Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven


Le קדיש Qaddish

“L'homme est tenu de bénir Dieu
aussi bien pour le bonheur que pour le malheur”


Le קדיש Qaddish est l'une des prières juives les plus connues. Sanctification du nom de יהוה-Adonaï, construite à partir de versets tirés des Psaumes, de Job, de Daniel, elle est en particulier récitée par les personnes en deuil; elle signifie alors que l'on continue à honorer l'Éternel malgré la souffrance et le deuil.


Historique:
Le mot קדיש est araméen et signifie "saint" (comme קדוש Qaddosh en hébreu); la prière, très ancienne, est en effet écrite en cette langue, et déploie un chant magnifique à la gloire de l'Éternel. Le קדיש en lui-même ne comporte aucune allusion à la mort.
L'absence dans le קדיש d'une demande de reconstruction du Temple ou du retour des exilés suggère qu'il fut rédigé en Babylonie, à l'époque du second Temple, alors que la Judée se trouvait sous domination romaine. La similitude avec le "Notre Père" chrétien qui exprime cette attente messianique, si forte à l'époque, confirme cette datation.
• Selon le Talmud, à l'origine, le קדיש clôturait les moments d'étude ou les homélies haggadiques, pour louer YHWH-l’Éternel et bénir les Maîtres (il arrivait même, que l'on mentionnât nominativement un sage particulier, tel le chef religieux de la diaspora; dans la liturgie yéménite on a retrouvé le nom de sages vénérables comme Maïmonide).
Puis il est entré dans la liturgie synagogale, avec pour fonction d'articuler les différents moments de la prière; la première mention du קדיש en tant que partie de l’office se trouve dans le traité Sofrim (Scribes), au IIIème siècle. À l'époque des Guéonim (VIIème siècle), le קדיש était déjà codifié puisqu’il exigeait qu'il soit récité debout, en  présence d'un Minyane, quorum de dix hommes religieusement majeurs.
Par la suite, le קדיש a marqué les différentes étapes de la prière (les mystiques parlent des "différents niveaux de dévotions liés aux sphères supérieures").
Dès lors, il est devenu en quelque sorte le lieu de rassemblement de tous les fidèles, lorsque, attentifs aux mots de l'officiant, ils répondent à l’unisson "Amen": l’une des particularités de la prière juive est justement de traduire un équilibre entre la ferveur du particulier et la foi de la communauté. Ce קדיש occupe une telle place que le Talmud affirmera que quiconque répond "Amen" de toute la force de sa conviction verra ses fautes effacées, car le fidèle exprime alors clairement son acceptation de la royauté divine. 
• Le קדיש possédait à l'origine diverses formulations, jusqu’à ce que celle du Séder "rav Amram" (ouvrage liturgique composé par ce rabbin babylonien) fût adoptée au IXème siècle.
Parmi les différences majeures entre les rites ashkénaze et séfarade, citons l'occultation dans le premier cas de la formule "que ton Messie approche", qui fut le résultat de la censure chrétienne, affirmant que le Messie était déjà venu.


