Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

Le deuxième jeudi après la Pentecôte
ou
- si, comme en France, ce jeudi n'est pas férié -
le deuxième dimanche après la Pentecôte:

Le Saint-Sacrement
du Corps et du Sang du Christ



(Cette solennité est également appelée
"Corpus Domini",
"le Corps du Seigneur";
anciennement "Fête-Dieu")

(Années A)






<- Institution de l'Eucharistie - 1473-75 (détail) - Joos van Wassenhove - Galleria Nazionale delle Marche, Urbino.

(voir tableau et commentaire en fin de page)



Aux jours de l'Exode, Dieu a sauvé son peuple en lui donnant la manne, « cette nourriture inconnue de ses pères », et l'eau jaillie « de la roche ». Grâce à ce pain  tombé du ciel et à cette eau, le peuple a pu traverser le « désert vaste et terrifiant », pour entrer dans la Terre promise où il a goûté le repos si longtemps espéré. Au cours de sa marche, il a fait l'expérience d'une extrême indigence que Dieu seul peut secourir, et il a pris conscience d'un besoin plus vital que celui des nourritures terrestres : « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur ».  

En multipliant les pains et les poissons pour nourrir la foule,

Giovanni LANFRANCO (1582-1647) - La multiplication des pains et des poissons, détail (1620-23) - National Gallery of Ireland, Dublin ->

Jésus se révèle comme le nouveau Moïse, mais il ajoute qu'il donne, lui, sa chair à manger et son sang à boire. Il est « la vraie nourriture » et « la vraie boisson » : non pour apaiser la faim et la soif d'un moment, mais pour procurer la vie éternelle. Affirmation exorbitante, prétention incroyable de la part d'un homme, même si il accomplit des signes et des miracles inouïs !
Pour les admettre, il faut avoir reconnu en Jésus le Fils de Dieu qui a « livré » son corps et « répandu » son sang pour le salut du monde, que le Père a ressuscité d'entre les morts pour le faire asseoir à sa droite dans les cieux.
Il faut avoir en mémoire ce que le Seigneur a dit et ce qu'il a fait lors du dernier repas pris avec ses Apôtres.
Il faut enfin reconnaître sous les signes du pain et du vin offerts en Action de grâce le corps et le sang du Christ.  

Ce sacrement qui fait l'Église rassemble dans l'unité du Père du Fils et de l'Esprit la multitude des croyants dispersés sur toute la surface de la terre.

<- Institution de l'Eucharistie (détail) 1473-75 -Joos van Wassenhove Galleria Nazionale delle Marche, Urbino.
À l'arrière-plan, l'artiste a représenté des notables de son temps, dont l'ambassadeur du shah de Perse - sans doute pour montrer que l'Eucharistie serait sacrement universel.

Il est le viatique que rien ne saurait remplacer sur la route de notre exode vers la Jérusalem d'en haut, où le Seigneur nous introduira lors de son Retour.  

L’Eucharistie que célèbre l'Église est « mystère de la foi », sources et exigences de la charité, fondement de l'espérance, remède d'immortalité ! Ce que nous savons et proclamons sans cesse, voilà ce que célèbre la solennité de ce jour.
 
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Les Textes 


Première Lecture - Dt 8,2-3;14b-16a
Psaume - Ps 147,12-15;19-20
Deuxième Lecture - 1Co 10,16-17
Evangile - Jn 6,51-58

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Première Lecture


• Dt 8,2-3;14b-16a.

Les événements de l'Exode ont été souvent médités, jusque dans les détails, par les auteurs bibliques. Le peuple a fait alors une expérience capitale: dans le désert, "pays de la sécheresse et de la soif", la parole de Dieu est aussi nécessaire que l'eau jaillie du rocher et que la manne, ce pain merveilleux donné par le Seigneur.

Sur ce texte:
Sur le Livre du Deutéronome,voir à cette page.
Sur 8,1-20:
Le désert a été le lieu privilégié de l'éducation du peuple. En raison de sa situation précaire, Israël dépendait de manière étroite de l'Éternel, lequel lui a montré qu'il était capable de le nourrir, de le protéger et de le diriger, et lui a appris à reconnaître que sa vie et son bonheur dépendaient de lui. La prospérité du "bon pays" dans lequel Israël va s'installer peut constituer un danger: s'il n'y prend garde, Israël risque progressivement et insidieusement d'oublier cette grande vérité apprise au désert, et de sombrer dans l'autosatisfaction ou le culte des faux dieux.

