Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

 Le Temps Ordinaire
(années A)


Sur le TO, voir cette page; sur le TO, années A,voir cette page.


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Les dimanches


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Deuxième dimanche

Introduction

"Vraiment, je ne le connaissais pas - jusqu'au jour où telle parole, tel geste, m'a soudain révélé sa véritable et profonde personnalité, son mystère"...
Un tel constat s'impose assez souvent à propos de personnes fréquentées pendant de longues années, voire depuis l'enfance.

Cette expérience commune a été faite - à combien plus forte raison! - par ceux qui ont approché Jésus de près, à commencer par Marie, sa mère (Lc 2,50).
Il ne faut donc pas s'étonner d'entendre Jean le Baptiste dire avec insistance en parlant de Jésus: "Je ne le connaissais pas". Il en avait certainement, au moins, entendu parler avec admiration par ses parents. Il pressentait sans doute que le fils de Marie n'était pas "n'importe qui", peut-être même que Dieu avait des vues particulières sur ce cousin né quelques mois après lui.
Mais il a fallu la théophanie (="manifestation divine") du baptême (voir cette page) pour que le Précurseur voie en Jésus "le Fils de Dieu", "l'Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde".
Et - même si cette révélation initiale n'a pas préservé le Précurseur d'interrogations et d'hésitations ultérieures (voir Mt 11,2-3 à cette page) - elle a une telle importance que l'Évangile a voulu que les chrétiens la gardent en mémoire. Ils doivent en effet s'y référer sans cesse en songeant à leur propre baptême, sans pour autant s'étonner de connaître des moments de doute ou de perplexité. Pour le croyant comme pour l'Église, le vrai visage de Jésus ne se dévoile en effet que peu à peu, au cours d'un itinéraire de foi parcouru lentement, laborieusement. C'est ainsi pour tous - même pour ceux qui ont eu la grâce d'une révélation fulgurante.

Au long des siècles de l'attente, l'Esprit a permis à ces grands voyants appelés Prophètes d'esquisser les traits du Serviteur que Dieu enverrait pour que son salut parvienne jusqu'aux extrémités de la terre.
Relus aujourd'hui, leurs oracles prennent tout leur relief et éclairent d'une lumière venue du fond des temps les  traits du Seigneur auquel le Baptiste a rendu témoignage.
Si les chrétiens savent que Dieu sanctifie "dans le Christ Jésus" "tous ceux qui invoquent le nom de son Fils", que "la grâce et la paix" de Dieu sont avec eux, personne ne peut cependant prétendre pleinement "connaître" le Seigneur avant le temps du face à face espéré (1Co 13,12 à cette page).
Pour ferme qu'elle soit, la profession de foi doit rester humble!
  

Textes

Première Lecture: Is 49,3;5-6
Deuxième Lecture: 1Co 1,1-3
Évangile: Jn 1,29-34
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Troisième dimanche


Introduction

La liturgie de ce dimanche introduit remarquablement à la lecture suivie de l'Évangile selon saint Matthieu, et à la célébration de l'ensemble des dimanches du "Temps ordinaire" de cette année.

Au moment où cesse de retentir la voix de Jean le Précurseur apparaît Celui que les prophètes ont annoncé.
Lorsque Jésus commence à prêcher une "grande lumière" se lève sur ceux qui habitent "le pays de l'ombre et de la mort".
Le Royaume des cieux - où les habitants, libérés du joug des anciennes oppressions, peuvent enfin rayonner d'une allégresse sans réticence - est proche.
Jésus parcourt la Galilée en proclamant un Évangile de conversion, un enseignement à mettre en pratique - dont il confie la diffusion à des hommes qui, sans hésiter, quittent tout pour le suivre.
Proclamée initialement dans les bourgades d'une province où se côtoyaient croyants et païens, la Bonne Nouvelle, annoncée au monde entier, retentit aujourd'hui parmi nous.

Ce n'est plus dans une sagesse humaine qu'il faut rechercher le salut.
Par ailleurs, s'inféoder à qui que ce soit, fût-ce le prédicateur à qui l'on doit la découverte de l'Évangile, suscite fatalement des coteries - toujours préjudiciables à l'harmonie de la communauté ecclésiale, et qui, en s'exacerbant, engendrent des schismes.
Il en va de même lorsqu'un groupe de chrétiens s'arroge l'exclusivité de l'appartenance au Christ: cela revient à "diviser" Celui qui est mort pour rassembler tous les enfants de Dieu dispersés.
Il n'y a qu'un seul baptême, une seule foi, un seul Dieu et Père de tous.

De la prophétie d'Isaïe au récit évangélique du début de la prédication de Jésus, en passant par l'exhortation de saint Paul à l'unité, tout, dans la liturgie de ce dimanche, tourne le regard vers notre présent.
La lumière annoncée depuis longtemps a resplendi, donnant à chacun la possibilité de sortir des ténèbres.
La Bonne Nouvelle ouvre à tous les chemins de la conversion à Dieu et du salut, qui repose sur le Christ mort en croix - et non sur la confiance illusoire mise en des hommes.
Contrairement à la sagesse humaine accessible à quelques-uns seulement, le message évangélique est proposé à tous, à commencer par les plus petits et les plus simples.
C'est autour du Seigneur Jésus qu'il faut se rassembler, comme on le fait dans la liturgie.  

  
Textes

Première Lecture: Is 8,23b-9,3
Deuxième Lecture: 1Co 1,10-13;17
Évangile: Mt4,12-23
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Quatrième dimanche


Introduction

Dieu, défenseur attitré des ענוים ‛ânâwim, les pauvres, les petits, les opprimés, tous ceux que le monde méprise, se range toujours à leur côté. C'est ce qu'enseigne la tradition prophétique.
Sophonie témoigne en outre d'une conception religieuse de la pauvreté. Faite de disponibilité, d'accueil, d'ouverture au don de Dieu - seul susceptible de combler les besoins les plus profonds du cœur humain, elle préserve de la peur du "Jour du Seigneur". Bien plus: les pauvres dont parle le prophète constituent le noyau, le "petit Reste", sur lequel Dieu prend appui pour la poursuite de son plan de Salut.
De là découle le courant de spiritualité biblique des "pauvres du Seigneur". Il a inspiré bien des psaumes et des chants - jusqu'au Magnificat (voir à cette page, Lc 1, 46 et note) de Marie. Mais seul Jésus, le "doux et humble de coeur" (Mt 11,29) accomplit en perfection cet idéal.

Les Béatitudes évangéliques se situent dans ce courant. Saint Matthieu, en les plaçant au début de la prédication du Seigneur, en fait comme la toile de fond de tout l'enseignement de Jésus. Il ne s'agit pas à proprement parler d'une loi, ni même d'une "charte de la vie chrétienne"; les Béatitudes tracent une route à tous les chercheurs de Dieu. S'engager sur cette route, c'est pour eux avoir dès aujourd'hui l'assurance d'entrer avec le Christ dans le Royaume des cieux.

"Pauvres et purs de coeur, affligés, avides de justice, miséricordieux, persécutés, insultés, calomniés": ces manières de parler n'altèrent nullement le caractère dynamique des Béatitudes.
L'Évangile ne prône absolument pas une sorte de passéisme, de passivité, ou d'évasion. Matthieu insiste trop sur la nécessité de faire, d'agir pour qu'on le soupçonne de ce genre d'"hyper-spiritualisation". Mais il rappelle à juste titre que tout - le meilleur comme le pire - s'enracine dans le tréfonds du "cœur". De plus, aucune des béatitudes n'est close sur elle-même, ne peut ni ne doit être isolée des autres. Enfin, comme le rappelle saint Paul, l'Évangile n'a rien de commun avec une sagesse humaine, réservée à une élite, et que l'on peut acquérir par ses propres moyens.
En vérité, nous sommes tous bien démunis, bien "pauvres" devant Dieu.

Dès lors, accueillons dans l'action de grâce les Béatitudes et l'appel du Christ - dont la Croix révèle l'infinie sagesse de Dieu et son amour infini...  
 

Textes

Première Lecture: So 2,3;3,12-13
Deuxième Lecture: 1Co 1,26-31
Évangile: Mt 5,1-12a   
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Cinquième dimanche

Introduction

"Vous êtes le sel de la terre, la lumière du monde. Que votre lumière brille devant les hommes".
De prime abord, ces affirmations surprennent: Jésus vient de déclarer "heureux" les pauvres, les petits, parce qu'ils détiennent les clés du Royaume à venir; or voici que, sans transition, il proclame de manière aussi catégorique leur étonnante dignité, et qu'il les engage même à la faire resplendir dès ce moment, aux yeux de tous, alors qu'il dira peu après "Évitez d'agir devant les hommes pour vous faire remarquer" (Mt 6,1).

Cette dernière mise en garde vise l'ostentation dans la pratique individuelle des bonnes œuvres. En revanche, c'est ensemble que les disciples sont comparés à "une ville située sur une haute montagne".
Même si toutes les fenêtres ne sont pas éclairées au même moment, il y a bien assez de lumignons pour que la bourgade se signale à l'attention des voyageurs.
On peut, certes, augmenter artificiellement ce rayonnement grâce à des éclairages qui donnent belle allure même aux bâtisses délabrées.
Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit ici. Jésus a déclaré "heureux" les pauvres, les doux, les affligés...  - en raison des dispositions profondes de leur "coeur" - et "malheureux" ceux qui cherchent à donner le change: "Malheur à vous, [...] hypocrites! car vous ressemblez à des sépulcres blanchis, qui paraissent beaux au dehors, mais qui, au dedans, sont pleins d'ossements de morts et de toute sorte d'impureté" (Mt 23,27).

