Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

Le Temps Ordinaire



Introduction 


En français, le Temps le plus long de l’année liturgique est appelé « ordinaire ». Cette qualification peut prêter à confusion. Dans l’usage courant, en effet, on désigne ainsi ce qui est banal, ce qui ne présente pas d’intérêt particulier. Mais selon le sens premier du terme, « ordinaire » signifie « qui suit l’ordre des choses », « qui est habituel et en ordre » - ce qui n’implique aucune connotation péjorative. C’est en se référant à ce sens premier du terme que l’on parle du « Temps ordinaire de l’Année liturgique ».  

En effet, durant cette période, la liturgie célèbre « de manière habituelle » le mystère du salut qui se déploie jour après jour, « selon l’ordre normal des choses ».
Quant aux dimanches, ils sont, conformément à la Tradition, célébration hebdomadaire de la Pâque du Seigneur.
L’accent porte donc sur la fidélité indéfectible de l’amour du Père révélé par son Fils, sur l’action discrète mais persévérante et efficace de l’Esprit qui conduit la création entière vers le Jour où le retour glorieux du Christ inaugurera les temps nouveaux.  

Pour les chrétiens et l’Eglise, le temps ordinaire est celui de la fidélité persévérante à l’appel de Dieu, de la longue marche – pas à pas, jour après jour – à la suite du Christ. Au cours de cet exode, chacun a le loisir de découvrir, au fil des années de sa vie, les horizons toujours nouveaux vers lesquels la liturgie, surtout lors des assemblées dominicales, attire l’attention. Croyants et communautés chrétiennes se voient ainsi stimulés à aller sans cesse de l’avant, plus loin, à leur rythme propre, avec confiance et détermination. Au fur et à mesure, on comprend de mieux en mieux la valeur d’une vie chrétienne animée d’un dynamisme régulier. C’est le temps de la foi, de l’espérance et de la charité, de la prière. Avec la grâce quotidienne, « ordinaire », de Dieu, on est ainsi conduit à devenir, progressivement et à tout âge, davantage adulte dans le Christ, membre plus vigoureux de son Corps en continuelle croissance. Vraiment, cette longue suite de semaines et de dimanches est tout le contraire d’une période banale, insignifiante !  

La liturgie du Temps ordinaire présente, en outre, une caractéristique des plus précieuses. Aux autres temps de l’Année liturgique – qui célèbrent chacun un aspect particulier du Mystère – les textes de l’Ecriture sont sélectionnés à travers toute la Bible.  
Ici en revanche, on lit successivement, dans l’ordre des textes, et presque intégralement, les évangiles synoptiques : selon saint Matthieu (années A), selon saint Marc (années B) et selon saint Luc (années C). 

La première lecture est un texte du Premier Testament choisi en fonction de l’évangile du jour. Ce rapprochement montre la continuité sans faille de la révélation divine, et le déploiement progressif de son action pour le salut de l’humanité. En même temps, il découvre comment la venue de Jésus, par son enseignement, par ses actes, par sa mort et sa résurrection, accomplit les Écritures et porte toute chose à sa perfection ultime. Les promesses antérieures prennent en lui la plénitude de leur sens.
La lecture (au moins hebdomadaire, lors de la messe dominicale – ou mieux, quotidienne) d’une page du Premier Testament rappelle aux chrétiens que, pour comprendre le Seigneur et son Évangile, il faut se reporter sans cesse aux paroles de Moïse et de tous les prophètes (cf. Lc 24,27), se remémorer les « merveilles » accomplies par Dieu au long des siècles.  

La liturgie dominicale propose en outre une lecture des extraits les plus significatifs des « épîtres apostoliques » : des douze lettres de saint Paul, de celles de saint Jacques, et de l’épître aux Hébreux.  

C’est donc à une « Table de la Parole » abondante et variée que les communautés chrétiennes sont invitées à venir régulièrement s’alimenter, selon leurs besoins « ordinaires » ! Ainsi, les autres temps liturgiques, volontiers qualifiés de « temps forts », puisent-ils dans le « temps ordinaire » leur impulsion et leur dynamisme. Dans le terreau du temps ordinaire, le bon grain germe et grandit sans bruit.

C’est le temps de la longue patience de Dieu, de la vigilance active et quotidienne de l’homme pour que la semence généreusement jetée en terre ne soit pas étouffée par les soucis du monde. Les paraboles du figuier (Lc 13,6-9), du grain de sénevé (Mt 13,31-32), de la lenteur des germinations (Mc 4,26-29) disent le prix inestimable, la grâce de cette longue période de l’année liturgique propice à la maturation des fruits de l’Esprit.  

Bien compris, le Temps ordinaire est, en définitive, le plus en harmonie avec la vie courante de chacun, des communautés chrétiennes, de l’Eglise, du monde en marche vers la rencontre du Seigneur qui est venu, qui vient et qui viendra. Il culmine, le trente-quatrième dimanche, avec la célébration du Christ, Roi de l’univers. 
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Sur le Temps ordinaire (après le Temps pascal) :

Éditorial de Bernadette Mélois, rédactrice en chef de Magnificat.

Connaître l’Inconnaissable.

  Après l’effervescence du Temps de Pâques, d’aucuns auraient tendance à penser que le « temps ordinaire » va enfin permettre à la vie de s’écouler comme un long fleuve tranquille. On se prend à rêver d’une vie ecclésiale sans excès, juste ce qu’il faut de vie sacramentelle, quelques activités charitables et une bonne conscience. Étrange sentiment qui risque de jaillir dans la torpeur du lundi de Pentecôte.
  Mais, dehors, juin fleur bon la douceur printanière. L’heure est à l’éclosion. Quelque chose dérange la nature, quelque chose la pousse à sortir d’elle-même. Une énergie intérieure, impossible à canaliser, bouscule le moindre des bourgeons dont la rondeur porte en germe l’éclat d’un fruit savoureux.
  Au souffle de l’Esprit, juin ouvre un chemin d’éclosion spirituelle. Ne faut-il pas l’ardeur de l’Esprit pour oser regarder le mystère de l’amour du Dieu Trinité ? Ne faut-il pas le feu de l’Esprit pour reconnaître Dieu dans le pain de vie nouvelle ? Non, le temps ordinaire n’est pas le temps du repos. Il est donné à l’Eglise pour qu’elle approfondisse sans relâche sa connaissance de Dieu. Et ce lent travail de l’âme est toujours à recommencer car il s’agit d’entrer en amour avec Dieu, non selon nos critères, mais selon les critères de Dieu même. La fête du Sacré-Cœur propose un programme d’apprentissage : se tenir dans cette « fournaise ardente de charité ». Que la prière de l’Eglise nous guide en ce lieu de vie pour que nous en portions les fruits.
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