Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven
      
Le Saint-Sacrement
du Corps et du Sang du Christ - B 

(Cette solennité
- encore appelée "Corpus Domini" et anciennement "Fête-Dieu" -
est célébrée le deuxième jeudi après la Pentecôte
ou, dans les pays où ce n’est pas un jour férié,
le deuxième dimanche après la Pentecôte)
   

Introduction

En cette année B, la Solennité du Corps et du Sang du Christ met l’accent sur l’enracinement de l’Eucharistie dans les traditions cultuelles du peuple de la Bible, et – par elles – dans les tréfonds des religions ancestrales.   

Le sang, c’est la vie. Tout vivant meurt s’il est vidé de son sang.
Là se trouve le fondement de la pratique immémoriale des sacrifices rituels et de leur signification.  

(Là se trouve également le fondement des règles d’abattage rituel, la Che’ita, des animaux destinés à être consommés par des Juifs* : ils doivent être égorgé par un Cho’et au moyen d’un couteau particulier, puis vidés de leur sang qui n’est jamais consommé – précisément parce que le sang représente symboliquement la vie – ensuite chaque morceau de viande est trempé dans de l’eau, puis salé, afin d’en extraire toute trace de sang, enfin rincé.
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* Voir les pages, en construction, sur les Lois alimentaires dans le Judaïsme et sur le sang dans la Bible.)   

Un sacrifice rituel, c’est
-                          d’abord un acte d’adoration : le sacrifice d’animaux proclame que toute vie vient de la divinité et lui appartient ;
-                          et en même temps un acte d’offrande : avec le sang des animaux, c’est symboliquement sa propre vie que l’on offre à la divinité.   


La Bible (Première Lecture : Ex 24,3-8) a intégré ces rites dans un contexte de foi et de culte qui élargit considérablement la signification et la portée premières de ces rites ; et surtout, au lieu de s’adresser à une divinité, on s’adresse au Dieu « אחד », unique.
Après le Sinaï, la célébration deטסח la Pâque* annuelle, renouvellement de l’Alliance, et celle du (יום (ה)כפר(ים– yôm (ha)kippour(im) – Jour d(es) Expiation(s)** (Lv 23,27 sqq) ont encore considérablement enrichi ces rites.
Mémorial des merveilles accomplies par le Seigneur en faveur de son peuple, le sacrifice offert à Dieu implique toujours la promesse de lui rester attaché dans la fidélité à la Loi de vie qu’il a révélée.
Enfin le sacrifice est rite de communion : Dieu redonne en plénitude la vie qui lui est offerte.
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* Voir la page sur Pessah.
** Je prépare également une page sur les rites du Nouvel An juif – et sur le Jour des Expiations.   


Ce que Jésus a fait lors du dernier repas pascal (Evangile : Mc 14,12-16 ;22-26) pris avec ses disciples avant de souffrir sa Passion porte pour le chrétien ces traditions à leur accomplissement*.
Jésus a fait de l’oblation pascale du pain et du vin le signe de sa vie donnée pour le salut du monde – le Sacrement de son Corps et de son Sang – jusqu’au jour où il boira avec ses fidèles « un vin nouveau dans le Royaume de Dieu ».
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* C’est pourquoi j’accorde tant d’importance à l’enracinement de notre Foi et de nos rites chrétiens dans la Foi et les rites juifs, qui était ceux du Christ fait homme et de ses premiers disciples – à commencer par Marie, sa Mère !   


Grâce à l’Eucharistie, sacrement de la Pâque du Christ, l’Eglise peut s’associer au culte parfait que le Ressuscité, « grand prêtre du bonheur qui vient », rend désormais au Père dans le Temple du ciel où il est « entré une fois pour toutes » en s’offrant librement pour la « libération définitive » des pécheurs.
Par lui, et en lui, « médiateur d’une Alliance nouvelle », nous célébrons « le culte du Dieu vivant », « le sacrifice qui est digne de lui et qui sauve le monde » (Deuxième Lecture : 9,11-15).              

Pour la douce clarté de ton Eucharistie
et pour la discrète révélation de ta gloire,
béni sois-tu, Jésus ressuscité.
De nos communautés tellement fragiles
que tu entoures de ta force,
souviens-toi.
Frère Dieudonné Dufrasne  in  Prières aux portes de la nuit - "Il a souffert, il est mort, il est ressuscité, il a été exalté" (Publications de Saint-André – Cahiers de Clerlande, n°5, 1997).


