Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven
Un correspondant m'ayant posé des questions sur le Zohar, je vais m'efforcer ici d'y répondre - le plus clairement possible, je l'espère!... A mes amis Juifs et / ou hébraïstes et / ou Kabbalistes de me corriger...




Le Zohar -ספר הזהר


«Quand les hommes de prière proclament l'Unité du Saint Nom avec amour et révérence, les murailles ténébreuses de la terre se fendent en deux et la face du Roi céleste se révèle, illuminant l'univers» (Zohar).



1. Le mot זהרzohar, qui signifie "éclat lumineux", ne se trouve que deux fois dans la Bible : en Ez 8,2 et en Dn 12,3


2. Leספר הזהרSefer HaZohar"Livre de la Splendeur", plus communément appelé Zohar, est un des ouvrages majeurs de la Kabbale. Rédigé en araméen, mais un araméen assez différent de celui du Talmud, c’est une œuvre théosophique d'exégèse ésotérique et mystique de la Torah ou Pentateuque (voir à cette page).

La diffusion du Zohar à partir du XIIIème siècle a beaucoup contribué au développement de différentes variations de la Kabbale durant le Moyen-Age et la Renaissance.

C'est à partir du XVIème siècle que le Livre du Zohar est apparu dans des éditions imprimées ; c’est alors qu'est arrivé un kabbaliste qui a expliqué les fondements de la Kabbale - le Ari, Rabbi Isaac Louria (1534-1572). Le Ari déclara qu'à partir de son époque, la sagesse de la Kabbale était prête à s'ouvrir à toute personne intéressée.


2.1.La paternité de l'ouvrage est discutée:

2.1.1. Attribution à rabbi Siméon ben Yohaï (fin du Ier et début du IIème siècles).
Selon le Midrash (voir note ****** en cliquant ici), les élèves de rabbi Akiva se répartirent la responsabilité des différentes parties de la Torah, et rabbi Siméon ben Yohaï prit la responsabilité de la doctrine secrète. Il écrivit l'ouvrage avec ses neuf élèves dans la grotte de Idra Rabba, comme rédigé dans le Zohar : «C’est ainsi que je fixe les choses, Rabbi Abba notera, et Rabbi Eliezer, mon fils, enseignera oralement, et le reste des amis s'exprimeront dans leur cœur… » (Livre du Zohar, Parashat HaAzenou - voir plus bas).
Puis immédiatement après sa rédaction, le Sefer HaZohar est dissimulé. Selon la légende, l'ouvrage quitte sa grotte au XIIème siècle, avec la caravane d'un marchand qui, en découvrant les parchemins, les utilise pour envelopper les épices qu'il transporte ; ainsi le Zohar se retrouve-t-il en Espagne. Moïse ben Chem Tov de León découvre les manuscrits sur le marché et rassemble ce qu'il trouve. À sa mort, sa femme vend les livres de son mari pour subvenir à ses besoins, y compris le Zohar, qui fut ainsi révélé au monde.

2.1.2.Attribution à Moïse ben Chem Tov de León ou à un autre membre de l'Ecole théosophique castillane à laquelle il appartenait. Cet ouvrage assez volumineux (environ deux mille pages), reflète en effet les conceptions des cabalistes espagnols du XIIIe siècle appartenant au courant théosophique et théurgique, par opposition aux cabalistes prophétiques et extatiques (suivant la classification mise en vogue par Moshé Idel).
Pour conclure le problème de paternité de l'ouvrage, on peut citer le Baal HaSoulam, qui (au début du 20ème siècle, il rédige le Peroush HaSoulam, commentaire sur le livre du Zohar, ainsi que différentes introductions, visant à permettre sa compréhension aux générations à venir) dit que « l'importance et la profondeur du livre du Zohar sont tels qu'ils éclipsent l'importance de l'auteur, que ce soit Moïse de León, ou Siméon ben Yohaï ou bien les Prophètes eux-mêmes, car le contenu du livre est tellement important ! »


2.2. La méthode du Zohar est indiquée dans ce passage :
« Malheur à celui qui croit que la Torah ne contient que des récits communs et des paroles ordinaires car, s’il en était ainsi, nous pourrions encore de notre temps composer une loi beaucoup plus admirable… Il est évident que dans chaque parole gît un mystère profond et les mondes inférieur et supérieur sont pesés sur la même balance (c'est-à-dire : tout ce qui vient d’en haut doit tout d’abord, pour devenir accessible, revêtir une enveloppe mortelle). Les anges envoyés sur la terre n’ont-ils pas pu prendre des vêtements humains (autrement ce monde n’aurait pas pu les recevoir) ? Comment alors la Sainte Torah, laquelle est tout entière destinée à notre usage, pourrait-elle se passer de vêtements ? Eh bien ! Les récits sont le vêtement… Il y a des hommes qui, lorsqu’ils voient un de leurs semblables bien vêtu, se contentent de cette vue et prennent le vêtement pour le corps. À plus forte raison ne recherchent-ils pas et n’apprécient-ils pas l’âme qui est encore supérieure au corps. Il en est ainsi pour la Loi divine : les récits constituent son vêtement, la morale qui en ressort est son corps, enfin le sens caché, mystérieux est son âme… Les simples ne prennent garde qu’au vêtement et ne voient pas ce qui est en dessous. Ceux qui sont supérieurs cherchent le corps. Les sages et les initiés, au service du Roi d’en-haut, ne considèrent que l’âme qui est la racine de toute loi. De même aussi pour les choses d’en haut, il y a un vêtement, un corps et une âme. L’âme des choses est ce qui se rapporte au ciel… »