Les différentes sortes de קדיש:
A part celui "des rabbins" (Qaddish derabbanan), trois autres  furent élaborés par la Synagogue :
- Le "demi-Qaddish" (hatsi Qaddish) qui constitue en fait la première partie de tous les Qaddish, qui commence par : "Que son grand Nom soit glorifié et sanctifié". Cette louange est entrecoupée par cinq "Amen", prononcés par le public, le troisième se prolongeant par : "Que son grand Nom soit béni à jamais, d’éternité en éternité",  formule qui est une réminiscence d’une pratique du Temple.
- Le "Qaddish d'acceptation de la prière" (Qaddish titkabal), prononcé après la Amida et à la fin de l'office et qui est une demande adressée à Dieu pour exaucer toutes les prières d'Israël. 
- Enfin le "Qaddish des orphelins" (Kaddish yatom), appelé à tort "Qaddish des morts". Cette appellation est fausse, puisque les défunts n’y sont jamais évoqués. En effet la tradition hébraïque ne connaissait aucun culte des morts (pas même dédié à Moïse), et la prière "pour l’élévation de l’âme" est tardive (après l’exil de Babylonie).
En fait, le but de ce קדיש, comme les autres rites de cette circonstance d’ailleurs (voir plus bas), est d'aider les enfants à faire le deuil de l’être aimé et à réintégrer le chemin de la vie en acceptant le décret du ciel; comme dit le Talmud : "L'homme est tenu de bénir Dieu aussi bien pour le bonheur que pour le malheur". La récitation du קדיש exprime donc ici l’acceptation de la justice divine,la grandeur de יהוה-Adonaï, comme pour l'inviter à prendre soin du défunt, et à l'accueillir dans un monde sans tourments.
Il existe un autre "Qaddish des orphelins", qui est récité après l'enterrement et qui exprime le vœu de voir la reconstruction du Temple et la résurrection des morts; ce קדיש est également récité durant le jeûne du 9 av, mais du fait de sa rareté et de sa difficile prononciation, seuls les plus orthodoxes le récitent.
Les endeuillés doivent ensuite le réciter pendant les onze mois (voir plus bas) qui suivent la mort d'un proche à chacun des trois offices de la journée (matin: Cha'harit, après-midi: Min'ha, soir: Maariv) en présence d'un Minyane.
La coutume voulait que les garçons (en particulier le fils aîné) récitent cette prière; en yiddish, on appelle le fils aîné le Qaddish, puisqu'il est appelé prioritairement à chanter cette louange, et si quelqu'un meurt sans laisser d'enfant, on dit qu'il n'a pas laissé de Qaddish.
Mais aujourd'hui les femmes ont pris l'habitude de réciter le קדיש aussi bien que les hommes.

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La mort et le deuil



Les rites de la mort:
 ויקרבו ימי־ישׂראל למות ויקרא לבנו ליוסף ויאמר לו אם־נא מצאתי חן בעיניך שׂים־נא ידך תחת ירכי ועשׂית עמדי חסד ואמת אל־נא תקברני במצרים׃
« Comme le moment de sa mort approchait, Israël appela son fils Joseph et lui dit : Si j’ai trouvé grâce à tes yeux, mets ta main sous ma cuisse, je te prie, et agis envers moi en bonté de vérité (חסד ואמת) : je t’en prie, ne m’ensevelis pas en Égypte ! »
(Gn 47, 29)
Bonté de vérité : La bonté que nous exprimons envers les morts se nomme «bonté de vérité», car on ne cherche nulle récompense (de leur part).
(Rachi)
Lors de la perte d'un proche, il faut:
- fermer les yeux et la bouche du défunt;
- cacher son visage;
- étendre ses bras le long du corps, les mains ouvertes;
- recouvrir le corps d’un drap;
- allumer une bougie ou une veilleuse à son chevet;
- couvrir les miroirs;
- Lire les psaumes en hébreu (à défaut en français) au chevet du défunt.
Par ailleurs, il existe différente coutumes, selon les communautés: se déchausser, s'asseoir à même le sol... Mais on doit obligatoirement déchirer l'un de ses vêtements.
• On doit ensuite faire procéder à la toilette rituelle (rehitsa) ou purification (tahara) par des personnes habilitées et agréées par le Beth Din.
En effet, cette toilette prépare le corps pour sa résurrection future. Pour cela, le corps est lavé selon un certain cérémonial, répondant à des règles précises, durant lequel des versets bibliques sont récités lors d’ablutions.
Puis le corps est revêtu d’un linceul. Les hommes sont en plus recouverts de leur talit, dont on aura retiré les tsitsit
À l'annonce du décès d'une personne proche ou non, on prononce la bénédiction ברך דין האמת Baroukh Dayan Ha'Emèt - Béni soit [l'Éternel] Juge de la vérité!
• Après l'enterrement, les personnes en deuil se rendent chez le défunt (ou dans une autre maison, où il sera possible de respecter les sept jours de deuil), pour prendre un repas composé de pain et d'œufs durs. Ce repas est fourni par d'autres membres de la communauté en signe de compassion.


