Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

La Pentecôte




Introduction générale


Comme l’Epiphanie au terme des liturgies qui célèbrent la Manifestation du Fils de Dieu dans notre chair humaine, la Pentecôte (du grec πεντεκοντα = cinquante, pour cinquante jours après Pâques) clôture la cinquantaine au cours de laquelle l’Eglise, chaque année, célèbre la Pâque du Christ.
Étapes décisives de l’Histoire du Salut, qui se déploie depuis les origines et culminera avec le retour glorieux du Seigneur à la fin des temps, l’Incarnation du Fils de Dieu (Noël) et sa Résurrection (Pâques) sont en étroite relation.  

Annoncé par les Écritures anciennes, promis par le Seigneur à diverses reprises – et, plus explicitement, « au moment de passer de ce monde à son Père », l’envoi de l’Esprit met en quelque sorte le sceau sur toute l’œuvre rédemptrice du Fils de Dieu, « né de la Vierge Marie, crucifié sous Ponce Pilate, mort et enseveli, ressuscité le troisième jour, monté aux cieux, assis à la droite de Dieu d’où il viendra pour juger les vivants et les morts » (Credo). 

<- La Pentecôte - A.Dürer

La Pentecôte célèbre le mystère de Dieu qui a racheté le monde par son Fils, et celui de l’Eglise, Corps du Christ. Voilà pourquoi les évangiles des deux messes, du samedi et du dimanche, sont empruntés aux derniers entretiens de Jésus avec ses disciples. Au moment de quitter visiblement cette terre, Jésus parle aux siens de leur nouvelle condition dans le monde après son départ. Il ne les abandonne pas. Il va leur envoyer l’Esprit, le Paraclet (le défenseur, « celui qui est appelé auprès ») pour les guider sur le chemin qui les conduit à leur propre résurrection auprès de lui et du Père.  

Cet Esprit, reçu par les Apôtres, est donné à tous les croyants. Saint Paul insiste sur son action en chacun comme dans l’Eglise : il structure et unifie l’être du chrétien, il donne à la communauté son unité et sa cohésion grâce aux charismes divers, largement distribués pour le bien de tous et le développement harmonieux du Corps entier. En même temps, l’Apôtre rappelle avec insistance aux croyants les exigences de ce don merveilleux.  

La Pentecôte ne commémore donc pas un événement du passé, si déterminant soit-il. Elle célèbre Dieu – Père, Fils, Esprit – qui se manifeste je après jour sur la terre et se révèlera en pleine lumière quand reviendra le Fils de l’homme.
La Pentecôte est quotidienne 
pour ceux qui prient
le Père de leur donner 
l’Esprit promis 
par le Fils.

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"Pour le feu de ton Esprit
et pour l'audace de te suivre,
béni sois-tu, Jésus ressuscité.
De tes amis en repos dans l'adoration
et de tes disciples sur les chemins de la mission,
souviens-toi."
Frère Dieudonné Dufrasne, Prières aux portes de la nuit - "Il a souffert, il est mort, il est ressuscité, il a été exalté".

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Messe de la Vigile de la Pentecôte
(Années ABC)

Voir à cette page.

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Messe du dimanche de la Pentecôte


Introduction



Annoncé par Jésus « à l’heure où il passait de ce monde à son Père », reçu avec éclat par les Apôtres « le cinquantième jour après la Pâque », l’Esprit anime et guide la vie des chrétiens et celle de l’Eglise. Il fait du cœur de chacun la demeure du Père et du Fils.

Promesse et gage de participation à la résurrection du Christ, il ouvre à tous les hommes les portes de la miséricorde divine, et rassemble les croyants en communauté de pécheurs pardonnés qui peuvent appeler Dieu « Père ».

Il pousse l’Eglise à sortir des murs de la peur pour aller, sans crainte, annoncer au monde entier la paix et la joie de Dieu.

Il rappelle sans cesse les enseignements du Seigneur, il ouvre le cœur et l’esprit au sens inépuisable des Écritures inspirées, dont la lumière permet de se diriger avec discernement dans les situations les plus diverses, voire inédites.

