Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

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N'oublions de célébrer, ce jeudi 25 mars, la solennité de l'Annonciation du Seigneur.

Sur le dimanche des Rameaux et de la Passion, voir cette page.


28 mars 2010

Dimanche
des Rameaux et de la Passion 
(années C)

(Commentaire des icônes à cette page)

L'Entrée à Jérusalem - La Crucifixion
Détail de l'icône "Les Douze Grandes Fêtes" - calendrier tétraptyque - Mont Sinaï, Monastère Sainte-Catherine, Égypte.

1.Procession des Rameaux:
Evangile - Lc 19,28-40

2.Messe de la Passion:
Première Lecture - Is 50,4-7
Psaume - Ps 22/21,8-9;17-18a;19-20;25c-26;27b - antienne:2
Deuxième Lecture - Ph 2,6-11
Evangile - Lc 22,14 -23,56

Détail du "Symbole de la Foi" - (Musée Kolomienskoïe, Moscou)
Partie gauche, de gauche à droite et de haut en bas: La trahison de Judas; Jésus comparaît devant Pilate; La royauté de Jésus tournée en dérision; La montée au Calvaire.
Partie droite: La Crucifixion.

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Les Textes  

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• Procession des Rameaux:

• Lc 19,28-40.


<- L'entrée à Jérusalem - XIXème siècle, École de Jérusalem - Église Saint-Siméon, Zabbougha, Liban.

Tout au long de dix chapitres de son évangile (9,51 - 19,27), saint Luc entraîne le lecteur dans "la montée à Jérusalem" vers laquelle Jésus s'est mis en route "avec courage", sachant que "le temps approchait" où "il allait être enlevé de ce monde".
Ce qui s'est passé lorsqu'on y arrive enfin, l'évangéliste le rapporte à la lumière de la foi des chrétiens et de l'expérience faite par la communauté ecclésiale après la Pentecôte.
Jésus "marche en avant de ses disciples", la foule vient à sa rencontre. "Remplie de joie", elle "loue Dieu à pleine voix". Ses acclamations rappellent le chant des anges de Noël et celui du Sanctus, et s'adressent au Christ "notre Roi".
Quelques pharisiens voudraient empêcher les disciples de proclamer qu'il est le Seigneur. Mais rien, désormais, ne peut plus empêcher que l'Évangile de la Résurrection et de la Glorification du Christ se répande jusqu'aux extrémités de la terre.
Saint Luc nous invite donc à célébrer la liturgie des Rameaux en songeant au mystère de l'Église en marche vers le retour du Seigneur.

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• Messe de la Passion:

La Crucifixion - fin du XIIIème siècle, Mont Sinaï / Saint-Jean d'Acre / Chypre / Crète -
Monastère Sainte-Catherine, Mont Sinaï, Égypte.

• Première Lecture :  

• Is 50,4-7.

Le mystérieux "Serviteur de Dieu" entrevu par Isaïe (Is 42,1-8; 49,1-6; 50,4-9; 52,13 - 53,12) s'arrête un instant pour jeter un regard sur sa mission et la manière dont il l'a accomplie. Malgré les persécutions, il est resté fidèle à la Parole de Dieu, entendue jour après jour. Parce qu'à travers tout il a gardé une confiance totale en Dieu, rien n'a entamé sa fermeté d'âme et sa sérénité profonde.
En lui, la tradition chrétienne a vu, depuis les temps apostoliques (Ac 8,26-34), une annonce du Christ.

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• Psaume :  

• Ps 22 (hébraïque) /  21  ( LXX, Vulgate et liturgique), 8-9;17-18a;19-20;25c-26;27b - antienne:2.

Au plus profond de son désarroi, le Juste garde la force de lever les yeux vers Dieu, son espérance; et, dans la nuit angoissante de sa foi, il perçoit la réponse à sa prière: déjà, l'action de grâce monte de son cœur!

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• Deuxième Lecture :  

• Ph 2,6-11.

D'abaissement en abaissement jusqu'à la mort ignominieuse sur la croix, tel est l'itinéraire pascal du Christ, auquel Dieu "a conféré le Nom qui surpasse tous les noms".
C'est par une obéissance semblable - opposée à la désobéissance d'Adam - que nous aurons part à la gloire de Jésus, Christ et Seigneur.

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• Evangile :  

• Lc 22,14 - 23,11.

