Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

Dimanche
des Rameaux
et
de la Passion


L'Entrée à Jérusalem - La Crucifixion - Détail de l'icône "Les Douze Grandes Fêtes" (Dodékaorton en grec; Prazdiniki en russe) - calendrier tétraptyque -
Mont Sinaï, Monastère Sainte-Catherine, Égypte.

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1. La procession des Rameaux.

 
Cette procession a un caractère triomphal, et en même temps paradoxal: le peuple acclame Jésus, mais il demandera bientôt qu'on le crucifie.

<- L'Entrée à Jérusalem - Détail de l'icône "Les Douze Grandes Fêtes" - calendrier tétraptyque - Mont Sinaï, Monastère Sainte-Catherine, Égypte.
A gauche et derrière le Christ, le mont des Oliviers, un apôtre (saint Jean, reconnaissable par la jeunesse de son visage et son vêtement blanc bleuté); sous les pattes de l'âne, des palmes et le manteau qu'un enfant est en train d'étendre; à droite, devant l'enceinte de Jérusalem, un groupe de trois Juifs (deux hommes et, de dos, vraisemblablement une femme). A l'arrière-plan, un arbre (voir signification théologique plus bas).


Un peu d’histoire.

1.                         A Jérusalem, au IVème siècle, le dimanche précédant Pâques, une longue liturgie (elle durait toute la journée) inaugurait ce qu’on appelle encore dans les Églises orientales « la Grande Semaine ». Après une messe célébrée comme à l’ordinaire, l’évêque et tout le peuple se rendaient à l’église située sur le Mont des Oliviers (Eléona) où on lisait l’Évangile de l’entrée de Jésus à Jérusalem. Ensuite, on descendait en procession jusqu’à la basilique de la Résurrection (Anastasis), où l’on chantait l’office du soir, ou Lucernaire (dans la relation de son pèlerinage, Égérie décrit cette procession). A l’issue de cette célébration, l’archidiacre annonçait que, tous les jours de la semaine, l’assemblée se réunirait « à trois heures » dans l’église du Martyrium sur le Golgotha.
2.                         A Rome, au temps du pape saint Léon le Grand (440-461), la Semaine Sainte commençait encore très sobrement par une messe dominicale où on lisait l’Évangile de la Passion selon saint Matthieu.
3.                         Plus tard, à l’instigation des pèlerins de Jérusalem, cette eucharistie a été précédée de la procession des Rameaux qui – dès son introduction en Occident – prit le caractère d’un cortège triomphal en l’honneur du Christ-Roi. Pour « faire comme à Jérusalem », cette célébration a longtemps gardé un certain caractère d’évocation historique. Au cours du Moyen-Age, elle a été surchargée d’éléments de provenances diverses.
4.                         De nos jours : simplifiée lors de la rénovation de la Semaine Sainte en 1955, cette célébration est, depuis la réforme de 1970, d’une grande sobriété, rien ne venant distraire de la véritable signification de cette procession liturgique : la bénédiction des rameaux a été gardée; mais on peut la remplacer par une prière qui parle uniquement d’acclamer « le triomphe du Christ » et demande que nous portions en Lui des fruits qui rendent gloire à Dieu. C’est la lecture de l’évangile qui donne plus explicitement son sens à la Procession des Rameaux.

A Jérusalem:
Procession des Rameaux
<- menée par des prêtres coptes éthiopiens,



et par des prêtres arméniens ->



Liturgie.

On lit alternativement le récit de l’entrée de Jésus à Jérusalem selon
- saint Matthieu (années A),
- saint Marc ou saint Jean (années B),
- saint Luc (années C).
Chacun présente l’événement sous un angle particulier ; mais tous disent en termes à peu près identiques comment Jésus lui-même a réglé toutes choses. Les détails évoquent des oracles prophétiques, dévoilant le véritable sens de la « joyeuse entrée » de Jésus dans la ville de sa Pâque de mort-résurrection, et faisant songer à la préparation minutieuse d’une véritable liturgie. Manifestement, il s’agit là d’un événement du Salut, d’un « mystère », et non d’un simple épisode de la vie de Jésus.

