Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

Le Temps Ordinaire,
années B:

Les dimanches
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Deuxième dimanche


Tous les ans, la liturgie du 2ème dimanche du TO fait lire une page du IVème évangile.

Celle d'aujourd'hui (Jn 1,35-42)rapporte qu'un jour Jean le Baptiste a attiré l'attention de deux de ses propres disciples sur Jésus en disant "Voici l'Agneau de Dieu". À ces mots, ils Le "suivent", demandant où Il "demeure", vont "voir", et "restent" avec Lui ce soir-là.
L'un d'eux, André, en parle aussitôt à son frère, le conduit auprès de Jésus qui "pose son regard" sur lui et le surnomme "Képhas, Κηφᾶς  Kēphas"  (transcription en grec d'un mot araméen d'origine chaldéenne, כּף kêpha - cf. hébreu כּף kêph - même sens, "le roc, la pierre", que "Πέτρος Pétros" et Petrus -> Pierre).
Les évangiles synoptiques ne parlent pas de cette première rencontre d'André, puis de Simon, avec Jésus - mais uniquement de leur appel sur les bords du lac de Galilée. Pourtant, le témoignage des synoptiques d'une part, et de Jean d'autre part, ne sont pas contradictoires.
Pour le comprendre, il suffit de se reporter à l'expérience commune: ainsi, par exemple, l'existence prend une orientation nouvelle et décisive le jour du mariage - ou de l'ordination, ou de la profession religieuse.
Mais l'importance de cet événement ne fait pas oublier la rencontre fortuite, la conversion, les mots, le regard, qui, un jour, ont en quelque sorte déterminé l'engagement décisif pris, parfois, beaucoup plus tard. 

La "vocation", au sens étymologique (et biblique) du terme est un "appel" (de Dieu). On parle souvent d'une voix parlant au plus intime de soi, tirant parfois du sommeil comme pour le jeune Samuel.
Cet "appel" peut également parvenir de bien d'autres manières (désir de mieux connaître Dieu, impression d'avoir été transpercé par son regard, etc.).
Mais nul ne peut, toutefois, se fier à ses propres "certitudes": il faut se faire aider, recourir au discernement de ceux qui - dans l'Église ou dans la communauté - en ont reçu le mandat.
Quant à celui qui se croit appelé, il doit rester disponible pour répondre à la volonté de Dieu, dont les implications et les exigences concrètes sont découvertes et précisées progressivement.
C'est toujours une histoire personnelle, faite de réponses quotidiennes aux sollicitations - incessantes et souvent imprévues - de Dieu, du Seigneur Jésus, de l'Esprit Saint: "Parle, ton serviteur écoute".

C'est à Dieu que nous appartenons, pas à nous-mêmes...
Saint Paul le rappelle aux Corinthiens, pour les exhorter à se comporter en chrétiens à l'égard de leur corps: il ne saurait être considéré et traité comme un vêtement - dont les souillures restent extérieures à celui qui le porte.
Tels que nous sommes, chair et esprit dans l'unité d'une seule personne, nous devons rendre gloire à Dieu! 

Les Textes:

Première Lecture: 1S 3,3b-10;19
Deuxième Lecture: 1Co 6,13b-15a;17-20
Évangile: Jn 1,35-42
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Onzième dimanche

Dans les récits qui ponctuent les dimanches précédents du TO B, entraînés par saint Marc à nous mêler à la foule, nous avons pu voir Jésus guérir les malades et chasser les démons - même le jour du Sabbat!... « Qui donc est-il ? D'où lui vient une telle autorité ? » La question se pose dès ce moment-là, et la réponse donnée par certains fait pressentir le drame de la Passion.
« Mais toi, es-tu pour ou contre Jésus ? » dit implicitement l'évangéliste, en invitant le lecteur à vérifier la solidité de sa foi, ou à ratifier son option première en meilleure connaissance de cause.
Aujourd'hui, il s'agit d'écouter attentivement un bref extrait de l'enseignement donné en paraboles.

L'expansion et la diffusion de l'Évangile ont toujours été un grand sujet de réflexion.
La prédication et les miracles de Jésus ont suscité l'enthousiasme des foules... mais saint Marc ne signale la présence que de quelques femmes sur le Calvaire ; et c'est un soldat romain – donc un païen – qui reconnaît en Jésus le Fils de Dieu (Mc 15,39-40).
Après la Pentecôte, l'annonce de la Bonne Nouvelle a rassemblé une multitude de disciples, à Jérusalem d'abord, puis dans tout le Proche-Orient et jusqu'à Rome... Mais par la suite nombreuses sont les Églises premières qui ont périclité. Certaines, pourtant apparemment très solides, ont disparu ; ainsi, par exemple, celles d'Afrique du Nord – célèbres par de grands évêques et des docteurs remarquables comme saint Augustin.
Aujourd'hui, on voit d'anciennes chrétientés s'étioler, tandis que le rameau cueilli « à la cime du grand cèdre » porte du fruit dans les terres lointaines où il a pris racine...
Face à ces faits – qui peuvent être étudiés en recourant à divers outils d'analyse, quelques certitudes s'imposent au croyant.

La Parole de Dieu garde toujours sa fécondité sans pareille, et fait appel à notre liberté.
Un rameau tiré d'un vieil arbre est susceptible de reverdir ailleurs.
D'une souche apparemment morte peut surgir un rejeton vigoureux.
Il faut laisser du temps à la germination, les lenteurs de celle-ci ne doivent pas décourager.
Même si la semence est rejetée, cela ne saurait engendrer ou justifier chez le semeur un fatalisme paresseux.

Cheminant dans la Foi, « sans voir » mais dans la confiance, nous devons nous attacher à « plaire au Seigneur ».
La puissance de l’Évangile se déploiera à coup sûr en nous, et autour de nous, au-delà de ce que nous pouvons espérer et conjecturer.

C'est aujourd'hui le temps de la patience, et non celui de la moisson ou de la rétribution !...

Les Textes:

Première Lecture: Ez 17,22-24
Psaume: Ps 92:91;2-3;13-16
Deuxième Lecture: 2Co 5,6-15
Évangile: Mc 4,26-34

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Douzième dimanche



La mer, avec ses fureurs soudaines et sa force invincible, a frappé l’imagination des anciens. Des histoires terrifiantes de monstres marins la faisaient considérer comme l’antre de puissances mystérieuses qui soulevaient les flots avec violence quand on osait violer leur domaine.  

Le thème biblique de la mer s’apparente très souvent à celui de la mort. Mais – si la mer y est montrée comme redoutable – c’est aussi pour proclamer, dans les Psaumes en particulier, que Dieu, son créateur, exerce sur elle – comme sur l’univers entier – une maîtrise absolue (Voir Ps 107 à cette page). C’est ce que dit également le Livre de Job (voir Jb 38,1;8-11) avec des images métaphoriques pleines de poésie.  

Les hommes sont dans l’angoisse, ils crient vers le Seigneur, et lui les tire de la détresse, faisant taire les vagues. Conduits au port qu’ils désiraient, ils rendent grâce au Seigneur de son amour : on voit se profiler ce qu’annonce saint Paul : « Le Christ est mort pour tous. Si donc quelqu’un est en Jésus Christ, il est une créature nouvelle » : nous devons nous laisser « saisir »  par le Seigneur pour être sauvés (Voir 2Co 5,14-17 à cette page).  

Jésus, un soir, a fait preuve d’une semblable autorité en apaisant la mer déchaînée. Mais il a fallu que les disciples effrayés crient vers lui – car, dit saint Marc, « il dormait sur le coussin, à l’arrière », comme inconscient du danger qui menaçait leur barque. Ce trait et quelques autres font de cette page d’évangile (Voir Mc 4,35-41 à cette page) plus que le simple récit d’un prodige, même remarquable.

Le sommeil de Jésus, le désarroi des disciples, et leur manque de foi nous rappellent les derniers événements narrés par Marc dans son évangile (Mc 16,10-15): ceux qui avaient été avec Jésus ont failli sombrer, submergés qu’ils étaient par le doute lors de sa mise au tombeau ; ils n’ont pas cru ceux qui annonçaient son réveil de la mort. Lorsqu’il s’est manifesté aux Onze, il leur a reproché – comme ici – leur incrédulité, et leur inquiétude s’est soudain apaisée.
Jésus parle à la mer avec la même vivacité, et dans les mêmes termes qu’aux démons : « Silence ! » (cf.Mc 1,25). 

Et, comme très souvent dans l’évangile de Marc, le récit s’achève par une question : « Qui est cet homme pour parler et agir avec une telle autorité ? » L’évangéliste, qui a écrit pour des chrétiens, les invite donc à s’interroger sur la fermeté de leur foi.  

La Tradition en effet a vu, dans la traversée tumultueuse de la mer, une image de celle qui mène à l’autre rive de la vie ; et, dans la barque, celle de l’Eglise secouée par des tempêtes où elle semble être sur le point de sombrer. Il faut alors crier avec foi vers celui qui est « à l’arrière » de l’embarcation. Le Père l’a éveillé du sommeil de la mort ; il veille sur les siens, même quand il semble dormir : son autorité sur les vents en colère et les flots en furie ne se relâche jamais.  