Traduction et notes:

Verset 2.
        וזכרת את־כל־הדרך אשׁר הוליכך יהוה אלהיך זה ארבעים שׁנה במדבר למען ענתך לנסתך לדעת את־אשׁר בלבבך התשׁמר מצותו אם־לא׃
Et tu te souviendras de tout le chemin par lequel YHWH-l'Éternel, ton Dieu, t'a fait marcher ces quarante ans dans le désert, afin de t'humilier, afin de t'éprouver, pour savoir ce qui était dans ton coeur, si tu garderais ses commandements, ou non.
וזכרת-Et tu te souviendras: Voir 4,10.
למען ענתך- afin de t'humilier: En fait, "afin de te rendre ענה anaw", dépendant de Dieu et que tu en prennes conscience; voir cette page.
לנסתך- afin de t'éprouver: Dieu ne "tente" pas; mais il met la foi de l'homme à l'épreuve (Gn 22,1; Ex 20,20;Dt 13,4; Ps 81,8) pour la fortifier, pour encourager l'endurance, et vérifier la réalité de son engagement envers lui (voir v.16; Gn 22,1 et note à cette page) - non pour provoquer la chute.Le "désert" apparaît comme le lieu privilégié de l'épreuve (par ex., PT: Ex 15,25; NT: Mt 4,1-11), mais aussi de l'éducation du peuple. 

Verset 3.
        ויענך וירעבך ויאכלך את־המן אשׁר לא־ידעת ולא ידעון אבתיך למען הודיעך כי לא על־הלחם לבדו יחיה האדם כי על־כל־מוצא פי־יהוה יחיה האדם׃
Et il t'a humilié, et t'a fait avoir faim; et il t'a fait manger la manne que tu n'avais pas connue et que tes pères n'ont pas connue, afin de te faire connaître que l'homme ne vit pas de pain seulement, mais que l'homme vivra de tout ce qui sort de la bouche de YHWH-l'Éternel.
המן -la manne: Voir v.16; Ex 16,15;31; sur la manne, voir cette page.

<- La Récolte de la manne - Anonyme, surnommé le "Maître de la Manne" - vers 1470 - Huile sur bois - Douai, Musée de la Chartreuse.

לא על־הלחם לבדו יחיה האדם [...] על־כל־מוצא פי־יהוה יחיה האדם-l'homme ne vit pas de pain seulement, mais [...] l'homme vivra de tout ce qui sort de la bouche de YHWH-l'Éternel: Au cours de son séjour au désert, Israël était dépendant du don de la manne. Il a ainsi appris qu'il dépendait de YHWH pour sa subsistance. Or c'est dans la mesure où il obéira à la parole de YHWH qu'il recevra de lui ce qui est nécessaire à sa vie.
Cette parole sera citée par Jésus lors de sa tentation au désert (Mt 4,4 et note à cette page // Lc 4,4).
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Verset 14.
        ורם לבבך ושׁכחת את־יהוה אלהיך המוציאך מארץ מצרים מבית עבדים׃
<Prends garde> que ton coeur ne s'enfle, et que tu n'oublies YHWH-l'Éternel, ton Dieu, qui t'a fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude,

