Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

ראש השנה - Roch HaChana





Le Nouvel An







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ראש השנה - Roch HaChana (littéralement "Tête de l'année"), le Nouvel An juif, dure deux jours, tant en Israël qu'en Diaspora, et tombe le 1er et le 2 du mois de Tichri.
Cette fête annonce une période de dix jours, conduisant à Yom Kippour, qui est appelée "les dix jours de Techouva*".

C'est une fête spirituellement et psychologiquement importante, car elle permet à l'homme de faire un bilan annuel de ses actes et pensées, de remettre en question son existence, ses choix, ses options de vie.

Elle rappelle en effet:
- la création d'Adam et Ève, créés à l'image divine, et dont descend l'humanité tout entière.
- la ligature d'Isaac, quand l’Éternel refusa le sacrifice humain pour le remplacer par le sacrifice animal.

La leçon de Roch Roch HaChana est donc double :
- L'humanité dans son ensemble, peuples, individus, est jugée par le Juge suprême, afin de souligner le partenariat irréversible qui existe entre le Créateur et ses créatures.
Ce jugement divin fait écho à la liberté et à la responsabilité des hommes, les uns par rapport aux autres. A Roch HaChana, chaque personne doit répondre à deux questions : comme Adam "Où es-tu ?" et comme Caïn "Où est ton frère ?"
- En refusant le sacrifice d'Isaac, l'Eternel a enseigné que le service divin ne pouvait passer que par le sacrifice de l'animalité intérieure de l'homme et non par le meurtre rituel et l'assassinat.

Toute la liturgie, les prières et les textes bibliques lus formulent cette force intérieure que possède chaque homme de bouleverser son existence et de trouver des chemins nouveaux et originaux.
"Sortez de la routine, sortez des habitudes, sortez de la lourdeur de l'être": telles sont les invitations de la fête de Roch HaChana. Nous trouverons le même contenu dans la fête de Kippour, qui est comme une confirmation des décisions prises à Roch HaChana.

A la synagogue, l'officiant est habillé de blanc pour marquer cette gravité. Mais ce n'est pas une fête triste.
Pour inciter au retour sur soi, on sonne du Chofar de nombreuses fois à chaque prière du matin à la synagogue, car cette sonnerie remue l'être et le remet en question.
Chacun, homme, femme, enfant, est tenu d'écouter les sonneries du Chofar. Pour les personnes malades ou qui ne peuvent se déplacer (femmes ayant une grossesse difficile par exemple), la communauté se charge d'envoyer quelqu'un qui sonnera le Chofar à domicile.
En effet, en écoutant le Chofar, l'homme se rappelle la double leçon de Roch HaChana, afin de revenir vers le Père et d'accepter sa volonté.

Les deux soirs de fête donnent lieu à des manifestations inhabituelles à la table du repas - plus marquées dans les communautés séfarades; on apporte des mets particulièrement préparés pour ces soirs, servant de support aux vœux de bonne année.

Dans les communautés ashkénazes (originaires d'Europe de l'Est), on a l'habitude de tremper des morceaux de pomme nouvelle dans du miel, et de dire: "Que cette année soit pour nous aussi douce que la pomme trempée dans le miel".
Après avoir béni le pain, on le trempe aussi dans le miel, et non dans le sel comme d'habitude.

Dans les communautés séfarades (originaires d'Espagne et des pays arabes essentiellement), on organise un véritable Seder, un vrai rituel: la table de fête est somptueusement décorée, et chargée de mets doux.
Suivant le pays d'origine, on peut trouver certaines variantes - mais fondamentalement l'idée est la même: il s'agit, ces deux soirs, de consommer des aliments dont le nom en hébreu ou en araméen évoque une citation de la Bible,
- pour bénir le peuple juif,
- ou pour maudire ses ennemis.
On retrouve le jeu de va-et-vient entre parole/ Parole, et nourriture (voir page sur Les lois alimentaires).
LE SOIR DE ROCH HACHANA, ON "MANGE LE LIVRE"! C'est un soir de "mets et de mots"!