"Celui qui veut marcher à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour, et qu'il me suive".
"Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi ne peut être mon disciple".
Ces paroles abruptes de Jésus s'adressent à tous, précise saint Luc (Lc 9,23; 14,27).
On les comprend habituellement au sens métaphorique: le disciple du Christ doit accepter les épreuves et les souffrances de la vie, comme Simon de Cyrène réquisitionné pour porter la croix de Jésus.
Mais la manière dont s'exprime saint Luc, et le radicalisme caractéristique dont témoignent ses écrits, suggèrent un sens bien plus  concret: le disciple doit être prêt à se voir rejeté, condamné, par le monde, cloué au pilori comme le fut Jésus. Lorsque, après la Cène, les Apôtres se querellent pour savoir lequel d'entre eux est le plus grand, il leur a dit:"Que le plus grand parmi vous soit comme le plus petit, et celui qui gouverne comme celui qui sert"; "Moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert" (Lc 22,26;27). L'Évangile de la Passion selon saint Luc met particulièrement en évidence la portée concrète, pratique, de ces paroles, et de l'exemple du Seigneur.

Conscient d'être à l'heure du combat décisif contre "la domination des ténèbres" (Lc 4,13), Jésus a puisé la force de les affronter dans la prière et la confiance en son Père.

Il a librement consenti à perdre sa vie pour que ceux qui auront "tenu bon avec lui dans ses épreuves" prennent place à sa table dans le Royaume.
Sachant ce qu'il en coûte de "tenir bon", et la faiblesse des plus généreux de ses disciples lorsque Satan entreprend de les "passer au crible", il intercède auprès du Père pour que leur foi "ne sombre pas", et qu'ils soient en mesure de "s'affermir" les uns les autres. 

En pardonnant à Pierre qui l'avait renié, 
en priant pour ceux qui le mettaient à mort,
en ouvrant le Paradis au malfaiteur crucifié à ses côtés,
il a porté un ultime témoignage de l'infinie miséricorde divine, si souvent enseignée en paraboles.


La Passion selon saint Luc invite à observer aussi ceux et celles qui entourent Jésus.
Se fier à ses propres forces est bien présomptueux!
La prière est la seule arme qui permet de se libérer de ses peurs.
La contemplation de la croix est l'unique moyen d'en comprendre le sens et, par là, celui de toute la vie chrétienne.

Il faut donc, en somme, lire l'ensemble de l'Évangile à la lumière de la Passion, et inversement.
Les Actes des Apôtres, deuxième partie de l'œuvre de saint Luc, montrent que les premiers chrétiens et l'Église des origines ont fait ainsi.

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Méditation et prolongements
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On méditera avec fruit les icônes présentées à cette page.

Homélie de Fr. Pierre-Marie Delfieux
(fondateur des Fraternités Monastiques de Jérusalem)

