Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven
 
 
Pâques
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
<- Dieric BOUTS l'Aîné (1415 env.-1475) – Résurrection
(1450-60, tempera sur toile) – Norton Simon Museum of Art, Pasadena
 
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1. La Veillée Pascale
 
 
 
Introduction historique :
 
• Dans la tradition juive, on compte les jours d’un coucher de soleil à l’autre, et non de minuit à minuit. Cette manière de diviser le temps s’est perpétuée dans la liturgie de l’Eglise : les fêtes commencent au soir, avec les Premières Vêpres, et s’achèvent aux Vêpres du lendemain.
 
Puisque, d’après le témoignage des évangiles, la résurrection du Seigneur a eu lieu à l’aurore du « premier jour de la semaine » – appelé aujourd’hui dimanche – c’est dans la nuit précédente que les chrétiens, dès les origines, en ont célébré le Mémorial hebdomadaire.
 
Une célébration annuelle s’est instaurée à partir du IIème siècle, préparée par un jeûne rigoureux qui durait un ou plusieurs jours.
 
A partir du IVème siècle, la Nuit Pascale a été marquée par la grande célébration annuelle des baptêmes. Et sa liturgie a continué à se développer – jusqu’au XIIIème siècle, sous l’influence de diverses traditions.
 
A Rome, au Vème siècle, il n’y avait encore qu’une célébration pascale, celle de la nuit, ainsi qu’en témoignent les homélies du pape saint Léon (440-461).
 
Mais en Afrique, au temps de saint Augustin (354-430)*, on célébrait déjà une deuxième messe le dimanche matin. L’évêque d’Hippone ne manquait pas d’y prêcher malgré, disait-il, fatigue de la longue liturgie nocturne.
Cette coutume s’est répandue : des livres liturgiques du VIIème siècle contiennent les textes de la messe du dimanche de Pâques.
 
Très tôt cependant on a souvent anticipé la Veillée Pascale. Et, lorsque le Concile de Trente (1545-1563) a interdit la célébration de la messe après l’heure de midi, cette célébration a été déplacée au matin du Samedi Saint.
 
Il en fut ainsi jusqu’en1951 elle a retrouvé sa place originelle, d’abord « à titre d’essai » et au jugement des évêques, puis définitivement à partir de 1956.
 
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* Saint Augustin : L’un des Pères de l’Eglise latine parmi les plus influents. La puissance de sa pensée et la qualité de son style expliquent le succès durable de son œuvre (voir ici).
 
 
 
La liturgie :
 
Dans sa forme actuelle, la Veillée Pascale comporte quatre parties, nettement distinctes.
 
Elle commence par un ample Lucernaire* (racine latine luc-, lumière) ou Rite de la Lumière : bénédiction du Feu nouveau auquel on allume le Cierge pascal, dont la flamme est partagée entre les cierges tenus en main par les membres de l’assemblée. Vient ensuite l’annonce solennelle de la Pâque, saluée par un chant d’acclamation.
 
 
 
Pour marquer le début du Sabbat, les Juifs, aujourd’hui encore,
<- allument deux bougies ou plus  (les Nérot chel Shabbat) en rendant grâce à Dieu, source de toute Lumière et Lumière de son peuple ; en général, c’est la maîtresse de maison qui dit cette bénédiction.
 
Les premiers chrétiens ont gardé ce rite traditionnel au début de l’office du soir.
 
La nuit pascale, le Feu nouveau jaillit dans les ténèbres. On y allume le Cierge pascal qui répand sa flamme de proche en proche dans toute l’assemblée : « Lumière du Christ – Nous rendons grâce à Dieu ! » (Exsultet)
 
 

C’est ensuite une Liturgie de la Parole exceptionnellement longue (voir plus bas, la liste des Textes). Récapitulation de l'enseignement donné aux catéchumènes, elle rappelle les grandes étapes de l’Histoire du Salut qui a précédé l’avènement de « la vraie lumière qui éclaire tout homme en venant en ce monde » (Jn 1,9) : après sept grands textes du Premier Testament (alternant avec des psaumes et des cantiques tirés du Premier Testament), on lit un bref passage de la Lettre de saint Paul aux Romains, avant la proclamation de l’Évangile de la Résurrection selon saint Matthieu (années A), saint Marc (années B) ou saint Luc (années C).
 
« Cette parole de l’Ecriture que vous entendez, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit » ; « En partant de Moïse et de tous les prophètes, il leur expliqua, dans l’Ecriture, tout ce qui le concernait » (Lc 4,21; 24,27). Au cours de la nuit pascale plus qu’en toute autre circonstance, la liturgie chrétienne relit les Écritures anciennes à partir de leur accomplissement en Jésus Christ ressuscité d’entre les morts.
 
Si le Lectionnaire propose sept lectures du Premier Testament, on peut, à la rigueur, se contenter d’en lire deux – mais sans omettre le récit du passage de la Mer Rouge (Ex14,15 - 15,1a).
 
La troisième partie est constituée par la Liturgie Baptismale : Litanie, bénédiction de l’Eau baptismale, profession de Foi, baptêmes et confirmations s’il y a lieu, ou aspersion de l’assemblée avec l’Eau lustrale**.
 