Source intarissable de jouvence, l’Esprit renouvelle sans cesse la vie des croyants, de l’Eglise, du monde.

Il répand à profusion ses multiples charismes pour le bien et au bénéfice du corps entier qui grandit au rythme des « jours ordinaires » de l’existence humaine.  
Sur la Croix du Christ, le péché et le mal ont été mis à mort.
Mais la lutte entre la lumière et les ténèbres dure encore sur cette terre et dans le cœur de chacun, où les « tendances de la chair » et « celles de l’esprit » n’ont pas fini de s’affronter.
La lutte est sans répit, mais nous combattons en hommes libres et bien armés, parce que le Défenseur nous protège de la séduction des convoitises mortifères.  

L’Église, corps du Christ, se construit ainsi dans l’unité ; et, poussée en avant par l’Esprit, elle peut, répondant à sa mission, annoncer l’Évangile à toute la terre par la force de sa prédication et de son témoignage.  



Telle est l’amplitude du mystère 
célébré par la solennité de la Pentecôte.

Promis depuis longtemps par Dieu, le feu de l’Esprit, qui a brusquement embrasé et transformé le cœur des Apôtres, ne cesse de se répandre de manière habituellement discrète, mais parfois spectaculaire, parmi les fidèles dont il fait les témoins de l’Évangile, et dans le monde pour que tous les hommes, sans discrimination, puissent avoir part au Salut.

Mais son action se discerne après coup.
Nul ne peut se prévaloir à l’avance d’être animé par l’Esprit !


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Les Textes 
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La Première Lecture et le Psaume sont communs aux années ABC; pour la Deuxième Lecture et l'Évangile des
- années A: voir à cette page.
- années B: voir à cette page.
- années C: voir à cette page.

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• Première Lecture :  

• Ac 2,1-11

De la multitude inorganisée qui fuyait l’Égypte, la Loi promulguée au Sinaï a fait un peuple doté d’une « constitution » (voir la page sur Chavouot, la Pentecôte juive, en cliquant ici)
Grâce à l’Esprit Saint donné le jour qui commémorait cet événement fondateur, les hommes du monde entier peuvent bénéficier de l’élection divine et des merveilles opérées par Dieu.
Bien plus, chacun peut désormais entendre « dans sa langue » la Bonne Nouvelle : la Pentecôte restaure l’unité que Babel avait brisée.

Le contexte:
Sur Ac 2,1-47: Conformément à la promesse de Jésus (1,8), l'Esprit descend sur les apôtres (ou les disciples - voir ci-dessous, note sur le v.1) rassemblés: le don de l'Esprit répond au don de la Loi, que l'on célébrait à Chavouot, la Pentecôte juive (voir note sur le v.1).

Cet événement est l'accomplissement d'un souhait que Moïse avait déjà exprimé (Nb 11,29): le peuple de Dieu, enfin, n'est plus seulement un peuple dont les marques d'appartenance à YHWH sont extérieures; conformément à ce qu'annonçait le PT, l'Esprit fait des croyants le peuple dont Dieu est la vie (16-21).

Mais cette œuvre de l'Esprit opère un tri en Israël: seuls ceux qui croient que Jésus est le Messie et le Seigneur (33-36) que Dieu a ressuscité (25-32) ont part à l'Esprit (38-40).

En revanche, ce tri en Israël laisse entrevoir une ouverture aux hommes du monde entier. Car l'Esprit descend sur les disciples sous la forme de langues de feu, et les fait parler les langues des nations non-juives (1-13).

Cette réunion des langues annonce que, dans le peuple de l'Esprit, Dieu réunira sous la seigneurie du Ressuscité ce qu'à Babel il avait désuni (Gn 11,1-9).

<- Jérôme BOSCH - Triptyque de Haywain (panneau droit) - 1500-02 - L'Enfer, symbolisé par la chute de Babel - Le Prado, Madrid.

La vie de la première Église en est le témoignage concret.


