Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

(Sur le Temps liturgique de Noël-Epiphanie, voir cette page).


24-25 décembre




Nativité du Seigneur
Années A B C



<- "L'adoration des bergers", Domenikos Theotokopuolos, dit "El Greco", "le Grec" (v.1614) - Musée du Prado, Madrid.
Cette œuvre, peinte peu avant sa mort, était destinée à sa chapelle mortuaire par "El Greco".
Les corps extrêmement allongés paraissent dénués de substance; les coloris, à la fois froids et vibrants, sont accentués par une touche frémissante; l'attitude exagérée des personnages communique une impression de spiritualité presque palpable.




Introduction 


Noël est une fête qui, même de plus en plus sécularisée, ne laisse personne totalement indifférent.

Bien sûr, pour certains, c'est l'hédonisme le plus effréné qui s'affiche (il n'est qu'à voir la folie des magasins pleins à craquer, des illuminations - parfois accompagnées de "musique"... - dans les rues, des publicités dans tous les médias!) et l'on ne pense alors plus qu'à "la fête", et Noël est alors noyé dans le magma des expressions "les fêtes", "les fêtes de fin d'année"... "Grande bouffe", sorties, soirées plus ou moins mondaines, tenues vestimentaires plus ou moins recherchées... "Moi, mon plaisir, mon groupe d'amis..."

Mais à cette occasion, le cœur d'enfant que chacun porte en soi se remet aussi à battre chez certains. Il en monte des sentiments de bienveillance à l'égard de tous, et d'abord des petits, des faibles, des pauvres, des vieillards, des malades, des personnes isolées, à qui on s'efforce de porter un peu de joie. C'est, pour ceux-là et pour quelques instants ou quelques jours, la trêve des égoïsmes habituels.

On se prend aussi à rêver d'un monde où, grâce à la mobilisation générale des bonnes volontés, régnerait enfin la paix.


Un rêve? Non, mais le dessein très concret conçu par Dieu dès le commencement - et dont, infatigablement, il poursuit la réalisation malgré les refus et les incompréhensions des hommes. Tout au long des siècles, il les a patiemment formés dans l'espérance d'un Messie, un Sauveur, qui libérerait les hommes et le monde de tout esclavage et de toute violence.

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Méditation:

Prière d’introduction:
Marie, en cette veille (en ce jour) de Noël, je me tourne vers toi, Mère de mon Sauveur. Aide-moi à voir ton Fils, à le regarder dans les yeux, à pénétrer profondément son cœur et à expérimenter son amour.
Jésus-Christ, tu es tout pour moi.

Demande:
Jésus, aide-moi à comprendre un peu plus le grand mystère de ton Incarnation.

Points de réflexion:
1. La grâce est apparue.
"Cette nuit, la Grâce est devenu visible : elle est apparue. Elle s’est manifestée dans sa dimension définitive. Dieu ’se donne’ dans le Fils : le Fils éternel qui est de la même substance que le Père. Il se donne par la puissance de l’Esprit Saint reçue par la Vierge de Nazareth à l’Annonciation. La grâce est apparue. Dieu se rend grâce à son amour infini : Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique." (Jean Paul II, homélie du 24 décembre 1984). Le Christ a voulu venir jusqu’à nous. Il a voulu nous aimer ici sur terre et rester avec nous jusqu’à la fin des temps, par sa présence dans le Saint Sacrement. L’Amour parfaitement désintéressé est notre exemple d’amour parfait !
2.L’Amour miséricordieux.
Les hommes cherchent à connaître le visage du Christ.
Qui est-il pour moi ? La miséricorde est le vrai visage de Dieu. Il a renoncé à son ciel pour moi. Il a dissimulé sa divinité pour moi. Il s’est abaissé jusqu’à moi, afin de m’aimer davantage.
Que puis-je faire en retour ? Comment lui rendre un si grand amour ?
3.L’amour exige l’amour.
Comment rester indifférent face à l’immense amour du Christ ? Jésus-Christ nous supplie de continuer son œuvre d’amour. Il nous demande d’être un reflet lumineux de son amour, un canal ouvert qui transmet l’amour de son cœur.
Le rendre pratique, le rendre vrai, le rendre constant ; c’est le plus grand cadeau que nous pourrions offrir à l’enfant Jésus le jour de Noël : un engagement ferme à aimer !

Dialogue avec le Christ:
Seigneur Jésus, je te rends grâce du don que tu me fais de toi-même.
Je veux que tu sois le centre de ma vie, et je veux être un instrument de ton amour. Remplis-moi de ta grâce, viens régner dans mon cœur, et que jamais je ne sois séparé de toi.

Résolution:
Aujourd’hui, je prends la ferme résolution d’aimer, particulièrement là où cela m’est le plus difficile... pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.



"Quand les temps furent accomplis" Dieu envoya dans notre chair son propre Fils, né parmi les plus pauvres, d'une jeune femme de Nazareth. Sa naissance dans une étable proche de Beth-Lehem serait passée inaperçue si des anges ne l'avaient annoncée à des bergers qui gardaient leurs troupeaux dans les environs.
"Un Sauveur vous est né!" proclamaient-ils.
"L'adoration des bergers", Murillo (v.1650-1655) - Musée du Prado, Madrid.
A l'opposé du tableau du Greco, celui-ci est presque une "scène de genre".
Dans cette œuvre de jeunesse, Murillo montre une Sainte Famille au milieu de bergers qui pourraient être ceux de son époque et de sa région, avec un grand souci dans les détails réalistes: le berger du premier plan nous montre ses pieds nus et poussiéreux, celui du deuxième plan retient son mouton afin qu'il ne s'approche pas trop de l'Enfant, la vieille femme agenouillée regarde tendrement ce dernier; Joseph, par la couleur de son manteau, semble faire partie du groupe de de bergers - n'était son regard tendre, grave et attentionné sur Marie et l'Enfant. Seuls, ces deux derniers semblent être dans la lumière - ou irradier la Lumière? - et contrastent ainsi vivement avec l'ensemble de la scène. 

Et la nuit s'embrasa de lumière, tandis que l'écho d'un chant d'allégresse se répercutait de colline en colline: "Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu'il aime".

En cet Enfant s'est instauré "l'échange merveilleux" entre l'humanité et Dieu "devenu tellement l'un d'entre nous que nous devenons éternels".

Pour célébrer un aussi grand Mystère, le Missel propose quatre messes:
- la veille de la fête de la Nativité du Seigneur,
- la nuit de Noël,
- à l'aurore,
- et le jour du 25 décembre.

Chacune d'elle est qualifiée par un climat liturgique et spirituel particulier. Ensemble, elles forment en quelque sorte une seule célébration en quatre étapes qu'il vaut la peine de parcourir l'une après l'autre.