Verset 15.
        המוליכך במדבר הגדל והנורא נחשׁ שׂרף ועקרב וצמאון אשׁר אין־מים המוציא לך מים מצור החלמישׁ׃ 
qui t'a fait marcher dans le désert grand et terrible, désert de serpents brûlants et de scorpions, une terre aride où il n'y a point d'eau; qui a fait sortir pour toi de l'eau du roc dur;
נחשׁ שׂרף -serpents brûlants: Dans le désert, les Hébreux redoutaient la morsure mortelle des serpents - mais leur esprit était également assailli par les morsures mortelles du doute envers Dieu (cette image rappelle celle du serpent de la Genèse (Gn 3, 4-5), qui instille le doute envers Dieu dans l'âme d'Ève).
On trouve déjà l'ambivalence du serpent non seulement dans la Bible (avec, en particulier, l'ambiguïté des mots "saraphשָׂרָף ֙ au singulier: un serpent brûlant, et "seraphim" שְּׂרָפִים au pluriel: les séraphins, ministres du feu purificateur, serviteurs de Dieu), mais également dans les cultes Proche-Orientaux contemporains de celle-ci (et jusque dans les caducées de nos médecins et pharmaciens): le serpent peut tuer ou guérir!
Cette ambivalence est à plusieurs reprises marquée dans la Bible:
- Le Seigneur montre à Moïse que son pouvoir est plus que de la magie en Ex 4; le bâton de Moïse se transforme en serpent et redevient bâton, dans les versets 2 à 5; puis on assiste à un rituel de guérison (donc, dans la mentalité hébraïque, de purification) de la lèpre, dans les versets 6 à 9: cette proximité n'est pas fortuite, elle annonce déjà le "serpent d'airain" auquel St Jean fera référence en Jn 3.
- Lorsqu'il est réduit à l'impuissance ("Tu mangeras de la poussière" - עָפָר ophr en hébreu: plutôt "sol", "terre", Gn 3,14), le serpent symbolise chez Isaïe, avec d'autres animaux réputés dangereux, la Paix d'une nouvelle terre: "Quant au serpent, la poussière (עָפָר ophrencore) sera sa nourriture. Ils (les animaux dangereux) ne feront ni mal ni destruction sur toute ma montagne sainte, dit  יְהוָה  le Seigneur" (Is 65, 25).
- De même, au moment d'entrer en Canaan, le peuple critique Moïse, et donc, à travers lui, Dieu lui-même. Dieu les punit par l'envoi des "serpents brûlants" הַנְּחָשִׁ֣ים הַשְּׂרָפִ֔ים (Nb 21,6) ; lorsque les Hébreux se repentent, et demandent à Moïse son intercession auprès de Dieu, ce dernier donne à Moïse une réponse mystérieuse: c'est l'image d'un serpent "guérisseur" qui les soulagera: "Moïse façonna donc un serpent d'airain qu'il plaça sur l'étendard, et si un homme était mordu par quelque serpent, il regardait le serpent d'airain et restait en vie" (Nb 21,9).

Le Tintoret (Venise, 1518-1594) – Le serpent d’airain (1575-76) – Scuola Grande di San Rocco, Venise ->

Le récit insiste sur un fait, développé dans le livre de la Sagesse : c'est le Seigneur qui a l'initiative de cette opération; contrairement à ce que l'on voyait chez les peuples voisins, le serpent d'airain n'est pas une idole, pas un dieu guérisseur: "Quiconque se retournait était sauvé, non par l'objet regardé, mais par toi, le Sauveur de tous" (Sg 16, 5-7).
המוציא לך מים מצור החלמישׁ -qui a fait sortir pour toi de l'eau du roc dur: Voir Ex 17,6-8, notes et illustration à cette page; et Nb 20,1-13.

Verset 16.
         המאכלך מן במדבר אשׁר לא־ידעון אבתיך למען ענתך ולמען נסתך להיטבך באחריתך׃ 
qui t'a fait manger dans le désert la manne inconnue à tes pères, afin de t'humilier et de t'éprouver, pour te faire du bien à la fin.
Voir v.2 et notes. YHWH "éprouve" son peuple pour fortifier sa foi, pour encourager son endurance, et pour vérifier la réalité de son engagement envers Lui - jamais pour le faire tomber.

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Psaume

• Ps 147,12-15;19-20.

Pain pour la route, parole pour les cœurs, paix pour tout le peuple: présents du Ciel dont l'homme se souvient!

Sur ce psaume:

Ce psaume fait partie du troisième הלל Hallel (Ps 146 à 150), ou "Hallel final" - récité le matin par les Juifs. Le mot Hallel dérive du verbe-racine הלל hâlal, qui signifie "louer".
Comme les quatre autres psaumes, il s'ouvre et se clôt par l'expression הללו־יהHallelouYah, "louez Yah".
Ce psaume est un hymne à la gloire de YHWH, exhortant à la louange de ce Dieu mystérieux et bon.
Selon certains, ce psaume aurait été composé pour la dédicace des murailles de Jérusalem restaurées sous Néhémie (Né 12,27-43).
LXX et Vulgate coupent en deux ce Ps 147: vv.1-11 -> "Psaume 146"; vv.12-20 -> "Psaume 147"; ce qui fait que l'on retrouve ici la même numérotation dans les versions massorétique, grecque et latine.
 

