Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven



Le mercredi des Cendres
(Années ABC)



Introduction


Le mercredi des Cendres, les chrétiens sont conviés à un temps de recueillement et de réflexion avant d'entreprendre ensemble la longue montée vers la Pâque du Seigneur qu'est le Carême. Dieu, par la voix du prophète Joël (Première Lecture: Jl 2,12-18), de saint Paul (Deuxième Lecture: 2Co 5,20 - 6,2) et de Jésus lui-même (Évangile: Mt 6,1-6;16-18) - mais également David, conscient de sa faute (Psaume: Ps 51, 3-6a;12-14;17) - leur rappellent le but à atteindre, les moyens à mettre en œuvre, l'esprit dans lequel cheminer.

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Les Textes  

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• Première Lecture :  

• Jl 2,12-18.

Le mal est dans le coeur avant de se traduire en actes.
Les pratiques de pénitence doivent donc exprimer la conversion du coeur: les faux-semblants ne trompent pas Dieu.

Sur ce passage:
Sur Joël, voir à cette page.
Sur Jl2,12-17: Après avoir contemplé les ravages causés par les sauterelles dans les campagnes, et le peuple qui se lamente, puis cherché à faire réfléchir le peuple sur les causes du malheur qui l'atteint, Joël l'appelle maintenant à revenir de tout son cœur à YHWH - et à manifester ce retour au cours d'une manifestation cultuelle réunissant tout le peuple, sans exception aucune. En effet, s'il est légitime d'exprimer sa douleur (v.13sqq), il faut parvenir à dépasser ce stade et, dans ce cas précis, à en analyser les causes et à en tirer les conséquences.
Sur le verset 18: Les vv.18-27 constituent la réponse de YHWH à la prière du v.17, ce qui suppose qu'entre temps les fidèles ont entrepris la démarche de repentance à laquelle le prophète les a appelés dans la péricope précédente.

Traduction et remarques:
 
Verset 12.
וגם־עתה נאם־יהוה שׁבו עדי בכל־לבבכם ובצום ובבכי ובמספד׃
Maintenant encore, dit YHWH-Adonaï,
Revenez à moi de tout votre cœur,
Avec des jeûnes, avec des pleurs et avec des lamentations!
שׁבו עדיRevenez à moi: C'est à une relation personnelle restaurée avec YHWH que Joël appelle ses auditeurs; le peuple s'était donc détourné de Dieu.
בכל־לבבכם - de tout votre cœur: L'accent est mis ici sur l'intériorité qui doit caractériser tout retour authentique à Dieu (voir pages sur "Le coeur dans la Bible"). Il ne s'agit pas seulement de se contenter de rites ou de gestes extérieurs: "בצום ובבכי ובמספד - Avec des jeûnes, avec des pleurs et des lamentations"; voir v.13a.

Verset 13.
וקרעו לבבכם ואל־בגדיכם ושׁובו אל־יהוה אלהיכם כי־חנון ורחום הוא ארך אפים ורב־חסד ונחם על־הרעה׃
Déchirez vos cœurs et non vos vêtements,
Et revenez à YHWH-Adonaï, votre Dieu;
Car il est compatissant et miséricordieux,
Lent à la colère et riche en bonté,
Et il renonce aux châtiments.
וקרעו לבבכם ואל־בגדיכם - Déchirez vos cœurs et non vos vêtements: Voir Gn 37,29, par ex. - "Déchirer ses vêtements" est, aujourd'hui encore, chez les Juifs signe de deuil. En fait, on défait la couture sur une courte longueur, vraisemblablement au-dessus de l'épaule.
Le prophète insiste donc à nouveau sur l'intériorité de la démarche à accomplir.
כי־חנון ורחום הוא ארך אפים ורב־חסד - Car il est compatissant et miséricordieux, Lent à la colère et riche en bonté: Confession de foi fréquente dans le Premier Testament (voir Gn 34,6 - puis Nb 14,18; Dt 5,9-10; 7,9-10; Né 9,17; Ps 86,15; 103,8; 145,8; Jon 4,2). L'appel à la repentance se fonde sur le caractère de Dieu, sa miséricorde.
ונחם על־הרעה - Et il renonce aux châtiments: Le verbe נחם nâkham employé ici signifie généralement "se repentir"; la traduction littérale pourrait donc être "il regrette les maux [qu'il a envoyés]". Mais en Nb 23,19ab ce même verbe est utilisé pour dire que
 לא אישׁ אל ויכזב ובן־אדם ויתנחם
"El-Dieu n'est point un homme pour mentir,
Ni un fils d'homme pour se repentir".
Lorsque Dieu "regrette" (par ex. en Gn 6,6) un acte sévère vis-à-vis de l'homme, c'est davantage qu'il "regrette" que l'homme l'ait obligé à "sévir" pour lui montrer ses errements.
Ici, ce verbe se réfère au fait de revenir sur ce qui a été fait (les sauterelles) pour en annuler les effets - parce que le peuple aura changé d'attitude à la suite de ce malheur, et de l'oracle de Joël.
Dieu châtie parce que sa justice l'exige; mais il n'y prend aucun plaisir, au contraire, il préfère bénir (comp. Lm 3,33; Ez 18,23).

