורע׃
Mais Elohim sait qu'au jour où vous en mangerez vos yeux seront ouverts, et vous serez comme Elohim, connaissant le bien et le mal.
• Voir 2,9 et notes. Le serpent a marqué les points décisifs: il a réussi à
instiller le doute quant à la générosité et à la bonté d'Elohim, il le dépeint comme égoïste, jaloux, répressif; en outre, il a aiguisé le désir de ce fruit...
 
Verset 6.
ותרא האשׁה כי טוב העץ למאכל וכי תאוה־הוא לעינים ונחמד העץ להשׂכיל ותקח מפריו ותאכל ותתן גם־לאישׁה עמה ויאכל׃
Et la femme vit que l'arbre était bon à manger, et qu'il était un plaisir pour les yeux, et que l'arbre était désirable pour rendre intelligent; et elle prit de son fruit et en mangea; et elle en donna aussi à son mari pour qu'il en mangeât avec elle, et il en mangea.
• ... en induisant trois dimensions essentielles de la tentation:
- le fruit sera bon;
-
le fruit est beau;
- le fruit rendra intelligent. 
Comp., par ex, 1Jn 2,16: "Tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair ("l'arbre était bon à manger"), et la convoitise des yeux ("il était un plaisir pour les yeux"), et l'orgueil de la vie ("l'arbre était désirable pour rendre intelligent"), n'est pas du Père, mais est du monde".

     

Verset 7.
   ותפקחנה עיני שׁניהם וידעו כי עירמם הם ויתפרו עלה תאנה ויעשׂו להם חגרת׃
Et les yeux de tous deux furent ouverts, et ils connurent qu'ils étaient nus; et ils cousirent ensemble des feuilles de figuier et s'en firent des ceintures.
וידעו כי עירמם הם- et ils connurent qu'ils étaient nus:
La transparence de la relation homme-femme se brise après la transgression; ils éprouvent désormais le besoin de se couvrir, de se cacher l'un à l'autre, comme ils vont éprouver celui de se cacher du Créateur (v.8)


Mosaïque de la Création:
"Ils connurent qu'ils étaient nus; et ils cousirent ensemble des feuilles
de figuier et s'en firent des ceintures"




Mosaïque de la Création:
Agenouillés devant le Créateur qui les interroge (v.11),
l'homme et la femme rejettent la responsabilité de la transgression (vv.12-13).
Tous deux cachent leur nudité.
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• Gn 2,18-24

C'est une monde masculin et féminin, pas seulement masculin, que Dieu a créé.
L'homme et la femme sont des partenaires appelés à dialoguer sur un pied d'égalité. Briser cette unité, attenter à cette complémentarité, rompre cet équilibre dynamique et fécond, introduirait dans l'œuvre de Dieu un grave désordre.
Cet enseignement, fruit de la longue méditation des sages, est transmise sous la forme d'un récit populaire, compréhensible par tous.

L'homme et la femme se détachent de leurs parents pour s'attacher l'un à l'autre, parce que, répond l'un des auteurs de la Genèse, Dieu les a voulus partenaires égaux et complémentaires, destinés à ne "faire plus qu'un".
Cette page du premier de livres du Pentateuque, de la תורה-Tora', a été rédigée après l'époque des Patriarches qui a connu la pratique courante de la polygamie.
Il y eut aussi un temps où la répudiation de la femme par son mari était admise et réglementée.
Il n'en est donc que plus remarquable de voir l'origine de l'humanité évoquée dans le cadre d'un couple monogame.


Notes:

- Verset 18:
"עזר - aide": dans le Premier Testament, ce mot est souvent utilisé pour exprimer l'aide que Dieu apporte à son peuple.
"בד - seul" / " נגד vis-à-vis": dès l'origine, l'être humain est un "être-avec", dont l'épanouissement ne se réalise que dans la relation à l'autre.

- Versets 19 et 20:
"קרא - appeler": ce verbe rythme tout le "premier récit de la Création" (voir en cliquant ici), où il est employé cinq fois (pour le jour et la nuit, le ciel, la terre et la mer) en Gn 1,5-10; le geste créateur donne certes naissance, mais le nom assigne une fonction et établit chaque créature à sa juste place; celui qui nomme devient souverain sur celui qui est nommé. Dieu permet à l'homme de nommer les animaux, il lui confie donc un pouvoir sur la nature.

Verset 21:
1."צלעת - côte, côté": L'auteur joue sur le double sens du mot צלעת
M. Henry en tire l'exégèse suivante:
Dieu n'a pas fait la femme à partir "de la tête de l'homme, pour qu'elle domine sur lui; ni de ses pieds, pour qu'il la piétine; mais de son côté, pour qu'elle soit son égale, sous son bras [sa côte] pour qu'il la chérisse".

<- Ève tirée du côté d'Adam - Détail de La création du Monde (Bible de Souvigny - fin du XIIème siècle - Bibliothèque municipale de Moulins) 

2. La "nouvelle" Traduction liturgique (2013) a corrigé l'ancienne, qui était très inexacte.
En effet, 
• le texte hébreu:
ויקח אחת מצלעתיו ויסגר בשׂר תחתנה
• la traductions grecque (LXX): 
ελαβεν μιαν των πλευρων αυτου και ανεπληρωσεν σαρκα αντ' αυτης
• la traduction latine (Vulgate): 
tulit unam de costis eius et replevit carnem pro ea
disent:
"[Dieu] prit un de ses côtés/une de ses côtes, et referma la chair à la place".
Or l'ancienne traduction disait: "Le Seigneur Dieu prit de la chair de son côté, puis il referma"... déplaçant indûment le mot בּשׂר bâśâr - alors que la nouvelle rétablit: "Le Seigneur Dieu prit une de ses côtes, puis referma la chair à la place".

- Verset 23:
En hébreu, le terme désignant la femme, אשה isha, dérive du terme désignant l'humain, אישish - comme la femme dérive de l'homme.

- Verset 23:
"בשר אחד" littéralement "une seule chair". L'expression ne désigne pas seulement l'acte conjugal, mais elle signifie aussi la formation d'une nouvelle cellule de la communauté humaine - d'où la nécessité de quitter son père et sa mère.
Ce verset est cité dans le Nouveau Testament en Mt 19,5; Mc 10,7-8 ; 1Co 6,16; Ep 5,31.

Commentaire:

Ce récit de la création de l'homme et de la femme veut répondre aux questions : Qu’est-ce que l’homme ? Pourquoi est-il homme et femme ? Pourquoi la sexualité, l’amour, le mariage ? La Bible ne répond pas avec un traité philosophique, mais avec un récit concret où la profondeur le dispute à la saveur.
Au commencement le Seigneur dit : "Il n’est pas bon que l’homme soit seul". Effectivement, le mâle est ordonné à l’autre, il a besoin de partenaire.
Alors Dieu fit défiler devant l’homme des aides possibles, bêtes des champs et oiseaux du ciel. Mais l’homme n’y trouva aucune aide qui lui corresponde. L’animal ne peut être le vrai partenaire de l’homme, puisque celui-ci le domine en donnant à chacun des animaux un nom. Dans l’antiquité, donner un nom, c’était plus que coller une étiquette, c’était percer l’identité du nommé et, de la sorte, avoir prise sur lui. Indirectement, le récit insinue que la femme n’est pas une bête - chose pas tellement évidente à l’époque, ni même aujourd’hui où la femme est souvent ravalée à ce niveau.
Vient alors le récit qui choque parfois les femmes et qui, pourtant, les valorise : Dieu fit tomber sur l’homme un mystérieux sommeil, il prit de la chair  de son côté (ou une côte) et en forma la femme. L’homme, dans un cri de bonheur, dit : "Cette fois-ci j’ai ce qui me manquait! Voilà qui me correspond parfaitement, qui est de ma nature, égal à moi : os de mes os et chair de ma chair".
Quant au sommeil de l’homme, il indique l’impuissance de celui-ci à se donner lui-même un complément : la femme lui est donnée comme une grâce, un don. La LXX rend "ויישן il l'endormit" par "υπνωσεν", d'où viendront tous nos mots  construits sur la racine "hypno-" !
"On l’appellera femme". En hébreu, un beau jeu de mots : homme = איש ish; femme = אשה isha, pour indiquer leur identité et leur complémentarité. Cette correspondance est si forte, l’un a tant besoin de l’autre qu’ils quittent ce qu’ils ont de plus cher, père et mère, pour ne plus faire qu’un.
C’est presque trop beau - en regard de la réalité. Et pourtant cela devrait être ainsi, selon le plan de Dieu!
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• Gn 9,8-15


Un cataclysme tel que le monde semblait devoir être détruit a marqué la mémoire des peuples de Mésopotamie.

Les auteurs bibliques ont médité sur cet événement.
Dieu, comme un père écœuré par les les perversités de ses enfants, en serait venu à regretter de les avoir créés s'il n'était resté profondément attaché à l’œuvre de ses mains. Qu'il y ait un seul juste, et son amour infini a raison de sa légitime colère. Bien plus: il fait de ce juste, Noé, le chef d'une humanité nouvelle, et le dépositaire d'une promesse de Salut que rien, jamais, n'ébranlera.
L'arc-en-ciel annonce la fin de l'orage dévastateur - arme du châtiment cosmique que Dieu a suspendue là parce que, désormais, il ne s'en servira plus.
L'arc-en-ciel: premier signe d'Alliance...

Sur le contexte - Gn 6,9 - 9,29, le "cycle de Noé":

Le récit du Déluge occupe la majeure partie (6,9 - 8,19) de ce cycle; il est suivi du récit de l'Alliance avec Noé (8,20 - 9,17), et du récit du péché de Cham (9,18-27).
L'auteur semble vouloir surtout insister sur l'idée suivante: 
malgré la persistance du mal et du péché des humains (8,21), qui méritent l'anéantissement (le Déluge), Dieu est désormais résolu à préserver sa Création - et tout particulièrement l'homme, dont Il se fait le défenseur (celui qui דּרשׁ dârashdemande [justice pour...]; 9,5-6).
Le texte insiste en effet fortement sur cet engagement de Dieu (8,21-22; 9,11-15) par l'Alliance conclue avec Noé, ses descendants, et tous les êtres vivants (9,9-10).
Si l'"après-Déluge" constitue un nouveau départ pour l'humanité et l'ensemble de la Création, il ne s'agit cependant pas d'un commencement radicalement nouveau: la relation entre l'homme et le monde animal semble désormais marquée par la violence et la crainte ; quant à la relation entre les êtres humains, le récit du péché de Cham (9,18-27) en révèle le caractère toujours problématique.La volonté divine de préserver la Création (et l'humanité) est donc le signe d'une volonté de Salut. Et l'Alliance avec Noé établit le cadre dans lequel l'histoire du Salut pourra se dérouler.