Traduction et notes:

Verset 12.
         שׁבחי ירושׁלם את־יהוה הללי אלהיך ציון׃ 
Jérusalem, célèbre YHWH-l'Éternel! Sion, loue ton Dieu!

Verset 13.
          כי־חזק בריחי שׁעריך ברך בניך בקרבך׃ 
Car il rend fortes les barres de tes portes; il bénit tes fils au milieu de toi;

Verset 14.
          השׂם־גבולך שׁלום חלב חטים ישׂביעך׃
Il met la paix dans tes confins; il te rassasie de la moelle du froment;

Verset 15.
        השׁלח אמרתו ארץ עד־מהרה ירוץ דברו׃
Il envoie ses ordres sur la terre: sa parole court avec vitesse.
עד־מהרה ירוץ דברו -sa parole court avec vitesse: La parole d'YHWH est personnifiée sous les traits d'un messager qui diffuse promptement la parole divine et fait exécuter sa volonté (comp. 33,9; Is 55,11).
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Verset 19.
          מגיד דברו ליעקב חקיו ומשׁפטיו לישׂראל׃  
Il annonce ses paroles à Jacob, ses statuts et ses ordonnances à Israël.

Verset 20.
          לא עשׂה כן לכל־גוי ומשׁפטים בל־ידעום הללו־יה׃
Il n'a fait ainsi à aucune nation; et ses ordonnances, elles ne les ont pas connues. Louez Yah!

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Deuxième Lecture


• 1Co 10,16-17.

La communion au corps et au sang du Christ crée entre les croyants une union vitale supérieure à la communion de foi et d'espérance dont elle est le signe efficace.  

Sur ce texte:
Sur Paul, sur les épîtres: voir à cette page.
Sur Paul et les Corinthiens: voir à cette page.
Sur la section 1Co 8,1 - 11,1: voir à cette page.

Traduction et remarques :

Verset 16.
τὸ ποτήριον τῆς εὐλογίας ὃ εὐλογοῦμεν, οὐχὶ κοινωνία τοῦ αἵματος τοῦ Χριστοῦ ἐστὶ; τὸν ἄρτον ὃν κλῶμεν, οὐχὶ κοινωνία τοῦ σώματος τοῦ Χριστοῦ ἐστιν;
La coupe de bénédiction que nous bénissons, n'est-elle pas la communion au sang de Christ? Le pain que nous rompons, n'est-il pas la communion au corps du Christ?
Voir synoptiques: Mt 26,26-28 // Mc 14,22-24 // Lc 22,19;25.

Verset 17.
ὅτι εἷς ἄρτος, ἓν σῶμα οἱ πολλοί ἐσμεν· οἱ γὰρ πάντες ἐκ τοῦ ἑνὸς ἄρτου μετέχομεν.
Parce qu'<il y a> un seul pain, nous <qui sommes> nombreux, nous sommes un seul corps; car nous sommes tous part d'un seul pain.
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Évangile

• Jn 6,51-58

Les chrétiens pressentent, dès le début, que le «Discours sur le pain de vie» concerne l'Eucharistie.
Cela devient une évidence avec ce passage: il s'agit de vraiment manger le corps et de vraiment boire le sang du Christ, le « Fils de l'homme » - une expression qui, dans le IVème évangile, renvoie toujours aux mystères, indissociables, de l'Incarnation et de Pâques: on mange la chair du Christ ressuscité et on boit son sang dans le sacrement du Pain et du Vin eucharistiques.


Sur ce passage:
Sur l'Évangile selon saint Jean, voir à cette page.
Sur Jn 6,1-71 ("péricope du Pain de Vie"): voir à cette page. Rappel: La multiplication des pains est le seul miracle qui soit rapporté dans les quatre évangiles, ce qui souligne son importance.


Traduction et remarques :

Verset 51.
᾿᾿᾿ἐγώ εἰμι ὁ ἄρτος ὁ ζῶν ὁ ἐκ τοῦ οὐρανοῦ καταβάς· ἐάν τις φάγῃ ἐκ τούτου τοῦ ἄρτου, ζήσεται εἰς τὸν αἰῶνα. καὶ ὁ ἄρτος δὲ ὃν ἐγὼ δώσω, ἡ σάρξ μού ἐστιν, ἣν ἐγὼ δώσω ὑπὲρ τῆς τοῦ κόσμου ζωῆς.
Moi, je suis le pain vivant qui est descendu du ciel: si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. Or aussi le pain que, moi, je donnerai, c'est ma chair, que, moi, je donnerai pour la vie du monde.
ἡ σάρξ μού -ma chair: Jésus parle de sa mort: il va s'offrir en sacrifice pour le péché des hommes. C'est en lui et, paradoxalement, en sa mort, qu'est la source de la vie éternelle.