La "כבוד יהוה kâbôd Adonaï - gloire de YHWH-le Seigneur" accompagnera ceux qui "comblent les désirs" des indigents, disait Isaïe. Elle les fortifiera et illuminera les ténèbres dans lesquelles le péché les avait plongés.

L'Évangile va plus loin.
Les disciples ont déjà en eux la lumière de Dieu. Le bien qu'ils accomplissent les fait rayonner au regard des "hommes" - pour qu'ils "rendent gloire au  Père qui est aux cieux".
Dès lors, aucune recherche de publicité tapageuse, ni au bénéfice des disciples, bien sûr, ni de leur communauté, ni même de l'Église!
La lumière doit être mise sur un lampadaire, et non braquée sur soi!

Il faut, comme saint Paul en témoigne, laisser toute la place à la puissance de Dieu.
C'est sur elle, et non sur la réputation des hommes ou d'une institution, que repose la foi.
En un temps où, dans bien des pays, l'Eglise et les communautés chrétiennes ne jouissent plus du prestige de naguère, le message de l'Apôtre est plus que jamais d'actualité! 
 


Textes

Première Lecture: Is 58,7-10
Deuxième Lecture: 1Co 2,1-5
Évangile: Mt 5,13-16                                                  
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Sixième dimanche


Introduction


Durant quatre dimanches encore, la liturgie est sous le signe du "Sermon sur la montagne". Dans son Évangile, saint Matthieu (voir à cette page), citations bibliques à l'appui, proclame à chaque occasion que, depuis ses origines jusqu'à sa mort et à sa résurrection, dans son enseignement comme dans son comportement, Jésus accomplit les Écritures.
Pour cet évangéliste, la nouveauté de la Bonne Nouvelle et de la vie évangélique ne se comprend que dans la tradition de "Moïse et les Prophètes", c'est-à-dire de la TaNaKh. Rien ne le montre mieux que la manière dont Jésus prend à son compte les trois grands commandements du respect d'autrui:
- respect de sa vie,
- respect de la femme et du lien conjugal,
- respect de la vérité de toute parole.

Tout d'abord, un principe fondamental: le légalisme (nous dirions aujourd'hui l'intégrisme, qui ne s'attache qu'à "la lettre" des prescriptions) méconnaît l'intention de Dieu, auteur de la Loi (donc "l'esprit" de celle-ci); il pervertit le sens des commandements, et leur observance s'avère alors sans profit pour le Royaume des cieux.

Le légalisme engendre une casuistique qui, faute de trouver des échappatoires, ergote sur des obligations pour essayer de s'en acquitter à moindre frais. Consciemment ou non, cette attitude fait de Dieu un législateur lointain et froid, uniquement soucieux d'un certain ordre moral de façade.
Pourtant, c'est dans une tout autre perspective que Dieu a donné sa Loi:
קדשׁים תהיו כי קדושׁ אני יהוה אלהיכם׃
"Vous serez saints, car moi, YHWH-l'Éternel votre Dieu, je suis saint" (Lv 192b).
Et Jésus conclut le long discours rapporté par Matthieu en termes identiques:
ἔσεσθε οὖν ὑμεῖς τέλειοι, ὥσπερ ὁ πατὴρ ὑμῶν ὁ ἐν τοῖς οὐρανοῖς τέλειός ἐστιν.
"Vous, soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait" (Mt 5,48).
Au contraire, le légalisme - parce qu'il s'en tient à "la lettre" sans égard pour "l'esprit", ne peut donner qu'une justice "extérieure".
Venu "accomplir" les Écritures, Jésus prône la justice selon Dieu, et ouvre l'observance des commandements à des perspectives infinies, jusqu'à la perfection de la charité, de l'Amour de l'autre.
Il proclame que cette Loi requiert un engagement total de l'être, une obéissance qui vient du plus profond de chacun: son "cœur".

Ce rapport aux commandements exclut tout ce qui, de près ou de loin, ressemble à un asservissement aveugle. Dieu en effet estime sa créature capable d'opter librement pour l'avenir de paix et de bonheur - de vie - qu'il lui propose (Si 15,15-20).
Qui médite la Loi du Seigneur et y conforme sa vie acquiert une sagesse qui n'est pas de ce monde, car elle fait pénétrer dans les secrets du "mystère" de Dieu (1Co 2,6-10).

 
  
Textes


Première Lecture: Si 15,15-20
Deuxième Lecture: 1Co 2,6-10
Évangile: Mt 5,17-37 (Lecture brève: vv.20-22a;27-28;33-34a;37)
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Septième dimanche


Introduction


Après l'exorde du "Sermon sur la montagne", saint Matthieu (voir à cette page) a groupé un certain nombre d'enseignements de Jésus qui montrent comment les disciples doivent entendre et pratiquer la Loi. Pas de théorie, ni à proprement parler de prescriptions vraiment nouvelles; mais quelques exemples aux traits parfois grossis à dessein, pour orienter dans le bon sens la conduite concrète et quotidienne des disciples - face à toutes les situations, même inédites que, par définition, un code législatif ne saurait prévoir.

"Œil pour œil, dent pour dent": c'est la loi, dite "du talion" (Ex 21,24a; Lv 24,20b;et Dt 19,21b). Aujourd'hui, sa formulation choque d'autant plus... qu'on la cite totalement hors contexte! Il s'agissait en effet d'un principe destiné à mettre fin aux surenchères de la vengeance privée et au x cruelles représailles exercées sans fin entre les groupes ou les clans. À la violence aveugle et sans fin, la Loi substituait une juste proportion entre 
- d'une part la gravité de l'acte commis et du tort causé,
- d'autre part le châtiment et la réparation.

Jésus se place sur un tout autre terrain que celui des codes de justice - sans lesquels il ne saurait y avoir de société de société de droit.
Il ne demande pas de se conduire en naïfs, et encore moins de démissionner devant la violence et l'injustice.
Mais il dit fermement: En toute circonstance, soyez artisans efficaces de paix et de réconciliation, prêts à aller éventuellement à aller jusqu'à des "excès": tendre l'autre joue (= abandonner toute fierté "humaine"), abandonner tunique et même manteau (= l'utile et même l'indispensable), donner à qui demande, même abusivement!
Et en cela aussi, Jésus "accomplit la Loi". En effet le Livre des lévites, qui a fait sien le principe "Œil pour œil, dent pour dent", interdit la haine même en pensée, la vengeance et la rancune.
Cette interdiction est faite en raison du commandement de l'amour du prochain "comme soi-même", justifiée par cette déclaration de l'Éternel: "Vous serez saints car moi, YHWH votre Dieu je suis saint".

De cette sainteté et de l'amour infini de Dieu, Jésus est personnellement la révélation suprême. Envoyé dans le monde, lui, le Juste, a "livré" sa vie sur la croix des scélérats pour le salut des pécheurs.

Folie de Dieu, suprême sagesse!
Puissance de Dieu qui fait de l'Église son Temple habité l'Esprit Saint!
Tout est à nous, puisque nous sommes au Christ, et le Christ est au Père!
  
 
  
Textes

Première Lecture: Lv 19,1-2;17-18 
Deuxième Lecture: 1Co 3,16-23
Évangile: Mt 5,38-48
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Huitième dimanche


Introduction


Le "Sermon sur la montagne"  s'adresse à des croyants qui ont l'expérience de la Bonne Nouvelle et des exigences de la vie évangélique: "ἔσεσθε οὖν ὑμεῖς τέλειοι, ὥσπερ ὁ πατὴρ ὑμῶν ὁ ἐν τοῖς οὐρανοῖς τέλειός ἐστιν - Vous, soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait" (Mt 5,48 - évangile de dimanche dernier, voir à cette page). Pas de baptême sans rejet de toute forme d'idolâtrie.
Les chrétiens savent donc dès ce moment-là, ou ont appris au cours des années de catéchèse, que "nul ne peut servir en même temps Dieu et l'argent" - l'argent, maître au pouvoir absolu et sans partage, idole qui exige de tout lui sacrifier. Mais - comme à propos de l'adultère (Mt 5,28, voir à cette page) auquel l'Écriture compare souvent l'idolâtrie - c'est du "cœur" et de ses désirs qu'il s'agit d'abord.

L'estimation outrancière des biens matériels est à la racine du culte de "Mammon", l'Argent.
Pour amener ses auditeurs à une juste hiérarchie des valeurs, Jésus commence par faire appel au bon sens: "La vie vaut plus que la nourriture qui sert à l'entretenir, le corps plus que les vêtements qui le couvrent". Mais ce n'est pas une sagesse humaine qu'il est venu enseigner...
Rechercher avec avidité les biens matériels c'est méconnaître l'amour paternel de Dieu: "Même si une mère pouvait oublier le fils de ses entrailles, moi je ne t'oublierais pas". Il faut donc mettre sa confiance dans la sollicitude de Dieu, qui veille sur les plus petites de ses créatures.
La nécessité de gagner son pain "à la sueur de son front" n'en demeure pas moins: "Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus" écrit saint Paul aux Thessaloniciens (2Th 3,10). De même, abandonner les nécessiteux entre les mains de Dieu, sans tout faire pour subvenir à leurs besoins, reste passible du jugement (Mt 25,41-45).

"Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice" - le bien suprême, qui doit demeurer le souci primordial de la vie entière - telle est la règle d'or qui s'impose toujours, en toutes circonstances...
"Vous devez l'attendre de Dieu, et le lui demander avec la confiance de fils envers le plus prévenant des pères".  