Traduction et notes:


 
Versets 8-9
ויאמר אלהים אל־נח ואל־בניו אתו לאמר׃
Et Dieu parla à Noé et à ses fils avec lui, disant:
 ואני הנני מקים את־בריתי אתכם ואת־זרעכם אחריכם׃ 
Et moi,voici, j'établis mon alliance avec vous et avec votre postérité après vous,
• בריתי אתכם- mon alliance avec vous: 
- Sur l'"alliance", voir cette page.
- Cf. Gn6,18 et 8,21-22. 
- Cette alliance entre le Créateur et la famille de Noé (père de la nouvelle humanité), et au-delà avec toute la Création, est la première alliance explicitement mentionnée dans la Bible (même si on peut considérer le "pacte d'Eden", Gn 1,28-30;2,15-17, comme une "alliance" - comp. Is 24,5; Os 6,7). 
Dieu s'engage solennellement à ne plus détruire la terre.
 
Versets 10-12
ואת כל־נפשׁ החיה אשׁר אתכם בעוף בבהמה ובכל־חית הארץ אתכם מכל יצאי התבה לכל חית הארץ׃  
et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous, tant les oiseaux que le bétail et tous les animaux de la terre, soit avec tous ceux qui sont sortis de l'arche, soit avec tous les animaux de la terre.
והקמתי את־בריתי אתכם ולא־יכרת כל־בשׂר עוד ממי המבול ולא־יהיה עוד מבול לשׁחת הארץ׃  
 Et j'établis mon alliance avec vous: aucune chair ne sera plus exterminée par les eaux du déluge, et il n'y aura plus de déluge pour détruire la terre.
 
 
 
 






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• Gn 11,1-9


Le récit de Babel * conclut – dans le même genre littéraire imagé – la réflexion sur les origines de l’humanité, sur le péché et sur ses conséquences. Les hommes ne peuvent construire leur unité en-dehors de leur Créateur. C’est Dieu qui les rassemblera tous, sans distinction de langues, races, cultures – non dans une construction humaine, mais par son Esprit qui fera leur unité dans la diversité.

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* Sur Babel = בבל , hébreu (de l’akkadien : Bab-Ilu = « porte du dieu ») pour "Babylone" (du grec βαβυλων; ville, pays et peuple de Basse-Mésopotamie (sud de l’Iraq actuel). Voir aussi cette page.
Aux débuts de l’Histoire, Babel est la grande ville qui veut détrôner Dieu.

Le premier texte biblique qui la mentionne est Gn 10,10 ; c’est l’une des capitales de l’empire du héros mésopotamien Nemrod. Ici, en Gn 11,2-9, il est fait allusion à ses fameuses ziggourats (temples-tours à étages) – surtout à celle du grand temple de la ville.

<- La ziggourat d'Our (Mésopotamie méridionale); on pense que la grande ziggourat de Babylone a servi de modèle pour sa construction.
Seuls ont été reconstitués le premier escalier latéral (une centaine de marches) et la première plate-forme. De là partaient autrefois deux escaliers latéraux, à gauche et à droite, et plus haut se trouvaient deux autres étages avec plate-forme.
Les briques (rouge terre cuite, vertes, grise) ont été cimentées avec de l'asphalte; certaines datent de l'édifice originel, et l'on peut y voir des inscriptions portant les noms d'our-Naoum, et du roi Nabonide qui reconstruisit la ziggourat. 

Le texte hébreu rattache artificiellement son nom au verbeבלל« brouiller », « confondre » - la confusion des langues étant regardée comme le châtiment de l’idolâtrie et de la prétention des hommes à assurer l’unité de l’humanité par un impérialisme politico-religieux dont Babylone aurait servi d’exemple :

- Gn 11,9 :
על־כן קרא שמה בבל כי־שם בלל יהוה שפת כל־הארץ ומשם הפיצם יהוה על־פני כל־הארץ׃
Littéralement : על־כן – c’est pourquoi ; קרא – on appela ; שמה – son nom ; בבל – Babel – כי – parce que ; שם – là ; בלל – brouilla ; יהוה – l’Eternel ; שפת – la lèvre de ; כל – toute ; הארץ – la terre. 
« C'est pourquoi son nom fut appelé Babel (confusion); car l'Éternel y confondit le langage de toute la terre, et de là l'Éternel les dispersa sur toute la face de la terre. »
Remarque LXX traduit le début de ce verset : δια τουτο εκληθη το ονομα αυτης συγχυσις Littéralement : δια – à cause de ; τουτο – cela ; εκληθη – fut appelé ; το ονομα – le nom ; αυτης – de celle-ci ; συγχυσις – "confusion" – sans mentionner de nom propre géographique, Babel ou Babylone ; les juifs de langue grecque, plus portés sur l’abstraction, ne font plus mention de la ville sacrilège des hébraïsants, mais restent dans la légende plus que dans le mythe biblique (mythe = légende rattachée à un/des élément(s) concrets(s) qu’elle veut expliquer) ; d’autre part, même si les rabbins auteurs de la traduction connaissaient la fausse étymologie du nom hébraïque de la ville, ils ne s’en « encombrent » pas, puisque la grande majorité de leurs lecteurs ne la comprendrait plus.

- Is 13,19 :
והיתה בבל צבי ממלכות תפארת גאון כשדים כמהפכת אלהים את־סדם ואת־עמרה׃
Littéralement : והיתה – et sera ; בבל – Babylone ; צבי – l’ornement de ; ממלכות – les royaumes ; תפארת – la beauté de ; גאון – l’orgueil de ; כשדים – les Chaldéens ; כמהפכת – comme le renversement par ; אלהים – Dieu ; את־סדם – de Sodome ; ואת־עמרה – et Gomorrhe. 
« Et Babylone, l'ornement des empires, la parure et l'orgueil des Chaldéens, sera comme Sodome et Gomorrhe, que Dieu détruisit. »
Remarque – Ici, et dans les passages suivants, LXX traduit bien בבל par βαβυλων, puisqu’il s’agit de prophéties concernant la ville et la civilisation babyloniennes, persécutrices du peuple juif - et non plus d'un mythe.

- Is 14,4 :
ונשאת המשל הזה על־מלך בבל ואמרת איך שבת נגש שבתה מדהבה׃
Littéralement : ונשאת – et tu élèveras ; המשל – la fable ; הזה – celle-ci ; על – contre ; מלך – le roi de ; בבל – Babylone ; ואמרת – et tu diras : איך – comment ?; שבת – a cessé ; נגש – un qui opprime ; שבתה – a cessé ; מדהבה – la tyrannie.
« Tu commenceras ce chant sur le roi de Babylone, et tu diras: Comment a fini le tyran, comment a fini l'oppression? »

- Jr 51,41 :
איך נלכדה ששך ותתפש תהלת כל־הארץ איך היתה לשמה בבל בגוים׃
Littéralement : איך – comment ? ; נלכדה – est investie ; ששך – Shéshak ; ותתפש – et a été occupée ; תהלת – la célébrité de ; כל – toute ; הארץ – la terre ; איך – comment ?; היתה – est devenue ; לשמה – une désolation ; בבל – Babylone ; בגוים – parmi les nations.« Comment Shéshac a-t-elle été prise? Comment a-t-elle été saisie, celle que louait toute la terre? Comment Babylone est-elle réduite en désolation parmi les peuples? »
Remarque « La vierge, fille de Babel », « la fille des Chaldéens », « le superbe joyau des chaldéens », « Shéshak » sont les noms donnés à Babylone par les prophètes lorsqu’ils annoncent sa chute, comme punition de Dieu vengeant son peuple opprimé.

- Jr 51,53 :
כי־תעלה בבל השמים וכי תבצר מרום עזה מאתי יבאו שדדים לה נאם־יהוה׃
Littéralement : כי – quand ; תעלה – monterait ; בבל – Babylone ; השמים – aux cieux ; וכי – et quand ; תבצר – elle rendrait inaccessible ; מרום – l’élévation de ; עזה – sa force ; מאתי – de ma part ; יבאו – viendraient ; שדדים – des dévastateurs ; לה – contre elle ; נאם – déclaration de ; יהוה – l’Eternel.
« Quand Babylone s'élèverait jusqu'aux cieux, et quand elle rendrait inaccessible sa forteresse, les dévastateurs y entreront de par moi, dit l'Éternel. »
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• Gn 12,1-4a

Une parole divine, assortie d'une promesse de bénédiction, cela suffit: Abram quitte la Chaldée prospère où il était installé, et part sans savoir où cela va le mener.
Ainsi commence la grande aventure de la foi dans laquelle s'engage après lui la multitude de ceux qui se fient au Seigneur.

 
Remarques:
Sur Gn 12,1-9: Après l'appel que lui adresse l'Éternel commence véritablement l'histoire d'Abram ("אברם 'abrâm", "Père éminent")/Abraham ("אברהם 'abrââm", "Père d'une multitude"*), père de tous les croyants et figure majeure de la foi monothéiste.

Par cet homme, puis par ses descendants, YHWH poursuit son projet de salut d'une humanité bien mal en point.

Abram est mis en route par la parole de YHWH, parole qui est à la fois commandement et promesse.
Aucune raison n'est avancée pour justifier le choix de l'Éternel; mais il ressort que l'élection particulière d'Abram est indissociable du projet divin pour toute l'humanité: "en toi seront bénies toutes les familles de la terre" (v.3).

Commence alors le "pèlerinage" d'Abram le migrant, le nomade, appelé à quitter le monde établi des nations de l'"après-Babel" (sur Babel: plus haut et à cette page), pour prendre part à la genèse du peuple de l'Éternel et au salut du monde.