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Méditation:

TRAITÉ DE SAINT IRÉNÉECONTRE LES HÉRÉSIES
« Dieu parmi nous »

La gloire de l'homme c'est Dieu ; mais le propre de l'homme, c'est de recevoir l'œuvre de Dieu, toute sa sagesse et sa force. Comme un médecin fait ses preuves auprès des malades, ainsi Dieu se manifeste aux hommes. Et voilà pourquoi Paul déclare : Dieu a tout enfermé dans l'incrédulité, pour accorder à tous sa miséricorde ; et il disait cela de l'homme : l'homme avait désobéi à Dieu, et avait été rejeté de l'immortalité ; il a ensuite obtenu par le Fils de Dieu la miséricorde qui lui permet de recevoir par le Fils l'adoption filiale.

Car celui qui, sans orgueil ni prétention, garde la vérité quant aux choses créées, et quant au Créateur, Dieu, le maître de toutes les choses auxquelles il donne d'être, celui-là qui demeure dans son amour, dans la soumission et l'action de grâce, il recevra de Dieu une gloire plus grande et de devenir progressivement semblable à celui qui est mort pour nous.

Car voici que le Verbe s'est fait semblable à la chair de péché : cela d'abord pour condamner le péché et, en tant que condamné, le rejeter hors de la chair, cela aussi pour inciter l'homme à lui devenir semblable en lui donnant mission d'être l'imitateur de Dieu, en le rangeant sous l'obédience du Père, pour qu'il voie Dieu, et en lui donnant de saisir le Père.

Oui, c'est le Verbe de Dieu, qui a habité en l'homme, et qui s'est fait fils de l'homme, pour habituer l'homme à recevoir Dieu, et habituer Dieu à habiter en l'homme comme cela paraissait bon au Père.

Voilà pourquoi le Seigneur lui-même nous a donné le signe de notre salut ; c'est Dieu parmi nous né de la Vierge. En effet le Seigneur lui-même a sauvé les hommes, car les hommes ne pouvaient d'eux-mêmes se sauver. Cette infirmité de l'homme, Paul la proclame en ces termes : Je sais que le bien n'habite pas en ma chair. Il veut dire par là que le bien de notre salut ne vient pas de nous mais de Dieu. Il dit encore : Pauvre de moi, qui me libérera de ce corps de mort ? et il nous présente alors le libérateur : la grâce de Jésus Christ notre Seigneur. Isaïe a dit de même : Soyez fermes, mains molles et genoux tremblants. Courage ! Cœurs faibles. Soyez fermes et ne craignez pas ! Voici notre Dieu : il prononcera son jugement et rendra justice : il viendra lui-même nous sauver. Car nous ne pouvons être sauvés par nous-mêmes, mais par le secours de Dieu.

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1. Messe de la Veille au soir.

Comme il est rare que soit célébrée la messe prévue pour le soir du 24 décembre, ce que le Missel propose peut servir utilement de support à la prière et à la méditation (personnelles ou en groupe), ou encore s'intégrer, au moins en partie, dans une veillée de Noël.

Les Textes   

• Première Lecture :  

• Is 62,1-5

Le prophète Isaïe annonce une nouvelle initiative divine. Fini le temps des infidélités, suivies de réconciliations éphémères! L'Alliance sera comme un merveilleux mariage, à l'indissolubilité assurée par un éternel amour mutuel.
On a vu que ce n'était pas là une "façon de parler", une image, le jour où le Fils de Dieu a pris chair de notre chair. En lui, Dieu et homme, la nature divine a épousé la nature humaine.

Remarques:

Verset 2.
וקרא לך שׁם חדשׁ - Et l'on t'appellera d'un nom nouveau: nous avons vu à plusieurs reprises déjà l'importance des noms, en particulier des noms dits "messianiques", ou "eschatologiques"; il s'agit donc bien ici d'une Jérusalem nouvelle, d'un nouveau peuple de Dieu, entièrement transformé par YHWH (cf. versets 4 et 12): voir par exemple Is 60,21; 65,15.

Verset 4.
עזוּבה - "‛Ăzûbâh - La Délaissée": participe féminin du verbe "עזב ‛âzab - délaisser", mais également prénom attesté (1R 22,42).
Voir Is 54,1: en raison de son infidélité, Jérusalem (qui représente tout le peuple pour Isaïe) a été délaissée par son Époux, YHWH, et même (Is 50,1) répudiée par lui. La métaphore conjugale est donc reprise ici.
חפצי בּהּ - "‛Khephtsı̂y bâhh - Mon Plaisir en Elle": autre prénom attesté (2R 21,1); Isaïe joue sur le sens de ces prénoms.

Verset 5.
בניך - tes fils: le substantif בּן bên désigne le "fils" (comme dans la plupart des langues sémitiques) en tant que "bâtisseur", "constructeur" du nom de famille (du verbe בּנה bânâh construire); en Is 49,17a, l'ambiguïté est nette, puisque, si le texte massorétique donne bien "tes fils" (par opposition avec "ceux qui te détruisaient et te ravageaient" en 17b), plusieurs leçons anciennes du texte hébraïque et celui de Qumrân donnent "tes bâtisseurs"; en effet, seuls les points-voyelles diffèrent, et Isaïe a pu vouloir jouer sur cette ambiguïté.

• Psaume :  

• Ps 89 / 88, 20-21;27-30

La promesse faite "autrefois" à David s'accomplit en Jésus, son lointain descendant, dont le règne est établi "pour toujours".

Sur ce psaume:
Ce très long psaume (53 versets) fait partie des psaumes dits "psaumes royaux"; ils ont été composés pour rendre hommage aux rois de la lignée davidique à l'occasion d'événements particuliers (intronisation ou anniversaire d'intronisation, mariage, etc.).
Celui-ci est une prière en faveur de la dynastie davidique: il soulève aux versets 4-5 le problème de la non-réalisation de la promesse dynastique faite à David.
En effet, le psalmiste  (évoquant très probablement la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor - et, avec la déportation, la fin de la royauté davidique) après avoir rappelé la souveraineté et la bonté de YHWH (versets 2 à 38) se lamente au sujet du désastre qui a touché son peuple et supplie Dieu d'intervenir en faveur de celui-ci (versets 39 à 53).
Dans les versets 2 à 38, donc, le psalmiste (sans doute un descendant ou un élève d' איתן האזרחי Ethân l'Ézrahite, chantre lévite du temps de David - puisque le psaume porte ce nom en suscription, mais ne peut historiquement être de sa propre main) dit sa foi en la fidèle bonté de YHWH envers son peuple, et rappelle en particulier l'alliance davidique dans les versets 20 à 38; y sont évoqués le choix, l'onction, l'alliance et les promesses faites à David et à ses descendants.