Traduction et notes:

Verset 1.
Καὶ ἐν τῷ συμπληροῦσθαι τὴν ἡμέραν τῆς πεντηκοστῆς ἦσαν ἅπαντες ὁμοθυμαδὸν ἐπὶ τὸ αὐτό.
Le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble dans le même lieu.
τὴν ἡμέραν τῆς πεντηκοστῆς - Le jour de la Pentecôte: Chavouot, comme son nom grec l'indique, avait lieu cinquante jours après la Pâque (Lv 23,15-16). On l'appelait aussi fête des Prémices (Nb 28,26) ou fête de la moisson (Ex 23,16). On lui avait associé le souvenir du don de la Loi au Sinaï et l'Alliance de Dieu avec son peuple.

 Haggadah de Ferrare (1583): Moïse recevant les Tables de la Loi sur le Mont Sinaï ->
Paris, Bibliothèque Nationale.
En bas, le peuple attend le retour de Moïse.

ἦσαν ἅπαντεςὁμοθυμαδὸν - ils étaient tous ensemble:
- On peut noter ici deux leçons principales (de même sens) pour ce segment:
1. "ησαν απαντες ομοθυμαδον"est donné par Textus Receptus, c'est-à-dire par Stephens (1550)/Scrivener (1894); et par la Byzantine (2000);
2. "ησαν παντες ομου" est donné par Wescot-Hort (1881)/Nestlé-Aland et Tischendorf (1869);
3. on voit que Codex Sinaiticus ->
(IVème s.) donne "ησαν ομου"; "παντες", omis, figure en marge. Le signe diacritique de renvoi ˜ permet effectivement de le replacer entre "ησαν" et "ομου".
- Le sujet de "ἦσαν" peut être "les disciples" (voir 1,14-15) ou seulement "les apôtres" (dernières personnes explicitement désignée, au v.26); l'apposition "()παντες", "tous", ainsi que la grammaire, feraient plutôt pencher pour "les Douze"; ou alors la salle de rassemblement était relativement vaste, puisqu'au v.15 Luc mentionne "environ cent vingt personnes"...
La représentation artistique penche généralement pour les Douze, rassemblés autour de la Vierge Marie; cependant, il faut savoir que jusqu'au XVIIème siècle cette dernière ne figure pas dans les icônes de la Pentecôte (voir plus bas).

 <- La Descente de l'Esprit Saint (1365-68) - ANDREA DA FIRENZE - Chapelle Spagnuolo, Santa Maria Novella, Florence.

ἐπὶ τὸ αὐτό - dans le même lieu: Voir v.2. 1,13 et la préposition "ἐπί" semblent bien faire référence à un lieu situé "en hauteur", vraisemblablement "sur" la terrasse où l'on se retrouve fréquemment par temps chaud dans les maisons proche-orientales.

Verset 2.
καὶ ἐγένετο ἄφνω ἐκ τοῦ οὐρανοῦ ἦχος ὥσπερ φερομένης πνοῆς βιαίας, καὶ ἐπλήρωσεν ὅλον τὸν οἶκον οὗ ἦσαν καθήμενοι·
Tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d'un vent impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis.
ὥσπερ - comme: La description de ce phénomène si extraordinaire est faite au moyen de comparaisons (voir aussi "ὡσεὶ" au v.3). La scène présente des points communs avec les théophanies du PT (Ex 19,18; 1R 19,11-12; Is 29,6; 30,27-28).

Verset 3.
καὶ ὤφθησαν αὐτοῖς διαμεριζόμεναι γλῶσσαι ὡσεὶ πυρός, ἐκάθισέ τε ἐφ᾿ ἕνα ἕκαστον αὐτῶν,
Des langues, semblables à des langues de feu, leur apparurent, séparées les unes des autres, et se posèrent sur chacun d'eux.