Dès lors, rien à craindre quand on a été « saisi » par lui : avec Job, le psalmiste, et les bons conseils de Paul, laissons le Maître calmer pour nous les flots : la mer et les vents lui obéissent, la barque parviendra au terme du voyage, les contours de l’autre rive se dessinent déjà !
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Treizième dimanche


En butte dès son éclosion aux assauts, violents ou sournois, de la mort, la vie peut connaître des victoires si spectaculaires qu’on parle parfois de « résurrection »

Mais ce n’est qu’un répit : tôt ou tard, la mort aura le dessus.
ימי־שנותינו בהם שבעים שנה ואם בגבורת ׀ שמונים שנה ורהבם עמל ואון כי־גז חיש ונעפה׃
Littéralement : ימי־ – les jours de ; שנותינו – nos années ; בהם – en eux ; שבעים – soixante-dix ; שנה – années ; ואם – et si ; בגבורת – de la vigueur ; שמונים – quatre-vingts ; שנה – années ; ורהבם – et leur orgueil ; עמל – peine ; ואון – et mal ; כי־ – car ; גז – il passe ; חיש – en hâte ; ונעפה – et nous nous envolons
« Les jours de nos années reviennent à soixante-dix ans et pour les plus vigoureux, à quatre-vingts ans;
et le plus beau de ces jours n'est que peine et tourment;
car il s'en va bientôt, et nous nous envolons. » dit (Ps 90,10) le psalmiste, désabusé…

Pourtant le Livre de la Sagesse (Première Lecture: Sg 1,13-15; 2,23-24 - voir à cette page) proclame avec force que:
- ο θεος θανατον ουκ εποιησεν
Littéralement : ο θεος – Dieu ; θανατον – la mort ; ουκ – ne pas ; εποιησεν – a fait « Dieu n’a pas fait la mort » ;
- εκτισεν γαρ εις το ειναι τα παντα
Littéralement : εκτισεν – il a créé ; γαρ – en effet ; εις – en vue de ; το ειναι – le fait d’exister ; τα παντα – toutes choses
« il a créé toutes choses pour qu’elles subsistent » ;
- ουτε αδου βασιλειον επι γης δικαιοσυνη γαρ αθανατος εστιν
Littéralement : ουτε – et ne pas ; αδου – d’Hadès ; βασιλειον – un règne ; επι – sur ; γης – terre ; δικαιοσυνη – justice ; γαρ – en effet ; αθανατος – immortelle ; εστιν – est « la puissance de la mort ne règne pas sur la terre, car la justice est immortelle ».
Ces fortes affirmations – qui vont tellement à l’encontre de l’expérience universelle – résonnent comme une invitation à considérer le problème de la mort sous un autre éclairage.  

Jésus a guéri de nombreux malades, mais ne les a pas définitivement immunisés contre les résurgences  du mal. Il a ramené des morts à la vie, mais ne les a pas soustraits à la loi inexorable de la mort.
En revanche, il a dit à la femme hémorroïsse guérie dès l’instant où elle a subrepticement (voir page « Le sang dans la Bible ») touché son vêtement - en fait les franges de son talit (EvangileMc 5,34b - voir à cette page) :
η πιστις σου σεσωκεν σε υπαγε εις ειρηνην
Littéralement : η πιστις – la foi ; σου – de toi ; σεσωκεν – a sauvé ; σε – toi ; υπαγε – va ; εις – vers ; ειρηνην – la paix
« Ta foi t’a sauvée. Va en paix ».
Ce même jour, rapporte encore saint Marc, au chef de la synagogue apprenant la mort de sa fille dont il venait implorer la guérison, Jésus déclare (Mc 5,36b):
μη φοβου μονον πιστευε
Littéralement : μη – ne pas ; φοβου – crains ;  μονον – seulement ; πιστευε – aie foi « Ne crains pas, crois seulement ».

Les guérisons et les « résurrections » opérées par Jésus signifient donc que le salut est advenu dans le monde.
Si la mort continue d’exercer son pouvoir sur la terre, elle n’aura pas le dernier mot !
La Parole divine toute-puissante nous réveillera du sommeil de la mort.
C’est même dès aujourd’hui que nous recevons le germe de la vie qui ne finira pas, ainsi que le proclame une ancienne hymne baptismale (Ep 5,14):
εγειρε ο καθευδων και αναστα εκ των νεκρων και επιφαυσει σοι ο χριστος 
Littéralement : εγειρε – réveille-toi ; ο καθευδων – le dormant ; και – et ; αναστα – lève-toi ; εκ – hors de ; των νεκρων – les morts ; και – et ; επιφαυσει – brillera sur ; σοι – toi ; ο χριστος – le Christ 
« Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d'entre les morts, et le Christ t'illuminera » : par sa propre mort, le Seigneur a vaincu la mort.  

Depuis Pâques, la consigne de silence est levée. (Deuxième Lecture2Co 8,7 ;9 ;13-15 - voir à cette page)
Il faut annoncer au monde entier ce que Jésus a accompli autrefois en présence seulement de quelque témoins qui – tout comme nous aujourd’hui – avaient encore du chemin à parcourir pour comprendre le mystère de la Croix et parvenir à la foi pascale.
Garder égoïstement pour soi
les dons
de la foi,
de la parole
et de la connaissance de Dieu
serait gravement s’appauvrir !
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Quatorzième dimanche 


Les évangélistes n’ont cherché ni à cacher ni à minimiser les échecs de la prédication de Jésus.
Enthousiasmés par son enseignement et ses œuvres, beaucoup ont vu en lui un homme exceptionnel.
D’autres ont suspecté la sagesse dont il faisait preuve, et ses pouvoirs extraordinaires : « D’où cela lui vient-il ? Qui lui a appris ce qu’il enseigne avec tant d’autorité ? ». Ces réticences vérifient la pertinence du proverbe sur le prophète mal reçu parmi les siens. Mais on reste surpris par la réaction négative des habitants de Nazareth (Evangile : Mc 6,1-6 - voir à cette page). Comment se fait-il qu’ils aient refusé de voir en Jésus plus que le charpentier du village ? Jésus lui-même s’en est étonné.

On touche ici au problème de la foi que certains professent  - tandis que tant d’autres n’y accèdent pas (même si par ailleurs ils admirent l’œuvre et l’enseignement de Jésus, éventuellement en se référant volontiers et explicitement  aux valeurs évangéliques). Les croyants doivent se garder de les prendre de haut et de mettre en cause la sincérité ou l’honnêteté de ceux qui ne partagent pas leur foi… Ils ont plutôt à s’interroger sur la vérité et la profondeur de leur propre attachement à celui qu’ils proclament, à longueur de célébrations liturgiques, « Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles, qui a pris chair de la Vierge Marie »…  

Si leur témoignage et leur annonce de la Bonne Nouvelle sont rejetés, qu’ils ne se découragent pas ! Mal accueilli à Nazareth, Jésus a continué de parcourir sans trêve les villages d’alentour en enseignant. Que l’Eglise fasse de même. Elle a reçu l’Esprit pour annoncer, sans désemparer : « Ainsi parle le Seigneur » (1ère lecture : Ez 2,2-5 - voir à cette page). Qu’on l’écoute ou non, elle doit intrépidement et fidèlement poursuivre au cœur du monde sa mission : annoncer sans désemparer le Message qui lui est confié. Car Dieu ne désespère de personne : sinon, il n’aurait pas envoyé sans relâche ses prophètes aux « rebelles » « révoltés » contre lui. Encore faut-il que la vie et la parole de chacun aient – selon sa vocation propre – une authentique dimension prophétique.  

Paradoxalement, dit saint Paul (2ème lecture : 2Co 12,7-10 - voir à cette page), c’est dans la faiblesse des missionnaires que se manifeste avec le plus d’éclat la puissance du Christ.

L’église et les chrétiens peuvent compter sur la grâce du Seigneur…
Que cela leur suffise pour se lancer dans la Mission !
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Quinzième dimanche


Jésus, dès le début de son ministère en Galilée, commencé après l’arrestation de Jean Baptiste, appelle Simon et André, Jacques et Jean à venir à sa suite : « Je ferai de vous des pêcheurs d’homme » (Mc 1,16 – 3ème dimanche TO - B).
D’autres se joignent à eux, et s’attachent à leurs pas, tel Lévi, le collecteur d’impôts (Mc 2,13-14).
Parmi ces fidèles des premiers jours, Jésus en institue Douze « pour qu’ils soient avec lui, et pour les envoyer prêcher avec le pouvoir de chasser les esprits mauvais » (Mc 3,16-18).  

Mais, rapporte saint Marc, il les garde d’abord auprès de lui, ce qui leur permet de mieux le connaître, d’écouter son enseignement, d’être les témoins de ses miracles.
Les controverses auxquelles ils assistent les amènent à s’interroger, eux aussi, sur l’origine du pouvoir et de l’autorité extraordinaires de Jésus, à opter en meilleure connaissance de cause pour ou contre lui.  

Un jour, Jésus estime le moment venu de les envoyer seuls en mission. Les instructions qu’il leur donne (Evangile: Mc 6,7-13) reviennent à leur dire : « Agissez comme lorsque vous étiez avec moi ; ne vous laissez pas arrêter par les rebuffades que vous subirez ».
Ils ont en effet appris auprès de Jésus à mener la vie de prédicateurs itinérants qui ne s’encombrent ni de bagages ni de provisions. « Saisis » (comme Amos – Première Lecture : Am 7,12-15) par un appel inattendu auquel ils ne pouvaient se dérober, pour une mission à laquelle leur expérience passée ne les préparait pas – ils ne pouvaient donc qu’imiter leur Maître. Ils auraient été bien naïfs s’ils avaient imaginé rencontrer partout un succès qu’un prophète issu du même milieu d’humbles travailleurs qu’eux, Amos le bouvier-paysan, n’avait pas connu ! 

En revanche, on peut être quelque peu surpris d’entendre Jésus leur fixer comme première tâche la lutte contre les esprits mauvais. Mais on ne saurait oublier que lui-même a été envoyé pour libérer le monde de l’emprise du Mal (Ps 85, 8-14), et que les guérisons de possédés en sont le signe.  

La liturgie célèbre le mystère du Salut dans sa totalité (Deuxième Lecture: Ep1,3-14). Conçu par le Père « dès avant la Création », réalisé en son Fils quand les temps furent accomplis, il se déploie dans le monde sous l’impulsion de l’Esprit.

L’Eglise a la mission d’annoncer cette Bonne Nouvelle,
« à la louange de la gloire de Dieu ».
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Seizième dimanche


Pour exprimer la sollicitude de Dieu envers les hommes qu’il aime, la Bible recourt volontiers à l’image d’un éleveur qui a confié son troupeau de brebis à des bergers (voir la page « Le berger dans la Bible »). 
 
Pour saisir le caractère suggestif de ces images, il suffit d’avoir vu, fût-ce une seule fois, comment un berger digne de ce nom s’occupe de ces brebis, attentif à chacune d’elles, avec laquelle il entretient une relation particulière (Psaume 23).  

Agir autrement – ou, pire, accabler le troupeau au lieu d’en prendre soin – est inadmissible.
 