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Étude d'icônes typologiques.

L'iconographie de la fête de l'Entrée à Jérusalem se forme au IVème siècle et elle se diffuse dans sa version définitive au VIème.

Appellations:
- l'Entrée à Jérusalem
- Hè Baiophoros (nom grec)
- Vkhod v Ierousalim (nom slave)

Sources:
- Mt 21,1-10; Mc 11,1-33; Lc 19-20; Jn 12,1-15
- Evangile apocryphe de Nicodème
- Justin, Dialogue avec Tryphon
- Romanos le Mélode, Hymnes.

L'entrée à Jérusalem - première moitié du XVIème siècle - Musée de Pskov. ->
Le village à gauche du mont des Oliviers est celui de Bethphagé (ou Bet-Pagé; village proche de Jérusalem et de Béthanie - Eusèbe de Césarée, Onom.58,13, le situe sur le mont des Oliviers lui-même, suivi par l'icône typologique; mais les premières traditions chrétiennes l'identifiaient avec et-Tur, à l'est de Jérusalem, sur une hauteur dominant la ville, où fut édifiée à l'époque moderne l'église de la Résurrection. Le site est également cité dans des textes juifs postérieurs, qui confirment son emplacement à proximité de Jérusalem) - où les disciples, selon l'ordre de Jésus, vont détacher un ânon pour le lui amener.

Iconographie:
- la ville de Jérusalem;
- Jésus sur un âne, descendant du mont des Oliviers avec les apôtres;
- le groupe des Juifs;
- des enfants coupant des branches d'olivier et / ou de palmier;
- des enfants étalant des manteaux à terre.



<- L'entrée à Jérusalem - XIXème siècle, École de Jérusalem - Église Saint-Siméon, Zabbougha, Liban.

L'icône est fidèle à la typologie:
- Jésus est juché sur un ânon; il tient dans sa main gauche un volumen fermé.
- Les Douze se tiennent derrière lui.
- Les habitants de Jérusalem viennent à sa rencontre, portant des palmes; ils sortent par la porte de la ville, symbolisée par une muraille enfermant divers bâtiments.
- Sur l'arbre central, les enfants coupent des branches.
- Un jeune homme est à genoux devant le Seigneur pour étendre un grand manteau sur son passage.

En revanche, le Christ bénit de la main droite, le mont des Oliviers n'est plus montré comme une "montagne-grotte" abrupte, mais comme une douce colline couverte d'oliviers; de même, au passage de Jésus, le sol (présenté ailleurs comme pierreux) reverdit: le Salut est déjà en marche.

Le style, très délicatement travaillé, est typique de l'école de Jérusalem.


Théologie des icônes:
• La diagonale de la "montagne-grotte" d'où le Christ descend avec les apôtres s'oppose à la verticalité de la ville enfermée dans ses hautes murailles.
Le Christ est au centre, entre ces deux réalités; la nouveauté de sa présence est soulignée par la verticalité du haut palmier sur lequel grimpent des enfants, pour en couper des branches.
Le Christ est le "rejeton" dont parle Isaïe, le chêne de Mambré, l'arbre de vie qui comble l'écart entre la montagne de Dieu et la cité des hommes.
En montant sur l'arbre-Christ, les enfants s'élèvent, comme les catéchumènes, de l'enfance spirituelle à la maturité de la foi.
Le Christ domine la matière (l'âne) et entre victorieux dans sa cité - mais par sa position sur l'ânon (tournant presque le dos à Jérusalem) et le geste de sa main droite (main levée, paume vers l'avant: geste de supplication) certaines icônes veulent montrer qu'il perçoit l'ambiguïté de ceux qui l'acclament aujourd'hui et le condamneront demain:
"Je m'apprête à pénétrer chez toi:
Je te repousserai, je te renierai,
Non parce que je t'ai en haine,
Mais parce que j'ai perçu ta haine
Envers moi et envers les miens" (Romanos le Mélode, Hymnes).

Texte:
"Exulte de toutes tes forces, fille de Sion!
Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem!
Voici que ton roi vient à toi;
Il est juste et victorieux,
Il est humble et monté sur un ânon,
Sur un ânon, le petit d'une ânesse." (Za 9,9).

