Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven
Nabiîm
Prophètes

Rappel:

1. NEVIIM RISHONIM
(Prophètes antérieurs ou premiers - à cette page):
Yehoshua (Josué - Jos)
Shophtim (Juges - Jg)
Shemouel (Samuel I et II - 1S, 2S)
Melakim (Rois I et II - 1R, 2R)

2. NEVIIM AHARONIM
(Prophètes postérieurs ou derniers - ci-dessous et pages suivantes):
Yeshayahou (Isaïe ou Esaïe - Is ou Es)

Yirmeyahou (Jérémie - Jr)

Yehèzq'él (Ezéchiel - Ez)

Les Douze "petits" prophètes:
Hoshéa (Osée - Os)
Yoel (Joël - Jl)
Amos (Am)
Obadiya (Abdias - Ab)
Yonah (Jonas - Jon)
Mikayahou (Michée - Mi)
Nahoum (Nahum - Na)
Habaquq (Ha)
Zephaniyah (Sophonie - So)
Haggay (Aggée - Ag)
Zakariyah (Zacharie - Za)
Malaky (Malachie - Ma)



2. NEVIIM AHARONIM
"Prophètes derniers":
Les « prophètes postérieurs » (ou « derniers ») sont les prophètes écrivains, qui ont écrit des oracles et dont le peuple a gardé le souvenir des hauts faits (guérison, gestes bienfaisants). Ces oracles ont été recueillis progressivement, sans souci de l'ordre chronologique; on a constitué des livres placés sous le nom du prophète qui en a écrit les premiers éléments.

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Isaïe

  Isaïe (Iesha‘yahou, dont le nom signifie « Yah sauvera », ce qui résume bien son message prophétique) est le premier des grands prophètes d’Israël. Il est cité vingt-cinq fois dans le Nouveau Testament sous sa forme grecque Esaïas, d’où vient notre Ésaïe ou Isaïe. Sa signification est proche de celle de Iehoshoua‘ (Josué), Hoshéa‘ (Osée), Èlisha‘ (Élie) et Iéshoua‘ (Jésus).
    Depuis le commentaire que J. C. Doederlein publia en 1775, il est généralement admis que ce volume comprend deux œuvres bien distinctes, celle d'Isaïe lui-même (chapitres 1 à 39) et celle du « Second Isaïe » (ou Deutéro-Isaïe), œuvre anonyme écrite vers 550-540 (chapitres 40 à 66). La présentation de ces deux auteurs en un seul volume existait déjà au IIème siècle avant l’ère chrétienne. La tradition juive concorde avec la chrétienne sur un point: toutes deux ont enseigné que le livre d’Isaïe est l'œuvre d’un seul homme. Cependant l’hypothèse de Doederlein, reprise en 1780 par J. B. Koppe, et avancée dès le XIIe siècle en Espagne par Abrahâm ibn ‘Ezra, a été confirmée par l’ordinateur auquel Y. T. Radday, en 1969 à Jérusalem, donna tous les éléments connus du problème. La réponse fut claire: il n’existe aucune possibilité raisonnable de penser que les deux parties du livre d’Isaïe sont l'œuvre d’un seul auteur. Depuis la découverte des 66 chapitres d’Isaïe parmi les manuscrits de la mer Morte, W. H. Brownlee pousse la différenciation plus loin. Il pense que les 33 premiers chapitres de l'œuvre forment un tout autonome nanti d’un appendice historique (chapitres 36 à 39). D’autres critiques considèrent que les dix derniers chapitres du volume ont été écrits par un Troisième Isaïe (Trito-Isaïe), le chantre de la fin des temps (chapitres 56 à 66).
   
La première partie de la vie publique d'Isaïe (vers 739-732) commence par l’illumination qui s’empare de lui au sanctuaire de Jérusalem (chapitre 6). À l’appel de YHWH l'Eternel il répond: Me voici, envoie-moi. Il accepte d’être le regard et la voix de l'Eternel parmi un peuple et une humanité en plein désarroi. Il joue un rôle public lorsque la Syrie et Israël envahissent le royaume de Juda (733).
    Comme le roi Achaz passe outre à ses conseils, l’inspiré se retire de la vie publique: l’alliance avec l’Assyrie le renvoie à ses solitudes et à son silence (8,16-18). On suppose que, pendant ses années de désert, sa contemplation s’approfondit et qu’un cercle d’adeptes se forme autour de lui.
    Quand Ézéchias, le fils et successeur d’Akhaz, règne sur Juda (716-687), Isaïe est plus libre d’exprimer ses pensées: l’une de ses « charges » date de l’année de la mort d’Akhaz (14,28-32). Alors, le roi Ézéchias résiste un temps aux tentatives faites par l’Égypte pour l’entraîner dans la rébellion contre l’alliance assyrienne. Mais il finit par céder à la tentation d’une révolte dont il voit les avantages sans en mesurer tous les risques.
    En 701, Sanhérib (Sennachérib) envahit le royaume de Juda, déporte la population des campagnes et met le siège devant Jérusalem; mais, comme Isaïe l’annonçait, l’impossible se réalise et la ville est sauvée (2 R 19,36; Is 37,36).
    Ce poète et ce voyant est aussi un homme d’action qui sait faire entendre sa voix aux rois et aux hommes d’État, toujours prêt d’ailleurs à signer de son sang l’authenticité de ses paroles. Il entend servir de voix à son Seigneur et, à longueur de vie, il ne se départit jamais d’une certitude que fonde sa parfaite adhérence à l’être et au vouloir de l'Eternel. Homme politique dans le sens le plus élevé du terme, il préconise une politique de neutralité entre les deux blocs qui se partagent alors le Proche-Orient. C’était à coup sûr la voie la plus juste, même si elle pouvait paraître utopique au regard du réalisme politique des gouvernants de son pays.
    Isaïe est un poète-né et l’un des plus grands d’Israël, créateur génial d’une langue qui ne cesse de nous émouvoir et de nous inspirer. Son style est toujours simple et direct. Mais son expérience humaine, large et profonde, donne une incomparable incandescence à son verbe et à sa pensée.
    Car, par-dessus tout, l’inspiré est un contemplatif qui nous communique, avec sa vision, tout l’éclat de son illumination intérieure. Sa théologie, sans être dogmatique, émane du témoignage de sa personne, et explicitement ou implicitement de ses écrits.
   