Les Textes 


Première Lecture : 

Ex 24,3-8 

Dieu accueille favorablement les sacrifices offerts avec un cœur sincère.
Mais, contrairement aux dieux de nombre des contemporains des Hébreux, il refuse les sacrifices humains (voir l’Introduction aux Textes du 2ème dimanche de Carême en cliquant), il ne veut pas la mort de ses adorateurs.
Le rite de l’aspersion de sang, de l’autel érigé par Moïse, puis du peuple, est le moment le plus significatif des rites de conclusion de l’Alliance : Dieu rend la vie qui lui est offerte ; mieux, il en renouvelle le don (voir page « Le sang dans la Bible »).Ce rituel a donc une très haute portée religieuse.


Psaume :  

Ps 116b(numérotation hébraïque) /115 (numérotation liturgique), 12-13 ; 15-16a ;16c-18 

(voir l’"Introduction aux Textes du 2ème dimanche de Carême - B" en cliquant ici)

La « coupe d’amertume » de l’homme serviteur a été changée en « coupe du Salut » par le Christ qui s’est fait le Serviteur de tous ; cette coupe est offerte en action de grâce au Seigneur qui donne la vie.


Deuxième Lecture :  

9,11-15

Avec beaucoup de finesse, l’auteur de la Lettre aux Hébreux (voir 3.2. L’Epître aux Hébreux, en cliquant ici) montre les rapports entre la foi chrétienne et la tradition biblique antérieure relative au culte : rites et sacrifices, sacerdoce, sanctuaire de Dieu au milieu de son peuple.

L’épistolier (ou le prédicateur ?) fait ici référence à un rite de la grande fête juive du Yom – Kippour*, Jour du Grand Pardon, telle que pratiquée avant la destruction du Temple. Ce jour-là, et celui-là exclusivement, le grand-prêtre pénétrait dans le « saint des saints », lieu de la présence de Dieu dans le Temple, une première fois avec du sang de taureau pour ses propres fautes, puis, une seconde fois, avec du sang de bouc, pour les fautes du peuple.

Le mystère du Salut opéré par le Christ s’en trouve remarquablement éclairé : « entré une fois pour toutes dans le sanctuaire du ciel », le Christ, en s’offrant lui-même, a obtenu pour tous les hommes la purification intérieure que préfigurait – autrefois – l’aspersion rituelle du sang des animaux immolés  (voir Ex 24,3-8 et page « Le sang dans la Bible »); il a scellé une Alliance qui n’aura plus besoin d’être renouvelée.
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* Une page sera consacrée à cette fête au plus tard en son temps - plus tôt, si j'en ai la possibilité.


Evangile :  

Mc 14, 12-16 ; 22-26

Contraste
- entre le premier passage, émaillé de détails concrets, pris sur le vif, se rapportant à la célébration du Seder de Pessah (voir page « la Pâque juive ») ;
- et le second passage, au style dépouillé à l’extrême : Marc ne rapporte que les paroles prononcées par Jésus sur le pain azyme et la coupe de vin – sans guère d'allusion au reste des éléments du repas pascal ni aux rites qui l’accompagnent.

On est alors arrivé au centre du repas pascal. Sur des gestes très solennels du rituel juif – les bénédictions à YHWH l'Eternel prononcées sur l’azyme et le vin – Jésus greffe les rites sacramentels du culte nouveau qu’il instaure.
Cette seconde partie évoque donc pour le chrétien une « eucharistie domestique » plutôt qu’un repas, même ritualisé.

Saint Marc rappelle que le Corps et le Sang du Christ ont été donnés en viatique pour la route qui conduit à la Pâque éternelle dont Jésus a ouvert l’accès : l’essentiel est dit.