Verset 14.
מי יודע ישׁוב ונחם והשׁאיר אחריו ברכה מנחה ונסך ליהוה אלהיכם׃
Qui sait s'il ne reviendra pas et ne se repentira pas,
Et s'il ne laissera pas après lui la bénédiction,
Des offrandes et des libations pour YHWH-Adonaï, votre Dieu?
מי יודע - Qui sait: Joël souligne par cette expression que la grâce du coupable n'est jamais un dû, même si le peuple change de comportement: la repentance n'a aucune valeur méritoire (comp. Am 5,15).
מנחה ונסך - Des offrandes et des libations: La seule בּרכה berâkâh "bénédiction" citée ici concerne le rétablissement du culte et donc d'une relation normale entre le peuple et son Dieu. C'est un nouvel indice que c'est ce qui importe le plus au prophète; en effet, en 1,9;13;16, Joël a déploré la cessation du culte, conséquence la plus grave de la catastrophe agricole que constituaient les sauterelles - car elle était le signe de la rupture entre le peuple et El-Dieu)

Verset 15.
 תקעו שׁופר בציון קדשׁו־צום קראו עצרה׃
Sonnez de la trompette en Sion!
Publiez un jeûne, une convocation solennelle!
קדשׁו־צום קראו עצרה - Publiez un jeûne, une convocation solennelle: Textuellement,
- le verbe-racine קדשׁ qâdash désigne tout ce qui est "saint"; il signifie donc "sanctifier" - donc ici קדשׁו־צום signifie "faites un jeûne saint", i.e. un jeûne pour Dieu;
- le verbe-racine קרא qârâ' signifie "rencontrer", puis "appeler par son nom une personne rencontrée", donc "saluer", mais aussi - comme ici - "appeler", "convoquer";
- et le nom עצרה ‛ătsârâh désigne une assemblée, souvent solennelle - donc ici קראו עצרה signifie "convoquez une assemblée".
Le peuple est donc invité par Joël - au nom de Dieu - à se rassembler au Temple, en vue de manifester son authentique engagement à se tourner de nouveau vers Dieu.

Verset 16.
 אספו־עם קדשׁו קהל קבצו זקנים אספו עוללים וינקי שׁדים יצא חתן מחדרו וכלה מחפתה׃
Assemblez le peuple, formez une sainte réunion!
Assemblez les vieillards,
Assemblez les enfants,
Même les nourrissons à la mamelle!
Que l'époux sorte de sa demeure,
Et l'épouse de sa chambre!
אספו־עם קדשׁו קהל - Assemblez le peuple, formez une sainte réunion: Reprise du v.15b, mais avec ensuite des exemples particulièrement frappants: les vieillards (זקנים), les bébés "qui sucent les seins" (ינקי שׁדים); si Joël insiste ensuite "יצא חתן מחדרו que l'époux quitte sa chambre", c'est que le jeune marié était dispensé de service militaire durant la première année du mariage (Dt 24,5) afin de favoriser la naissance du premier enfant.
Ici, aucun motif (ni pratique, ni religieux) ne saurait donc être avancé pour s'abstenir de participer à cette manifestation cultuelle.

Verset 17.
 בין האולם ולמזבח יבכו הכהנים משׁרתי יהוה ויאמרו חוסה יהוה על־עמך ואל־תתן נחלתך לחרפה למשׁל־בם גוים למה יאמרו בעמים איה אלהיהם׃
Qu'entre le portique et l'autel
Pleurent les sacrificateurs,
Serviteurs de YHWH-Adonaï,
Et qu'ils disent: YHWH-Adonaï, épargne ton peuple!
Ne livre pas ton héritage à l'opprobre,
Aux railleries des nations!
Pourquoi dirait-on parmi les peuples: Où est leur Dieu?
האולם - le portique: Ce seuil, entre le Lieu Saint et l'autel des holocaustes (voir cette page sur le Temple), est mentionné une seule autre fois (en Ez 8,16) dans le Premier Testament.
ויאמרו - Et qu'ils disent: La prière était l'une des fonctions des כהנים, les  prêtres-sacrificateurs, médiateurs représentant l'homme auprès de Dieu.
אל־תתן נחלתך לחרפה - Ne livre pas ton héritage à l'opprobre: La  נחלה nakhălâh, "propriété", le "bien reçu en héritage", "le lot" désigne bien entendu ici le peuple, "propriété" de Dieu. Dans les mentalités du Proche-Orient ancien, les dieux étaient liés à leurs peuples. S'ils ne pouvaient défendre leur peuple contre ses ennemis, c'est que les dieux de ces derniers étaient les plus forts (voir Ex 32,12; Nb 14,13; Dt 9,28; Jos 7,9).
La prière des prêtres ne fait valoir ni l'innocence du peuple, ni ses actes de contrition, ni aucune autre action humaine - pas même les privilèges de l'Alliance. Leur plaidoyer s'enracine dans le seul souci de l'"honneur" de YHWH-Adonaï.
גוים - les nations: Terme bien connu (les goïm) pour désigner les non-Juifs.

Verset 18.
  ויקנא יהוה לארצו ויחמל על־עמו׃
YHWH-Adonaï est ému de jalousie pour son pays,
Et il épargne son peuple.
ויקנא יהוה - YHWH-Adonaï est ému de jalousie: Le verbe-racine קנאqânâ' signifie "montrer un grand zèle pour", d'où "être jaloux de" au sens d'"aimer d'un amour intense et exclusif".
Ce v.18, comme on l'a vu dans l'introduction à ce passage, ne fait pas partie de la péricope précédente, mais de la suivante (vv.18-27): la réponse divine à la démarche de repentir demandée aux vv. 12-17, et entreprise par le peuple.