C'est ce que nous proclamons, chaque fois que nous disons la prière "reçue du Seigneur": en appelant Dieu "Notre Père", nous demandons d'abord "que son Règne vienne" puis, "par-dessus le marché", quotidiennement, "notre pain de ce jour".

 

Textes

Première Lecture: Is 49,14-15
Deuxième Lecture: 1Co 4,1-5
Évangile: Mt 6,24-34

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Neuvième dimanche



Introduction


Créé libre, l'homme peut choisir ou non la voie de la vie et du bonheur, voie tracée par les "מצות mitsvôth", les Commandements. La Loi divine se distingue en effet de toutes les lois humaines: rien ne lui est étranger; elle requiert un engagement de tout l'être jusqu'en ses profondeurs, il faut l'avoir inscrite, gravée dans son cœur.
Avec elle, c'est en effet le Saint, l'Éternel, qu'on accueille ou qu'on rejette - et non une quelconque législation anonyme et lointaine.
Il s'agit d'une Alliance, d'une grâce proposée tous les jours à l'acceptation personnelle de chacun. 

Dans le "Sermon sur la montagne", Jésus - qui accomplit les Écritures - l'enseigne à nouveau avec son autorité souveraine de Fils qui connaît les intentions du Père.
Proclamer bruyamment sa foi en criant à l'envi "Seigneur! Seigneur!", multiplier les actes de piété extérieure sans faire effectivement la volonté de Dieu ne mène à rien.
Accumuler des bonnes œuvres qui ne surgissent pas d'un attachement profond au Seigneur invoqué, accomplir des miracles en son nom revient à se dépenser en vain, sans rien construire de solide pour le Royaume des cieux. Consciemment ou non, c'est agir comme si la sainteté pouvait s'acquérir à la force du poignet, se mériter.
À ceux qui se feraient encore des illusions à ce sujet, saint Paul répond avec vigueur: la justice qui sauve vient de Dieu; nous sommes tous des pécheurs justifiés par le sang du Christ - et non des justes que Dieu aurait à récompenser de leurs efforts. 
Le message transmis par l'évangéliste et la prédication de l'apôtre proclament donc, avec des tonalités différentes, le même enseignement fondamental: sans œuvres, la foi est morte; et les œuvres doivent être l'efflorescence de la foi, don de Dieu.

Aujourd'hui s'achève la lecture du "Sermon sur la montagne" qui est au centre de la liturgie de la Parole depuis le Quatrième dimanche.
Vivre et célébrer en conformité avec cet enseignement, c'est suivre une voie souvent ardue mais qui mène de joie en joie.
"Heureux!": le grand cri qui retentit au long de ce chemin de perfection doit se répercuter de jour en jour, de célébration en célébration.
Louange au Dieu trois fois saint!
Que sa miséricorde infinie pardonne le péché de ses enfants et leur donne le pain de chaque jour!
Action de grâce au Père qui a "exposé" (voir notes sur Jn 3,14-21 à cette page) son Fils!
Heureux le peuple auquel l'Esprit donne de produire des fruits pour la vie éternelle!

  
 
Textes

Première Lecture: Dt 11,18;26-28;32
Deuxième Lecture: Rm 3,21-25a;28
Évangile: Mt 7,21-27

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Rappel pour 2014 (année A) :

8ème dimanche du TO: 2 mars
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Carême & Temps de Pâques: du 5 mars au 8 juin (Pentecôte)
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Retour au TO: le 9 juin
1er dimanche après la Pentecôte: Sainte Trinité, 15 juin
2ème dimanche après la Pentecôte: Saint Sacrement, 22 juin
Le 29 juin: Les saints Pierre et Paul (solennité;
se substitue donc à la célébration du 13ème dimanche du TO;
Le 6 juillet: 14ème dimanche du TO



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Quatorzième dimanche




Introduction


"Je cours dans la voie de tes volontés" (Ps 118,32).
Cette exclamation est le cri d'un homme qui connaît d'expérience la joie de la fidélité persévérante à la Loi de Dieu. Le cœur s'en trouve dilaté, on respire à pleins poumons l'air pur de la vraie liberté sur les sentiers montants, étroits, parfois ardus que balise la parole du Seigneur. Pour progresser, une vigilance de chaque instant s'impose; mais au terme de l'ascension l'horizon merveilleux qui se découvre fait tenir pour rien les efforts consentis. Celui qui entraîne sur ces sentiers abrupts est un Roi "juste, victorieux et humble" qui convie tous les peuples à venir dans son royaume où règne la paix pour toujours.

Lorsque Jésus parut, les sage et les savants se mirent à discuter à n'en plus finir, à contester son enseignement, sans comprendre qu'il accomplissait les Écritures.
Les petits et les humbles, eux, ont reconnu en lui, comme d'instinct, celui qu'annonçaient les prophètes. Il parlait avec autorité des secrets et de la volonté de Dieu; il disait "Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous procurerai le repos".
La Bonne Nouvelle qu'il prêchait n'abolissait pas la Loi ancienne, mais la renouvelait en la débarrassant des interprétations qui l' alourdissaient inutilement.
Les petits et les humbles, les faibles, peuvent en assumer la charge - car l'amour en est le premier et le dernier mot

En les voyant se presser autour de lui, Jésus ne put retenir l'action de grâces qui monte de son cœur sa louange témoigne de son intimité avec le "Seigneur du ciel et de la terre", auquel il s'adresse en l'appelant familièrement "Père". Cette prière filiale révèle indirectement que sur lui reposes en plénitude l'Esprit promis à tous.

C'est l'Esprit qui libère les disciples de l'emprise des tendances de la "chair" comme dit saint Paul.
Il donne la force de lutter contre ses assauts renouvelés, et mène à la vie éternelle ceux qui, se laissant conduire par lui, "tuent" en eux "les désordres de l'homme pécheur".

Heureux qui accueille cette révélation avec joie, et la garde dans son cœur!
Qu'il rende grâce au Père, et sans fin proclame sa louange!

 
Textes


Première Lecture: Za 9,9-10
Deuxième Lecture: Rm 8,9;11-13
Évangile: Mt 11,25-30

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Quinzième dimanche



Introduction

On commence aujourd'hui la lecture intégrale du « Discours en paraboles », qui se poursuivra durant trois dimanches. Pour introduire cette unité liturgique, il serait difficile de trouver mieux que le texte d’Isaïe retenu pour la Messe d’aujourd'hui.   

Les paroles humaines restent souvent vaines et inconsistantes, n'engagent pas toujours celui qui les prononce, ne résistent guère à l'épreuve du temps, même quand elles ne sont pas mensongères. Enfin, du « dire » au « faire » la distance est grande, voire infranchissable.  
Il en va autrement de la parole de Dieu : elle révèle et agit, elle est vérité et efficacité. Isaïe insiste sur cette dernière caractéristique.   

C'est également l'enseignement fondamental de la parabole de la semence, la première de celles que rapporte saint  Matthieu. Elle met l’Église et les chrétiens face à leurs responsabilités à l'égard de la parole de Dieu, comparé à une semence de qualité sans pareille, jetée abondamment en terre.  
La croissance et la venue à maturité de cette graine merveilleuse dépendent de la valeur du sol qui la reçoit, c'est-à-dire de la manière dont chacun accueille et met en pratique la Parole semée en lui. Cela exige un sérieux travail préalable de défrichage, et une vigilance constante - pour ne pas la laisser enlever par « le Mauvais » ni étouffer par de nombreuses herbes parasites.  
Dieu, le divin Semeur, respecte en effet la liberté de ses créatures, et veut les associer aux résultats de ses semailles. Il répand le bon grain à profusion, car aucune portion de son domaine ne doit être abandonnée comme définitivement impropre aux semailles, et laissée en friche. À chacune il donne inlassablement sa chance, ou plutôt sa grâce. Patient, il laisse le temps au temps ; confiant, il espère jusqu'au dernier jour que les terres les plus arides, les cœurs de pierre, finiront par s'ouvrir à sa Parole. Tous ceux qui, à un titre ou à un autre, travaillent à l’avènement du Royaume doivent agir de même.  

C'est, comme dit saint Paul, le temps d'un laborieux enfantement pour l'homme et la création entière ; mais le jour vient où leur gloire se révélera avec celle du Christ ressuscité. Cette certitude fait apprécier à leur juste valeur « les souffrances du temps présent ».



Les Textes


Première Lecture: Is 55,10-11
Deuxième Lecture: Rm 8,18-23
Évangile: Mt 13,1-23 

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Seizième dimanche



Introduction


Le croyant reconnaît et proclame sans cesse, dans le Credo comme dans la prière, la toute-puissance de Dieu – que rien ni personne ne saurait tenir en échec. Mais, à la vue de ce qui se passe dans le monde, impossible de ne pas s'interroger : comment Dieu peut-il supporter tant de désordres criants, d'injustices intolérables, de crimes restés scandaleusement impunis ? Pourquoi intervient-il si peu – comme s'il n'avait pas les moyens de sanctionner le mal et d'en endiguer la propagation ? L’appel angoissé des uns, le persiflage des autres résonnent douloureusement aux oreilles du croyant (Ps 42,11).
 
Il faut affronter ces interrogations, non pour demander des comptes à Dieu, mais pour essayer de comprendre sa conduite qui doit déterminer la nôtre ; c'est ce que fait l'auteur du Livre de la Sagesse. La conduite divine n'est pas preuve de faiblesse de démission : Dieu n’intervient pas ; il fait preuve de patience parce qu'il est le Tout-puissant. Il n'a pas besoin, lui, de s'imposer par la force ; et il laisse à tous le temps de changer de conduite, de se convertir.
 