2.3. Les traductions en français du Zohar
Il n'y en a que deux, l'une est la traduction de Jean de Pauly, qui est elle-même la traduction de la traduction en latin par Pic de La Mirandole. Cette traduction, établie à la fin du XIX siècle, ne fut publiée qu’après la mort de Pauly, au début du XX siècle. Cette traduction est assez controversée, néanmoins elle fut longtemps la seule traduction disponible.
La seconde est celle de Charles Mopsik*, universitaire de renom, auquel nous devons une traduction plus récente et plus académique :
Le Zohar, traduction de l’araméen, introduction et notes, Lagrasse, Verdier, 1981-2000, 7 vol. (Genèse : Tomes I à IV ; Le livre de Ruth ; Cantique des Cantiques ; Lamentations).


2.4. Présentation du Zohar par Charles Mopsik.
"L'autorité et le prestige de ce livre qui se présente comme un commentaire (midrach) sur le Pentateuque et sur les cinq Rouleaux (en fait seulement du Cantique des Cantiques, de Ruth, des Lamentations) furent si grands qu'il devint la Bible de la kabbale.
Regardé comme un Livre saint du judaïsme, il passionna de nombreux érudits chrétiens de la Renaissance qui crurent y découvrir l'enseignement adamique primordial qui inspira la philosophie de Platon et les religions monothéistes. Œuvre littéraire composite, puisqu'il comprend, outre le commentaire biblique, une série de traités (Livre du mystère, Grande et Petite Assemblée, Midrach ésotérique, Secrets des Lettres, Secret des secrets sur la physiognomonie, etc.), il est écrit dans un style assez inégal, mais qui est souvent celui de l'emphase mystique, de la poésie religieuse la plus élevée, de l'exaltation devant les mystères de l'univers.
Son contenu doctrinal et philosophique est une sorte de néoplatonisme adapté à la tradition rabbinique, transformé, parfois renversé, pour qu'il serve à la description des dix sefirot, les degrés de manifestation de la divinité, qui sont perçues comme des réalités vivantes et parfois dotées d'une certaine personnalité. Les événements relatés par l'histoire biblique sont interprétés comme les symboles d'événements ayant lieu dans le monde divin, et les personnages de l'histoire sainte deviennent des figures quasi mythiques.
Cette théosophie complexe et riche, dans laquelle domine la peinture de structures intradivines bipolaires masculines et féminines et de leurs relations, est liée à une conception de la pratique religieuse qui lui prête un pouvoir théurgique immense.
Ainsi, le juste, figure idéale de l'homme pieux et fidèle, est capable par son action ici-bas et ses prières, d'unifier les composantes du monde divin (les sefirot), d'éveiller les puissances divines et de les renforcer, de changer le cours des choses, aussi bien en Dieu même que dans les régions inférieures du cosmos. Mais le Dieu qui se révèle dans ses sefirot n'est que l'émanation d'un principe caché et indicible appelé Eyn Sof(Infini), qui demeure hors de portée des croyances et des pensées, et dont la surabondance nourrit d'être tous les univers qui n'existent que parce qu'il épanche en eux ses influx vivifiants."


2.5. Le livre du Zohar avertit:
« Sache et enseigne à tous que là où l’on trouve dans ce livre des termes comme «goï» (en hébreu non juif, d'une autre religion), nations, etc., il s'agit toujours des peuples de l'Antiquité que la lumière de la foi et de l'enseignement n'avait pas touchés, qui n'avaient pas la connaissance du Créateur et n'étaient pas tournés vers Lui. A notre époque les peuples du monde, les nations, reconnaissent la Torah et la considèrent comme fondement, Moïse est un prophète, leur profession de foi est basée sur les principes de la Torah. Il est interdit de dire, d'écrire et de penser à mal d'eux.
Le livre du Zohar, tout comme la Torah dans son ensemble, ne parle que de la création qu'est l'homme et de sa relation avec le divin.
Tous les attributs intrinsèques de l'homme sont désignés par la Torah au moyen de dénominations de notre monde:
-         l'aspiration orientée vers le Créateur est désignée par le terme «Israël» ;
-         l'aspiration à la satisfaction personnelle des désirs est désignée par le terme «nations»**.
Il n'y a aucun lien entre ces dénominations de la Torah et les Juifs et autres peuples de notre monde. »

« Quand l'homme élève son intériorité à partir d'Israël, l'Israël qui est en lui, au-dessus de l'extériorité, les peuples des nations en lui, autrement dit :
qu'il dédie principalement ses efforts à l'élévation et au renforcement de son intériorité pour le bien de son âme et qu'il utilise ses forces restantes pour l'existence des peuples des nations en lui, autrement dit pour les besoins de son corps,
alors, comme il est dit, il fait de la Torah son activité permanente, et de sa spécialité professionnelle une activité secondaire, autrement dit, il place sa progression spirituelle, sa réparation, l'étude de la Kabbale comme outil pour la connaissance du divin, comme but de sa vie. »


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Notes:
* Charles Mopsik, né en 1956 et mort le 13 juin 2003 (13 sivan 5763); il existe une "Association Charles Mopsik" fondée après sa mort.
** Ce que les chrétiens appellent "le monde".

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