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• Psaume :  

• Ps 51 (hébraïque) / 50 (LXX - Vulgate - liturgique),3-6a;12-14;17.

La prise de conscience du péché est vaine si elle ne conduit pas à se tourner vers la miséricorde de Dieu.
Lui seul en effet peut donner la paix par la purification du cœur.

Sur ce psaume:
Voir une introduction et une étude stylistique à cette page.
Ce psaume est attribué à David par sa suscription (v.1):
למנצח מזמור לדוד׃
"Au chef des chantres. Psaume de David."
Mais il a été composé en une occasion bien particulière (v.2):
 בבוא־אליו נתן הנביא כאשׁר־בא אל־בת־שׁבע׃
"Lorsque Nathân, le prophète, vint à lui, après que David fut allé vers Bethsabée." Sur ces faits, voir la présentation indiquée ci-dessus, ainsi que 2S 11,1 - 12,25.
Ce psaume est donc un psaume d'humilité - très utilisé par la tradition chrétienne comme psaume de pénitence. Il exprime avec force et beauté le regret de l'homme pécheur concernant la faute commise, sa demande de pardon à Dieu, et sa volonté de changer d'attitude.
Par le ton et les termes employés, on peut le rapprocher du Ps 6, également attribué à David, par lequel ce dernier demande à Dieu la guérison du corps comme il demande ici la guérison de l'âme.

Traduction et remarques:
 
Versets 3-4.
חנני אלהים כחסדך כרב רחמיך מחה פשׁעי׃
O Dieu! aie pitié de moi dans ta bonté;
Selon ta grande miséricorde, efface mes transgressions;
הרבה כבסני מעוני ומחטאתי טהרני׃
Lave-moi complètement de mon iniquité,
Et purifie-moi de mon péché.
Dans ces deux versets, le psalmiste utilise trois mots différents pour exprimer la réalité du péché - comme dans le Ps 32,1-2;5:
- פּשׁע pesha‛ (traduit par "transgression");
- עון ‛âvôn (traduit par "iniquité");
- חטּאת khaṭṭâ'th (traduit par "péché").
Et il souligne deux attributs divins:
- sa bonté (חסד khêsêd),
- sa miséricorde (ou sa compassion: רחם rakham),
sur lesquels David se fonde pour obtenir son pardon.

Verset 5.
כי־פשׁעי אני אדע וחטאתי נגדי תמיד׃
Car je reconnais mes transgressions,
Et mon péché est constamment devant moi.

Verset 6.
לך לבדך חטאתי והרע בעיניך עשׂיתי למען תצדק בדברך תזכה בשׁפטך׃
J'ai péché contre toi seul,
Et j'ai fait ce qui est mal à tes yeux,
En sorte que tu seras juste dans ta sentence,
Sans reproche dans ton jugement.
לך לבדך - J'ai péché contre toi seul: L'esprit du psalmiste est avant tout préoccupé par sa transgression de la Loi et sa désobéissance envers Dieu (cf. Ex 20,13-14;17) qu'il a offensé et déshonoré. Bien entendu, David a également péché contre Bethsabée, qu'il a séduite, et contre Urie, qu'il a envoyé à la mort.
• למען תצדק בדברך תזכה בשׁפטך - En sorte que tu seras juste dans ta sentence, Sans reproche dans ton jugement: David accepte d'autant mieux le jugement divin qu'il sait que ce dernier lavera l'offense qu'il a faite à Dieu, le déshonneur qu'il lui a infligé (David avait été choisi et oint par Dieu). La traduction de cette phrase par la LXX, ὅπως ἂν δικαιωθῇς ἐν τοῖς λόγοις σου καὶ νικήσῃς ἐν τῷ κρίνεσθαί σε, sera citée en Rm 3,4.

Verset 12.
לב טהור ברא־לי אלהים ורוח נכון חדשׁ בקרבי׃
O Dieu! crée en moi un cœur pur,
Renouvelle en moi un esprit bien disposé.
David a conscience de la nécessité d'une purification et d'une transformation intérieures, que Dieu seul peut opérer. On peut rapprocher ce thème de ceux
- de la circoncision du cœur (voir les pages sur "Le cœur dans la Bible", et en particulier celle-ci; et Dt 10,16),
- de l'intériorisation de la Loi (voir Dt 6,6; Jr 31,31-34; Ez 36,24-28).
Voir aussi Ez 11,19; 18,31; 36,26-27; Jr 24,7; 32,39.
Cette œuvre de purification et de transformation est permanente et la faute de David démontre bien son inachèvement: c'est la reprise et la poursuite de ce processus que David demande ici.