Que dire alors quand « les brebis » sont métaphore pour les hommes confiés par Dieu à des pasteurs chargés de les mener vers lui, dans son « bercail », où ils seront enfin et pour toujours en sécurité (repos)?
Dieu ne peut que chasser de tels bergers, indignes de sa confiance. A leur place, il suscitera dans la maison de David un pasteur qui assumera parfaitement sa mission (Première Lecture: Jr 23,1-6)  

Par sa manière de se comporter avec les foules désorientées qu’il voit se presser autour de lui, et venir à leur recherche quand elles s’éloignent, Jésus se révèle comme ce Bon Pasteur annoncé.
Il ne se lasse pas de les nourrir du pain de la Parole (mission), et entraîne ses Apôtres à renoncer au repos qu’il leur a lui-même proposé quelques instants auparavant : il les forme ainsi à l’exercice de leur prochain ministère pastoral (Évangile: Mc 6,30-34).
Le missionnaire de l’Évangile a certes le droit – qui peut devenir un devoir – de se retirer dans la solitude (ressourcement)...
Mais c'est avant tout pour apprendre auprès de Dieu ce que signifie être « saisi de pitié » pour les foules, et ce que cela requiert.
Les Apôtres ont vu Jésus aller « bien avant l’aube » dans un lieu désert où il priait (ressourcement), puis – aussitôt après – venir les chercher et les entraîner ailleurs pour y proclamer la Bonne Nouvelle (mission ; Mc 1,35-39 – 5ème dimanche TO – B).
Le temps du repos mérité viendra. Mais dans l’immédiat, c’est au labeur de la mission qu’il faut s’adonner ensemble « non par contrainte, mais de bon cœur, par dévouement » (1P 5,2).   

« Autrefois loin du Dieu de l’Alliance », aujourd’hui « réunis en un seul corps dans l’Esprit », nous voici autour de la Table où le Christ se donne dans la Parole et le Pain partagés (Deuxième LectureEp 2,13-18).
En levant les yeux vers lui, nous voyons les foules qui errent encore sans berger.


Lorsque s’achève le temps de la liturgie (ressourcement),
il faut aller « dans la paix du Christ »
annoncer « ailleurs » (mission) la Bonne Nouvelle du salut,
afin qu’un jour tous les enfants de Dieu dispersés
puissent partager la même joie,
et s’unir dans une Action de grâce unanime (repos)
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Dix-septième dimanche
(Premier dimanche "du Pain de Vie")


Remarque: La brièveté de l’Évangile selon saint Marc ne permettant pas de le répartir sur trente dimanche du Temps ordinaire (du 4ème au 33ème), c’est dans le IVème évangile (voir en cliquant ici) qu’on lit le récit de la multiplication des pains

Pour leur ménager un peu de repos après le retour de mission, Jésus a conduit les Apôtres « à l’écart, dans un endroit désert », « de l’autre côté du lac de Tibériade ». Mais la foule les a rejoints. Plus question de détente. « Pris de pitié », Jésus revient vers elle et consacre le reste de la journée à l’instruire. Ensuite, pour nourrir la multitude restée jusqu’au soir, il a multiplié cinq pains et deux poissons. (Évangile: Jn 6,1-15).  

Depuis la plus haute antiquité, le pain évoque le minimum nécessaire à la subsistance, qui ne devrait jamais manquer à personne.
La Bible le considère comme un don du ciel (Première Lecture: 2R 4,42-44; voir page « Le pain dans la Bible »). Abondant, il témoigne de la bénédiction divine ; son manque est comme un châtiment pour amener pécheurs et impies à se tourner vers le Seigneur.
Il évoque non seulement la nourriture des derniers temps, qui comblera tous les besoins des hommes, mais également la Parole de Dieu.
La Bible fait également état de la signification courante du pain partagé en signe de paix, d’amitié, d’alliance, de communauté de vie, de communion.
Il évoque non seulement la nourriture des derniers temps, qui comblera tous les besoins des hommes, mais également la Parole de Dieu.
La Bible fait également état de la signification courante du pain partagé en signe de paix, d’amitié, d’alliance, de communauté de vie, de communion.
Il entre dans le rituel du culte : « pains de l’offrande » déposés au Temple et que seuls les prêtres peuvent consommer, « pains azymes du repas pascal (voir page « Pessah – la Pâque juive »).

Il faut avoir cette riche symbolique présente à l’esprit quand on lit le récit de la multiplication des pains dans le IVème évangile. 

Un certain nombre de notations attirent d’emblée l’attention, et font pressentir qu’il s’agit d’un miracle à la signification particulière. 
- « C’était avant la Pâque ». 
- Les Apôtres étaient totalement démunis pour répondre au besoin vital de la foule.
- Il a fallu qu’un jeune garçon se dessaisisse de quelques « pains d’orge » dont il disposait.
- Jésus les a pris entre ses mains et a fait distribuer « après avoir rendu grâce ».
- Tous ont été rassasiés, et il en est resté « douze paniers », le nombre des tribus d’Israël, soigneusement mis de côté. 

A la vue de ce « signe », les gens veulent se saisir de Jésus « pour faire de lui leur roi ». Mais il se dérobe : sa « royauté n’est pas de ce monde » (Jn 18,36). 

Nous pouvons en outre regarder les poissons du jeune garçon.
N’oublions pas en effet

- que, pour les premiers chrétiens, le poisson sera un signe de ralliement – le mot grec ιχθυς désignant le poisson étant l’acronyme de Ιεσους - Χριστος - Θεου Υιος -Σωτηρ = Jésus - Christ (Messie) - Fils de Dieu - Sauveur;

- que, dans l’iconographie chrétienne primitive, l’Eucharistie sera (plus souvent que par du pain et du vin) symbolisée par un pain et un poisson. 

Le « signe » des pains et des poissons multipliés tourne nos regards vers Dieu « qui règne au-dessus de tous » (Deuxième Lecture : Ep 4,1-4) : lui seul peut combler notre espérance(Psaume: Ps 144/145, 10-11;15-18).

Sur tous ces thèmes: une homélie pour ce dimanche du Fr. P.M. Delfieux (fondateur des Fraternités Monastiques de Jérusalem).
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Dix-huitième dimanche
(Deuxième dimanche "du Pain de Vie" )

Rappel: La brièveté de l’Évangile selon saint Marc ne permettant pas de le répartir sur trente dimanche du Temps ordinaire (du 4ème au 33ème), nous continuons, jusqu'au 22ème dimanche du Temps Ordinaire (inclus) la lecture de l’Évangile selon saint Jean (voir l'introduction à ce dernier en cliquant ici).

Dimanche dernier, le Repas du Seigneur a été célébré devant la grande fresque de la multiplication des pains. On était dans le désert. Après avoir nourri la foule, Jésus s’est retiré, tout seul, sur la montagne, « parce qu’ils étaient sur le point de venir le prendre de force et de faire de lui leur roi ». Nous voici aujourd’hui (Évangile : Jn 6,24-35) aux alentours de Capharnaüm, où la foule a fini par retrouver Jésus et ses disciples. Un dialogue se noue.  
Il faut écouter les propos échangés non point en pensant aux autres, ceux de jadis ou d’aujourd’hui, mais à soi-même; et se demander loyalement : « Cette parole de Jésus, prononcée en réponse aux questions posées, ne serait-elle pas pour moi ? » 

La Première Lecture : Ex 16,2-4;12-15, invite à s’interroger sur les raisons profondes de notre présence ici, dans cette église : « Que sommes-nous venus chercher vraiment ? Qu’attendons-nous en vérité de la participation à cette célébration ? » Il ne s’agit pas de donner des réponses toutes faites. Chacun doit se situer personnellement par rapport à la parole de Jésus qui proclame la priorité absolue de la nourriture qu’il est seul à pouvoir donner, lui « le Fils de l’homme,  que Dieu, le Père, a marqué de son empreinte » (Jn 6,27)  lors du baptême dans le Jourdain.

L’œuvre que Dieu demande d’accomplir, c’est de croire en celui qu’il a envoyé. Tout le reste, les travaux, les obligations quotidiennes de toutes sortes, mais également ce qu’on appelle les « pratiques » religieuses, doit être envisagé et fait dans cette perspective, en fonction de cette foi. C’est là, il faut le reconnaître, une exigence inouïe – car il s’agit d’un engagement total, de tous les instants et en toutes circonstances. Pour savoir comment accomplir cette « œuvre de Dieu » (Jn 6,29), et ce qu’elle exige concrètement, il faut regarder Jésus, s’efforcer de l’imiter de son mieux. Lui seul peut enseigner comment se laisser guider par un « esprit nouveau » (Deuxième Lecture : Ep 4,17;20-24), et non par « le néant d’une pensée » qui ne s’élève pas au-dessus des réalités terrestres, et des satisfactions immédiates. Il est le modèle parfait de « l’homme nouveau, créé saint et juste dans la vérité, à l’image de Dieu ». Il s’offre lui-même en nourriture pour que nous vivions de sa vie.  
Celui qui croit en lui n’aura plus jamais faim ; celui qui croit en lui n’aura plus jamais soif. En dehors de lui, rien ne saurait nous combler.

Les textes de la messe de ce jour se font tout particulièrement écho les uns aux autres:
-         Le thème du « pain », « nourriture » qui « rassasie » dans
« le désert » est évoqué par la manne reçue des Pères dans le désert dans la Première Lecture ;
-        Jn 6,16-21, dans la péricope sur le Pain de Vie (Évangile), fait très clairement allusion à ce passage du Premier Testament ;
-         Et il cite par ailleurs explicitement (Jn 6,31) le verset 24 du Psaume 78 : « pour les nourrir il fit pleuvoir la manne, il leur donna le froment des cieux » que nous chanterons aujourd’hui, en même temps que le verset 40b du Psaume 105 : « du pain des cieux il les rassasia ».
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Dix-neuvième dimanche
(Troisième dimanche "du Pain de Vie" )



La foi ne s'impose pas: c'est une grâce, un don gratuit de Dieu. Il en va comme de l'amour. De nombreuses explications peuvent être avancées par ceux qui croient et ceux qui aiment ! Mais les « raisons » de croire et d’aimer sont d’un autre ordre que purement rationnel. On peut refuser le don de la foi, comme celui de l’amour, lui fermer son cœur. Rien ni personne ne peut contraindre à l’accueillir… pas même Dieu quand il s’agit de la foi, réponse libre à ses appels, engagement personnel.  