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2. La Messe de
la Passion.










<- La Crucifixion - Détail de l'icône "Les Douze Grandes Fêtes" - calendrier tétraptyque - Mont Sinaï, Monastère Sainte-Catherine, Égypte.

Du sang et de l'eau jaillissent du flanc du Christ, qui confie sa mère à Jean (on reconnaît son visage et son vêtement blanc bleuté de l'Entrée à Jérusalem) et celui-ci à celle-là.
Derrière la Croix, Jérusalem et le Temple (à droite); la Croix est plantée dans le rocher "du Crâne", où est enseveli le crâne d'Adam
(voir le sens théologique de l'icône typologique de la Crucifixion plus bas).







Liturgie.

Cette messe est dite "de la Passion" à cause de l’Évangile proclamé ce dimanche.
Pendant plus de quinze siècles, ce fut toujours celui de saint Matthieu.
Maintenant, on lit alternativement le récit de la Passion de Notre Seigneur Jésus Christ selon
- saint Matthieu (années A),
- saint Marc (années B),
- saint Luc (années C).
Les deux derniers étaient auparavant réservés aux messes du lundi et du mardi suivants.
La Passion selon saint Jean a toujours gardé sa place traditionnelle le Vendredi Saint.

Les autres Textes sont les mêmes d'une année à l'autre:
Première Lecture - Is 50,4-7 (voir à cette page)
Psaume - Ps 22/21,8-9;17-18a;19-20;25c-26;27b - antienne:2 (voir à cette page)
Deuxième Lecture - Ph 2,6-11 (voir à cette page)
 
Durant la célébration du Dimanche des Rameaux et de la Passion, l’assemblée chrétienne va à la rencontre du Seigneur Jésus, qu’elle acclame, non comme le roi d’Israël - comme l’avaient pensé bon nombre de ses contemporains - mais comme Roi de l’Univers; et elle le suit jusqu’au Calvaire*.
Mort sur la Croix, il sera « élevé par Dieu au-dessus de tout », « afin qu’au nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l’abîme, tout être vivant tombe à genoux, et que toute langue proclame : Jésus Christ est le Seigneur, pour la gloire de Dieu le Père » (Ph 2,8-11).

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* Sur cette intrication entre glorification par la foule d’un roi terrestre et Passion du Roi de l’Univers, on peut penser aux paroles de Didier Rimaud (construites sur le principe hébraïque des parallélismes-oppositions) - Les arbres de la mer (Paris, 1975):




<- L'entrée de Jésus à Jérusalem - Manuscrit arménien, XII-XIIIème s. - Musée arménien d'Ispahan (Iran).
On remarque qu'un personnage, à droite, a quitté son vêtement et va le jeter devant l'ânon.




Voici que s’ouvrent pour le Roi les portes de la Ville :
Hosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !
Pourquoi fermerez-vous sur moi la pierre du tombeau, dans le jardin ?
 
Dieu Sauveur, oublie notre péché,
mais souviens-toi de ton amour
quand tu viendras dans ton royaume !
 
Je viens, monté sur un ânon, en signe de ma gloire :
Hosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !
Pourquoi me ferez-vous sortir au rang des malfaiteurs
et des maudits ?
 
Vos rues se drapent de manteaux jetés sur mon passage :
Hosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !
Pourquoi souillerez-vous mon corps de pourpre et de crachats,
mon corps livré ?
 
Vos mains me tendent les rameaux pour l’heure de triomphe :
Hosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !
Pourquoi blesserez-vous mon front de ronces et de roseaux,
en vous moquant ?

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Étude d'icônes typologiques de la Passion du Christ.

Dans la partie supérieure de l'iconostase, appelée "Golgotha" ou "Calvaire", de part et d'autre de la croix byzantine, sont disposées les icônes du cycle de la Passion.

Appellations:
- la Passion du Christ (Strasti Christovi)
- le Christ mis en Croix (Christos Helkoménos)

Fête:
Le Vendredi Saint (Hè Mégalè Paraskèvè - La Grande "Parascève"; le terme "parascève" = "préparation" en grec s'appliquait au vendredi, jour des préparatifs du Sabbat).