Remarques:

Versets 20-21.
Pour mieux comprendre ces versets, se reporter:
- à Ps 18,1:
לעבד יהוה לדוד אשׁר דבר ליהוה את־דברי השׁירה הזאת ביום הציל־יהוה אותו מכף כל־איביו ומיד שׁאול׃
Du serviteur de YHWH, de David, qui adressa à YHWH les paroles de ce cantique, lorsque YHWH l'eut délivré de la main de tous ses ennemis et de la main de Saül.
- à 1S 16:
ויאמר יהוה אל־שׁמואל[...] מלא קרנך שׁמן ולך אשׁלחך אל־ישׁי בית־הלחמי כי־ראיתי בבניו לי מלך׃
L'Éternel dit à Samuel: [...] Remplis ta corne d'huile, et va; je t'enverrai chez Jessé, le Beth-Lehemite, car j'ai vu parmi ses fils celui que je désire pour roi. (v.1)
ויעשׂ שׁמואל את אשׁר דבר יהוה ויבא בית לחם
Samuel fit ce que YHWH avait dit, et il alla à Beth-Lehem. (v.4)
לא אשׁר יראה האדם כי האדם יראה לעינים ויהוה יראה ללבב׃
[YHWH] ne considère pas ce que l'homme considère; l'homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais YHWH regarde au cœur. (v.7)
ויעבר ישׁי שׁבעת בניו לפני שׁמואל ויאמר שׁמואל אל־ישׁי לא־בחר יהוה באלה׃
Jessé fit passer ses sept fils devant Samuel; et Samuel dit à Jessé: YHWH n'a choisi aucun d'eux. (v.10)
ויאמר שׁמואל אל־ישׁי התמו הנערים ויאמר עוד שׁאר הקטן והנה רעה בצאן ויאמר שׁמואל אל־ישׁי שׁלחה וקחנו
Puis Samuel dit à Jessé: Sont-ce là tous tes fils? Et il répondit: Il reste encore le plus jeune, mais il fait paître les brebis. Alors Samuel dit à Jessé: Envoie-le chercher (v.11)
וישׁלח ויביאהו והוא אדמוני עם־יפה עינים וטוב ראי ויאמר יהוה קום משׁחהו כי־זה הוא׃
Jessé l'envoya chercher. Or il était blond, avec de beaux yeux et une belle figure. L'Éternel dit à Samuel: Lève-toi, oins-le, car c'est lui! (v.12)
 ויקח שׁמואל את־קרן השׁמן וימשׁח אתו בקרב אחיו ותצלח רוח־יהוה אל־דוד מהיום ההוא ומעלה
Samuel prit la corne d'huile, et l'oignit au milieu de ses frères. L'esprit de YHWH saisit David, à partir de ce jour et dans la suite. (v.13)

Verset 21.
בשׁמן קדשׁי משׁחתיו - Je l'ai oint de mon huile sainte: du verbe "משׁח  mâshach - oindre" dérive le terme "משׁיח mâshı̂yakh - l'oint" qui a donné notre notre mot "Messie". Mais il désigne en fait tous ceux qui reçu l'onction en signe de consécration particulière au service de Dieu et de son peuple, donc tous les rois. Sur l'onction de David, voir ci-dessus 1S 16,1;12-13.

Verset 27.
אבי אתה אלי- Tu es mon père, mon Dieu: à rapprocher de Ps 2,7 (autre psaume royal):
 יהוה אמר אלי בני אתה אני היום ילדתיך׃
YHWH m'a dit: Tu es mon fils! Je t'ai engendré aujourd'hui.
Dans le Proche-Orient ancien, le roi était considéré comme devenant au jour de son intronisation le fils d'un/de dieu(x) par adoption.
Il en était de même pour Israël, où le roi devenait fils de YHWH (voir par ex. 2S 7,8;14 pour Salomon). Le royaume davidique était considéré comme le royaume de Dieu (voir 1Ch 17,14), son roi, adopté par YHWH, comme son héritier.
צור ישׁועתי - le rocher de mon salut: voir Ps 18,3; 61,3; 78,35.

Verset 28.
בכור - le premier-né: le roi davidique a le titre de fils de Dieu. Cette précision, "בּכור bekôr - aîné" est expliqué par la suite du verset.
עליון למלכי־ארץ - le plus élevé des rois de la terre: certes, au plan politique, David et ses descendants n'étaient pas les rois les plus puissants; mais ils étaient les plus "importants", car ils régnaient sur le peuple de Dieu.

Verset 30.
Voir 2S 7,15-16.


• Deuxième Lecture :  

• Ac 13,16-17;22-25

Jésus, issu de la descendance de David, est le Sauveur dont Jean Baptiste a préparé la venue et auquel il a rendu témoignage: un vigoureux résumé de l'Histoire sainte qu'il faut avoir présent à l'esprit au moment  de célébrer la Nativité de celui dont le nom signifie "Dieu sauve".

Sur ce passage:
Aux versets 13 à 15, on voit, entre autres:
- l'arrivée par bateau de Paul et de quelques compagnons de Paphos à Pergé, en Pamphylie;
- de là, leur route jusqu'à Antioche de Pisidie (à ne pas confondre avec Antioche, en Syrie);
- à leur arrivée, comme tous les judéo-chrétiens, ils se rendent à la synagogue pour y célébrer le Shabbat.
Cette célébration suit le rite habituel (voir à cette page): on lit "la Loi et les Prophètes", c'est à dire le  passage hebdomadaire (paracha ou sidra) de la Loi, Tora', puis un passage des Prophètes, Néviim. Ces quelques chapitres sont en général l'occasion du commentaire rabbinique ou de l'étude de l'après-midi; et l'on fait alors à ces nouveaux arrivants l'honneur de leur donner la parole: "ἄνδρες ἀδελφοί, εἴ ἐστι λόγος ἐν ὑμῖν παρακλήσεως πρὸς τὸν λαόν λέγετε- Hommes frères, si vous avez quelque exhortation à adresser au peuple, parlez."(v.15b)

Remarques:

Verset 16.
οἱ φοβούμενοι τὸν Θεόν - vous qui craignez Dieu: littéralement "les craignant-Dieu"; en hébreu, "craindre Dieu" signifie, nous l'avons vu fort souvent, signifie en fait "respecter Dieu et sa Tora' d'Amour",  le "craindre" comme un enfant respecte ses parents et les conseils aimants qu'ils lui donnent. Cette locution peut donc s'appliquer en premier lieu au peuple fidèle.
Mais cette expression peut aussi selon le contexte - et c'est ici le cas (puisque Paul précise bien: "ἄνδρες ᾿Ισραηλῖται καὶ οἱ φοβούμενοι τὸν Θεόν - Hommes Israélites, et vous qui craignez Dieu") - désigner les non-Juifs, les goïm ("païens", "nations"), sympathisants de la Foi juive et qui assistent régulièrement au culte synagogal.