Le Second et le Troisième Isaïe.
    À partir du chapitre 40, le livre nous fait faire un bond de deux siècles environ, passant de l’époque royale (VIIIème siècle) à celle de l’exil à Babylone (VIème siècle). C’est là que vit l’auteur des chapitres 40 à 55 d’Isaïe. L’exil d’Israël et de Juda, tant de fois prédit dans la Bible, et d’abord par Moïse, est maintenant un fait accompli. Jérusalem et le Temple sont en ruine, mais ils seront reconstruits grâce à Cyrus, ainsi que l’annonce le prophète (44,26-28). Babylone sera châtiée, tandis que l'Eternel apportera à son peuple le réconfort promis.
    Nous ne connaissons rien de l’auteur. Rien, dans le texte, ne transparaît de sa personne ni de sa vie, sinon sa vision et son style: nous sommes ici, du début à la fin, sur les hautes cimes de la révélation biblique.
    Quant aux chapitres 56 à 66, ils sont considérés par de nombreux critiques comme ayant été écrits en terre d’Israël vers la même époque, juste avant ou immédiatement après le retour d’exil.
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1. Chapitres 1-11


• Is 2,1-3

Sur ce passage:

Sur Isaïe, voir plus haut.
Sur Is 2,1-5:
Le livre d’Isaïe s’ouvre sur une description dramatique de la situation d’Israël. C’est sa première «vision au sujet de Juda et de Jérusalem» (Is 1,1). «Race de malfaiteurs, fils pervertis» (1,4), le peuple se détourne de son Dieu et, en proie à la «désolation», «n’est que blessures, contusions, plaies ouvertes» (1,6).
C’est dans ce contexte de souffrance qu’Isaïe s’adresse aux enfants d’Israël.
Son langage est double : menace et consolation ; châtiment et promesse. Il avertit et il réconforte ; il exhorte et il encourage.
Sa deuxième vision (2,1-5) est une promesse de paix perpétuelle. Lorsque l'unité sera faite autour de Jérusalem, l’épée se changera en soc, les lances en faucilles et tous marcheront «à la lumière du Seigneur».
Extraordinaire «vision de paix» – c’est l’un des sens possibles du mot «Jérusalem» – qui nous offerte comme un horizon lumineux au terme de toute souffrance. C’est bien l’horizon de notre attente : «Lui-même, il sera la paix».

Traduction et remarques:
 
Verset 1.
הדבר אשׁר חזה ישׁעיהו בן־אמוץ על־יהודה וירושׁלם׃
Prophétie d'Isaïe, fils d'Amots, sur Juda et Jérusalem.
• הדבר אשׁר חזה - Prophétie: Litt. "la parole que [...] a perçue, reçue, eue en révélation".
 הדבר אשׁר חזה- Prophétie: Litt. "la parole que [...] a perçue, reçue, eue en révélation".
Cette locution a souvent été traduite par "vision", mais elle désigne plus largement toute révélation reçue par un prophète, quel que soit le mode de cette réception.
Elle souligne l'origine divine des oracles du prophète.
ישׁעיהו בן־אמוץ-Isaïe, fils d'Amots:Le nom du prophète, "ישׁעיהוyesha‛yâhû", comme on l'a vu plus haut, signifie "Yah sauve".
Isaïe appartenait sans doute à une famille aristocratique de Jérusalem: il avait ses entrées à la cour royale, connaissait la haute société et avait reçu une éducation de qualité, comme le montrent son style littéraire et la richesse de son vocabulaire; il était bien au fait de la situation politique nationale et internationale.

Verset 2.
 והיה באחרית הימים נכון יהיה הר בית־יהוה בראשׁ ההרים ונשׂא מגבעות ונהרו אליו כל־הגוים׃
Il arrivera, dans la suite des temps,
Que la montagne de la maison de YHWH-l'Éternel
Sera fondée sur le sommet des montagnes,
Qu'elle s'élèvera par-dessus les collines,
Et que toutes les nations y afflueront.
Les vv.2-4 se retrouvent, à quelques variantes près, en Mi 4,1-3.
 באחרית הימים -dans la suite des temps: Le regard du prophète se tourne vers l'avenir. Mi 5,1-4 invite à comprendre qu'il s'agit des temps messianiques.
הר בית־יהוה -la montagne de la maison de YHWH-l'Éternel:C'est-à-dire "la montagne" de Sion, ville choisie par YHWH où se trouve son Temple (voir 2S 5,7; 1R 11,13; Ps 2,6; 15,1; 43,3; 46,5).
 Cette image de l'élévation de la montagne de Sion signifie sa gloire à venir, son rôle de premier plan pour toutes les nations. Le culte rendu au seul vrai Dieu, YHWH, prévaudra sur tous les autres et sera le fait d'hommes de toutes les nations.
Ce thème de la "montagne sainte" ou "montagne d'YHWH" est courant chez Isaïe (ainsi 11,9; 27,13; 56,7; 57,13; 65,25; 66,20; comp. Ez 40,1; Za 14,10;16) et se rapporte généralement au temps de la fin.

Verset 3.
 והלכו עמים רבים ואמרו לכו ונעלה אל־הר־יהוה אל־בית אלהי יעקב וירנו מדרכיו ונלכה בארחתיו כי מציון תצא תורה ודבר־יהוה מירושׁלם׃
Des peuples s'y rendront en foule, et diront:
"Venez, et montons à la montagne de l'Éternel, à la maison du Dieu de Jacob, et il nous instruira de ses voies, et nous marcherons dans ses sentiers. Car de Sion sortira la loi, et de Jérusalem, la parole de l'Éternel."
Annonce de la conversion des païens à YHWH, et de leur affluence à Jérusalem afin d'y être instruits dans la connaissance de l'Éternel, et de l'y servir. Cette affirmation revient très souvent tout au long du livre (ainsi 18,7; 19,18-25; 44,5; 45,14; 49,22; 56,3-8; 65,1).
Jésus dira (Jn 4,22) "Le salut vient des Juifs".  
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• Is 6,1-2a;3-8.

Face à l'arche d'Alliance sur laquelle les séraphins déploient leurs ailes, le prophète prend une conscience aiguë de la grandeur de Dieu trois fois Saint, dont la gloire emplit l'univers, et de sa petitesse d'homme solidaire d'un peuple de pécheurs.
Purifié par le Seigneur, il se met sans réserve à sa disposition pour accomplir la tâche que le Très-Haut voudra bien lui confier.