Lors des grandes célébrations – baptême, ordination, profession religieuse – l’assemblée invoque l’intercession des saints et des saintes, car ce qui se passe est un événement qui concerne le ciel et la terre. Les diverses litanies en usage nomment toujours la Vierge Marie, les Anges, les Apôtres, des martyrs des premiers siècles, un certain nombre de saints et de saintes qui ont marqué l’histoire de l’Eglise (fondateurs de grands ordres par exemple), ou qui sont particulièrement populaires ; mais les listes proposées ne sont pas limitatives : « Vous tous, saints et saintes de Dieu, priez pour nous » : on peut donc ajouter des saint(e)s qu’on vénère localement et – en cette Veillée Pascale – les patron(ne)s des baptisés, de leurs parrains et marraines, etc.
 
Vient enfin la Liturgie de l’Eucharistie.
 
Il est prescrit de ne pas commencer la Veillée Pascale avant la tombée de la nuit.
C’est en effet une exigence de vérité des rites et des symboles qui caractérisent cette grande liturgie, lui donnent son extraordinaire force d’expression et son incomparable valeur spirituelle.
 
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* Autres sens de ce terme :
-                           Office célébré à la tombée de la nuit dans les communautés chrétiennes des premiers siècles ; à l’origine des Vêpres.
-                           Nom parfois donné à la célébration de l’office de fin de journée dans les communautés monastiques.
 
** Eau bénite : eau qui a reçu une bénédiction ; on distingue l’Eau baptismale, bénie dans la Veillée Pascale et l’Eau lustrale, bénie pour chaque occasion et qui sert aux rites d’aspersion.
 
 
 
Les Textes :
 
 
● Première Lecture : Gn 1,1 – 2,2
 Psaume 103 ou 32
 Deuxième Lecture : Gn 22,1-13 ;15-18
 Psaume 15
 Troisième Lecture : Ex 14,15 – 15,1a
 Cantique (tiré d’Ex 15)
 Quatrième Lecture : Is 54,5-14
 Psaume 29
 Cinquième Lecture : Is 55,1-11
 Cantique (tiré d’Is 12)
 Sixième Lecture : Ba 3,9-15 ;32 –  4,4
 Psaume 18
 Septième Lecture : Ez 36,16-17a ;18-28
 Lorsqu’il y a baptême(s), Cantique (tiré d’Is 12) ou Psaume 50 
 S’il n’y a pas de baptême,Psaumes 41 et 42
 
Épître : Rm 6,3b-11
 
Psaume 117
 
Evangile :
- Années A : Mt 28,1-10
- Années B : Mc 16,1-8
- Années C : Lc 24,1-12
 
