Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven
 
 
 
 
 
 
La
 םזוזה Mezouza
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
1. Qu’est-ce qu’une Mézouza ?

 שׁמע ישׂראל יהוה אלהינו יהוה אחד׃
Écoute, Israël: YHWH-l'Éternel, notre Dieu, est le seul Éternel! (Dt 6,4).
Les Juifs récitent ces mots chaque matin et chaque soir. Ils contiennent l’affirmation première de ce que c’est qu’être juif : pénétrer la journée entière, tout ce qu'on fait et possède, de l’uni(ci)té de YHWH (sur le שׁמעSh'ma, voir à cette page).
C’est au sujet de ces mots que YHWH a commandé
 וכתבתם על־מזזות ביתך ובשׁעריך׃
Et tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes.(Dt 6,9).
 
De cette Mitsvat Assé (prescription positive) vient la םזוזה Mézouza : un rouleau de parchemin sur lequel sont inscrits les versets du שׁמע Sh'ma qui est fixé au montant droit de chaque pièce d’une habitation juive.
 
En plus de son rôle
- de déclaration de la foi juive, la Mézouza est également
- un symbole de la protection attentive que YHWH exerce sur la maison et ses habitants;
- et un rappel à la vigilance d'une "éthique du chemin"*.
 
"שדי Shaddaï" (l'un des noms de YHWH, il signifie "le Tout-Puissant"), qui apparaît au verso du parchemin et sur certains boîtiers de Mézouzot,
ici sur un boîtier moderne ->
ci-dessous, sur un boîtier ancien. 
est un acronyme de l’expression hébraïque signifiant "Gardien des portes d’Israël": l'installation d’une Mézouza aux portes de l’habitation ou du bureau en protège les habitants, qu’ils se trouvent ou non à l’intérieur.

Il faut donc :
 
 
 
1) pour chaque porte du logement ou du lieu de travail concernée par la Mitsva un parchemin de Mézouza casher;
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
2) un boîtier protecteur dans lequel chacun des parchemins roulés sera inséré.





2. Quels impératifs pour l'installation d'une Mézouza ?

• Quand installer des Mézouzot? Une Mézouza doit être installée par le propriétaire (ou le locataire) d'un logement ou d'un lieu de travail trente jours au plus après l'occupation effective des locaux. En Israël, on doit le faire dès le premier jour.
Qui est soumis à cette Mitsva? Hommes et femmes sont également soumis à cette Mitsva.
• Quelle porte doit être munie d’une Mézouza ? Une Mézouza doit être fixée au montant droit de chaque porte de la maison ou du bureau qui mène à une vraie pièce, à l’exception de la salle de bain et des toilettes.
• Qu’est-ce qui définit une "pièce" ? Tout espace fermé dont la dimension est d’au moins 2 m X 2 m. Ceci inclut les vestibules, les couloirs, les grands cagibis, etc.
Si plusieurs portes mènent à une pièce, chaque entrée doit avoir sa propre Mézouza. Les entrées sans portes (par exemple les arches entre deux pièces) doivent également être munies d’une Mézouza.
 
Remarque: On ne fixe la Mézouza que dans un lieu d'habitation permanente; la Soukka, qui est une Dirat Araye (demeure provisoire) est dispensée de Mézouza.
 

3. Une Mézouza casher.

Une Mézouza doit être réalisée en conformité avec des lois et des spécifications très précises: seul un expert peut donc déterminer si une Mézouza est casher.
 
Quelques points essentiels  (voir pages sur
le Sefer Torah et sur les Téfilin) : la Mézouza doit être calligraphiée à la main par un scribe certifié sur un parchemin préparé spécialement, à l’aide d’une plume et d’une encre, telles que spécifiées par la tradition.
Le parchemin de la Mézouza est roulé de la gauche vers la droite (texte à l'intérieur) et placé à l’endroit dans son boîtier protecteur.
Il est donc "visible-invisible": comme les Tefilin, c'est un texte écrit "pour ne pas être vu".

