Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven
(Sur le Temps liturgique de Noël-Epiphanie, voir cette page).


25 décembre






Nativité du Seigneur
Années A B C




<- "L'adoration des bergers", Domenikos Theotokopuolos, dit "El Greco" (v.1614) - Musée du Prado, Madrid.




3. Messe de l'Aurore.

Après les chants qui ont retenti dans la nuit à l'invitation et à l'exemple des anges, voici, avec Marie, le temps de la méditation silencieuse devant l'Enfant. Invraisemblable bonté et miséricorde de Dieu pour les hommes qui ne peuvent se prévaloir d'aucun mérite: nous voici devenus justes et promis à l'héritage de la vie éternelle par la grâce du baptême et le don de l'Esprit!


Les Textes   

• Première Lecture :  

• Is 62,11-12

Dans l'Enfant le peuple des croyants reconnaît le Sauveur promis, la Parole, le Verbe par qui Dieu nous parle, en ces temps que nous vivons.

Remarques:

Verset 11.
הנה ישׁעך בא הנה שׂכרו אתו ופעלתו לפניו - Voici, ton sauveur arrive; Voici, le salaire est avec lui, Et les rétributions le précèdent: comparer à Is 40,10:
הנה אדני יהוה בחזק יבוא וזרעו משׁלה לו הנה שׂכרו אתו ופעלתו לפניו׃
"Voici, le Seigneur, YHWH vient avec puissance,
Et de son bras il commande;
Voici, le salaire est avec lui,
Et les rétributions le précèdent."
Réminiscence de ce passage en Ap 22,12:"Voici, je viens bientôt, et ma rétribution est avec moi, pour rendre à chacun selon ce qu'est son oeuvre."

Verset 12.
עם־הקדשׁ - peuple saint: voir Ex 19,6.
ולך יקרא דרושׁה עיר לא נעזבה - Et toi, on t'appellera recherchée, ville non délaissée: comparer avec Is 62,4.


• Psaume :  

• Ps 97 / 96, 1;6;11-12

Lumière dans la nuit, semence au cœur de la terre, aurore d'espérance.

Sur ce psaume:
Ce psaume fait partie des psaumes dits "chants du Règne" (Ps 93; 96-99); ils célèbrent la royauté éternelle, universelle et invincible d'YHWH - affirmation fondamentale de la foi juive.
Celui-ci, même s'il est proche du Ps 96, souligne plus que lui les sorts différents des idolâtres et des croyants qu'implique la royauté universelle de YHWH.

Remarque:

Verset 1.
איים - les îles: littéralement, le mot hébreu אי'îy (sur la même racine que le verbe אוה 'âvâh - désirer) désigne tout lieu "désirable" car habitable; puis une bande côtière, un lieu non inondable, une île, etc. Ce psaume, comme le précédent, a donc un caractère universel.


• Deuxième Lecture :  

• Tt 3,4-7

Naître à une vie nouvelle dans l'Esprit, recevoir en espérance l'héritage des fils: quel merveilleux cadeau de Noël offert par Dieu!

Remarques:

Verset 4.
ὅτε - Lorsque: la traduction liturgique omet cette conjonction - ce qui dénature le sens et la structure de la phrase, puisque le début du verset 5 est la proposition principale: "Lorsque la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes ont été manifestés, il nous a sauvés".

Verset 5.
οὐκ ἐξ ἔργων τῶν ἐν δικαιοσύνῃ ὧν ἐποιήσαμεν ἡμεῖς, ἀλλὰ κατὰ τὸν αὐτοῦ ἔλεον - non à cause des œuvres de justice que nous aurions faites, mais selon sa miséricorde: le Salut est une œuvre de Dieu, reposant sur sa bonté et son amour (sur "sa grâce" au verset 7).
διὰ λουτροῦ παλιγγενεσίας - par le bain de régénération: littéralement "le bain de la nouvelle naissance, de la re-naissance". L'image du bain décrit une purification spirituelle (cf. l'importance du Miqvé, bain rituel de purification dans le rituel juif), opérée par l'Esprit Saint: "διὰ  [...] ἀνακαινώσεως Πνεύματος ῾Αγίου - par le renouvellement du Saint Esprit".
La "purification" est la mort par rapport au péché, que symbolise aussi le baptême (cf. Rm 6,4-14).