Jésus n’a pas cherché à convaincre par la force des arguments ceux qui protestaient quand il a dit : « Je suis le pain descendu du ciel, le pain vivant qui donne la vie au monde » (Évangile : Jn 6,41-51). Il les a renvoyés à l’expérience de leurs pères, nourris de la manne – miracle quotidien – durant les quarante ans de l’Exode. Cette nourriture céleste, ils le savaient, a permis la survie du peuple tout au long de son errance dans le désert – mais a été en même temps une épreuve pour sa foi. Beaucoup ont murmuré contre Dieu et Moïse, son envoyé.  

Ce que Jésus dit de lui-même, « pain vivant descendu du ciel », était certes exorbitant par rapport à ce qu’on avait entendu jusque là.

Mais le souvenir des merveilles accomplies jadis par Dieu, et l’espérance de merveilles plus grandes encore, l’attente d’un nouveau Moïse, d’un prophète supérieur à Elie lui-même (Première Lecture : 1R 19,4-8) auraient dû inciter les auditeurs de Jésus à lui prêter une oreille attentive.

En tout cas, Jésus ne s’arrête pas à ces récriminations. D’affirmations en affirmations, toujours plus nettes et plus explicites, il poursuit son discours sans rien retrancher à ce qu’il a commencé de dire, sans édulcorer en aucune manière le sens et le réalisme de ses paroles.   

Manifestement, saint Jean les a rapportées pour que les chrétiens s’en imprègnent, les méditent, en scrutent sans cesse l’insondable richesse, et confrontent leur foi à cette révélation sur le Pain de vie.  

On pressent même, dans ces pages, un condensé de l’enseignement donné par l’Apôtre aux fidèles réunis pour le Repas du Seigneur. Quoi qu’il en soit, cette page d’Evangile est proclamée dans l’assemblée qui célèbre l’Eucharistie, « mystère de la foi », viatique jusqu’à la rencontre avec Dieu, sacrement de la charité à l’imitation du Christ qui nous a aimés jusqu’à se livrer pour nous.
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Vingtième dimanche
(Quatrième dimanche "du Pain de Vie" )

לכו לחמו בלחמי ושתו ביין מסכתי
« Venez, mangez de mon pain, buvez du vin que j'ai préparé! » proclame la Sagesse (Première Lecture: Pr 9,1-6). A sa table ouverte à tous, chacun peut venir se rassasier gratuitement de la nourriture et du breuvage nécessaires pour conduire sa vie avec intelligence sur le chemin tracé par Dieu. Cette voix qui invite au festin, c'est la voix du Seigneur lui-même, la Sagesse en personne.
« Venez à moi! » dit également Jésus, qui offre son corps et son sang donnés pour la vie éternelle.

Le long discours de Jésus, qui - dans l'Evangile selon saint Jean - suit le récit de la multiplication des pains (Évangile: Jn 6,51-58), doit manifestement s'entendre dans la perspective de l'Eucharistie.
Il s'agit là d'une véritable catéchèse mystagogique, c'est-à-dire d'un enseignement qui qui a pour objectif d'initier les croyants à l'intelligence de ce Mystère, de ce Sacrement (ces deux mots, le premier d'origine grecque, le second d'origine latine, ont le même sens). C'est ainsi que le comprennent les chrétiens d'aujourd'hui, à la suite de l'auteur du IVème évangile (dont la rédaction, dans sa forme actuelle, était achevée vers la fin du Ier siècle).
La lenteur de ce développement en spirale et de sa progression avec de fréquents retours en arrière pourrait déconcerter. Pourquoi ne pas en venir directement , plus rapidement et plus explicitement à l'Eucharistie - puisque c'est d'elle qu'il s'agit?...
Mais il vaut la peine d'entrer dans son rythme, sans brûler les étapes. En effet, tel qu'il se trouve construit, le « Discours sur le Pain de Vie » permet de réfléchir calmement, en prenant son temps, sur le « mystère de la foi » qui est au-delà de tout ce qu'on peut en dire.

Ce que Jésus a fait s'enracine dans la longue suite des merveilles opérées par Dieu depuis l'Exode. Ce qu'il a dit s'intègre dans le déploiement de la révélation de Dieu. Ses actions et ses paroles le révèlent comme le Fils de l'homme, le Verbe de Dieu fait chair, mort et ressuscité pour notre salut, désormais vivant, avec son corps glorieux, à la droite du Père.
L'Eucharistie, « remède d'immortalité » comme disaient les anciens, refait sans cesse nos forces sur la route de notre exode.
Elle nous donne les arrhes de ce que nous recevrons un jour en plénitude: la communion à la vie du Père, avec le Fils et dans l'Esprit, lors du banquet éternel. Fortifiés par cette nourriture céleste, nous pouvons « tirer parti du monde présent » et « à tout moment rendre grâce à Dieu le Père, au nom de notre Seigneur Jésus Christ » (Deuxième Lecture: Ep 5,15-20).
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Vingt-et-unième dimanche
(Cinquième dimanche "du Pain de Vie")

Depuis le dix-septième dimanche, l'assemblée est appelée à méditer sur le "signe du pain".

Au point de départ, une équivoque sur le sens de la multiplication des pains et, du même coup, sur la personne et la mission de Jésus. Il n'a pas été envoyé pour devenir roi, et, grâce à ses pouvoirs miraculeux, procurer du pain à ses partisans.
Le "discours" à la synagogue de Capharnaüm progresse au rythme des incompréhensions successives des auditeurs, et de leurs interventions de plus en plus agressives. Le pain multiplié est "signe" de contradiction.

La perspective eucharistique du chapitre 6 de l’Évangile selon saint Jean - sous-jacente dès le début - apparaît de plus en plus clairement au fur et à mesure qu'on avance dans sa lecture - surtout lorsqu'elle est faite dans le cadre de la liturgie dominicale.
Jésus proclame qu'il faut vraiment "manger" sa "chair" et "boire" son "sang" pour avoir la vie éternelle. Le réalisme des termes employés ici rejoint celui du prologue de saint Jean: "Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous" (Jn 1,14).

Les disciples, jusque là restés dans l'ombre et silencieux, entrent soudain en scène. En entendant ces paroles, ils perdent leurs dernières illusions sur la mission temporelle et politique de Jésus. A quoi bon s'attacher plus longtemps à ses pas?... Beaucoup se retirent.

Jésus ne cherche pas à les retenir en édulcorant le sens de ses affirmations. Il s'adresse aux Douze: " Voulez-vous partir, vous aussi?"

Cette question pose celle de la foi qui consiste, comme l'amour, à engager toute sa vie - non parce qu'on est sûr de soi, mais de l'Autre.
Chacun de ceux qui célèbrent l'Eucharistie doit prendre lucidement conscience des pensées de son cœur, et s'interroger loyalement sur son attachement personnel à Jésus, Parole et Pain de Vie.

Il en va de même pour la réception de tout sacrement - réaffirmation et renouvellement de l'engagement à la suite du Christ, exigence de nouvelles relations aux autres, à l'imitation de celles qui unissent le Seigneur à l'Eglise.
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Vingt-deuxième dimanche

Après les cinq dimanches dits "du Pain de Vie", où nous avons écouté saint Jean, nous retrouvons aujourd’hui saint Marc – le guide « attitré » des liturgies dominicales en année B. 

Dimanche dernier, vers la fin du « Discours sur le Pain de Vie », nous avons entendu Jésus dire : « C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien » (Jn 6,63). Or voici que les Lectures de ce dimanche portent sur la manière authentique, la seule agréée par Dieu, dont le croyant doit comprendre et vivre la foi exprimée par la pratique et les observances religieuses. 

À la différence d’un législateur lointain, qui se contenterait d’une obéissance « extérieure » aux lois promulguées, Dieu, proche de son peuple, a donné ses « commandements » (plus exactement en hébreu : ses « דברים devarim - Paroles ») – pour que ceux qui les gardent conduisent leur vie avec sagesse et intelligence, et se préparent ainsi à entrer dans l’héritage promis. Loin d’écraser l’homme, la Loi divine le met debout.
Ses prescriptions sont autant de balises qui évitent de s’égarer, de s’engager sur des chemins sans issue ou sur des pentes apparemment faciles, mais exposées à de meurtrières avalanches.

Marcher d’une allure régulière sur la voie tracée par les commandements permet de se rapprocher de Dieu, heure par heure, jour après jour… L’exemple de cette fidélité persévérante et joyeuse n’entraîne certes pas toujours les autres sur le même itinéraire - mais elle leur montre le chemin de la justice et de la vérité.Ajouter ou enlever quoi que ce soit à cette Loi, la « corriger » en somme, est faire preuve de fatuité - injurieuse à l’égard de Dieu, désastreuse pour soi.

Les commandements du Seigneur ne sont pas les articles d’un code écrit une fois pour toutes, à observer à la lettre sans faire preuve de responsabilité. Ils doivent être compris, précisés, éventuellement adaptés
  • en tenant compte des nécessités de temps, de lieux, de personnes
  • mais à condition, toutefois, de ne jamais confondre la volonté de Dieu avec des traditions, même séculaires – encore moins avec des façons de faire qui la trahissent et/ou la bafouent.  
C’est dans le cœur que la Loi de Dieu et sa Parole doivent être inscrites, car c’est du cœur que proviennent le désir mauvais, l’intention perverse, la haine, la cupidité – qui rendent impur.
Le critère, ultime et décisif, de l’observance juste de la Loi de Dieu, c’est la charité efficace à l’égard du prochain ; elle juge de l’authenticité de la participation à l’Eucharistie, sacrement de la charité.
Les Textes

Première Lecture: Dt 4,1-2.6-8
« Vous n’ajouterez rien à ce que je vous ordonne… Vous garderez les commandements du Seigneur »
Deuxième Lecture: Jc 1,17-18.21b-22.27
« Mettez la Parole en pratique »
« Vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes »
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Vingt-troisième dimanche


La liturgie est dialogue entre Dieu et son peuple.
Par sa Parole, Dieu s'adresse aux hommes et aux femmes de ce temps. Il leur redit sans cesse, et de multiples manières, qu'il a envoyé son Fils pour les sauver. Lorsqu'il semble se faire lointain, c'est pour les inciter à crier à nouveau vers lui et à reprendre la relation confiante à laquelle, de son côté, il reste toujours prêt. Le temps vient, annonce Isaïe (Première Lecture - Is 35,4-7a), où s'ouvriront enfin les oreilles des sourds, et où les muets seront capables de louer Dieu à pleine voix.