Verset 13.
אל־תשׁליכני מלפניך ורוח קדשׁך אל־תקח ממני׃
Ne me rejette pas loin de ta face,
Ne me retire pas ton esprit saint.
רוח קדשׁך אל־תקח ממני - Ne me retire pas ton esprit saint:
- David pense certainement à l'expérience de son prédécesseur, Saül. L'Esprit lui avait été accordé en vue de l'exercice de la royauté, puis retiré lors du rejet de ce roi par Dieu (1S 10,6; 11,6; 16,3; 2S 7,15).
- Mais, dans le contexte présent, c'est beaucoup plus qui est en jeu. David demande en effet à être purifié du péché (v.9), ce qui vise non seulement le pardon des fautes (v.11) mais aussi une transformation intérieure (vv.8;12): David comprend que sa faute entrave l'œuvre de renouvellement commencée en lui par l'Esprit.
L'expression "רוח קדשׁ Esprit Saint" ne se retrouve dans le Premier Testament qu'en Is 63,10-11.

Verset 14.
השׁיבה לי שׂשׂון ישׁעך ורוח נדיבה תסמכני׃ 
Rends-moi la joie de ton salut,
Et qu'un esprit de bonne volonté me soutienne!

Verset 17.
אדני שׂפתי תפתח ופי יגיד תהלתך׃
Seigneur! ouvre mes lèvres,
Et ma bouche publiera ta louange.
שׂפתי תפתח - ouvre mes lèvres: David demande à Dieu d'ôter son sentiment de culpabilité qui tient ses lèvres closes.
Il est à noter que ce verset sert d'ouverture à la première prière matinale, dans la liturgie des Heures.

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• Deuxième Lecture :  

• 2Co 5,20- 6,2.

Se laisser réconcilier par Dieu, s'ouvrir à la grâce du pardon acquis par le Christ qui a pris sur lui le péché du monde pour nous "identifier à la justice", à la sainteté de Dieu: voilà à quoi exhorte le "temps favorable" du Carême.

Sur ce passage:
Sur Paul, les Corinthiens, et les épîtres voir à cette page.
Ce passage dans la section 2Co 5,11 - 6,13:
- Le sentiment de révérence que éprouve pour le Seigneur et qui le motive dans son ministère devrait donner de la fierté aux Corinthiens: 5,11-15.
- Mais c'est, par-dessus tout, l'amour du Christ qui est la source de sa consécration. Paul présente sa mission comme celle d'un ambassadeur annonçant l'irruption de la nouvelle création dans le monde présent. Celui qui est uni au Christ fait l'expérience d'une nouvelle relation avec Dieu (réconciliation) et avec les autres (ce ne sont plus les critères humains qui comptent): 5,16-19.
- En adhérant au message divin de réconciliation, les Corinthiens montreront que la grâce qu'ils ont reçue n'a pas été sans effet: 5,20-6,2.
- A ceux qui le critiquent, Paul montre de façon saisissante comment sa persévérance appuie son ministère: 6,3-10.
- Il ouvre son cœur à ses lecteurs, et les invite à faire de même à son égard: 6,11-13.

Traduction et remarques :

CHAPITRE 5.

Verset 20.
῾Υπὲρ Χριστοῦ οὖν πρεσβεύομεν ὡς τοῦ Θεοῦ παρακαλοῦντος δι᾿ ἡμῶν δεόμεθα ὑπὲρ Χριστοῦ, καταλλάγητε τῷ Θεῷ·
Nous remplissons donc les fonctions d'ambassadeurs pour le Christ, comme si Dieu exhortait par nous; nous vous en supplions au nom du Christ: Soyez réconciliés avec Dieu!
πρεσβευομεν Nous remplissons les fonctions d'ambassadeurs: Les apôtres sont les représentants plénipotentiaires de Dieu, parlant au nom du Christ ("ὑπὲρ Χριστοῦ " deux fois dans le verset): ils ont comme tâche, en particulier, d'expliciter "la foi qui a été transmise une fois pour toutes à ceux qui appartiennent à Dieu" et que contient le Nouveau Testament (voir Ep 6,20).

Verset 21.
῾τὸν γὰρ μὴ γνόντα ἁμαρτίαν ὑπὲρ ἡμῶν ἁμαρτίαν ἐποίησεν, ἵνα ἡμεῖς γενώμεθα δικαιοσύνη Θεοῦ ἐν αὐτῷ.
Celui qui n'a point connu le péché, il l'a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu.
τὸν γὰρ μὴ γνόντα ἁμαρτίαν - Celui qui n'a point connu le péché: Voir Rm 8,3; Hé 4,15.
ὑπὲρ ἡμῶν ἁμαρτίαν ἐποίησεν - [Dieu] l'a fait devenir péché pour nous: Le Christ a porté sur lui la peine qu'encourait notre péché, c'est-à-dire la mort (voir Ga 3,3). Certains comprennent "pour nous, [Dieu] l'a fait sacrifice pour le péché" (le "bouc émissaire" - voir Is 53,10).
 ἵνα ἡμεῖς γενώμεθα δικαιοσύνη Θεοῦ ἐν αὐτω - afin que nous devenions en lui justice de Dieu: Traduction littérale; autre traduction,  plus contestable (préposition "ἐν" traduite par "par", traduction de "ἡμεῖς γενώμεθα" un peu hasardeuse): "afin que, par [le Christ], la justice de Dieu se réalise en nous". La traduction liturgique "nivelle" le verset, en particulier par la répétition du verbe "identifier", qui n'existe pas dans l'original grec.

CHAPITRE 6.