 
Homélie du Fr. Pierre-Marie Delfieux
 
Dieu, l'homme et le monde aux visages nouveaux

Une tradition extra-biblique du judaïsme, un midrash,
raconte qu’un jour Moïse s’avança vers Pharaon et lui dit :
«Permets-moi d’aller au-delà de la Mer jusqu’au désert
pour adorer Adonaï, mon Dieu, l’Unique.»
Et l’on dit que Pharaon, ayant consulté ses tablettes et ses prêtres,
fit revenir Moïse pour lui rétorquer :
«Nous ne connaissons pas ce Dieu dont tu parles».
Et Moïse lui répondit :
«Ne cherchez pas parmi les morts celui qui est vivant !»
Voilà en tout cas, frères et sœurs, ce que nous venons d’entendre en cette nuit,
de la part de ces deux hommes apparus en habits éblouissants.
Deux hommes dans lesquels on peut reconnaître, avec toute une tradition chrétienne (Lc 24,4),
la figure de Moïse et Élie, la Loi et les prophètes ;
Moïse et Élie annonçant aux saintes femmes, c’est-à-dire à l’Église naissante
que désormais tout est accompli de ce que l’Écriture annonçait (24,7;44).
Oui, tout est accompli, tout est manifesté,
tout est reconstruit (Jn 19,30 ; 1Jn 1,2 ; 1Co 3,11).
Si nous savons voir, à la lumière que Dieu nous a rendue,
le sens profond des choses cachées, à présent révélées (1Co 2,7-9),
nous découvrons qu’en vérité, la Résurrection du Christ
renouvelle tout (Ep 1,18; 4,23).
Un monde nouveau est recréé.
Un homme nouveau est rétabli.
Un Dieu nouveau nous est révélé.
Contemplons, pour mieux savoir en rendre grâce, cette triple merveille
jaillie comme une source du cœur du Christ ressuscité (Mt 21,42; Lc 1,49; Ac 2,11).
Un nouveau visage de Dieu nous apparaît tout d’abord
à la lumière de cette nuit bénie.
Un Dieu qui est certes toujours empreint de puissance et de majesté,
mais plus encore empli de tendresse et de miséricorde.
Un Dieu qui est toujours resplendissement de gloire,
mais aussi débordant d’attention et d’amour.
C’est que le Créateur du monde s’est fait aussi le Rédempteur de l’homme !
Le Dieu éternel qui trône au plus haut des cieux
nous a donné la preuve d’une bonté sans fond
en se penchant jusqu’à nous
pour nous ramener, nous élever vers lui.
Déjà le peuple biblique s’émerveillait de la proximité de son Seigneur.
Que dire désormais en voyant quel grand amour
nous a donné le Père en nous livrant son Fils (1Jn 3,1; Rm 8,32),
pour nous rendre, par sa victoire sur la mort,
participants de la nature divine (2P 1,4) !
Quel fol amour le Fils nous a donné
en venant si librement subir notre mort de la terre,
pour que plus rien ne fasse barrage à notre entrée dans le ciel !
De quelle plénitude l’Esprit Saint nous a comblés,
lui dont l’amour a été répandu à profusion en nos cœurs (Rm 5,5).
Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob a pris enfin un visage.
Il est le Dieu de Jésus Christ.
Il est le Dieu-Jésus-Christ. Le Seigneur de la gloire (1Co 2,8).
Le Père l’a ressuscité en l’arrachant aux affres de la mort (Ac 2,24).
Et l’apôtre Pierre ne craint pas d’ajouter à l’adresse
des hommes de Judée et de tous les habitants de Jérusalem (2,14) :
Que tout le peuple le sache à présent avec certitude,
Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié (2,36).
Oui, Dieu reste toujours au-dessus de nous ; il est le Transcendant.
Mais il s’est fait aussi l’un de nous, l’Emmanuel parmi nous (Ap 21,3).
Et il demeure en nous, plus intime à nous-mêmes que nous.
«Tu m’as parlé, Seigneur, dit saint Augustin dans ses Confessions,
et je t’ai entendu comme on entend dans son cœur.»
Cette nuit, sur le visage du Ressuscité, nous découvrons, éblouis,
comme un reflet de la splendeur du Père des cieux.
Oui, l’image du Dieu invisible (Col 1,15),
la Parole du Dieu inaudible (Jn 5,37),
la Présence parmi nous du Dieu inaccessible (Rm 11,33 ; 1Tm 6,16),
tout cela nous est aujourd’hui donné, révélé, manifesté en Jésus Christ.
L’heure est venue pour nous aussi, de contempler
avec des yeux du Fils unique,
le seul véritable Dieu et son envoyé Jésus Christ (Jn 17,3).
La perspective de devenir un homme nouveau
nous est, dès lors, également proposée en cette même nuit.
Comme un écho de la révélation du vrai visage de Dieu,
voici que se dessine en effet le vrai visage des enfants de Dieu.
Jésus, par sa Passion rédemptrice nous ayant apporté
la plus belle preuve d’amour qui est de donner sa vie
pour ceux qu’on aime (Jn 15,13), nous voici tous conviés
à suivre la voie de l’amour à l’exemple du Christ
qui nous a aimés et s’est livré pour nous (Ep 5,2).
Tout peut changer désormais !
Je vous donne un commandement nouveau :
Aimez-vous les uns les autres.
Oui, comme je vous ai aimés,
vous aussi, aimez-vous les uns les autres (Jn 13,34).
Comme l’humanité serait transformée
si, enfin, elle voulait croire que rien n’est plus urgent et plus nécessaire
que de se pardonner, de s’entraider, de vivre dans la justice réciproque,
le respect mutuel, la bienveillance, l’estime, la miséricorde !
Et que la charité est donc la loi dans sa plénitude (Rm 12,10).
À voir ce monde tel qu’il est, sans doute cela nous apparaît-il
bien loin d’être réalisé et peut-être même utopique.
Il n’en reste pas moins que le Seigneur nous appelle, nous du moins,
nous qui avons été baptisés en Christ et marchons à sa suite,
à faire passer cela dans nos propres vies.
Ce n’est pas rien en effet que d’être dits :
sel de la terre et lumière du monde (Mt 5,13;16).
À ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples :
à cet amour que vous aurez les uns pour les autres (Jn 13,35).
Voilà l’homme nouveau, tel que le Christ
est venu le recréer, selon Dieu, dans la sainteté de la vérité,
pour qu’il se renouvelle à l’image de son créateur (Ep 4,23 ; Col 3,10).
Quelle exigence il est vrai, mais quelle espérance aussi !
Nous ne sommes plus esclaves de la mort et du péché.
Cette nuit, la Résurrection du Christ nous rend à la grâce et à la vie.
Il est vrai que nous restons fragiles et périssables.
Mais si l’homme extérieur en nous tombe en ruines,
l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour (2Co 4,16).
Il s’agit de devenir une créature nouvelle (Ga 6,15).
Et l’apôtre Paul ajoute, plein d’une joyeuse espérance :
Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle.
L’être ancien a disparu, un être nouveau est apparu (2Co 5,7).
Et nous voilà devenus, selon la propre expression de Jésus,
fils de Dieu en étant fils de la résurrection (Lc 20,36) !
Oui, «la gloire de Dieu, c’ est l’homme vivant» ;
et, malgré la nuit de ce monde, nous marchons vers «la vision de Dieu».
Il nous revient donc à présent
de nous engager, avec la force de Dieu triomphant en notre faiblesse,
à construire enfin ce monde nouveau que Dieu nous donne.
Il nous l’a confié au premier jour de la création.
Il nous le redonne plus encore au jour de la Résurrection :
car elle est une vraie re-création.
Oui, le matin de Pâques est pour le monde un vrai recommencement.
Ce que le Christ a commencé de reconstruire,
en s’en faisant lui-même le fondement (1Co 3,11),
nous avons à le bâtir au jour le jour, avec l’aide de sa grâce.
Comment ne pas nous réjouir et nous sentir concernés
en voyant que, comme des pierres vivantes, selon la belle parole de Pierre,
nous pouvons nous prêter à l’édification d’un édifice spirituel (1P 2,4).
Que nous avons pour mission de construire,
osons le redire avec Paul cette fois, un temple de Dieu,
puisque l’Esprit de Dieu habite en nous,
que ce temple de Dieu est sacré et que ce temple, c’est nous ! (1Co 3,16-17).
Certes, ce monde avance lentement
et reste dramatiquement traversé par les soubresauts de l’histoire.
Que de drames sur terre en cette nuit encore !
Et l’Église elle-même, cette Église dont nous sommes tous,
reste bien timorée et bien imparfaite.
Mais on n’enchaîne pas la parole de Dieu (2Tm 2,9).
Les valeurs de l’Évangile continuent d’éclairer le monde.
Ce dont le Christ nous a guéris reste à jamais acquis.
Ce qu’il nous a révélé reste à jamais transmis.
Continuons donc à œuvrer pour que l’amour grandisse ;
pour que la vérité soit connue et proclamée ;
pour que la justice soit respectée et mise en place ;
qu’une paix véritable s’établisse dans les cœurs,
sans quoi elle ne sera jamais partagée entre les peuples.
Et qu’une joie toujours neuve
soit donnée à un monde remis à neuf par la foi au Dieu Sauveur.
La tâche est immense, c’est vrai. Elle peut paraître
impossible, démesurée. Même s’il nous est dit
que tout est possible à celui qui croit (Mc 9,29) ;
et qu’une simple graine de foi peut transporter des montagnes (Lc 17,6).
C’est vrai, la toute-puissance de la résurrection du Christ
n’a pas transformée le monde de fond en comble.
Mais il reste promis à l’espérance du salut.
Mieux encore, si le ciel et la terre doivent passer,
un autre monde nous attend.
Des cieux nouveaux et une terre nouvelle
où la justice habitera (2P 3,13).
Voilà aussi et enfin ce monde nouveau
où la vie n’aura pas de fin, où la paix régnera à jamais ;
où de mort, de pleur, de cri, de peine, il n’y en aura plus,
comme le promet le Seigneur de l’Apocalypse.
Non, sa construction n’est pas achevée. Mais elle est en chantier.
À nous de choisir si nous voulons y travailler.
Voilà, frères et sœurs, le don, la Révélation,
et plus encore, la promesse de la Résurrection du Christ.
Qu’elle nous révèle ce Dieu nouveau qui a visage de Père !
Qu’elle nous montre cet homme nouveau qui vit et agit en Fils !
Et qu’elle nous prépare ce monde nouveau, modelé par l’Esprit !
Ne cherchons plus parmi les morts le Christ vivant !
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2. La Messe
du jour de Pâques
 
