Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven


Le mariage

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1. À l'époque du Premier Testament


Dans les royaumes d'Israël et de Juda, le mariage est une affaire purement civile; il se déroule devant témoins, mais non point devant une autorité religieuse. Toutefois l'union de l'homme et de la femme a une signification profonde aux yeux de Dieu, et chez les prophètes elle permet de traduire l'amour de Dieu pour son peuple.

L'union entre un homme et une femme devait normalement s'inscrire dans une démarche qui comportait plusieurs étapes.

1. La demande.

La première et la plus importante consistait pour l'homme à se rendre à la maison des parents de la jeune fille qu'il désirait épouser afin de la demander en mariage.

Il arrivait aussi - et sans doute très fréquemment - que les parents du garçon interviennent pour faire cette demande, notamment si le garçon était très jeune; la proximité des familles dans le même village pouvait également justifier cet usage. Enfin, l'intervention parentale manifestait la volonté des parents que le mariage d'un fils se fît avec une jeune fille de leur parenté, proche ou lointaine.
Chez les patriarches, cette intervention est constante; ainsi:
- Abraham envoie un serviteur choisir une femme pour Isaac (Gn 24,33-53);
- Isaac donne à Jacob l'ordre d'épouser une des filles de "Laban, frère de ta mère" (Gn 28,2).
Cette constante doit servir d'exemple pour que les descendants des patriarches évitent d'épouser des filles de Canaan (Gn 28,1) ou des filles étrangères (Dt 7,3).

Assez naturellement, les pères interviennent dans le mariage de leurs filles; ainsi:
- le roi Saül décide du mariage de ses filles Mérab et Mikal (1S 18,17-27);
- le vieux Tobit conseille son fils sur le choix d'une femme ("Prends une femme de la race de tes pères", Tb 4,12).

On trouvera peut-être que les parents font bon marché des sentiments des jeunes gens. En réalité, plusieurs récits montrent bien que le mariage était loin d'être imposé; ainsi:
- Samson, qui aime une femme philistine, demande à ses parents de la lui prendre comme femme, c'est-à-dire de la demander en mariage (Jg 14,3);
- Mikal, fille de Saül, s'éprit de David (1S 18,20) - mais c'est Saül qui intervient pour que David devienne son gendre.

2. Le don nuptial.

Il convenait ensuite de se mettre d'accord sur les conditions du mariage.

En effet, l'usage voulait que le jeune homme (ou un parent du jeune homme) verse au père de la jeune fille une somme d'argent, le מהר môhar. Ce versement, prévu par la Loi (par ex. Ex 22,16) pouvait prendre d'autres formes; ainsi:
- Caleb promet sa fille en mariage à celui qui s'emparera de la ville de
קרית ספר Qiryath Sêpher (Jg 1,12-13);
- à un David qui se juge trop pauvre pour devenir le gendre du roi (1S 18,24), Saül demande comme מהר "cent prépuces de Philistins"; ce cas, très particulier, doit se comprendre dans le cadre des rapports tumultueux entre David et Saül.

Le versement du מהר n'est pas l'équivalent d'un achat; il s'agit plutôt d'une compensation donnée à la famille de la mariée, dans la mesure où celle-ci quitte les siens pour s'intégrer dans une autre famille, celle de son mari.
À côté du don nuptial, le jeune homme et/ou sa famille faisai(en)t des cadeaux à la future épouse.

Par la réciprocité des dons (la jeune fille <-> le מהר et les cadeaux), le mariage était engagé.  

3. Contrat, et formule conjugale.

Une fois acquis le consentement des parents de la jeune fille, la première étape du contrat matrimonial était donc réalisé. On désigne souvent ce moment du terme de "fiançailles", mais le terme n'est pas exact.

En effet, juridiquement, la jeune fille a déjà le statut d'épouse, alors même que la nuit de noce n'a pas encore eu lieu, et que la jeune fille habite encore chez ses parents.
Le langage biblique est très clair sur ce point: la jeune fille est déjà donnée par ses parents au jeune homme qui l'a demandée pour femme, et le contrat de mariage est mis par écrit tout de suite après le consentement, comme en témoigne le livre de Tobie, écrit au IIème siècle avant notre ère (Tb 7,13).
L'existence de tels contrats est attestée au Vème s. dans la colonie juive d'Éléphantine. Dans l'un d'entre eux, le marié rappelle au père de la jeune femme qu'il est venu chez lui "pour que tu me donnes ta fille en mariage"; puis suit la formule conjugale: "Elle est ma femme et je suis son mari à partir de ce jour"; enfin le marié rappelle le don nuptial qu'il a versé.