Au milieu des nations païennes, Abram apprend
- la confiance en YHWH (vv.2-3;7),
- l'obéissance à l'Éternel (vv.1;4)
- l'adoration de "YHWH, notre Dieu, le seul Éternel": יהוה אלהינו יהוה אחד (Dt 6,4). 

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*YHWH ne lui attribuera le nom d'"Abraham" en Gn 17,5; il est donc illogique de le nommer ainsi avant la conclusion de l'Alliance, au chap.17.
 


Traduction et notes:
Verset 1.
   ויאמר יהוה אל־אברם לך־לך מארצך וממולדתך ומבית אביך אל־הארץ אשׁר אראך׃
Et YHWH-l'Éternel avait dit à Abram: Va-t'en de ton pays, et de ta parenté, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai;
Alors que la parenté d'Abram s'établit à חרן Kh'ârân, Harân (voir 11,31; puis 24,4;11;27,43), celui-ci est appelé à continuer sa migration.
Or le clan familial a déjà effectué une migration d'environ 1000km vers le nord-ouest, émigrant d'Our (Pays de Sumer) vers Harân (Syrie mésopotamienne, ou Haute-Mésopotamie; aujourd'hui, Haran en Turquie).
-- Our et Harân étaient gouvernées par les Amoréens au XVIIIème s. av. notre ère.
Comme elles étaient toutes deux
des centres de culte lunaire, ce culte était très vraisemblablement pratiqué par les ancêtres d'Abram.
-- Harân était une étape de caravanes, particulièrement florissante au XIXème s. av. notre ère. Son nom vient de l'akkadien Kharranu, "rue". Son commerce avec Tyr (Liban actuel) est mentionné en Ez 27,23. Ces deux villes étant des centres de culte lunaire, ce culte était vraisemblablement pratiqué par les ancêtres d'Abram.
Harân était une étape de caravanes, florissante au XIXème s. av. notre ère. Our et Harân étaient gouvernées par les Amoréens au XVIII
ème s. av. notre ère. 
Versets 2-3.
   ואעשׂך לגוי גדול ואברכך ואגדלה שׁמך והיה ברכה׃
et je te ferai devenir une grande nation, et je te bénirai, et je rendrai ton nom grand, et tu seras en tant que bénédiction;
 ואברכה מברכיך ומקללך אאר ונברכובך כל משׁפחת האדמה׃
et je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront; et en toi seront bénies toutes les familles de la terre.
Abram doit quitter son pays pour que l'Éternel réalise le projet qu'il forme à son intention et qui se trouve exprimé par sept formes verbales:
- ואעשׂך - de "עשׂהâśâh", faire;
-
ואברכך - de "בּרך bârak", bénir;
-
ואגדלה - de "גּדל gâdal", rendre grand;
-
והיה- de "היה hâyâh", être (sens fort: exister);
-
ואברכה- de "בּרך bârak", bénir;
- אאר - de "ארר 'ârar", maudire;
ונברכו- de "בּרך bârak", bénir.
-- Le thème de la bénédiction est au centre de la promesse (quatre occurrences du verbe "בּרך bârak" et une du substantif "בּרכה berâkâh").
Il fait un lien avec les récits antérieurs (cf.Gn 1,22;28;2,3;5,2;9,1...), puisque la bénédiction divine est un prolongement de l'œuvre de création.
Il se retrouvera à propos des générations successives des patriarches (26,3;35,9;39,5).
-- La promesse sera réitérée plusieurs fois;
- d'abord à Abram/Abraham (12,7;15,5-21;17,4-8;18,18-19;22,17-18);
- puis à Isaac (26,2-4);
- à Jacob (28,13-15;35,11-12;46,3);
- et jusqu'à Moïse (Ex 3,6-8;6,2-8).
 ונברכובך כל משׁפחת האדמה - et en toi seront bénies toutes les familles de la terre:
Litt.: ונברכו - et seront bénis; בך - en toi; כל - tous; משׁפחת - les clans de; האדמה - le sol.
- Soit, très vraisemblablement, "tous les peuples seront bénis à travers toi" ;
- soit (moins vraisemblable) "s'adresseront des bénédictions en citant ton nom".
 
Verset 4.
   וילך אברם כאשׁר דבר אליו יהוה וילך אתו לוט ואברם בן־חמשׁ שׁנים ושׁבעים שׁנה בצאתו מחרן׃
Et Abram s'en alla, comme YHWH-l'Éternel lui avait dit; et Loth s'en alla avec lui. Et Abram était âgé de soixante-quinze ans lorsqu'il sortit de Harân.
כאשׁר דבר אליו יהוה - comme YHWH lui avait dit: La prompte obéissance d'Abram, enracinée dans la foi en l'Éternel, caractérise la vie du patriarche dans son ensemble, malgré quelques défaillances (17,23;21,14;22,3).
לוט - Loth: Abram semble avoir pris sous sa protection les fils de son frère décédé (voir 11,28).
מחרן- de Harân: Voir note au v.1.
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• Gn 14,18-20.

Un mystérieux "prêtre du Très-haut" bénit Abraham, "le père des croyants" qui lui offre la dîme de son butin.

Sur ce texte:

Sur la Genèse, voir plus haut.
Sur 14,1-24:
Abram, le nomade sans propriété foncière, est vainqueur de quatre rois: c'est une préfiguration de l'accomplissement de la promesse concernant le pays de Canaan. Melkisédek, personnage mystérieux et prêtre d'אל עליון - El le Très Haut, discerne la raison de cette victoire: c'est le Très Haut qui l'a rendu vainqueur de ses ennemis. En son nom, il bénit Abram.

Traduction et notes:

Verset 18.
       ומלכי־צדק מלך שׁלם הוציא לחם ויין והוא כהן לאל עליון׃
Melkisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin: il était prêtre du Dieu Très Haut.
מלכי־צדק - Melkisédek: Le nom de ce personnage n'est mentionné qu'une autre fois dans le PT (Ps 110,4); il jouera un rôle important en 7,1-10. Son nom מלכּי־צדק malkîy-tsedeq signifie "mon roi est justice" (voir page sur la צדקה tsedâqâh).
Il est
- la première personne dans la Bible à être qualifié de "כּהןkôhên", "prêtre"
- et la seule en-dehors de la famille d'Aaron,
- et la seule aussi à avoir uni l'office royal et le sacerdoce.
Dans l'antiquité, les fonctions royales et sacerdotales étaient en effet souvent remplies par la même personne, mais pas en Israël.
Le don du pain et du vin à Abram constitue-t-il un geste d'amitié (le pain et le vin étant la nourriture et la boisson ordinaires - voir Jg 19,19)? ou un geste sacerdotal (comme la bénédiction de la dîme)?

שׁלם - Salem: Désigne Jérusalem (voir Ps 76,3); mot apparenté à שׁלם shâlôm, la paix.
אל עליון - Dieu Très Haut:
אל עליון'El‛elyôn - "El le Très Haut" désignait fréquemment la divinité cananéenne considérée comme au-dessus des autres dieux (voir à cette page). Abram l'a identifié à YHWH-l'Éternel (v.22), désignant par là-même Melkisédek comme un adorateur du seul vrai Dieu.

<-Le sacrifice de Melkisédek - 1740-1742 - Jean-Baptiste Tiepolo - Eglise de Verolanuova.
Le roi-prêtre de Salem apporte du pain (qu'il a entre ses mains) et du vin (posé sur la table-autel) à Abram qui porte encore son armure au soir de la "Bataille des Rois", et le bénit. A gauche, la population civile (femmes, enfants et vieillards compris), à droite, les soldats; derrière l'autel, une procession triomphale s'approche.
Les costumes sont "à l'antique" selon l'idée qu'on s'en faisait au XVIIIème siècle.
Au ciel, des anges et angelots regardent la scène; un ange agite un encensoir.

Verset 19.
        ויברכהו ויאמר ברוך אברם לאל עליון קנה שׁמים וארץ׃ 
Il bénit Abram, et dit: Béni soit Abram par le Dieu Très Haut, maître du ciel et de la terre!

Verset 20.
        וברוך אל עליון אשׁר־מגן צריך בידך ויתן־לו מעשׂר מכל׃
Béni soit le Dieu Très Haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains! Et Abram lui donna la dîme de tout.
מעשׂר - la dîme: Le dixième (du latin decim- même famille que "décimal(e)"). En lui remettant le dixième du butin remporté sur l'ennemi, Abram reconnaît que Melkisédek sert le même Dieu que lui. Voir Ps 110,4 et note ci-dessous; Hé 7,11sqq. De même, au v.22, Abram en jurant "à main levée" fait un geste de serment solennel (voir Dn 12,7) et reconnaît ainsi dans le "אל עליון" de Melkisédek le Dieu créateur que lui-même révère.
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• Gn 15,1-6;21,1-3.

Vieillir sans avoir eu la joie - légitimement désirée - d'avoir un enfant, voir venir le jour où on partira sans laisser de descendance: dure épreuve de la stérilité, pour un couple qui a toujours compté sur la bénédiction de l'Éternel.
Parce qu'il a cru contre toute espérance, Abram-Abraham a pris la tête de tous ceux qui se sont engagés dans l'aventure de la foi.

• Gn 15,5-12;17-18.

Abram-Abraham est la figure emblématique des croyants de tous les âges du monde. Il a tout quitté parce que Dieu le lui demandait. Maintenant, le Seigneur lui promet une descendance innombrable et la possession du pays: "Je m'y engage".