Les attitudes et les démarches liturgiques sont autant de réponses à la parole de Dieu. Les chants et les prières expriment la foi que tous partagent. Dans les temps de silence, chacun peut dire ce qu'il a dans le secret de son cœur. Ce dialogue entre Dieu et son peuple conduit à l'intimité de la communion, lorsque le Christ s'unit à chacun sous les Espèces du pain et du vin, rassemblant dans l'unité d'un seul corps tous ceux qui participent au même sacrement.

La guérison du sourd-muet, rapportée par saint Marc (Evangile: Mc 7,31-37), doit être comprise dans cette perspective liturgique et sacramentelle:
 
- Elle a lieu dans une région à prédominance païenne (après s'être rendu à Tyr, en Phénicie - l'actuel Liban - il projette de rejoindre la mer de Galilée, mais il s'y rend par Sidon: il part donc vers le nord en longeant la côte phénicienne, alors que la route "normale" irait vers le sud-est, en traversant la Galilée; or, si Jésus semble s'attarder volontiers en pays phénicien, nous ne savons pas s'il s'est ou non arrêté en Galilée, ni même s'il l'a alors traversée... Peut-être est-il resté en pays païen, passant le Jourdain pour traverser la Trachonitide et se rendre en Décapole).
Cette circonstance suggère que Jésus est venu pour instaurer une humanité nouvelle dont tous les hommes sont appelés à devenir membres.
Elle annonce en même temps la mission de l'Eglise parmi "les nations" (les non-Juifs).
- Rien n'est dit de l'origine ou de l'identité du sourd-muet, ni de ceux qui l'accompagnent jusqu'à Jésus: chacun peut donc se reconnaître en eux.

Jésus met les doigts dans les oreilles de l'infirme, fait une onction sur sa langue en levant les yeux vers le ciel, et prononce une parole, "Ephata", passée telle quelle, en araméen, dans la liturgie ancienne du baptême.
L'Eglise a donc vu dans cette guérison une sorte de parabole en acte de ce qui se passe lors du premier sacrement de l'initiation chrétienne. Guéri de sa double infirmité spirituelle, le baptisé peut désormais entendre la parole de Dieu, proclamer sa foi, et louer Dieu sans contrainte, à pleine voix. Il est ainsi introduit dans la communauté des frères et des sœurs où il n'y a pas de différences entre riches et pauvres (Deuxième Lecture - Jc 2,1-5), car tous reçoivent gratuitement les bienfaits inestimables de Dieu, et sont également élevés à la dignité d'"héritiers du Royaume".
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Vingt-quatrième dimanche

"Qui donc est Jésus?..."
Depuis son début, l'Evangile selon saint Marc oriente vers cette question.
Elle reçoit une première réponse explicite à mi-parcours de l'itinéraire de l'itinéraire sur lequel l'évangéliste entraîne son auditeur.

Un jour, à Césarée-de-Philippe, Jésus a mis ses disciples en demeure de se prononcer eux-mêmes, face aux opinions diverses des autres: "Pour vous, qui suis-je?" (Evangile - Mc 8,27-35)

Près de Césarée-de-Philippe,
une des nombreuses sources du Jourdain

Pierre se fait leur porte-parole: "Tu es le Messie". C'est une bonne réponse, à condition de bien comprendre ce que signifie et implique ce titre traditionnellement donné à l'Envoyé de Dieu attendu. Il ne faut donc pas l'employer sans discernement.

Certes, le Livre d'Isaïe (Première Lecture - Is 50,5-9a) avait brossé par traits vigoureux le portrait d'un "Serviteur de Dieu", inébranlablement fidèle à sa vocation et à sa mission, malgré les persécutions et les outrages - et qui ne serait pas confondu parce que Dieu, sa force, était à ses côtés.
S'agissait-il là de l'évocation saisissante du sort auquel tout prophète se voit exposé, ou du portrait d'un envoyé de Dieu hors de pair?...

Jésus accepte la confession de foi de Pierre. Mais, "pour la première fois", il révèle à ses disciples qu'il doit "beaucoup souffrir", être jeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes", "être mis à mort", et "ressusciter le troisième jour".
"Non! Cela ne peut t'arriver!" s'indigne Pierre.
Sa réction partait sans doute d'un bon sentiment. Pourtant, Jésus le rabroue vertement car - sans le savoir - il parle comme Satan qui, au désert, voulait détourner le Fils de l'homme de sa mission et de l'obéissance à son Père.
Quelle leçon pour les disciples de tous les temps! Croire au Christ, c'est reconnaître en lui le Fils de Dieu lorsqu'il expire sur la Croix, comme le fit le centurion romain qui se tenait devant lui au Calvaire (Mc 15,39). Et cette foi exige de marcher à sa suite sur la voie de la Passion qui, seule, conduit à la résurrection pascale.

Croire ne consiste pas à faire des déclarations d'appartenance au Christ, mais à agir, à se comporter comme lui.
Il a tout donné, jusqu'à sa propre vie, pour nous obtenir le salut dont nous étions radicalement privés. Dès lors, dans la communauté chrétienne, nul ne peut se prévaloir d'une quelconque supériorité.
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Vingt-cinquième dimanche


Ce dimanche (Evangile: Mc 9,30-37), et dimanche prochain, on lit presque intégralement ce qui, chez Marc (Mc9,33-50), correspond en plus bref à ce qu'on appelle généralement le "Discours ecclésiastique" chez Matthieu (Mt 18,1-35).
Cet enseignement porte sur la manière dont les disciples doivent se comporter les uns à l'égard des autres dans la communauté chrétienne. Le fondement de cette conduite est la foi au Christ, Messie crucifié et ressuscité, qui a ouvert la voie de salut sur laquelle il faut marcher pour avoir, avec lui, la vie auprès du Père, dans l'Esprit.

Ce message contredit radicalement la pensée humaine. Le traduire dans la conduite concrète de la vie va à l'encontre des lois et des mœurs du monde.
Ceux-là même qui croient au Christ admettent difficilement qu'il ait dû connaître un tel abaissement, et surtout que leur propre conduite doive s'inspirer de principes tellement opposés aux valeurs qui régissent la société ambiante.
S'ils se conforment à la sagesse paradoxale de l'Evangile, on les prend pour des fous et des gêneurs, voire des gens qui déstabilisent l'ordre établi - que conteste leur façon d'agir.
On cherche alors à les faire taire par tous les moyens (Première Lecture: ): en les déconsidérant, parfois en les supprimant, plus généralement aujourd'hui en les marginalisant et en les neutralisant.
Nul ne saurait s'en étonner: la foi qui agit a valeur prophétique - et tout prophète est objet de contradiction souvent violente, toujours gravement éprouvante.

L'expérience devrait pourtant montrer que la prétendue folie évangélique est suprême sagesse (Deuxième Lecture: Jc 3,16 - 4,3). La convoitise, l'intolérance, la jalousie, l'asservissement aux instincts humains de possession et de domination ont toujours engendré guerres et conflits - larvés ou déclarés - non seulement dans le monde, mais jusque chez les croyants, dans les communautés chrétiennes et même dans l'Eglise.

Les fruits de la paix mûrissent lentement mais sûrement quand  chacun, au lieu de chercher à dominer les autres, se fait l'humble serviteur de tous. Les communautés chrétiennes, l'Eglise servante et pauvre, doivent donner au monde une image de la Cité d'en-haut!
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Vingt-sixième dimanche


Rappel: Ce dimanche, avec dimanche dernier (voir ci-dessus), on lit presque intégralement ce qui, chez Marc (9,33-50), correspond en plus bref à ce qu'on appelle généralement le "Discours ecclésiastique" chez Matthieu (Mt 18,1-35).

Il fait bon se sentir entre frères et sœurs à la messe. Mais que celle-ci ne devienne jamais un ghetto qui monopolise le Christ. L’Esprit ne se laisse pas annexer (Première Lecture).
Ne retranchons pas trop vite les mal-croyants, les faibles que notre supériorité risque de mépriser (Evangile).
Dans notre vie professionnelle, n’exploitons personne (Deuxième Lecture). Veillons à ne pas entraîner la chute des faibles, commençons par éviter ce qui nous entraînerait nous-mêmes au péché (Evangile).  

Un jour, rapporte le livre des Nombres (Première Lecture: Nb 11,25-29), deux des "anciens" établis par Moïse pour le seconder dans la conduite du peuple étaient restés dans le camp, au lieu de se rendre à l' אֹהֶל, le "Tabernacle", la "tente de la Rencontre", lieu habituel des manifestations du Seigneur.
Or voici qu'eux aussi, remplis de l'Esprit, se mettent à prophétiser! "Intolérable! Fais-les taire!" dit Josué à Moïse, qui lui a répondu: "Pas question! Il faut plutôt admirer la souveraine liberté de Dieu que rien ne peut entraver! Avec moi, appelez de vos  vœux le jour où tous, sans distinction, deviendront aussi prophètes!"

La réaction de Josué ne surprend pas: assez spontanément, en effet, on réagit comme si l'on avait un droit d'exclusivité sur les dons de la grâce.
C'est ainsi que les Douze ont voulu empêcher un homme de chasser les esprits mauvais "au nom de Jésus", parce qu’il n’appartenait pas à leur cercle. Une telle étroitesse d’esprit est en contradiction avec la manière dont Jésus lui-même a agi, et avec son enseignement. Quiconque exerce la charité et la miséricorde aura sa récompense. Le Seigneur reconnaît dès aujourd'hui comme sien quiconque délivre le prochain de son indigence non seulement spirituelle, mais matérielle ! En revanche, il rejette ceux qui prétendent lui appartenir, alors qu’ils sont une occasion de chute pour les autres, et surtout pour les plus fragiles – auxquels il s’identifie. La manière de se conduire à leur égard est le critère ultime de l’authenticité de la foi et de l’appartenance au Christ. Mais il faut également se libérer soi-même de tout ce qui peut être occasion de péché.  