• Commentaires historico-théologiques :

1.      Sur 12 :

Le « premier jour » de la semaine, où l’on mangeait du pain azyme (cf. Ex 12,1sqq ; 23,14sqq) était normalement celui qui  suivait le repas pascal.
Or il semble bien – d’après  Jn 18,28 et un certain nombre d’autres détails du récit de la Passion à la Résurrection – que le Seder Pessa’h fut célébré cette année-là au soir d’un vendredi.
La Cène de Jésus que les synoptiques placent un jour plus tôt, au soir du jeudi, peut s’expliquer de deux façons :
- soit par anticipation du rite dans une partie du peuple juif (mais pourquoi ?);
- soit, plutôt, par une anticipation voulue par le Christ lui-même : ne pouvant célébrer la Pâque le lendemain, sinon en sa propre personne sur la Croix (cf. Jn 19,36 ; 1Co 5,7), Jésus aurait institué son rite « nouveau » (voir ci-dessous, dans la comparaison synoptique, l’importance de ce mot) au cours d’un repas auquel il aurait par contrecoup donné de nombreux traits de la Pâque « ancienne ».
Une opinion récente, qui placerait la Cène au soir du mardi, selon le calendrier essénien, ne semble pas pouvoir être retenue.

Le 14 Nissan, jour du repas pascal (voir page « La Pâque juive »), étant tombé un vendredi en 30 et en 33 après Jésus-Christ, les exégètes choisissent l’une ou l’autre de ces deux années comme celle de la mort du Christ – selon qu’ils placent son baptême en 28 ou en 29, et qu’ils assignent à son ministère une durée plus ou moins longue.

2.      Sur 12-16 :

Selon Matthieu (voir texte ci-dessous, dans la comparaison synoptique du passage), Jésus a fait part à l’habitant de Jérusalem de sa décision de s’inviter chez lui pour le repas de la Pâque ; mais selon Marc (comme selon Luc d’ailleurs) un signe conduira les deux disciples à une salle qu’ils trouveront « garnie » pour la préparation de la Cène. Bien que le signe de la cruche d’eau et la préparation de la salle puissent avoir été convenus d’avance, leur présentation littéraire, inspirée de 1S 10,2-5, donne à la scène une connotation de préscience surnaturelle.
On remarquera par ailleurs que la structure de ce segment ressemble étroitement à la préparation de l’entrée messianique en Mc 11,1-11, elle-même également inspirée de 1S 10,2-5.


• Commentaires rhétoriques :

1.      Sur 12-16 : 

-                         Dans les segments à composition concentrique, l’élément central est bien sûr déterminant ; ainsi R.Meynet cite-t-il sur ce sujet les fondateurs de l’analyse rhétorique biblique : Jebb, en 1820, parle de « la clé de tout paragraphe ou strophe » ; Boys, en 1825, écrit que ce centre joue le rôle de « clé de voûte » ; Forbes, en 1854, appelle ce centre le « connecting link », le lien qui articule les autres parties du texte, et, un peu plus tard, écrit « l’idée centrale, telle un cœur, peut être le centre qui anime l’ensemble, envoyant son énergie et sa chaleur vitale jusqu’aux extrémités » ; un siècle plus tard environ, en 1942, Lund développe leur intuition en fournissant un grand nombre d’exemples, et écrit « le centre marque toujours le tournant » du texte.
R.Meynet lui-même a écrit, en 1988 : « Pour ce qui est de la nature du centre, il peut être : une question […], une parabole […], une bénédiction […], un proverbe […], une prophétie […]. Questions, paraboles, proverbes ont en commun leur caractère énigmatique. Ce caractère se retrouve aussi en quelque sorte dans certaines prophéties : l’avenir en effet reste mystérieux car aucune précision n’est fournie sur la manière dont elle se réalisera […] ou même sur ce qu’elle signifie […]. Il en est souvent de même pour la bénédiction. »

L’exemple le plus simple d’énigme est bien entendu la question – et c’est ce que nous trouvons ici : « Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ? » (trad. liturgique, verset 14b).

-             Comparaison synoptique du récit : Mt 26,17-19 // Mc 14, 12-16 // Lc 22,7-13 :

Les textes dits « synoptiques » sont un cas particulier d’intertextualité. Leur comparaison, en particulier la comparaison de leur construction, à partir du texte original ou d’une traduction littérale, permet de faire ressortir leurs ressemblances (ce qui est toujours mis en avant dans les « Synopses » classiques) mais aussi leurs différences.