La formule conjugale est ancienne: elle se rencontre déjà, au VIIIème s. avant notre ère, en Os 2,4-6, de manière indirecte. On ne sait à quel moment elle était prononcée, mais sans nul doute très tôt dans le processus matrimonial. Prononcée par l'homme, elle s'adresse à l'épouse devant témoins. Y avait-il une réponse de la part de l'épouse? C'est possible, mais nous n'en avons aucune attestation précise.

La dernière étape du mariage est le banquet qui précède la nuit de noces. Les festivités pouvaient durer une semaine (Gn 29,27; Jg 14,12), mais le mariage était consommé dès la première nuit.

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2. À l'époque du Nouveau Testament


Le couple auquel un chrétien pense spontanément lorsqu'il essaie de se représenter ce qu'était un mariage juif au Ier s. de notre ère est celui de Marie et de Joseph. Leurs relations, telles que les décrivent les Évangiles, montrent que le droit du mariage n'avait pas varié depuis l'époque royale.

Contrairement à l'expression courante, Joseph et Marie n'étaient pas "fiancés" lorsque Joseph apprit que Marie était enceinte, mais légalement engagés l'un envers l'autre. La cérémonie de demande en mariage, que les rabbins appelleront ensuite les "קדושים qiddushîm- sanctifications" (c'est toujours ce même terme qui désigne le mariage religieux juif), avait eu lieu, le מהר môhar avait été versé par Joseph à la famille de Marie, mais les deux mariés n'habitaient pas encore ensemble.
Joseph s'employait à amasser l'argent nécessaire pour financer le banquet nuptial qui aurait lieu quelques mois plus tard, et l'installation du nouveau couple.
Marie devait avoir entre douze et treize ans, la majorité légale pour une femme étant alors fixée à douze ans et demi; en dessous de cet âge, le père pouvait imposer un mari à la jeune fille, au-dessus, il devait obtenir son consentement.

1. Le droit complété par la coutume.

Si le droit n'a guère évolué par rapport aux temps vétérotestamentaires, les conditions concrètes du mariage juif étaient cependant marquées par des coutumes plus récentes, ainsi pour l'âge de la majorité légale de la femme.

On sait aussi, par des témoignages extra-bibliques, que le fait de choisir une femme parmi ses proches parentes était de plus en plus courant, ce qui d'ailleurs était plutôt favorable à la femme: comme elle vivait dans le village de son mari, au milieu de sa belle-famille, et qu'elle risquait d'en souffrir pour diverses raisons, elle était moins isolée et éventuellement mieux défendue si elle lui était aussi unie par le sang.

Dans les familles princières et sacerdotales, il devint même courant d'épouser sa nièce - ce que la Loi mosaïque, tout en régissant contre l'inceste, n'interdit pas explicitement: elle exclut seulement les relations sexuelles entre neveu et tante (paternelle ou maternelle: Lv 18,12-13).
Des textes esséniens dénoncent violemment ces unions entre oncle et nièce, étendant les interdits de Lv 18,12-13 à ces mariages; le document de Damas (un des textes des Manuscrits de Qumrân, trouvé dans les grottes 4, 5 et 6 - références 4Q265-73, 5Q12, et 6Q15; rédigé en hébreu sur cuir et papyrus, il traite de la persécution de membres de la communauté essénienne, chassés de Jérusalem vers le "Pays de Damas" au cours du Ier s av. notre ère)écrit en effet: "Et ils épousent chacun la fille de son frère ou ou la fille de sa sœur. Or Moïse a dit: 'Tu ne découvriras point la nudité de la sœur de ta mère. Car c'est la chair de ta mère'." (Doc.Dam.V,7-9).

Ce même document réagit d'ailleurs contre la polygamie des prêtres de Jérusalem, officiellement autorisée par la loi juive mais devenue archaïque: ils épousent, écrit-il, "Deux femmes de leur vivant, alors que le principe de la nature c'est: 'Mâle et femelle il les créa'. Et ceux qui entrèrent dans l'arche [de Noé], c'est deux par deux qu'ils entrèrent dans l'arche." (Doc.Dam.IV,21-V,1).
Mis à part le cas de familles de notables, il semble pourtant que la polygamie n'était plus guère pratiquée au Ier s. que dans le cadre de la loi du lévirat (Dt 25,5-10 est repris par Mt 22,24sqq // Mc 12,9sqq // Lc 20,28sqq).