Certes, Jésus n’a cessé de le dire, c’est du cœur que proviennent les pensées et les intentions qui inspirent et qualifient les actes. Mais il faut compter aussi avec le corps, maîtriser ses pulsions. On doit aussi lutter contre la séduction des idoles, dont l’une des plus dangereuses et des plus voraces est l’argent (cf. Mt 6,24) : ceux qui possèdent des richesses se trouvent spécialement en danger de se perdre (Deuxième Lecture : Jc 5,1-6)…


Tout cela, Jésus l’a enseigné non seulement en paroles, mais en actes : accueillant à tous, il s’est fait pauvre jusqu’à se dépouiller de sa divinité (cf. Ph 2,6) pour nous enrichir de sa pauvreté…
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Vingt-septième dimanche


L'homme et la femme se détachent de leurs parents pour s'attacher l'un à l'autre (Première Lecture: Gn 2,18-24), parce que, répond l'un des auteurs de la Genèse, Dieu les a voulus partenaires égaux et complémentaires, destinés à ne "faire plus qu'un".

Dieu crée l'homme et la femme égaux et complémentaires
(La Genèse - Bible de Souvigny, fin du XIIème siècle -
Bibliothèque municipale de Moulins)

Cette page du premier des livres du Pentateuque, de la תורה-Tora', a été rédigée après l'époque des Patriarches qui a connu la pratique courante de la polygamie.
Il y eut aussi un temps où la répudiation de la femme par son mari était admise et réglementée.
Il n'en est donc que plus remarquable de voir l'origine de l'humanité évoquée dans le cadre d'un couple monogame.

Interrogé sur la légitimité de la dissolution de l'union matrimoniale, et sur la législation qui en fixait les cadres juridico-religieux (Evangile, lecture brève: Mc 10,2-12), Jésus se garde bien d'entrer dans des discussions de casuistique - mais il renvoie à ce que Dieu a voulu "בראשית- au commencement" (premier mot de la Genèse, et son intitulé dans la TaNaKh).
Le devoir de fidélité de l'homme et de la femme découle de la fidélité de Dieu, qui ne remet jamais en cause l'Alliance conclue avec les siens (voir note sur Gn 2,18).
"εν τη οικια - A la maison", lieu de l'enseignement aux disciples, Jésus ajoute que cette fidélité concerne les deux époux: le mari n'a pas le droit de renvoyer sa femme comme s'il avait sur elle un pouvoir discrétionnaire, et celle-ci a les mêmes devoirs à l'égard de son mari.

Une telle exigence requiert parfois une générosité et une abnégation indéniables.
Pourtant Dieu n'a pas en vue des hommes et des femmes exceptionnels. Jésus pas davantage: il est venu non pour les forts et les bien-portants, mais pour les faibles, les malades, les pécheurs (Mt 9,12-13).

Un jour (Evangile, suite de la lecture: Mc 10,13-16), ses disciples ont voulu écarter de lui des enfants: ils les jugeaient insignifiants, trop jeunes en tout cas pour avoir place dans l'auditoire qui se pressait autour du Rabbi, du Maître. Quelle erreur! "Laissez-les venir à moi", dit Jésus. Il les présente même comme des modèles à imiter - non en raison de l'innocence ou de la naïveté qu'on leur prête souvent - mais parce qu'ils l'accueillent, et viennent à lui, en toute simplicité et confiance: sans arrière-pensées!
Et en cela, les enfants lui ressemblent.
Jésus a accepté, en effet, de se conformer sans la moindre réticence à la volonté du Père. Pour accomplir son dessin de salut,s'en remettant totalement à lui, sans arrière-pensée, il n'a pas hésité à perdre sa propre vie. Il a fait ainsi de la multitude une humanité nouvelle, appelée à entrer avec lui, le Premier-Né, dans la gloire des enfants de Dieu.
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Vingt-huitième dimanche

L'évangile de ce dimanche rapporte encore des enseignements donnés par Jésus - sur la route qui le conduit à Jérusalem, où il entraîne ses disciples à qui, pour la deuxième fois, il a annoncé sa passion prochaine.

Cet encadrement fait ressortir le véritable sens, et les enjeux, des exigences souvent radicales de l’Evangile, rapportées par saint Marc. Elles n’ont rien d’arbitraire, et ne se confondent pas avec ce qu’il peut y avoir d’ardu aux obligations d’une loi.

Jésus a proclamé solennellement qu’il n’est pas venu abolir les prescriptions anciennes, mais les porter à leur accomplissement (Mt 5,7), c’est-à-dire les remettre dans la direction de l’authentique volonté de Dieu. Dès son enfance et sa jeunesse, il les a observées dans cette perspective, selon leur esprit et nous a ainsi montré l’exemple de la juste fidélité à la Loi.
Mais il est bien plus qu’un nouveau Moïse, restaurateur de la pureté de la législation reçue par les pères, bien plus qu’un modèle parfait, à imiter d’aussi près que possible… Il est le Sauveur, le Salut.
Voilà pourquoi il faut le suivre et, pour cela, se libérer de tout ce qui attache aux choses qui passent (biens matériels en particulier, fussent-ils légitimement acquis), afin d’avoir « un trésor au ciel ».
Cette attitude est folie pour les hommes qui considèrent comme nécessaires au bonheur les richesses qui assurent une vie confortable, et garantiraient l’avenir : la liste de ces biens s’allonge indéfiniment – surtout dans une société de consommation et d’avidité sans cesse croissante !
Mais c’est pourtant la sagesse suprême – parce qu’elle fait voir et apprécier toutes choses comme Dieu lui-même : les Ecritures l’ont révélé. Et le critère ultime et indiscutable du juste discernement est Jésus, le Fils de Dieu, son Verbe, sa « parole vivante ». Il « juge des intentions et pensées du cœur » ; c’est à lui que nous aurons à « rendre des comptes ». Rien ne doit lui être préféré. Cela ne va pas – surtout pour ceux qui possèdent de grandes richesses, sans déchirants renoncements. Mais il faut avoir la sagesse de les consentir joyeusement, pour entrer dans la gloire acquise par jésus au prix d’un total dépouillement.

L’Eucharistie est le gage de la vie éternelle, infiniment plus précieuse que tout : sous les signes du sacrement, c’est l’auteur du Salut lui-même qu’on reçoit !

Les Textes

Première Lecture: Sg 7,7-11 - Les trésors de la Sagesse
Psaume: Ps 89/90,12-17 - Enseigne-nous la sagesse!
Deuxième Lecture: Hé 4,12-13 -La Parole pénétrante de Dieu
Évangile:   Mc 10,17-30 - Le jeune homme riche
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Vingt-neuvième dimanche


"Suivre" Jésus requiert de ne rien lui préférer, de se détacher librement et avec joie de tout ce qui retient d'aller avec lui vers le Royaume (Evangile de dimanche dernier: Mc 10,17-30). De telles exigences vont tant à l'encontre de la "sagesse", de la prudence humaines que les discours les mieux argumentés restent impuissants à en faire comprendre le sens, et à convaincre de leur nécessité absolue.
Seul un regard attentif, soutenu, porté vers le Seigneur et la manière dont il s'est comporté peuvent amener à s'engager résolument sur cette voie.
C'est à cette contemplation qu'invite la liturgie de ce dimanche, à la lumière convergente de ses textes scripturaires.


Le prophète Isaïe (Première Lecture: Is 53,10-11) évoque un mystérieux "Serviteur de Dieu" qui a pris sur lui les péchés des hommes pour les "justifier", c'est-à-dire pour leur faire retrouver la sainteté qu'ils avaient perdue par leur désobéissance à Dieu.
Le parallélisme est saisissant, jusque dans le vocabulaire, avec ce qui est dit du "Fils de l'Homme" venu "donner sa vie en rançon pour la multitude".

Par ailleurs, la Lettre aux Hébreux (Deuxième Lecture: Hé 4,14-16) rappelle que Jésus, le "grand prêtre" "qui a pénétré dans le sanctuaire des cieux", nous a obtient la miséricorde divine, avec l'assurance de recevoir, "en temps voulu, la grâce de son secours".

Quant au Psaume (Ps 32 lit), il dit également la confiance du croyant dans l'aimante fidélité de Dieu.


La liturgie de la Parole présente donc, ce dimanche, une remarquable unité; elle éclaire de façon particulièrement vive le sens et la portée du mystère du salut,
- célébré "hic et nunc", ici et maintenant, par l'Eglise,
- auquel nous avons part,
- et qui doit déterminer notre manière de vivre chaque jour, dans l'Eglise bien sûr, mais aussi dans le monde.

En effet, le Seigneur "a connu l'épreuve comme nous". "Plongé dans le baptême" de l'angoisse qui le submergeait, il a librement accepté de boire l'amère "coupe" que le Père, "à qui tout est possible", pouvait écarter de lui (Mc 14,36). Il s'est volontairement soumis à la dure loi de la mort - alors qu'il n'avait pas commis le péché.
En raison de sa totale obéissance, et de sa parfaite disponibilité au projet salvifique de Dieu sur le monde, il est entré dans la lumière du Royaume vers lequel il nous entraîne.


Tel est le mystère de la foi célébré dans l'assemblée fraternelle des disciples qui doivent rivaliser de zèle au service des autres, en s'en remettant à Dieu pour leur avenir dans le Royaume des cieux, à l'exemple du Christ.
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Trentième dimanche


A trois reprises, Jésus a annoncé à ceux qui le suivaient depuis le début de son ministère que sa route le conduirait à Jérusalem - où il devait souffrir, mourir, et ressusciter.
Pour Pierre, un tel dénouement était inadmissible.

Jacques et Jean, "les fils de Zébédée", n'avaient sans doute prêté attention qu'à l'évocation de la gloire qui, pensaient-ils, faisait présager l'instauration immédiate et visible du règne de celui auquel ils avaient attaché leurs pas. Quel que fût le prix à payer, ils voulaient y occuper des places d'honneur (Evangile de dimanche dernier).


Et nous voilà aujourd'hui, à la sortie de Jéricho, dernière étape dans la montée de Jésus vers Jérusalem.


Photos:

<- A la sortie de l'oasis actuelle de Jéricho, que l'on distingue en contrebas, à 380m en-dessous du niveau de la mer: de là, on "monte" donc bien vers Jérusalem.