Ainsi, sur la table d'une famille juive d'origine marocaine, par exemple, on pourra trouver:
- un compotier plein de pommes nouvelles, rouges de préférence;
- un pot de miel dans lequel on trempera des morceaux de pomme, comme on l'a déjà vu plus haut;
- un bol de sésame avec du sucre en poudre: en en prenant, on demandera d'être aussi nombreux que les grains de sésame;
- une assiette de dattes fraîches, avec lesquelles on demandera que disparaissent tous les ennemis;
- un bol de grains de grenade arrosés d'eau de fleur d'oranger: on souhaitera des mérites aussi nombreux que les graines d'une grenade;
- les pains de la fête, que l'on trempera souvent dans le miel;
- le verre du Qiddouch;
- un bol d'olives, car c'est un des fruits favoris d'Israël;
puis des éléments plus "symboliques" que véritablement "alimentaires":
- une assiette contenant des bettes, pour que les ennemis s'éloignent;
- une assiette avec un poisson, car les poissons ont toujours les yeux ouverts - donc sont vigilants - et sont très nombreux;
- une assiette avec une tête de d'agneau, pour être toujours à la tête et non à la traîne;
- un grand plat contenant sept éléments: des carottes (on demande que toute décision mauvaise à notre égard soit annulée), deux variétés de courges (on demande que tout mauvais jugement soit annulé), des pois chiches, des navets, des raisins secs.
On peut aussi trouver des poireaux, des haricots verts, des coings, des jujubes - car ce sont des produits nouveaux, comme l'année nouvelle; ou encore des raisins, pour la même raison...

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Jeûne de Guedalia 


Origine historique:
 
Le lendemain de Roch HaChana, soit le 3 Tichri, la communauté juive se souvient de l'assassinat de Guédalia en jeûnant.

Guédalia, fils d'Ahikam, était le gouverneur placé en Judée par Nabuchodonosor, roi de Babylone qui avait détruit le premier Temple en - 586. Le rôle de Guédalia était de maintenir la vie juive dans la contrée désolée, mais dans laquelle il restait encore plusieurs milliers de Judéens.
Mais un zélote fanatique qui refusait toute compromission avec l'ennemi assassina Guédalia. La colère du roi de Babylone ne se fit pas attendre, et les quelques milliers de Judéens qui auraient pu constituer le point de départ d'un nouveau yichouv juif furent à leur tour massacrés ou exilés.

Les rabbins, devant un tel désastre, fixèrent le 3 tichri comme jour de jeûne. 


Signification du jeûne:
 
On peut diviser les jeûnes du calendrier juif en quatre catégories (voir à cette page) :
- Le jeûne de la Torah: Kippour.
- Les jeûnes liés à la destruction de Jérusalem et à l'exil : 3 tichri, 10 tévet, 17 tamouz, 9 av.
- Les jeûnes liés à d'autres événements historiques: le jeûne des premiers-nés (souvenir de la sortie d’Égypte), le jeûne d'Esther.
- Les jeûnes privés: événement familial ou personnel.

Le jeûne de Guédalia est donc lié au traumatisme de la destruction (hourban) des deux Temples et de Jérusalem (voir page sur Ticha BeAv). Le choc fut terrible, non seulement à cause des nombreuses victimes (Flavius Josèphe évalue à près d'un million le nombre de Judéens massacrés par les légions de Titus), mais parce que cette catastrophe, et l'exil qui en découla, sapèrent toute la vision du messianisme biblique que l'on avait reçue depuis Abraham. En effet, le message spirituel d'Israël devait obligatoirement émaner du peuple ayant reçu la Torah à partir de la terre des promesses.
L'exil de 70 obligea le judaïsme à se reconstituer en une foi ardente sans terre. La conquête du Livre remplaça la conquête de l'espace. Cependant, en orientant ses synagogues vers son pays ancestral, en jeûnant le 3 tichri, le 10 tévet, le 17 tamouz et le 9 av et aux trois autres dates, le peuple juif affirme, malgré sa diaspora, son unité religieuse.
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* A propos de la "Techouva":


Question de traduction
(d'après un article de chabad.org)



La traduction d'une langue à l'autre suppose que chacun des mots de l'une des langues sera rendu exactement dans la seconde. Mais cela n'est pratiquement jamais possible - tout particulièrement lorsqu'il s'agit d'idées essentielles et uniques dans le Judaïsme.
On risque alors de tomber dans l'erreur de traduire une idée juive par celle qui nous est familière dans une autre culture alors qu'en réalité elles sont dissemblables, voire opposées.
C'est précisément le cas des trois mots qui sont constamment dans notre esprit durant les Dix Jours de Techouva


Le service des Dix Jours

Nous exprimons l'espoir qu'à Roch Hachana D.ieu nous bénisse d' «une année bonne et douce» à venir, une année fructueuse par les enfants, la santé et la subsistance.
Mais il n'y a pas de limites au bien et à la bénédiction. Aussi, durant les Dix Jours de Techouva qui séparent Roch Hachana de Yom Kippour, avons-nous l'opportunité, par notre service, de faire en sorte que D.ieu nous accorde des bienfaits encore plus grands de «Sa main pleine et généreuse».

En quoi consiste ce service ?
C'est, comme nous le disons dans nos prières, «la repentance, la prière et la charité» qui écartent le mal et apportent le bien.
Mais les mots «repentance, prière et charité» sont erronés et conduisent à une fausse interprétation des idées de la vie religieuse qu'ils évoquent dans le Judaïsme et à l'extérieur.
En fait les différences sont cruciales.
La Techouva n'est pas la repentance.
La Tefila n'est pas la prière.
Et la Tsedaka n'est pas la charité...