 
 
Introduction théologique et liturgique :
 
 
Après la longue liturgie de la Veillée Pascale, l’Eucharistie du jour de Pâques se déroule dans un climat de paix, de sérénité, de joie intériorisée.
L’heure est à la méditation de la Bonne Nouvelle qui a retenti avec éclat dans la nuit : « Christ est ressuscité ! – Oui, vraiment, il est ressuscité ! » (salutations qu’échangent les orthodoxes le jour de Pâques).
L’heure est également de relire, à la lumière de l’événement de Pâques, l’ensemble des œuvres accomplies par Jésus de Nazareth. « Consacré par l’Esprit Saint », il apporte le pardon des péchés à ceux qui croient en lui, « tous les prophètes en témoignent » (Ac 37,43)
 
 
Passés de la mort à la vie, grâce au baptême, « recherchez les réalités d’en haut » dit saint Paul ; « c’est là que le Christ est assis à la droite de Dieu ». Lorsqu’il paraîtra, vous serez avec lui « avec lui en pleine gloire » (Col 3,1-4). Dès lors, «célébrez la Fête, non pas avec de vieux ferments*: la perversité et le vice; mais avec des pains non fermentés*: la droiture et la vérité » (1Co 5,8).
 
De son côté, saint Jean rapporte comment « le premier jour de la semaine », Marie-Madeleine, Simon-Pierre et « l’autre disciple, celui que Jésus aimait » (i.e. lui-même, que Jésus considérait comme son frère – puisqu’il lui avait confié sa mère avant de mourir) ont découvert vide le tombeau où Jésus avait été déposé.
-         Marie-Madeleine, avec pragmatisme (en cette période troublée, autorités romaines et dignitaires juifs ont tout intérêt à éviter une vénération de Jésus – aussi gênant pour eux mort que vivant), pense que le corps du Seigneur a été enlevé ;
-         Simon-Pierre est perplexe en constatant que, si le corps n’est plus dans le tombeau, le linceul et le suaire sont restés là, soigneusement pliés ;
-         « l’autre disciple » croit aussitôt.
 
A travers un récit plein de sens, saint Jean propose une réflexion sur la foi.
Elle ne s’impose pas comme une évidence ; elle naît à partir de « signes » qu’il faut décrypter. Certains en saisissent aussitôt la portée ; mais pour la plupart cette relecture des faits demande plus de temps ; pour d’autres, il n’y a pas « signes » mais énigmes.
De toute façon, la foi n’est pas comme un sommet sur lequel on s’installerait définitivement et fermement, au terme d’un itinéraire plus ou moins rapide, plus ou moins laborieux. Elle est réponse de toute une vie, certitude qui peut connaître hésitation ou doute.
Il faut sans cesse la renouveler, la revivifier, l’approfondir – grâce à une relecture incessante et attentive des Écritures, avec l’aide d’autres croyants.
 
Que les lenteurs et les hésitations de notre foi ne nous retienne pas de dire avec force et humilité : « Christ est ressuscité. Alleluia ! »
 
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* « Vieux ferments » = (a) μη(b) εν(c) ζυμη παλαια (d) μηδε εν ζυμη κακιας (e) και(f) πονηριας, litt. : « non avec le vieux levain, ni avec un levain de malice et de méchanceté »
* « Pains non fermentés » = (a’) αλλ(b’) εν(c’) α-ζυμοις (d’) ειλικρινειας (e’) και(f’) αληθειας, litt. : « mais avec les pains sans levain de la sincérité et de la vérité » .
 