Remarques:

Sur la Genèse, voir plus haut.
Sur Gn 15,1-21:
Ce chapitre, particulièrement dense, marque un tournant: alors que les chapitres 12-14 traitaient surtout du Pays promis, à partir du chapitre 15 le thème de la postérité d'Abram devient le thème majeur (même si celui du pays reste présent).
A la plainte du patriarche ("Je n'ai pas d'enfant" - 15,2a;3a) et à ses projets tout humains (son serviteur Éliézer de Damas - peut-être le "serviteur plus ancien qui gérait tous ses biens" dont il sera question en Gn 24,2 - sera son héritier:15,2b;3b),
YHWH répond par la promesse d'une authentique (15,4b) et nombreuse descendance (15,5), et scelle cette promesse par une alliance (15,9-10;17-18).
Dieu révèle à Abram que c'est à cette descendance que sera donné - certes dans un lointain avenir - le Pays promis (15,16;18-20).
Et Abram croit("Abram eut confiance en YHWH-Adonaï" 15,6a): il croit en cette promesse, accorde sa confiance à Celui qui s'est engagé à son égard.
La racine אמן amn exprime d'abord l'idée de fermeté: "tenir/être tenu fermement", "rendre/être rendu ferme"; d'où "(r)assurer/être (r)assuré"; d'où l'idée de "donner/faire confiance".

Ici, on trouve והאמן du verbe אמן vocalisé 'âman.

Mais on pensera aussi à la forme adverbiale de אמן vocalisée cette fois 'âmên: "Amen"= "certes", "certainement", "c'est sûr"...
Or c'est ici la première occurrence de cette racine אמןdans la Bible : on peut donc dire qu'on assiste ici à "l'irruption de la Foi dans l'histoire des hommes" (Marie-Noëlle Thabut).

En raison de sa foi, "YHWH [...] le lui imputa à justice".
Cette affirmation, particulièrement importante dans le Premier Testament, énonce la pleine approbation divine à l'égard de cet homme, non pas "juste" parce qu'irréprochable au plan moral, mais parce qu'il a su adopter la juste attitude face à la révélation divine.

ATTENTION!
1 • L'ancienne traduction liturgique utilisait déjà le nom "Abraham".
Pourtant il est encore, ici, Abram ("Père éminent"); il ne recevra de Dieu le nom d'"Abraham" ("Père d'une multitude") qu'en Gn 17,5.
La "nouvelle" Traduction officielle liturgique a bien rétabli "Abram".
2 • Le texte liturgique omet les vv.13-16.
- Or dans ceux-ci Dieu annonce les conditions dans lesquelles son alliance avec Abram sera réalisée.
- Et - puisque le texte liturgique ne dit pas que Dieu plonge Abram "dans un sommeil mystérieux" pour s'adresser à lui en songe (v.12) - on ne comprend pas pourquoi ce sommeil, ni pourquoi la "sombre et profonde frayeur"...
- En outre, la traduction de cette dernière locution ne correspond pas au texte hébreu (verset 12)... qui parle de "l'horreur d'une grande obscurité"!

Traduction des vv.5-12 et remarques:

Verset 5.
      ויוצא אתו החוצה ויאמר הבט־נא השׁמימה וספר הכוכבים אם־תוכל לספר אתם ויאמר לו כה יהיה זרעך׃ 
Et après l'avoir conduit dehors, il dit: "Regarde vers le ciel, et compte les étoiles, si tu peux les compter". Et il lui dit: "Telle sera ta postérité".
כה יהיה זרעך - Telle sera ta postérité: Voir Gn 22,17. Dans le ciel d'Orient, on peut voir à l'œil nu un peu plus de 8000 étoiles. Le Livre de l'Exode souligne l'accomplissement de cette promesse en Égypte (voir Ex 1; voir aussi Dt 1,10).

Verset 6.
      והאמן ביהוה ויחשׁבה לו צדקה׃
Abram eut confiance en YHWH-Adonaï, qui le lui imputa à justice.
ויחשׁבה לו צדקה - et il le lui imputa à justice: Voir pratiquement la même locution (ותחשׁב לו לצדקה - Cela lui fut imputé à justice) en Ps 106,31. La formule signifie que la foi en la promesse divine était tout ce que YHWH attendait d'Abram pour réaliser cette promesse. Abram a pleinement satisfait par là aux exigences de Dieu, d'où le fait qu'il soit considéré comme le "père de tous les croyants" (voir Rm 4,11). Paul, en bon connaisseur de la TaNaKh (voir à cette page), accordera une grande importance à ce texte; il y fera appel pour démontrer que l'homme est justifié non par l'obéissance à la Loi mais par la foi (Rm 4; Ga 3,6; voir aussi Jc 2,23).

Verset 7.
   ויאמר אליו אני יהוה אשׁר הוצאתיך מאור כשׂדים לתת לך את־הארץ הזאת לרשׁתה׃
YHWH-Adonaï lui dit encore: Je suis YHWH-Adonaï, qui t'ai fait sortir d'Ur en Chaldée, pour te donner en possession ce pays.

Verset 8.
       ויאמר אדני יהוה במה אדע כי אירשׁנה׃
Abram répondit: Seigneur YHWH-Adonaï, à quoi connaîtrai-je que je le posséderai?

Verset 9.
      ויאמר אליו קחה לי עגלה משׁלשׁת ועז משׁלשׁת ואיל משׁלשׁ ותר וגוזל׃
Et [YHWH-Adonaï] lui dit: Prends une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans, une tourterelle et une jeune colombe.
משׁלשׁת - de trois ans: Condition requise pour la plupart des animaux de sacrifice. On considérait en effet que l'allaitement durait 3 ans et qu'au-delà de ce temps les animaux étaient "adultes".

Verset 10.
      ויקח־לו את־כל־אלה ויבתר אתם בתוך ויתן אישׁ־בתרו לקראת רעהו ואת־הצפר לא בתר׃
Abram prit tous ces animaux, les coupa par le milieu, et mit chaque morceau l'un vis-à-vis de l'autre; mais il ne partagea point les oiseaux.
ויבתר אתם בתוך ויתן אישׁ־בתרו לקראת רעהו - les coupa pour lui par le milieu, et mit chaque morceau l'un vis-à-vis de l'autre: Dans le Proche-Orient ancien, une alliance était souvent scellée par un sacrifice dans lequel les victimes étaient coupées en deux moitiés; les contractants passaient entre elles, marchant pieds nus dans le sang des animaux (qu'ainsi ils "partagent", en quelque sorte), en appelant les divinités à leur faire subir le même sort que celui de ces animaux s'ils rompaient leurs engagements (comp. Jr 34,18).

Verset 11.
      וירד העיט על־הפגרים וישׁב אתם אברם׃
Les oiseaux de proie s'abattirent sur les cadavres; et Abram les chassa.
וישׁב אתם אברם- et Abram les chassa: Abram - comme ses contemporains et surtout comme l'auteur du texte - considère que ces oiseaux sont "de mauvais augure".
On peut en déduire que le texte est très ancien: malgré la découverte du vrai Dieu qu'il relate, il prend encore en compte cette crainte superstitieuse.

Verset 12.
       ויהי השׁמשׁ לבוא ותרדמה נפלה על־אברם והנה אימה חשׁכה גדלה נפלת עליו׃
Au coucher du soleil, un profond sommeil tomba sur Abram; et voici, la frayeur causée par une grande obscurité vint l'assaillir.
אימה חשׁכה גדלה - l'horreur causée par une grande obscurité: Comme on l'a vu dans l'introduction, la traduction liturgique commet une erreur grammaticale:
- les mots אימה 'êymâh (littéralement: "une idole horrible, effrayante", d'où le sens principal dans la Bible: "la frayeur", "l'horreur") et חשׁכה khăshêkâh (sens propre: "l'obscurité", sens figuré: "la misère") sont comme on le voit des substantifs;
- seul le mot גּדל gâdôl , "grand", est un adjectif - accordé ici (גדלה) au féminin singulier, donc avec le nom féminin qui en est le plus proche: חשׁכה - lequel est lui-même complément de détermination du nom qui le précède: אימה. Donc on ne peut traduire littéralement que par "l'horreur d'une grande obscurité".
La frayeur d'Abram est causée
- par l'étrangeté de son sommeil,
- par la "grande obscurité" (alors que le soleil est en train de se coucher: il ne devrait donc pas encore faire nuit noire),
- et peut-être aussi par le pressentiment que Dieu va à nouveau lui parler (puisqu'il l'a déjà fait "dans une vision"; mais, alors, YHWH avait pris soin de rassurer préalablement Abram: "Abram, ne crains point; je suis ton bouclier, et ta récompense sera très grande"15,1).

Traduction des vv.13-16 et remarques :

13:
Et YHWH-Adonaï dit à Abram: "Sache que tes descendants seront étrangers dans un pays qui ne sera point à eux; ils y seront asservis, et on les opprimera pendant quatre cents ans.
étrangers dans un pays qui ne sera point à eux; ils y seront asservis, et on les opprimera: Annonce de la captivité en Égypte.
quatre cents ans: Ex 12,40 indique 430 ans, ce qui suggère l'emploi de chiffres arrondis.

14:
Mais je jugerai la nation à laquelle ils seront asservis, et ils sortiront ensuite avec de grandes richesses.

15:
Toi, tu iras en paix vers tes pères, tu seras enterré après une heureuse vieillesse.
une heureuse vieillesse: L'accomplissement de cette promesse est signalée en Gn 25,8.

16:
A la quatrième génération, ils reviendront ici; car l'iniquité des Amoréens n'est pas encore à son comble".
A la quatrième génération:
Pour que cette affirmation soit compatible avec les 400 ans du v.13, il faut considérer - en suivant la chronologie du récit - que, pour l'auteur,
"une génération" correspond à l'âge d'un homme à la naissance de son premier fils.
Ainsi:
- Abraham avait 99 ans lors de sa circoncision (17,24),
- qui précéda l'épisode de Mambré (Gn 18,1-17 - voir l'étude d'icônes typologiques de cet épisode à cette page);
- Isaac (le premier fils d'Abraham avec sa femme, Saraï-Sarah) est né à la suite de cet épisode;
- Abraham avait 100 ans lors de la naissance d'Isaac (21,5).
Ainsi, il y a bien cohérence entre "quatre générations" et "400 ans"...
Amoréens: (ou Amorites) Population cananéenne habitant la terre promise, avant l'arrivée d'Israël - tantôt mentionnés avec d'autres peuples (ci-dessous, v. 21; ou Ex 3,17, par ex.) à côté des Cananéens, tantôt semblant désigner l'ensemble des anciens occupant du pays, et être une sorte de synonyme de "Cananéens" (Dt 1,7;44).
l'iniquité des Amoréens n'est pas encore à son comble: Le don effectif du pays de Canaan à Israël - et donc la dépossession qu'elle entraînera pour les Cananéens - n'aura lieu qu'à ce moment-là, représentant alors un jugement divin.
De nombreux documents écrits (en particulier des lettres d'El-Amarna) ont mis en évidence un certain nombre de traits de la religion cananéenne qui faisaient que la Bible interdisait tout contact avec les cananéens: vénération des dieux de la mythologie épique cananéenne, mais également de dieux propres aux différentes cités, syncrétisme religieux, prostitution sacrée des deux sexes, et même sacrifices d'enfants, divination, etc. (comp. Dt 18,9-12).