La route menant de Jéricho à Jérusalem passe par ce canyon;
des moines orthodoxes y ont édifié ce monastère,
non loin de la "Route du bon Samaritain". ->



C'est là qu'a lieu une guérison particulièrement symbolique (Evangile: Mc 10, 46b-52): celle d'un mendiant aveugle, Bartimée, assis au bord de la route.
L'infirme implore Jésus en l'appelant "Fils de David" (sur cette expression, page en préparation). Invité à approcher en toute confiance, "il jette son manteau", "bondit", et "court" demander sa guérison. "Sauvé" par sa foi, il voit "aussitôt", et suit Jésus sur la route.

Ce récit très alerte est riche de significations pour les chrétiens auxquels l'évangéliste Marc s'adresse - tout comme les autres Lectures de cette liturgie:
Jésus peut - et veut - guérir la cécité de ceux qui l'implorent avec foi, et qui n'hésitent pas à aller vers lui; cette première "illumination" a lieu lors du baptême.
C'est une étape personnelle précédée d'une préparation plus ou moins longue, lorsque le "sacrement de la foi" est reçu à l'âge adulte ou scolaire; les tout-petits sont quant à eux engagés par leurs père, mère, parrain, marraine, sur le chemin qui doit les mener, avec l'accompagnement de ces adultes à la participation de plus en plus consciente au mystère pascal de Jésus.
Il serait regrettable, après cette première rencontre, de revenir s'asseoir au bord du chemin, ou d'abandonner à eux-mêmes les jeunes enfants baptisés.
Les sacrements qui jalonnent la vie, l'Eucharistie célébrée régulièrement, sont donnés pour progresser sur "la route de Jérusalem" sans trébucher, ou pour "remettre debout" lorsqu'on a "trébuché"...
Car c'est à un "exode" (littéralement: "route de sortie"; cf. "je les rassemble des extrémités du monde" - Première Lecture: Jr 31,7-9) merveilleux que le Christ convie tous ceux qui le suivent, un "bon chemin" laquelle peuvent s'associer toutes les nation en "une grande assemblée".
On peut lui faire confiance: il est en mesure de relever tous ceux qui pèchent, lui "le grand prêtre" "chargé d'intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu" (Deuxième Lecture: Hé 5,1-6)! 
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Trente-et-unième dimanche
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Trente-deuxième dimanche


Il faut comprendre correctement ce que les évangélistes écrivent des scribes, pharisiens et autres dirigeants du peuple.
Leur portrait est volontairement chargé pour mieux faire ressortir les comportements dénoncés.
N'oublions pas non plus que le pays est alors en situation d'occupation (ceux qui ont connu l'occupation nazie durant la Seconde Guerre Mondiale, ceux qui connaissent aujourd'hui une situation d'occupation de leur pays ou de leur région comprendront ce que cela signifie...), et que la société est alors très divisée: des groupes "officiels" (sadducéens, pharisiens, hérodiens...) organisent la religion, des individus essaient de mettre la situation à leur profit, tandis que d'autres fomentent des révoltes contre les forces romaines; le pouvoir est partagé entre autorités juives et romaines (d'autant que, à Rome même, les Juifs avaient un statut particulier) - ce qui expliquera le "double procès" de Jésus, qui dérangeait les scribes, spécialistes de la Loi mosaïque, et surtout la haute classe des sadducéens, majoritaires au Sanhédrin (le grand conseil) et qui dirigeaient le Temple (source de revenus énormes); quant à Pilate, même s'il semble avoir douté de la culpabilité de Jésus, il ne veut pas prendre de risques avec une foule énorme (on est en période de pèlerinage) qui peut à tout moment se retourner contre l'autorité romaine...

Mais ces "caricatures" relèvent bien d'un genre littéraire...
Il y avait - bien sûr! - des scribes dignes d'éloge (comme celui dont il est question dans l'Evangile du trente-et-unième dimanche: Mc 12,28b-34); et Joseph d'Arimathie, "membre éminent du Conseil" (du Sanhédrin) était un sympathisant (Mc 15,43), voire un disciple (Mt 27,57; Jn 19,38) de Jésus.

"Les scribes" invectivés dans la première péricope de l'Evangile (Mc 12,38-40) ne peuvent être des personnages réels, mais servent de support à la dénonciation de graves défauts.

En revanche, la veuve dont les quelques piécettes offertes représentent tout l'avoir Mc 12, 41-44) évoque bien des personnes qui agissent comme elle; on les estime souvent peu raisonnables, ou même irresponsables... en tout cas pas à imiter! Or la "pauvre veuve" de l'Evangile est proposée comme modèle à tous, justement parce qu'elle donne non point "de son superflu", mais tout "ce qu'elle a pour vivre" - non une part seulement d'elle-même, mais tout!

Finalement, c'est la foi qui est ici en cause - ainsi qu'en témoigne le récit de ce qui advint à Elie (Première Lecture: 1R 17,10-16). Il fait une totale confiance à Dieu en allant à Sarepta (territoire en principe hostile), sans savoir comment il pourra y subsister.Et c'est également une pauvre veuve qui s'en charge. Sur la promesse faite par le prophète au nom de Dieu (dont il n'est pas dit qu'il est le sien!) elle sacrifie ce qui lui reste pour survivre quelques jours avec son fils...

Le Christ, lui, a offert jusqu'à sa propre vie "pour détruire le péché par son sacrifice" (Deuxième Lecture: Hé 9,24-28) afin que "la multitude" ait part à sa gloire lorsqu'il reviendra.
Le caractère exemplaire de l'offrande des pauvres dont parle l'Ecriture ne saurait donc être édulcoré - surtout quand on célèbre l'Eucharistie, "mystère de la foi", Mémorial de la Pâque du Christ mort et ressuscité. 
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Trente-troisième dimanche


Comme lors du premier dimanche de l'Avent, le retour du Seigneur est au centre de la célébration d'aujourd'hui. Cet encadrement montre bien que l'année liturgique est vraiment le "sacrement", le "mystère" du Salut qui se déploie dans le temps des hommes et les achemine progressivement vers l'instauration du Royaume.

<- Le jugement dernier - Cambridge, Trinity College.
Le Christ montre ses plaies. A sa gauche, trois anges montrent les signa, les instruments de sa crucifixion (la croix et la couronne d'épines, la lance et les clous, la coupe de vinaigre); en-dessous, un groupe d'élus (dont un franciscain, et peut-être une reine). A sa droite, la résurrection des morts: ils sortent de l'eau, les yeux clos; certains portent "le livre" de leurs actes (cf. Dn 12,1-3); en-dessous, la gueule de l'enfer (ou du Sheol, ou du Purgatoire, selon les lectures) s'ouvre pour laisser sortir quelques personnages - dont certains portent également leur livre - les uns s'apprêtant à passer du côté des élus, alors que d'autres sont précipités définitivement vers l'enfer. Ces réprouvés occupent au bas de la page plus du tiers de celle-ci; des démons y précipitent les damnés grimaçants.


Le Premier Testament voyait surtout, dans l'ultime Manifestation de Dieu, le triomphe éclatant du bien sur le mal en lutte depuis les origines de l'homme (Première Lecture: Dn 12,1-3).
Comment, en effet, Dieu n'aurait-il pas eu le dernier mot, et les justes, si souvent humiliés, n'auraient-ils pas enfin reçu leur récompense? (Psaume 16).
Le don de la Loi s'est accompagné d'impressionnants phénomènes cosmiques; le triomphe définitif de Dieu en verra de plus redoutables encore.
Dieu, lors de la  grande manifestation du Sinaï, a promulgué ses commandements pour rassembler un peuple appelé à entrer et à rester sur la voie de la "justice", de la sainteté; quand viendra son "Jour", il rassemblera tous les justes.

Pour parler de sa venue à la fin des temps, Jésus utilise les images bibliques traditionnelles. Il enverra les anges "rassembler les élus des quatre coins du monde, de l'extrémité de la terre à l'extrémité du ciel" (Evangile: Mc 13,24-32). "Tous ses ennemis ayant été mis sous ses pieds" (Deuxième Lecture: Hé 10,11-14;18), il se dressera, et lui qui est "assis à la droite de Dieu" "viendra sur les nuées avec grande puissance et grande gloire".

Cette venue du "Fils de l'homme" n'est inscrite sur aucun calendrier d'ici-bas, et nul ne peut prétendre en déterminer le jour et l'heure.
Une seule chose est certaine: "Le Seigneur est venu, il vient, il viendra": "Nous attendons son retour". Le dernier livre de la Bible chrétienne, l'Apocalypse (nous savons que ce terme signifie "révélation"), s'achève sur un cri de foi et d'espérance: "Viens, Seigneur Jésus!", "Oui, je viens sans tarder." (Ap 22,20)

La perspective de la venue du Seigneur fait considérer toutes choses sous leur aspect d'éternité. Jour après jour, le Royaume de Dieu germe lentement, mais indubitablement.
A chacun de contribuer à sa maturation - en vivant pour y avoir part quand le Fils de l'homme ouvrira la porte près de laquelle il se tient, lorsqu'il viendra " avec grande puissance et grande gloire".
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Trente-quatrième (dernier) dimanche
du Temps Ordinaire - B :






"Le Christ,
Roi de l'univers"

(Solennité)








<- Le Christ "Pantocrator"
(= "puissant sur toute chose"), cathédrale de Cefalù (Sicile).



Cette mosaïque a été réalisée et achevée en 1148 par des artistes grecs.
Le buste du Christ se développe sur toute la surface de la calotte absidiale. Si la mosaïque s'impose avant tout comme image, elle comporte aussi du texte; ces inscriptions - dans l'esprit des icônes de l'orthodoxie - ne sont pas des didascalies (commentaires) de l'image, non plus que l'image une illustration du texte. Pour les chrétiens orientaux, l'Icône et l'Ecriture perpétuent conjointement la Révélation: le Christ est le Logos, la Parole - il a aussi un Visage.

La main droite bénit selon le rite grec - faisant apparaître dans ce geste les mêmes lettres qui encadrent (comme ici ou plus bas) toute icône christique: IC (iota et sigma) pour IHCOYC (Jésus) - XC (khi et sigma) pour XPICTOC (Christ). L'index dressé dessine le I, le majeur recourbé dessine un C; le pouce et l'annulaire, légèrement croisés dessinent le X, l'auriculaire courbé dessine un C: la bénédiction est donc le signe christique par excellence. "Bénédiction", ne l'oublions pas, signifie "annonce de quelque chose de bon" - et est donc à ce titre synonyme d' "Evangile", qui signifie "Bonne Nouvelle".