Verset 52.
᾿Εμάχοντο οὖν πρὸς ἀλλήλους οἱ ᾿Ιουδαῖοι λέγοντες· πῶς δύναται οὗτος ἡμῖν δοῦναι τὴν σάρκα φαγεῖν;
Les Juifs disputaient donc entre eux, disant: Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger?

Verset 53.
᾿εἶπεν οὖν αὐτοῖς ὁ ᾿Ιησοῦς· ἀμὴν ἀμὴν λέγω ὑμῖν, ἐὰν μὴ φάγητε τὴν σάρκα τοῦ Υἱοῦ τοῦ ἀνθρώπου καὶ πίητε αὐτοῦ τὸ αἷμα, οὐκ ἔχετε ζωὴν ἐν ἑαυτοῖς.
Jésus donc leur dit: En vérité, en vérité, je vous dis: Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang, vous n'avez pas la vie en vous-mêmes.
ἀμὴν ἀμήν -En vérité, en vérité: Rappel:
- Le terme hébreu אמן'âmên, directement transcrit ἀμήνen grec et amen en latin et en français est généralement rattaché au verbe-racine אמן'âman - qui signifie "construire", "affermir",...
On le traduit donc très souvent par "C'est sûr!", "C'est vrai!"
D'où, en ouverture d'affirmations christiques, comme ici, par "En vérité".
- Mais en fait, dans la prière juive, "אמן" est plutôt considéré comme l'acronyme d'une appellation divine: "אל מלך נאמן- El, Roi fidèle". Il ponctue ainsi le Qaddish.
- Cependant, dans le Christianisme, "Amen!" est considéré (voir par ex., ci-dessous, le texte de saint Augustin) comme une simple formule d'adhésion.
• αὐτοῦ τὸ αἷμα-son sang:
- Celui qui mange la "chair" et boit le "sang du Fils de l'homme a la vie éternelle (voir v.54): cette invitation à s'approprier Jésus est un appel à la foi en Jésus (v.40) et en ses paroles (v.63), et à demeurer en lui (v.56). Cette invitation est à lier à la mort du Christ, qui est annoncée au v.51.
- Mais l'appel à manger et à boire pose un problème à certains exégètes: selon eux, à ce moment-là, les auditeurs de Jésus n'auraient pu
comprendre ces paroles et donc voir ici une anticipation de l'Eucharistie.
- En tout cas, Jésus se présente ici comme la Sagesse qui invite les passants à se joindre à son festin, à manger son pain et à boire son vin (Pr 9,5).

Verset 54.
ὁ τρώγων μου τὴν σάρκα καὶ πίνων μου τὸ αἷμα ἔχει ζωὴν αἰώνιον, καὶ ἐγὼ ἀναστήσω αὐτὸν τῇ ἐσχάτῃ ἡμέρᾳ.
Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour.

Verset 55.
ἡ γὰρ σάρξ μου ἀληθής ἐστι βρῶσις, καὶ τὸ αἷμά μου ἀληθῶς ἐστι πόσις.
Car ma chair est en vérité un aliment, et mon sang est en vérité un breuvage.

Verset 56.
ὁ τρώγων μου τὴν σάρκα καὶ πίνων μου τὸ αἷμα ἐν ἐμοὶ μένει, κἀγὼ ἐν αὐτῷ.
Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi et moi en lui.

Verset 57.
καθὼς ἀπέστειλέ με ὁ ζῶν πατὴρ κἀγὼ ζῶ διὰ τὸν πατέρα, καὶ ὁ τρώγων με κάκεῖνος ζήσει δι᾿ ἐμέ.
Comme le Père qui est vivant m'a envoyé, et que moi, je vis à cause du Père, de même celui qui me mangera, celui-là aussi vivra à cause de moi.