Joseph Ignaz MILDORFER - La Pentecôte (vers 1750) ->
Galerie Nationale hongroise - Budapest

Verset 4.
καὶ ἐπλήσθησαν ἅπαντες Πνεύματος ῾Αγίου, καὶ ἤρξαντο λαλεῖν ἑτέραις γλώσσαις καθὼς τὸ Πνεῦμα ἐδίδου αὐτοῖς ἀποφθέγγεσθαι.
Et ils furent tous emplis du Saint Esprit, et se mirent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer.
• ἐπλήσθησαν- ils furent emplis: Ce verbe "πλήθω plēthō" décrit chez Luc une plénitude soudaine de l'Esprit, rendant capable d'accomplir un service ou de parler de la part de Dieu (Lc 1,15;41;67; Ac 4,8;31; 13,9).
ἑτέραις γλώσσαις- en d'autres langues: Ces langues diffèrent de la langue maternelle de ceux qui parlent (l'araméen). Ce discours "en d'autres langues" est mentionné deux autres fois dans les Ac, en 10,46 et en 19,6. Paul pourrait mentionner un phénomène similaire, en 1Co 12 et 14 (voir à cette page).
Pour l'interprétation de ce phénomène, voir ci-dessus, "Le contexte".

Verset 5.
῏Ησαν δὲ ἐν ῾Ιερουσαλὴμ κατοικοῦντες ᾿Ιουδαῖοι, ἄνδρες εὐλαβεῖς ἀπὸ παντὸς ἔθνους τῶν ὑπὸ τὸν οὐρανόν·
Or, il y avait en séjour à Jérusalem des Juifs, hommes pieux, de toutes les nations qui sont sous le ciel.
Ησαν δὲ ἐν ῾Ιερουσαλὴμκατοικοῦντες - Or, il y avait en séjour à Jérusalem: Le verbe "κατοικέω katoïkeō" signifie "résider", en principe de façon permanente - en tout cas pour un long séjour. Pourtant (la mention "ἄνδρες εὐλαβεῖς - hommes pieux" tendrait à confirmer cette interprétation), si certains de ces Juifs sont revenus définitivement s'installer à Jérusalem, on peut penser que la plupart sont venus pour y célébrer Chavouot (l'une des trois fêtes de pèlerinage, avec la Pâque et Soukkot, lors desquelles les Juifs de la Diaspora devaient se rendre à Jérusalem: Ex 23,14-17).

<- La Descente de l'Esprit Saint (détail)- ANDREA DA FIRENZE

L'artiste a représenté des personnages portant des tenues d'ecclésistiques de son temps (les "hommes pieux"), d'autres en costumes "exotiques" ("de toutes les nations qui sont sous le ciel"); tous semblent s'interroger sur ce qui se passe "à l'étage supérieur de la maison" (Ac 1,13)

Verset 6.
γενομένης δὲ τῆς φωνῆς ταύτης συνῆλθε τὸ πλῆθος καὶ συνεχύθη, ὅτι ἤκουον εἷς ἕκαστος τῇ ἰδίᾳ διαλέκτῳ λαλούντων αὐτῶν.
Au bruit qui eut lieu, la multitude accourut, et elle fut confondue parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue.

Verset 7.
ἐξίσταντο δὲ πάντες καὶ ἐθαύμαζον λέγοντες πρὸς ἀλλήλους· οὐκ ἰδοὺ πάντες οὗτοί εἰσιν οἱ λαλοῦντες Γαλιλαῖοι;
Ils étaient tous dans l'étonnement et la surprise, et ils se disaient les uns aux autres: Voici, ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens?

Verset 8.
καὶ πῶς ἡμεῖς ἀκούομεν ἕκαστος τῇ ἰδίᾳ διαλέκτῳ ἡμῶν ἐν ᾗ ἐγεννήθημεν;
Et comment les entendons-nous dans notre propre langue à chacun, dans notre langue maternelle?