Verset 6.
ἐξέχεεν ἐφ᾿ ἡμᾶς πλουσίως - il a répandu sur nous avec abondance: la vie chrétienne est, du commencement à la fin, une vie conduite par l'Esprit.
Comparer à Jl 3,1-2 et à Ac 2,17-18.
• οὗ ἐξέχεεν [...] διὰ ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ - qu'il a répandu [...] par Jésus Christ: dans ce verset, on peut noter l'évocation de la Trinité:
- οὗ - qu(e): pronom relatif dont l'antécédent est "Πνεύματος ῾Αγίου - du Saint Esprit", au verset 5; la traduction liturgique explicite en remplaçant le système {principale avec antécédent + subordonnée relative} par deux indépendantes, et le relatif par la reprise de l'antécédent: "Cet Esprit".
- ἐξέχεεν il a répandu: verbe dont le sujet (non exprimé en grec par un pronom, mais uniquement par la désinence) est "Dieu [le Père]"  annoncé au verset 4; la traduction liturgique l'explicite également.
- διὰ ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ par Jésus Christ.
-> "Le Père répand son Esprit par le Fils".


• Evangile :  

• Lc 2,15-20

Joie débordante des bergers, silence de Marie; bruyantes actions de grâce des pauvres émerveillés, murmure du "Magnificat"; chants communs de la liturgie, méditation et contemplation dans le secret de l'oratoire intérieur: puissions-nous apprendre, auprès de la crèche, à unir ces diverses approches du mystère!

Remarques:

Verset 16.
τὸ βρέφος κείμενον ἐν τῇ φάτνῃ - le petit enfant couché dans la mangeoire: ce qui confirme la véracité des propos de l'ange, au verset 12. Pour la mangeoire, voir photo à cette page(sur Lc 2,1-14).

Versets 17-19.
Dans ces trois versets, trois attitudes bien différentes face à la Bonne Nouvelle: la Méditation priante de Marie, l'apostolat des bergers, et le scepticisme de bon nombre des auditeurs de ces derniers.

Verset 17.
διεγνώρισαν - ils racontèrent: les bergers sont donc les premiers témoins-évangélistes: ils transmettent ce qui leur a été dit ("περὶ τοῦ ῥήματος τοῦ λαληθέντος αὐτοῖς περὶ τοῦ παιδίου τούτου - ce qui leur avait été dit au sujet de ce petit enfant"), et ce qu'ils ont vu ("ἰδόντες - Après l'avoir vu").

Verset 18.
πάντες οἱ ἀκούσαντες ἐθαύμασαν - Tous ceux qui les entendirent furent dans l'étonnement: cet "étonnement" des auditeurs ne garantit certes pas leur compréhension, non plus que leur foi.

Verset 19.
ἡ δὲ Μαριὰμ πάντα συνετήρει τὰ ῥήματα ταῦτα συμβάλλουσα ἐν τῇ καρδίᾳ αὐτῆς - Marie gardait toutes ces choses, et les repassait dans son cœur: Marie prend le temps de la méditation pour mesurer la portée des événements.

Verset 20.
αἰνοῦντες τὸν Θεὸν -  louant Dieu: les bergers ont entendu, vu et cru. "Louant Dieu": voir Lc 1,64; 2,13;28; 5,25-26; 7,16; 13,13; 17,15;18; 18,43; 19,37; 23,47; 24,53.
______________________________________

4. Messe du Jour.

Le Fils éternel du Père s'est fait homme; le Verbe par qui tout fut créé a pris chair de notre chair; celui qui habite les cieux a établi sa demeure sur notre terre: "vraie lumière" venue dans le monde, il conduit à connaître "Dieu que personne n'a jamais vu": c'est le mystère de l'Incarnation que célèbre, dans une joie contenue et dans l'action de grâce, la messe du jour de Noël.

Les Textes   

• Première Lecture :  

• Is 52,7-10

Un oracle en forme de poème au lyrisme entraînant.

Remarques:

Verset 7.
רגלי מבשׂר - Les pieds de celui qui apporte les nouvelles: lors des batailles, des hommes étaient chargés d'informer le roi et le peuple de leur issue (voir par ex., dans l'Histoire, le "messager de Marathon"; dans la Bible, 2S 18,26). Suivant l'interprétation que l'on donne aux versets 6-10 (l'Eternel manifeste sa puissance aux yeux de tous en ramenant son peuple d'exil; ou le prophète a une vision plus lointaine, messianique voire eschatologique), il peut s'agir ici
- des sentinelles de Jérusalem informant la ville du retour des exilés;
- des prophètes qui annoncent le règne messianique et la venue de YHWH prenant la tête du "nouvel exode" et apportant le Salut à son peuple (cf. verset 8). Comparer: Na 2,1.
מלך אלהיך- ton Dieu règne: la délivrance et le salut accordés à son peuple manifestent que Dieu règne (voir Ps 93,1, et la note sur les "Psaumes du Règne" à cette page).