Ce verset, construit selon le procédé stylistique, traditionnel en rhétorique sémitique, du parallélisme-opposition pour marquer l'emphase (voir ici) est bien évidemment une allusion aux rites de la Pâque juive (à cette page). 
 
 
 
Les Textes :
 
 
Première Lecture :
Ac 10,34a ;37-43
 
Voir introduction en cliquant ici.
 
● Psaume :
Ps 118/117, 1 ;4 ;16-17 ;22-23 – Antienne : verset 24
 
Ce Psaume est le Psaume final du Hallel (qui commence avec le Ps 113/112, que les juifs récitaient pour les grandes fêtes, notamment au temps pascal – cf. Mt 26,36sq). Il est proclamé lors de la fête des Tentes,
חַג הַסֻּכֹּת (Dt 16,13) – troisième fête de pèlerinage de l’année juive. Il est composé d’un invitatoire (versets 1-4), puis de l’hymne d’action de grâces placé sur les lèvres de la communauté personnifiée (i.e. parlant à la 1ère personne du singulier) complété par le livret des répons (19-21 ; 25-27) – récités par différents groupes quand la procession entrait au Temple.
 
Les commentateurs voient dans ce psaume le chant d’un homme (personnifiant le peuple hébreu) qui a été sauvé de la mort et se présente au Temple pour rendre grâces au Seigneur. Le verset 26 :בָּרוּךְ הַבָּא בְּשֵׁם יְהוָה« Béni soit celui qui vient au nom de l'Éternel! » serait la formule de bienvenue rituelle prononcée par les prêtres ou les habitants de Jérusalem pour accueillir le pèlerin.
De nombreux versets de ce psaume sont cités dans le Nouveau Testament : verset 6 dans He 13,6 ; verset 22 en Lc 20,17 ; versets 22-23 en Mt 21, 42 ; versets 25-26 en Mt 21,9 ; verset 26 en Lc 19,38…
 
Au verset 4, « ceux qui craignent le Seigneur »,יִרְאֵי יְהוָה , ne doit pas être compris comme « ceux qui ont peur », mais comme « ceux qui respectent יְהוָה YHWH » (voir ici); la suite le dit bien : « éternel est son amour ». On n’a pas peur d’un Père aimant !
 
Aux versets 15b-17, on note (voir ici) :
-        des répétitions-parallélismes,
-         un segment tri-membre en ABA, ou concentrique (le membre central B ne comportant d’ailleurs qu’un terme différent par rapport aux membres extrêmes A),
-         et un anthropomorphisme (« la main droite ») attribuéà Dieu,
le tout pour exprimer sa forceprotectrice:
יְמִין יְהוָה עֹשָׂה חָיִל
יְמִין יְהוָה רֹומֵמָה
יְמִין יְהוָה עֹשָׂה חָיִל
 
יְמִין יְהוָה : La main droite du Seigneur יְהוָה YHWH - עֹשָׂה חָיִל : fait vertu (A)
יְמִין יְהוָה : La main droite du Seigneur יְהוָה YHWH - רֹומֵמָה : est haut élevée (B)
יְמִין יְהוָה : La main droite du Seigneur  יְהוָה YHWH - עֹשָׂה חָיִל : fait vertu (A)
 
Les versets 22-23 sont repris en Mt 21,42 (cf. supra) :
אֶבֶן מָאֲסוּ הַבֹּונִים הָיְתָה לְרֹאשׁ פִּנָּה׃
λιθον ον απεδοκιμασαν οι οικοδομουντες ουτος εγενηθη εις κεφαλην γωνιας
La pierre que ceux qui bâtissaient ont rejetée est devenue la principale pierre de l'angle
מֵאֵת יְהוָה הָיְתָה זֹּאת הִיא נִפְלָאת בְּעֵינֵינוּ׃
παρα κυριου εγενετο αυτη και εστιν θαυμαστη εν οφθαλμοις ημων
ceci a été fait par le Seigneur, et c'est une chose merveilleuse à nos yeux
 
Les versets 22-24 font allusion au Temple rebâti.
Le thème de la « pierre d’angle » (ou « pierre de faîte ») qui peut devenir « pierre d’achoppement » est un thème messianique chez les prophètes, comme Isaïe ou Zacharie.
 
Pour les chrétiens, ces verset s’appliquent au Christ ressuscité (« temple détruit, et reconstruit en trois jours »).
 
 
● Deuxième Lecture :
- Col 3,1-4
 
Morts et ressuscités avec le Christ, tels sont les croyants au sortir du bain baptismal (on pourra comparer ce dernier et la Tevila judaïque, voir page sur le Miqvé). Ce changement radical de leur condition – qui reste encore caché aux regards – doit donner une orientation et une dynamique nouvelles à leur vie dans tous les domaines (et pas uniquement sur le plan moral).
 
Ou:
- 1Co 5,6b-8
 
Le baptême fait du croyant un « être pascal », et l’Eucharistie le transforme en « pain de Pâques ». « Deviens ce que tu reçois : le corps du Christ », disait saint Augustin (voir note ci-dessus) en donnant la communion.
 