Sur ce passage:
Sur Isaïe, voir plus haut.
Sur Is 6,1-13: Ce récit de la vocation d'Isaïe doit se situer chronologiquement avant les oracles rapportés par les chapitres 1-5, ce qui montre que l'agencement des textes répond à une logique autre que chronologique (sans doute une volonté de souligner quelle était la situation de Juda au moment où le prophète a reçu son appel - situation rappelée en 6,5).
La grandeur de la vision majestueuse dont Isaïe est le témoin n'est pas sans rapport avec la difficulté de la mission qui lui est confiée. La nature de cette vision (la sainteté absolue d'YHWH) est étroitement liée au message que le prophète va être chargé d'annoncer au peuple: si les perspectives d'avenir ne s'annoncent guère réjouissantes, cependant, au-delà du jugement, il existe pour un "reste" une authentique espérance de salut.

Traduction et remarques:
 
Verset 1.
בשׁנת־מות המלך עזיהו ואראה את־אדני ישׁב על־כסא רם ונשׂא ושׁוליו מלאים את־ההיכל׃
L'année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône très élevé, et les pans de sa robe remplissaient le temple.
בשׁנת־מות המלך עזיהו - L'année de la mort du roi Ozias: Vers 740 av. notre ère (voir 2R 15,7; 2Ch 26,21-23).
ואראה את־אדניje vis le Seigneur:
- אדני 'ădônây - le Seigneur: Forme emphatique de אדון ou אדן 'âdôn (voir à cette page; et page sur "les noms de Dieu"), seulement utilisée pour désigner Dieu. Voir plus bas note sur 7,15.
 - Sur la possibilité de "voir Dieu", voir Ex 33,20.
Selon la Bible, on ne peut voir "la face de Dieu" (page sur ce thème en préparation; voir Ex 33,23; Jg 6,22-23; 13,22) et vivre; c'est pourquoi Moïse le "voit" "de dos".
Pourtant, Dieu se laisse voir de diverses manières (Gn 32,31; Nb 12,8; Dt 34,10) - il donne donc quelque chose à connaître de lui, même si son être dépasse ce que la créature peut en connaître; des textes relatent des "visions" de Dieu expérimentées par certains hommes, comme ici ou encore Ez 1.
Ici, l'Eternel apparaît au prophète tel un roi entouré de sa cour, et siégeant pour rendre la justice; Isaïe a vraisemblablement eu cette vision alors qu'il était lui-même dans le Temple de Jérusalem.

Verset 2.  
שׂרפים עמדים ממעל לו שׁשׁ כנפים שׁשׁ כנפים לאחד בשׁתים יכסה פניו ובשׁתים יכסה רגליו ובשׁתים יעופף׃
Des séraphins se tenaient au-dessus de lui; ils avaient chacun six ailes; deux dont ils se couvraient la face, deux dont ils se couvraient les pieds, et deux dont ils se servaient pour voler.
שׂרפיםDes séraphins:
 שרפים seraphim, transcrit « séraphins », pluriel de שׂרף śârâph, signifie en fait « serpents brûlants ». Ce mot désigne un cobra du désert qui crache son venin dans les yeux de sa proie (Nb 21,6;8; Dt 8,15).

1. Évolution de l'image.
- Cet animal en position debout est devenu un symbole protecteur en Égypte, dès le IIIème millénaire.
- Au IIème millénaire, les Égyptiens lui ajoutent une paire d’ailes, pour souligner davantage encore sa fonction protectrice.
- Sous le règne d'Akhab (874-853), ce symbole est repris en Israël du Nord.
- Au VIIIème s. av. J.-C., en Judée, l’influence égyptienne est forte; des sceaux  montrent des cobras, mais cette fois ils présentent deux paires d’ailes
- La vision d'Isaïe relatée ici a lieu à cette même époque; Isaïe utilise une image qu'il connaît bien, tout comme ses contemporains. Dieu trônant en majesté est donc entouré de deux cobras, dotés cette fois de trois paires d'ailes: quatre ailes leur servent à se protéger (non plus à protéger), et deux à voler (Is 14,29; 30,6).
- Par la suite, le séraphin va « s’humaniser », être doté d'abord de visage et de mains d'hommes (l'iconographie orientale en présente plusieurs exemples); puis de jambes, et l’on finira par traduire ce mot par « séraphins-anges » au lieu de « cobras brûlants ailés », sinon le lecteur n'aurait plus compris cette vision!

2. Sens de l'image.
On peut penser que cette image de serpents ailés renvoie à l'épisode relaté en Nb 21,6, et qu'ils symbolisent le jugement divin (vv.9-12); il en est de même en Is 14,29. 
Ils peuvent être aussi symboles de la royauté divine.

3. Postérité de l'image.
Les "quatre vivants" de l'Apocalypse (Ap 4,6-9) combinent les traits de ces êtres avec ceux des "vivants" d'Ez 1; 10.

רגליו - les pieds: רגל regel, traduit généralement par "pied" peut également désigner par euphémisme les parties génitales (cf. Ex 4,25).

Verset 3.
וקרא זה אל־זה ואמר קדושׁ קדושׁ קדושׁ יהוה צבאות מלא כל־הארץ כבודו׃
Ils criaient l'un à l'autre, et disaient: Saint, saint, saint est YHWH-Adonaï des armées! toute la terre est pleine de sa gloire!
Les Juifs reconnaîtront dans cette proclamation le socle du Qaddish; les chrétiens reconnaîtront celui du Sanctus.
קדושׁ קדושׁ קדושׁSaint, saint, saint: Cette expression triple a une valeur de superlatif; elle proclame la sainteté absolue de YHWH.
צבאות - les armées:
- Pluriel de צבא tsâbâ' (ou צבאה  tsebâ'âh), "armée", longtemps simplement transcrit dans la liturgie catholique par "Sabaoth".
- L'expression יהוה צבאות - Adonaï des armées apparaît près de 300 fois dans la Bible.
- Dans les textes les plus anciens, la formule a sans conteste un sens guerrier, puisqu'on le trouve dans le récit de batailles (1S 4,4): "YHWH des armées".
- Mais plus tard on voudra atténuer cet aspect, et, après avoir simplement transcrit le substantif, on le traduira par "les armées célestes" (désignant ainsi les astres ou les anges, dont on les rapproche volontiers); on trouve donc souvent les traductions "Seigneur Dieu des Puissances", "Dieu de l'univers", "Seigneur tout-puissant", etc.
(Voir aussi à cette page).