Verset 1.
῾Συνεργοῦντες δὲ καὶ παρακαλοῦμεν μὴ εἰς κενὸν τὴν χάριν τοῦ Θεοῦ δέξασθαι ὑμᾶς·
Puisque nous travaillons ensemble, nous vous exhortons à ne pas recevoir la grâce de Dieu en vain.
 Συνεργοῦντες δὲ - Puisque nous travaillons ensemble: Le travail de Paul et de ses disciples (ici les corinthiens) sont complémentaires, ils sont donc "collaborateurs" (sens étymologique littéral du verbe grec συν-εργέω sun-ergeō: "je travaille avec"; latin: cum + laborare -> col-laborer) et dépendent tous de l'œuvre de Dieu. Certains (dont la trad. liturgique) écrivent: "nous travaillons avec Dieu"; mais
1°/ cela suppose un complément "avec Dieu" sous-entendu;
2°/ or cela ne correspond pas à l'emploi absolu (= sans complément), très fréquent chez Paul, de ce verbe (Rm 16,3;9;21; 1Co 3,9; 2Co 1,24; 8,23; Ph 2,25; 4,3; Col 4,11; 1Th 3,2; Phm 1,24...) 
εἰς κενὸν - en vain: C'est en produisant dans le croyant le vouloir et le faire que la grâce agit en lui, le conduisant ainsi à répondre de manière responsable à son œuvre intérieure de libération du péché.

Verset 2.
῾λέγει γάρ· καιρῷ δεκτῷ ἐπήκουσά σου καὶ ἐν ἡμέρᾳ σωτηρίας ἐβοήθησά σοι· ἰδοὺ νῦν καιρὸς εὐπρόσδεκτος, ἰδοὺ νῦν ἡμέρα σωτηρίας·
Car il dit:
Au temps favorable je t'ai exaucé,
Au jour du salut je t'ai secouru.
Voici maintenant le temps favorable, voici maintenant le jour du salut.
καιρῷ δεκτῷ ἐπήκουσά σου καὶ ἐν ἡμέρᾳ σωτηρίας ἐβοήθησά σοι
Au temps favorable je t'ai exaucé,
Au jour du salut je t'ai secouru: Citation textuelle d'Is 49,8:
 בעת רצון עניתיך וביום ישׁועה עזרתיך
LXX: Καιρῷ δεκτῷ ἐπήκουσά σου καὶ ἐν ἡμέρᾳ σωτηρίας ἐβοήθησά σοι. Cette citation souligne la nécessité urgente d'accepter la grâce de Dieu, qui est offerte à tous, dans le temps présent, (i.e. depuis la venue du Christ). Les Corinthiens, en particulier - et tous les croyants, en général - sont invités à renouveler leur engagement à l'égard du Christ (voir aussi Ps 69,14; Is 55,6).

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• Evangile : 

• Mt 6,1-6;16-18.

Jésus ne récuse pas la valeur de l'aumône, de la prière, du jeûne: il met en garde contre les pratiques ostentatoires; elles peuvent peut-être tromper les hommes, mais pas Dieu - qui voit les intentions du cœur.
Une mise en garde toujours d'actualité, car le pharisaïsme menace, aujourd'hui comme hier, les meilleures des pratiques.  

Sur ce passage:
Sur Matthieu et son Evangile, voir à cette page.
Ce passage fait partie de ce qu'il est convenu d'appeler le "Sermon sur la montagne"; on sait (voir note sur Lc 6,17 à cette page) que Matthieu ne respecte pas ici la réalité topographique, mais situe "sur la montagne" ce qui est le premier des cinq grands discours de Jésus dans son évangile  pour une raison théologique: après la tentation au désert, Jésus, nouveau Moïse, gravit "sa" montagne, "son Sinaï", pour donner à son peuple la Loi du Royaume.
Sur la section Mt 6,1-18:
Jésus invite ses auditeurs à réexaminer leur manière de vivre leur relation avec Dieu dans trois domaines essentiels de la piété: l'aumône, la prière et le jeûne.
L'accusation centrale qu'il leur adresse est celle d'hypocrisie (vv.2;5;16): ce qu'ils devraient vivre "devant Dieu", ils le vivent "devant les hommes" (v.1)! Certes, nombreux parmi les contemporains de Jésus sont ceux qui auraient aussi condamné cette hypocrisie; mais derrière les mots, il y a les faits - et c'est ce dont Jésus veut faire prendre conscience, au moyen d'exemples et d'images frappants (vv.2-3;5;16-18).
Car l'enjeu est de taille: il en va de la conception même de Dieu!
En effet, on ne manipule pas le Dieu de Jésus - même au prix de pratiques religieuses; car Il est
- le Père (vv.4;6;8;9;15;18),
- céleste et souverain (vv.8;9;14),
- dont la présence ("qui est là", vv.6,18)
- et l'intimité ("ton Père, vv;4,6,18; "votre Père", vv.8,14; "notre Père", v.9)
- sont pour ceux qui se livrent à son regard ("qui te voit", v.4)
- dans le secret (vv.4;6;18) et non sous le regard des autres.

