Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven





Le Temps
de Noël

Epiphanie





<- Vierge à l'Enfant
Devant d'autel de Santa Maria d'Avià - XIIème siècle - Musée d'art de Catalogne (Barcelone)


Historique.

Dès les temps apostoliques, les communautés chrétiennes ont célébré, dans leur assemblée hebdomadaire, la Pâque du Christ, apogée de son parcours sur la terre, source ultime de la grâce, fondement de la vie et de l'espérance chrétiennes.
Cette célébration initiale s'est progressivement différenciée en une série de fêtes, mettant chacune l'accent
sur différentes composantes de l'unique mystère du Salut.
Leurs origines sont très diverses: urgence de l'expression liturgique d'une vérité de la foi ; développement du dogme (en particulier face aux différentes crises hérétiques); prise en compte de requêtes fondées sur la piété populaire; nécessité pastorale... Une fête a souvent été célébrée localement, en Orient ou en Occident, avant de se voir inscrite au calendrier de toute l'Eglise.

En Occident.

La Nativité du Seigneur se trouve mentionnée pour la première fois à Rome dans un calendrier du IVème siècle qui en fixe la célébration au 25 décembre, pour christianiser la fête païenne qui célébébrait le "Soleil toujours vainqueur". A partir du solstice d'hiver il semble, en effet, retrouver lentement sa vigueur après six mois de déclin progressif.
Mais il est une Lumière du monde infiniment plus éclatante qui, elle, ne perd jamais de sa force: Jésus, le Christ, mort et ressuscité, éternellment vivant, invincible vainqueur du péché et de la mort, les seuls ténèbres qui soient vraiment à craindre.
La Nativité du Seigneur a donc été, dès son origine, une fête explicitement pascale.

Après la paix constantinienne (313), elle supplanta partout en Occident la célébration païenne du soleil; elle s'était assez tôt répandue dans les Eglises d'Orient (voir ci-dessous).
D'autres fêtes, d'origine plus tardive, achevèrent de structurer le Temps de Noël-Epiphanie tel qu'il se présente aujourd'hui.


En Orient.

Jusqu'au VIème siècle, on célébrait la naissance de Jésus le 6 janvier, en même temps que l'adoration des Rois ("Petite Théophanie") et que le  baptême du Seigneur ("Grande Théophanie").
Par la suite, afin de souligner la nature humaine du Christ, on institua la fête de la "Nativité du Christ", fixée au 25 décembre.
La plus ancienne image de la Nativité se trouvait dans la basilique de Beth-Lehem, et elle était reproduite sur les ampoules (ci-contre une ampoule de pèlerin, Monastère des Syriens, Wadi el-Natrun, Egypte)
que les pèlerins rapportaient de Terre Sainte: la Vierge Marie était assise avec l'Enfant Jésus sur les genoux (comme dans nos représentations du type "Vierge à L'Enfant") pour signifier que son enfantement virginal a été indolore.

Typologie et théologie de l'icône de
"La Nativité du Christ"

Mais, après le concile d'Ephèse, qui établit le dogme de la maternité divine, on commença à représenter la Vierge allongée, comme il est naturel pour une femme qui vient juste d'accoucher.

<- "La Nativité du Christ" (v.1475), origine: Novgorod (Galerie du palais Leoni Montanari, Vicence, Italie)

La Vierge est dominée par une montagne dans le flanc de laquelle s'ouvre une grotte, symbole des enfers.

La Vierge Marie est "le Buisson ardent" - elle est donc allongée sur une couche rouge - qui a enfanté le Christ 

Ce thème induit d'ailleurs une autre typologie iconique:

"La Mère de Dieu du Buisson ardent", - >
fin du XVIIIème siècle, origine: Russie centrale (collection particulière). Sur l'interprétation des symboles de cette icône et de toutes celles appartenant à cette typologie, voir à cette page).