Jésus a repris cet enseignement sous la forme imagée de trois paraboles. Malgré les apparences, la parole de Dieu est d'une extraordinaire fécondité :
-          comme un grain de moutarde qui donne naissance à un grand arbre,
-          comme une pincée de levain qui fait lever trois grandes mesures de pâte,
-          comme la semence dont jaillissent de nombreux épis de blé.
 
Lorsque les jeunes pousses sortent de terre, on constate parfois qu'elles sont mélangées à de l’ivraie, herbacée particulièrement nuisible aux céréales. Le maître interdit pourtant de l'arracher, car avec elle on risque d'enlever le blé en herbe dont les racines plongent sans doute dans la même motte de terre… Il est donc sage d'attendre la moisson pour faire le tri : le Moissonneur divin agit de même, non par faiblesse ou laisser-aller, mais par miséricorde.
 
Que l'Esprit, qui seul connaît les pensées de Dieu et ses intentions, « ouvre nos oreilles » : c'est lui qui peut nous faire comprendre, « entendre », l'enseignement donné par Jésus en paraboles !
Que la prière qu'il inspire nous fasse entrer dans les vues du Seigneur : nous apprendrons ainsi à juger et à agir comme lui, à vouloir ce qu'il veut.


Les Textes


Première Lecture: Sg 12,13;16-19
Psaume: Ps 86,5-6;9a;10;15-16a  
Deuxième Lecture: Rm 8,26-27
Évangile: Mt 13,24-43

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Dix-septième dimanche



Introduction


Le nom de Salomon évoque que celui d'un homme à la sagesse proverbiale.
Un jour, rapporte le Premier livre des Rois, Dieu lui a dit : « demande-moi ce que tu veux, et je te le donnerai ». À cette proposition, Salomon a répondu sans hésiter : « accorde-moi de discerner le bien et le mal ». Sachant que ce discernement appartient à Dieu seul à qui nul ne peut le dérober, le roi demande humblement la grâce d’y avoir part. Il est exaucé : il sera ainsi en mesure d'assumer au milieu de son peuple la mission que Dieu lui a confiée.
 
Lointain descendant de Salomon (Mt 1,1;6), Jésus a proclamé la Bonne Nouvelle de la venue toute proche du Royaume des cieux (Mt 4,17). Dans le langage simple et familier des paraboles, il a révélé le mystère de sa croissance lente et laborieuse jusqu'au jour de son plein épanouissement, à la fin des temps. Il est comme un trésor inestimable encore caché. Pour l'acquérir, il faut renoncer avec joie à tous les autres biens, vendre ceux qu'on possède. Les humbles, les petits, ceux auxquels Jésus  s’adresse, comprennent cela dans leur sagesse qui vient de Dieu et dont Jésus lui-même s'est émerveillé (Mt 11,25), ils n'hésitent pas à tirer les conséquences pratiques de cet enseignement du Maître, qui est vraiment « plus grand que Salomon » (Mt 12,42).
 
Ils ne se montrent pas scandalisés par la patience de Dieu, qui n’opère pas prématurément le tri entre le bon grain et l’ivraie, entre les bons et les méchants. Ils comprennent que Dieu agit ainsi par miséricorde, pour laisser à chacun tout le délai possible pour se convertir. Avec le Seigneur, ils espèrent que beaucoup, touchés par tant de longanimité, finiront par s'ouvrir à l'amour du Père qui, seul, fait de nous des justes et nous appelle à partager, un jour, la gloire de son Fils.
 
Le « Discours en paraboles », lu dans l'Évangile selon saint Matthieu depuis le quinzième dimanche, est d'une richesse inépuisable. Les « disciples du Royaume des cieux » peuvent en tirer sans cesse - dans la prière et la méditation - des enseignements nouveaux, adaptés aux diverses circonstances, souvent inédites, de leurs vies. Ils peuvent compter, en outre, sur la sagesse de Dieu qui saura faire « tout contribuer au bien de ceux qui l’aiment ».


Les Textes


Première Lecture: 1R 3,5;7-12
Deuxième Lecture: Rm 8,28-30
Évangile: Mt 13,44-52

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Dix-huitième dimanche



Introduction


À ceux que les nourritures terrestres laissent sur leur faim, Dieu dit : « Venez à moi, je comblerai les désirs de votre cœur ; je vous donnerai gratuitement ce qui fait vivre en plénitude, dès aujourd'hui et pour la vie éternelle ! »
 
Jésus a fait retentir cette pressante invitation avec une force et une insistance nouvelles. Ceux que la maladie ou les démons intérieurs tourmentaient se pressaient autour de lui pour retrouver, avec des raisons de vivre, leur place dans la société dont ils étaient exclus. Les foules s'attachaient à ses pas, allaient à sa recherche jusque dans les lieux déserts où il se retirait. Ému au plus profond de lui-même, Jésus, renonçant à son besoin de solitude, a répondu à leur attente.
 
Parmi toutes les manifestations de cette sollicitude du Seigneur à l'égard des foules désemparées, la multiplication des pains dans le désert est d'une importance particulière.
Le premier récit qu'en donne saint Matthieu note que Jésus a passé la journée à guérir des infirmes ; le soir venu, les disciples estiment qu'il est temps de renvoyer les gens pour qu'ils essaient de se procurer de la nourriture.
« Non, dit Jésus, donnez-leur vous-mêmes à manger ». Cette réponse est lourde de sous-entendu. Avec les cinq pains et les deux poissons dont ils disposent, les disciples se trouvent eux aussi dans une indigence telle qu'ils ne peuvent rien faire pour les autres. Jésus prend alors la situation en main : il « ordonne » à la foule de s'asseoir sur l'herbe. Comme pour tout repas juif rituel, il prononce la bénédiction sur les pauvres provisions qui lui ont été remises… et il dit aux disciples de les distribuer à la foule, « environ cinq mille personnes, sans compter les femmes et les enfants » !
 
Personne ne semble s'étonner de cette multiplication inattendue des pains et des poissons : ni les disciples, ni la foule. C’est que Mathieu a écrit pour des chrétiens, qui s'adressent à Dieu en disant « Notre Père, donne-nous aujourd'hui le pain de ce jour », et qui participent déjà à la fraction du pain où le Seigneur se donne personnellement en nourriture.
 
Fortifiés par ce pain venu du Ciel, nous sommes en mesure de tout affronter, sûrs que rien ne peut nous séparer désormais de l'amour de Dieu manifesté en Jésus Christ.


Les Textes


Première Lecture: Is 55,1-3
Psaume: Ps 145/144,8-9;15-18
Deuxième Lecture: Rm 8,35;37-39
Évangile: Mt 14,13-21

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Dix-neuvième dimanche



Introduction


  Dans les évangiles, le récit de la multiplication des pains et celui de la tempête apaisée forment comme un diptyque.
Dans les deux tableaux, Jésus est - bien sûr - au premier plan:
- sur l'un, il donne les pains multipliés aux disciples pour qu'ils les distribuent à la foule;
- sur l'autre, il va vers eux en marchant sur les eaux, au milieu de la tempête qui met en péril l'embarcation où il leur a été "ordonné" de monter pour gagner l'autre côté du lac.

Or la Tradition a vu, dans cette barque secouée par les flots mais préservée du naufrage par le Seigneur, une image de l'Église qui vogue, contre vents et marées, vers le rivage où le Ressuscité l'a devancée.
La multitude de ceux qui suivent le Seigneur jusque dans le désert reçoit de sa main le pain qui apaise toute faim.
Les disciples - qui peinent pour se rendre au rendez-vous donné par le Seigneur, ont l’impression que leur barque va chavirer.
« Confiance ! Les tempêtes peuvent secouer votre embarcation, mais elle ne sombrera pas ! » leur dit le Seigneur. Le récit de saint Mathieu comporte encore d'autres traits qui élargissent et précisent cette interprétation. La réaction des disciples et de Pierre fait songer aux premières apparitions pascales :
-      Lorsque le Ressuscité est venu au milieu d’eux, les disciples ont cru aussi voir un fantôme ; le Seigneur s'est alors adressé à eux comme ici : « Soyez sans crainte ! C'est moi ! »
-      Il leur a également reproché leur manque de foi et leurs doutes.       -      Enfin, lors des manifestations pascales comme sur le lac, la scène s'achève par une sorte de liturgie : les disciples se prosternent devant le Seigneur, ils confessent leur foi : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! »  

Quels que soient son attachement profond au Seigneur, l'expérience de sa présence et de sa proximité, tout disciple, dont Pierre apparaît ici comme le prototype, connaît des moments d'hésitations et de doutes. Qu’il crie : « Seigneur, sauve-moi ! » dès qu'il commence à perdre pied. Jésus lui tiendra la main pour qu'il ne défaille pas.

  Que le peu de foi ne retienne pas de participer à la liturgie, de se prosterner avec les autres pour proclamer avec l'Église : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! Seigneur, viens au secours de mon manque de foi ! »

  Et lorsque le silence de Dieu décourage, qu'on écoute attentivement : il est encore là, dans le « murmure d'une brise légère » (1R 19,12).


Les Textes

Première Lecture: 1R 19,9a;11-13a
Psaume: Ps 85/84,9ab;10-11;13 (antienne: v.8)
Deuxième Lecture: Rm 9,1-5
Évangile: Mt 14,22-33

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Vingtième dimanche



Introduction


 
Dieu, avaient annoncé les prophètes, fera bon accueil aux étrangers qui montreront à sa montagne sainte pour l'adorer : sa maison sera « Maison de prière pour tous les peuples ».

