Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven


Premier dimanche après la Pentecôte; retour au Temps Ordinaire



La Sainte Trinité
(Années C)



<- La Sainte Trinité ou le Trône du Salut (1433-35) - Le Maître de Flémalle - L'Hermitage, Saint-Petersbourg.

On remarquera, sur les "accoudoirs" du trône, les "Quatre Vivants" de l'Apocalypse (ou les symboles des quatre évangélistes)
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Première Lecture - Pr 8,22-31
Psaume - Ps 8,4-9 (antienne:2/10)
Deuxième Lecture - Rm 5,1-5
Evangile - Jn 16,12-15
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On chercherait en vain, dans les Écritures, une démonstration rationnelle de l'existence de Dieu, ou la justification intellectuelle de ses attributs: la Bible ne démontre pas, elle montre comment Dieu s'est révélé.
Il a créé l'univers, les êtres vivants, l'homme et la femme "à son image et ressemblance".
Il conduit l'histoire humaine: une lignée ininterrompue de croyants, tout un peuple, en ont fait l'expérience au cours des siècles traversés d'heurs et de malheurs sans nombre.
Il a fait connaître son dessein de salut, et la manière d'y avoir part.
En tout cela, il a manifesté son infinie sagesse.

Jésus se situe dans cette tradition. Il parle du "אלהי אברהם יצחק ויעקב - Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob", mais en l'appelant "ܐܒܐ - Père". Il a aussi déclaré "Tout ce qui appartient au Père est à moi". Il se pose ainsi comme son égal; ses auditeurs l'ont bien compris, puisque certains ont jugé inadmissibles et blasphématoires de tels propos.
Enfin, au moment de quitter visiblement ce monde, il a promis d'envoyer à ses disciples "l'Esprit de vérité" pour leur rappeler son enseignement et les conduire "vers la vérité tout entière", en leur faisant connaître des "choses" qui expliciteraient la révélation déjà reçue.

Le Dieu de Jésus Christ, celui des chrétiens, comme celui Pères dont parle la Bible, est un Dieu qui agit et non une abstraction.
Tout vient du Père, par le Fils et dans l'Esprit,
et tout remonte au Père par le Fils et dans l'Esprit.

Tel est Dieu, révélé par l'économie, la dynamique du salut; la solennité de la Sainte Trinité le rappelle, et invite à entrer résolument dans ce vaste échange instauré entre Dieu et la terre des hommes.

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Les Textes  

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• Première Lecture :  

• Pr 8,22-31.

Pour évoquer l'indicible transcendance de la sagesse divine, l'auteur du Livre des Proverbes personnifie cet attribut, sans pour autant déroger au strict monothéisme biblique.
Comme d'autres appartenant au même genre littéraire ("littérature sapientiale"), qu'on trouve dans de nombreuses civilisations (voir l'introduction aux משׁלי, à cette page), ce livre est sujet à des interprétations très diverses.

Sur ce texte:
Sur le Livre des Proverbes, les משׁלי, voir à cette page.
Contexte:
- Prologue: 1,1-7
- Discours sur la sagesse: 1,8 - 9,18
- Proverbes de Salomon: 10,1 - 22,16
- Paroles des sages: 22,17 - 24,22
- Deuxième collection de paroles des sages: 24,23-34
- Deuxième collection de proverbes de Salomon: 25 - 29
- Paroles d'Agour: 30
- Paroles du roi Lemouel: 31,1-9
- Poème de la femme vaillante: 31,10-31.
Sur 8,22-31:
Ces versets forment un poème célébrant le rôle éminent de la Sagesse dans l'œuvre divine de création (comp. 3,19-20). Comme dans les vv. précédents (1-21) et suivants (32-36), et au même titre que Dame Folie, la Sagesse est personnifiée. Elle l'est sous les traits d'un auxiliaire de Dieu, son "maître d'œuvre" (v.30). L'auteur veut à nouveau recommander la sagesse, en soulignant ainsi ce que Dieu a réalisé grâce à elle.
Sous une apparence de simplicité, voire d'évidence, ce passage présente de très grandes difficultés de traduction (des verbes en particulier), risquant d'entraîner de véritables contre-sens, non seulement sémantiques mais, ce qui est plus grave, théologiques; or la traduction liturgique non seulement ne lève pas les ambiguïtés en les explicitant, mais parfois même les accentue... Il est donc capital ici de s'attacher au sens précis de chaque mot, et à son contexte théologique.


