Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven
Le שופר-Chofar





Le Chofar est la corne de bélier
utilisée le jour de Roch HaChana et le jour de Kippour






Lorsque Abraham voulut sacrifier son fils Isaac conformément à l'ordre divin, un ange intervint au dernier moment pour arrêter sa main, et désigna un bélier - qui serait sacrifié à la place du jeune garçon.
Ce que l'on appelle couramment "le sacrifice d'Isaac" devint le "non-sacrifice d'Isaac", révolution dans la mentalité des hommes: à partir de ce jour, il ne devra plus jamais être procédé à des sacrifices humains.

En souvenir de cet animal qui a remplacé Isaac dans la mort, on sonne dans une corne de bélier - ce qui signifie symboliquement que, si tout être humain doit mourir, il faut que se produise pour lui miracle d'Isaac, qu'il soit sauvé de la mort.

On comprend ainsi que le Chofar ait une place privilégiée dans la célébration de Roch HaChana et de Yôm Kippour, jours de jugement et de pardon.


Il existe trois catégories de sonneries:
- la première, longue et sans coupure, se nomme Téquia, ce qui signifie "être fiché en terre";
- la deuxième se nomme Chevarim, cequi signifie "brisures"; elle se compose de trois sons, chacun d'entre eux étant d'une durée égale au tiers de la Téquia;
- la troisième se nomme Téroua, ce qui signifie "mise en mouvement"; elle se compose de neuf sons, chacun d'entre eux étant d'une durée égale au tiers de chacun des Chevarim, donc au neuvième de la Téquia.

Lorsque l'ensemble de ces trois sonneries a été produit, on clôture par une nouvelle Téquia:
Téquia     ___________________________
Chevarim __________ _________ _________
Téroua   ___ ___ ___ ___ ___ ___ ___ ___ ___
Téquia     ___________________________






Cette dynamique de la brisure, de la brisure de la brisure - qui est une mise en mouvement - puis de la recollection entretient des rapports étroits avec l'interprétation des Textes et du monde.




Le rite du Chofar est en effet symbolique d'une définition éthique de l'homme .

La brisure des Chevarim est là pour rappeler que l'homme échappe à tout emprisonnement dans une seule définition. En cela consiste sa liberté - par laquelle il se distingue des animaux et des choses: ces derniers sont définis, alors que l'homme n'est en rien déterminé. 

Il est porteur de la brisure, il refuse de s'attribuer une essence, de s'enfermer dans une définition définitive - qu'elle soit d'ordre naturel ou social.

En hébreu, les mêmes lettres forment le terme qui signifie "je": אני-Ani - et "personne (au sens négatif: "il n'y a personne", par opposition à "יש, il y a"), rien": אין-Ayin - afin, d'après le Zohar d'enseigner à l'homme la capacité et le devoir de s'arracher à toute assignation d'une essence. Le Zohar va même plus loin en soulignant la coïncidence numérique entre les mots אדם-Adam "l'humain" et מה־-Ma "qu'est-ce que c'est?"; l'humain est donc fondamentalement une question sur lui-même, l'"homme-quoi?" se désigne comme le lieu de la question. 

Or en acceptant - même pour un temps - une représentation imaginée de soi l'"homme-quoi?" devient "l'homme-que-je-suis", en s'identifiant à un personnage, à un rôle social par exemple. Ce faisant, cessant d'être "rien", il "se fait quelque chose", il se réifie - perdant alors tout ou partie de sa liberté: devenu une image à laquelle il doit adhérer, il abolit sa distance, son néant, sa différence interne, tout ce qui était le moteur de son devenir. Il perd ainsi son "pouvoir-être-autrement", sa liberté, qui le constitue comme homme éthique.

On peut alors se demander pourquoi les Chevarim sont suivis d'une Téroua: pourquoi un son déjà éclaté doit-il être brisé à nouveau?

C'est qu'il existe une autre dérive possible de l'identification: la brisure peut aussi devenir système; on rencontre ainsi des hommes satisfaits, voire fiers, de l'image brisée dans laquelle ils posent, se posent, s'installent. 

Or la brisure se doit d'être à la fois dynamique et dynamisante... La Téroua indique donc cette nécessité d'une brisure de la brisure - qui permet alors la recollection de l'humain, symbolisée par le retour de la Téquia.

Comme on l'a dit plus haut, la dynamique de la brisure, de la brisure de la brisure, puis de la recollection entretient des rapports étroits avec l'interprétation des Textes et du monde. L'interprétation n'est pas seulement une expérience de la compréhension des mots et des Textes, mais une attitude existentielle, rendant possible l'inventivité de soi.
(Sur ce thème: bon nombre des citations de mon "Florilège", à voir en cliquant ici)


"Interpréter, étudier, c'est s'interpréter..."





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