 
Un jour, c'est son Fils qui est venu dans le monde.
Jésus a semé à pleines mains le bon grain de la Parole. Il a guéri tous les malades qu'on lui présentait, et même l'enfant d'un centurion romain. Il a appelé le publicain Matthieu, partagé le repas des pécheurs et multiplié les pains pour la foule.
Mais il n'est pas sorti des limites étroites de son pays.

Quelques fois, cependant, il est allé aux frontières du monde païen. Une femme est alors venue de ces régions pour implorer la guérison de sa fille. « Il faut l’exaucer pour qu'elle cesse ses cris », estiment les disciples. Jésus répond : « Je n’ai été envoyé qu'aux brebis perdues d'Israël ». Comme si elle n'avait pas entendu, la Cananéenne se prosterne : « Aie pitié de moi, Seigneur ! Viens à mon secours ! »

C'est l’attitude et la manière de prier qui, selon saint Mathieu, conviennent aux disciples ! Pourtant Jésus commence par déclarer irrecevable la requête formulée par une païenne, et il le fait en des termes qui paraissent bien méprisants ; mais, sans aucun doute, le ton de la voix en a adouci la dureté.
En tout cas cette réponse de Jésus fait songer à celle qu'il fit à sa mère qui, aux noces de Cana, lui demandait d'intervenir parce que le vin commençait à manquer : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n'est pas encore venue » (Jn 2,4).
Ici, il s'agit du temps de la mission aux païens, qui n'est pas encore arrivé. L'anticiper reviendrait à prendre le pain des enfants avant qu'ils ne soient rassasiés.
Cela, la Cananéenne le comprend : elle ne revendique aucun passe-droit ; comme Marie, elle s'en remet au Seigneur.
Que Jésus lui donne seulement des miettes qui tombent de la table des maîtres ; et, comme Marie, elle obtient ce qu’elle demande.

 
Désormais, il n'y a plus de frontières : l'Évangile est prêché partout. Tous ont libre accès à la Table des enfants.
C'est une grâce, et non un droit qu'on pourrait réclamer ou regarder comme un privilège.
Mais il ne suffit pas de le savoir, de le proclamer en paroles et dans la Prière « universelle » : il faut traduire cette certitude dans les comportements de la vie quotidienne et dans la célébration liturgique !

L’accueil de l'étranger, la place qui lui est faite dans les relations quotidiennes et dans les assemblées liturgiques vérifient l'authenticité d'une foi, d'un esprit et d'un cœur vraiment « catholiques ».


Les Textes

Première Lecture: Is 56,1;6-7
Psaume: Ps 67/66,2b;13;5;7b;8 (antienne: v.4)
Deuxième Lecture: Rm 11,13-15;29-32
Évangile: Mt 15,21-28

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Vingt-et-unième dimanche



Introduction


L'éviction d'un obscur maître du palais d’Ézéchias, roi de Juda au VIIIème siècle avant notre ère, serait certainement tombée dans l'oubli sent l'oracle d’Isaïe. Dieu attend des ministres proposés au gouvernement de son peuple qu'ils exercent leur autorité selon ses instructions. Il écarte ceux qui n’agissent pas conformément à ses volontés. Mais il ne renonce pas à son dessein de salut et ne remet pas en cause ses promesses. La destitution du gouverneur Shebna est même l'occasion de l'annonce d’une nouvelle initiative divine qui sera décisive.

Comme toujours dans la liturgie, cette prophétie est rappelée pour montrer comment ce qui est advenu se situe dans le droit fil de l'histoire du Salut. Concrètement, durant le Temps ordinaire spécialement, la première Lecture et l'Évangile constituent les deux panneaux d'un diptyque. La venue de Jésus accomplit, au-delà de toute espérance, les promesses faites jadis à David (Ps 109).

Il a suscité, au milieu de son peuple, le serviteur parfaitement fidèle à sa volonté, « stable comme un piquet enfoncé dans un sol ferme ». Lorsque paraît « Jésus Christ, fils de David » (M1,1), beaucoup, à la vue de ses œuvres, pressentent qu'il est l'envoyé promis autrefois par Dieu, mais s’interrogent sur sa véritable identité : Jean le Baptiste ? Élie ? Jérémie ? un des prophètes ?
Jésus demande à alors à ces disciples de se prononcer : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous qui suis-je ? » 
Simon, au nom de tous, déclare sans hésiter : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! » Une telle profession de foi ne peut venir que d’une révélation du Père : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas ! » Sachant qu'il doit retourner auprès de son Père, Jésus l'institue alors son intendant pour conduire à l'Église que « la puissance de la Mort » n'ébranlera pas. Il lui remet « les clefs du Royaume des cieux ».  

Pierre en a usé une première fois, pour en ouvrir l'accès aux païens. Comprenant que « Dieu ne fait pas de différence entre les hommes », il a annoncé l’Évangile à la maison de Corneille. L'Esprit intervint alors pour confirmer le bien-fondé de son initiative, et Pierre a ordonné de baptiser ces croyants inattendus (Ac 10)  

Ensuite, sous son impulsion, les païens convertis ont été déliés de certaines obligations de la Loi (Ac 15,5-25).  

Dieu fait confiance à des êtres faibles pour réaliser ses décisions insondables ! « À lui la gloire pour l'éternité, par son Fils, pierre angulaire de l'Église ».

Les Textes

Première Lecture: Is 22,19-23 
Deuxième Lecture: Rm 8,8-11
Évangile: Mt 16,13-20

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Vingt-deuxième dimanche



Introduction


Porte-parole de Dieu, le prophète (étymologiquement: "<celui qui> parle pour <Dieu>") transmet ses oracles, ses jugements sur la conduite des hommes, et ses appels à la conversion.
Sa vision des choses lui fait percevoir leur signification et leur portée ; il pressent l'avenir que Dieu a en vue, et il le prépare. Dès lors, il se trouve souvent contraint de contester l'ordre établi – dont il relève sans ménagement les failles et les insuffisances. Non seulement il dit : « Ce que vous faites est mal », mais il remet continuellement en cause la situation présente : « Ne pensez pas que vous pouvez en rester là, qu’il n'y a pas mieux à faire ! »

Les uns ne supportent pas qu'il dénonce publiquement leurs mauvaises manières d'agir et, moins encore, leurs intentions cachées – plus ou moins perverses.
Les autres voudraient qu'il les laisse tranquilles, qu'il se contente, comme tout le monde, de leur bonne volonté.
 
Le prophète dérange… mais se trouve lui-même dans une situation déchirante, au-dessus de ses forces, ainsi qu'en témoigne Jérémie de manière pathétique. Il n'imaginait pas sa mission aussi douloureuse. La tentation est grande de s'y dérober – mais impossible de se soustraire à la « séduction » de Dieu, au feu de l'Esprit qui l'anime.
 
 
Prophète, Jésus a été lui aussi en butte aux sarcasmes et aux contradictions malveillantes.
La pureté de ses intentions et l’authenticité de sa mission ont été mises en doute.
On l’a même accusé d'être un suppôt de Satan (Mt 9,34), et il a été mis à mort.
Comme Jérémie, il a prié pour que s’écarte, s'il était possible la coupe de ses souffrances (Mt 26,38) et, sur la croix, il a prié le psaume du Juste passant du désespoir à l’espérance : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » (Mt 27,46; Ps 22,2).
Rien n'a pourtant pu le faire dévier de sa mission, car il était indéfectiblement attaché à la volonté de Dieu son Père (Mc 14,36), et il a pris résolument la route de Jérusalem, alors qu’il savait ce qui l’y attendait.
 
Aussi lorsque Pierre – de bonne foi mais se comportant en véritable tentateur – a voulu l’en dissuader, il a vivement écarté l'apôtre qui ne comprenait pas que le salut du monde se trouvait en cause. Dès lors, perdre sa vie est, pour les disciples aussi, le seul moyen de la sauver.
 
Dans la mesure où ils font de leur personne et de toute leur existence « un sacrifice saint » agréable à Dieu, les disciples de Jésus célèbrent en vérité l'Eucharistie, mémorial de la Pâque du Christ mort et ressuscité.



Les Textes

Première Lecture: Jr 20,7-9 
Deuxième Lecture: Rm 12,1-2
Évangile: Mt 16,21-27

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Vingt-troisième dimanche



Introduction


Depuis que le péché a fait son entrée dans le monde, Dieu œuvre pour rassembler un peuple saint. Il a multiplié les initiatives pour inciter les hommes à le chercher et à le trouver, à renouer les liens rompus de son une amitié toujours offerte. Sa Loi balise la route de ces retrouvailles.  

Dans sa miséricorde, Dieu est venu en aide à tous les hommes et les « a formés par les prophètes dans l'espérance du salut » (Prière eucharistique IV). Il a institué « guetteurs » ces envoyés chargés de mettre en garde ceux qui se fourvoient sur des voix mortelles, et de presser les égarés de revenir sur le droit chemin : redoutable mission ! Chacun est certes responsable de ses choix, et ne peut s'en prendre qu'à lui-même des conséquences qui en résultent. Mais si le prophète n’ avertit pas « le méchant » du danger de mort où il se trouve, Dieu en demandera compte à ce « guetteur » négligent ou pusillanime. Ézéchiel n'a pas de paroles assez dures pour stigmatiser les prophètes « qui suivent leur propre esprit sans rien voir », qui égarent le peuple. Plus tard, Jésus a dénoncé avec une égale vigueur les guides aveugles (Mt 15,14).  