Traduction des vv.17-21 et remarques:

Verset 17.
       ויהי השׁמשׁ באה ועלטה היה והנה תנור עשׁן ולפיד אשׁ אשׁר עבר בין הגזרים האלה׃
Quand le soleil fut couché, il y eut une obscurité profonde; et voici, ce fut une fournaise fumante, et un flambeau en feu passa entre les animaux partagés.
תנור עשׁן ולפיד אשׁ - une fournaise fumante, et un flambeau en feu: Le feu signale la présence de YHWH (voir par ex. Ex 3,2; 14,24; 19,18; 1R 18,38)
Ainsi, en passant entre les animaux partagés, Dieu s'engage à respecter son alliance, à accomplir la promesse faite à Abram.

Versets 18-21.
        ביום ההוא כרת יהוה את־אברם ברית לאמר לזרעך נתתי את־הארץ הזאת מנהר מצרים עד־הנהר הגדל נהר־פרת׃ 
En ce jour-là, l'Éternel fit alliance avec Abram, et dit: Je donne ce pays à ta postérité, depuis le fleuve d'Égypte jusqu'au grand fleuve, au fleuve d'Euphrate, 
את־הקיני ואת־הקנזי ואת הקדמני׃
le pays des Qéniens, des Qeniziens, des Qadmoniens,
 ואת־החתי ואת־הפרזי ואת־הרפאים׃
des Héthiens, des Phéréziens, des Rephaïm,
 ואת־האמרי ואת־הכנעני ואת־הגרגשׁי ואת־היבוסי׃ 
des Amoréens, des Cananéens, des Guirgasiens et des Jébusiens.
ברית - alliance: Sur ce terme, voir cette page.
YHWH conclut une alliance avec Abram (voir chap.17), tout comme il l'avait fait avec Noé (Gn 9,9).
מנהר מצרים - depuis le fleuve d'Égypte: Contrairement à ce que pensent certains (qui optent ici pour le Nil), il s'agit beaucoup plus vraisemblablement du "torrent d'Égypte" (aujourd'hui appelé Wadi-el-Arish) qui constitue la frontière sud de la Palestine.
Cette promesse signifie que le royaume d'Israël s'étendra entre l'Égypte et la Mésopotamie; elle a été réalisée sous le règne de Salomon (1R 5,1; 2Ch 9,26).
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Gn 18,1-10a (et trad. 10b-15).

Dans ce récit, il est curieusement question de trois voyageurs, puis d'un seul, comme si Abraham ne voyait alors plus que lui - à partir du moment où il annonce, avec la prochaine maternité de Sara la stérile, la réalisation longtemps attendue de la promesse d'une descendance (Gn 15,1-6; voir plus haut).

Remarques et traduction:
Sur la Genèse, voir plus haut.
Sur Gn 18,1-16:
Dans la continuité des chapitres précédents, cette péricope souligne l'engagement de Dieu envers Abraham et Sara: ils auront bientôt - enfin! - un fils.
Au rire d'incrédulité d'Abraham en 17,17 répond celui de Sara: comment deux vieillards pourraient-ils encore donner la vie? Cela est certes impossible à vues humaines et selon les seules ressources naturelles - mais rien n'est impossible à YHWH-l'Éternel, en particulier dans le domaine de la création (voir par ex. Jr 32,17).
Bien que la lecture liturgique s'arrête en 10a, je ne résiste pas au plaisir de donner la traduction du savoureux passage du "rire de Sara" - plein de verve et d'humanité (vv.10b-15), et celui de l'accomplissement "concret" de la promesse (21,1-3;6-7).


Verset 1.
       וירא אליו יהוה באלני ממרא והוא ישׁב פתח־האהל כחם היום׃
YHWH-l'Éternel lui apparut parmi les chênes de Mamré, comme il était assis à l'entrée de sa tente, pendant la chaleur du jour.
וירא אליו יהוה - YHWH-l'Éternel lui apparut: Les apparitions de YHWH revêtent des formes différentes (voir par ex. 12,7; 18,1sqq; Ex 33,18 - 34,9; 1R 19,9-13; Is 6,1-7). Souvent, comme ici, le mode d'apparition n'est pas précisé. En outre, la suite du récit ne "clarifie" pas les choses (voir v.2 et v.10, ainsi que les illustrations ci-dessous) - ce qui explique que, alors que le thème présente une iconographie très riche, cette dernière est assez variée.
באלני ממרא - parmi les chênes de Mamré:
- Le français a tendance à utiliser la transcription grecque du nom (LXX: Μαμβρη), alors que les autres langues (en particulier l'anglais) utilisent plus volontiers la transcription directe de l'hébreu (ממרא mamrê').
- Il faut en outre savoir qu'il s'agit d'un nom de personne, et non d'un nom de lieu. Mamré était un Amoréen allié d'Abram (Gn 14,13:
אברם העברי והוא שׁכן באלני ממרא האמרי אחי אשׁכל ואחי ענר והם בעלי ברית־אברם׃ ...
"... Abram, l'Hébreu; celui-ci habitait parmi les chênes de Mamré, l'Amoréen, frère d'Eschcol et frère d'Aner, qui avaient fait alliance avec Abram").
- Ces chênes étaient situés à 3km d'Hébron (l'une des plus anciennes villes du Proche-Orient, elle-même à env. 35km au sud-ouest de Jérusalem), Gn 13,18:
ויאהל אברם ויבא וישׁב באלני ממרא אשׁר בחברון ויבן־שׁם מזבח ליהוה׃
"Abram leva ses tentes, et vint habiter parmi les chênes de Mamré, qui sont près d'Hébron. Et il bâtit là un autel à l'Éternel". Il ne faut pas confondre ce sanctuaire avec celui de Moré (Gn 12,6).
- Le lieu s'appelle aujourd'hui El Khâlil, "l'ami de Dieu", en souvenir d'Abraham.
כחם היום - pendant la chaleur du jour: C'est-à-dire au début de l'après-midi.

Verset 2.
       וישׂא עיניו וירא והנה שׁלשׁה אנשׁים נצבים עליו וירא וירץ לקראתם מפתח האהל וישׁתחו ארצה׃ 
Il leva les yeux, et regarda: et voici, trois hommes étaient debout près de lui. Quand il les vit, il courut au-devant d'eux, depuis l'entrée de sa tente, et se prosterna en terre.
שׁלשׁה אנשׁים - trois hommes: Littéralement "les trois êtres humains". Abraham voit dans ces voyageurs de simples hommes, et accomplit envers eux ce que les règles de l'hospitalité des nomades (et des orientaux en général, même sédentarisés) lui commandent (vv.2-8).
La suite du récit indique que deux d'entre eux étaient en fait des anges (chap. 19, surtout vv.11;13;21); quant au troisième, le texte suggère que c'était YHWH lui-même (chap. 18,1;13;17;20;26;33, et surtout v.22). Voir aussi Ps 91,12 et note à cette page).

Versets 3-6.
       ויאמר אדני אם־נא מצאתי חן בעיניך אל־נא תעבר מעל עבדך׃
Et il dit: Seigneur, si j'ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe point, je te prie, loin de ton serviteur.
 יקח־נא מעט־מים ורחצו רגליכם והשׁענו תחת העץ׃
Permettez qu'on apporte un peu d'eau, pour vous laver les pieds; et reposez-vous sous cet arbre.
 ואקחה פת־לחם וסעדו לבכם אחר תעברו כי־על־כן עברתם על־עבדכם ויאמרו כן תעשׂה כאשׁר דברת׃ 
J'irai prendre un morceau de pain, pour fortifier votre coeur; après quoi, vous continuerez votre route; car c'est pour cela que vous passez près de votre serviteur. Ils répondirent: Fais comme tu l'as dit.
ימהר אברהם האהלה אל־שׂרה ויאמר מהרי שׁלשׁ סאים קמח סלת לושׁי ועשׂי עגות׃
Abraham alla promptement dans sa tente vers Sara, et il dit: Vite, trois mesures de fleur de farine, pétris, et fais des gâteaux.
שׁלשׁ סאים - trois mesures: Le סאה se'âh est une mesure de capacité pour les matières sèches; selon les lieux et les époques, il équivaut à une capacité de 7,5 à 12 litres.
קמח סלת - fleur de farine: Que l'on considère la quantité ou la qualité (voir note précédente), on est loin du "morceau de pain" du verset précédent; voir également la suite des préparatifs dans les vv. suivants!
עגות - gâteaux: En fait, du 
<- pain "oriental", rond, plat, sans croûte (un peu comme une galette ou une crêpe - voir le pain libanais ou la pita grecque), cuit sur un four en terre. Voir cette page.