Croix d’espérance et passion d’amour
Tout en laissant retentir dans le recueillement de nos cœurs
l’évocation de cette Passion du Seigneur
si sobre en son réalisme et si poignante en sa vérité,
nous ne pouvons manquer de nous interroger
sur le sens ultime de cette mort insensée.
De cette mort si volontairement acceptée,
si dramatiquement subie.
De cette mort du Fils de Dieu,
devenu pour nous Fils de l’homme.
Et nous voici invités à contempler les deux grands signes
qui nous sont ainsi donnés
par la mort rédemptrice du Christ sur la croix :
une marque d’espérance tout d’abord ;
et une preuve d’amour ensuite.
Deux signes qui deviennent réponse lumineuse à nos pourquoi.
Deux signes en face de quoi nous voici tous appelés
à partager cette même espérance
et à nous engager dans cette même attitude d’amour.
*
La mort du Christ est en elle-même déjà
un véritable cri d’espérance.
On pourrait dire que le Christ est venu pour cela.
qu’il est descendu jusqu’à nous dans ce but (Jn 3,13-16).
En se faisant homme, le Fils de Dieu
a épousé notre condition humaine tout entière (Rm 8,1sqq).
Il nous a rejoints jusqu’à cette obligation inéluctable
de devoir tous mourir un jour.
Il n’a pas détourné son chemin de ce but ultime (Lc 13,33).
Il a fait de toute sa vie une marche libre,
déterminée, irrésistible,
vers cette mort qui nous tenait captifs (Lc 18,31-34).
Par trois fois il en a fait l’annonce solennelle.
Il en a clairement déterminé l’heure.
Il s’est avancé vers elle avec une liberté confondante,
nous libérant du même coup
de toute mauvaise culpabilité :
Ma vie, nul ne la prend,
mais c’est moi qui la donne (Jn 10,18).
Quelle espérance dans la trajectoire sans détour
de cette existence qui monte tout droit
vers l’au-delà de cette vie,
par-delà le mur et la ténèbre de nos tombeaux.
En face de nos doutes et de nos questionnements apeurés,
Jésus avance avec les paroles de la vie éternelle (Jn 6,68).
À l’encontre de nos obscurités et de nos ignorances,
le Christ se dresse en proclamant :
Je suis la lumière du monde (8,12).
Avec lui, on ne sombre plus dans la mort, on s’y endort.
Oui, on peut conduire le Verbe de Dieu au Golgotha !
En mettant à mort le Créateur de la vie (Ac 3,15),
c’est la vie même de Dieu
qui traverse l’ombre de notre mort !
C’est la mort de la mort
qui se célèbre aujourd’hui au Calvaire !
Et c’est pour entendre ces paroles,
non point de désespoir et de tristesse,
mais d’espérance et de vie,
que nous voici réunis, avec nos rameaux verts à la main,
devant l’arbre sec de sa croix qui déjà refleurit.
À l’écoute de la Parole de Dieu.
En vérité, en vérité je vous le dis,
si quelqu’un garde ma parole,
il ne verra jamais la mort (Jn 8,51).
Voilà la promesse du Premier-né de toute créature,
devenu pour nous le Premier-né d’entre les morts
et qui a tout rempli, même notre mort,
de l’espérance de sa vie (Col 1,15.21).
*
Ce signe d’espérance, apparu dans la croix du Calvaire,
devient alors à son tour une véritable preuve d’amour.
Une preuve ?
Il n’y a pas de preuve de Dieu, nous le savons bien.
Il respecte trop pour cela la liberté de notre foi.
Mais il y a une preuve de son amour pour nous.
Avant sa mort, Jésus l’avait déjà annoncé :
Il n’y a pas de plus belle preuve d’amour
que de donner sa vie pour ceux qu’on aime (Jn 15,13).
Après sa résurrection d’entre les morts,
l’apôtre Paul pourra nous montrer
la splendeur de cette vérité ;
car la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ,
alors que nous étions encore pécheurs
est mort pour nous (Rm 5,8).
Nous ne saurons jamais jusqu’où le Christ a pu nous aimer !
Mais nous pouvons être sûrs
qu’il l’a fait sans tricher et sans partage.
Il a connu nos douleurs, notre tristesse (Mt 26,38),
nos cris (Mc 15,34; Lc 23,46) et nos larmes (Hé 5,7).
La lettre aux Hébreux a cette expression saisissante :
Il fallait que, par la grâce de Dieu,
au bénéfice de tout homme, il goûtât la mort (Hé 2,9).
Pour nous montrer comment la vivre !
Désormais, le plus souffrant, le plus tombé,
le plus perdu des hommes
peut se redire comme l’apôtre relevé et pardonné :
Il m’a aimé et s’est livré pour moi ! (Ga 2,20).
Quel amour insondable !
À côté de l’espérance que nous ouvre l’appel de sa mort,
nous pouvons donc chanter
et célébrer à jamais l’infini de son amour.
qui nous est ainsi manifesté.
*
Nous aussi, désormais,
nous pouvons avancer sur une route d’espérance.
Par la grâce de la Passion rédemptrice de Jésus-Christ,
notre mort n’est plus la fin de cette vie qui passe
mais l’entrée dans la Vie qui ne passera pas.
En vérité, en vérité je vous le dis,
celui qui écoute ma parole a la vie éternelle…
et il est déjà passé de la mort à la vie (Jn 5,24).
On ne meurt pas, on entre dans la vie !
Sainte Catherine de Gênes n’hésite pas à dire :
«Lorsque je vois mourir une personne, je me dis :
Oh ! que de choses nouvelles, grandes et extrêmes,
elle est sur le point de voir !» .
Oui, nous pouvons avancer dans l’espérance !
Quelqu’un marche devant nous,
dont nous célébrons la victoire aujourd’hui.
Toute notre existence est pour nous apprendre à bien mourir.
Sur les ruines de l’homme extérieur,
l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour (2Co 4,16).
À sa mort, ce n’est pas l’homme qui est enterré,
c’est son passé.
L’avenir radieux qui l’attend
est celui-là même du Royaume des cieux.
Au bon larron, à l’heure même de l’agonie,
Jésus a proclamé, nous l’avons bien entendu :
Ce soir même, tu seras avec moi en paradis (Lc 23,43).
On comprend, sachant ceci, que «la foi que Dieu préfère»,
ce soit l’espérance .
C’est à cela d’abord que nous appelle sa croix (1P 3,15).
*
Mais comme cette espérance est celle du partage de son amour,
c’est à vivre dans l’amour
que, pour finir, nous invite aussi sa Passion.
À un Dieu qui nous a déjà tout donné, par pur et fol amour,
nous pouvons répondre par le don ultime et total
de toute notre vie offerte en acte de plein amour (Rm 12,1-3).
«Ô mort, s’exclame la grande sainte Thérèse d’Avila,
je ne sais comment on peut te redouter,
puisque c’est en toi qu’est la vie !» .
Et par toi que s’ouvrent les portes du bonheur éternel.
La mort n’est pas glorifiée pour autant :
elle reste une absurde et rude conséquence du péché.
Mais elle est dépassée, transcendée !
Certes la pensée de devoir quitter ce monde
nous peine et peut nous faire pleurer !
Mais la perspective de partir pour une plénitude d’éternité
ne peut que nous consoler.
Non, frères et sœurs,
on ne peut craindre indéfiniment
d’aller voir Celui que nous aimons et qui nous aime !
Si nous mourons avec lui, avec lui nous vivrons,
proclame l’Écriture.
Si nous souffrons avec lui, avec lui nous règnerons (2Tm 2,11-12).
Car l’amour est plus fort que la mort,
chante le Cantique des Cantiques.
Et lorsqu’il est vraiment vécu, il anticipe le paradis.
Nous ne disons adieu, en finale ici-bas
qu’à ce qui ne peut être éternisé (1Co 15,50) !
Par ta croix, ô Christ,
fais que je vive ma vie dans l’espérance,
jusqu’à mourir d’amour,
afin de partager à jamais Ta vie
en Ton amour.