● Evangile :
Jn 20,1-9
 
Un témoignage précis sur la découverte du tombeau vide – le linceul et le suaire soigneusement rangés – suggère que le corps de Jésus n’a pas été enlevé de façon furtive.
Les réactions de Pierre et de « l’autre disciple », alertés par Marie Madeleine / de Magdala en disent long.
Tous deux se précipitent.
Très logiquement, le plus jeune arrive le premier sur place ; mais il ne se permet pas d’entrer avant Pierre qui, dans le groupe des Apôtres, a la prééminence.
Cette qualité ne lui donne pourtant pas une acuité particulière pour comprendre les signes…
« L’autre disciple » « vit et crut » immédiatement. Perspicacité du cœur supérieure ? Sans doute, mais surtout meilleure et plus rapide intelligence des Écritures.
 
Car c’est toujours à leur lumière que se révèle le sens des signes – éclatants ou ténus – et que le regard s’ouvre aux choses de la Foi.
 
 
Méditation
De saint Jean Chrysostome, Catéchèses:
 
Que tous ceux qui cherchent Dieu et qui aiment le Seigneur viennent goûter la beauté et la lumière de cette fête ! Que tout serviteur fidèle entre avec allégresse dans la joie de son Maître ! Que celui qui a porté le poids du jeûne vienne maintenant recevoir le denier promis ! Que celui qui a travaillé dès la première heure reçoive aujourd’hui son juste salaire: quelqu’un est-il venu à la troisième heure ? Qu’il célèbre cette fête dans l’action de grâce ! Que celui qui est arrivé seulement à la sixième heure soit sans crainte : il ne sera pas frustré. S’il en est un qui a attendu jusqu’à la neuvième heure, qu’il s’approche sans hésitation. Et même s’il en est un qui a traîné jusqu’à la onzième heure, qu’il n’ait pas peur d’être en retard !
 
Car le Seigneur est généreux : il reçoit le dernier aussi bien que le premier. Il accorde son repos à celui ; qui s’est mis au travail en fin de journée comme à celui qui a peiné tout le jour. Au dernier il fait grâce, et il comble le premier ; à celui-ci il donne, à celui-là il fait miséricorde. Il reçoit le travail et il accueille avec amour le désir de bien faire : il reconnaît le prix de l’action mais il connaît la vérité de l’intention. Aussi bien, entrez tous dans la joie de votre Seigneur ! Et les premiers et les seconds, soyez comblés. Riches et pauvres, communiez dans la joie. Avez-vous été généreux ou paresseux ? Célébrez ce Jour ! Vous qui avez jeûné et vous qui n’avez pas jeûné, aujourd’hui réjouissez-vous !
 
La table du festin est chargée : goûtez-en tous sans l’ombre d’une réticence. Le veau gras a été préparé : que personne ne reste sur sa faim. Venez tous goûter au banquet de la foi, venez tous puiser aux richesses de la miséricorde.
 
Que personne ne gémisse sur sa pauvreté car à tous le Royaume est ouvert. Que personne ne s’afflige à cause de ses péchés puisque le pardon a jailli du tombeau. Que personne n’ait peur de la mort : la mort du Sauveur nous en a délivrés. Oui, il l’a écrasée au moment même où elle l’enchaînait ; il a désarmé l’enfer, celui qui est descendu dans nos enfers ! Il l’a jeté dans l’effroi pour avoir touché à sa chair.
 
Cela Isaïe l’avait prédit : «L’enfer dans ses profondeurs frémit à ton approche» (Is 14,9). Il a été frappé d’effroi parce qu’il a été réduit à rien ; il a été frappé d’effroi parce qu’il a été joué. Il a été frappé d’effroi parce qu’il a été mis à mort ; il a été frappé d’effroi parce qu’il a été anéanti. Il avait saisi un corps et il s’est trouvé devant un Dieu ; il avait pris de la terre et il a rencontré le ciel ; il s’était emparé de qui était visible et il est tombé à cause de l’invisible. «Mort, où est ta victoire ? Où est-il, ô mort, ton aiguillon ?» (1Co 15,55).
 
Christ est ressuscité et te voici terrassée. Christ est ressuscité et le prince de ce monde a été jeté dehors. Christ est ressuscité et les anges sont dans l’allégresse. Christ est ressuscité et voici que la Vie déploie son règne. Christ est ressuscité et il n’y a plus personne dans les tombeaux. Oui, Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis. À lui la gloire et la puissance, dans les siècles des siècles ! Amen.
 
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Méditons Pâques
en contemplant
quelques icônes typologiques:
 
 
 
1.La Descente aux limbes.
 
L'iconographie orientale ne représente pas le moment où le Christ sort du tombeau, mais elle le figure ressuscité, avec son Corps Glorieux, brisant les portes des enfers.
Le thème de cette icône est fixé dès le VIIIème siècle et son contenu renvoie à une tradition liturgique élaborée dès le IIème siècle.
 
Appellation:
- la Descente aux limbes
- le Relèvement (de la "chute"), Anastasis (nom grec)
- le Réveil
 
Fête:
Le dimanche de Pâques
 
Sources:
- Evangile apocryphe de Nicodème
- Hymne Acathiste
- Romanos le Mélode, Hymnes
- Jean Damascène, Homélies
- Cyrille de Jérusalem, Catéchèse
- Épiphane de Chypre et Eusèbe de Césarée, Sermons sur la Descente de Jésus-Christ aux Enfers.
 
Iconographie:
- le Christ avec la Croix
- Adam et Eve
- les âmes des justes.
 