Verset 4.
וינעו אמות הספים מקול הקורא והבית ימלא עשׁן׃
Les portes furent ébranlées dans leurs fondements par la voix qui retentissait, et la maison se remplit de fumée.
Tremblement de terre, coups de tonnerre ("la voix qui retentissait"), fumée ou nuée, sonnerie de « trompette puissante » (en fait, de shofar): autant de signes annonciateurs des manifestations du Dieu Tout-Puissant
dans la Bible, des théophanies (comp. Ex 19,18-19). 

Verset 5.
 ואמר אוי־לי כי־נדמיתי כי אישׁ טמא־שׂפתים אנכי ובתוך עם־טמא שׂפתים אנכי יושׁב כי את־המלך יהוה צבאות ראו עיני׃
Alors je dis: Malheur à moi! je suis perdu, car je suis un homme dont les lèvres sont impures, j'habite au milieu d'un peuple dont les lèvres sont impures, et mes yeux ont vu le Roi, YHWH-Adonaï des armées.
Cette vision de la sainteté de YHWH produit en Isaïe une profonde conviction de péché (comp. Ex 33,20).
Verset 6.
 ויעף אלי אחד מן־השׂרפים ובידו רצפה במלקחים לקח מעל המזבח׃
Mais l'un des séraphins vola vers moi, tenant à la main une pierre ardente, qu'il avait prise sur l'autel avec des pincettes.
המזבחl'autel: Peut-être l'autel des parfums, qui se trouvait dans le sanctuaire, ou plutôt - voir note sur le verset suivant - l'autel des sacrifices, qui se trouvait à l'extérieur (voir cette page).

Icône typologique "Le prophète Isaïe" ->
(vers 1560, musée de Novgorod).
Isaïe porte un phylactère sur lequel est inscrit sa prophétie messianique au roi Akhaz (voir ci-dessous, Is 7,14): "Le Seigneur lui-même va vous donner un signe [...] l'Emmanuel" - et tient un tison avec lequel un séraphin lui a purifié les lèvres.

Verset 7.
 ויגע על־פי ויאמר הנה נגע זה על־שׂפתיך וסר עונך וחטאתך תכפר׃ 
Il en toucha ma bouche, et dit: Ceci a touché tes lèvres; ton iniquité est enlevée, et ton péché est expié. 
La braise prise sur l'autel et appliquée sur les lèvres d'Isaïe représente l'application à sa personne de la vertu expiatoire des sacrifices. Cette purification des lèvres rend Isaïe apte à sa mission prophétique (comp. Jr 1,9; Ez 2,8; Dn 10,16).

Verset 8.  
 ואשׁמע את־קול אדני אמר את־מי אשׁלח ומי ילך־לנו ואמר הנני שׁלחני׃
J'entendis la voix du Seigneur, disant: Qui enverrai-je, et qui marchera pour nous? Je répondis: Me voici, envoie-moi.
לנוpour nous: Le Dieu Roi parle en son nom et en celui de sa cour céleste.
הנני שׁלחני - Me voici, envoie-moi: La disponibilité d'Isaïe (הנני - Me voici!) rappelle le magnifique récit de la vocation du tout jeune Samuel (1S 3); et la promptitude de sa réponse tranche avec celles de Moïse ou de Jérémie.
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• Is 7,10-16.

Parce qu'il se fiait plus aux alliances humaines qu'au Dieu de l'Alliance, Akhaz
(אחז  'âk'hâz; voir plus bas, note sur 11,4) va jusqu'à dédaigner l'offre d'une garantie nouvelle et immédiate.

Sur ce passage:

Sur "le" Livre d'Isaïe, voir plus haut.
Sur Is 7,1 - 12,6: voir plus bas, "le livret de l'Emmanuel".
La paix universelle promise par le Seigneur par la bouche de son prophète dès le début du livre prend aujourd’hui un visage : celui d’un enfant qui est aussi un roi et sur qui repose le destin de tout le peuple. Isaïe est l’homme qui rend concrète l’espérance d’Israël : Dieu se manifeste dans l’histoire et pas seulement au terme de l’histoire. Le texte que nous méditons ici est ce qu’on appelle un oracle messianique : ancré dans l’histoire d’Israël, il la dépasse en prenant une portée prophétique centrée sur la figure d’un Messie sauveur, porteur d’une paix sans fin. Le roi Akhaz (roi de Juda de 735 à 716 avant notre ère; affronté à la coalition syro-éphraïmite, il préféra se mettre sous la dépendance totale de l'Assyrie pour garantir sa sécurité; voir 2R 16et note, ci-dessous, sur le v.16) peut bien rejeter l’alliance avec le Saint d’Israël, Dieu fera surgir un nouveau roi, «prince-de-paix» (voir plus bas, note sur 9,5), «Emmanuel», ce qui signifie «Dieu-avec-nous».
Sur le nom du roi: la consonne centrale de ce nom, אחז, 'âk'hâz, est un "kheth"; or, le plus souvent (et c'est le cas ici), cette lettre est une gutturale (plus fortement marquée encore que le "ch" allemand); il est traditionnel de le translittérer en "kh" en français (parfois "ch" par analogie avec l'allemand dans les traductions anciennes: L.Segond par ex., mais aussi la BJ) voire en "h" (qui doit être fortement aspiré à la lecture), comme dans le Semeur ainsi que la plupart des traductions anglaises. Lorsqu'elle est moins gutturale, elle alors translittérée par un "k".
LXX transcrit "Αχαζ" - soit "ch" prononcé "kh" (comme dans les mots français d'origine grecque comportant un χ "khi")
En tout cas, elle ne devrait jamais être translittérée par un "c" comme c'est hélas le cas dans la traduction liturgique ("c" pourrait à la rigueur être utilisé pour la transcription du כ"kaf", généralement translittéré "k" - ou celle du ק "qof", généralement translittéré "q")!... 
Traduction et remarques:
 
Verset 10.
 ויוסף יהוה דבר אל־אחז לאמר׃
Et YHWH-l'Éternel parla encore à Akhaz, disant:

Verset 11.
שׁאל־לך אות מעם יהוה אלהיך העמק שׁאלה או הגבה למעלה׃
Demande pour toi un signe de la part de YHWH-l'Éternel, ton Dieu; demande-le dans les lieux bas ou dans les hauteurs d'en haut.
Pour attester la véracité de sa Parole, et fortifier la foi du roi, YHWH est prêt à accorder à Akhaz un signe (comp. Ex 3,12; Jg 6,17-22;36-40).
או הגבה למעלה - ou dans les hauteurs d'en haut: Une manière de dire "un signe aussi extraordinaire que tu le souhaiteras, même s'il ne se produit pas sur terre". Il s'agit donc d'un miracle manifeste.