Le buisson que Moïse vit brûler sans se consumer est en effet interprété par les Pères de l'Eglise comme une image de Marie qui enfante le Christ, Feu divin, en gardant intacte sa virginité.


<- "La Mère de Dieu du Buisson ardent"
seconde moitié du XVème siècle - détail de la fresque de l'abside du bema (ou "sanctuaire" = partie la plus sacrée des églises orientales, située derrière l'iconostase, et où se trouve l'autel) de la chapelle Saint-Jacques du monastère Sainte-Catherine, Sinaï (il n'est pas étonnant de trouver cette représentation - assez atypique - à Sainte-Catherine, qui conserve le Buisson ardent dans ses murs).



Dans l'icône typologique de "la Nativité du Christ", ce dernier est enveloppé de langes comme un mort de bandelettes, et déposé dans un berceau en forme de tombeau.
Le ciel s'ouvre pour laisser passer des rayons qui désignent l'Enfant-Dieu.
L'âne et le bœuf représentent: l'âne (qui a amené Marie jusqu'au lieu de l'enfantement) les Juifs; le bœuf (qui accueille l'Enfant dans sa "grotte- étable") les païens christianisés.
L'étoile et les anges représentent la Trinité.
Les Rois mages symbolisent les saintes femmes au sépulcre qui apportent les aromates pour l'embaumement.
Joseph tenté par un démon travesti en berger, ainsi qu'Eve et Salomé procédant au bain de l'Enfant (donc représenté une seconde fois), symbolisent l'humanité dubitative devant le Mystère - sur laquelle la Vierge Marie veille du regard.

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La Nativité et l'Epiphanie,
représentées sur le devant d'autel de Santa Maria d'Avià

XIIème siècle - Musée d'art de Catalogne (Barcelone)


Nativité.
Le regard de Marie est tourné vers l'Enfant, qu'elle contemple avec tristesse: elle semble déjà pressentir sa mort tragique, le geste tendre de sa main droite paraît vouloir le protéger. D'ailleurs, l'âne et le bœuf le regardent avec compassion, le fond est sombre; l'Enfant est emmailloté avec des bandelettes qui, même si elles étaient d'usage à l'époque, ne peuvent qu'évoquer pour nous son futur linceul.
Quant à Joseph, ses grands yeux paraissent exprimer son inquiétude devant et pour cet enfant qui n'est pas le sien; sa main sur sa joue est le geste traditionnel de la tristesse.

L'Enfant est venu partager le tragique de la condition humaine, il traversera la mort pour la transformer en Vie - mais c'est sur cette douloureuse traversée que le "Maître d'Avià" a souhaité mettre l'accent.

Epiphanie: la visite des mages.
Ici aussi, le fond est sombre. Les présents sont de trois sortes, suivant le texte de l'Evangile selon saint Matthieu: l'or, qui symbolise la royauté, l'encens, qui symbolise la spiritualité (la fumée de l'encens monte vers Dieu comme les prières), la myrrhe, qui servait à l'embaumement des corps et symbolise donc la mort.
(On peut ainsi penser à l'expression "peuple de prêtres, de rois, de saints").
Cependant - n'était le fait que leur mains gauches sont voilées par leurs manteaux, en signe de respect - les pas qu'ils esquissent et qui marquent leur empressement  pourraient presque faire penser à des pas de danse, leur façon de porter leurs présents évoque celle des tambourinaires...
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Ce Temps liturgique ne constitue donc pas une suite de commémorations de faits du passé, dont l'anniversaire se trouverait fixé à des dates convenues.

Toute liturgie est
"mémorial" d'une des nombreuses initiatives de Dieu - qui constituent l'Histoire du Salut;
"participation" au mystère de la Rédemption opérée par la Pâque du Christ, dont la grâce est donnée hic et nunc, ici et maintenant, à travers les "signes" liturgiques;
"annonce" et "gage" de la Gloire à venir...

Les liturgies de ce Temps de Noël-Epiphanie le sont tout particulièrement !

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