Versets 9-11.
Πάρθοι καὶ Μῆδοι καὶ ᾿Ελαμῖται, καὶ οἱ κατοικοῦντες τὴν Μεσοποταμίαν, ᾿Ιουδαίαν τε καὶ Καππαδοκίαν,, Πόντον καὶ τὴν ᾿Ασίαν,
Parthes, Mèdes, Élamites, ceux qui habitent la Mésopotamie, la Judée, la Cappadoce, le Pont, l'Asie,

Φρυγίαν τε καὶ Παμφυλίαν, Αἴγυπτον καὶ τὰ μέρη τῆς Λιβύης τῆς κατὰ Κυρήνην, καὶ οἱ ἐπιδημοῦντες ῾Ρωμαῖοι,
la Phrygie, la Pamphylie, l'Égypte, le territoire de la Libye voisine de Cyrène, et ceux qui sont venus de Rome, 
᾿Ιουδαῖοί τε καὶ προσήλυτοι, Κρῆτες καὶ ῎Αραβες, ἀκούομεν λαλούντων αὐτῶν ταῖς ἡμετέραις γλώσσαις τὰ μεγαλεῖα τοῦ Θεοῦ.
Juifs et prosélytes, Crétois et Arabes, comment les entendons-nous parler dans nos langues des merveilles de Dieu?

Toutes les nations mentionnées avaient une importante communauté juive. Les Juifs étaient en particulier nombreux en Égypte (n'oublions pas que la LXX a été élaborée à Alexandrie) et dans la Cyrénaïque - au point qu'ils avaient leur propre synagogue à Jérusalem.
προσήλυτοι- prosélytes: Ce mot désigne étymologiquement ceux qui viennent d'un autre pays; on le traduit parfois par "convertis" (au Judaïsme); mais il peut aussi désigner des "sympathisants", qui croient en YHWH, respectent la plupart des rites et des règles de vie du Judaïsme, mais sans être "convertis" (ce qui suppose, principalement, la circoncision). C'est au sein de ce dernier groupe de "prosélytes" du Judaïsme, convertis au Christianisme, que se posera principalement le problème de la circoncision (qui donnera lieu au "Concile de Jérusalem", Ac 15, voir à cette page).
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• Psaume :


• Ps 104 (hébraïque) /  103  ( LXX, Vulgate et liturgique), versets 1a ;24a ;24c ;29b-31 ;34 – antienne tirée de 30b

Prière et action de grâce pour le don de l’Esprit, sagesse, souffle de vie, puissance de renouveau.

Remarques :
Hymne au Dieu créateur: l'harmonie de sa création et sa providence sont soulignées ici pour sa plus grande gloire.

• Ce psaume n'est pas sans liens avec les autres grands textes du Premier Testament relatifs à la création, en particulier Gn 1 et Jb 38-39.

Mais on peut aussi le comparer avec une prière qui vient d'Égypte : il s'agit d'une hymne adressée au soleil par le roi Aménophis IV, l'époux de Nefertiti. On sait que ce Pharaon a consacré une bonne partie de ses énergies à l'instauration d'une religion nouvelle : il a remplacé le culte d'Amon et de tous les autres dieux (dont le clergé devenait beaucoup trop puissant à ses yeux) par celui du seul dieu Aton, c'est-à-dire le soleil ; et, à cette occasion, il a pris un nouveau nom, Akhenaton. Sa prière a été retrouvée gravée sur un tombeau à Tell El-Amarna en Égypte (au bord du Nil).
La voici : 
« Tu te lèves beau dans l'horizon du ciel, Soleil vivant qui vis depuis l'origine. 
Tu resplendis dans l'horizon de l'Est, tu as rempli tout pays de ta beauté. 
Tu es beau, grand, brillant, tu t'élèves au-dessus de tout pays. 
Combien nombreuses sont tes œuvres, mystérieuses à nos yeux ! 
Seul dieu, tu n'as point de semblable, tu as créé la terre selon ton coeur. 
Les êtres se forment sous ta main comme tu les as voulus. 
Tu resplendis et ils vivent ; tu te couches et ils meurent. 
Toi, tu as la durée de la vie par toi-même, on vit de toi. 
Les yeux sont sur ta beauté jusqu'à ce que tu te caches, 
Et tout travail prend fin quand tu te couches à l'Occident. »

- On ne peut pas nier la ressemblance entre cette hymne adressée en Égypte au dieu-soleil et le Ps 104 composé en Israël ; or le texte égyptien est plus ancien que le psaume, il date du quatorzième siècle, donc à une époque où les Hébreux étaient esclaves en Égypte. On peut donc supposer qu'ils ont eu l'occasion d'y entendre ce poème adressé au dieu-soleil ; ils l'auraient alors adapté et transformé à la lumière de leur nouvelle religion, celle du dieu qui les avait libérés d'Égypte, précisément.