Traduction et notes:

Verset 22.
       יהוה קנני ראשׁית דרכו קדם מפעליו מאז׃
YHWH-l'Éternel me possédait, première de ses œuvres,
Avant ses œuvres les plus anciennes.
קנני - me possédait: C'est le même verbe, קנה qânâh, qu'en 4,5;7.
Certains avancent: "m'a établie", "m'a acquise", "m'a engendrée" (comp. v.24).
La traduction "m'a créée" (ou "m'a faite pour lui", trad. liturgique) est inadaptée théologiquement, car la sagesse est un attribut que Dieu possède de tout temps, de toute éternité.
Beaucoup d'exégètes pensent que ce passage se situe à l'arrière-plan de plusieurs déclarations du NT au sujet du Christ, qualifié de "Sagesse de Dieu" (1Co 1,24;30; 2,3) qui a joué un rôle actif dans la création (Jn 1,1-3; Col 1,16).

Verset 23.
       מעולם נסכתי מראשׁ מקדמי־ארץ׃
J'ai été établie depuis l'éternité,
Dès le commencement, avant l'origine de la terre.
נסכתי - J'ai été établie: Dans le sens d' "être établi officiellement dans une fonction" (comp. Ps 2,6, qui fait référence au sacre du roi davidique). La Sagesse est donc antérieure à la création.

Versets 24-25.
       באין־תהמות חוללתי באין מעינות נכבדי־מים׃
Je fus enfantée quand il n'y avait point d'abîmes,
Point de sources chargées d'eaux;
בטרם הרים הטבעו לפני גבעות חוללתי׃
Avant que les montagnes soient affermies, 
Avant que les collines existent, je fus enfantée;
חוללתי - Je fus enfantée: Il serait absurde de comprendre par ce verbe    
חוּל kh'ûl que la sagesse de Dieu n'a pas toujours existé.
Certains pensent que l'on a là la métaphore de la naissance d'un prince héritier.
L'expression souligne surtout le fait que Dieu est la source de la sagesse, elle existe en lui et comme lui de toute éternité, avant de se manifester dans la création où elle est mise en œuvre, et avant d'être communiquée aux hommes.

Verset 26.
       עד־לא עשׂה ארץ וחוצות וראשׁ עפרות תבל׃
Il n'avait encore fait ni la terre, ni les campagnes, 
Ni la première poussière du monde.
• וראשׁ עפרות תבל - Ni la première poussière du monde: C'est-à-dire les premiers éléments constitutifs de notre monde (on pourrait dire "les atomes").

Verset 27.
       בהכינו שׁמים שׁם אני בחוקו חוג על־פני תהום׃
Lorsqu'il disposa les cieux, j'étais là;
Lorsqu'il traça un cercle à la surface de l'abîme,
בחוקו חוג על־פני תהום - Lorsqu'il traça un cercle à la surface de l'abîme: Allusion aux limites imposées par le Créateur aux eaux (Gn 1,6-10).
Si le monde habité est issu de l'eau (voir Ps 24,2; 2P 3,5), celle-ci - et particulièrement la mer - est ressentie comme un danger (vv.28-29) dans tout la Proche-Orient ancien (voir cette page, et celles qui la suivent, sur les cosmogonies proche-orientales). Cet acte de puissance du Créateur est magnifié à plusieurs reprises dans la TaNaKh (par ex. en Ps 104,6-9; Jr 5,22; etc.)

Verset 28.
       באמצו שׁחקים ממעל בעזוז עינות תהום׃ 
Lorsqu'il fixa les nuages en haut,
Et que les sources de l'abîme jaillirent avec force,

Verset 29.
     בשׂומו לים חקו ומים לא יעברו־פיו בחוקו מוסדי ארץ׃
Lorsqu'il donna une limite à la mer,
Pour que les eaux n'en franchissent pas les bords,
Lorsqu'il posa les fondements de la terre,

Verset 30.
       ואהיה אצלו אמון ואהיה שׁעשׁעים יום יום משׂחקת לפניו בכל־עת׃ 
J'étais à l'œuvre auprès de lui,
Et je faisais tous les jours ses délices,
Jouant sans cesse en sa présence,
אמון - à l'œuvre: De אמן 'âman qui signifie "ériger, construire, élever"; le אמון 'âmôn est ici le maître d'œuvre, l'architecte, celui qui conçoit les plans. Le rôle actif de la Sagesse est ainsi souligné.
Certaines traductions (Darby, Martin) donnent "son nourrisson", "son enfant chéri", s'appuyant sur le sens d' "élever un enfant" pour le verbe אמן; dans ce cas, ce n'est pas la coopération de la Sagesse à l'œuvre divine qui est soulignée, mais plutôt sa joie à la vue d'une telle merveille. La suite de ce verset et le v.31 semblent favoriser cette seconde traduction.
Mais ceux qui précèdent, et le contexte biblique général (le rôle dévolu à la Sagesse) soutiennent la première interprétation. 