Il ne faut pourtant pas se décharger sur les prophètes reconnus ou sur les dirigeants officiels de toute responsabilité personnelle à l'égard des membres de la communauté. Chacun doit travailler à ramener les égarés sur la bonne voie avec tact et humilité, en se référant aux règles groupées par saint Matthieu dans ce qu'on appelle habituellement le « Discours ecclésiastique » ou « communautaire » - parce qu'il est une sorte d’anthologie des principes qui doivent régir la vie quotidienne des communautés chrétiennes. On lit ce dimanche le passage qui concerne la manière de se comporter envers des frères et des sœurs qui ont notoirement commis un péché.  

« L’accomplissement parfait de la Loi, c'est la charité », un devoir avec lequel on n’est jamais quitte ; impossible, dès lors, d'abandonner les pécheurs à leur sort. L’Église n’en vient à l'excommunication que lorsque tous les autres moyens sont restés vains. La prière de la communauté doit non seulement continuer à entourer les frères et les sœurs frappés par cette mesure extrême, mais se faire encore plus intense à leur intention.  
Que la miséricorde divine, implorée au début de chaque célébration eucharistique, les fasse revenir !


Les Textes


Première Lecture: Ez 33,7-9 
Deuxième Lecture: Rm 13,8-10 
Évangile: Mt 18,15-20

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Vingt-quatrième dimanche



Introduction


Confession du péché et de la miséricorde de Dieu, intercession et action de grâce vont toujours de pair dans la Bible.  

Les psaumes en témoignent abondamment. Quand il s'adresse à Dieu pour exprimer sa reconnaissance en évoquant les bienfaits déjà reçus, pour lui demander de les renouveler ou l'appeler au secours dans la détresse, le psalmiste se présente toujours devant le Seigneur en se reconnaissant pécheur ; mais il ne se tient pas devant lui comme un coupable terrassé par le poids de ses fautes, tremblant sous le regard accusateur d'un maître courroucé. Le péché est en effet un acte d'ingratitude à l’égard de Quelqu'un dont l'amour blessé demeure intact, toujours prêt à pardonner quiconque fait appel à sa tendresse sans borne.  

L'expérience renouvelée de cette conduite constante de Dieu implique le devoir de pardonner de la même manière les torts que les autres nous font subir. « Rancune et colère sont des choses abominables ». Comment en effet pourrait-on demander et recevoir le pardon divin, en gardant dans le cœur du ressentiment à l'égard d'autrui? Cela reviendrait à s’exclure soi-même de l'Alliance, de l'amitié divine. Quelle horreur aux yeux de Dieu est des hommes !  

Jésus a rappelé l’égale importance des deux commandements de l'amour de Dieu et du prochain.
La loi dite « du talion » avait pour but d'interdire les représailles, vengeances ou châtiments disproportionnés avec le crime commis ou le dommage causé. Jésus va bien au-delà : il prescrit d’aimer même ses ennemis, de prier pour eux.
Débiteurs insolvables à qui Dieu remet leur dette, les chrétiens doivent pardonner sans cesse et sans compter: « soixante-dix fois sept fois ».

La vérité de leur appartenance au Christ dont ils se réclament, du culte qu'ils célèbrent, de leur prière, et, finalement, de leur justice devant Dieu en dépend.
Que l’Esprit, qui fait d’eux une communauté de fils du Père de miséricorde, vienne au secours de leur faiblesse!
Alors ils pourront dire en toute confiance, chaque jour et au moment de recevoir le corps et le sang de l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, la prière reçue du Sauveur: « Notre Père, pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés »!




Les Textes


Première Lecture: Si 27,30-28,7
Deuxième Lecture: Rm 14,7-9
Évangile: Mt 18,21-35

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Vingt-cinquième dimanche



Introduction


Les deux dimanches précédents,  c'est la vie interne des communautés chrétiennes qui se trouvait sous le feu de la parole de Dieu. La manière de se comporter à l'égard des frères qui commettent le péché, et le devoir du pardon mutuel des offenses, découlent du fait que l'Église est une communauté de pécheurs pardonnés. Mais il ne suffit pas d'en être intimement convaincu, de s’en tenir à de bons sentiments, de belles déclarations d'intention, des élans de piété intérieure… La foi ne se paie pas de mots : elle doit se traduire également en actes, dans la vie de chaque jour, en toutes circonstances : la liturgie de ce dimanche exhorte à ne pas l'oublier.
 
L'homme religieux est un chercheur de Dieu. Sa quête est d'autant plus active et, pourrait-on dire, passionnée, que se fait proche Celui qui seul peut combler son désir. Toujours en marche, le croyant tend  vers Lui de toutes ses forces, sans jamais s'arrêter. Il sait que Dieu, « riche en pardon », a pitié de ceux qui, après s'être égarés, se détournent résolument de leurs mauvais chemins. De telles certitudes stimulent le zèle des pécheurs pardonnés, et leur font reconnaître combien Dieu est juste lorsqu'il accueille ceux qui reviennent vers Lui. Loin de s'en montrer scandalisés, ils en rendent grâce.
 
Par ailleurs, jour après jour, à toute heure, Dieu engage des ouvriers pour travailler à la vigne qu’Il a plantée. Chacun doit s'empresser de répondre avec joie à son appel, et s'en remettre à Lui pour le « salaire » – si l'on peut employer ce mot. « Le  soir venu », chacun recevra le sien, infiniment au-delà de tout mérite, pur don de la bonté du « maître du domaine ». Ce qui est demandé à tous, indistinctement, c’est d’œuvrer en serviteurs fidèles soumis à la volonté du Seigneur, de « mener une vie digne de l'Évangile du Christ ».
 
L'exemple de saint Paul est particulièrement suggestif : mourir pour être avec le Christ sans plus attendre vaudrait mieux pour lui ; mais il pense aussi qu'il pourrait encore faire ici-bas du travail utile aux autres. Ne sachant donc comment sortir de ce dilemme, il s’en remet au choix du Seigneur : quant à lui, il reste totalement disponible ; dans tous les cas, de cela l’Apôtre est sûr : « la grandeur du Christ sera manifestée ».
Le vrai serviteur de Dieu ne doit pas se soucier d'autre chose : « Seigneur, que ta volonté soit faite ! »
 


Les Textes


Première Lecture: Is 55,6-9
Deuxième Lecture: Ph 1,20c-24;27a
Évangile:Mt 20,1-16a


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Vingtième-sixième dimanche

Introduction

 
« L’intention vaut l'action ».
Cette maxime populaire est utilisée dans des circonstances et des perspectives très diverses.
On l’invoque couramment pour se disculper de n'avoir pas tenu une promesse, de n'avoir pas accompli ce qu'on aurait dû : « C'est vrai, il ne faut pas m'en tenir rigueur : mon élan a été stoppé de manière imprévisible et malgré moi ».
Parfois, à l'inverse, la seule intention d'un acte répréhensible est retenue comme grief – à juste titre si je ne suis pas passée à l’acte parce que les seules circonstances ou une intervention extérieure m'en ont empêché.
Mais une pensée perverse, une mauvaise intention, peuvent n’être que des tentations – fugitives ou obsédantes – que j'ai eu le mérite de repousser.
Nul ne saurait davantage me reprocher d'avoir pris conscience à temps, ou même au dernier moment, du caractère pervers de mon dessein, et de ne l’avoir pas exécuté.
 
Il n'en demeure pas moins que ce sont normalement les actes qui jugent du sérieux de l'intention. En tout cas, le propos, même réitéré, de se convertir n'est pas la conversion ; en rester aux déclarations d'intention devient même scandaleux, et ferme l'entrée dans le Royaume de Dieu.
Quand il reviendra dans sa gloire, le Fils de l'homme reconnaîtra comme siens tous ceux qui – même sans se référer à lui – ont agi selon la volonté du Père, se sont détournés de la « méchanceté » (Mt 25,31-46). Celui qui connaît le secret des cœurs et à qui rien n'échappe de nos actions dira : « Tu étais publicain, prostituée ; mais tu as entendu ma Parole, la prédication de mes envoyés, la voix de ta conscience, et tu as renoncé à ta perversité. Approche, passe devant pour pénétrer dans la salle du festin auquel Dieu appelle depuis le commencement du monde ! »
 
À ceux qui, au contraire, se sont détournés de la justice, ou qui ont dit « Oui ! », « Amen ! » à la volonté du Seigneur – mais ne l’ont pas accomplie, il dira : « Passez derrière, allez-vous-en : je ne vous connais pas ! »
 
Telle est, dans sa perfection incontestable, la justice de Dieu.
 
Soyons donc sans arrogance, mais ne nous payons pas de mots : nous avons la foi ? traduisons-la en actes !
 
Cette exigence s’impose à qui veut être en vérité disciple du Christ, et avoir part au salut acquis par son obéissance sans faille à la volonté du Père, à sa Pâque de mort, résurrection et gloire – dont  l’Eucharistie est le Mémorial. Nous devons y communier dans la vie concrète comme dans le sacrement.
 