Verset 17.
ὁ Θεὸς τοῦ λαοῦ τούτου ᾿Ισραὴλ ἐξελέξατο τοὺς πατέρας ἡμῶν - Le Dieu de ce peuple d'Israël a choisi nos pères: Paul a conscience d'appartenir au peuple que Dieu s'est choisi; voir la page "Juifs et Goïm selon saint Paul".
ἐν γῇ Αἰγύπτῳ - au pays d'Égypte: contrairement à Étienne (cf. Ac 7,20-45), Paul ne mentionne pas Moïse.

Verset 22.
εὗρον Δαυῒδ τὸν τοῦ ᾿Ιεσσαί, ἄνδρα κατὰ τὴν καρδίαν μου - J'ai trouvé David, fils de Jessé et homme selon mon cœur:
- Voir à cette page le commentaire de Ps 89,20-21, et en particulier les citations de 1S 16.
- Voir aussi:
בקשׁ יהוה לו אישׁ כלבבו ויצוהו יהוה לנגיד על־עמו
YHWH s'est choisi un homme selon son cœur, et YHWH l'a destiné à être le chef de son peuple (1S 13,14; LXX: ζητήσει κύριος ἑαυτῷ ἄνθρωπον κατὰ τὴν καρδίαν αὐτοῦ, καὶ ἐντελεῖται κύριος αὐτῷ εἰς ἄρχοντα ἐπὶ τὸν λαὸν αὐτοῦ)
לעשׂות־רצונך אלהי חפצתי
Je veux faire ta volonté, mon Dieu! (Ps 40,9; LXX: τοῦ ποιῆσαι τὸ θέλημά σου, ὁ θεός μου, ἐβουλήθην)
כל־חפצי ישׁלם
il accomplira toute ma volonté (Is 44,28; LXX: Πάντα τὰ θελήματά μου ποιήσει).

Verset 24.
βάπτισμα μετανοίας - le baptême de repentance: voir Lc 3,3: "βάπτισμα μετανοίας εἰς ἄφεσιν ἁμαρτιῶν - le baptême de repentance, pour la rémission des péchés".

<- La vocation du Précurseur - Fresque (Xème siècle) de l'Ancienne église de Tokahkilise (Cappadoce)

Verset 25.
ἔρχεται μετ᾿ ἐμὲ οὗ οὐκ εἰμὶ ἄξιος τὸ ὑπόδημα τῶν ποδῶν λῦσαι - après moi vient celui des pieds duquel je ne suis pas digne de délier les souliers: voir Mt 3,11 // Lc 3,16 et Jn 1,19-27.


• Evangile :  

• Mt 1,1-25

Jésus a ses "origines" lointaines dans l'histoire très humaine de la promesse faite à Abraham, le "père des croyants": tel est le sens de sa "généalogie", un genre littéraire dont bien des subtilités nous échappent. Quant à son "origine" immédiate, elle est à la fois divine puisque Marie a été "enceinte par l'action de l'Esprit Saint", et humaine puisqu'il s'intègre dans la lignée de David dont Joseph était issu.

Ce passage dans l'évangile de Matthieu:

La première partie de l'Évangile selon Matthieu peut se décomposer en six sections - dont nous avons ici les deux premières: la généalogie de Jésus et l'annonce de sa naissance.
Matthieu est un Juif lettré, dont l'évangile est rigoureusement structuré par une inclusion: à "Dieu est avec nous" dans l'introduction (Mt 1,23; voir ci-après) répond "Je suis avec vous" dans la conclusion (Mt 28,20). Ces deux expressions indiquent que la Bonne Nouvelle annoncée par Matthieu est celle du dévoilement progressif de l'Emmanuel.
Matthieu a peut-être d'abord rédigé son évangile en hébreu; c'est en tout cas ce qu'on écrit certains Pères de l'Eglise (en particulier Eusèbe citant Papias, né vers 70, Histoire ecclésiastique III,39,15-16; et citant Origène, H.E. VI,25,4; et Irénée, Contre les hérésies, III,1,1). Quoi qu'il en soit, c'est chez lui, en ce qui concerne les synoptiques, que l'on trouve le plus grand nombre de citations explicites du Premier Testament (Matthieu: 62; Marc: 31; Luc: 26).
C'est que, pour lui, Jésus est celui en qui s'accomplit l'Écriture. Ainsi, la deuxième section, l'annonce de la naissance de Jésus (Mt 1,18-25) décrit l'accomplissement d'Is 7,14 (et 8,8;10).
Cependant, la première section, la généalogie de Jésus, a une portée bien plus profonde: elle montre qu'en Jésus ne s'accomplit seulement pas telle ou telle annonce du Premier Testament, mais qu'il est lui-même l'accomplissement de l'histoire vétérotestamentaire

Remarques:

Verset 1.
Βίβλος γενέσεως - Généalogie: littéralement: "livre de la γένεσις - génésis - génération, famille". Matthieu reprend ici l'expression qu'utilise la LXX pour traduire l'hébreu "תולדות tôledôt", pluriel de "תּולדה tôledâh - génération, famille, origine, histoire,..." à propos "des cieux et de la terre" (Gn 2,4), et surtout en Gn 5,1:
זה ספר תולדת אדם
"Voici le livre de la postérité d'Adam"
Par ce rapprochement, Matthieu veut-il suggérer que Jésus est "le nouvel Adam"? Oui, sans nul doute, s'il avait en tête le texte hébreu...
Car, s'il avait en tête la traduction de ce verset par la LXX: "Αὕτη ἡ βίβλος γενέσεως ἀνθρώπων", littéralement: "Ceci [est] le livre de la γένεσις des hommes", cette interprétation est plus difficile! En effet, non seulement la LXX a choisi de traduire אדם par le nom commun "être humain" et non par le nom propre "Adam", mais elle l'a en outre considéré comme une sorte de générique, et a donc utilisé le pluriel grec...
Χριστοῦ - Christ: littéralement, "l'Oint"; traduction grecque de l'hébreu "משׁיח mâshı̂yakh - l'oint" qui dérive du verbe "משׁח  mâshach - oindre", et  a donné notre notre mot "Messie". Dans le Premier Testament, les rois (1S 16,1;13; 26,11), les prêtres (Ex 40,13-15; Lv 4,3), et parfois les prophètes recevaient l'onction en signe de consécration particulière au service de Dieu et de son peuple.
Le Christ, l'Oint par excellence, réunit ces trois fonctions en sa personne (cf. Mt 16,16).
υἱοῦ Δαυΐδ, υἱοῦ ᾿Αβραάμ - fils de David, fils d'Abraham:
- En mentionnant Abraham, Matthieu fait allusion à l'épisode fondateur de l'histoire d'Israël (Gn 12,1-3): les Juifs s'appelaient "les fils d'Abraham"; Jésus l'est par excellence puisque par lui la bénédiction promise sera donnée.
- Chaque fois qu'il utilise l'expression "fils de David", Matthieu emploie un titre messianique (Mt 16,16; 21,9;15), souvent utilisé par ceux qui implorent de Jésus une guérison (Mt 9,27; 15,22; 20,30-31). Ce titre désigne le Christ comme le roi d'Israël, héritier des promesses faites à David (2S 7,11-16).

