Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven


Les Phylactères 
תפילן "Téfilin"





Les "Téfilin" (transcription de l'hébreu תפילן) ou phylactères (du grec φυλάσσω phulassō "garder", "protéger" => "protections") sont de petites boîtes de cuir (בתים batim - "maisons") de vache, que l'on maintient sur le bras (שליד shelYad - "à la main") gauche pour les droitiers, droit pour les gauchers, et sur le front (שלרושshelRosh - "à la tête"), à l'aide de fines lanières de cuir.

Les Téfilin sont portés par les hommes pendant la prière du matin, sauf le Shabbat et les jours de fêtes.

La "boîte de la main" se pose sur le bras, la lanière s'enroulant en sept ou huit tours autour du bras.
La "boîte de la tête" se place entre les deux yeux, la lanière faisant le tour de la tête et se croisant en un à l'arrière, composant un chiasme d'où les lanières retombent de part et d'autre des épaules.

Dans les boîtes se trouvent des parchemins sur lesquels sont inscrits quatre passages de la תּורה Tôrâh:
- Ex 13,1-10
- Ex 13,11-16
- Dt 6,4-9
- Dt 11,13-21.
L'ordre de ces textes varie selon les traditions; l'ordre donné ici est celui de Rachi.
La "boîte de la tête" est constituée de quatre emplacements, chaque texte étant écrit sur un parchemin différent, chaque parchemin étant inséré dans un emplacement; la "boîte de la main" renferme un parchemin unique comportant les quatre textes. 
Les parchemins sont recopiés par un ספרSofèr, ou scribe, comme tous les Textes sacrés (de plus en plus souvent maintenant avec une plume d'oie). Le scribe doit suivre scrupuleusement un modèle afin de ne pas se tromper, car il utilise une encre noire spéciale (dont la composition est généralement un secret de famille, à base de suie de végétaux brûlés diluée) - qui ne s'efface pratiquement pas, afin de résister à l'usure du temps (voir à cette page).

Un thème revient comme en leitmotiv dans ces textes: celui de la mémoire: "והיה לך לאות על־ידך ולזכרון בין עיניך" "Et cela te sera un signe sur ta main, et un mémorial entre tes yeux" (Ex 13,9); le terme "זכרוןzikarôn" dérive du verbe-racine "זכר zâkar", "marquer" - d'où "faire se souvenir".

Pourtant, en Ex 13,16, Dt 6,8 et Dt 11,18, on trouve - à la place de  "זכרון" - le terme "טוטפת ṭôtphôt"; or ce sont les trois seules occurrences de ce terme dans toute la TaNaKh... et on ne lui trouve pas de racine hébraïque!
Rachi le commente en affirmant qu'il s'agit d'un mot... africain, "tôt" et "phôt" signifiant, l'un et l'autre, "deux". Pourquoi dire le mot "mémorial" dans une langue étrangère? Ne serait-ce pas pour enseigner de manière fondamentale que la mémoire de soi-même passe par la mémoire de l'autre? que "se souvenir" c'est "s'ouvrir à..."?
"Se souvenir", ce ne serait donc pas renforcer son identité en cherchant des racines qui enfermeraient - mais mettre en jeu son identité en s'ouvrant à l'autre. 

Rabbi Nahman de Bratslav a dit "Il n'y a de mémoire que dans le monde qui vient", ce qui a été souvent transposé: "Souviens-toi de ton futur"...
L'avenir de chacun passe en effet par le souvenir de l'existence d'un autre homme - ce qui nous ouvre au temps du dialogue et de la créativité.

Enveloppé dans son Talit - ce langage en mouvement (voir à cette page) - et portant ses Téfilin - cette mémoire du futur - l'homme juif inaugure sa journée par une prière lui insufflant une énergie créatrice qui le soutient dans sa vie spirituelle, intellectuelle et matérielle.

Nous retrouvons en effet dans le rite des Téfilin l'idée de l'inscription du langage - et en particulier de l'inscription des noms divins - dans la texture de la réalité, l'écriture dans et par les objets du rite.

- Sur le Téfilin porté sur le front sont inscrits deux lettres "shin"*, l'une, habituelle, avec trois branches, l'autre avec quatre branches:
- Le nœud résultant du croisement de la lanière à l'arrière de la tête forme un "daleth"*.
- Le nœud de la lanière du bras forme un "yod"* au niveau du boîtier.

Ces trois lettres écrivent le nom "שׁדּיShaddaï", le "Tout-Puissant".
Le Talmud donne plusieurs explication de ce nom.
La plus cohérente avec le rite des Téfilin découpe le nom en "Shé-daï", abréviation de l'expression: "Mi-shéAmar léOlamo Daï - Celui qui a dit à son monde 'assez!' " - YHWH introduisant des limites dans la réalité des choses.
L'homme, par ce rite, transposerait sur son propre corps le sentiment de sa finitude... Leçon d'humilité équilibrant et confirmant à la fois la notion d'ouverture évoquée plus haut. Les Téfilin permettent à l'homme en prière de prendre conscience de sa capacité de s'ouvrir à l'infini, malgré la finitude de son humanité corporelle.     

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* (Retrouver l'alphabet hébraïque ici)


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