Versets 7-10.
        ואל־הבקר רץ אברהם ויקח בן־בקר רך וטוב ויתן אל־הנער וימהר לעשׂות אתו׃ 
Et Abraham courut à son troupeau, prit un veau tendre et bon, et le donna à un serviteur, qui se hâta de l'apprêter.
  ויקח חמאה וחלב ובן־הבקר אשׁר עשׂה ויתן לפניהם והוא־עמד עליהם תחת העץ ויאכלו׃ 
Il prit encore de la crème et du lait, avec le veau qu'on avait apprêté, et il les mit devant eux. Il se tint lui-même à leurs côtés, sous l'arbre. Et ils mangèrent. 
  ויאמרו אליו איה שׂרה אשׁתך ויאמר הנה באהל׃
Alors ils lui dirent: Où est Sara, ta femme? Il répondit: Elle est là, dans la tente.
 ויאמר שׁוב אשׁוב אליך כעת חיה והנה־בן לשׂרה אשׁתך ושׂרה שׁמעת פתח האהל והוא אחריו׃ 
L'un d'entre eux dit: Je reviendrai vers toi au temps fixé; et voici, Sara, ta femme, aura un fils. Sara écoutait à l'entrée de la tente, qui était derrière lui.
כעת חיה - au temps fixé: Littéralement "selon le temps de la vie", expression diversement interprétée: selon les uns, "au temps du renouveau", i.e. à l'automne ou au printemps (saisons des pluies indispensables à la vie); selon d'autres "lorsque le temps nécessaire à la vie, le temps de la gestation, sera achevé", i.e. dans neuf mois. En revanche, on comprend mal comment la traduction liturgique arrive à "dans un an"...
L'hospitalité d'Abraham - Gerbrand van den EECKHOUT (1621-1674, Amsterdam) - 1656 - L'Ermitage, Saint-Pétersbourg.
Au plan artistique, on notera que l’artiste a vêtu Abraham « à l’orientale », selon son temps, et qu’au lieu de le représenter devant une tente, il le place devant des constructions « en dur ». Il respecte en revanche la notation du v.4: les personnages sont bien installés sous un chêne.
On remarquera également l’impression d’opulence que dénotent la richesse des tissus et de la vaisselle, le nombre de serviteurs (vêtus comme des paysans du XVIIème s.) et des animaux domestiques, ainsi que le paon au premier plan à gauche.
Au plan théologique, on notera que van den Eeckhout, s’il a doté d’ailes les trois visiteurs d’Abraham, il a donné à deux d’entre eux des couleurs (teint, vêtements) « humaines », tandis que le troisième semble irradier une lumière blanche, surnaturelle. Il différencie ainsi « les deux anges » de « YHWH-l’Éternel » (voir note sur le v. 2); c’est d’ailleurs bien ce dernier personnage « lumineux » qui, le repas achevé, tourné vers Abraham, adresse à ce dernier (qui semble esquisser un geste d’humilité) la prophétie du v.10.

Versets 11-15.
         ואברהם ושׂרה זקנים באים בימים חדל להיות לשׂרה ארח כנשׁים׃
Abraham et Sara étaient vieux, avancés en âge: et Sara ne pouvait plus espérer avoir des enfants.
 ותצחק שׂרה בקרבה לאמר אחרי בלתי היתה־לי עדנה ואדני זקן׃
Elle rit en elle-même, en disant: Maintenant que je suis vieille, aurais-je encore des désirs? Mon seigneur aussi est vieux.
 ויאמר יהוה אל־אברהם למה זה צחקה שׂרה לאמר האף אמנם אלד ואני זקנתי׃
YHWH-l'Éternel dit à Abraham: Pourquoi donc Sara a-t-elle ri, en disant: Est-ce que vraiment j'aurais un enfant, moi qui suis vieille?
היפלא מיהוה דבר למועד אשׁוב אליך כעת חיה ולשׂרה בן׃
Y a-t-il rien qui soit étonnant de la part de YHWH-l'Éternel? Au temps fixé je reviendrai vers toi, à cette même époque; et Sara aura un fils.
  ותכחשׁ שׂרה לאמר לא צחקתי כי יראה ויאמר לא כי צחקת׃ 
Sara mentit, en disant: Je n'ai pas ri. Car elle eut peur. Mais il dit: Au contraire, tu as ri.

CHAPITRE 21
Versets 1-3.
          ויהוה פקד את־שׂרה כאשׁר אמר ויעשׂ יהוה לשׂרה כאשׁר דבר׃
YHWH-l'Éternel se souvint de ce qu'il avait dit à Sara, et YHWH-l'Éternel accomplit pour Sara ce qu'il avait promis. 
 ותהר ותלד שׂרה לאברהם בן לזקניו למועד אשׁר־דבר אתו אלהים׃
Sara devint enceinte, et elle enfanta un fils à Abraham dans sa vieillesse, au temps fixé dont Dieu lui avait parlé.
 ויקרא אברהם את־שׁם־בנו הנולד־לו אשׁר־ילדה־לו שׂרה יצחק׃
Abraham donna le nom d'Isaac au fils qui lui était né, que Sara lui avait enfanté.
יצחק - Isaac: Le nom יצחק yitskh'âq / ישׂחק yiśkh'âq "Isaac" est à rattacher au verbe- racine צחק tsâkh'aq "rire".

Versets 6-7.
           ותאמר שׂרה צחק עשׂה לי אלהים כל־השׁמע יצחק־לי׃
Et Sara dit: Dieu m'a fait un sujet de rire; quiconque l'apprendra rira de moi. 
  ותאמר מי מלל לאברהם היניקה בנים שׂרה כי־ילדתי בן לזקניו׃
Elle ajouta: Qui aurait dit à Abraham: Sara allaitera des enfants? Cependant je lui ai enfanté un fils dans sa vieillesse.
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• Gn 18,20-32.

Abraham - fort de la "bénédiction" que les trois visiteurs ont prononcée sur lui, et qui doit s'étendre à toutes les nations (voir ci-dessus) - s'adresse à Dieu et "ose" intercéder avec insistance pour Sodome dont la faute "est lourde". Il croit en la justice et en l'incommensurable miséricorde de Dieu, prêt à pardonner une multitude de péchés. Il sait aussi que, pour le Seigneur, les justes sont d'un prix tel qu'ils "protègent" les pécheurs de la colère divine, et leur obtiennent un délai pour se convertir.

Remarques et traduction:
Sur la Genèse, voir plus haut.
Comme on l'a dit en introduction, on assiste ici à une sorte de "controverse bilatérale" (ריב – rîb en hébreu), entre Abraham et YHWH; l'Éternel met en accusation les habitants des villes de la plaine, et Abraham, même s'il ne fait pas partie de ces derniers, plaide néanmoins en faveur des justes qui pourraient se trouver parmi eux... et il "marchande" même avec ce qu'on pourrait appeler un certain irrespect (v.25 par ex.)!
Je donne également le v.33, qui clôt de façon cyclique la péricope constituée par ce chap.18.

Verset 20.
       ויאמר יהוה זעקת סדם ועמרה כי־רבה וחטאתם כי כבדה מאד׃
Et YHWH-l'Éternel dit: Le cri contre Sodome et Gomorrhe s'est accru, et leur péché est énorme.
זעקת סדם ועמרה - Le cri contre Sodome et Gomorrhe: Le péché de ces villes a déjà été signalé (Gn 13,13); il deviendra ensuite typique (Is 3,9; Jr 23,14; Lm 4,6; Ez 16,49-50; So 2,8-9).
כי־רבה - s'est accru: Litt. "כי - oui; רבה - [il est] grand". Déjà précédemment (Gn 6,5; 11,7), le péché des humains avait attiré l'attention de Dieu et entraîné son intervention.

Verset 21.
       ארדה־נא ואראה הכצעקתה הבאה אלי עשׂו כלה ואם־לא אדעה׃
C'est pourquoi je vais descendre et je verrai s'ils ont agi entièrement selon le bruit venu jusqu'à moi; et si cela n'est pas, je le saurai.
ארדה־נא - C'est pourquoi je vais descendre: Litt. "ארדה - je vais descendreנא - donc". Comp. Gn 11,5;7. Cet anthropomorphisme indique une intervention particulière, "personnelle", de YHWH. Il souligne ici qu'il ne châtie pas de façon arbitraire ou injuste, mais toujours en connaissance de cause et pour de bonnes raisons.

Verset 22.
       ויפנו משׁם האנשׁים וילכו סדמה ואברהם עודנו עמד לפני יהוה׃
Les hommes s'éloignèrent, et allèrent vers Sodome. Mais Abraham se tint encore en présence de l'Éternel.
האנשׁים [...] יהוה - Les hommes [...] l'Éternel: Voir plus haut, 18,2 et note; ainsi que le commentaire du tableau de Gerbrand van den EECKHOUT.

Versets 23-27.
       ויגשׁ אברהם ויאמר האף תספה צדיק עם־רשׁע׃
Abraham s'approcha, et dit: Feras-tu aussi périr le juste avec le méchant?
אולי ישׁ חמשׁים צדיקם בתוך העיר האף תספה ולא־תשׂא למקום למען חמשׁים הצדיקם אשׁר בקרבה׃ 
Peut-être y a-t-il cinquante justes au milieu de la ville: les feras-tu périr aussi, et ne pardonneras-tu pas à la ville à cause des cinquante justes qui sont au milieu d'elle?
חללה לך מעשׂת כדבר הזה להמית צדיק עם־רשׁע והיה כצדיק כרשׁע חללה לך השׁפט כל־הארץ לא יעשׂה משׁפט׃ 
Faire mourir le juste avec le méchant, en sorte qu'il en soit du juste comme du méchant, loin de toi cette manière d'agir! loin de toi! Celui qui juge toute la terre n'exercera-t-il pas la justice?
 ויאמר יהוה אם־אמצא בסדם חמשׁים צדיקם בתוך העיר ונשׂאתי לכל־המקום בעבורם׃
Et YHWH-l'Éternel dit: Si je trouve dans Sodome cinquante justes au milieu de la ville, je pardonnerai à toute la ville, à cause d'eux.
ויען אברהם ויאמר הנה־נא הואלתי לדבר אל־אדני ואנכי עפר ואפר׃ 
Abraham reprit, et dit: Voici, j'ai osé parler au Seigneur, moi qui ne suis que poussière et cendre.
עפר ואפר - poussière et cendre:
- Cette locution, qui est un mérisme pour désigner l'anéantissement, présente en outre une extraordinaire allitération (= retour de consonnes): "עפר ‛âphâr - poussière" et " אפר'êphêr - cendre".
- Cette expression (typiquement biblique) souligne l'insignifiance face à YHWH (voir par ex. Jb 30,19); on s'asseyait littéralement sur "la poussière et la cendre" en signe de deuil ou de repentance (voir par ex. Jb 42,6; Jon 3,6).
- Alors que l'on pourrait penser à la lecture de cette locution qu'Abraham prend conscience de son insolence du v.25, l'emploi des particules "הנה־נא" annonce déjà qu'il va "pousser" son marchandage...