<- L'Arbre de Jessé - Evangile du prince Vasak - XIIIème siècle - Patriarcat arménien, Jérusalem.

Cette extraordinaire miniature a été dessinée en marge de la première page de l'Évangile de Matthieu.

David est debout, de face, la Vierge Marie est légèrement tournée vers sa gauche, sur le tronc issu de Jessé
Douze prophètes, tenant des rouleaux déployés, sont logés dans les enroulements des branches.
Au sommet de l'arbre, Jésus est debout, de trois-quarts, la tête légèrement inclinée, et fait le geste de la bénédiction. Les grandes ailes déployées des anges qui l'entourent créent l'illusion que Jésus vient de se poser en un vol rapide au sommet de l'arbre.

Cette représentation de l'Arbre de Jessé vient agrémenter une page au décor par ailleurs d'une richesse inouïe: entrelacs de grandes demi-palmettes dans la tête de chapitre, utilisation pour celles-ci (comme pour le fond de l'arbre) d'or, le texte est écrit en caractères arméniens, certes - mais zoomorphiques (oiseaux, poissons, renards, ours) alternant avec des lettres à décor floral.

On pourra également noter que, de Jessé (au vêtement et à la peau très sombres) à Jésus, on semble monter vers la clarté, la Lumière, David portant un manteau plus clair  et plus vif que Jessé, la Vierge portant une robe bleu-clair et un voile dégradé du rose au bordeaux puis au violet, et le Christ étant vêtu de blanc.


Verset 5.
῾Ραχάβ (hébreu: רחב Râkhâb) - Rahab: littéralement, en hébreu: "la Fière"; voir Jos 2. Prostituée de Jéricho, elle accueille et protège les espions envoyés par Josué, ce qui lui vaut d'être épargnée lors de la prise de la ville (Jos 6,22-25). Elle est citée en Hé 11,31 comme un modèle de femme de foi.
Apparaissent aussi dans cette généalogie, ce qui est totalement inhabituel à l'époque:
- Au verset 3: Θάμαρ (hébreu: תּמר Tâmâr) - Tamar: littéralement, en hébreu: "celle qui se tient Droite" (ou "le palmier"); voir Gn 38. Bru de Juda. Veuve, ne pouvant avoir d'enfant (son beau-frère Onan refuse de lui donner un enfant, ce qui va à l'encontre de la loi du lévirat: le Seigneur le fait mourir à cause de cette attitude, refus caractérisé de solidarité familiale), elle se déguise en prostituée pour se présenter à son beau-père; de là naissent deux jumeaux, ancêtres de la tribu de Juda.
- Au verset 5: ῾Ρούθ (hébreu: רוּת Roûth) - Ruth: littéralement, en hébreu: "l'Amie, l'Associée"; voir la megillâh (litt. "le rouleau"), le livre de Ruth, en particulier Rt 4,13;18-22. Moabite, veuve d'un Juif, elle reste fidèlement auprès de sa belle-mère Noémi et s'attache au peuple d'Israël. Son beau-frère étant également mort, elle devient pour respecter la loi du lévirat l'épouse de Booz, parent de son mari. Ce récit, datant du temps d'Esdras, se situe en réaction contre une politique trop rigoureuse d'exclusion des mariages avec des femmes non-juives (Esd 10) - puisqu'il présente sous un jour très favorable une étrangère introduite dans la communauté d'Israël, et même dans la lignée royale et messianique (elle est l'arrière-grand'mère de David). Voir cette page.
- Au verset 5: ἐκ τῆς τοῦ Οὐρίου - de la femme d'Urie: Beth-Sabée, בּת־שׁבע bath-sheba‛ littéralement, en hébreu: "Fille du serment"; voir commentaire du Ps 51 à cette page et 2S 11-12 à cette page. Femme d'Urie, officier hittite de David, peut-être hittite elle-même, elle est séduite par David alors qu'Urie est en guerre. David fait mettre Urie en situation de péril extrême, il meurt au combat: David peut épouser Bethsabée, enceinte. Pour cette grave faute, David reçoit les réprimandes du prophète Nathân, l'enfant meurt, David n'achèvera pas le Temple. Bethsabée sera plus tard la mère de Salomon.

La mention de ces quatre
- femmes
- non-juives,
- et/ou qui se sont se sont trouvées en situation de grande impureté rituelle,
dans la généalogie de Jésus rappelle que tous ont été inclus dans le plan de Salut de Dieu de tout temps.
En outre, Matthieu veut peut-être aussi répondre aux rumeurs concernant les circonstances "troubles" de la naissance de Jésus en soulignant que, si celui-ci n'est en aucun cas un enfant illégitime, l'origine de certains de ses ancêtres royaux est liée à des situations moralement répréhensibles; or Dieu a agi en leur faveur: c'est pour sauver les pécheurs qu'il a envoyé son Fils (voir ci-après, verset 21).

Verset 16.
᾿Ιακὼβ δὲ ἐγέννησε τὸν ᾿Ιωσὴφ τὸν ἄνδρα Μαρίας, ἐξ ἧς ἐγεννήθη ᾿Ιησοῦς - Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle est né Jésus: la construction de la phrase, en particulier l'emploi des voix verbales (ἐγέννησε et ἐγεννήθη sont respectivement l'aoriste - approximativement le passé-simple français, l'accompli hébreu - actif et passif du même verbe "γεννάω gennaô - procréer, engendrer" -> ἐγέννησε = il engendra; ἐγεννήθη = il fut engendré) suggère que si Joseph est le père "légal" de Jésus, Marie est la mère "physique" (sinon "biologique") de Jésus.
Les différences entre les généalogies selon Matthieu et selon Luc ont poussé certains à voir
- chez Matthieu, la généalogie de Jésus par Marie,
- chez Luc, sa généalogie par Joseph.
Cependant, à cause de Mt 1,16-20 d'une part, et de Lc 3,23;31 d'autre part, il semble préférable de voir chez les deux évangélistes une généalogie de "Jésus descendant de David par Joseph",
- celle de Matthieu (conforme au genre littéraire des généalogies royales du Premier Testament) étant "officielle";
- celle de Luc étant "biologique".