Pour permettre cette comparaison, j’adapterai le code typographique préconisé par R. Meynet pour l’étude des synoptiques aux possibilités restreintes que me donne l’hébergeur de ce site, à savoir :
- Eléments communs à Mt, Mc et Lc : rouge ; CAPITALES.
- Eléments communs à Mt et Mc : vert ; identiques :minuscules grasses italiques ; synonymes :minuscules italiques. 
- Eléments communs à Mc et Lc : bleu ; identiques :minuscules grasses italiques; synonymes :minuscules italiques.
- Eléments communs à Mt et Lc : marron; identiques : minuscules grasses italiques.
- Eléments propres à chacune : Arial – noir, minuscules romaines.


En outre, les morceaux sont séparés par des pointillés ; les parties centrales sont placées entre traits doubles. 
Malheureusement, je ne peux techniquement pas présenter les trois textes dans trois colonnes comme ils devraient l’être.

a.       Mt 26,17-19 :

17. Or LE premier DES AZYMES les disciples vinrent vers Jésus en DISANT : « OU VEUX-TU QUE NOUS TE PREPARIONS  (pour) manger la Pâque ? »
---------------------
18. Or IL DIT : « Allez DANS LA VILLE chez untel, et DITES-LUI : LE MAITRE DIT : ‘Mon temps est proche ; c’est chez toi que je fais LA PAQUE AVEC MES DISCIPLES’. »
---------------------
19. Et les disciples  firent COMME Jésus LEUR avait ordonné ET ILS PREPARERENT LA PAQUE.

b.      Mc 14,12-16 :

12. Et LE premier jour DES AZYMES, quand ils immolaient la Pâque, ses disciples lui DISENT : « OU VEUX-TU QUE NOUS allions PREPARER afin que tu manges la Pâque ? »

====================
13. Et il envoie deux de ses disciples et IL leur DIT :
____________________

« Allez DANS LA VILLE et vous rencontrera un homme portant une cruche d’eau ; suivez-le
14. et là où il entrera, DITES au maître-de-maison  que
--------------------
LE MAITRE DIT : ‘Où est ma salle où je mangerai LA PAQUE AVEC MES DISCIPLES ?’
--------------------
15. Et lui vous montrera une salle-haute, grande, garnie, préparée et là préparez  pour nous. »
====================

16. Et les disciples sortirent, et ils vinrent à la ville, et ils trouvèrent COMME il LEUR avait dit ET ILS PREPARERENT LA PAQUE.

c.       Lc 22,7-13 :


7. Or vint LE  jour DES AZYMES  où il fallait que soit immolée la Pâque.
8.Et il envoya Pierre et Jean disant : « Etant partis, préparez pour nous la Pâque pour que nous la mangions. »

====================
9. Ils  lui DIRENT: « OU VEUX-TU QUE NOUS PREPARIONS ? »
--------------------
10. Or IL  leur DIT : « Voici : quand vous entrerez DANS LA VILLE, vous rencontrera un homme portant une cruche d’eau ; suivez-le dans la maison dans laquelle il pénétrera.
--------------------
11. Et vous DIREZ au maître-de-maison : « Il te DIT LE MAITRE :   ‘Où est la salle où LA PAQUE AVEC MES DISCIPLES je mangerai ?’
====================

12. Et celui-là  vous montrera une salle-haute, grande et garnie. Là préparez. »
13. Or s’en étant allés, ils trouvèrent COMME  il  LEUR  avait dit ET ILS PREPARERENT LA PAQUE.

d.       Conclusions :

-                          Bien que plus ou moins développés, les éléments identiques se suivent dans le même ordre.
-                          Mais le passage de Matthieu est de la taille d’une seule partie, formée de trois morceaux – tandis que les deux autres comportent trois parties. La partie centrale de Marc est divisée en deux sous-parties (13abc et 13d-15). Le texte de Marc, que nous lisons aujourd'hui est le plus élaboré des trois - afin de mieux mettre en valeur le questionnement central évoqué ci-dessus.
-                          On voit clairement (et on le verrait plus clairement encore si les textes étaient présentés en trois colonnes !) que les divisions en parties, sous-parties et morceaux ne se correspondent pas du tout : à partir d’un matériau fort semblable, chacun des trois évangélistes a adopté une construction fort différente de celle des autres.