Les Textes

Première Lecture: Ez 18,25-28
Psaume: Ps 25/24,4-5a;6-9
Deuxième Lecture: Ph 2,1-11 (lecture brève:1-5)
Évangile: Mt 21,28-32


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Vingtième-septième dimanche


Introduction

Alors même qu’une vigne est taillée chaque année, ce qu'elle donnera reste incertain jusqu'au jour de la vendange ; que surviennent une grave maladie, des intempéries, ou une température excessive, et voilà perdu tout un vignoble de qualité, que le vigneron avait entourée des soins les plus attentifs, et qui faisait sa fierté…

On comprend dès lors que prophètes et psalmistes recourent à l'image de la vigne pour évoquer le peuple de Dieu, la sollicitude du Seigneur à son égard, et les sentiments qu'il éprouve quand il n'y trouve pas les fruits attendus. Un passage du Livre d'Isaïe, couramment nommé « Chant du bien-aimé à sa vigne », exprime cette déception.


On lit par ailleurs dans l'Évangile selon saint Matthieu une parabole qui met en scène le propriétaire d'un vignoble et ses ouvriers.

Lorsqu'il l'a prononcée, Jésus visait directement ceux qui, de son temps, avaient été institués intendants du domaine divin.

Mais plusieurs traits du « Discours ecclésiastique », ou « communautaire », de l'Évangile selon saint Matthieu (Mt18), et la manière de rapporter les sévères invectives de Jésus contre les scribes (Mt 23) laissent entendre que l'évangéliste songe aussi aux dirigeants de la communauté chrétienne. À cette époque, déjà comme toujours,
certains avaient des comportements détestables : prétentieux, plus avides d'honneur que d’humble service, agissant comme s'ils étaient les propriétaires et non les intendants de la Vigne, agressifs à l'égard des envoyés du Maître qui les rappelaient à leurs devoirs.

Tous les membres de la communauté n'en sont pas moins concernés : ils doivent chercher eux-mêmes, et promouvoir dans l'Église, « ce qui est vrai et noble, digne d'être aimé et honoré, et s'appelle vertu », comme dit saint Paul.
Leurs dirigeants ont été institués pour les guider et les entraîner dans cette recherche par l'enseignement et l'exemple. Ils doivent pouvoir compter sur tous pour se comporter en intendants fidèles.
Il faut donc oser les reprendre, humblement et charitablement, en leur rendant le service de la « correction fraternelle » (évangile du 23ème dimanche). Mais, en même temps, prier Dieu d'envoyer de bons ouvriers travailler dans sa vigne, favoriser les engagements de candidats appelés à l'exercice de ce ministère, être soi-même prêt à répondre à l'appel du Seigneur.

Souvenons-nous aussi que Jésus a dit : « Je suis la vraie vigne et vous les sarments » (Jn 15,5).

Textes


Première Lecture: Is 5,1-7
Deuxième Lecture: Ph 4,6-9
Évangile:Mt 21,33-43
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Vingtième-huitième dimanche


Introduction

Les prophètes, Isaïe en particulier, comparent volontiers le bonheur des élus à celui de convives réunis par Dieu pour prendre part à un prestigieux banquet. De prime abord, cette manière de parler pourrait surprendre : le bonheur céleste n'est-t-il pas d’un autre ordre que les joies terrestres ?
 
Pour comprendre cette comparaison, il suffit de se reporter à la signification du repas pris ensemble. La qualité des mets et des vins a certes son importance ; mais on ne se rend pas à un repas avant tout – encore moins exclusivement ! – pour  savourer des mets succulents et déguster des crus prestigieux.
 
La somptuosité, même relative, d'un banquet exprime le caractère exceptionnel de la fête ou de l’événement célébré. Elle entend honorer les invités, leur dire combien on est heureux de les recevoir. Le repas de fête partagé est signe – on pourrait presque dire « sacrement » – de l'amitié partagée, de la communion qui unit l’hôte et ses convives.
 
Eh bien, dit Isaïe, voilà ce que Dieu nous réserve : une intimité infiniment supérieure à tout ce qu'on peut imaginer ; une joie sans pareille et sans fin. « Ce jour-là », en effet, Dieu « détruira la mort pour toujours », et nous entrerons en possession du Salut espéré.
 
 
En reprenant cette image biblique traditionnelle, Jésus l’élargit aux dimensions de l'Histoire du Salut.
 
Le roi qui invite, c'est manifestement Dieu ; dans le fils dont il célèbre les noces, nous reconnaissons Jésus, le Seigneur qui a « épousé » l'humanité en prenant notre chair mortelle, glorifiée dans sa Résurrection et son triomphe céleste : c'est à cet événement que nous nous sommes instamment conviés. Les serviteurs de Dieu porteront à l'univers entier l'invitation qui retentit depuis les origines du monde.
 
Un jour, la salle du festin sera emplie d'une « foule immense de toutes nations, races, peuples et langues » (Ap 7,9), qui célèbrera les noces de l’Agneau (Ap 19), dont l'Eucharistie est le signe. Que chacun s’éprouve avant d'y prendre part (1Co 11,28-29), pour être trouvé revêtu de l’habit de noces quand le Roi viendra « voir les convives ».
 
 
Lui qui, dès à présent, « subvient à tous nos besoins selon sa richesse dans le Christ Jésus », nous comblera alors au-delà de toute espérance. « Gloire à Dieu notre Père pour les siècles des siècles ! »

Textes


Première Lecture: Is 25,6-9
Psaume: Ps 23/22
Deuxième Lecture: Ph 4,6-9
Évangile: Mt 22,1-14
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Vingt-neuvième dimanche

Introduction

   Des rois et des reines,  quelques grands hommes d’état sont inscrits au « Catalogue des saints ». Parmi eux, il s’en trouve peu qui appartiennent à l'histoire moderne : l'Église en effet ne se hâte pas de procéder à la canonisation de telles personnalités, même admirables. Affrontés à des situations complexes, à la diversité des opinions religieuses et autres, à des contraintes de tous ordres qu’ils ne peuvent maîtriser, les responsables politiques – d'aujourd'hui surtout – sont  amenés à prendre des décisions qui, parfois, s’écartent plus ou moins de l'idéal évangélique. En tout cas, pour eux comme pour les plus humbles, le jugement de l'Église porte uniquement sur ce qu'on appelle « l’héroïcité des vertus ». Mais il est arrivé que, le voulant ou non, un « roi » a été en son temps, un instrument dans les mains de Dieu. On le constate après coup : c’est ainsi qu’Isaïe évoque l’action du « roi Cyrus », sans toutefois oublier de rappeler que Dieu est, seul, le véritable Seigneur.

   Il faut donc se garder de prendre qui que ce soit pour un véritable « homme providentiel » auquel serait due une soumission aveugle. L’estime légitimement portée à un détenteur du pouvoir impose même une vigilance et une attitude sainement critiques. Ainsi ont toujours agi les prophètes. À qui prétendait établir le règne de Dieu, ils disaient : « Non ! Tu n’es pas le Messie qui doit venir instaurer le Royaume promis ! » Il faut donc éviter toute confusion entre le ciel et la terre, entre la cité terrestre et celle d’en haut.

   Une autre erreur consiste à dire : « Il faut choisir : Dieu ou César ; ce qu’on donne à l’un est retiré à l’autre ». Cette manière de parler est rarement dénuée d’arrière-pensées. On invoque les devoirs dus à César pour se soustraire à ceux qu’on doit à Dieu, ou inversement, quand  ce n’est pas alternativement, au gré des convenances, des intérêts du moment. Jésus est formel : « Rendez à César ce qui est à César ». Aussi l’Église a-t-elle toujours enseigné les devoirs civiques et prié pour les gouvernants, même quand ils la persécutaient. Mais le Seigneur est le seul à qui le culte est dû.

   Ceci étant bien entendu, chacun doit œuvrer avec courage et confiance pour mettre la foi, l’espérance et la charité au cœur du monde, tel qu’il est, avec la conviction que l’Évangile est « puissance et action de l’Esprit Saint ».    


 
Les Textes

Première Lecture: Is 45,1;4-6a
Deuxième Lecture: 1Th 1,1-5b
Évangile: Mt 22,15-21 


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Trentième dimanche

Introduction

   Les cinq premiers livres de la Bible :
- Genèse (Gn) <- בראשׁית Bereshit (Au commencement)
- Exode (Ex) <- שׁמות Shemot (Les Noms)
- Lévitique (Lv) <- ויקרא Vayyiqra (Il appelle)
- Nombres (Nb) <- במדבר Bemidbar (Dans le désert)
- Deutéronome (Dt) <- דברים Devarim (Les paroles)
constituent le Pentateuque, un ensemble qui est le fruit d’une histoire littéraire longue et complexe ; on le désigne en hébreu sous le nom de תּורה Tôrâh, la « Loi », ou « Loi mosaïque ».

   Dans l’état actuel du Livre de l’Exode, le texte des « עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת Dix Paroles », ou « Décalogue », est suivi de ce qu’on nomme aujourd’hui le « Code de l’Alliance », tous les commandements :
-         613 en tout:
-         365 négatifs, 
-         248 positifs.
Ces prescriptions – rédigée bien après la sortie d’Égypte et destinées à réglementer la vie de l’homme juif dans sa famille, sa société, et tout son environnement – précisent le sens et les applications concrètes des commandements gravés sur les « Tables de la Loi » données au Sinaï ; elles sont donc elles aussi présentées et considérées comme transmises par Moïse sur l’ordre de l’Éternel (voir cette page).
Cette origine divine les distingue des codes élaborés par les hommes. Partie intégrante de la charte fondatrice du peuple de Dieu, elles n’en reflètent pas moins l’expérience qui a fait prendre meilleure conscience de l’extension et de la portée la première législation.