Versets 28-33.
        אולי יחסרון חמשׁים הצדיקם חמשׁה התשׁחית בחמשׁה את־כל־העיר ויאמר לא אשׁחית אם־אמצא שׁם ארבעים וחמשׁה׃ 
Peut-être des cinquante justes en manquera-t-il cinq: pour cinq, détruiras-tu toute la ville? Et YHWH-l'Éternel dit: Je ne la détruirai point, si j'y trouve quarante-cinq justes.
  ויסף עוד לדבר אליו ויאמר אולי ימצאון שׁם ארבעים ויאמר לא אעשׂה בעבור הארבעים׃
Abraham continua de lui parler, et dit: Peut-être s'y trouvera-t-il quarante justes. Et YHWH-l'Éternel dit: Je ne ferai rien, à cause de ces quarante.
 ויאמר אל־נא יחר לאדני ואדברה אולי ימצאון שׁם שׁלשׁים ויאמר לא אעשׂה אם־אמצא שׁם שׁלשׁים׃ 
Abraham dit: Que le Seigneur ne s'irrite point, et je parlerai. Peut-être s'y trouvera-t-il trente justes. Et YHWH-l'Éternel dit: Je ne ferai rien, si j'y trouve trente justes.
 ויאמר הנה־נא הואלתי לדבר אל־אדני אולי ימצאון שׁם עשׂרים ויאמר לא אשׁחית בעבור העשׂרים׃
Abraham dit: Voici, j'ai osé parler au Seigneur. Peut-être s'y trouvera-t-il vingt justes. Et YHWH-l'Éternel dit: Je ne la détruirai point, à cause de ces vingt.
 ויאמר אל־נא יחר לאדני ואדברה אך־הפעם אולי ימצאון שׁם עשׂרה ויאמר לא אשׁחית בעבור העשׂרה׃
Abraham dit: Que le Seigneur ne s'irrite point, et je ne parlerai plus que cette fois. Peut-être s'y trouvera-t-il dix justes. Et YHWH-l'Éternel dit: Je ne la détruirai point, à cause de ces dix justes.
   וילך יהוה כאשׁר כלה לדבר אל־אברהם ואברהם שׁב למקמו׃
YHWH-l'Éternel s'en alla lorsqu'il eut achevé de parler à Abraham. Et Abraham retourna chez lui.
למקמו - chez lui: C'est-à-dire dans son campement, sous les chênes de Mamré (voir ci-dessus, 18,1). Le chapitre se termine donc là où il avait commencé.
En effet, au v.16, nous avions appris qu'Abraham avait quitté son campement pour raccompagner ses hôtes:
 ויקמו משׁם האנשׁים וישׁקפו על־פני סדם ואברהם הלך עמם לשׁלחם׃
"Ces hommes se levèrent pour partir, et ils regardèrent du côté de Sodome (= ils prirent la direction de Sodome). Abraham alla avec eux, pour les accompagner"; et que c'est alors qu'YHWH choisit d'avertir Abraham du châtiment qu'il réserve aux villes de la plaine, en 18,17-19:
 ויהוה אמר המכסה אני מאברהם אשׁר אני עשׂה׃
 ואברהם היו יהיה לגוי גדול ועצום ונברכו בו כל גויי הארץ׃
כי ידעתיו למען אשׁר יצוה את־בניו ואת־ביתו אחריו ושׁמרו דרך יהוה לעשׂות צדקה ומשׁפט למען הביא יהוה על־אברהם את אשׁר־דבר עליו׃
"Alors YHWH-l'Éternel dit: Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire?...
Abraham deviendra certainement une nation grande et puissante, et en lui seront bénies toutes les nations de la terre. 
Car je l'ai choisi, afin qu'il ordonne à ses fils et à sa maison après lui de garder la voie de l'Éternel, en pratiquant la droiture et la justice ("צדקה ומשׁפט", paire figée), et qu'ainsi YHWH-l'Éternel accomplisse en faveur d'Abraham les promesses qu'il lui a faites..."
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• Gn 22,1-13.

Cette étude m'ayant été demandée par un lecteur qui souhaitait avoir le texte vocalisé, je le donne également  - selon la version OTA/WLC, avec ses six indications: consonnes, voyelles, marques de cantillation, marqueurs de "paragraphes" (pé, samekh), et les variantes "kétiv-qéré".

Remarques et traduction:

Sur la Genèse, voir à cette page.
Sur Gn 22,1-24:
Sans doute ce chapitre manifeste-t-il dans sa plus grande profondeur à la fois le "cœur" (à cette page et aux suivantes) de Dieu et le "cœur" d'Abraham. Dieu éprouve Abraham de la manière la plus radicale en lui demandant de lui offrir en sacrifice son "fils unique", l'enfant de la promesse - tant désiré et tant attendu. Et Abraham se montre disposé à le faire, allant jusqu'au bout de son obéissance, de sa confiance/foi, de son amour pour l'Éternel - ce Dieu qui a bouleversé sa vie et qui lui a suscité un avenir.
 
Verset 1.
       ויהי אחר הדברים האלה והאלהים נסה את־אברהם ויאמר אליו אברהם ויאמר הנני׃
וַיְהִי אַחַר הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה וְהָאֱלֹהִים נִסָּה אֶת־אַבְרָהָם וַיֹּאמֶר אֵלָיו אַבְרָהָם וַיֹּאמֶר הִנֵּנִי׃
Après ces choses, Dieu mit Abraham à l'épreuve, et lui dit: "Abraham!" Et il répondit: "Me voici!"
 ויהי אחר הדברים האלה
-
Après ces choses
: Litt. "Et il arriva, après ces choses".
נסה את־אברהם
-
mit Abraham à l'épreuve
: Le verbe "
נסה
nâsâh
" signifie "tester", "essayer". Dieu ne "tente" pas l'homme comme le fait Satan, pour le faire tomber; mais il "éprouve" sa foi (voir Ex 20,20) et la réalité de son engagement envers Lui (Dt 8,2).
Mis "à l'épreuve" par Dieu, dont la demande concernant Isaac semble contredire la promesse, Abraham fait preuve de "foi" puisqu'il croit que Dieu tiendra, malgré toutes les apparences, cette promesse qui passe nécessairement par Isaac
- fût-ce au prix d'un miracle.
Verset 2.
        ויאמר קח־נא את־בנך את־יחידך אשׁר־אהבת את־יצחק ולך־לך אל־ארץ המריה והעלהו שׁם לעלה על אחד ההרים אשׁר אמר אליך׃
וַיֹּאמֶר קַח־נָא אֶת־בִּנְךָ אֶת־יְחִידְךָ אֲשֶׁר־אָהַבְתָּ אֶת־יִצְחָק וְלֶךְ־לְךָ אֶל־אֶרֶץ הַמֹּרִיָּה וְהַעֲלֵהוּ שָׁם לְעֹלָה עַל אַחַד הֶהָרִים אֲשֶׁר אֹמַר אֵלֶיךָ׃
Dieu dit: "Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac; va-t'en au pays de Moriya, et là offre-le en holocauste sur l'une des montagnes que je te dirai".
יחידך
-
ton unique
: Au sens de "seul héritier": Isaac seul est porteur des promesses faites par Dieu
(21,12; et voir 25,1-6).
ארץ המריה
-
pays de Moriya
: Région dont la colline de Moriya constitue le centre; "
מריה
Moriya", de "
יהּ
Yâh" (voir à cette page) et du verbe-racine "
ראה
râ'âh, voir" . Ce nom ne lui sera
donné qu'après cet événement (v.24:
וַיִּקְרָא אַבְרָהָם שֵׁם־הַמָּקֹום הַהוּא יְהוָה ׀ יִרְאֶה אֲשֶׁר יֵאָמֵר הַיֹּום בְּהַר יְהוָה יֵרָאֶה׃
Abraham donna à ce lieu le nom de
יהוה יראה
Adonaï yir'eh
• 
לעלה
-
en holocauste
: L'obéissance et la loyauté d'Abraham sont éprouvées jusqu'à l'extrême; en effet,
l'"holocauste" est un sacrifice au cours duquel la victime est entièrement consumée sur l'autel (au contraire des "sacrifices de communion" où une partie de la chair de la victime était brûlée, et le reste consommé par les prêtres et les fidèles dans un repas sacré). Lv décrit longuement les différents rituels de sacrifices.

(comp. 2R 16,3). Le fils premier-né devait être "consacré" à YHWH (
Ex 13,1-2;11-13; Nb 18,15-16).


Abraham conduisant son fils Isaac au Sacrifice – vers 1535 – Maître flamand anonyme, actif à Anvers de 1525 à 1550 – Musée du Louvre, Paris
L'artiste fait figurer les divers moments du récit sur ce même panneau:
- En bas, Abraham et Isaac s'apprêtent à quitter les "deuxserviteurs" (tous sont vêtus comme les contemporains de l'artiste); Abraham aide son jeune fils à se charger du bois de l'holocauste.
- Puis tous deux montent vers le lieu du sacrifice.
- Au sommet, l'ange arrête le bras d'Abraham; l'animal qui servira au sacrifice est pris dans un buisson.

Verset 3.
         וישׁכם אברהם בבקר ויחבשׁ את־חמרו ויקח את־שׁני נעריו אתו ואת יצחק בנו ויבקע עצי עלה ויקם וילך אל־המקום אשׁר־אמר־לו האלהים׃ 
וַיַּשְׁכֵּם אַבְרָהָם בַּבֹּקֶר וַיַּחֲבֹשׁ אֶת־חֲמֹרֹו וַיִּקַּח אֶת־שְׁנֵי נְעָרָיו אִתֹּו וְאֵת יִצְחָק בְּנֹו וַיְבַקַּע עֲצֵי עֹלָה וַיָּקָם וַיֵּלֶךְ אֶל־הַמָּקֹום אֲשֶׁר־אָמַר־לֹו הָאֱלֹהִים׃
Abraham se leva de bon matin, sella son âne, et prit avec lui deux serviteurs et son fils Isaac. Il fendit du bois pour l'holocauste, et partit pour aller au lieu que Dieu lui avait dit.
וישׁכם אברהם בבקר
-
Abraham se leva de bon matin
: Ici encore (voir 21,14) est soulignée la prompte obéissance d'Abraham. 