2.      Sur 22-25 :

Comparaison synoptique du récit : Mt 26,26-29 // Mc 14, 22-25 // Lc 22,14-20 :

Si l’on suivait les codes typographiques habituels, en partie énoncés plus haut, on ne pourrait pas repérer facilement les correspondances entre les trois récits synoptiques de la Cène, car leurs éléments sont pour la plupart :
-                          communs à Mt, Mc et Lc, 
-                          identiques,
-                          mais dans un ordre très différent en ce qui concerne le récit de Luc (donc, en principe, en capitales italiques rouges).

En revanche, il est beaucoup plus intéressant ici d’utiliser les différents codes de couleurs pour distinguer les thèmes, ce qui permet de mieux visualiser la différence dans la construction des trois textes (cette différence apparaîtrait beaucoup plus clairement si je pouvais présenter les trois textes sur trois colonnes):
-                          ce qui concerne le pain est en marron, et en minuscules italiques grasses ;
-                          ce qui concerne le vin est en rouge, et en minuscules italiques grasses ;
-                          ce qui concerne la prophétie est en vert, et en minuscules italiques grasses ;
-                          les trois occurrences de « nouveau », qui se retrouvent à la fin des trois récits, sont en rouge, et en CAPITALES GRASSES.

En outre, les morceaux sont séparés par des pointillés ; les parties sont séparées par un trait plein. 

a.       Mt 26,26-29 :

26. Or comme ils mangeaient, Jésus  ayant pris du pain et ayant béni, il (le) rompit et ayant donné aux disciples, il dit : « Prenez, mangez, ceci est mon corps. »
--------------------
27. Et ayant pris une coupe et ayant rendu grâces, il leur donna en disant : « Buvez-en tous :
28. car ceci est mon sang de l’Alliance, qui pour beaucoup est versé en rémission des péchés.
____________________

29. Or  je vous dis : je ne boirai plus désormais dece produit de la vigne jusqu’à ce jour-là, où je le boirai avec vous NOUVEAUdans le règne de mon Père. »

b.      Mc 14,22-25 :


22. Et comme ils mangeaient,  ayant pris du pain, ayant béni, il (le) rompit et il leur donna et il dit : « Prenez, ceci est mon corps. »
--------------------
23. Et ayant pris une coupe, ayant rendu grâces, il leur donna et ils en burent tous
24. et il leur dit : « Ceci est mon sang de l’Alliance, qui est versé pour beaucoup. 
____________________


25. En vérité, je vous dis que je ne boirai plus du produit de la vigne jusqu’à ce jour-là où je le boirai NOUVEAU  dans le règne de Dieu. »

c.       Lc 22,14-20 :

14. Et quand arriva l’heure, il s’étendit, et les apôtres avec lui.
15. Et il leur dit : « J’ai désiré ardemment manger cette Pâque avec vous avant de souffrir.
16. Car  je vous dis que je ne la mangerai jamais plus jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le règne de Dieu. »
____________________

17. Et  ayant reçu une coupe, ayant rendu grâces,il dit : « Prenez ceci et partagez entre vous. 
18. Car  je vous dis : je ne boirai plus  à partir de maintenant  du produit de la vigne jusqu’à ce que soit venu le règne de Dieu. » ____________________

19. Et  ayant pris du pain, ayant rendu grâces, il (le) rompit et leur donna, disant : « Ceci est mon corps qui pour  vous est donné. Faites ceci en mémoire de moi. »
20. Et la coupe de même après le dîner en disant : « Cette coupe est l’alliance  NOUVELLE en mon sang qui est pour vous versé. »


d.       Conclusion :

On remarquera, cette fois, la grande proximité des textes de Matthieu et de Marc, alors que Luc semble avoir voulu recomposer le récit en faisant porter la prophétie sur les deux Espèces, et en faisant de celle-ci une sorte de préambule à l’Institution de l’Eucharistie.
Mais, ce faisant, il est contraint à une redite, « après le dîner », à propos de la coupe (à moins que, comme les autres synoptiques, il ne distingue le premier service qu’il appellerait « le dîner », au cours duquel Jésus annonce la trahison de Judas chez Matthieu et Marc, et prophétise puis instaure le rite de l’Eucharistie dans son Evangile ; du Seder Pessa’h proprement dit au cours duquel, chez Matthieu et Marc, Jésus instaure le rite de l’Eucharistie) – redite qui lui permet, en tout cas, de clore le récit avec le thème capital de la nouveauté du Sacrement, signe de la nouvelle Alliance.