Sources:
- Mt 26-27; Mc 14-15; Lc 22-23; Jn 18-19
- Evangile apocryphe de Nicodème

Iconographie:
- agonie au jardin des Oliviers;
- la trahison de Judas;
- l'arrestation;
- le jugement d'Anne, de Caïphe et de Pilate;
- le Christ aux outrages;
- la montée au Calvaire;
- la mise en croix.

<- Détail du "Symbole de la Foi" - (Musée Kolomienskoïe, Moscou)
De gauche à droite et de haut en bas, La trahison de Judas; Jésus comparaît devant Pilate; La royauté de Jésus tournée en dérision; La montée au Calvaire.



Jésus monte au Calvaire - École de Moscou, vers 1497 (icône provenant de l'iconostase de la cathédrale de la Dormition, Monastère Saint-Cyrille, à Belozersk) - Musée Andreï Roublev, Moscou. ->

La diagonale de la pente de la montagne divise la composition en deux: à gauche, devant les murs de Jérusalem se détachent Jésus et les saintes femmes; à droite, devant les rochers, les soldats, Simon de Cyrène, vêtu, et les deux larrons.
Ces trois derniers, portant chacun une croix processionnelle byzantine à trois bras, semblent accomplir un rite sacré. Le larron de droite, le regard tourné vers le ciel, est "le larron théologien" ("le bon larron" en Occident), auquel Jésus promettra une place au paradis en raison de sa foi.
Jésus semble se détacher des bras de sa mère, qui l'accompagne avec Marie de Magdala et Marie de Cléophas; les mains liées, le visage marqué par la souffrance, il est entraîné vers le Golgotha par trois soldats en armes.






<- Le Christ mis en croix - icône provenant de l'église de la Sainte-Croix, à Pelendri - Palais épiscopal de Limassol (Chypre) 
Deux anges sont déjà au-dessus de la Croix; Saint Jean (vêtu d'un pallium bleuté) soutient la Vierge Marie. On ordonne au Christ de monter en croix (voir explication plus bas). Celle-ci est une croix byzantine à trois bras.










Scènes de la Passion - École de Novgorod,
début du XVIème siècle (icône provenant de la cathédrale Sainte-Sophie,  à Novgorod) - Musée de Novgorod. ->
La flagellation: Le Christ est attaché à une colonne romaine, érigée comme le sera la croix sur une montagne hors des murs de Jérusalem, et flagellé.
Le Christ aux outrages: Le Christ, vêtu en empereur avec un manteau pourpre, tenant un roseau en guise de sceptre, est raillé par les soldats qu'excitent les pharisiens. La présence des deux sonneurs de trompettes et d'un jeune garçon jouant du tambourin évoque les représentations sacrées et les mimodrames médiévaux.
La montée au Calvaire: Le cortège s'achemine vers le Golgotha; en tête, les deux condamnés, chacun portant sa croix, puis Simon de Cyrène avec la croix de Jésus. Enfin, celui-ci est conduit par les soldats.
La mise en croix: Jésus acquiert dans ce compartiment une taille gigantesque, et monte volontairement sur la croix avec l'assistance de deux aides juchés sur des échelles (voir explication ci-dessous).

Théologie des icônes:
• La diagonale de la montagne s'oppose ici encore à la verticalité de la ville enfermée dans ses hautes murailles.
Le Christ est à la jonction des deux triangles ainsi formés.
Certaines représentations s'éloignent du récit évangélique, et empruntent des détails aux textes apocryphes.
Tandis que les synoptiques indiquent que Simon de Cyrène aida Jésus à porter sa croix tout au long de la montée au Calvaire, l'évangile apocryphe de Nicodème précise que le Christ porta seul sa croix jusqu'aux portes de Jérusalem, et que Simon ne l'aida qu'ensuite.
• L'iconographie byzantine ajoute dès cette montée la présence des deux larrons. (Dans l'Orient chrétien on ne parle pas, comme en Occident, du "bon larron", mais du "larron théologien" qui, par sa foi a "volé le Royaume" - sans nuance péjorative dans le verbe "voler", mais pour indiquer qu'il l'a obtenu par sa seule foi, non par sa vie: «C’est donc un voleur qui a rouvert le paradis. Ouvrez les portes de votre coeur à Celui qui vous a ouvert les portes de son Royaume.» Saint Ephrem de Nisibe)
• Les évangiles ne précisent pas comment Jésus fut cloué sur la croix; mais un apocryphe raconte que les soldats romains lui ordonnèrent de monter tout seul sur la croix déjà dressée pour y être cloué ensuite.
En réalité, on sait que Jésus, les mains clouées sur la traverse (le patibulum), fut hissé avec des cordes sur le montant (le stipes) déjà planté en terre.