Verset 8.
בשׁוב יהוה ציון - YHWH ramène Sion:
- Le verbe שׁוּב shûb signifie "retourner" - transitivement ou intransitivement, au sens propre ou au sens figuré.
- On sait en outre que l'"inaccompli" hébreu peut être traduit en français par le présent ou le futur.
-> Les traductions de cette phrase varient donc grandement: YHWH "revient à Sion" (B.J. et trad. liturgique) ou "retourne dans Sion" (Semeur), "ramène Sion" (L.Segond, Ostervald) ou "ramènera Sion" (Martin), "restaurera Sion" (Darby)
- Le texte de Qumrân ajoute "avec amour".

Verset 10.
חשׂף יהוה את־זרוע קדשׁו - YHWH montre le bras de sa sainteté: le bras d'YHWH, qui évoque la puissance de son intervention, est souvent associé au salut du peuple (voir Ex 6,6; Is 51,9 et cette page).


• Psaume :  

• Ps 98 / 97, 1-6

Victoire de la vie sur la mort. Amour plus fort que la haine.

Remarques:
Ce psaume fait partie des psaumes dits "chants du Règne" (Ps 93; 96-99); ils célèbrent la royauté éternelle, universelle et invincible d'YHWH - affirmation fondamentale de la foi juive.
Celui-ci exhorte à l'adoration universelle d'YHWH, le grand Roi.

Verset 1.
שׁירו ליהוה שׁיר - Chantez à YHWH un cantique: "accusatif d'objet interne" puisque le premier terme שׁירו shîyrou vient du verbe-racine שׁיר shîyr  (qui signifie "chanter") et a pour complément d'objet le substantif שׁיר shîyr  (qui signifie "un chant"), exactement semblable au verbe-racine.
שׁיר חדשׁ - un cantique nouveau: expression fréquemment utilisée, ailleurs dans les psaumes (Ps 33,3; 40,4; 96,1; 144,9; 149,1) et dans tout le Premier Testament (par ex. Is 42,10) pour désigner la réponse humaine d'action de grâce à l'œuvre divine de libération.

Verset 2.
• הודיע יהוה ישׁועתו לעיני הגוים גלה צדקתו - YHWH a manifesté son salut, Il a révélé sa justice aux yeux des nations:
- soit en sauvant son peuple de la main de ceux qui l'opprimaient, ce qui constitue un témoignage envers "הגוים 'ha gôyim - les goïm, les non-juifs = les nations";
- soit en faisant bénéficier les nations du Salut accordé à son peuple: la portée universelle du Salut serait alors soulignée (comparer à Is 52,10).

Verset 3.
חסדו ואמונתו - sa bonté et sa fidélité: "paire figée"; les quatre termes
"חסד־ואמת - צדק ושׁלום - justice et paix, bonté et fidélité" (voir Ps 85,11) permettent aux psalmistes évoquer l'œuvre de Salut du Seigneur; les deux termes חסד khêsêd et אמוּנה 'ĕmûnâh (ce dernier employé ici au pluriel emphatique) apparaissent en particulier très souvent dans les psaumes (Ps 40,12; 117,2;...).

Verset 4.
פצחו ורננו וזמרו - Faites éclater votre allégresse, et jouez: les deux premiers verbes "פּצח pâtsakh" et "רנן rânan" signifient "pousser des cris de joie": ils se renforcent l'un l'autre (procédé typique en rhétorique - et tout particulièrement en hymnographie - sémitique) et ne devraient donc pas être traduits de façon distincte; le troisième "זמר zâmar" signifie littéralement "frapper du doigt", ce qui peut s'appliquer aux instruments de musique à cordes frappées (voire pincées) ou à percussion manuelle (tambourin): voir le verset 5. Le chant des psaumes était accompagné d'instruments (qui sont parfois précisés dans la suscription).

Verset 6.
בחצצרות וקול שׁופר - Avec les trompettes et au son du shofar:
- le substantif  "חצצרהkhătsôtserâh - trompette" vient, par redoublement, du verbe-racine "חצר"khâtsar - entourer, encercler"; ce verbe, dans ses formes redoublées "חצרר chătsôrêr" et " חצצר khătsôtsêr" signifie "entourer du son de la trompette";
- sur le "שׁופר shôphâr", voir cette page.

 Un shofar ->
La "חצצרה trompette" droite, en argent, était seulement utilisée par les prêtres; c'est ici la seule mention qui en est faite dans les psaumes.
Le "שׁופר shofar" est, de nos jours encore, fait d'une corne de bélier.
Trompettes, shofars et clameurs retentissaient lors des cérémonies religieuses (cf. Nb 29,1).


• Deuxième Lecture :  

• Hé 1,1-6

Contrairement aux idoles muettes, Dieu parle. Pendant longtemps, il a eu recours à des intermédiaires. "Dans ces jours où nous sommes", il a envoyé dans le monde son propre Verbe, "expression parfaite de son être", de son dessein et de sa volonté.