Traduction et remarques :

Verset 1.
᾿Προσέχετε τὴν δικαιοσύνην ὐμῶν μὴ ποιεῖν ἔμπροσθεν τῶν ἀνθρώπων πρὸς τὸ θεαθῆναι αὐτοῖς· εἰ δὲ μή γε, μισθὸν οὐκ ἔχετε παρὰ τῷ πατρὶ ὑμῶν τῷ ἐν τοῖς οὐρανοῖς. 
Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour en être vus; autrement, vous n'aurez point de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux.
 τὴν δικαιοσύνην ὐμῶν͂ - votre justice: Jésus englobe sous ce terme de "δικαιοσύνη dikaiosunē " ce que recouvre le mot hébreu צדקהtsedâqâh - à savoir le jeûne avec la prière, et l'aumône qui doit résulter de la privation - et rétablir ainsi la justice divine, mise à mal par l'injustice humaine (voir cette page et cette page); ces trois domaines, la prière, le jeûne et l'aumône sont essentiels dans la pratique de la religion juive (à noter: une variante du texte grec donne ici déjà "ἐλεημοσύνη eleēmosun", l'aumône, que l'on aura au verset suivant).
μισθὸν [...] παρὰ τῷ πατρὶ ὑμῶν τῷ ἐν τοῖς οὐρανοῖς͂ - récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux: Sur cette "récompense", voir à cette page la note sur Lc 6,23. Voir aussi Mt 5,12; 6,2;5;16.

Verset 2.
᾿῞Οταν οὖν ποιῇς ἐλεημοσύνην, μὴ σαλπίσῃς ἔμπροσθέν σου, ὥσπερ οἱ ὑποκριταὶ ποιοῦσιν ἐν ταῖς συναγωγαῖς καὶ ἐν ταῖς ῥύμαις, ὅπως δοξασθῶσιν ὑπὸ τῶν ἀνθρώπων· ἀμὴν λέγω ὑμῖν, ἀπέχουσι τὸν μισθὸν αὐτῶν.
Lors donc que tu fais l'aumône, ne fais pas sonner de la trompette devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d'être glorifiés par les hommes. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense.
Οταν [...] ποιῇς ἐλεημοσύνην͂ - Lorsque tu fais l'aumône: Voir la note sur "τὴν δικαιοσύνην ὐμῶν͂" au v.1; voir aussi Dt 15,7-11; Jb 31,19-20)
σαλπίσῃς - sonner de la trompette: Lors de certaines fêtes juives, ou pour annoncer le culte du Shabbat, on sonnait du shofar.
μὴ σαλπίσῃς ἔμπροσθέν σου - ne fais pas sonner de la trompette devant toi: Ceci n'est pas, comme on le croit souvent, une image destinée à frapper l'imagination. En effet, Jésus semble plutôt fustiger certaines pratiques de riches juifs, qui utilisaient des sonneurs de shofar pour les escorter à la synagogue ou même au Temple, et qui payaient des sonneurs "personnels" lors des cérémonies cultuelles.
οἱ ὑποκριταὶ - les hypocrites: N'oublions pas, d'abord, le sens premier du mot ὑποκριτής hupokritēs: ce terme désignait l'acteur, car il jouait toujours "sous - ὑπο" un masque. L'"hypocrite" est donc celui qui porte toujours un masque, qui a une "façade" pour les autres - mais que Dieu sait percer à jour. Sa conduite simule la foi mais la dément, et déshonore Dieu.
Cette accusation d'"hypocrisie" est fréquente chez Matthieu (Mt 6,5;16; 7,5; 15,17; 16,3; 22,18; 23,13;14;15;23;25;27;29; 24,51). Cependant cette attitude n'est pas nécessairement consciente: plusieurs textes lient hypocrisie et aveuglement (Mt 7,3;5; 23,16;19;24).

Verset 3.
᾿῞σοῦ δὲ ποιοῦντος ἐλεημοσύνην μὴ γνώτω ἡ ἀριστερά σου τί ποιεῖ ἡ δεξιά σου,
Mais quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite,

Verset 4.
᾿῞ὅπως ᾖ σου ἡ ἐλεημοσύνη ἐν τῷ κρυπτῷ, καὶ ὁ πατήρ σου ὁ βλέπων ἐν τῷ κρυπτῷ ἀποδώσει σοι ἐν τῷ φανερῷ.
afin que ton aumône se fasse en secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.
ἐν τῷ κρυπτῷ͂ - en secret: Voir vv.6;18.

Verset 5.
᾿῞Καὶ ὅταν προσεύχῃ, οὐκ ἔσῃ ὥσπερ οἱ ὑποκριταί, ὅτι φιλοῦσιν ἐν ταῖς συναγωγαῖς καὶ ἐν ταῖς γωνίαις τῶν πλατειῶν ἑστῶτες προσεύχεσθαι, ὅπως ἄν φανῶσι τοῖς ἀνθρώποις· ἀμὴν λέγω ὑμῖν ὅτι ἀπέχουσι τὸν μισθὸν αὐτῶν.
Et lorsque vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites, qui aiment à prier debout dans les synagogues et aux coins des rues, pour être vus des hommes. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense.
ὅταν προσεύχη - lorsque vous priez: Le verbe προσεύχομαι proseukhomaï est employé quatre fois (vv.5;6;7;9), pour introduire quatre directives:
- ne pas prier comme les "hypocrites";
- prier en secret;
- ne pas prier comme les païens;
- prier le Père avec simplicité.
οἱ ὑποκριταί - les hypocrites: Voir la note au v.2.
ὅπως ἄν φανῶσι - pour être vus: La prière des offices synagogaux ayant lieu à heures fixes, ceux qui le souhaitaient pouvaient se faire remarquer de tous alors qu'ils accomplissaient leur devoir religieux (voir Mt 23,5-6; Lc 18,10-14). Cependant, plus qu'une conduite précise, c'est un état d'esprit que dénonce ici Jésus.