<- La Descente aux enfers - seconde moitié du XVème siècle -Musée de Novgorod
 
Théologie des icônes:
La liturgie byzantine du dimanche de Pâques est très évocatrice, et elle reprend dans son déroulement le thème même de l'icône correspondante: l'église est fermée, plongée dans l'obscurité; le prêtre frappe à la porte, de l'extérieur, avec la croix, par trois fois, en disant: "Ouvrez les portes au Seigneur des puissances, au roi de gloire!"
A l'intérieur, le sacristain fait un grand bruit de chaînes et de ferrures, comme pour exprimer une certaine résistance, puis il ouvre.
On illumine alors l'église et on la parfume avec l'encens.
Au centre, sur le lutrin devant l'iconostase, est exposée l'icône de la Descente aux enfers ornée de fleurs.
Aux fidèles rassemblés dans la nuit pascale, cette icône montre Jésus, la croix à la main, qui brise et piétine les portes des enfers (clous, verrous, gonds provenant de celles-ci, jonchent le trou noir de l'enfer). Il arrache Adam aux ténèbres de la mort en le saisissant à pleine main; ce face-à-face du premier et du Nouvel Adam prend une signification particulière: l'icône rejoint la liturgie byzantine en mettant fortement l'accent sur le fait que la Résurrection du Christ annonce la Bonne Nouvelle de la résurrection des mortels. Cela explique le lien étroit entre la silhouette du Christ ressuscité et celle d'Adam qu'il emporte dans sa propre Résurrection; épuisé, parce que réveillé du sommeil de la mort (du péché), Adam contemple son libérateur d'un regard à la fois joyeux et empreint de fatigue. Il tend sa main restée libre dans un mouvement d'accueil et de prière. Également au premier plan,  Ève, agenouillée, lève respectueusement les mains couvertes par un pan de son vêtement. Derrière eux se pressent souvent Moïse, des justes du Premier Testament et des annonciateurs de la venue du Messie. Le Christ tient à la main un rouleau (le "chirographe", c'est-à-dire la liste des morts, ou "les ordonnances qui nous condamnaient et qui subsistait contre nous", Col 2,14, ou encore, au contraire, la Bonne Nouvelle, l'Évangile).
Un gouffre s'ouvre dans la terre - comme dans l'icône du Baptême du Christ et dans celle de la Crucifixion. Cette cavité obscure rappelle également celle où l'Enfant Jésus est déposé en langes dans l'icône de la Nativité. C'est qu'un lien profond unit les deux fêtes de la Nativité et de la Pâque.
- L'Enfant-Dieu naît mystiquement au cœur de l'Hadès: "Flambeau porteur de Lumière, la chair de Dieu sous terre dissipe les ténèbres de l'Hadès" clame la liturgie de la Nativité.
 
<- La Nativité du Christ - vers 1475 -provenant de Novgorod - Galerie du palais Leoni-Montanari, Vicence
 
- Écho répercuté aux matines du Grand Samedi (nom donné, dans les liturgies orientales, au "Samedi Saint" ): "Tu es descendu sur terre pour sauver Adam et ne l'y trouvant pas, ô Maître, Tu es allé le chercher jusque dans l'enfer".
La Nativité annonce ainsi la Résurrection, qu'elle contient déjà en quelque sorte. L'Enfant ne repose-t-il pas dans un tombeau (lui-même à l'intérieur d'un grotte obscure), emmailloté de bandelettes à la façon de Lazare, le mort "réveillé"?
- Image de l'enfer, la grotte ténébreuse se retrouve dans l'icône du Baptême de Jésus, où le Jourdain se transforme en tombeau liquide, élément du cosmos que son Corps purifie.
Le Baptême du Christ->
XVIème siècle - Kargopol (nord de la Russie) -Provenant du monastère Solovetski (iconostase de l'église de l'Annonciation) - Musée-réserve d'État "Kolomenskoïe", Moscou.
 
- La même grotte sombre est visible sous la Croix dans l'icône de la Crucifixion.
 
<- La Crucifixion - Mikhâïl Al-Dimachqi - première moitié du XVIIIème siècle - église grecque-orthodoxe de Deir Atiyeh, Syrie
 
• L'attente du Messie dont vibre tout le Premier Testament trouve son accomplissement dans l'Incarnation et la Résurrection: ces deux fêtes révèlent Dieu au cœur de notre histoire, et illuminent tout: "Ne crains rien, c'est Moi, le Premier et le Dernier, le Vivant. J'ai été mort; et voici, je suis vivant pour les siècles des siècles. Je tiens les clefs de la Mort et de l'Hadès" (Ap 1,17-18).
Comme dans l'icône, le Christ descend - si nous sommes prêts à l'accueillir - dans la profondeur de notre être, et nous arrache aux ténèbres. L'intégration au Crucifié-Ressuscité implique toutefois d'être "ensevelis avec lui par le baptême en sa mort" (Col 2,12) - d'où le rite ancien de l'immersion - afin de ressusciter en Lui d'entre les les morts.
 
 
La Descente aux enfers ->
École de Pskov - XVIème siècle - galerie Tretiakov, Moscou
 
 
 
 
 
 
 
 
<- La Descente aux limbes - atelier de Maître Denis - 1502-1503 - provenant de l'église de la Nativité, à Ferapontov - Musée russe, Saint-Petersbourg
 
Trois anges adorent la Sainte Croix, qui indique l'axe de symétrie de a composition, et donne la clef de lecture de l'icône: le sacrifice du Christ a ouvert les portes des enfers.
 
Le Christ se dresse, victorieux et resplendissant, sur les portes brisées des enfers. Saisissant Adam et Ève par le poignet, il les fait sortir du tombeau. Derrière eux se pressent les rois, les prophètes et les justes: on distingue à gauche David et Salomon, la tête ceinte d'une couronne; à droite, Jean le Baptiste, auréolé, serrant un rouleau dans sa main et Noé portant une maquette de l'arche qui le sauva du déluge (cf. 1P 13,20).
 