Remarques:

Verset 1.
τοῖς πατράσιν- à nos pères: c'est-à-dire au peuple juif des générations passées, dont les chrétiens se considèrent comme les héritiers.
ἐν τοῖς προφήταις - par les prophètes: le mot est ici à prendre au sens large et désigne tous ceux par qui Dieu s'est manifesté dans le Premier Testament.

Verset 2.
ἐπ᾿ ἐσχάτου τῶν ἡμερῶν τούτων- dans ces temps qui sont les derniers: c'est-à-dire la période finale de l'histoire qu'a inaugurée la venue du Christ; voir 1Co 10,11.
κληρονόμον πάντων- héritier de toutes choses: en tant qu'héritier,
- il succède à tous les prophètes et accomplit leur message;
- il possède et domine tout ce qu'il a créé (voir Ps 2,7-8).
καὶ τοὺς αἰῶνας ἐποίησεν- il a aussi créé le monde: comparer Pr 8, 22-31; Jn 1,1-3; Col 1,16.

Verset 3.
χαρακτὴρ τῆς ὑποστάσεως αὐτοῦ- l'empreinte de sa personne: le mot "χαρακτήρ charaktēr" désigne le "signe gravé", l' "empreinte"; il souligne la correspondance parfaite qui existe entre le Fils et l'être même de Dieu.

<- Dans la plupart des représentations occidentales de la Trinité, le Père et le Fils ont le même visage, l'Esprit étant représenté par une colombe; quant à sa représentation iconographique, elle se fonde sur le thème de "l'hospitalité d'Abraham" avec ses "trois personnages semblables" ->

D'où la supériorité de cette révélation dernière sur celles d'autrefois, évoquées au verset 1.
φέρων τὰ πάντα- soutenant toutes choses: voir Col 1,17.
καθαρισμὸν τῶν ἁμαρτιῶν ἡμῶν- la purification des péchés: cette idée sera développée plus loin, en Hé 7 par ex., où le Fils est présenté comme le grand-prêtre par excellence. 
ἐν δεξιᾷ τῆς μεγαλωσύνης - à la droite de la majesté divine:
- le terme μεγαλωσύνη megalôsunê a pour sens premier "grandeur, majesté", et pour sens dérivé "divinité", voire "Dieu" lui-même;
- être "à la droite de quelqu'un" est une position d'honneur; être "à la droite de Dieu" est donc une position d'immense honneur et d'autorité (comparer à Ps 110,1, texte très souvent cité en ).

Verset 4.
τῶν ἀγγέλων - aux anges
- "ἄγγελος an'gelos", dérivé du verbe "ἀγγέλλω an'gellō  - annoncer" désigne d'abord tout messager; la traduction-transcription "ange" est seconde.
- Les "anges" occupaient une grande place dans le judaïsme du Ier siècle (sans doute sous l'influence des civilisations proche-orientales de l'époque), qui les avait hiérarchisés et classés. Proches de YHWH, ils reçoivent de lui des missions précises et importantes; on considère par exemple qu'ils ont participé au don par Dieu de la Loi (Hé 2,2 reprend cette idée).
- Dans (voir par ex. Hé 1,14), c'est particulièrement leur rôle en faveur des croyants qui est mis en avant: ils sont présents à toutes les étapes de l'accomplissement du plan de Salut divin. En établissant ici la supériorité du Fils sur les anges, l'auteur de l'épître établit du même coup sa supériorité sur la Loi.
ὄνομα - un nom: ne pas oublier que "השׁם haShêm - le Nom" est l'une des appellations utilisées en hébreu pour désigner YHWH sans prononcer le nom divin; ce "ὄνομα - nom" est donc par définition "διαφορώτερον παρ᾿ αὐτοὺς - plus excellent que le leur", puisque c'est "השׁם haShêm - le Nom" divin.

Verset 5.
υἱός μου εἶ σύ, ἐγὼ σήμερον γεγέννηκά σε - Tu es mon Fils, Je t'ai engendré aujourd'hui: citation littérale de la traduction grecque du Ps 2,7:
בני אתה אני היום ילדתיך׃
LXX: Υἱός μου εἶ σύ, ἐγὼ σήμερον γεγέννηκά σε.
C'est la formule d'intronisation du Messie-Roi (rappel: dans les civilisations Proche-Orientales anciennes, le roi devient le fils adoptif d'un dieu, ce qui le divinise à partir de son intronisation; dans la Bible, le roi devient le fils adoptif d'YHWH, le Dieu unique; mais s'agissant du Christ, il est de tout temps le Fils de Dieu).
ἐγὼ ἔσομαι αὐτῷ εἰς πατέρα, καὶ αὐτὸς ἔσται μοι εἰς υἱόν - Je serai pour lui un père, et il sera pour moi un fils: citation littérale de la traduction grecque de 2S 7,14:
אני אהיה־לו לאב והוא יהיה־לי לבן
LXX: ἐγὼ ἔσομαι αὐτῷ εἰς πατέρα, καὶ αὐτὸς ἔσται μοι εἰς υἱόν.
La promesse faite à David et à sa descendance (un règne éternel) avait une portée qui dépassait de toute évidence la succession normale des rois issus de David. Le peuple juif y avait donc vu la promesse de la venue d'un Roi différent des autres, le Messie, en qui s'accomplirait cette prophétie (cf. Ez 34,23-24).