- Pourtant, si ces deux textes se ressemblent, ils diffèrent plus encore ! 
Et sur deux points :
1°/ Le Dieu d'Israël est un Dieu personnel, qui a proposé une relation d'Alliance à son peuple. Un Dieu qui a un projet sur l'humanité, un Dieu qui veut l'homme libre.
Par exemple, le psaume commence et finit par l'acclamation « Mon âme, bénis YHWH! » qui est typique de l'Alliance du peuple d'Israël avec son Dieu. Car le nom employé pour désigner Dieu est le fameux nom de l'Alliance, le tétragramme qu'on ne prononce pas, mais qui rappelle la présence de Dieu auprès de son peuple pour toujours. 
2°/ Autre différence entre la pensée biblique et le pharaon Akhénaton: Dieu seul est Dieu, le soleil n'est qu'une créature dépourvue de toute volonté propre; dans d'autres versets de ce psaume, on affirme « Tu fis la lune qui marque les temps et le soleil qui connaît l'heure de son coucher. Tu fais descendre les ténèbres, la nuit vient. » En d'autres termes, si le soleil a un quelconque pouvoir, c'est Dieu et Dieu seul qui le lui a donné.
Dans le même sens, nous avons déjà remarqué l'insistance du livre de la Genèse: pour bien mettre le soleil et la lune à leur place de créatures, le poème du premier chapitre ne dit même pas leurs noms : il se contente de les appeler « le grand luminaire et le petit luminaire », c'est-à-dire qu'ils ne sont que des instruments.

Traduction et notes:

Verset 1.
ברכי נפשׁי את־יהוה יהוה אלהי גדלת מאד הוד והדר לבשׁת׃
Mon âme, bénis YHWH!
YHWH, mon Dieu, tu es infiniment grand!
Tu es revêtu d'éclat et de magnificence!
נפשׁי - Mon âme: rappel: le terme " נפשׁ nephesh" est traditionnellement traduit par "âme", mais désigne en fait
- tout ce qui fait la vie d'un humain (son souffle vital, ses pensées, ses affects, etc.), comme c'est le cas ici; on pourrait également traduire par "mon être";
- voire tout être vivant. 

Verset 24.
 מה־רבו מעשׂיך יהוה כלם בחכמה עשׂית מלאה הארץ קנינך׃
Que tes œuvres sont en grand nombre, ô YHWH-Éternel!
Tu les as toutes faites avec sagesse.
La terre est remplie de tes biens.

Versets 29-30.
    תסתיר פניך יבהלון תסף רוחם יגועון ואל־עפרם ישׁובון׃
Tu caches ta face: ils sont tremblants;
Tu leur retires le souffle: ils expirent,
Et retournent dans leur poussière.
 תשׁלח רוחך יבראון ותחדשׁ פני אדמה׃
Tu envoies ton souffle: ils sont créés,
Et tu renouvelles la face de la terre.
פניך - ta face: page sur "la face de Dieu" en préparation.
Certains commentateurs voient ici un écho à Gn 2,7 - en raison de la mention de la poussière; mais il faut en revanche savoir que le mot traduit dans ici par "souffle" (רוּח rûakh) est le terme servant ailleurs à désigner
l' "Esprit" de Dieu, alors qu'en Gn 2,7 on emploie נשׁמה neshâmâh, qui désigne effectivement le souffle vital.
Il est possible que le psalmiste emploie le premier terme à la place du second pour souligner que, par son Esprit, Dieu communique la vie (le souffle vital) aux créatures animées.