Dans les limbes, les figures vêtues de blanc figurent les âmes des justes qui attendent d'être libérés et lèvent les mains, comme tous les autres personnages, en signe de confiance.
Deux anges ligotent Satan, vaincu.
À l'arrière-plan, les diables, chacun désigné par le nom d'un vice, sont transpercés par les lances des anges, figurés dans la sphère bleutée entourant le Christ, et qui tiennent chacun une petite boule blanche où est inscrit le nom d'une vertu. On relève ainsi quelques "couples" vice/vertu: rébellion/docilité, vanité/humilité, obscénité/pureté, découragement/joie.
 
 
 
 
 
La Descente aux enfers ->
1537 - fresque - monastère de Moldovitsa, Moldavie - Roumanie
 
 
 
 
Texte: "Sa chair fut jetée comme un appât dans les bras de la mort, afin que le dragon infernal - qui espérait le dévorer - soit au contraire obligé de vomir aussi ceux qu'il avait déjà dévorés." (saint Jean Damascène).
 
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2. Les Myrrophores
 
La tristesse des Saintes Femmes qui apportaient des aromates (d'où leur nom de "myrrophores" = qui portent la myrrhe, les parfums) se changea en la joie d'être - les premières - les témoins et les annonciatrices de la résurrection du Christ.
 
Appellations:
- les myrrophores; la nouvelle de la Résurrection
- les Saintes Femmes au sépulcre avec des aromates
- Noli me tangere ("Ne me touche pas")
 
Fête:
Le deuxième dimanche de Pâques; l'Eglise russe célèbre les Myrrophores la troisième semaine après les Pâques.
 
Sources:
- Mt 28,1-7
- Mc 16,1-10
- Lc 24,1-10
- Jn 20,1-17
 
Iconographie:
- les Saintes Femmes (Marie de Magdala, Marie de Cléophas, Marie Salomé)
- l'ange assis sur la pierre qui fermait le sépulcre
- le Christ ressuscité avec Marie de Magdala.
 
 
<- Les myrrhophores - Kargopol (nord de la Russie)- fin du XVIème siècle - provenant du monastère Solovetski; se trouvait dans l'iconostase de l'église de l'Annonciation - Musée-réserve d'État Kolomienskoïe, Moscou.
 
Au premier plan, le sarcophage avec les linges du Christ. Devant le tombeau, l'ange est assis sur une pierre ronde. A sa droite, le groupe des Saintes Femmes tenant des vases de parfums et de baumes dans leurs mains.
A l'arrière-plan,deux montagnes creusées de sombres cavernes sont séparées par les murailles de Jérusalem.
 
Théologie des icônes:
• Le lendemain de la Pâque, premier jour de la semaine après le shabbat, quelques Saintes Femmes apportent des onguents au tombeau du Christ. Ce thème est déjà présent dans l'art paléochrétien; son schéma iconographique se précise aux XI-XIIèmes siècles, et son icône devient au XVème siècle partie intégrante du registre (=niveau) des grandes fêtes de l'iconostase, le "Dodekaorton".
• Les Évangiles ne précisent pas le nombre des Saintes Femmes mais en général les icônes représentent Marie de Magdala, Marie de Cléophas, et Marie Salomé. Elles virent au tombeau "deux hommes aux vêtements éblouissants" (Lc 24,4) ou "un jeune homme vêtu d'une robe blanche" (Mc 16,5) ou encore "un ange descendu du ciel" (Mt 28,2). L'apparition de cet ange qui a "l'aspect de l'éclair" et dont la robe est "blanche comme la neige", assis sur la pierre qu'il a roulée de l'entrée du sépulcre, est narrée comme une véritable théophanie: précédée d'un tremblement de terre, elle terrasse les gardes "comme morts", et effraie les Saintes Femmes. Mais l'ange les rassure: "Ne craignez point [...] Il est ressuscité, il n'est pas ici [...] il vous précède en Galilée" (Mc 16, 6-7).
• Jean est le seul à raconter (Jn 20, 11-18) l'épisode qui a inspiré l'iconographie - beaucoup plus répandue en Occident - du Noli me tangere: Marie de Magdala, qui est la première à voir le Ressuscité, le prend d'abord pour le jardinier ou le gardien du sépulcre.
 
 
 
Noli me tangere ->
Crète - XVIème siècle - musée des Icônes, Dubrovnik
 
A l'arrière-plan, le tombeau de porphyre et les linges, dans la grotte sombre d'une montagne. Mais sur le tombeau vide pousse un olivier - qui indique la victoire de la vie sur la mort.
La prairie émaillée de fleurs du premier plan représente le jardin du paradis.
 
Enveloppé d'un chitôn resplendissant, le corps du Christ, transfiguré par la lumière de la Résurrection, est marqué des plaies de la Passion: la blessure au côté, les trous des clous dans les mains et sur les pieds. 
Jésus montre sa main droite à Marie de Magdala et porte dans la main gauche un chirographe (rouleau où est inscrite la liste des morts arrachés aux enfers).
 
Accablée de douleur, Marie de Magdala porte un ample manteau rouge.
Mais elle reconnaît Jésus en celui qu'elle avait d'abord pris pour le jardinier. Elle tend les mains pour le retenir, mais il la quitte aussitôt: "Ne me retiens pass ainsi, car je ne suis pas encore remonté vers le Père" (Jn 20,17).
 
Texte: "Ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l'ont mis." (Jn 20,13).

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