Texte:
"Il reçoit un soufflet, celui qui dans le Jourdain a libéré Adam.
L'époux de l’Église est cloué.
Le Fils de la Vierge est transpercé d'un coup de lance." (Tropaire du Vendredi Saint).
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Étude d'icônes typologiques de la Crucifixion.

Dans les églises byzantines, l'icône de la Croix, sur laquelle est peinte la figure de Jésus entre la Vierge Marie et l'apôtre Jean, est accrochée, penchée, derrière l'autel - ou bien surmonte le sommet de l'iconostase ("Golgotha").

Appellation:
- la Crucifixion
- Hè Staurosis (nom grec)
- Raspiatie (nom slave)

Sources:
- Mt 27,45-66; Mc 15,33-40; Lc 23,26-43; Jn 18,17-30

Iconographie
- le Christ en croix;
- la Vierge Marie;
- l'apôtre Jean;
- le centurion;
- les saintes femmes;
- des anges.

La Crucifixion - Maître Denis et son atelier - vers 1500 - provenant de l'iconostase de l'église de la Trinité-Saint-Serge, à Serguiev-Possad (anciennement Zagorsk) - Galerie Tretiakov, Moscou ->
Au-dessus de la croix, deux anges s'approchent du Christ, dont le corps supplicié semble emporté en une "danse" victorieuse.
Sous les bras de la croix, à gauche un ange semble pousser devant lui  et vers le Christ la figure allégorique du Nouveau Testament; tandis qu'à droite un autre ange semble chasser la figure allégorique du Premier Testament.
Marie de Magdala, Marie de Cléophas et une autre des Saintes Femmes entourent et soutiennent la Vierge Marie, en larmes. Leur groupe forme un motif ornemental semblable aux bouquets de fleurs des "Jardins spirituels": leurs graciles silhouettes allongées sont typiques du style pictural inauguré par Andreï Roublev.
Dans les icônes plus anciennes, saint Jean, saisi d'horreur, porte la main à sa tête (voir plus haut, la Crucifixion du calendrier tétraptyque du Monastère Sainte-Catherine au Mont Sinaï); ici, il met la main sur son coeur.
Derrière lui, le centurion (nommé Longin dans les apocryphes) lève le regard vers Jésus, et le reconnaît comme étant vraiment le Fils de Dieu.
La croix est plantée dans le rocher du "lieu du Crâne", où est enseveli le crâne d'Adam.


<- Détail du "Symbole de la Foi" - voir plus haut - (Musée Kolomienskoïe, Moscou):
La Crucifixion.
Cette icône reprend les éléments typologiques: la position du Christ; le groupe des Saintes Femmes; saint Jean et derrière lui le centurion Longin (ils ont d'ailleurs le même regard vers le Christ, ils sont pratiquement parallèles dans leur position); la croix byzantine plantée sur le Calvaire, dans la fissure duquel on distingue le crâne d'Adam.
Mais de nombreux détails sont ajoutés: le soleil et la lune personnifiés: "Le soleil s'est obscurci, la lune a retenu son éclat"); les murs de Jérusalem derrière les crucifiés; le "larron théologien", à la droite du Christ et qui le regarde, déjà auréolé - l'autre larron détournant son visage; le soldat qui transperce le côté du Christ de sa lance; les aides "civils" (qui "achèvent" les larrons?); au premier plan, des soldats accroupis qui semblent jouer et se partager les vêtements du Christ, un chef à cheval semble donner l'ordre d'achever les condamnés...