La main gauche du Christ tient un livre ouvert, sur lequel on distingue parfaitement le texte - écrit à gauche en grec, à droite en latin, ce qui permet à cette Icône de s'adresser aux chrétientés d'Orient et d'Occident (la Sicile se trouvant en fait à la marche de la latinité) - de Jn 8,12: "ἐγώ εἰμι τὸ φῶς τοῦ κόσμου· ὁ ἀκολουθῶν ἐμοὶ οὐ μὴ περιπατήσῃ ἐν τῇ σκοτίᾳ, ἀλλ᾿ ἕξει τὸ φῶς τῆς ζωῆς - ego sum lux mundi qui sequitur me non ambulabit in tenebris sed habebit lucem vitae = Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la Vie"

L'Image fait écho à l'Ecriture, et l'Ecriture répond à l'image.

Le large fond d'or - luisant et scintillant - signifie cette lumière divine qui habite le Christ: totalement Dieu, totalement homme, il est le Soleil toujours renaissant (l'orientation traditionnelle de l'abside vers le levant signifie cette lumière jaillissante, qui ne connaît pas de déclin). Quant à l'idée de cheminement, elle est suggérée par la perspective inversée du livre: les lignes trouvent leur point de jonction non point sur la ligne d'horizon, mais en aval de l'icône, dans le regard du fidèle - à partir duquel se projette un cheminement du bas vers le haut, un élargissement de la terre vers le ciel, au-delà de tout horizon "possible": un épanouissement de l'obscurité vers la lumière. S'instaure ainsi - tant dans la lecture du texte sacré que dans la contemplation de l'icône - un dialogue entre "ἐγω-ego": le Christ locuteur, le Logos, et "ὁ-qui": le pèlerin marcheur, avide de lumière et de vie.

Le texte qui court en bordure de la conque de l'abside, sur l'arc légèrement brisé qui la délimite, écrit uniquement en latin, est exprimé à la première personne, comme celui du livre: c'est donc une parole du Christ lui-même. Cette inscription propose une parfaite synthèse christologique, selon un jeu d'écriture à la fois subtil et elliptique:
+factus homo factor hominis factique redemptor+iudico corporeus corpora corda deus+
(+ Fait homme, faiseure l'homme, Rédempteur de celui qui a été fait + Dieu fait corps, je juge les corps et les cœurs +)
Ces formules, riches d'assonances et d'allitérations, disent avec densité le Mystère de l'Incarnation et de la Rédemption - Mystère proclamé au même titre par l'image: le Christ Pantocrator est célébré comme Dieu Créateur, Dieu fait homme, Dieu Sauveur, Dieu Juge: Dieu dans l'histoire des hommes, dans l'histoire du Salut, depuis la Genèse jusqu'à la Fin des temps.

La qualité de Dieu créateur qui est attribuée au Christ pourrait surprendre; ce serait oublier que, selon la foi chrétienne, "par le Fils tout a été fait". Le Credo le proclame: "Per quem omnia facta sunt - Par lui tout a été fait"; sans être le Père, le Fils est à l'image du Père. En Jn 14,9, Jésus dit à Philippe: "Qui m'a vu a vu le Père"; saint Paul précise en Col 1,15: "Il est l'image du Dieu invisible". C'est à travers le Christ que l'on accède au Père. Jean écrit (Jn 1,18): "Nul n'a jamais vu Dieu; le Fils unique qui est dans le sein du Père, lui l'a fait connaître".
Le Fils est de la même essence divine que le Père, essence divine créatrice. Le geste de bénédiction que l'on voit sur la mosaïque est aussi le geste du Créateur qui donne la Vie, comme il est celui du Juge qui peut sauver ou condamner.
Dans la tradition iconographique de l'Orient chrétien, le Père est toujours représenté sous les traits du Fils (que l'on songe à la célèbre "Trinité" de Roublev: comme dans toutes les autres "Trinités" orientales, Père, Fils, Esprit ont les mêmes traits - ce qui fait que l'on confond parfois ces Trinités avec les représentations de"l'hospitalité d'Abraham": Abraham et Sarah recevant trois "personnages" - anges? Dieu trinitaire? - avec empressement et générosité). Le Fils et le Père sont distincts; mais l'un révèle l'autre - et l'icône perpétue cette Révélation.

Les deux Natures du Christ, divine et humaine, réunies mais non pas confondues dans une seule Personne, constituent l'autre aspect du Mystère que l'image entend proclamer. La mosaïque représente la réalité de l'homme avec ses traits parfaitement humains - mais aussi sublimés. Il en est ainsi du regard - plein de bonté, mais absolu, perdu dans l'infini - comme des autres parties du visage et du corps - bien reconnaissables, mais affinées selon une stylisation qui veut suggérer une réalité à la fois physique et métaphysique.
L'humanité et la divinité de Jésus sont symboliquement représentées par tout un jeu de symétries et de dissymétries, qui déséquilibre et rééquilibre sans cesse la représentation.
La chevelure et sa double mèche, ainsi que la barbe, ondoyante, finement ciselée, sont représentées selon cette logique.
Le buste, en contrapposto, oppose un bras (celui qui bénit) tendu énergiquement, imprimant au manteau des plis nets et rectilignes - et un bras (celui qui propose le Livre aux hommes) replié, revêtu d'un pan d'étoffe aux lignes brisées.
Le double vêtement proclame la coexistence des deux Natures en une seule Personne: la tunique (chitôn) rouge, hachurée de fins traits d'or, est un vêtement de gloire, celui de la divinité; l'ample manteau (himation) bleu foncé symbolise l'humanité que le Christ a revêtue totalement - sans toutefois renoncer à l'éclat, parfaitement visible, de sa divinité: le manteau de l'humanité, au moment de cacher la tunique de la divinité, la découvre et la révèle.

Cependant, la gloire du Pantocrator- rayonnant au milieux des ors - n'occulte pas la Passion: l'auréole crucifère rappelle que le Rédempteur a apporté la Vie par l'expérience qu'il a consentie de la mort - expérience victorieuse qui fait qu'est privilégiée l'image d'un Christ triomphant et non plus souffrant: la croix n'est plus le lieu du supplice, puisqu'elle nimbe le Ressuscité!

 
Introduction à la Solennité du
Christ, Roi de l'univers

Tout d'abord, pourquoi ce si long commentaire d'une image, en préambule à la présentation de cette messe?...

Parce que toute Icône est porteuse d'un message théologique très dense.

Parce que cette Icône est sans doute l'une des plus abouties (sinon la plus aboutie!) de toutes les représentations du Christ Pantocrator.

Parce que, surtout, la théologie de cette Icône et de son Texte est la même que celle de cette fête du "Christ, Roi de l'Univers"...






<- Un autre "Christ Pantocrator" - Mosaïque, vers 1320 - Dôme sud de l'église du monastère Saint-Sauveur, Kahrié Djami, Istanbul




La Bible ne cesse de proclamer la royauté universelle de Dieu sur l'univers.
Il a rassemblé un peuple pour en être le seul Seigneur. Il a suscité des rois chargés d'en faire un royaume avec pour charte la Loi donnée à Moïse. Lorsque l'un d'eux se montrait infidèle à sa mission, il l'écartait pour en établir un autre. Parmi eux, David est resté - dans la tradition - l'exemple du roi selon le cœur de Dieu, et la figure de celui qui devait venir. En effet, les promesses "jurées" à ce "fils de Jessé" et à sa descendance garantissaient qu'un jour, grâce à un fils issu de cette lignée, le royaume voulu par Dieu adviendrait. C'est ainsi qu'est née l'espérance de l'avènement d'un roi parfait, "fils de David". Cette espérance s'exprime en particulier dans de nombreux psaumes (Psaume 93/92) qui appellent de leurs vœux l'intronisation de cet élu. A une époque où Dieu semblait avoir abandonné les siens - soumis à la férule d'un tyran étranger , Antichos Epiphane (175-164 av.J.C.), Daniel témoigne de cette espérance, et décrit l'avènement de celui dont "la royauté ne passera pas" (Première Lecture: Dn 7,13-14).

Lorsque Jésus parut, lui dont l'autorité en paroles et en actes dépassait tout ce qu'on avait jamais entendu et vu, et qui annonçait la venue prochaine du Royaume, beaucoup pensèrent qu'il l'instaurerait sur terre: ainsi, après la multiplication des pains, il dut se dérober parce que la foule voulait s'emparer de lui pour le faire roi (Jn 6,15); ainsi encore peut-on expliquer les honneurs quasi-royaux qui accompagnent son entrée à Jérusalem (Jn 12,12-13).
Entretenue (de plus ou moins bonne foi!), l'erreur sur cette royauté ressurgit périodiquement - et jusque dans les temps modernes - et le titre de "Messie-roi" est parfois utilisé à des fins politiques.

Le dialogue entre Jésus enchaîné et Pilate, dont seul l'Evangile de Jean (Evangile: Jn 18,33b-37) a gardé le souvenir (Jean était encore au pied de la Croix: serait-il le seul homme parmi les disciples à avoir suivi Jésus tout au long de sa Passion?... On connaît l'épisode du reniement de Pierre, et on a souvent identifié Luc au "jeune homme" qui abandonne sa tunique pour s'enfuir lors de l'arrestation de Jésus - Mc 14,51) ne laisse pourtant subsister aucune équivoque possible.
Devant le représentant d'un empereur tout puissant, Jésus laisse entendre que, s'il est bien roi, sa royauté - contrairement à toutes les autres - "ne vient pas de ce monde", et il ne l'exerce pas en recourant à la force. Il est "le témoin de la Vérité" sur Dieu, le monde et l'homme, le Chemin vers le Royaume, la Vie de Dieu qu'il communique à ceux qui croient en lui.
Lors de son retour (Deuxième Lecture: Ap 1,5-8), on verra pourquoi il apparaît en pleine lumière comme "Roi de l'univers": il est le commencement et la fin - τὸ Α καὶ τὸ Ω l'alpha et l'oméga - de toute chose, le Tout-Puissant à qui est due "la gloire pour les siècles des siècles".
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