Verset 12.
  ויאמר אחז לא־אשׁאל ולא־אנסה את־יהוה׃
Et Akhaz dit: Je ne le demanderai pas, et je ne tenterai pas YHWH-l'Éternel.
La réponse du roi - qui feint d'adopter une attitude pieuse en invoquant Dt 6,16 - est hypocrite. En fait, il refuse cette offre, car accepter un signe, ce serait devoir changer de politique: se confier en YHWH et non plus dans le roi d'Assyrie. Akhaz "endurcit son coeur".

Verset 13.
 ויאמר שׁמעו־נא בית דוד המעט מכם הלאות אנשׁים כי תלאו גם את־אלהי׃
Et [Isaïe] dit: Écoutez donc, maison de David: Est-ce peu de chose pour vous de lasser la patience des hommes, que vous lassiez aussi la patience de mon Dieu?
בית דוד -maison de David: Le "signe" qui va être donné le sera donc pour l'ensemble de la dynastie davidique, non plus pour le seul Akhaz, qui ne le mérite pas.

Verset 14.
  לכן יתן אדני הוא לכם אות הנה העלמה הרה וילדת בן וקראת שׁמו עמנו אל׃ 
C'est pourquoi le Seigneur, lui, vous donnera un signe: Voici, la vierge concevra et elle enfantera un fils, et appellera son nom "Emmanuel".
אדני -le Seigneur:
 אדני'ădônây "Adonaï" est la forme emphatique deאדן ou אדון  'âdôn(= un "seigneur", un "chef") pour désigner YHWH; LXX le traduit, bien normalement, par "κύριος".
On sait par ailleurs que ce mot est le qéré (= la leçon orale) du tétragramme divin, que LXX traduit également par "κύριος", "Seigneur"; ce qui indique que pour les 70/72 rabbins alexandrins les deux mots hébreux יהוה(kétiv = leçon écrite, transcrite par YHWH) et אדני (son qéré) formaient bien un tout.
העלמה -la vierge:Le terme "עלמה‛almâh" dérive du verbe "עלם‛âlam", qui signifie "voiler", "tenir caché"; il désigne la jeune fille non mariée, ce qui sous-entend qu'elle n'a pas eu de rapports sexuels; le terme choisi par LXX pour le traduire est "ἡ παρθένος", qui explicite l'idée de virginité.
עמנו אל-"Emmanuel":Le nom "עמּנוּאל‛immânoû'êl" est formé de la préposition
"עם  ''im", "avec" - d'un suffixe pronominal - et du nom divin "אל- 'êl". Ce nom, "El avec nous", reviendra en 8,8;10.
Cet enfant aura Dieu à ses côtés, contrairement à Akhaz.
Plusieurs identifications ont été suggérées, parmi lesquelles:
1- le roi Ezechias, fils de l'épouse royale - mais celui-ci était déjà lorsque cet oracle a été prononcé (2R 18,2); la mère n'est donc plus une "עלמה";
2- un fils du prophète Isaïe - mais c'est le nom des fils du prophète qui servent de "signe" en 7,3 et 8,1, et il n'est nulle part question de naissance miraculeuse à leur propos;
3- la tradition chrétienne, à la suite de Mt 1,23, s'appuyant sur LXX ("ἡ παρθένος"), y a discerné l'annonce de la naissance virginale de Jésus.

Verset 15.
  חמאה ודבשׁ יאכל לדעתו מאוס ברע ובחור בטוב׃
Il mangera du caillé et du miel, jusqu'à ce qu'il sache rejeter le mal et choisir le bien.
חמאה ודבשׁ-du caillé et du miel:
 
Le mot "חמאהkh'em'âh" désigne le lait ou le fromage, "caillé", et non "la crème"; quant au "miel" ("דּבשׁdebash"), il s'agissait alors du miel "sauvage" (miel de guêpes), très courant dans tout le monde méditerranéen.
Loin de constituer des mets de choix (certains parlant même de "repas des dieux"!...), ces termes "חמאה ודבשׁ" indiquent donc au contraire les temps difficiles que le nouveau-né aura à vivre, avec les siens, au début de son existence. En effet, ce menu de fortune est le résultat de la dévastation du pays, mentionnée aux vv.21-25; cette évocation signifie que l'enfant naîtra alors que son peuple vivra des temps d'humiliation.


לדעתו מאוס ברע ובחור בטוב-jusqu'à ce qu'il sache rejeter le mal et choisir le bien: C'est-à-dire jusqu'à l'âge du discernement moral:
- six ans selon certains,
- douze-treize ans (treize ans: majorité religieuse dans la religion juive) selon d'autres;
- mais - sur la base de Dt 1,39 comparé à Nb 14,29-31 - la plupart des exégètes considère qu'il s'agit de l'âge adulte (vingt ans), et donc, pour l'enfant, de l'âge d'exercer la royauté.

Verset 16.
   כי בטרם ידע הנער מאס ברע ובחר בטוב תעזב האדמה אשׁר אתה קץ מפני שׁני מלכיה׃ 
Car avant que l'enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, le pays des deux rois, duquel tu as peur, sera abandonné.
תעזב האדמה אשׁר אתה קץ מפני שׁני מלכיה -le pays des deux rois, duquel tu as peur, sera abandonné:C'est-à-dire "les terres syro-éphraïmites"; en effet, le royaume de Damas (= la Syrie) sera annexé en 732 par l'Assyrie, ainsi sans doute qu'une partie du royaume du Nord (= Ephraïm) qui, en 722, sera envahi et dont la population sera déportée.
  