Verset 31.
       משׂחקת בתבל ארצו ושׁעשׁעי את־בני אדם׃
Jouant sur le globe de sa terre,
Et trouvant mon bonheur parmi les fils de l'homme.
ושׁעשׁעי את־בני אדם - Et trouvant mon bonheur parmi les fils de l'homme: Parce qu'ils constituent le chef d'œuvre de la création (Gn 1,26-28).

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• Psaume :  

• Ps 8,4-9; antienne:2a/10.

Au cœur de la création, l'homme découvre sa grandeur divine.

Sur ce psaume:
Hymne au Dieu Créateur et Seigneur, adoré par l'homme en raison de la place de choix qui lui a été attribué dans l'immense création.
Il a pour suscription:
למנצח על־הגתית מזמור לדוד׃
Au chef des chantres. Sur la "גתית". Psaume de David.
Le mot גתית gittîyth est le féminin de גּתּי gittîy, qui désigne un habitant de Gath; on pense que la גתית est une harpe (ou un autre instrument de musique) originaire de cette ville de Philistie.
Mais comme le mot גּת gath désigne aussi un pressoir, certains pensent qu'il s'agirait d'un chant de vendange et de pressoir.
On retrouve ce même mot en Ps 81,1 et 84,1.

Traduction et notes:

Versets 2a et 10.
       יהוה אדנינו מה־אדיר שׁמך בכל־הארץ׃
YHWH-Éternel, notre Seigneur!
Que ton nom est magnifique sur toute la terre!
Ces paroles sont reprises dans le dernier verset du psaume, selon le principe de l'inclusion, pour souligner que l'objet de cet hymne est de rendre gloire à YHWH.

Verset 4.
     כי־אראה שׁמיך מעשׂי אצבעתיך ירח וכוכבים אשׁר כוננתה׃
Quand je contemple les cieux, ouvrage de tes mains,
La lune et les étoiles que tu as créées:

Verset 5.
       מה־אנושׁ כי־תזכרנו ובן־אדם כי תפקדנו׃
Qu'est-ce que l'homme, pour que tu te souviennes de lui?
Et le fils de l'homme, pour que tu prennes garde à lui?
מה־אנושׁ - Qu'est-ce que l'homme: Littéralement, אנושׁ 'ĕnôsh désigne un mortel. Jb 7,17-18 pose la même question; mais si le psalmiste s'émerveille de l'attention que Dieu porte à l'homme, Job voit cette attention de manière négative, comme si Dieu épiait l'homme, cherchant toujours à le prendre en faute.

Verset 6.
       ותחסרהו מעט מאלהים וכבוד והדר תעטרהו׃
Tu l'as fait de peu inférieur à אלהים,
Et tu l'as couronné de gloire et de magnificence.
ותחסרהו מעט מאלהים - Tu l'as fait de peu inférieur à אלהים: Le terme אלהים'ĕlôhîym peut désigner Dieu ou des êtres célestes (voir "אלהים-Elohim" à la page "Les noms de Dieu"). LXX traduit מאלהים par "παρ᾿ ἀγγέλους" et Vulgate "ab angelis" - donc "aux anges".
On trouve cette ambiguïté en Gn 1,26-27, où, en outre, Dieu-Elohim parle au pluriel ("Faisons..."); certains ont pensé que Dieu s'adressait à sa cour céleste au moment de réaliser son œuvre suprême (l'homme) - mais le texte ne mentionne pas d'anges; plus vraisemblablement, il s'agit d'un pluriel d'auto-délibération (comp. 2S 24,14; Ct 1,11), ou encore Dieu s'adresse à son Esprit à l'œuvre dans la création (Gn 1,2).

