Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

Le Temps de l'Avent

Années A


Aujourd'hui comme hier et toujours, le Seigneur révèle sa présence et son action dans le monde à travers des signes habituellement très discrets.
En outre, sa manière d'agir déconcerte souvent, sinon toujours. Il a recours, en effet, à des moyens faibles et - pour réaliser ce qu'il a décidé - il choisit plus volontiers des petits et des humbles.
Enfin lui, le Tout-Puissant, qui d'un mot a créé l'univers, fait preuve d'une infinie patience pour réaliser son œuvre de salut. Il réitère inlassablement ses promesses et ses exhortations pour que nous ne perdions pas de vue sa Manifestation glorieuse à la fin des temps, terme de toutes choses, et pour que notre espérance de ce Jour reste vive et active.
Car c'est par la fidélité à nos tâches quotidiennes que nous nous préparons à accueillir le salut qui vient sans cesse. 
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Premier dimanche

Première Lecture: Is 2,1-3
Deuxième Lecture: Rm 13,11-14a
Évangile: Mt 24,37-44

"L'espoir fait vivre": c'est ce qu'on dit
habituellement - avec quelque ironie condescendante! - aux optimistes impénitents qui, en toutes occasions, croient à des "lendemains qui chantent": de "doux rêveurs", qui manqueraient totalement de réalisme, se berçant d'illusions au lieu de regarder les choses et les réalités en face, telles qu'elles sont...Que dire alors des prophètes???

Au VIIIème siècle avant notre ère, Isaïe voyait venir le temps où les armes seraient transformées en instruments aratoires! Comment se fier à une telle annonce quand, sous nos yeux, des millions d'humains meurent de faim, alors que - pour les sauver - il suffirait de renoncer à quelques armes de haute technologie?... Quant à Jérusalem (dont le nom signifie - selon l'hypothèse étymologique la plus vraisemblable - "fondée dans la paix")...

Hommes de leur temps, les prophètes portent un regard lucide sur la situation du monde dans lequel ils sont immergés.Mais, hommes de foi et d'espérance, ils pressentent l'avenir au-delà de cet horizon: leur parole ne trompe pas! Oui, le Jour qu'ils annoncent se lèvera!Après eux, Jésus en renouvelle l'assurance solennelle.Voilà pourquoi il est urgent - loin de se laisser aller à l'insouciance - il est urgent de s'éveiller et de s'équiper pour le combat, décisif et quotidien, contre les puissances des ténèbres, en "revêtant" le Seigneur Jésus comme armure. Nous ne disposons que de peu, très peu de temps (qu'est-ce qu'une vie?...) pour nous préparer à accueillir l'avènement promis du Fils de l'homme.

L'espérance chrétienne est aussi éloignée du fatalisme désabusé, qui n'attend rien de bon de l'avenir, que du rêve, qui laisse dans l'inaction. Elle conduit au contraire à travailler utilement et courageusement pour construire la Cité que Dieu veut et promet. C'est lui le maître d'œuvre. Les tâches apparemment dérisoires qu'il nous confie contribuent à faire avancer le projet dont il a depuis toujours la claire vision. Elles sont même indispensables à la réalisation de son plan de salut. L'optimisme des chrétiens se fonde sur celui de Dieu!

Ces perspectives et ces assurances sont au coeur de la prière et de la célébration de l'Eucharistie - qui nous rappelle sans cesse que le temps que nous vivons, chaque jour, est celui de "l'Avent": "Que ton règne vienne! Adveniat regnum tuum!"; "Nous espérons le bonheur que tu promets et l'avènement de Jésus Christ, notre Sauveur"...   
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Deuxième dimanche

Première Lecture: Is 11,1-10
Deuxième Lecture: Rm 15,4-9
Évangile: Mt 24,37-44

Au centre de la liturgie de dimanche dernier: la manifestation du Fils de l'homme au terme de l'histoire; au cœur de celle d'aujourd'hui, la venue du Christ parmi nous.