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• Is 8,23b - 9,3

Au peuple tombé sous le joug étranger, Isaïe, plusieurs siècles avant notre ère, annonce la merveilleuse restauration de son indépendance nationale.
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▪ Is 9,1-6

Joie au sein des ténèbres opaques d'un peuple en déportation: naissance d'un enfant aux titres prestigieux; promesse d'un avenir de paix sans fin et de justice pour tous.
Merveille accomplie par "l'amour invincible du Seigneur de l'univers"!

Remarques:
Sur "le" livre d'Isaïe, voir plus haut.
Sur Is 7,1 - 12,6:
 
Les chap 7-12 constituent une unité au sein du livre, communément appelée "livret de l'Emmanuel".
Ses différents oracles font alterner annonce du jugement et promesse de salut.
- Comme précédemment, le prophète insiste sur le caractère inéluctable du jugement divin qui va s'abattre sur son peuple, en raison de son comportement:
- il refuse de se confier en YHWH-l'Éternel, préférant placer sa confiance dans la puissance assyrienne (voir plus haut, Is 7,10-15 et notes);
- il préfère se livrer aux pratiques païennes de la divination que se mettre à l'écoute de la Loi;
- il prend plaisir à commettre le mal et l'injustice, plutôt qu'à pratiquer le droit, משפט, et la justice, צדק (« doublet figé »).
L'Assyrie sera l'instrument choisi par YHWH, maître de l'Histoire, pour rétribuer aussi bien le royaume du Nord que celui de Juda.
- Mais le prophète annonce également la délivrance que YHWH va opérer - délivrance qui concerne à la fois un futur proche (libération de Jérusalem, 701 av. notre ère) et un avenir lointain (salut eschatologique). 

Il dévoile aussi progressivement le portrait de celui qui va être le principal agent de cette œuvre de salut.
Il s'agit d'un personnage éminent:
- nouveau David, il sera le roi messianique promis, dont le règne n'aura pas de fin;
- nouveau Salomon, il possèdera une sagesse hors du commun, exercera le droit et la justice ("משׁפט וצדקה") et établira la paix ("שלום" - pas la seule absence de conflits, mais la plénitude de la sérénité);
- nouveau Moïse, il conduira le nouvel exode - qui, bien plus qu'un retour au pays promis, sera un retour à YHWH, lequel se fera connaître d'une manière plus approfondie.

Ce salut grandiose est célébré dans le cantique (chap.12) qui clôt cette unité - salut qui ne sera pas réservé au seul "reste" d'Israël, mais qui concernera aussi les nations païennes (8,23).


Traduction et notes:

CHAP. 8
Verset 23 (ou 9,1).
 כי לא מועף לאשׁר מוצק לה כעת הראשׁון הקל ארצה זבלון וארצה נפתלי והאחרון הכביד דרך הים עבר הירדן גליל הגוים׃
Toutefois l'obscurité ne sera pas selon que la détresse fut sur la terre, quand au commencement il pesa légèrement sur le pays de Zabulon et le pays de Nephtali, et plus tard s'appesantit sur elle, chemin de la mer, au delà du Jourdain, Galilée des nations:
ארצה זבלון וארצה נפתלי
-
Le pays de Zabulon et le pays de Nephthali
:

- Zabulon: tribu d'Israël, rattachée au sixième et dernier fils de Jacob et Léa (Gn 30,19-20). Son territoire est dans le nord, en Galilée (Jos 19,10-16).
- Nephthali: tribu d'Israël, rattachée au deuxième fils de Bilha (servante de Rachel; Gn 30 7-8). Son territoire est au nord-est du lac de Gennésareth, en Galilée.
 Cette région fut annexée par les Assyriens, dès 734-732 av. notre ère, lors de leur intervention contre la coalition syro-ephraïmite (2R 15,29; 16,9). Sa population avait été par la suite déportée (sur ces circonstances historiques, voir plus haut, l'introduction à Is 7,11-16 et les notes sur ce passage).
דרך הים-La contrée voisine de la mer:Litt.: "<sur> la route de la mer", c'est-à-dire la route qui longe la Méditerranée, reliant la Syrie à l'Égypte.
גליל הגוים-La Galilée des Nations:
- Rappel:
les "גוים gôyîm" sont les non-Juifs; 
ce terme est généralement traduit par "les Nations" par analogie avec LXX qui utilise le terme "ἐθνη", et Vulgate qui utilise "gentes"; mais on trouve aussi "les païens", ou "les Gentils" (dérivé du latin).
- On appelait ainsi la la Galilée parce que sa population était fortement mélangée (des Cananéens y étaient restés - Jg 1,33 - et le roi Salomon avait donné une partie du territoire au roi de Tyr - 1R 9,11; sur  Canaan, "Tyr et Sidon": voir encadré en Mt 15,21, à cette page).
Après la déportation, des populations païennes s'y établiront; et, au temps de Jésus, cette région sera fortement méprisée.
- Isaïe annonce pourtant que la manifestation du salut divin s'y fera.

CHAP. 9
Verset 1 (ou 9,1) .
 העם ההלכים בחשׁך ראו אור גדול ישׁבי בארץ צלמות אור נגה עליהם׃
le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière; ceux qui habitaient dans le pays de l'ombre de la mort, la lumière a resplendi sur eux!
אור גדול- une grande lumière;אור - une lumière:
L'image de la lumière sert souvent à évoquer le Salut chez Isaïe.

Verset 2 (ou 9,3) .
 הרבית הגוי [לא כ] (לו ק) הגדלת השׂמחה שׂמחו לפניך כשׂמחת בקציר כאשׁר יגילו בחלקם שׁלל׃
Tu as multiplié la nation, tu lui as accru la joie; ils se réjouissent devant toi, comme la joie à la moisson, comme on est transporté de joie quand on partage le butin.
הרבית הגוי [לא כ] (לו ק) הגדלת השמחה - Tu as multiplié la nation, tu lui as accru la joie: Ici la leçon écrite, le kétiv לא lô' est incompréhensible dans le contexte, puisqu'il s'agit de la négation; les massorètes ont donc corrigé par le qéré, לו "pour lui/elle".
 
Verset 3.
כי את־על סבלו ואת מטה שׁכמו שׁבט הנגשׂ בו החתת כיום מדין׃
Car le joug qui pesait sur lui,
Le bâton qui frappait son dos,
La verge de celui qui l'opprimait,
Tu les brises, comme à la journée de Madian.
כיום מדין - comme à la journée de Madian: Allusion à la victoire de Gédéon sur les Madianites (Jg 6-7). Cette victoire soudaine et inespérée préfigure la fin de l'humiliation d'Israël et la manifestation du Salut, œuvre divine et non humaine.