Verset 7.
        תמשׁילהו במעשׂי ידיך כל שׁתה תחת־רגליו׃
Tu lui as donné la domination sur les œuvres de tes mains,
Tu as tout mis sous ses pieds,
Voir Gn 1,28: représentant et ambassadeur de Dieu sur terre, l'homme reçoit la gérance de ce monde (voir ci-dessous, vv.8-9). La culture, la science, la technologie sont des expression de cette souveraineté de l'homme sur la terre - pour autant qu'elles n'aboutissent pas à la détérioration (pollution), à l'asservissement et à la destruction de la nature, à plus forte raison des autres hommes.

Verset 8.
         צנה ואלפים כלם וגם בהמות שׂדי׃
Les brebis comme les bœufs,
Et les animaux des champs,

Verset 9.
        צפור שׁמים ודגי הים עבר ארחות ימים׃ 
Les oiseaux du ciel et les poissons de la mer,
Tout ce qui parcourt les sentiers des mers.

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• Deuxième Lecture :  

• Rm 5,1-5.

Le salut est un don de Dieu obtenu non par les œuvres, mais par la foi au Christ et grâce à la présence  de l'Esprit en nous.
L'intervention des Personnes divines dans l'économie du salut se trouve ici énoncée de manière explicite: tout bien vient du Père, par le Fils, dans l'Esprit - gage de l'amour de Dieu dans le cœur des croyants.

Sur ce texte:
Sur Saint Paul, les épîtres, et l'épître aux Romains, voir à cette page.
Plan de l'épître:
1.Partie doctrinale:
1.1.Adresse; introduction; l'Évangile, les Juifs et les Goïm: 1,1-17.
1.2.Les Juifs et les Goïm, coupables devant Dieu: 1,18 - 3,20.
1.3.Le salut par la foi en Jésus Christ, pour les Juifs et les Goïm: 3,21 - 4,25.
1.4.La vie nouvelle dans le Christ, sans la Loi mais par l'Esprit: 5,1 - 8,38.
1.5.Le projet divin pour les Juifs et les Goïm: 9,1 - 11,39.
2. Partie parénétique:
2.1.Vivre l'unité dans l'amour: 12,1 - 15,13.
2.2.Projets; salutations: 15,14 - 16,27.
Sur Rm 5,1-11:
Après avoir montré, au moyen de deux vérités fondamentales, ce qui unit les croyants de toute origine (leur état commun de pécheurs, et leur unique et commun moyen de salut), Paul débute ici une nouvelle étape de sa réflexion qui s'étendra jusqu'en 8,39: les croyants d'origine juive et non-juive (voir cette page) sont unis dans une vie commune par l'Esprit et par une même espérance. En effet, étant en règle aux yeux de Dieu par la foi, les croyants ont la Paix avec Dieu par le Christ: ils ne sont plus sous la colère divine et peuvent se réjouir de l'espérance de la gloire de Dieu - dont la certitude est nourrie par l'Amour divin que l'Esprit Saint met en eux. La démonstration de la réalité de cet amour a été la mort de Jésus pour les hommes, alors qu'ils étaient encore pécheurs. Désormais justifiés, les croyants seront sauvés de la colère divine.

Traduction et notes:

Verset 1.
Δικαιωθέντες οὖν ἐκ πίστεως εἰρήνην ἔχομεν πρὸς τὸν Θεὸν διὰ τοῦ Κυρίου ἡμῶν ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ, 
Étant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ,
οὖν - donc: Paul entame ici une nouvelle étape de sa démonstration (voir ci-dessus). 
Les chap. 5-8 constituent une unité comme le montre - entre autres - l'introduction dans les vv. suivants des thèmes de l'espérance, de la souffrance, de la gloire, de la vie et de l'Esprit, thèmes que développeront ces chapitres.
On remarquera, également, dans ces chap. l'abandon quasi-total des mots "foi" et "croire" (33 occurrences dans les chap. 1-4; 3 occurrences dans les chap.5-8).
On notera encore une reprise (en 8,18-39) des données de 5,1-11.
Δικαιωθέντες - Étant justifiés: Voir 1,17.
εἰρήνην - la paix: Il ne s'agit pas du sentiment de paix, mais d'une situation objective devant Dieu. Les croyants ne sont plus sous la colère de Dieu (vv.9-10).
ἔχομεν - nous avons: Certains manuscrits (Codex Sinaiticus par ex.)
donnent "εἰρήνην ἔχωμεν - ayons la paix" ->