Verset 6.
τὸν πρωτότοκον - le premier-né: voir Col 1,15; dans le Premier Testament, "בּכור bekôr - premier-né, aîné" est le titre porté par celui qui a le plus haut rang: le roi d'Israël portait ainsi le titre de "fils premier-né de Dieu", ce qui signifiait "le plus élevé des rois de la terre".
προσκυνησάτωσαν αὐτῷ πάντες ἄγγελοι Θεοῦ - Que tous les anges de Dieu se prosternent devant lui: voir Ps 97,7; et surtout citation presque littérale de la glose grecque (ou d'un passage hébreu perdu) en LXX de Dt 32,43:
ἐνισχυσάτωσαν αὐτῷ πάντες ἄγγελοι θεοῦ.
Cette application au Fils de paroles adressées à Dieu dans le Premier Testament révèle son rang divin et son unité avec le Père.

• Evangile : 

• Jn 1,1-18

La première page de l'Evangile selon saint Jean a le style, sobre et solennel à la fois, d'une grande hymne liturgique. Elle fait songer à l'ouverture d'une symphonie qui énoncerait les thèmes développés par la suite en de multiples variations au contrepoint subtil.
La réalité de l'incarnation de Dieu en son Fils est au centre de cette vigoureuse entrée en matière du IVème évangile.
Le Verbe fait chair est la révélation du Père, de son Amour.
Le recevoir, croire en lui, c'est recevoir la Vie éternelle.

Remarques:
Sur cette péricope: L'évangile de Jean ne commence pas par les scènes de la Nativité (comme ceux de Matthieu et Luc), ou du ministère de Jésus (comme celui de Marc); pas non plus de généalogie (comme chez Matthieu et Luc) remontant à Abraham, voire à Adam. Mais, au moyen d'une construction très travaillée, reposant en particulier sur plusieurs parallélismes, il dévoile les relations éternelles du Père et du "Λόγος Logos - Verbe-Fils" (versets 1-2 // v.18).
Créateur, vie et lumière (vv.3-5), le Fils Révélateur, grâce et vérité, nous a comblés de richesses que la Loi ne pouvait donner (vv.16-17). Jean le Précurseur en a été le témoin devant les hommes (vv.6-8 // v.15). Car la lumière est venue dans le monde (vv.9-10) pour y faire resplendir la gloire de Dieu résidant dans le Fils incarné (v.14). Les siens l'ont rejeté, certains pourtant l'ont accueilli et ont cru en lui (v.11 // v.12) et leur "privilège" est de devenir "enfants de Dieu" (vv.12-13).

Verset 1.
᾿Εν ἀρχῇ - Au commencement: reprise de la traduction par la LXX de "בראשׁית berêshìyth", premier mot de la Genèse (celui que l'on donne comme titre à ce Livre en hébreu).
Or Gn 1,3;6;9;11;14;20;24;29 précisent que c'est par sa Parole
(ויאמר אלהים VaYômèr 'Ĕlôhîym - et Dieu dit...) que Dieu a créé toute chose (cf. Ps 33,6;9; 147,15-18); ce qui annonce la suite du texte.
ὁ Λόγος - la Parole: ce mot est pour Jean et ses contemporains hellénistes beaucoup plus lourd de sens que nos mots "Parole" ou "Verbe" (du latin Verbum, traduction par la Vulgate de ὁ Λόγος). En effet, le mot Λόγος unifie deux traditions:
- pour les stoïciens, le λόγος est une sorte d'âme du monde, la raison, divine et cosmique mais impersonnelle, qui lui donne sa cohésion;
- pour la tradition juive, le Λόγος renvoie à la "חכמה Khokmâh - Sagesse" divine qui a créé le monde et qui le soutient (voir Pr 8,23-36; Si 24,1-22: Ἡ Σοφία hè Sophia - terme que LXX utilise pour traduire חכמה; dans ces deux Livres, la Sagesse divine est personnalisée).
C'est ce Λόγος-חכמה qui nous a expliqué Dieu (voir plus bas, verset 18; voir aussi 1Jn 1,1; Ap 19,13 - à noter que ces deux textes sont également des écrits johanniques).
πρὸς τὸν Θεόν - auprès de Dieu: voir verset 18; non seulement le Λόγος est Dieu (Θεὸς ἦν ὁ Λόγος: pas d'ambiguïté possible dans la traduction: en grec, si le sujet peut être précédé de l'article - ici ὁ - l'attribut ne peut l'être => Θεὸς = attS, ὁ Λόγος = S), mais il est également auprès de Dieu, ce qui implique une différenciation au sein même de la Divinité. 