3.      Sur 26 :

Allusion aux psaumes (113 à 118 en numérotation liturgique) du Hallel, chantés durant le Seder-Pessah, le repas pascal – voir en cliquant ici.


Pour prolonger la méditation 

- Versets du Premier Testament : 
- Gn 9,3-6 : « Tout ce remue, tout ce qui vit sera votre nourriture ; je vous donne tout cela comme je vous avais donné l’herbe verte. Seulement, avec la chair vous ne mangerez pas ce qui l’anime, c'est-à-dire le sang.* Quant au sang qui vous anime vous-mêmes**, j’en demanderai compte à tous les vivants et à tout homme, à chacun je demanderai compte de la vie de son frère. Celui qui verse le sang de l’homme, son sang sera versé par l’homme. Car Dieu a fait l’homme à son image. »
- Lv 17,14 : « La vie de toute chair c’est son sang**, et j’ai dit aux Israélites : Vous ne mangerez du sang d’aucune chair*. »
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* Voir page sur les « Lois alimentaires ».
** Voir page « Le sang dans la Bible ».
- Dt 27,4-7 : « C’est de pierres brutes que tu édifieras l’autel du Seigneur ton Dieu, et c’est sur cet autel que tu offriras des holocaustes pour le Seigneur ton Dieu, que tu immoleras des sacrifices de communion, que tu mangeras sur place, et tu te réjouiras en présence du Seigneur ton Dieu. »

- Versets du Nouveau Testament :
- 1P 1,18-19 : « Vous le savez : ce qui vous a libérés de la vie sans but que vous meniez à la suite de vos pères, ce n’est pas l’or et l’argent, car ils seront détruits ; c’est le sang précieux du Christ, l’Agneau sans défaut et sans tache. »
- 1Jn 5,6 : « C’est lui, Jésus Christ, qui est venu par l’eau et par le sang : pas seulement l’eau, mais l’eau et le sang. Et celui qui rend témoignage, c’est l’Esprit, car l’Esprit est vérité. »  

-        Commentaire patristique : 
De saint Jean Chrysostome, in Commentaire sur saint Matthieu:
« Pourquoi Jésus célèbre-t-il ce mystère au moment de la Pâque ? Afin de vous montrer de toute façon qu’il est le législateur de l’Ancien Testament et que tous les événements de ce jour y étaient préfigurés. Il remplace le symbole figuratif par la réalité. Que cela se passe le soir signifiait la plénitude des temps et la fin prochaine de ce qui concernait le Christ. » 

- Un hymne ancienne pour le Samedi Saint:
« Ceci est mon sang, le sang de l'alliance,
répandu pour la multitude »
Aujourd'hui, nous avons contemplé sur l'autel notre Seigneur Jésus Christ.
Aujourd'hui, nous nous sommes nourris du charbon de feu, à l'ombre duquel chantent les Chérubins*.
Aujourd'hui, nous avons entendu la voix puissante et douce nous dire :
Ce corps brûle les épines des péchés, il illumine les âmes des hommes.
Ce corps, la femme avec des pertes de sang l'a touché et elle a été délivrée de son infirmité.
Ce corps, à sa vue, la fille de la Cananéenne a été guérie.
Ce corps, la pécheresse s'en est approchée de toute son âme et elle a été délivrée de la fange de ses péchés.
Ce corps, Thomas l'a touché, il l'a reconnu en poussant ce cri : « Mon Seigneur et mon Dieu ».
Ce corps, grand et très haut, est le fondement de notre salut.
Autrefois celui qui est le Verbe et la Vie nous a déclaré :
« Ce sang a été versé pour vous et livré pour la rémission des péchés ».
Nous avons bu, bien-aimés, le sang saint et immortel.
Nous avons bu, bien-aimés, le sang qui a coulé du côté du Seigneur,
qui guérit toute maladie, qui libère toutes les âmes.
Nous avons bu le sang par lequel nous avons été rachetés.
Nous avons été achetés et instruits, nous avons été illuminés.
Regardez, frères, quel corps nous avons mangé !
Regardez, enfants, quel sang nous a enivrés !
Regardez l'alliance conclue avec notre Dieu, de peur de rougir, au jour terrible, au jour du jugement**.
Qui est à même de glorifier le mystère de la grâce ?
Nous avons été jugés dignes de participer au don.
Gardons-nous jusqu'à la fin, pour entendre sa voix bienheureuse, douce et sainte :
« Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous »*** [...]
Bien-aimés, nous célébrons les merveilles du baptême de Jésus****,
sa sainte et vivifiante résurrection,
par laquelle le salut a été donné au monde.
Nous en attendons tous l'heureux accomplissement,
dans la grâce et la bienveillance de notre Seigneur Jésus Christ :
à lui sont la gloire, l'honneur et l'adoration.
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* Is 6,2sqq
** cf 1Co 11,29
*** Mt 25,34
**** cf Mc 10,38