Verset 6.
᾿῞σὺ δὲ ὅταν προσεύχῃ, εἴσελθε εἰς τὸ ταμεῖόν σου, καὶ κλείσας τὴν θύραν σου πρόσευξαι τῷ πατρί σου τῷ ἐν τῷ κρυπτῷ, καὶ ὁ πατήρ σου ὁ βλέπων ἐν τῷ κρυπτῷ ἀποδώσει σοι ἐν τῷ φανερῷ.
Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.
τὸ ταμεῖόν σου - ta chambre: Le ταμεῖον tameïon' - comme le חדרkheder d'Is 26,20 - est une petite pièce, servant de lieu de rangement ou d'entrepôt (l'équivalent d'un cellier, d'une cave, ou d'un grenier; voir Lc 12,24); la plupart des maisons galiléennes n'avaient qu'une ou deux pièces, communes, d'habitation. Cette fois, plus qu'une conduite précise, c'est un état d'esprit que Jésus recommande; sa propre pratique témoigne d'un tel état d'esprit (Mt 14,23; Mc 1,35-37).

Verset 16.
᾿῞ ῞Οταν δὲ νηστεύητε, μὴ γίνεσθε ὥσπερ οἱ ὑποκριταὶ σκυθρωποί· ἀφανίζουσι γὰρ τὰ πρόσωπα αὐτῶν ὅπως φανῶσι τοῖς ἀνθρώποις νηστεύοντες· ἀμὴν λέγω ὑμῖν ὅτι ἀπέχουσι τὸν μισθὸν αὐτῶν.
Lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air triste, comme les hypocrites, qui se rendent le visage tout défait, pour montrer aux hommes qu'ils jeûnent. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense.
  ῞Οταν δὲ νηστεύητε - Lorsque vous jeûnez: Dans l'Écriture, le jeûne est une expression de la vie religieuse qui accompagne
- le deuil: Jg 20;26; 2S 1;12;
- des situations dramatiques ou périlleuses: 2Ch 20,3; Est 4,6; Ps 35,13; Mt 4,1-2;
- des temps de confession des péchés: Esd 9,7; 10,2;6; Né 9,1-2; Dn 9,3; Jon 3,5.
Seuls quelques textes du Nouveau Testament suggèrent que le jeûne peut être lié au désir de consacrer plus de temps à la prière (Lc 2,37; Ac 13,2-3; 14,23; voir aussi 1Co 7,5 sur le "jeûne sexuel" dans la vie du couple.
 ὥσπερ οἱ ὑποκριταὶ - comme les hypocrites: Voir ci-dessus, note sur le v.2; sur la critique du jeûne dans le Premier Testament, voir Is 58,6-10; Jr 14,12; Za 7,5-6.
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Méditation et prolongements
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Méditation

Réflexion:

1.  Aujourd’hui commence le Carême, un temps de conversion et de préparation spirituelle. L’Église nous invite à nous mettre en marche pour préparer notre cœur à accueillir pleinement la grâce du Mystère Pascal, commémoré pendant la Semaine Sainte. C’est dans ce but que l’Église, tout comme Israël autrefois, propose à ses fidèles d’accomplir de « bonnes œuvres » : la charité (par l’aumône), la pénitence (le jeûne), et la prière. Ces œuvres seront bonnes si elles sont faites avec générosité. Le Père veut un culte « en esprit et en vérité ». Dieu bénit les œuvres qui sont le fruit d’un véritable esprit chrétien et d’un cœur sincère. Les « bonnes œuvres » faites pour paraître vertueux aux yeux des autres ne plaisent pas à Dieu. Il ne bénit pas les œuvres faites par hypocrisie ou par vanité. Seules les œuvres accomplies par amour de Dieu et pour sa gloire lui plaisent.
2.Le Carême est un temps de conversion profonde. C’est l’occasion d’un changement de cœur. Le chrétien est appelé à se renouveler intérieurement en rejetant le mensonge, l’hypocrisie, et la vanité. Le chrétien ne se contente pas de connaitre la vérité ; il s’efforce de vivre en accord avec sa condition de disciple de Jésus. Il fait appel à sa volonté pour agir mais il le fait par amour.
3.L’authenticité chrétienne de toute œuvre consiste dans l’esprit de charité qui l’anime. Le Carême nous invite à dilater notre coeur pour aimer plus et mieux, pour vivre en enfants de lumière, guidés par l’Esprit Saint, l’Esprit de vérité (Jn 14,17). Comme nous le dit le pape Jean Paul II, "l’amour chrétien n’est pas un simple acte de charité, mais aussi une rencontre avec le Christ", une rencontre personnelle qui transforme tout notre être.

Prière:
Seigneur, Tu nous accordes ce temps de Carême pour nous préparer à vivre Pâques. Répands ton Esprit sanctificateur sur tes enfants pour que les bonnes œuvres que nous accomplirons soient motivées par un amour chrétien authentique.