Verset 3.
πάντα - toutes choses: tout ce qui est vrai du Dieu unique, en particulier la création ex nihilo, est vrai aussi du Λόγος, puisqu'il est Dieu.
δι᾿ αὐτοῦ [...] χωρὶς αὐτοῦ - avec lui [...] sans lui: voir 1Co 8,6; Col 1,16. Sur l'œuvre de création par la חכמה, voir Pr 4,19; 8,27-31.

Verset 4.
ἐν αὐτῷ ζωὴ ἦν - En lui était la vie: "la vie" est un des thèmes majeurs de Jean (cf. Jn 3,15 par ex.).
C'est en particulier une manière pour lui de désigner le Salut.
τὸ φῶς - la lumière: autre thème très important chez Jean.
En Gn 1,3, la lumière (אור 'ôr) est la première création de Dieu; dans le Premier Testament, elle représente la révélation de Dieu qui guide le croyant (voir par ex. Ps 36,10, qui lie lumière et parole, ou Ps 119,105), elle annonce parfois la présence divine (buisson ardent, nuée de feu, etc...). Chez Jean (comme dans les textes de Qumrân), elle est associée à la vérité: voir par ex. Jn 8,12.

Verset 5.
ἐν τῇ σκοτίᾳ - dans la ténèbre: ténèbre spirituelle et morale, ignorance de la vérité - qui peut conduire au refus de la lumière (voir plus bas).
ἡ σκοτία αὐτὸ οὐ κατέλαβεν - la ténèbre ne l'a pas ?: le verbe "καταλαμβάνω katalambanô" a pour sens premier "prendre (λαμβάνω) avec avidité, force" (au propre comme au figuré); donc il peut signifier "se saisir de" (de façon positive: "accepter avec empressement"; de façon négative "s'emparer de", "faire prisonnier").
Les traductions de ce verset peuvent donc être antinomiques:
- "les ténèbres ne l'ont point reçue": L.Segond, Martin,Ostervald; et "les ténèbres ne l'ont pas comprise": Darby;
- "les ténèbres ne l'ont pas saisie": la Bible de Jérusalem garde l'ambiguïté (le verbe "saisir" pouvant signifier "comprendre", comme dans les traductions précédentes; ou "faire prisonnier", comme dans les suivantes);
- "les ténèbres ne l'ont pas étouffée": Semeur, qui explicite en note "c.-à-d. vaincue, selon l'un des sens du mot grec"; et "les ténèbres ne l'ont pas arrêtée": traduction liturgique.
Cependant, les versets 10-11 feraient plutôt choisir la première série de traductions.

Verset 6.
ὄνομα αὐτῷ ᾿Ιωάννης - son nom était Jean: le Précurseur, Jean le Baptiste (voir v.15).

Verset 7.
εἰς μαρτυρίαν, ἵνα μαρτυρήσῃ - pour servir de témoin, pour rendre témoignage: le thème du témoignage ("μαρτυρία marturia"; la racine "μαρτυρ-" a donné notre mot "martyr": le "martyr" est le témoin par excellence, puisqu'il accepte le martyre pour témoigner de sa foi; notons que Jean le Précurseur a subi le martyre) est important chez Jean. Voir par ex. Jn 1,8;15;19;32;34; 3,26; 5,33).

"Saint Jean Baptiste le Précurseur, ange du désert" - XVIème siècle (monastère des Solovki) - Musée Kolomenskoïe, Moscou.
Il est traditionnellement représenté sur les icônes (voir à cette page) à la fois 
- comme "témoin": il porte un phylactère où l'on peut lire l'annonce du Messie-Christ (comme ici: Mt 2,1;10 // Lc 3,8-9; Jn 1,29; ...) et/ou "ange" (l'étymologie grecque du mot désigne celui qui porte une annonce): il a donc des ailes (comme ici);
- et comme "martyr": il porte (comme ici), ou montre à ses pieds, sa tête sur un plateau, comme offerte à Salomé et Hérodiade sur ordre d'Hérode.
ἵνα πάντες πιστεύσωσι - afin que tous crussent: le thème de la foi est un autre thème très important chez Jean, qui emploie très fréquemment le verbe "πιστεύω pisteuô - croire").