Verset 18.
᾿πρὶν ἢ συνελθεῖν αὐτοὺς - avant qu'ils eussent habité ensemble:
- Marie et Joseph étaient juridiquement mariés, mais n'avaient pas encore de vie commune (dans un mariage juif contemporain, on pourrait dire que, si la Ketouva avait déjà été signée, ils n'étaient pas encore passés sous la Houpa à la synagogue; à leur époque, on peut dire que le contrat a été signé, que la formule de mariage a été prononcée, mais que Marie n'habite pas encore chez Joseph; voir à cette page). Le mariage n'est donc pas encore public.
En outre, Marie - qui, selon certaines traditions (voir, en particulier, à cette page, les études d'icônes) aurait passé son enfance au Temple, consacrée à Dieu par ses parents - a peut-être fait vœu de chasteté dans son futur mariage (dans ces traditions, Joseph serait lui-même un veuf, beaucoup plus âgé que Marie, et il l'aurait "épousée" en s'engageant à respecter cette chasteté).

Verset 19.
δίκαιος ὢν - qui était un homme de bien: littéralement "qui était juste".
La droiture de Joseph l'incite à rompre le mariage avant le banquet rendant public le mariage, prélude à la consommation de celui-ci (voir à cette page); et à épargner ainsi à Marie la honte d'une répudiation publique (et un jugement pour adultère, presque nécessairement suivi de lapidation). En effet:
- si l'enfant que porte Marie est de lui, cela signifie qu'il ne l'a pas respectée non plus que ses parents (non plus d'ailleurs que leurs éventuels vœux de chasteté) avant le mariage public; or il sait qu'il ne l'a pas touchée;
- donc, en toute logique "humaine", Marie est adultère avant même la publication et la consommation de leur mariage.
La tradition juive permet une séparation privée, en présence de deux témoins.

Verset 20.
ταῦτα δὲ αὐτοῦ ἐνθυμηθέντος - Comme il y réfléchissait: Joseph malgré tout craint de faire du tort à Marie; il n'a pas encore pris de décision ferme, il "pèse le pour et le contre", et cherche la meilleure solution pour elle.
ἄγγελος κυρίου - un ange du Seigneur: chez Matthieu, on assiste à l'intervention d'anges au début et à la fin du ministère de Jésus (Mt 1,20;24; 2,13;19; 28,2;5).
κυρίου - du Seigneur: la LXX traduit par κύριος kurios ("un seigneur -> le Seigneur")le tétragramme divin יהוה
κατ᾿ ὄναρ - en songe: voir aussi Mt 2,13;19;22.
παραλαβεῖν - prendre avec toi: par cette "consommation" officielle du mariage, Jésus deviendra légalement fils de Joseph, et donc "fils de David".

Verset 21.
καλέσεις τὸ ὄνομα αὐτοῦ ᾿Ιησοῦν- tu lui donneras le nom de Jésus: Ἰησοῦς Iēsous est la transcription grecque de יהושׁוּעyehôshûa‛= "Yah=YHWH [est/donne] le Salut", "Yah sauve".
Or on sait l'importance dunom donné dans les traditions sémitiques, en particulier dans la Bible:
- Joseph en prénommant l'enfant exercera une prérogative paternelle;
- le prénom de l'enfant à naître est en quelque sorte le "programme de sa vie";
d'où l'importance de cette consigne donnée par l'ange.

Verset 23.
ἰδοὺ ἡ παρθένος ἐν γαστρὶ ἕξει καὶ τέξεται υἱόν, καὶ καλέσουσι τὸ ὄνομα αὐτοῦ ᾿Εμμανουήλ - Voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils, et on lui donnera le nom d'Emmanuel: citation de la traduction grecque (LXX) d'Is 7,14:
הנה העלמה הרה וילדת בן וקראת שׁמו עמנו אל׃
ὅ ἐστι μεθερμηνευόμενον, μεθ᾿ ἡμῶν ὁ Θεός - ce qui signifie Dieu avec nous: citation de la traduction grecque (LXX) d'Is 8,8;10:
- עמנו אל ‛immânû êl: invocation ("ô Emmanuel!") au verset 8;
- כי עמנו אל kîy‛ immânû êl: explication de la force du peuple de l'Emmanuel au verset 10 ("Car Dieu est avec nous"); LXX traduit : עמנו אל par "μεθ᾿ ἡμῶν ὁ θεός - Dieu avec nous" au verset 8, et par "μεθ᾿ ἡμῶν κύριος ὁ θεός - le Seigneur Dieu est avec nous".
Jésus est le descendant miraculeux (le "אות 'ôth - signe" d'Is 7,14) de David (Is 11,1), celui qui
ויקרא שׁמו פלא יועץ אל גבור אביעד שׂר־שׁלום׃
"sera appelé Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix" (Is 9,5).
Sur l'inclusion Mt 1,23 - Mt 28,20, voir ci-dessus, présentation de ce passage.

Verset 24.
ὁ ᾿Ιωσὴφ [...] ἐποίησεν ὡς προσέταξεν αὐτῷ ὁ ἄγγελος Κυρίου - Joseph [...] fit ce que l'ange du Seigneur lui avait ordonné: nouvelle manifestation de la droiture de Joseph: il obéit à la parole de Dieu, sa réputation dût-elle en souffrir.
Son respect pour l'œuvre de Dieu se voit aussi dans son attitude envers celle qui est pourtant juridiquement devenue son épouse, selon le verset 25.
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2. Messe de la Nuit.

Un enfant est né à Beth-Lehem dans l'obscurité et le dénuement d'une étable. Nul ne l'aurait appris, si des anges ne l'avaient annoncé à des bergers des environs.

La célébration au cœur de la nuit révèle le sens profond et l'extraordinaire portée de cette naissance cachée: "Sur ceux qui habitaient le pays de l'ombre, une lumière a resplendi"; "aujourd'hui nous est né un sauveur": "Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu'il aime!"


Les Textes   

• Première Lecture :  

• Is 9,1-6

Joie au sein des ténèbres opaques d'un peuple en déportation: naissance d'un enfant aux titres prestigieux; promesse d'un avenir de paix sans fin et de justice pour tous.
Merveille accomplie par "l'amour invincible du Seigneur de l'univers"!

Remarques:

Verset 1.
אור גדול - une grande lumière: l'image de la lumière sert souvent à évoquer le Salut chez Isaïe.