Verset 2.
δι᾿ οὗ καὶ τὴν προσαγωγὴν ἐσχήκαμεν τῇ πίστει εἰς τὴν χάριν ταύτην ἐν ᾗ ἑστήκαμεν, καὶ καυχώμεθα ἐπ᾿ ἐλπίδι τῆς δόξης τοῦ Θεοῦ.
à qui nous devons d'avoir eu par la foi accès à cette grâce, dans laquelle nous demeurons fermes, et nous nous glorifions dans l'espérance de la gloire de Dieu.
τῇ πίστει - par la foi: Cette expression est absente de certains manuscrits, comme l'indiquent Wescott-Hort/Nestlé-Aland; elle est présente dans Codex Sinaiticus.
τῆς δόξης τοῦ Θεου - de la gloire de Dieu: On retrouve ici le thème de la gloire, déjà abordé au chap.1, et qui sera repris en 8,28-39.

Versets 3-4.
οὐ μόνον δέ, ἀλλὰ καὶ καυχώμεθα ἐν ταῖς θλίψεσιν, εἰδότες ὅτι ἡ θλῖψις ὑπομονὴν κατεργάζεται,
Bien plus, nous nous glorifions même des afflictions, sachant que l'affliction produit la persévérance,
ἡ δὲ ὑπομονὴ δοκιμήν, ἡ δὲ δοκιμὴ ἐλπίδα,
la persévérance [produit] la victoire dans l'épreuve, et cette victoire [produit] l'espérance.
καυχώμεθα ἐν ταῖς θλίψεσιν - nous nous glorifions des afflictions: Non parce que la souffrance serait bonne en soi, mais à cause des fruits que le croyant peut en tirer (voir 1P 1,6-7; Jc1,2-4): la persévérance, le dépassement des difficultés, et l'espérance.

Verset 5.
ἡ δὲ ἐλπὶς οὐ καταισχύνει, ὅτι ἡ ἀγάπη τοῦ Θεοῦ ἐκκέχυται ἐν ταῖς καρδίαις ἡμῶν διὰ Πνεύματος ῾Αγίου τοῦ δοθέντος ἡμῖν.
Or l'espérance ne trompe point, parce que l'amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous a été donné.
διὰ Πνεύματος ῾Αγίου - par le Saint Esprit: Première mention de l'œuvre de l'Esprit et de l'amour de Dieu dans Rm.
τοῦ δοθέντος ἡμῖν - qui nous a été donné: l'espérance du chrétien se fonde sur l'amour de Dieu, démontré objectivement par la mort du Christ (v.6sqq, voir aussi 8,35;39).
Dans l'expression "ἡ ἀγάπη τοῦ Θεοῦ - l'amour de Dieu", il s'agit donc bien, comme le montrent les vv.6-8, de l'amour de Dieu pour nous (valeur subjective du génitif "τοῦ Θεοῦ": "l'amour que Dieu éprouve": "Dieu" est le sujet, celui qui pose l'acte d'amour) - et non, comme le comprennent certains, de notre amour pour Dieu (valeur objective du génitif: "l'amour que nous éprouvons pour Dieu": "Dieu" serait alors objet d'amour).
L'Esprit est donné à tous les croyants comme conséquence de leur justification; c'est par lui que l'amour de Dieu est répandu en eux.

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• Evangile :  

• Jn 16,12-15.

Jésus a fait connaître le Père; mais le mystère de Dieu est insondable: le Fils de Dieu fait homme ne l'a pas révélé complètement.
Par ailleurs, cette révélation est connue non seulement par des écrits, à scruter sans cesse, mais aussi par la tradition vivante.
C'est le rôle de l'Esprit de conduire vers la connaissance et l'approfondissement de la vérité "tout entière", appréhendée par le cœur qui va au-delà de ce que peut saisir l'intelligence.

Sur ce texte:
Sur l'Évangile selon saint Jean, voir à cette page.
Sur Jn 16,5-33:
Plusieurs des thèmes évoqués précédemment se retrouvent dans ce passage: le départ et le retour de Jésus, l'opposition entre la communauté des disciples et le monde, la parole et l'Esprit, l'inquiétude et le réconfort, etc.
L'œuvre de l'Esprit occupe à nouveau une place importante (il est étroitement associé à la parole du Christ), de même que la prière (adressée au Père au nom du Fils). C'est en effet l'Esprit (14,15-27; 16,5-16) qui est la sève qui - par la Parole de vérité - fait passer la vie du cep aux sarment, et leur donne de porter du fruit (15,1-17).
C'est pourquoi cette section insiste sur les nouveautés de l'heure qui vient (16,25) et qu'introduiront la mort et la résurrection du Christ:
- la présence du Saint Esprit (16,7-14);
- la joie (16,20-24);
- l'exaucement des prières (16,23-24);
- le jugement du dominateur de ce monde (16,11);
- la défaite du monde (16,33).
Ainsi, dans le procès que l'Esprit mène contre le monde, le Fils verra sa cause triompher (16,8-11). Cependant la souffrance de la période de la Passion ne disparaîtra pas avec la Résurrection (16,22;33).