<- La Crucifixion - XVIIIème siècle - Église des Saints-Serge-et-Bacchus, Maaloula, Syrie. 


L'icône est composée de deux registres ->
La Sainte Cène occupe le registre inférieur.

La Crucifixion occupe le registre supérieur.

La typologie en est traditionnelle: le Christ sur sa Croix forme l'axe central; à sa droite, Marie affligée est soutenue par l'une des Saintes Femmes; à gauche, Jean lève la main vers le visage en signe de tristesse. Les yeux fermés, le Christ penche la tête en direction de sa Mère. Le sang coule des mains, des pieds et du côté droit. La Croix est plantée au "lieu du Crâne": le sang coule des pieds sur les ossements d'Adam.
Les silhouettes se détachent sur un fond d'or nu.
Les inscriptions tracées en rouge désignent en arabe "Jean le Bien-Aimé", "La Vierge Marie et les Femmes", et "La Vénérable Croix". Le style de l'icône est local. La dédicace porte la date de 1778. 


<-La Crucifixion - revers d'icône de procession - seconde moitié du XIIIème siècle - provenant de l'Église de la Vierge Péribleptos-Saint-Clément, Ohrid - Galerie d'icônes, Ohrid, Macédoine.

Peinte sur deux faces, cette icône était destinée à servir lors de processions et autres cérémonies religieuses; présentant sur l'avers une Vierge Hodigitria, elle symbolise ainsi l'Incarnation divine et le supplice.

La composition de la Crucifixion est d'une grande subtilité. Une charge émotive très dense émane de toutes les figures, depuis les anges éplorés jusqu'à l'inconsolable regard de saint Jean - qui porte la main au visage pour affirmer sa tristesse - en passant par le visage crispé de la Vierge Marie.
Les auréoles sont ornées de motifs végétaux, ce qui est un des plus anciens exemples de ce type de décor. La composition dans son ensemble et surtout l'expressivité des visages (malgré son strict respect de la typologie) annoncent un nouveau style iconographique connu sous le nom de "Renaissance des Paléologue".

Théologie de l'icône:
• La signification de la contemplation du crucifix byzantin est résumée par cette phrase de saint Jean Chrysostome: "Je vois le crucifié et je l'appelle Roi".
L'homme souffrant qui meurt sur la croix est le créateur du monde, le Seigneur de la vie. Pourquoi fut-il mis en croix, comme les esclaves mutins et les pires criminels? Il n'y a qu'une réponse: pour libérer l'homme de la mort du péché.
À Jérusalem, dans l'église du Saint-Sépulcre, sous la chapelle du Golgotha, se trouve la chapelle d'Adam, où l'on peut voir dans le rocher une fente qui est considérée depuis le IVème siècle comme un témoignage du tremblement de terre décrit par l'Évangile lors de la mort du Christ.
Selon une légende médiévale, c'est là que le crâne d'Adam aurait été enseveli avec, dans la bouche, trois graines de l'arbre du paradis terrestre, desquelles serait née la croix: "Et comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront dans le Christ" (1Co 15,22).
Le Christ est le Nouvel Adam, et la Croix l'arbre de la Vie éternelle.
Le "lieu du Crâne" est donc représenté comme une fente dans le rocher, au-dessus duquel est plantée la Croix; les ossements d'Adam sont "lavés", purifiés par le sang jailli des plaies du Christ; la Vie sort de la mort du péché.
La Crucifixion a lieu devant les murs de Jérusalem: le Christ naît et meurt hors de la ville parce que "nous n'avons pas ici-bas de demeure stable".  

Texte:
"Aujourd'hui est suspendu au bois celui qui a suspendu la terre sur les eaux, et est ceint d'une couronne d'épine le roi des anges.
Une pourpre honteuse revêt celui qui a enveloppé le ciel de nuées." (Tropaire du Vendredi Saint).
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<-"Le Brigand de droite" - 1775 - Museum für Spätantike und Byzantinische Kunst ("Musée d'art de l'Antiquité tardive et d'art byzantin"), Berlin.