Verset 4.
         ביום השׁלישׁי וישׂא אברהם את־עיניו וירא את־המקום מרחק
בַּיֹּום הַשְּׁלִישִׁי וַיִּשָּׂא אַבְרָהָם אֶת־עֵינָיו וַיַּרְא אֶת־הַמָּקֹום מֵרָחֹק׃
Le troisième jour, Abraham, levant les yeux, vit le lieu de loin.
ביום השׁלישׁי
-
Le troisième jour
: L'endroit se trouvait à 80 km environ de Ber
-Sheva (
בּאר שׁבע
be'êr sheba‛
- voir
Verset 5.
         ויאמר אברהם אל־נעריו שׁבו־לכם פה עם־החמור ואני והנער נלכה עד־כה ונשׁתחוה ונשׁובה אליכם׃
וַיֹּאמֶר אַבְרָהָם אֶל־נְעָרָיו שְׁבוּ־לָכֶם פֹּה עִם־הַחֲמֹור וַאֲנִי וְהַנַּעַר נֵלְכָה עַד־כֹּה וְנִשְׁתַּחֲוֶה וְנָשׁוּבָה אֲלֵיכֶם׃
Et Abraham dit à ses serviteurs: "Restez ici avec l'âne; moi et le jeune homme, nous irons jusque-là pour adorer, et nous reviendrons auprès de vous". 
נעריו [...] והנער
-
ses serviteurs [...] et le jeune homme
: Le terme "
נער
na‛ar
" désigne un garçon, de la petite enfance (Ex 2,6) à l'âge de jeune homme, apte à servir dans l'armée (1Ch 12,29); par extension, il désigne également un jeune serviteur.
ונשׁובה אליכם
-
et nous reviendrons auprès de vous
: Parole destinée à ne pas attirer attention et méfiance, ou indice de la foi d'Abraham dans la promesse divine? Hé 11,19
("
καὶ ἐκ νεκρῶν ἐγείρειν δυνατὸς ὁ Θεός -
Dieu est puissant, [capable] même de ressusciter [quelqu'un] d'entre les morts
") incline vers cette seconde interprétation.
Verset 6.
          ויקח אברהם את־עצי העלה וישׂם על־יצחק בנו ויקח בידו את־האשׁ ואת־המאכלת וילכו שׁניהם יחדו׃
וַיִּקַּח אַבְרָהָם אֶת־עֲצֵי הָעֹלָה וַיָּשֶׂם עַל־יִצְחָק בְּנֹו וַיִּקַּח בְּיָדֹו אֶת־הָאֵשׁ וְאֶת־הַמַּאֲכֶלֶת וַיֵּלְכוּ שְׁנֵיהֶם יַחְדָּו׃
Abraham prit le bois pour l'holocauste, le chargea sur son fils Isaac, et porta dans sa main le feu et le couteau. Et il marchèrent tous deux ensemble.
Verset 7.
          ויאמר יצחק אל־אברהם אביו ויאמר אבי ויאמר הנני בני ויאמר הנה האשׁ והעצים ואיה השׂה לעלה׃ 
וַיֹּאמֶר יִצְחָק אֶל־אַבְרָהָם אָבִיו וַיֹּאמֶר אָבִי וַיֹּאמֶר הִנֶּנִּי בְנִי וַיֹּאמֶר הִנֵּה הָאֵשׁ וְהָעֵצִים וְאַיֵּה הַשֶּׂה לְעֹלָה׃
Alors Isaac, parlant à Abraham, son père, dit: "Mon père!" Et il répondit: "Me voici, mon fils!" Isaac reprit: "Voici le feu et le bois; mais où est l'agneau pour l'holocauste?"
Verset 8.
           ויאמר אברהם אלהים יראה־לו השׂה לעלה בני וילכו שׁניהם יחדו׃ 
וַיֹּאמֶר אַבְרָהָם אֱלֹהִים יִרְאֶה־לֹּו הַשֶּׂה לְעֹלָה בְּנִי וַיֵּלְכוּ שְׁנֵיהֶם יַחְדָּו׃
Abraham répondit: "Mon fils, Dieu se pourvoira lui-même de l'agneau pour l'holocauste". Et ils marchèrent tous deux ensemble.
Verset 9.
            ויבאו אל־המקום אשׁר אמר־לו האלהים ויבן שׁם אברהם את־המזבח ויערך את־העצים ויעקד את־יצחק בנו וישׂם אתו על־המזבח ממעל לעצים׃ 
וַיָּבֹאוּ אֶל־הַמָּקֹום אֲשֶׁר אָמַר־לֹו הָאֱלֹהִים וַיִּבֶן שָׁם אַבְרָהָם אֶת־הַמִּזְבֵּחַ וַיַּעֲרֹךְ אֶת־הָעֵצִים וַיַּעֲקֹד אֶת־יִצְחָק בְּנֹו וַיָּשֶׂם אֹתֹו עַל־הַמִּזְבֵּחַ מִמַּעַל לָעֵצִים׃
Lorsqu'ils furent arrivés au lieu que Dieu lui avait dit, Abraham y éleva un autel, et rangea le bois. Il lia son fils Isaac, et le mit sur l'autel, par-dessus le bois.
Verset 10.
             וישׁלח אברהם את־ידו ויקח את־המאכלת לשׁחט את־בנו׃
וַיִּשְׁלַח אַבְרָהָם אֶת־יָדֹו וַיִּקַּח אֶת־הַמַּאֲכֶלֶת לִשְׁחֹט אֶת־בְּנֹו׃
Puis Abraham étendit la main, et prit le couteau, pour égorger son fils.

Verset 11.
             ויקרא אליו מלאך יהוה מן־השׁמים ויאמר אברהם אברהם ויאמר הנני׃
וַיִּקְרָא אֵלָיו מַלְאַךְ יְהוָה מִן־הַשָּׁמַיִם וַיֹּאמֶר אַבְרָהָם ׀ אַבְרָהָם וַיֹּאמֶר הִנֵּנִי׃
Alors l'ange de YHWH-l'Éternel l'appela des cieux, et dit: "Abraham! Abraham!" Et il répondit: "Me voici!" 

מלאך יהוה
-
l'ange de YHWH
: Figure énigmatique qu'on rencontre à plusieurs
reprises dans la TaNaKh
.
Verset 12.
              ויאמר אל־תשׁלח ידך אל־הנער ואל־תעשׂ לו מאומה כי עתה ידעתי כי־ירא אלהים אתה ולא חשׂכת את־בנך את־יחידך ממני׃
וַיֹּאמֶר אַל־תִּשְׁלַח יָדְךָ אֶל־הַנַּעַר וְאַל־תַּעַשׂ לֹו מְאוּמָּה כִּי ׀ עַתָּה יָדַעְתִּי כִּי־יְרֵא אֱלֹהִים אַתָּה וְלֹא חָשַׂכְתָּ אֶת־בִּנְךָ אֶת־יְחִידְךָ מִמֶּנִּי׃
L'ange dit: "N'avance pas ta main sur l'enfant, et ne lui fais rien; car je sais maintenant que tu crains Dieu, et que tu ne m'as pas refusé ton fils, ton unique".

ירא אלהים אתה
-
tu crains Dieu
: Cette expression conventionnelle équivaut à peu près à "tu as la vraie foi"; faut-il en effet rappeler que le peuple "craint Dieu" comme un enfant "craint" son père (il le respecte et il l'aime - et il sait surtout qu'il en est aimé, c'est pourquoi il lui fait pleinement confiance)?La locution "crainte de Dieu" désigne en outre la vénération, la profonde révérence, l'extrême respect que l'on doit à YHWH, ce qui entraîne la reconnaissance de son autorité et l'observance de ses commandements; c'est donc le gage d'une vie droite.

Verset 13.
              וישׂא אברהם את־עיניו וירא והנה־איל אחר נאחז בסבך בקרניו וילך אברהם ויקח את־האיל ויעלהו לעלה תחת בנו׃
וַיִּשָּׂא אַבְרָהָם אֶת־עֵינָיו וַיַּרְא וְהִנֵּה־אַיִל אַחַר נֶאֱחַז בַּסְּבַךְ בְּקַרְנָיו וַיֵּלֶךְ אַבְרָהָם וַיִּקַּח אֶת־הָאַיִל וַיַּעֲלֵהוּ לְעֹלָה תַּחַת בְּנֹו׃
Et Abraham leva ses yeux, et vit, et voici: il y avait derrière lui un bélier retenu à un buisson par les cornes; et Abraham alla, et prit le bélier, et l'offrit en holocauste à la place de son fils.

אחר
-
derrière lui
: Certains manuscrits (dont le Pentateuque samaritain et la version syriaque) ne comportent que "dans un buisson" comme indication de lieu.
תחת בנו
-
à la place de son fils
: Qu'un sacrifice ait dû, malgré tout, être offert pour qu'Isaac fût épargné suggère que le but poursuivi par YHWH comportait plus qu'une simple mise à l'épreuve de l'obéissance d'Abraham.

Peut-être l'Éternel voulait-il signifier à Abraham qu'Isaac - en tant que pécheur, donc indigne d'hériter de la promesse -
devait mourir. Et, en pourvoyant à un sacrifice qui se substitue à Isaac, l'Éternel annoncerait en outre qu'un jour quelqu'un,
le Messie,
se substituera aux héritiers de la promesse pour payer pour leurs fautes. La lecture chrétienne de cette séquence et l'iconographie la représentant font ainsi du sacrifice du bélier la préfiguration de celui de Jésus: 


L’histoire d’Abraham - 1425-52 – Lorenzo Ghiberti (Florence, 1378-1455) -
Baptistère, Florence

Chacun des panneaux des « Portes du Paradis » présente plusieurs épisodes d’un même récit biblique, le Premier Testament préfigurant le Nouveau; ainsi,
- la « ligature d’Isaac » apparaît à l’arrière-plan comme une préfiguration du sacrifice du Christ et de sa résurrection,
- les trois « anges » est révélation de la Trinité (voir les icônes de la Trinité/l'hospitalité d'Abraham à cette page),
- le repas préparé par Sarah prophétise l’institution de l’Eucharistie.

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