Traduction et notes:

Verset 12.
 ῎Ετι πολλὰ ἔχω λέγειν ὑμῖν, ἀλλ᾿ οὐ δύνασθε βαστάζειν ἄρτι·
J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant.

Verset 13.
ὅταν δὲ ἔλθῃ ἐκεῖνος, τὸ Πνεῦμα τῆς ἀληθείας, ὁδηγήσει ὑμᾶς εἰς πᾶσαν τὴν ἀλήθειαν· οὐ γὰρ λαλήσει ἀφ᾿ ἑαυτοῦ, ἀλλ᾿ ὅσα ἂν ἀκούσει λαλήσει, καὶ τὰ ἐρχόμενα ἀναγγελεῖ ὑμῖν.
Quand il sera venu, l'Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité; car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu'il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir.
οὐ [...] ἀφ᾿ ἑαυτοῦ - pas de lui-même: Voir 14,26.
τὰ ἐρχόμενα - les choses à venir: L'Esprit est un "autre" Jésus (voir vv.14;16). La "vérité" qu'il enseignera sera celle que Jésus a enseignée ou s'inscrira dans son prolongement. C'est lui qui dira ce que Jésus lui-même n'a pu dire - car ses paroles auraient été trop lourdes à porter (v.12). Ainsi, de même que Jésus n'a pas parlé de lui-même mais a dit ce qui lui venait de son Père, l'Esprit "ne parlera pas non plus de lui-même". Ce v. souligne l'œuvre d'inspiration qu'il accomplira dans les apôtres pour la rédaction des écrits normatifs de la nouvelle alliance (le NT).
 
Verset 14.
ἐκεῖνος ἐμὲ δοξάσει, ὅτι ἐκ τοῦ ἐμοῦ λήψεται καὶ ἀναγγελεῖ ὑμῖν.
Il me glorifiera, parce qu'il prendra de ce qui est à moi, et vous l'annoncera.

Verset 15.
πάντα ὅσα ἔχει ὁ πατὴρ ἐμά ἐστι· διὰ τοῦτο εἶπον ὅτι ἐκ τοῦ ἐμοῦ λήψεται καὶ ἀναγγελεῖ ὑμῖν.
Tout ce que le Père a est à moi; c'est pourquoi j'ai dit qu'il prend de ce qui est à moi, et qu'il vous l'annoncera.
ἐμά - à moi: Les liens les plus étroits unissent le Père, le Fils et l'Esprit: tout ce qui est à l'un est aux autres.

Méditation:

- Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l'Église:
Poème « Chant de l'âme qui connaît Dieu par la foi » 

Je sais une source qui jaillit et s'écoule,
Mais c'est au profond de la nuit.

Cette source éternelle, elle reste cachée ;
Mais je n'ignore pas d'où elle prend naissance,
Et c'est au profond de la nuit [...]

Je sais, à vrai dire, qu'elle est sans origine,
Tout en elle pourtant plonge sa racine,
Mais c'est au profond de la nuit.

Jamais il ne sera de beauté qui l'égale,
Le ciel, l'univers vont s'y désaltérer,
Mais c'est au profond de la nuit.

Elle est, je le sais bien, tout à fait insondable,
Et, je le sais aussi, elle n'est pas guéable,
Pas même au profond de la nuit.

Jamais son bel éclat ne pourra s'obscurcir ;
Toute lumière aussi d'elle seule jaillit,
Mais c'est au profond de la nuit.

Je sais bien que ses flots sans cesse débordants
Arrosent l'abîme, la terre et tous les peuples,
Mais c'est au profond de la nuit.

Or il est un courant qui naît de cette source,
Aussi large et puissant que la source elle-même,
Mais c'est au profond de la nuit.

Des deux premiers courants, un troisième procède ;
Il n'est pas mois ancien que ceux qui l'ont produit,
Mais c'est au profond de la nuit.

Je sais que tous les trois sont une seule eau vive,
Et que l'un de l'autre vont dérivant sans cesse,
Mais c'est au profond de la nuit.