Verset 9.
῏Ην τὸ φῶς τὸ ἀληθινόν, ὃ φωτίζει πάντα ἄνθρωπον - Cette lumière était la véritable lumière, qui éclaire tout homme: voir v.14.
εἰς τὸν κόσμον - dans le monde: le terme "κόσμος kosmos" désigne ce qui est "organisé"; le sens de "monde" découle de ces idées, tant dans l'optique grecque que dans l'optique chrétienne.
Chez Jean, le "monde" peut être l'univers créé, la terre, ou ses habitants; mais aussi les hommes en tant qu'opposés à Dieu et à son plan - c'est le cas ici, voir ci-après.

Verset 10.
ὁ κόσμος αὐτὸν οὐκ ἔγνω - le monde ne l'a point connu: tragiquement, en rejetant le Λόγος, le κόσμος rejette son Créateur.

Verset 11.
εἰς τὰ ἴδια ἦλθε - il est venue chez les siens: désigne soit le κόσμος, soit plutôt Israël, puisque la suite de l'évangile rapporte rapporte quelle a été son attitude à l'égard du Λόγος.

Verset 12.
ἔδωκεν αὐτοῖς ἐξουσίαν - il  leur a donné ? : le substantif "ἐξουσία exousia" désigne la "capacité", d'où le "pouvoir", le "droit", le "privilège".
Dieu a fait tout ce qui était nécessaire pour atteindre les hommes et leur offrir son Salut, pour qu'ils deviennent ses enfants.
Le but de l'évangile de Jean est de présenter le Christ à ses lecteurs, de sorte qu'ils le reçoivent et deviennent enfants de Dieu (Jn 20,31); pour cela, il faut qu'ils naissent de Dieu (voir v.13 et Jn 3,1-21).

Verset 13.
οὐκ ἐξ αἱμάτων, οὐδὲ ἐκ θελήματος σαρκὸς, οὐδὲ ἐκ θελήματος ἀνδρὸς, ἀλλ᾿ ἐκ Θεοῦ ἐγεννήθησαν - ils sont nés non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu: voir la même opposition entre l'œuvre des hommes et celle de Dieu en Jn 3,6.

Verset 14.
Καὶ ὁ Λόγος σὰρξ ἐγένετο - "Et le Verbe s'est fait chair": cette phrase très célèbre est en fait beaucoup plus forte dans sa "version originale" grecque.
En effet, le mot "σάρξ sarx" désigne, selon son étymologie, la viande en tant que "pelée", la chair de laquelle on a enlevé la peau; ce terme est donc très cru, trivial - et l'opposition entre le Λόγος (voir plus haut, au verset 1, ce qu'évoque ce terme, à la fois philosophiquement et spirituellement parlant) et la σάρξ est presque choquante, en tout cas provocatrice.
C'est que Jean voulait très vraisemblablement par cette phrase s'opposer à l'une des hérésies de son temps, le docétisme - qui niait la pleine humanité du Christ - en affirmant avec force la réalité matérielle de l'Incarnation: tout en demeurant le Λόγος, Jésus a été pleinement humain.  
καὶ ἐσκήνωσεν ἐν ἡμῖν - "et il a habité parmi nous": ici encore, la phrase fameuse est très fade par rapport au texte grec.
En effet, le verbe "σκηνόω skénoô" signifie "dresser une tente". Pour les lecteurs de Jean, deux images se bousculent donc en le lisant:
- celle, très prosaïque, du nomade qui dresse chaque soir sa tente;
- celle, beaucoup plus spirituelle, du Tabernacle, la "Tente de la Rencontre" de Dieu avec son peuple (voir à cette page), Tente qui était pleine de la Gloire de Dieu (Ex 40, 34-35).
Jésus
- vit comme l'humain qu'est le nomade;
- est à la fois le nouveau Temple (voir Jn 2,19-21) plein de la Gloire divine, et cette Gloire elle-même; les croyants ont donc désormais accès à cette Présence par l'Incarnation (vv.17-18).
πλήρης - plein: contrairement à ce que donnent certaines traductions, ou disent certains commentaires, cet adjectif au nominatif ne peut être apposé qu'au sujet de la phrase, ὁ Λόγος; en effet, "τὴν δόξαν, la Gloire" est à l'accusatif (cas du comp. d'objet direct) et "μονογενοῦς Fils unique" est au génitif (cas du comp. de détermination) - donc la traduction liturgique est incorrecte
- ou grammaticalement (par rapport au grec),
- ou syntaxiquement (en français), puisqu'elle appose (littéralement "pose à côté") "plein de" à "Fils unique"; pour être exacte et correcte, elle aurait dû reprendre le mot "Verbe": "comme Fils unique, Verbe plein de grâce..." (ou, comme L.Segond, "remonter" ce segment immédiatement après ὁ Λόγος: "Et la Parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père").
χάριτος καὶ ἀληθείας - de grâce et de vérité: cette expression est l'équivalent de la paire figée hébraïque "חסד ואמתkhesed ou'émet" que l'on trouve en Ex 34,6, lorsque Dieu se présente à Moïse lors du renouvellement de l'Alliance, et qui est ensuite très souvent reprise dans le Premier Testament.