D'autre part, sur le verso (lisible et visible) du parchemin, le nom שדיShaddaï est écrit.
En outre, sur ce même verso, mais à l'envers (c'est-à-dire qu'il faudrait mettre la tête en bas pour le lire), on lit KWZW ("Kouzou"), soit YHWH "en mouvement"* - voir à cette page
"Shaddaï" (en bas, à l'endroit)
et "Kouzou" (en haut, à l'envers) ->



4. Où et comment placer une Mézouza?
 
Une Mézouza est fixée sur le montant droit de la porte, au bas du tiers supérieur de ce montant.
Cependant, si la porte est trop haute, la Mézouza doit être placée à portée de main.
 
Elle doit être proche du bord extérieur du montant, en diagonale avec le haut pointant vers l’intérieur; cette position diagonale symbolise l'homme "en marche"*:un Juif ne doit jamais se considérer comme "installé", matériellement, mais surtout intellectuellement et spirituellement. Il est toujours "en marche" pour un approfondissement de sa foi, pour l'étude de la Torah, toujours "en marche" vers YHWH.

Pour l’entrée principale de l’habitation, le montant droit est celui à la droite de la personne qui rentre en venant de l’extérieur.
Pour les portes intérieures, c’est le montant à la droite de la personne entrant dans la direction vers laquelle la porte s’ouvre.
S’il n’y a pas de porte, c'est l’importance de la pièce et sa fonction qui doivent être prises en considération : par exemple, la salle à manger est employée plus fréquemment que la cuisine, de sorte que, pour un passage entre une salle à manger et une cuisine, la Mézouza doit être placée à la droite de celui qui pénètre dans la salle à manger.
 
 
5. La bénédiction.

Avant d'accomplir la Mitsva de fixer les Mézouzot, on doit réciter (une fois seulement - à condition d'exprimer auparavant l'intention de fixer toutes les Mézouzot à la suite) la bénédiction.
On place la première Mézouza sur la porte la plus importante, soit la porte d’entrée; de sorte que c’est là que l'on doit se tenir, Mézouzot et outils en mains, pour réciter la bénédiction, qui s’applique à l’ensemble des Mézouzot que seront posées:
Béni sois-Tu, YHWH- Eternel notre Dieu, Roi de l’univers, qui nous a sanctifiés par Ses Mitsvot et nous a commandé de fixer une Mézouza.
 

6. Fixer la Mézouza.

La Mézouza doit alors être fixée de manière permanente au montant de la porte principale, immédiatement après avoir récité la bénédiction. Ensuite, on doit apposer les Mézouzot des autres pièces sans s'interrompre - puisque la bénédiction a été dite une fois pour toutes.
 
 
7. Vérifications régulières.

Lorsqu'a été accomplie la mitsva de fixer les Mézouzot aux portes, le foyer arbore fièrement son identité juive, et la connexion spirituelle unique a été établie entre celui-ci et YHWH. 
On témoigne de la révérence envers la Mézouza en la touchant du bout des doigts et en embrassant ces derniers lorsque l'on passe par une porte qui a une Mézouza.
Mais la Mézouza est un objet sacré, qui doit être préservé comme il se doit pour conserver sa sainteté.

Au moins deux fois par période de sept ans, on doit ôter les Mézouzot pour les donner à vérifier auprès d’un scribe-vérificateur professionnel, pour s'assurer qu’elles sont intactes. Le scribe examine le parchemin pour vérifier que les lettres ne présentent pas de craquelures ou qu’elles ne sont pas effacées, et que la Mézouza est toujours casher.
 
Cette vigilance permet aux Mézouzot de continuer à accomplir leur fonction : apporter sainteté, protection et mérite au foyer.
Remarque: On considère souvent comme superstitieux l'usage de porter en pendentif la représentation d'une Mézouza - cet objet prenant alors une simple valeur d'amulette, de "porte-bonheur".
 