En ce qui concerne le mariage, Jésus défendit des positions assez proches de celles des Esséniens. S'appuyant sur les premiers chapitres de la Genèse, il excluait implicitement la polygamie, tout en évitant de se prononcer sur le fond de la loi du lévirat. Il excluait également la répudiation, qui donnait lieu à bon nombre de renvois arbitraires (Mt 19,3-9 // Mc 10,2-12; Lc 16,18). Il faut noter que
- si, chez Mt, la répudiation semble être un privilège masculin, il n'en va pas de même chez Mc au v.12);
- le texte de Mt est d'autre part moins radical que ceux de Mc et Lc, puisqu'il autorise répudiation et remariage en cas de "πορνεία porneïa" (généralement traduit par "prostitution" - en fait, toute pratique sexuelle illégitime, y compris l'adultère et l'inceste; le même terme est d'ailleurs utilisé, figurativement, pour désigner l'idolâtrie): Mt 19,12; 19,9.

Par ailleurs, à la différence du judaïsme pharisien de son temps, Jésus donna également valeur au célibat et à la continence sexuelle "διὰ τὴν βασιλείαν τῶν οὐρανῶν - à cause du royaume des Cieux" (Mt 19,12), imité en cela par saint Paul ("A ceux qui ne sont pas mariés et aux veuves, je dis qu'il leur est bon de rester comme moi", 1Co 7,8).

2. Le banquet nuptial.

Pour la célébration du repas de noces qui marquait le début de la cohabitation entre un homme et une femme, les évangiles sont le meilleur témoignage que nous possédions.
Trois passages permettent de se représenter comment les choses se passaient:
- l'épisode des noces de Cana (Jn 2,1-12);
- la parabole du festin nuptial (Mt 22,1-14);
- la parabole des dix vierges (Mt 25,1-13).

Un an après que le contrat eut été signé, le marié organisait la fête. Pour cela, il faisait appel à un notable du village,capable de mettre à sa disposition une salle suffisamment grande. C'est lui que Jean appelle "le maître du repas" (voir notes sur les vv.3;9 à cette page).
Pas plus ce jour-là que les autres, les femmes ne mangeaient à table avec les hommes: lorsque Marie remarqua que le vin s'épuisait, elle était sans doute dans la cour où l'on faisait la cuisine, et profita des nécessités du service pour entrer dans la salle du banquet et prévenir son fils (contrairement à ce qu'on voit généralement dans l'iconographie - même ancienne, en Occident - où Marie est le plus souvent représentée à table, à côté de Jésus).

Les repas de noces avaient toujours lieu le soir, et ne commençaient guère avant la nuit tombée. La jeune mariée était préparée et parée par les femmes de sa famille dans la maison de son père, tandis des parentes, ou ses amies encore célibataires étaient chargées d'accueillir le jeune époux venant la chercher (d'où la paraboles des dix vierges). De là se formait un bruyant cortège jusqu'au lieu du repas; après quoi le jeune marié accompagnait son épouse jusqu'à la chambre nuptiale, pendant que le banquet se poursuivait pour les invités. On ignore si les jeunes mariés étaient conduits en cortège jusqu'à la chambre nuptiale, à la façon hellénistico-romaine, ou s'ils s'éclipsaient discrètement.

Un repas de noces était un grand événement dans la vie d'un village.on comprend le parti que les auteurs du NT ont pu en tirer pour construire le symbolisme de Jésus, époux de l'Église (par ex. Ep 5,25-27).

 
3. Les mariages mixtes.

En Palestine, un Juif épousait en général une Juive.
Dans la diaspora en revanche, les mariages mixtes étaient fréquents. Timothée, que Paul rencontra à Lystres (et qui devint l'un de ses principaux auxiliaires) était fils d'une Juive et d'un païen. Il n'avait pas été circoncis le huitième jour après sa naissance, car - contrairement à ce qui deviendra la règle dans le Judaïsme postérieur - à l'époque l'identité juive se transmettait par le père et non par la mère. Paul le fit circoncire à l'âge adulte "à cause des Juifs" (Ac 16,14): c'était une concession qu'ils faisaient aux coutumes juives, par rapport auxquelles eux-mêmes, et les Églises que Paul fonda, commençaient à prendre leurs distances.
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