Verset 2.
הרבית הגוי [לא כ] (לו ק) הגדלת השמחה- Tu rends le peuple nombreux, Tu lui accordes de grandes joies: ici la leçon écrite, le kétiv לא lô' est incompréhensible dans le contexte, puisqu'il s'agit de la négation; les massorètes ont donc corrigé par le qéré לו = "pour lui/elle".

Verset 3.
כיום מדין - comme à la journée de Madian: allusion à la victoire de Gédéon sur les Madianites (Jg 6-7). Cette victoire soudaine et inespérée préfigure la fin de l'humiliation d'Israël et la manifestation du Salut, œuvre divine et non humaine.

Verset 4.
Tout équipement militaire sera détruit puisque la paix règnera: voir Is 2,4.

Verset 5.
ילד ילד - un enfant est né: littéralement, "un (nouveau-)né est né" - cas particulier d' "infinitif absolu" puisque le premier terme ילד yeled (qui désigne un être "né") dérive et est sujet du second, le verbe ילד yâlad (qui signifie "naître").
ילד [...]  בן - un enfant [...] un fils: il s'agit d'un descendant de David, héritier du trône, donné au peuple pour exercer la royauté sur lui, selon la promesse faite à David (2S 7,12-16; cf. Ps 2,7). C'est l'Emmanuel d'Is 7,14:
הנה העלמה הרה וילדת בן וקראת שׁמו עמנו אל׃
Voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils, et on lui donnera le nom d'Emmanuel.
פלא יועץ אל גבור אביעד שׂר־שׁלום - Admirable conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix: Isaïe énumère quatre titres, chacun étant composé de deux termes:
- פלא יועץ - Admirable conseiller: l'enfant aura pour exercer sa royauté une sagesse extraordinaire, qui fera de lui un nouveau Salomon, plus glorieux encore que lui.
- אל גבור - Dieu puissant: beaucoup voient là l'affirmation de la divinité du Messie. Mais plusieurs textes du Premier Testament attestent que, comme dans toutes les civilisations environnantes, le roi était "adopté" par Dieu (Ps 2,7; 89,27-28), voire était appelé "dieu" (Ps 45,7-8). Il ne s'agit néanmoins pas de nier la divinité du Messie, affirmée dans d'autres passages plus nets que cette simple titulature.
- אביעד - Père éternel: le mot אב 'âb était aussi un titre royal (1S 24,12; 2R 5,13). L'expression אביעד signifie donc que le règne de ce descendant de David sera sans fin.
- שׂר־שׁלום - Prince de la paix: ce titre, qui n'est pas sans évoquer à nouveau Salomon, souligne la capacité de ce roi à instaurer une paix durable sous son règne (Is 11,5-9).
Ce verset confirme donc le caractère extraordinaire du règne de ce roi.

Verset 6.
Les titres du verset précédent sont expliqués ici:
- le terme "משׂרה miśrâh - le pouvoir" est construit sur même racine que "שׂרśar - le prince";
- le terme "שׁלום shâlôm - la paix" fait très précisément écho au titre de "שׂר־שׁלום - Prince de la paix";
- l'établissement "במשׁפט ובצדקה - par le droit et par la justice" (sur chacun des deux termes constituant la paire figée "משׁפט וצדקה – justice et équité" , voir ici et ici) de cette paix résulte de la sagesse de l' "פלא יועץ - Admirable conseiller";
- la mention d'une royauté "מעתה ועד־עולם - Dès maintenant et à toujours" renvoie au titre de "אביעד Père éternel". 

La promesse faite à David par l'intermédiaire du prophète Nathân trouvera donc son accomplissement dans le règne éternel de son éminent descendant. 
 
 • Psaume :  

• Ps 96 / 95, 1-3;11-13

La terre exulte de la joie du ciel: que chante et bondisse de joie toute la création!

Sur ce psaume:
Ce psaume fait partie des psaumes dits "chants du Règne" (Ps 93; 96-99); ils célèbrent la royauté éternelle, universelle et invincible d'YHWH - affirmation fondamentale de la foi juive.
Celui-ci célèbre la souveraineté universelle et la splendeur d'YHWH.
On retrouve pratiquement le même texte en 1Ch 16,23-33.

Remarques:

Versets 1-2.
שׁירו ליהוה שׁיר - Chantez à YHWH un cantique: "accusatif d'objet interne" puisque le premier terme שׁירו shîyrou vient du verbe-racine שׁיר shîyr  (qui signifie "chanter") et a pour complément d'objet le substantif שׁיר shîyr  (qui signifie "un chant"), exactement semblable au verbe-racine.
שׁירו ליהוה - Chantez à YHWH: expression triplée; cette tournure est fréquente dans l'hymnologie vétérotestamentaire; voir par ex. versets 7-8, mais aussi Ps 103,20-22; 118,2-4; 135,1; 136,1-3.
שׁיר חדשׁ - un cantique nouveau: expression fréquemment utilisée, ailleurs dans les psaumes (Ps 33,3; 40,4; 98,1; 144,9; 149,1) et dans tout le Premier Testament (par ex. Is 42,10) pour désigner la réponse humaine d'action de grâce à l'œuvre divine de libération.
• כל־הארץ- toute la terre: cet appel à la louange ne s'adresse pas seulement à Israël mais à l'humanité entière (voir versets 7;9 et Ps 97,1; 100,1; 117,1) car YHWH est le Créateur et Dieu de toute la terre. Cet appel universel à l'adoration anticipe donc les temps messianiques.

Versets 11-13.
Le jugement de Dieu est compris comme une bonne nouvelle, car
ישׁפט־תבל בצדק ועמים באמונתו
"Il jugera le monde avec justice,
Et les peuples selon sa fidélité".
Nous retrouvons le verbe שׁפט shâphaṭ qui signifie à la fois "juger" et "gouverner" (voir à cette page - d'où le titre de "Juges" donné à ceux qui ont dirigé le peuple de Dieu avant les Rois)


• Deuxième Lecture :  

• Tt 2,11-14

Révélation d'un Dieu qui fait grâce, qui offre le Salut à tous, qui conduit nos vies vers le bonheur sans fin, la Nativité du Seigneur réoriente le cours de l'histoire et le sens de nos vies.

La célébration de cette Manifestation divine tourne nos regards vers la perspective de se bonheur sans fin...

Remarques:

Sur les épîtres pastorales et plus particulièrement sur la Lettre à Tite, voir l'introduction à cette page.
Après avoir donné à Titus/Tite en 2,1-10 ses recommandations concernant diverses catégories de fidèles, Paul développe ici le thème de la grâce, source de Salut.

Verset 11.
᾿Επεφάνη - a été manifestée: en Jésus Christ (cf. verset 14).