 
8. Compléments.
 
1. Selon le Zohar, le mot Mezouzot peut se décomposer en deux mots: zaz mavet, "que la mort s'éloigne".
 
2. Le Talmud raconte l'histoire suivante:
Un homme nommé Artaban envoya à Rabbi Yehouda le Prince une pierre précieuse d'une très grande valeur. Pour le remercier, Rabbi Yehouda le Prince lui envoya une Mezouza.
Artaban s'étonna du présent: "Je t'envoie une pierre précieuse, et tu m'envoies un vulgaire morceau de parchemin!"
Rabbi Yehouda lui répondt que ce parchemin avait plus de valeur que toutes les pierres précieuses.
Artaban ne répondit rien, tout en pensant au fond de lui-même que Rabbi Yehouda s'en sortait facilement, avec de belles paroles.
Quelques années plus tard, la fille d'Artaban tomba malade. Tous les médecins se succédèrent en vain à son chevet.
Artaban se souvint alors des paroles de Rabbi Yehouda le Prince.
Il fit poser la Mezouza à la porte de la chambre de sa fille - qui guérit!
 
 
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* Le rite de la Mezouza est une invitation perpétuelle au cheminement.
 
Il est intéressant de noter que nombre de textes du Talmud et du Midrash sont introduits par l'idée de cheminement: "Rabbi... et Rabbi... étaient en chemin..."
En fait, tout texte talmudique s'ouvre par l'énoncé inaugural de l'"être en chemin", même lorsque l'expression n'est pas explicitement formulée.
Le Talmud, le Midrash, la Kabbale, le Hassidisme possèdent une "pensée voyageuse", celle de l'homme qui pense en marchant et selon la vérité de la marche. C'est là sans doute un des sens du verset:
ושׁננתם לבניך [...] בלכתך בדרך [...]׃
Tu les inculqueras à tes fils, [...] quand tu marcheras par le chemin [...] (Dt 6,7).
 
Tout tient au chemin: on est plus près du lieu recherché quand on est "en chemin" que quand on se persuade d'être arrivé à destination, et n'avoir plus qu'à s'établir.
"N'oublie jamais que tu es un voyageur en transit" (Edmond Jabès).
 
Mais ce mot "chemin" n'a bien sûr pas essentiellement valeur spatiale, il n'évoque pas le passage d'un lieu à un autre; il est le passage de la pensée elle-même.
Le chemin met en mouvement, remet en cause, met en balance; il invite et inquiète, incite et sollicite.
 
Maurice Blanchot (inspiré ici par André Neher) approfondit et développe cette idée centrale du judaïsme, dont voici les éléments essentiels:
- Que signifie "être juif"? Pourquoi cela existe-t-il?
Pour qu'existe l'idée du chemin comme "mouvement juste"; pour que - dans et par le chemin - l'expérience de l'étrangeté s'affirme auprès de nous dans un rapport irréductible; pour que, par l'autorité de cette expérience, nous apprenions à parler.
- Être "homme en chemin", en tout temps, être prêt à se mettre en route: exigence d'arrachement, affirmation de la vérité nomade.
Ainsi l' "être juif" s'oppose à l' "être païen": être païen, c'est se fixer, se ficher en terre, s'établir par un pacte avec la permanence, qui autorise le séjour, que certifie la certitude du sol. Le cheminement, le nomadisme, répondent à un rapport que la possession ne contente pas:
"S'il faut se mettre en route et errer, est-ce parce que, exclus de la vérité, nous sommes condamné à l'exclusion, qui interdit toute demeure?
N'est-ce pas plutôt que cette errance signifie un rapport nouveau avec le "vrai"?
N'est-ce pas aussi que ce mouvement nomade s'affirme non pas comme l'éternelle privation d'un séjour, mais comme une manière authentique de résider - en une résidence qui ne nous lie pas à la détermination d'un lieu, ni à la fixation auprès d'une réalité d'ores et déjà fondée, sure, permanente?
Comme si l'état sédentaire était nécessairement la visée de toute conduite!
Comme si la vérité elle-même était nécessairement sédentaire!
Il faut sortir de la demeure, aller et venir, de manière à affirmer le monde comme parcours!"
- Enfin, "se mettre en chemin", c'est déjà le sens des paroles entendues par Abram:
לך־לך מארצך וממולדתך ומבית אביך אל־הארץ אשׁר אראך׃
Va-t'en de ton pays, et de ta parenté, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai (Gn 12,1; voir à cette page).
 
 
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