Remarques:

Verset 4.
Tout équipement militaire sera détruit puisque la paix règnera: voir Is 2,4.

Verset 5.
ילד ילד - un enfant est né: littéralement, "un (nouveau-)né est né" - cas particulier d' "infinitif absolu" puisque le premier terme ילד yeled (qui désigne un être "né") dérive et est sujet du second, le verbe ילד yâlad (qui signifie "naître").
ילד [...]  בן - un enfant [...] un fils: il s'agit d'un descendant de David, héritier du trône, donné au peuple pour exercer la royauté sur lui, selon la promesse faite à David (2S 7,12-16; cf. Ps 2,7). C'est l'Emmanuel d'Is 7,14:
הנה העלמה הרה וילדת בן וקראת שׁמו עמנו אל׃
Voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils, et on lui donnera le nom d'Emmanuel (voir plus haut).
פלא יועץ אל גבור אביעד שׂר־שׁלום - Admirable conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix: Isaïe énumère quatre titres, chacun étant un bimembre:
- פלא יועץ - Admirable conseiller: l'enfant aura pour exercer sa royauté une sagesse extraordinaire, qui fera de lui un nouveau Salomon, plus glorieux encore que lui.
- אל גבור - Dieu puissant: beaucoup voient là l'affirmation de la divinité du Messie. Mais plusieurs textes du Premier Testament attestent que, comme dans toutes les civilisations environnantes, le roi était "adopté" par Dieu (Ps 2,7; 89,27-28), voire était appelé "dieu" (Ps 45,7-8). Il ne s'agit néanmoins pas de nier la divinité du Messie, affirmée dans d'autres passages plus nets que cette simple titulature.
- אביעד - Père éternel: le mot אב 'âb était aussi un titre royal (1S 24,12; 2R 5,13). L'expression אביעד signifie donc que le règne de ce descendant de David sera sans fin.
- שׂר־שׁלום - Prince de la paix: ce titre, qui n'est pas sans évoquer à nouveau Salomon, souligne la capacité de ce roi à instaurer une paix durable sous son règne (Is 11,5-9).
Ce verset confirme donc le caractère extraordinaire du règne de ce roi.

Verset 6.
Les titres du verset précédent sont expliqués ici:
- le terme "משׂרה miśrâh - le pouvoir" est construit sur même racine que "שׂר śar,le prince";
- le terme " שׁלום shâlôm, la paix" fait très précisément écho au titre de "שׂר־שׁלום, Prince de la paix";
- l'établissement "במשׁפט ובצדקה, par le droit et par la justice" (sur chacun des deux termes constituant la paire figée "משׁפט וצדקה – justice et équité", voir ici et ici) de cette paix résulte de la sagesse de l' "פלא יועץ, Admirable conseiller";
- la mention d'une royauté "מעתה ועד־עולם, Dès maintenant et à toujours" renvoie au titre de "אביעד, Père éternel". 
La promesse faite à David par l'intermédiaire du prophète Nathân trouvera donc son accomplissement dans le règne éternel de son éminent descendant.

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▪ Is 11,1-10

Sur ce passage:

Sur Isaïe, voir plus haut.
Sur Is 11,1-16:
Avec le Roi nouveau, le Royaume nouveau : un royaume décrit comme, en Genèse, le jardin d’Éden, où les espèces s’entendent sans s’affronter, où la violence est inconnue et le pays «rempli de la connaissance du Seigneur comme les eaux comblent la mer». Ce tableau paradisiaque est indissociable de la figure du Roi-Messie curieusement présenté non comme un triomphateur tout auréolé de gloire mais comme un «rejeton», un «surgeon» dont la puissance ne peut être imputée qu’à l’Esprit du Seigneur qui «repose sur lui» et fait de lui le Roi juste par qui Israël sera sauvé comme en un nouvel exode («Ce jour-là, le Seigneur étendra la main une seconde fois») et rassemblé en Sion. Remarquons encore l’enracinement historique des promesses prononcées par le prophète : l’intervention divine dans la vie d’Israël – comme en toute vie – est tout ce qu’il y a de plus concret !

Traduction et remarques:
 
Verset 1.
 ויצא חטר מגזע ישׁי ונצר משׁרשׁיו יפרה׃
Puis un rameau sortira du tronc d'Ishaï,
Un rejeton naîtra de ses racines.
ישׁי-Ishaï: 
 
"Ishaï" ou "Jessé".
• "ישׁי yishay" (48 occurrences) = "homme de Yah" (étymologie vraisemblable); aussi appelé "ישׁי בית־הלחמי - Ishaï le Bethléhémite" (1S 16,1;18; 17,58) et "בן־איש אפרתי הזה מבית לחם יהודה ושמו ישי - un Éphratéen de Bethléem de Juda, qui s'appelait Jessé" (1S 17,12).
Jessé, descendant de Juda parפּרץPerets, est le fils de Obed et le petit-fils de Booz et Ruth (voir à cette page; et Rt 4,17-22; 1Ch 2,12). C'est parmi ses huit (ou sept en 1Ch 2,13-15) fils que Samuel choisira le plus jeune, David, et l'oindra comme roi (1S 16,3-19; 17,12-20).
Il est surtout connu comme "le tronc", "la souche" (
גּזע  gheza‛) de la famille royale de Juda, et l'ancêtre du Messie - d'après ce passage d'Isaïe. 

יפרה -naîtra: Litt., le verbe-racine "פּרה pârâh" signifie "porter du fruit", d'où "croître", "grandir".
L'image (métaphore filée) du rameau fructifiant de la souche peut renvoyer au "יהיה צמח - germe de YHWH", mentionné en Is 4,2; mais dans ce dernier cas, la locution désigne probablement le salut que YHWH fera germer, alors qu'ici le prophète annonce le Messie, agent du salut eschatologique.
 Cette expression "יהיה צמח - germe de YHWH" désignera d'ailleurs le Messie dans la littérature prophétique ultérieure: comp. par ex. Jr 23,5; 33,15; Za 3,8; 6,12). 
Comp. Is 53,2.
 