Verset 13.
ἐπιφάνειαν τῆς δόξης [...]᾿Ιησοῦ Χριστοῦ - la manifestation de la gloire de [...] Jésus Christ: lors de son retour, au dernier jour, sa gloire sera manifestée de manière évidente, tout comme sa grâce, source de Salut, a été manifestée (verset 11) lors de son Incarnation.
τοῦ μεγάλου Θεοῦ καὶ σωτῆρος ἡμῶν ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ -  de Jésus Christnotre grand Dieu et Sauveur: parfois traduit "du grand Dieu et de notre Sauveur Jésus Christ"; mais, étant donné l'allusion à la "venue glorieuse" (qui est celle du Fils, et non du Père) et surtout la construction de la phrase (un seul article "τοῦ", donc un seul groupe nominal), c'est bien Jésus Christ qui est appelé "notre grand Dieu".


• Evangile :  

• Lc 2,1-14

Jean le Précurseur est né dans la maison de ses parents, entourés de leurs voisins.
Jésus, lui, a vu le jour dans une étable, au cours du déplacement imposé à Marie et à Joseph par un ordre de recensement.
Des gens de peu apprennent par "l'ange du Seigneur" que cette humble naissance est celle d'un Sauveur.
Dieu se révèle dans la faiblesse...

<- Mangeoire trouvée à Megiddo.

Celle où l'Enfant aurait été déposé à sa naissance pouvait ressembler à celle-ci (garnie de foin - et sans doute recouverte d'un vêtement - bien entendu!)

Remarques:

Verset 1.
δόγμα παρὰ Καίσαρος Αὐγούστου - un édit de César Auguste:
- Καῖσαρ - César: titre donné aux empereurs romains; ce mot Καῖσαρ Kaïsar est la transcription grecque du latin Caesar (même racine que l'hébreu "שׂרśar - le prince"), qui a donné les titres "tsar", "Kaiser",...
- Αὔγουστος - Auguste: empereur romain qui a régné de 29/27 av.J.C. à 14 ap.J.C. Pour assainir les finances de l'Empire, il a fait procéder à plusieurs recensements destinés principalement à organiser le paiement de l'impôt (ils servaient aussi à préparer le recrutement de l'armée, mais les Juifs étaient dispensés de service militaire).
A cette époque, la Palestine était un royaume indépendant dont Hérode le Grand était roi; cependant, il tenait son pouvoir de Rome: il n'est donc pas étonnant que, pour s'attirer l'amitié des Romains, il ait également organisé de lui-même, dans son royaume (versets 2,3 et5) un tel recensement.
- πᾶσαν τὴν οἰκουμένην -  tout le monde habité: dans la perspective de l'époque, "tout l'Empire".

Verset 2.
ἡγεμονεύοντος τῆς Συρίας Κυρηνίου - pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie: on sait que Quirinius a été gouverneur ("légat") de Syrie à partir de 6 ap.J.C. et qu'il a organisé à cette date un recensement, auquel Ac 5,37 renvoie.
Mais à l'époque d'Hérode le Grand, c'est Publius Quintilius Varus qui est légat de la province romaine de Syrie (il l'a été de 10/9 à 7/6 av.J.C.).
D'aucuns en ont conclu que Luc aurait situé le recensement dix ans trop trop, ou encore qu'il ferait allusion à un recensement organisé sous Hérode, et achevé sous Quirinius.
Mais ces hypothèses ne tiennent pas compte de plusieurs éléments:
- d'abord, Luc précise "αὕτη ἡ ἀπογραφὴ πρώτη - ce premier recensement", ce qui suppose qu'il y en ait eu au moins deux (le second pouvant être celui de 6 ap.J.C.);
- en outre, dès 12 av.J.C., Quirinius avait des responsabilités militaires dans la région; or une inscription épigraphique de l'époque (Lapis Tiburtinus) parle d'un homme devenu légat impérial de Syrie "pour la seconde fois", ce qui ne peut s'appliquer qu'à lui.
Celui-ci aurait donc été:
- d'abord nommé légat impérial de Syrie, chargé des affaires militaires, vers 4/6 av.J.C.; c'est alors qu'Hérode, roi "indépendant" aurait traité avec lui pour organiser ce recensement (il n'est pas encore "légat impérial" en titre);
- puis légat impérial en 6 ap.J.C.: il peut alors organiser lui-même le second recensement.

Méditation:
De saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787), évêque et docteur de l'Eglise
Discours pour la neuvaine de Noël:
      « Je vous annonce une grande joie. » Telles sont les paroles de l'ange aux bergers de Bethléem. Je vous les redis aujourd'hui, âmes fidèles : je vous apporte une nouvelle qui doit vous causer une grande joie. Pour de pauvres exilés, condamnés à mort, peut-il y avoir plus heureuse nouvelle que celle de l'apparition de leur Sauveur, venu non seulement les délivrer de la mort, mais leur obtenir le retour dans la patrie ? C'est précisément ce que je vous annonce : « Un Sauveur vous est né » [...]
      Quand un monarque fait sa première entrée dans une ville de son royaume, on lui rend les plus grands honneurs ; que de décors, que d'arcs de triomphe ! Prépare-toi donc, ô heureuse Bethléem, à recevoir dignement ton Roi [...] Sache, te dit le prophète (Mi 5,1), que parmi toutes les cités de la terre, tu es la plus favorisée, puisque c'est toi que le Roi du ciel a choisie pour lieu de sa naissance ici-bas, afin de régner ensuite non pas seulement sur la Judée, mais sur les cœurs des hommes en tous lieux [...] Qu'auront dit les anges en voyant la Mère de Dieu entrer dans une grotte pour y enfanter le Roi des rois ! Les enfants des princes viennent au monde dans des appartements étincelants d'or [...]; ils sont entourés des plus hauts dignitaires du royaume. Le Roi du ciel, lui, veut naître dans une étable froide et sans feu; pour se couvrir, il n'a que de pauvres lambeaux; pour reposer ses membres, qu'une mangeoire misérable avec un peu de paille [...]
      Ah ! La seule considération de la naissance de Jésus Christ et des circonstances qui l'accompagnèrent devrait nous embraser d'amour; et les seuls mots de grotte, de mangeoire, de paille, de lait, de vagissements, replaçant devant nos yeux l'Enfant de Bethléem, devraient être pour nous autant de flèches enflammées blessant d'amour tous nos cœurs. Heureuses grotte, mangeoire, paille! Mais bien plus heureuses les âmes qui chérissent avec ferveur et tendresse ce Seigneur tant digne d'amour et qui, brûlant de charité ardente, le reçoivent dans la sainte communion. Avec quel élan, avec quelle joie Jésus vient reposer dans l'âme qui l'aime vraiment !

Messes de l'Aurore et du Jour de Noël,
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