Cette source éternelle est toute rassemblée
En notre pain vivant pour nous donner la vie,
Mais c'est au profond de la vie [...]

Cette source d'eau vive, objet de mes désirs,
En ce vrai pain de vie je la vois, la contemple,
Mais c'est au profond de la nuit.

D'autres textes pour méditer: Voir à cette page.
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Étude d'icônes typologiques.

Conformément à l'interprétation des Pères de l'Église, l'art paléochrétien et byzantin voit dans les trois pèlerins apparus à Abraham près du chêne de Mambré une image de la Sainte Trinité.

Appellations:
- l'hospitalité d'Abraham (Philoxenia)
- la Trinité de l'Ancien Testament
- la Trinité angélique
- la Trinité.


Fête:
Mobile; ou, selon les Églises, le lundi après la Pentecôte byzantine, ou le premier dimanche après la Pentecôte latine.

Sources:
- Gn 18,1-15

Iconographie:
- trois anges à une table, servis par Abraham et Sarah
- un serviteur sacrifie un chevreau
- à l'arrière-plan, le chêne de Mambré, une maison ou une tente, une montagne.

<- La Trinité de l'Ancien Testament - Russie, XVIème s. - Galerie Tretiakov, Moscou.
Malgré son intitulé, cette icône représente bien l'hospitalité d'Abraham, lequel figure au premier plan; il apporte aux "pèlerins-anges" un flacon de vin,  tout comme Sarah; figure également au premier plan un serviteur sacrifiant un agneau - annonce de la ligature d'Isaac et de la Passion.
Les invités, qui ont chacun une coupe et un couteau, symboles du sacrifice, font le geste de bénédiction. Ils sont d'une taille imposante par rapport aux autres personnages.
Derrière l'ange central, le chêne de Mambré.


La Sainte Trinité - Russie, 1690-1710 ->
Ikonenmuseum, Recklinghausen.
Les trois "anges" (porteurs de sceptres, signes de leur puissance) sont assis autour d'une table garnie avec profusion: on peut y voir trois coupes, des couteaux, une cruche, des petits pains, et d'autres objets.
La tente d'Abraham est remplacée ici par une ville colorée et riche en détails; au centre, le chêne de Mambré; à droite, les trois sommets d'une montagne, au flanc desquels poussent aussi d'autres arbres, stylisés.
Si l'icône est intitulée "La Sainte Trinité", à l'arrière-plan figurent Abraham et Sarah, auréolés et désignés par leurs noms.


Théologie et histoire de l'icône:
Les trois pèlerins qui "au plus chaud de la journée" visitent Abraham à Mambré, petit village de Mésopotamie célèbre pour sa chênaie, se révèlent être des anges messagers de Dieu.
Dans l'iconographie, les majestueuses figures aux ailes déployées prennent de plus en plus d'importance par rapport à Abraham et Sarah, qui les servent. La table de l'hospitalité d'Abraham se transforme en l'autel de la sainte réunion des trois personnes de la Trinité.
De Byzance, ce sujet passe en Russie: dans le monastère fondé par saint Serge de Radonège (l'adorateur de la Trinité, mort en 1391), le moine iconographe Andreï Roublev, guidé par le bienheureux Nikon, successeur du fondateur, traduit vers 1410-11 la vision de saint Serge en une icône de la Trinité qui est un extraordinaire chef d'œuvre d'équilibre et de beauté, où s'unissent spirituellement art et théologie.
Andreï Roublev - La Trinité de l'Ancien Testament - 1410-1411 - Galerie Tretiakov, Moscou.
Les trois Personnes de la Sainte Trinité sont présentées dans l'ordre du Credo et tiennent des baguettes, symbole de leur puissance:
- Au Temple, à gauche, correspond le Père, mystérieux et inconnaissable dans son manteau couleur lilas, sous lequel on entrevoit la robe bleue, qui symbolise la partie du Ciel visible par l'homme.
- Au chêne de Mambré (symbole de l'arbre de Vie), qui semble plonger ses racines dans le calice par la main du personnage central, correspond le Fils avec sa robe pourpre à bande d'or; le gonflement de la manche symbolise le sacrifice à venir, et le magnifique drapé du manteau bleu lapis-lazuli figure la plénitude de la Vie.
- À la montagne correspond l'Esprit, vêtu d'un manteau vert. Certains croient reconnaître le Fils dans cette figure, en raison de son attitude d'obéissance.
Pourtant, les contours internes des silhouettes des deux anges latéraux forment le profil d'un calice qui contient le personnage central, l'identifiant donc bien au Fils "livré pour nous".
Les contours des trônes et des marchepieds forment un octogone (forme des fonts baptismaux), tandis que les trois figures s'inscrivent dans un cercle: ainsi la composition - hautement symbolique au plan théologique - est également parfaite du point de vue géométrique.