-        D’auteurs modernes :
-         De D. Cerbelaud in Vraiment, tu es un Dieu caché ! Variations théologiques sur le thème de l’intériorité (1983) :
« L’Eucharistie est faite pour être consommée. Et une certaine utilisation contemplative (c'est-à-dire visuelle) de la réserve eucharistique – qui est en principe seulement destinée à porter secours aux éventuels malades – ne doit pas faire oublier ce but premier. Il y aurait d’ailleurs beaucoup à dire sur cette utilisation « pour l’œil », utilisation très littéralement paraliturgique (c'est-à-dire abstraction faite d’une célébration concrète de l’Eucharistie, dans ses formes les plus développées, ostentation et « salut » du Saint-Sacrement par exemple). »
-         De la CFC (Commission francophone Cistercienne)  in Guetteur de l’aube – Hymnes, tropaires, poèmes : 
Ton corps en nourriture
nous est donné :
notre faim grandit.
Si peu de pain dans notre main,
Et ta présence emplit nos vies.  

Ton sang comme une source
nous est offert :
plus vive est notre soif.
Un peu de vin dans une coupe,
Et tu te livres sans réserve. 

Nos mains reçoivent ton corps,
tu les saisis,
tu nous entraînes dans ton offrande.
Si peu de pain dans notre main,
Et ta présence emplit nos vies.  

Nous portons à nos lèvres la coupe
et dans nos cœurs
ton sang murmure la louange.
Un peu de vin dans une coupe,
Et tu te livres sans réserve.  

Unique est le don pour chacun,
unique le corps qui nous rassemble
dans une même action de grâce*.
Si peu de pain dans notre main,
Et ta présence emplit nos vies.
Un peu de vin dans une coupe,
Et tu te livres sans réserve.
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* « Action de grâce » = traduction littérale du grec Ευχαριστια – qui a donné le mot « Eucharistie »   

- Enfin, le texte intégral du poème-prière
"Il a souffert, il est mort, il est ressuscité, il a été exalté",
que j’ai « distillé » au cours des temps de la Passion, de Pâques, de la Pentecôte et jusqu'à ce jour:  

Pour la nuit de ta Passion
et pour ton Corps livré,
béni sois-tu, Jésus ressuscité.
De l'Eglise, ton épouse,
qui t'attend dans la nuit de l'absence,
souviens-toi.  

Pour la nuit de ta descente aux Enfers,
et pour la délivrance des fils d'Adam,
béni sois-tu, Jésus ressuscité.
Des hommes de bonne volonté,
qui cherchent la lumière, comme à tâtons,
souviens-toi.   

Pour la lumière de ta glorieuse Ascension
et pour et pour les portes du ciel enfin réouvertes,
béni sois-tu, Jésus ressuscité.
De ceux qui se perdent dans les réalités d'en-bas
et rendent la nuit complice de leurs errances,
souviens-toi.  

Pour le feu de ton Esprit
et pour l'audace de te suivre,
béni sois-tu, Jésus ressuscité.
De tes amis en repos dans l'adoration
et de tes disciples sur les chemins de la mission,
souviens-toi.  

Pour la douce clarté de ton Eucharistie
et pour la discrète révélation de ta gloire,
béni sois-tu, Jésus ressuscité.
De nos communautés tellement fragiles
que tu entoures de ta force,
souviens-toi.
Frère Dieudonné Dufrasne  in  Prières aux portes de la nuit (Publications de Saint-André – Cahiers de Clerlande, n°5, 1997).


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