Les règles du deuil:
La période du deuil du point de vue de lahalakha s'étend sur douze mois. Elle se divise en trois périodes,
- de 7 jours (chiv'a),
- de 30 jours (chlochim)
- de l'année.
On suit pour calculer ces périodes les règles habituelles:
- dans le calendrier hébraïque le jour commence toujours la veille au soir (à la sortie des étoiles ou à la rigueur au coucher du soleil);
- une partie d'un jour est considérée comme un jour entier.

La période des sept jours: Elle commence le jour de l'enterrement (avant le coucher du soleil) et s'achève le septième jour, à condition qu'un jour de fête (yom tov) ne vienne pas couper cette période.
Ainsi, si une personne décède le 1er, et est enterrée dans l'après-midi, le septième jour sera le 7.
=> La prière du septième jour aura lieu le 6 au soir.
=> Le 7 au matin, après l'office, montée au cimetière, récitation du קדיש, prière de deuil. Les endeuillés peuvent alors s'en retourner à la maison prendre une douche, se changer, etc.
Il existe neuf interdits pour la période des sept jours :
- travailler;
- se laver, s'oindre, se frictionner;
- porter des chaussures de cuir;
- avoir des relations conjugales;
- étudier la Torah;
- saluer ou répondre à un salut;
- s'asseoir sur un siège haut;
- laver et repasser des vêtements;
- sortir de la maison (sauf pour aller réciter le קדישà la synagogue)

La période des trente jours: Elle s'achève le trentième jour.
Ainsi, si une personne décède le 1er, et est enterrée dans l'après-midi, le septième jour sera le 7.
=> La prière des trente jours aura lieu le 29 au soir.
=> Le 30 au matin, après l'office, montée au cimetière, récitation du קדיש, prière de deuil.
Il existe cinq interdits pour la période des trente jours :
- se couper les cheveux et la barbe;
- participer à des réjouissances;
- se marier;
- porter des vêtements neufs;
- saluer chaleureusement.


La période de l'année:
- Pour la perte de son père ou sa mère, on applique les cinq interdits durant douze mois.
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Alors que pour tous les défunts on récite leקדישpendant les trente jours, pour son père ou sa mère on récite le Qaddish des orphelins (Qaddish yatom)tous les jours, à la fin de l'office, pendant onze mois et une semaine (il existe des règles coutumières en la matière).
Remarque : si l'on tient compte de douze mois et non d'une année pour ses parents, c'est parce qu'il existe des années de 13 mois.

L'office commémoratif:
- Chaque année à la date anniversaire du décès (et non de l'enterrement) en date hébraïque, on organisera un office à la mémoire du défunt. Cette cérémonie se nomme hazkara  (souvenir) en hébreu ou jahrzeit en yiddish.
- La coutume veut que l'on jeûne pour ses parents le jour anniversaire (sauf Shabbat et fêtes).
- La coutume veut que l'on se rende à la synagogue le Shabbat qui précède la hazkara et que l'on y récite le קדיש à la mémoire du défunt.


Les veilleuses sont des lumières contre l’oubli. Elles sont allumées dans les synagogues pour perpétuer le souvenir de ceux qui nous ont quittés. A défaut de bougies, certaines possèdent un tableau d’allumage électrique avec une plaque comportant le nom du défunt.


 נר יהוה נשׁמת אדם
"Le souffle de l'homme est une lampe de יהוה-l'Éternel"
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Il est de coutume de déposer une petite pierre lors de ses visites sur les tombes (des saints comme de toute autre personne).
On donne plusieurs explications à cette pratique.
Mais l’explication la plus vraisemblable tient à un jeu de mots : le mot « pierre » se dit en hébreu אבן et s’écrit donc א (aleph), ב (bet), ן (noun). Or ces trois lettres permettent d’écrire les mots אב « père » et בן « fils » ; comme ces deux mots écrits ensemble forment le mot אבן « pierre », le fait de poser une pierre signifie que l’on se situe dans la filiation et la mémoire du défunt.
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