Le Bon Larron est représenté nu, vêtu seulement d'un périzoma; sa main gauche, comme son visage, est levée - sans doute en direction du Christ. On peut admirer le regard, plein de foi et de paix, de ce "brigand" supplicié.
Au fond, les remparts et la ville de Jérusalem.
Cette icône devait faire partie d'un triptyque présentant le Christ au centre, avec le "larron théologien" à droite comme le veut la tradition; c'est d'ailleurs ce qu'indique l'inscription rouge, en arabe, à gauche de sa tête: "Le brigand de droite". 
Sur les bordures supérieure et inférieure, les inscriptions en arabe sont incomplètes; en haut: "... Jésus Christ. Fait en l'année 1491 de l'ère copte." (c'est-à-dire en 1775); en bas, l'inscription partielle cite la prière du Bon Larron.
Cette icône date de l'époque ottomane, où les icônes grec-orthodoxes et grec-catholiques (melkites) ont trouvé une place importante dans les églises coptes. Un style local s'est ainsi formé: au contact des iconographes égyptiens, les iconographes levantins "s'égyptianisent", et les artistes égyptiens adoptent l'iconographie typologique. Ainsi en va-t-il d'Ohan (Jean) Karapétian - arménien de Jérusalem installé au Caire, où il peint des icônes coptes qu'il signe en arabe "Yûhanna Al-Armani", c'est-à-dire "Jean l'Arménien" - qui travaille de conserve avec Abraham le Scribe, illustre iconographe copte; tous deux signent conjointement une énorme production qui s'étend sur quarante ans. Cette icône est typique de leur style: taille prépondérante de la tête par rapport au corps, grands yeux en amande, sobriété des moyens techniques, simplification des formes.



La Crucifixion - fin du XIIIème siècle,
Mont Sinaï / Saint-Jean d'Acre / Chypre / Crète -
Monastère Sainte-Catherine, Mont Sinaï, Égypte. ->

Motifs byzantins et occidentaux sont combinés dans cette émouvante image de la Crucifixion.
Traits occidentaux:
- les trois clous crucifiant le Christ;
- le style de chrysographie (lignes d'or sur les plis des vêtements du Christ, de la Vierge et de Jean), intimement lié à l'art vénitien;
- le bleu profond du périzoma ceignant le Christ;
- le retrait de Marie-Madeleine, son attitude dramatique d'affliction, l'échancrure de sa tunique, révélant sa poitrine;
- la Vierge en pâmoison - sa pose est la même dans une série de manuscrits de la Cilicie arménienne;
- le bouclier de Longin, le centurion romain qui a reconnu la divinité de Jésus (dans le mouvement de sa tête vers ce dernier, il perd son casque romain, mais "gagne" son auréole)
- la croix aux arêtes fortement biseautées;
- auréoles frangées d'un motif de perles; etc.
Tous ces éléments semblent indiquer des échanges importants (en particulier au moment des Croisades) entre images vénitiennes (la première représentation de la Vierge en pâmoison se trouve dans un missel franciscain de 1254 produit à Venise), manuscrits ciliciens, iconographes chypriotes (dans la seconde moitié du XIIIème siècle, les classes dirigeantes de l'Arménie cilicienne favorisaient les unions avec les familles régnantes de Chypre et des royaumes croisés) et sinaïtiques.

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Cette liturgie du « Dimanche des Rameaux et de la Passion » constitue donc l’entrée dans la Semaine Sainte, et plus particulièrement une introduction au Triduum Pascal ( i.e. du Jeudi Saint à Pâques). 
Dans cette liturgie en effet, comme dans le Triduum Pascal, on trouve une grande unité liturgique, on pourrait dire une seule célébration de la Pâque du Seigneur - en une célébration ou en trois jours - l’accent portant successivement sur l’une ou l’autre de ses composantes sans jamais les séparer.
L'Entrée à Jérusalem - La Crucifixion - Détail d'une icône byzantine hexaptyque (Scènes commémorées dans les grandes fêtes liturgiques, avers; Apôtres, saints et anges, revers) - XIVème siècle - Mont Sinaï, Monastère Sainte-Catherine, Égypte.

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