C'est lui que nous découvrons sous les traits du Messie à venir, esquissés par le prophète Isaïe: "issu de la souche de Jessé", "empli de l'Esprit du Seigneur", juge qui ne s'arrête pas aux apparences mais tranche "avec droiture en faveur des pauvres" et châtie les "méchants", qui pose les fondements d'un monde de justice et de paix conforme au dessein de Dieu.

Jean le Baptiste a annoncé l'imminence de ce Royaume espéré. Pour préparer le chemin du Seigneur, il a prêché l'urgence de la conversion et un baptême de pénitence. Beaucoup venaient l'écouter et recevoir le rite de purification qu'il proposait. Mais certains ne se croyaient pas concernés: n'avaient-ils pas "Abraham pour père"? L'austère prédicateur leur rétorquait sans ménagements: "Qui vous a appris à fuir la colère qui vient?"

Plus de Baptiste, aujourd'hui, sur les bords du Jourdain. Ceux qu'il fustigeait ont disparu. Celui qu'il annonçait a lui-même quitté notre terre après avoir accompli sa mission. Mais la voix du Précurseur continue à retentir, dans l'Église, aux oreilles de ceux qui ont reçu le baptême dans l'Esprit Saint. "Produisez un fruit qui exprime votre conversion!" Car elle n'est pas l'affaire d'un jour: elle doit se poursuivre tout au long de la vie, avec courage et persévérance, ainsi que le dit saint Paul.

Le Seigneur qui est venu vient sans cesse. On l'accueille en recevant les enseignements transmis par les Livres saints, mais également en s'accueillant les uns les autres, en faisant preuve de miséricorde à l'égard de ses frères - car le Christ a agi ainsi envers nous. Alors, nous rendrons gloire à Dieu "parmi les nations", et nous deviendrons chaque jour un peu plus ce que nous sommes déjà: des chrétiens en esprit et en vérité, pas seulement en nom.

"Humblement, nous te demandons qu'en ayant part au corps et au sang du Christ nous soyons rassemblés par l'Esprit Saint en un seul corps". 
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12 décembre 2010
 
Troisième dimanche

Première Lecture: Is 35,1-6a;10
Deuxième Lecture: Jc 5,7-10
Évangile: Mt 11,2-11

L’espérance, qui donne sa coloration particulière au temps de l’Avent, est source inépuisable de dynamisme et d’optimisme pour la vie souvent aride des chrétiens dans le désert de ce monde. Les prophètes n’ont cessé de la prêcher – alors même que la situation paraissait sans issue : «Regardez ! disaient-ils. Les signes avant-coureurs de votre libération sont déjà visibles. Prenez courage ! Que cessent vos lamentations et vos complaintes désespérées. Tendez l’oreille : vous percevrez, dans la nuit, le bruit feutré des pas de votre Dieu qui vient lui-même pour vous sauver ».  
Ce n’est certes pas encore le temps de la moisson ; mais le grain a été jeté en terre, il germe en silence sous la neige de l’hiver le plus rigoureux.
Comme les prophètes, ces hommes de l’espérance qui n’a pas été déçue ; comme le cultivateur, qui attend avec patience les fruits précieux de la terre – soyons  assurés que ce qui adviendra dépassera notre attente !
 
Gardons-nous de toute aigreur  les uns à l’égard des autres : elle ne peut qu’engendrer des affrontements stériles, alors qu’il s’agit d’œuvrer ensemble pour hâter l’avènement du Moissonneur-Juge, qui se trouve à notre porte !
 