Au concile des Cent Chapitres, réuni à Moscou en 1551, l'Église orthodoxe déclare cette icône "modèle unique et indépassable" auquel tout iconographe doit se référer pour représenter le mystère trinitaire: Abraham voit trois personnes et adore une unité ("Tres vidit, unum adoravit"): Gn 18,2-3.


Texte:
"La divinité que je contemple dans le Père est la même dans le Fils, et celle que je vois dans le Saint Esprit est la même aussi dans le Fils; c'est pourquoi il y a de notre part adoration et louange uniques" (Saint Basile le Grand).


<- L'hospitalité d'Abraham - XVème s.- Musée byzantin, Athènes.
L'inscription entre les deux chênes de Mambré indique: "La révélation de la Trinité source de vie dans la tente d'Abraham".
L'ange central occupe ici une position nettement dominante. La couleur noire de son manteau (comme celle des robes des deux autres anges, néanmoins davantage éclairés de blanc) symbolise le caractère inconnaissable de Dieu.
Abraham et Sarah s'inclinent vers les anges en signe d'humilité; Sarah les sert les mains recouvertes de son manteau en signe de respect.
La table est richement servie, notamment avec des pains, une tête d'agneau dans le plat, et des plantes ressemblant à des raves.
La facture de cette icône est caractéristique du style de l'école crétoise, qui s'inspire de celui de l'époque des Paléologue. 




La Trinité de l'Ancien Testament - vers 1420 ->
Musée russe, Saint-Petersbourg.
L'ange central aux ailes flamboyantes est Jésus-Christ, comme l'indiquent les initiales inscrites sur son auréole au-dessus de laquelle s'élève le chêne de Mambré, stylisé. Ses ailes déployées dominent tous les personnages et leurs tracés, obliques, convergent vers le centre de la composition (les mains du Christ), ainsi que les lignes que suggèrent les regards d'Abraham,
de Sarah et des deux autres anges.
Sarah tient dans ses mains (qu'elle a recouvertes d'un pan de son manteau rouge par respect) les galettes (voir page sur le pain aux temps bibliques) sortant du four, dans un plat. Elle fixe son regard sur l'ange de gauche, qui lui annonce la prochaine conception d'Isaac malgré son grand âge.
Abraham (les mains également couvertes d'un voile par respect) apporte l'animal sacrificiel et dialogue avec l'ange de droite.




<- La Trinité de l'Ancien Testament, avec des scènes de la Genèse - 1580-1590 - Musée d'Histoire et d'Art, Solvytchegosk.
Abraham, cette fois, est assis et fait les honneurs de sa table à ses trois hôtes - dont il reçoit la bénédiction (mains droites), tandis que l'ange de droite annonce à Sarah, accroupie devant la table pour y déposer le pain qu'elle apporte, qu'elle enfantera Isaac.
La ligne diagonale de la table accompagne le mouvement montant qui va de Sarah au chêne de Mambré, dominant les montagnes.

Dans les compartiments supérieurs, de gauche à droite:
- la création des anges;
- la création du ciel, de la terre et des eaux;
- la chute des anges rebelles;
- la création des plantes et des animaux;
- la création de l'homme, le Paradis terrestre;
- le péché originel et l'expulsion hors du Paradis.
Dans les compartiments latéraux, de gauche à droite et de haut en bas:
- l'arche de Noé;
- la tour de Babel (voir à cette page);
- Abraham adore ses trois hôtes,
- il leur lave les pieds,
- il les sert à table;
- il reçoit leur bénédiction;
- la ligature d'Isaac;
- les trois anges arrivent à Sodome;
- ils conduisent Loth et ses filles hors de la ville;
- la femme de Loth est transformée en statue de sel.
Dans les compartiments inférieurs, de gauche à droite:
- l'échelle de Jacob;
- Moïse et le buisson ardent;
- le passage de la Mer Rouge;
- l'Arche d'Alliance;
- Moïse avec Dieu sur le mont Sinaï;
- Saint Michel et Satan se disputent le corps de Moïse.

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