Verset 15.
᾿Ιωάννης - Jean: le Précurseur.
ἔμπροσθέν μου γέγονεν, ὅτι πρῶτός μου ἦν - m'a précédé, car il était avant moi: conformément aux versets 1-3, et malgré leur âge et l'ordre chronologique des ministères respectifs de Jean Baptiste et de Jésus.


Verset 16.
ἐκ τοῦ πληρώματος αὐτοῦ ἡμεῖς πάντες ἐλάβομεν - nous avons tous reçu de sa plénitude: celle qui est mentionnée au v.14 (voir Col 1,19).

Verset 17.
ἡ χάρις καὶ ἡ ἀλήθεια - la grâce et la vérité: voir v.14.
ὁ νόμος διὰ Μωϋσέως ἐδόθη, ἡ χάρις καὶ ἡ ἀλήθεια διὰ ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ ἐγένετο - la Loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ: Jean oppose la Loi à l'Évangile, Moïse au Christ.
Le Dieu qui s'est révélé à Moïse comme étant "plein de grâce et de vérité" (voir v.14 et Ex 34,6) et qui lui a fait connaître sa Gloire par avance, mais sans que le peuple puisse la voir (Ex 34,33-35; 2Co 3,12-17), peut désormais être contemplé dans le Christ (v.14) qui nous a "révélé" (voir v.18) le Père.

Verset 18.
Θεὸν οὐδεὶς ἑώρακε πώποτε - Personne n'a jamais vu Dieu: Moïse lui-même n'a pu voir Dieu que "de dos" (Ex 33,23).
μονογενὴς υἱὸς ὁ ὢν εἰς τὸν κόλπον τοῦ πατρὸς - le Fils unique, qui est dans le sein du Père: littéralement, "μονογενής monogenês" signifie "le seul engendré".
Cet engendrement éternel - que Jean distingue radicalement de toute création (v.1-3) - exprime le rapport, en Dieu lui-même, du Fils avec le Père.
ἐκεῖνος ἐξηγήσατο - il l'a fait connaître: Jésus nous l'a révélé, le μονογενής est le Λόγος qui nous a expliqué Dieu par sa présence, sa propre parole et son exemple.
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Commentaire patristique

De saint Athanase (évêque d'Alexandrie, IVème siècle):

Etrange mystère ! Le Soleil de justice vient en la Vierge sans se laisser circonscrire. Ne cherche pas comment : Dieu, quand il veut, renverse l'ordre de la nature : il a voulu, il a pu, il est venu, il a sauvé. Il a pris un chemin nouveau que nul n'avait foulé ; il est sorti d'une terre non cultivée ; il n'a pas abandonné ses anges ni renoncé à l'autorité qu'il exerçait sur eux ; en s'incarnant parmi nous, il ne s'est pas dépouillé de sa divinité. Les rois vinrent adorer leur roi céleste, né ineffablement du Père et, aujourd'hui, enfanté par la Vierge afin de me sauver. Avant les siècles, il naquit du Père, comme le sait celui qui l'a engendré. Aujourd'hui, il naît de la Vierge surnaturellement, comme le sait la puissance de l'Esprit. L'Ancien des jours s'est fait petit enfant ; celui qui siégeait sur un trône sublime gît dans une crèche ; l'intangible, l'incorporel est palpé par des mains humaines ; celui qui brise les liens du péché est emmailloté de langes : telle est sa volonté.
 
Qui donc la Vierge a-t-elle enfanté ? Le Maître de la nature. Tu gardes le silence ? La nature, elle, crie. La Vierge Marie a enfanté, comme l'a voulu celui qui vient de naître. Il n'est pas venu selon la nature mais en Maître de la nature, il a introduit une nouvelle façon de naître et, bien qu'il se soit fait homme, il n'est pas né comme un homme. Il est devenu homme et il a été homme, réellement. Il est devenu ce qu'il n'était pas, mais est resté ce qu'il était. «Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu.» Il s'est fait chair sans rejeter ce qu'il était. «Et il a habité parmi nous.» Il a. habité parmi nous, c'est-à-dire il a «conversé avec nous », comme le dit Baruch : «C'est lui qui est notre Dieu, aucun autre ne lui est comparable.»

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