Une fois encore, la liturgie de ce dimanche met devant nos yeux l’exemple de Jean le Baptiste, ce prophète hors de pair, modèle d’endurance et de patience. Il a annoncé celui qui devait venir, « le plus fort » que lui, devant qui il devait s’effacer (Mt 3,13-17).
Mais il n’a pas vu son Jour : il était en prison lorsque Jésus a commencé à prêcher, et ne sortirait pas vivant. Mais, poursuivant sa mission jusqu’au bout, le Précurseur envoie alors des messagers interroger Jésus : « Esprit Saint-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »
 
Les signes de la venue du Royaume ne sont pas toujours ceux qu’on attendait. Mais il en est qui ne trompent pas. Dieu et son Christ sont là quand le mal recule, lorsque la priorité est donnée aux petits, aux faibles, aux laissés pour compte.
 
Jésus n’a pas donné d’autre réponse aux envoyés de Jean ; elle s’adresse aujourd’hui encore, à eux qui s’interrogent.
Il n’y a pas d’autres critères pour discerner la venue du Royaume et cieux, et l’authenticité des envoyés de Dieu.
 
C’est en accomplissant de telles œuvres que l’on devient, chaque jour davantage, un vrai disciple du Seigneur.
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19 décembre 2010
 
Quatrième dimanche

Première Lecture: Is 7,10-16
Deuxième Lecture: Rm 1,71-7
Évangile: Mt 1,18-24

« Hier, aujourd'hui, demain » : trois maîtres mots du vocabulaire chrétien et de la liturgie. Ils sont employés ensemble pour rendre compte de la triple dimension de l’action de Dieu – qui fait l’unité de l’Histoire du Salut dans le temps des hommes.
Dans le présent de la célébration, le passé se trouve réactualisé ; ce qui « n’est pas encore » est « déjà là », on en reçoit les arrhes. Par la médiation des signes sacramentels Dieu se révèle, et communique sa sanctification ici et maintenant. Cet instant que nous vivons s’intègre dans le déploiement de l’œuvre divine de la Rédemption, qui se poursuit depuis les origines – et tend vers le jour où le Seigneur reviendra dans la gloire.
Parfois des seuils qui semblaient insurmontables sont franchis, le cours des lentes germinations se trouve accéléré, les lois de la nature elles-mêmes se plient à l’accomplissement du dessein de Dieu.
 
Au roi Akh’az (אחז'âk'hâz) qui doutait de la fidélité de Dieu, le prophète Isaïe avait annoncé le « signe » mystérieux de la naissance d’un enfant, né d’une fille d’Israël, et dont le nom עמנו אל‛immânû êl, « Dieu-avec-nous », manifesterait avec éclat que c’est bien le Seigneur qui conduit l’histoire selon son dessein. Le rapprochement est saisissant entre cet oracle assez énigmatique et « l’origine de Jésus Christ », né de Marie « enceinte par l’action de l’Esprit Saint ». L’évangéliste Matthieu, et après lui la tradition chrétienne, ont vu dans cette nouvelle intervention du Très-Haut la réalisation merveilleuse de l’antique promesse. Celui que la Vierge a mis au monde a reçu un nom qui ne vient pas des hommes : Jésus, Ἰησοῦς Iēsous, transcription grecque de יהושׁוּע yehôshûa‛, « YHWH-l’Éternel [est/donne] le Salut », « YHWH sauve ». Et il est lui-même un signe, le grand Signe donné à toutes les nations.
 
Le Christ Jésus est la manifestation – en même temps que le gage – de la fidélité et de la constance indéfectibles du Dieu-Sauveur. Sa naissance inaugure l’ère nouvelle au terme de laquelle tout sera accompli : l’œuvre du Salut, le rassemblement du peuple saint de Dieu.  
 
C’est la Bonne Nouvelle « déjà promise par les prophètes dans les saintes Écritures », annoncée par les apôtres, inlassablement prêchée par l’Église et le témoignage des chrétiens.
La liturgie de l’Avent nous invite à l’accueillir. « Que la terre s’entrouvre et donne naissance au Sauveur ! » « Qu’il vienne : c’est lui le roi de gloire » « établi dans sa puissance de Fils par sa résurrection ».
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