Verset 31.
יהי כבוד יהוה לעולם ישׂמח יהוה במעשׂיו׃
Que la gloire de YHWH-l'Éternel subsiste à jamais!
Que YHWH-l'Éternel se réjouisse de ses œuvres!

Verset 34.
יערב עליו שׂיחי אנכי אשׂמח ביהוה׃
Que mes paroles lui soient agréables!
Je veux me réjouir en YHWH-l'Éternel.

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Pour prolonger la méditation

-        De saint Ephrem, Sermon pour la Pentecôte :

Les Apôtres étaient là, assis, attendant la venue de l’Esprit
Ils étaient là comme des flambeaux disposés et qui attendent d’être allumés par l’Esprit Saint pour illuminer toute la création par leur enseignement […]


Ils étaient là comme des cultivateurs portant leur semence dans leur manteau et qui attendent le moment où ils recevront l’ordre de semer


Ils étaient là comme des marins dont la barque est liée au port du Fils et qui attendent d’avoir le vent doux de l’Esprit


Ils étaient là comme des bergers qui viennent de recevoir leur houlette des mains du Grand Pasteur de tout le bercail et qui attendent que leur soient répartis les troupeaux […]   


Ô Cénacle où fut jeté le levain qui fit lever l’univers entier !

Cénacle, mère de toutes les Églises! Sein admirable qui mit au monde des temples pour la prière ! 

Cénacle qui vit le miracle du buisson * !

Cénacle qui étonna Jérusalem par un prodige bien plus grand que celui de la fournaise qui étonna les habitants de Babylone ! Le feu de la fournaise brûlait ceux qui étaient autour, mais protégeait ceux qui étaient au milieu de lui. Le feu du Cénacle rassemble ceux du dehors qui désirent le voir, tandis qu’il réconforte ceux qui le reçoivent !


Ô feu dont la venue est Parole, dont le silence est lumière ! Feu qui établis les cœurs dans l’action de grâce !

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* Dans le « buisson ardent », Dieu était présent et le feu ne consumait pas le buisson. Au Cénacle, l’Esprit était présent sous la forme d’ « une sorte de feu qui se partageait en langues et qui se posa sur chacun d’eux », mais ne les brûla pas.


-        De Saint Bruno de Segni (vers 1045-1123), évêque, Commentaire de l'Exode, 15:

De la Pentecôte juive à la Pentecôte chrétienne*
      Le mont Sinaï est le symbole du mont Sion... Remarquez à quel point les deux alliances se font écho l'une à l'autre, avec quelle harmonie la fête de la Pentecôte est célébrée par chacune d'elles... Sur la montagne de Sion, comme sur la montagne du Sinaï, le Seigneur est descendu, le même jour et de manière très semblable...
      Luc a écrit : « Soudain il vint du ciel un bruit pareil à un violent coup de vent. Les apôtres virent apparaître comme une sorte de feu qui se partageait en langues et se posa sur chacun d'eux » (Ac 2,2-3)... Oui, ici et là, un bruit violent se fait entendre, un feu se fait voir. Mais au Sinaï c'était une épaisse nuée, sur le mont Sion la splendeur d'une lumière très brillante. Dans le premier cas il s'agissait « de l'ombre et de la 
figure » (Hb 8,5), dans le deuxième de la réalité véritable. Autrefois on entendait le tonnerre, maintenant on discerne les voix des apôtres. D'un côté, l'éclat des éclairs ; de l'autre des prodiges éclatent en tous lieux...
      « Tous sortirent du camp à la rencontre de Dieu, au pied de la montagne » (Ex19,17). On lit dans les Actes des Apôtres : « Lorsque les gens entendirent le bruit, ils se rassemblèrent en foule »... De tout Jérusalem, le peuple se rassembla au pied de la montagne de Sion, c'est-à-dire au lieu où Sion, figure de la sainte Église, commençait à s'édifier, à poser ses fondations...
      « La montagne était toute fumante, car le Seigneur y était descendu dans le feu », dit l'Exode (v.18)... Pouvaient-ils ne pas brûler, ceux qu'avait embrasés le grand feu du Saint Esprit ? Comme la fumée signale la présence du feu, ainsi par l'assurance de leurs discours et par la diversité des langues, le feu du Saint Esprit manifestait sa présence dans le coeur des apôtres. Heureux les coeurs remplis de ce feu ! Heureux les hommes brûlant de cette ardeur ! « La montagne tremblait violemment. Le son de la trompette était de plus en plus strident » (v.19)... De même la voix des apôtres et leur prédication devinrent de plus en plus fortes ; elles se firent entendre de plus en plus loin jusqu'à ce que « leur message s'étende à toute la terre et leurs voix jusqu'aux extrémités du monde » (Ps 18,5).
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* Voir page "Chavouot"