Verset 2.
 ונחה עליו רוח יהוה רוח חכמה ובינה רוח עצה וגבורה רוח דעת ויראת יהוה׃
L'Esprit de YHWH-l'Éternel reposera sur lui:
Esprit de sagesse et d'intelligence,
Esprit de conseil et de force,
Esprit de connaissance et de crainte de YHWH-l'Éternel.
רוח יהוה - L'Esprit de YHWH-l'Éternel: Il sera donné au Messie en vue de
l'exercice de la royauté (vv.3-4), comme il le fut à Saül et à David (1S 16,13). Les attributs communiqués par l'Esprit au roi messianique rappellent les traits de la sagesse décrite par Pr 8,12-15, et ne sont pas sans rapports avec les titres donnés en Is 9,5 (voir plus haut), ce qui montre qu'il s'agit du même personnage. Ce sont précisément ces qualités qui faisaient défaut aux responsables du temps d'Isaïe (voir 1,17; 5,7). 
 
Verset 3.
 והריחו ביראת יהוה ולא־למראה עיניו ישׁפוט ולא־למשׁמע אזניו יוכיח׃
Il respirera la crainte de YHWH-l'Éternel;
Il ne jugera point sur l'apparence,
Il ne prononcera point sur un ouï-dire.

Verset 4.
 ושׁפט בצדקדלים והוכיח במישׁור לענוי־ארץ והכה־ארץ בשׁבט פיו וברוח שׂפתיו ימית רשׁע׃
Mais il jugera les faibles avec équité,
Et il prononcera avec droiture sur les pauvres de la terre;
Il frappera la terre de sa parole comme d'une verge,
Et du souffle de ses lèvres il fera mourir le méchant.

לא־למראה עיניו ישׁפוט- Il ne jugera point sur l'apparence;
ושׁפט בצדקדלים והוכיח במישׁור לענוי־ארץ -Mais il jugera les faibles avec équité, et il prononcera avec droiture sur les pauvres de la terre:Sur l'intrication des thèmes de la pauvreté et de la justice, voir en cliquant sur les liens, en particulier cette page. Les "faibles", les "pauvres" sont tous ceux à qui les puissants font tort en ne respectant pas laתורת יהוה- Loi de YHWH; le roi messianique rétablira donc la justice, se faisant ainsi "le bras de l'Éternel" en leur faveur: son attitude sera donc bien différente de celle d'Akhaz (אחז'âk'hâz), deuxième roi de Juda (736-716), contemporain d'Isaïe (Is 1,1); loin d'imiter son ancêtre David, il est infidèle à YHWH (2Ch 28,19) et imite la conduite des rois d'Israël (2R 16,3) en multipliant les transgressions. Assiégé par la coalition d'Israël et de la Syrie (2R 16,5; Is 7,1-2), il achète le secours des Assyriens en leur livrant les trésors du Temple (2R 16,5-9) et ce malgré l'intervention d'Isaïe qui l'invite à se confier à Dieu seul (Is 7,1-9), et à lui demander un signe. Devant le refus d'Akhaz, Isaïe annonce quand même (Is 7,10-16) la naissance de l'Emmanuel, signe de fidélité de l'Éternel à la dynastie de David.   
הכה־ארץ בשׁבט - Il frappera la terre comme d'une verge: L'image de la verge est semblable à celle du sceptre de fer de Ps 2,9.
"Sa parole" est la parole de jugement qui prononcera le verdict contre le coupable.


Verset 5.
  והיה צדק אזור מתניו והאמונה אזור חלציו׃
La justice sera la ceinture de ses flancs,
Et la fidélité la ceinture de ses reins.
Sur le symbolisme de "la ceinture", voir à cette page l'encadré sur Is 22,21.

Verset 6.
  וגר זאב עם־כבשׂ ונמר עם־גדי ירבץ ועגל וכפיר ומריא יחדו ונער קטן נהג בם׃
Le loup habitera avec l'agneau,
Et la panthère se couchera avec le chevreau;
Le veau, le lionceau, et le bétail qu'on engraisse, seront ensemble,
Et un petit enfant les conduira.
Les vv.6-9 décrivent le retour à l'harmonie originelle qui découlera de ce règne messianique (comp. 2,4; 65,25; Ez 34,25-29; Os 2,20).
יחדו - seront ensemble: LXX explicite "ἅμα βοσκηθήσονται", "se nourriront en même temps".

Verset 7.
  ופרה ודב תרעינה יחדו ירבצו ילדיהן ואריה כבקר יאכל־תבן׃
La vache et l'ourse auront un même pâturage,
Leurs petits un même gîte;
Et le lion, comme le bœuf, mangera de la paille.

Verset 8.
   ושׁעשׁע יונק על־חר פתן ועל מאורת צפעוני גמול ידו הדה׃
Le nourrisson s'ébattra sur l'antre de l'aspic,
Et l'enfant sevré mettra sa main dans la caverne de la vipère.
L'inimitié ancestrale (Gn 3,15) entre l'humanité et les reptiles prendra fin.

Verset 9.
   לא־ירעו ולא־ישׁחיתו בכל־הר קדשׁי כי־מלאה הארץ דעה את־יהוה כמים לים מכסים׃
Il ne se fera ni tort ni dommage
Sur toute ma montagne sainte;
Car la terre sera remplie de la connaissance de YHWH-l'Éternel,
Comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent.
L'éradication du mal sera directement liée à cette connaissance que les hommes auront de l'Éternel, qui inclut une relation harmonieuse avec lui (voir 2,2-3; 65,16-25; Jr 31,33-34; Os 2,22; Ha 2,14).

Verset 10.
    והיה ביום ההוא שׁרשׁ ישׁי אשׁר עמד לנס עמים אליו גוים ידרשׁו והיתה מנחתו כבוד׃
En ce jour, le rejeton d'Ishaï
Sera là comme bannière pour les peuples;
Les nations se tourneront vers lui,
Et la gloire sera sa demeure.
Ce verset est cité par Paul en Rm 5,12.
לנס עמים  - comme bannière pour les peuples: Le prophète évoque par cette image le ralliement de tous les peuples au fils de David; cette image est fréquente chez Isaïe (comp. 5,26; voir aussi 11,12; 13,2; 49,22; 62,10) et souligne la souveraineté de Dieu sur les événements.
La suite évoque un nouvel exode; le Messie le conduira, tel un nouveau Moïse.
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