Résolution:
Réaliser un acte de charité sans que personne ne le sache, par pur amour de Dieu et de mon prochain.
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Pour prolonger la méditation:


- Du Premier Testament:
- Is 58,6-7: "Voici le jeûne auquel je prends plaisir:
Détache les chaînes de la méchanceté,
Dénoue les liens de la servitude,
Renvoie libres les opprimés,
Et que l'on rompe toute espèce de joug;
Partage ton pain avec celui qui a faim,
Et fais entrer dans ta maison les malheureux sans asile;
Si tu vois un homme nu, couvre-le,
Et ne te détourne pas de ton semblable."

- Du Nouveau Testament:
- 2Co 9,7-9: "Que chacun donne comme il l'a résolu en son coeur, sans tristesse ni contrainte; car Dieu aime celui qui donne avec joie. Et Dieu peut vous combler de toutes sortes de grâces, afin que, possédant toujours en toutes choses de quoi satisfaire à tous vos besoins, vous ayez encore en abondance pour toute bonne œuvre, selon qu'il est écrit:
Il a fait des largesses, il a donné aux indigents;
Sa justice subsiste à jamais."
- Lc 11,13: "Si donc, méchants comme vous l'êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il le Saint Esprit à ceux qui le lui demandent."
- Ac 13,3: "Alors, après avoir jeûné et prié, ils leur imposèrent les mains, et les laissèrent partir."

- Commentaires patristiques:

- De Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l'Église, Sermon 8:

      Mes frères, nous commençons aujourd'hui le grand voyage du Carême. Emportons donc dans notre navire toute notre provision de nourriture et de boisson, en plaçant sur la caisse la miséricorde abondante dont nous aurons besoin. Car notre jeûne a faim, notre jeûne a soif, s'il ne se nourrit pas de bonté, s'il ne se désaltère pas de miséricorde. Notre jeûne a froid, notre jeûne défaille, si la toison de l'aumône ne le couvre pas, si le vêtement de la compassion ne l'enveloppe pas.
      Frères, ce que le printemps est pour les terres, la miséricorde l'est pour le jeûne : le vent doux printanier fait fleurir tous les bourgeons des plaines ; la miséricorde du jeûne fait pousser toutes nos semences jusqu'à la floraison, leur fait porter fruit jusqu'à la récolte céleste. Ce que l'huile est pour la lampe, la bonté l'est pour le jeûne. Comme la matière grasse de l'huile allume la lumière de la lampe et, avec une aussi faible nourriture, la fait luire pour le réconfort de toute une nuit, ainsi la bonté fait resplendir le jeûne : il jette des rayons jusqu'à atteindre le plein éclat de la continence. Ce que le soleil est au jour, l'aumône l'est pour le jeûne : la splendeur du soleil accroît l'éclat du jour, dissipe l'obscurité des nuées ; l'aumône accompagnant le jeûne en sanctifie la sainteté et, grâce à la lumière de la bonté, chasse de nos désirs tout ce qui pourrait être mortifère. Bref, ce que le corps est pour l'âme, la générosité en tient lieu pour le jeûne : quand l'âme se retire du corps, elle lui apporte la mort ; si la générosité s'éloigne du jeûne, c'est sa mort.

- De Saint Léon le Grand (?-v. 461), pape et docteur de l'Église - Quatrième sermon pour le Carême, 1-2.

      « Voici maintenant le jour du salut ! » Certes, il n'est pas de saison qui ne soit pleine des dons divins ; la grâce de Dieu nous ménage en tout temps l'accès à sa miséricorde. Pourtant, c'est maintenant que tous les coeurs doivent être stimulés avec plus d'ardeur à leur avancement spirituel et animés de plus de confiance, car le jour où nous avons été rachetés nous invite, par son retour, à toutes les oeuvres spirituelles. Ainsi célébrerons-nous, le corps et l'âme purifiés, le mystère qui l'emporte sur tous les autres : le sacrement de la Pâque du Seigneur.
      De tels mystères exigeraient un effort spirituel sans défaillance..., en sorte que nous demeurions toujours sous le regard de Dieu, tels que devrait nous trouver la fête de Pâques. Mais cette force spirituelle n'est le fait que d'un petit nombre d'hommes ; pour nous au milieu des activités de cette vie, par la faiblesse de la chair, le zèle se détend... Pour rendre la pureté à nos âmes, le Seigneur a donc prévu le remède d'un entraînement de quarante jours, au cours desquels les fautes des autres temps puissent être rachetées par les bonnes œuvres et consumées par les saints jeûnes... Prenons donc soin d'obéir au commandement de l'apôtre Paul : « Purifiez-vous de toute souillure de la chair et de l'esprit » (2Co 7,1).
      Mais que notre manière de vivre soit en accord avec notre abstinence. Le tout du jeûne n'est pas dans la seule abstention de nourriture ; il n'y a aucun profit à soustraire les aliments au corps si le coeur ne se détourne pas de l'injustice, si la langue ne s'abstient pas de la calomnie... Ce temps, c'est celui de la douceur, de la patience, de la paix...; aujourd'hui, que l'âme forte s'habitue à pardonner les injustices, à compter pour rien les affronts, à oublier les injures... Mais que la retenue spirituelle ne soit pas triste ; qu'elle soit sainte. Qu'on n'entende pas le murmure des plaintes, car à ceux qui vivent ainsi la consolation des joies saintes ne manqueront jamais.

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