   En les édictant, le Seigneur se révèle proche des siens. Il s’adresse à chacun en particulier, au singulier, en lui disant « Tu ». Il veille personnellement sur l’application de ces préceptes, ceux, en particulier, qui concernent la conduite à l’égard des pauvres et des faibles,  car la manière de les traiter l’atteint directement. Vraiment, l’Éternel est tout le contraire d’un législateur froid et lointain ! Corrélativement, l’obéissance à cette Loi et la conduite qu’elle induit excluent toute forme et tout esprit de ce légalisme qui menace sans cesse, et que Jésus a combattu avec une force nouvelle.
   « Tout ce qu’il y a dans l’Écriture, dans la Loi, et les Prophètes » dépend du double commandement de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain. Il bannit toute compréhension et toute application concrète des prescriptions de la Loi qui lui seraient contraires. L’amour de Dieu et du prochain est le critère ultime de la conduite conforme à la volonté de Dieu : il s’applique toujours et en toutes circonstances, sans concession.

   On ne marchande pas avec les exigences de l’amour !
Croire, c’est accueillir, « avec la joie de l’Esprit Saint », la parole du « Dieu vivant et véritable » portée à son parfait accomplissement par le Fils, le Verbe fait chair, et la traduire en actes dans toutes les circonstances de la vie quotidienne.  



Les Textes

Première Lecture: Ex 22,20-26
Deuxième Lecture: 1Th 1,5c-10
Évangile: Mt 22,34-40

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Trentième-et-unième dimanche

Introduction

      La recherche des honneurs guette quiconque se trouve investi d’une autorité – si minime soit-elle ! Elle est souvent d’un ridicule prononcé, dont ne se rendent pas compte ceux qui en donnent le spectacle.
      Jouant de leur invraisemblable inconscience, certains, par moquerie, multiplient à leur égard les marques de déférence les plus outrées.
D’autres mettent à profit ce goût immodéré des manifestations publiques de considération – par  simple flagornerie ou (et ?) pour en tirer avantage : « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute ».
      Enfin, marques extérieures de déférence et appellations honorifiques sont souvent recherchées pour faire sentir aux autres leur état (réel ou non !) de subordonnés, d’inférieurs, quand ce n’est pas pour se donner à soi-même une illusion d’autorité – voire d’« existence » ! Rien de tout cela ne doit avoir cours dans le peuple de Dieu.

      Les prêtres, rappelle en terme vigoureux le prophète Malachie, ont pour mission de faire reconnaître par tous la gloire du « Seigneur de l’univers », « le grand Roi », en tout premier lieu par la fidélité de leur vie à l’Alliance. S’ils manquent à ce devoir, ils sont une occasion de chute pour beaucoup. Dieu, alors, n’accepte pas le « culte » qu’ils lui rendent.
       De son côté, le peuple encourt semblable condamnation quand, oubliant que Dieu est le Père commun de tous, il profane son Nom par ses dissensions.   

      Jésus, à son tour, a eu des paroles très dures à l’égard de certains scribes et pharisiens, qui recherchaient les honneurs mais oubliaient leurs devoirs, qui chargeaient les autres de fardeaux qu’eux-mêmes ne remuaient pas du bout des doigts. Saint Matthieu rappelle ces invectives du Seigneur pour mettre en garde les dirigeants des communautés chrétiennes. Aux fidèles scandalisés par de telles conduites, il rappelle ce que disait le Seigneur : « Faites ce qu’ils disent, mais n’agissez pas comme eux ! » – « Gardez-vous de les flatter en leur donnant des titres qui n’appartiennent qu’à Dieu, seul. Aidez-les à se comporter en serviteurs, comme vous devez tous l’être les uns pour les autres ».

      Ce n’est pas sur des hommes que repose la foi, mais sur la Parole de Dieu, écrit saint Paul – qui reste le modèle accompli de l’apôtre, du prédicateur de l’Évangile, du disciple qui consacre sa vie au service de tous.

       Dans l’Église comme dans la vie, nous sommes tous responsables les uns des autres.


Les Textes

Première Lecture: Ml 1,14b-2,1;2b;8-10
Psaume: Ps 131
Deuxième Lecture: 1Th 2,7b-9;13
Évangile: Mt 23,1-12

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Trentième-deuxième dimanche

Introduction

Lors du
repas de la dernière Pâque, Jésus a laissé à ses disciples le signe du pain et du vin, en gage de participation au festin qu’il prendra avec eux dans le Royaume de son Père (Mt 26,29). Aussi chaque Eucharistie est-elle célébrée dans l’attente de l’avènement de Jésus Christ notre Sauveur, de son retour dans la gloire –
que l’assemblée eucharistique ne se lasse pas d’appeler : « Viens, Seigneur Jésus ! »
Le mystère de cette venue, vers laquelle tend tout l’Histoire du Salut comme vers son accomplissement, est l’objet particulier de la liturgie des 32ème et 33ème dimanches du TO de l’année A.
 
      Une telle insistance s’avère particulièrement d’actualité. Aujourd’hui, en effet, on parle beaucoup des risques de destruction de notre planète. En revanche, la perspective du retour du Seigneur semble moins préoccuper les chrétiens, même pratiquants: il en va comme de la mort, dont nul ne connaît ni le jour ni l’heure : « On s’y préparera le moment venu ! »
      « C’est insensé ! » enseigne la parabole des dix demoiselles d’honneur qui devaient prendre part au cortège d’une noce. Puisque nous ignorons quand l’Époux arrivera, il faut se tenir prêts pour l’accueillir quand il viendra. Lorsque retentira le cri qui l’annoncera, il sera trop tard pour chercher à acquérir ce qui nous manquerait pour le rejoindre, et personne ne sera en mesure de nous le procurer. Loin d’engendrer anxiété, énervement, ou contraire découragement et somnolence, l’attente, quelle qu’en soit la durée, doit stimuler notre vigilance et notre prévoyance. Comme la Bien-aimée du Cantique des cantiques a le cœur aux aguets pour déceler, au moindre signe, l’approche de son fiancé, ainsi doit être le croyant.
 
      Chaque célébration de l’Eucharistie anticipe sacramentellement cette grande procession en marche en marche vers la salle des Noces. Du reste, le Seigneur est déjà là : on l’accueille en recevant le Pain et la Coupe, sacrement de la Vie éternelle et du Royaume nouveau. Ceux qui nous ont devancés dans la mort se préparent aussi. Avec nous, et comme nous, ils attendent, dans l’espérance, le signal donné par la voix de l’archange : « Voici l’Époux ! Sortez à sa rencontre ! »
Alors les portes de la salle du Festin s’ouvriront, et nous entrerons tous ensemble pour célébrer dans la joie les Noces de l’Agneau. 

Les Textes

Première Lecture: Sg 6,12-16
Psaume: Ps 63/62,2-8
Deuxième Lecture: 1Th 4,13-18
Évangile:Mt 25,1-13

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Trentième-troisième dimanche

Introduction

     Au terme du Temps ordinaire de l’année A, la liturgie évoque à nouveau le Retour du Seigneur, cet Événement vers lequel tend toute l’histoire du Salut. Voici la parabole des talents.
Si elle est à l’origine de l’adage « chacun doit faire fructifier ses talents », il faut néanmoins comprendre qu’il s’agit ici de tout autre chose que de la mise en valeur de qualités humaines innées ou acquises. 
Un talent représentait le salaire de quelque six mille journées de travail - environ vingt ans ! (voir à cette page, note sur Mt 18,25). Même le serviteur à qui il en est confié un seul reçoit donc un capital énorme.

     Cette somme a une signification qu’on pourrait dire « théologique ». Elle évoque, en effet, le trésor inestimable de la grâce que Dieu distribue à chacun « selon ses capacités ».
L’enfouir sous prétexte de ne pas le perdre, n’oser prendre ni initiative, ni risque, ni la moindre responsabilité pour le faire fructifier, c'est se comporter en esclave peureux, c’est donc offenser Dieu en le considérant comme un maître impitoyable.
Or ce n’est pas de tels serviteurs que Dieu veut.
Ses dons témoignent de sa confiance. Lorsqu’il reviendra, le Seigneur demandera donc à chacun de lui rendre compte de sa gérance.
Ceux qui se présenteront alors devant Lui en tenant dans leurs mains le résultat de leurs efforts recevront infiniment plus : ils entreront dans la joie de leur Maître.
Croire, être fidèle serviteur de Dieu et vrai disciple du Christ, c’est aussi agir : tel est, en définitive, l’enseignement de cette parabole.
 
Ce que Dieu nous demande est d’ailleurs « peu de chose » : la fidélité à sa grâce de chaque jour dans l’accomplissement des tâches quotidiennes. Le Livre des Proverbes donne en exemple « la femme vaillante ».
Il s’agit d’un exemple, et non d’une prise de position – encore moins d’un oracle – sur la condition féminine.
Il doit faire réfléchir ceux qui se croiraient supérieurs aux autres, ou davantage dignes d’éloge de la part de Dieu, à cause de leur position et de leurs fonctions dites « supérieures » dans la société ou l’Eglise. Se comporter, là où on est, en « bons et fidèles serviteurs », c’est vivre en « fils et filles de lumière » qui n’ont rien à craindre de la venue du Seigneur.
 
La célébration de la liturgie, de l’Eucharistie surtout, nous assure de sa Présence cachée dans la nuit de ce monde, et ravive sans cesse notre désir de son Retour, qui comblera notre attente au-delà de toute espérance.  
Les Textes

Première Lecture: Pr 31,10-13;19-20;30-31
Deuxième Lecture: 1Th 5,1-6
Évangile:Mt 25,14-30
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