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Pour prolonger la méditation:


- D'un théologien ancien:
De saint Bonaventure (XIIIème siècle), L'arbre de vie, 29-30. 

Contemple, homme sauvé, celui qui pour toi est attaché à la Croix ! Qui est-il ? quels sont ses titres ? quelle est sa grandeur ? lui dont la mort donne la vie aux morts et dont le trépas, pleuré par le ciel et la terre, fend les rochers les plus durs [...]

Pour que l’Église fût formée du côté du Christ mort sur la croix et afin que s’accomplît cette parole de l’Écriture : «Ils verront celui qu’ils ont transpercé» (Za 12,10; Jn 19,37), la Providence divine permit à un soldat d’ouvrir son côté très saint en le perçant de sa lance. Alors le sang coula mêlé d’eau, et le prix de notre salut fut versé ; ce prix qui, sorti au secret de son cœur comme d’une source, donna aux sacrements de l’Église la puissance de conférer la vie de la grâce et devint pour ceux qui vivent dans le Christ un breuvage d’eau vive jaillissant jusqu’à la vie éternelle (Jn 4,14).

Lève-toi donc, toi qui aimes le Christ, sois comme la colombe qui «pose son nid tout au fond de l’ouverture» (Jr 48,28), et là, comme le passereau qui a «trouvé sa demeure» (Ps 84,4), tu ne cesseras pas de veiller ; comme la tourterelle tu y abriteras tes petits et tu avanceras ta bouche pour «puiser de l’eau aux sources du salut» (Is 12,3). C’est en effet la source qui, jaillie au milieu de l’Eden, «se divise en quatre bras» (Gn 2,10) et, répandue dans les cœurs des croyants, arrose et féconde la terre entière.

Cours donc à cette source de vie et de lumière avec un vif désir, qui que tu sois, et, dans ton amour de Dieu, crie-lui de toute la force de ton cœur : Ô beauté indicible du Très-Haut, éclat très pur de la lumière éternelle, Vie qui vivifies toute vie, clarté qui illumines toute lumière et conserves en l’éternelle splendeur les astres divers qui brillent devant le trône de ta divinité depuis l’origine des temps ! Ô flot éternel et inaccessible, limpide et doux, dont la source est cachée aux yeux de tous les mortels ! Ta profondeur est sans fond, ta hauteur sans limites, ta largeur sans bornes, ta pureté sans aucun trouble. C’est de toi que découle «le fleuve qui réjouit la cité de Dieu» (Ps 46,5) pour que nous te chantions des hymnes de louange, dans l’exultation de la joie et de l’action de grâces (Ps 41,5), car nous savons par expérience qu’«auprès de toi est la source de la vie et que dans ta lumière nous verrons la lumière» (Ps 36,10).
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