Verset 58.
οὗτός ἐστιν ὁ ἄρτος ὁ ἐκ τοῦ οὐρανοῦ καταβάς, οὐ καθὼς ἔφαγον οἱ πατέρες ὑμῶν τὸ μάννα καὶ ἀπέθανον· ὁ τρώγων τοῦτον τὸν ἄρτον ζήσεται εἰς τὸν αἰῶνα.
C'est ici le pain qui est descendu du ciel, non pas comme les pères mangèrent et moururent: celui qui mangera ce pain vivra éternellement.


Méditation et commentaires:

- Voir à cette page.

- De saint Augustin - « Sermon 272 aux néophytes sur le corps du Christ » :
Ces mystères portent le nom de "sacrements" parce que l'apparence ne correspond pas à leur réalité profonde. Que voit-on? Un objet matériel. Mais l'esprit y discerne une grâce spirituelle.
Veux-tu comprendre ce qu'est le corps du Christ? Écoute l'Apôtre dire aux fidèles: "Vous êtes le corps du Christ et ses membres". Si donc vous êtes le corps du Christ et ses membres, c'est votre propre symbole qui repose sur la table du Seigneur [...]
À ce que vous êtes, vous répondez "Amen", et cette réponse marque votre adhésion. Tu entends: "Le corps du Christ", et tu réponds "Amen": sois un membre du corps du Christ, afin que ton "Amen" soit vrai.   

- Du Pape Benoît XVI - « Sacramentum Caritatis » §70:

« De même que le Père, qui est vivant, m'a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi »

      Parlant du don de sa vie, le Seigneur Jésus, qui s'est fait pour nous nourriture de vérité et d'amour, nous assure que « si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement ». Mais cette « vie éternelle » commence déjà en nous en ce temps, à travers le changement que le don eucharistique engendre en nous : « Celui qui me mangera vivra par moi ». Ces paroles de Jésus nous font comprendre que le mystère « auquel on croit » et « qui est célébré » possède en lui-même un dynamisme qui en fait le principe de la vie nouvelle en nous et la forme de l'existence chrétienne. En communiant au Corps et au Sang de Jésus Christ, nous sommes en effet rendus participants de la vie divine de façon toujours plus adulte et plus consciente.

      Cela vaut aussi de ce que saint Augustin, dans ses Confessions, disait du Verbe éternel, nourriture de l'âme ; mettant en relief le caractère paradoxal de cette nourriture, le saint Docteur imagine s'entendre dire : « Je suis la nourriture des grands. Grandis, et tu me mangeras, tu ne me transformeras pas en toi, telle la nourriture de ta chair ; mais c'est en moi que tu te transformeras ». De fait, ce n'est pas l'aliment eucharistique qui se transforme en nous, mais c'est nous qui sommes mystérieusement changés par lui. Le Christ nous nourrit en nous unissant à lui ; « il nous attire en lui ».

      La célébration eucharistique apparaît ici, dans toute sa force, en tant que source et sommet de l'existence chrétienne, étant en même temps le commencement et l'accomplissement du culte nouveau et définitif, « le culte spirituel ». Les paroles de saint Paul aux Romains à ce sujet sont la formulation la plus synthétique de la façon dont l'eucharistie transforme toute notre vie en culte spirituel agréable à Dieu : « Je vous exhorte, mes frères, par la tendresse de Dieu, à lui offrir vos corps en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu : c'est là le culte spirituel que vous avez à rendre » (Rm 12,1).

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Institution de l'Eucharistie - 1473-75 - Joos van Wassenhove
Galleria Nazionale delle Marche, Urbino.


On notera que le Christ distribue des hosties (et non du pain), ici à Jacques le Mineur; Jean semble préparer le vin: il apporte le pichet pour le verser dans le calice.

Au premier plan, le broc d'eau et la bassine du lavement des pieds (Jésus et ses apôtres sont pieds nus).

Les apôtres qui ont reçu la Communion (à droite) sont en prière, les autres (à gauche) semblent avides de la recevoir au plus vite.
À l'inverse, l'ange de gauche est en prière et celui de droite manifeste son étonnement.

Au fond, à gauche, dans une sorte de grisaille, Judas semble déjà ne plus faire partie du groupe (si son visage est encore tourné vers le centre de la scène, son corps - et en particulier le mouvement de son bras - indique déjà un mouvement de départ).

À l'arrière-plan, à droite, comme on l'a noté plus haut, l'artiste a représenté, avec leurs atours somptueux, des notables de son temps - qui semblent beaucoup plus agités, moins recueillis que les Apôtres!
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