Techouva et repentance

«Repentance» se dit en hébreu 'Haratah et non Techouva. Non seulement ces termes ne sont pas synonymes mais ils sont opposés:
- 'Haratah implique les remords, le sentiment de culpabilité pour le passé et l'intention de se comporter d'une manière tout à fait nouvelle dans l'avenir. L'homme décide de devenir «un être nouveau».
- Mais la Techouva signifie le «retour» à sa nature originelle.
Sous-jacent au concept de la Techouva est le fait que le Juif est, dans son essence, bon. Des désirs et des tentations peuvent l'empêcher momentanément d'être lui-même, d'être conforme à son essence; mais les actes négatifs qu'il accomplit n'appartiennent pas à sa véritable nature, pas plus qu'ils ne l'affectent.
La Techouva est un retour au véritable moi.

Alors que la repentance implique qu'il faille renier le passé et tout recommencer, la Techouva signifie que l'on revient à ses racines en D.ieu et qu'on les laisse apparaître comme notre véritable personnalité.
C'est pour cette raison que si le Juste n'a aucune raison de se repentir et que l'impie risque d'en être incapable, la Techouva leur est accessible à tous les deux.
Les Justes, bien qu'ils n'aient jamais péché, ont constamment l'aspiration à revenir à leur nature la plus profonde. Et les impies, aussi distants soient-ils de D.ieu, peuvent toujours revenir, car la Techouva ne nécessite pas de créer quoi que ce soit de nouveau mais seulement de redécouvrir le bon qui a toujours été présent en eux.


Tefila et prière

«Prière» en hébreu se dit Bakacha et non Tefila. Encore une fois, ces termes sont opposés. - Bakacha signifie «prier, demander, supplier».
- Mais Tefilah signifie «s'attacher» (voir la page sur les Tefilin).

Dans la Bakacha, la personne demande à D.ieu de lui accorder, d'En Haut, ce dont elle a besoin. C'est pourquoi, quand elle ne manque de rien ou qu'elle ne désire pas de don d'En Haut, la Bakacha paraît inutile.
Mais par la Tefila, l'homme cherche à s'attacher à D.ieu. C'est un mouvement du bas, de l'homme, vers le haut : il cherche à atteindre D.ieu. Et cela convient à tout un chacun et en tous moments.
L'âme juive possède un lien avec D.ieu. Mais elle habite aussi un corps dont les préoccupations avec le monde matériel risquent d'atténuer ce lien. Il a donc besoin d'être constamment renforcé et réactualisé. C'est là la fonction de la Tefila. Et elle est nécessaire pour chaque Juif, car nous avons tous besoin de nous rattacher à notre source de vie.


Tsedaka et charité

Le mot hébreu pour «charité» n'est pas Tsedaka mais 'Hessed. Et à nouveau ces mots sont antinomiques.
- 'Hessed, la charité, signifie que celui qui reçoit n'a aucun droit au don et que le donateur n'a aucune obligation de donner. Il fait un don gratuit, mu par la bonté de son cœur. Son acte est une vertu plutôt qu'un devoir.
- En revanche, la Tsedaka signifie «droiture» ou «justice». L'implication en est que le donateur s'en acquitte car c'est son devoir de le faire.
Tout d'abord parce que tout dans le monde appartient, en dernier ressort, à D.ieu. Les possessions de l'homme ne sont pas les siennes par droit, mais plutôt, elles lui ont été confiées par D.ieu et l'une des conditions de cette transaction est qu'il doit aider ceux qui sont dans le besoin.
D'autre part, l'homme a le devoir de se conduire vis-à-vis des autres comme il demande à D.ieu de Se conduire à son égard. Et tout comme nous demandons à D.ieu Ses bénédictions alors qu'Il ne nous doit rien et n'en a aucune obligation, ainsi sommes-nous liés par un acte de justice à faire des dons à ceux qui nous sollicitent même si nous ne leur sommes aucunement débiteurs. De cette manière, nous sommes récompensés, mesure pour mesure.
Parce que nous avons donné gratuitement, D.ieu nous donne gratuitement.
Cela s'applique tout particulièrement à la Tsedaka donnée pour aider les institutions d'étude de la Torah.


Trois voies

Ce sont là les trois voies qui mènent à une année «écrite et scellée» dans le bien:
- en revenant à son moi le plus intime (Techouva),
- en s'attachant à D.ieu (Tefila),
- et en faisant des dons avec justice (Tsedaka),
on transforme la promesse de Roch Hachana en un accomplissement opulent de Yom Kippour : une année de douceur et d'abondance.


(Source : Likoutei Si'hot, vol. II, p. 409-411).

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