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Étude d'icônes typologiques.

La descente de l'Esprit Saint est la révélation définitive de la Trinité, qui allume la vie de l'Église comme un feu et rachète le vieux monde prisonnier des ténèbres.

Appellations:
- la Pentecôte (Piatidesiatnitsa - "Cinquantaine")
- la Descente de l'Esprit Saint (Sochestvie Sviatago Doukha)

Fête:
Cinquante jours après Pâques.

Sources:
- Ac 2,1-2

Iconographie:
- les apôtres (et la Vierge Marie)
- allégorie du cosmos, rayons lumineux et/ou flammes.

Théologie de l'icône:
L'iconographie de la Pentecôte présente le modèle classique du portrait collectif de la communauté chrétienne primitive: Matthias a remplacé Judas, et parmi les "Douze" figurent l'apôtre Paul ainsi que les évangélistes Marc et Luc.

La Vierge Marie Mère de Dieu - présente dans les icônes de l'Ascension (voir à cette page) - ne l'est pas dans celles de la Pentecôte jusqu'au XVIIème siècle;

<- "Mon Ascension" et "De la Pentecôte" - Détail d'une frise avec scènes de fêtes liturgiques - vers 1260 - Monastère de Sainte-Catherine, Mont Sinaï, Égypte. 

l'évêque Innocent écrira même à ce propos: "Comment se pourrait-il que ne soit pas présente au moment de la venue de l'Esprit celle qui a conçu et enfanté par l'entremise de l'Esprit?"

"De la Pentecôte" - Détail de la même frise que ci-dessus - Monastère de Sainte-Catherine, Mont Sinaï, Égypte. ->
On notera que la lumière divine envoie douze rayons, et que chaque disciple en a reçu une flammèche.

La place entre Pierre et Paul, laissée vide, évoque la présence de l'Esprit du Christ. En effet, la composition de l'icône avec les disciples disposés en fer à cheval rappelle le schéma de l'icône de "Jésus dans la synagogue": c'est lui le consolateur, le "παράκλητος paraklētos", le Paraclet (voir à cette page, la note sur Jn 14,16); en effet, ce terme ne désigne l'Esprit Saint que dans l'Évangile selon saint Jean.

Le Christ déclare lui-même à ses disciples, avant l'Ascension, qu'il montera vers le Père pour leur envoyer l'Esprit.

Les disciples représentent la communauté des croyants, qui s'ouvre à l'action de l'Esprit Saint; cette iconographie sera également celle des conciles œcuméniques - comme l'indique le concept russe de "sobornost", c'est-à-dire de "communion", de "collégialité, de "conciliarité".


Si, en haut, les disciples sont enflammés par la lumière divine, en bas le vieux monde, prisonnier, attend d'être libéré des ténèbres du mal par l'Esprit Saint.

<-La Pentecôte - milieu du XIXème s. - provenant de la Russie centrale - Collection particulière.
Si la disposition des disciples est la même que dans l'icône précédente, la Vierge Marie tient ici la place centrale.

Texte:
"Viens, Esprit Saint. Viens, par Marie" (ancienne oraison jaculatoire*).
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* "Oraison jaculatoire": prière très courte et très fervente, souvent répétée.
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