Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

Le 2 février


La Présentation
de Jésus au Temple


C'est la fête de la rencontre entre l'humanité et le Christ:
la Vierge Marie présente Jésus;
Syméon et Anne, très âgés, le reçoivent avec joie; Joseph, étonné et  pensif, assiste à la fête.

<- Présentation du Christ au Temple - 1763, archevêché grec-catholique de Beyrouth (Liban).
Cette icône, de facture byzantinante, est fidèle à la typologie traditionnelle (voir plus bas); mais la prophétesse Anne (entre Joseph et Marie) porte un phylactère bilingue: "Ce Nouveau-Né a créé le ciel et la terre" dit l'inscription grecque; "Cet Enfant est celui qui a consolidé les cieux et la terre" précise l'inscription arabe.
La carnation des personnages, la dorure, la bordure et les ornements reflètent les caractères propres à l'école d'Alep.

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Introduction

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• Le sens de cette fête.

La présentation de Jésus au Temple n'était pas requise par la Loi (il ne faut pas la confondre avec la circoncision de l'enfant), elle était seulement "préconisée".
C'est donc une démarche personnelle de ses parents, qui montre leur grand zèle religieux.

Elle revient à aller "offrir" leur premier-né, comme il était de tradition d'offrir les prémices de toutes récoltes, les premiers résultats de tout travail, etc. à Dieu - pour lui "rendre" ce qu'Il avait accordé, et l'en remercier (Nb 18,15: "Tout premier-né doit être racheté": toute vie appartient d'abord à Dieu).
On peut rapprocher le naziréat de cette pratique.

Joseph et Marie emmènent donc leur Enfant à Jérusalem, au Temple, afin de le présenter et de le consacrer au Seigneur. Fidèles aux prescriptions de la Loi (Lv 12,8), Joseph porte de ses deux mains couvertes d'un drap blanc les deux colombes qu'il vient offrir en sacrifice. Ils ont attendu quarante jours après la Nativité - durée prescrite par la Loi mosaïque pour  la purification des accouchées (Lv 12,1-4; voir cette page) avant de pouvoir s'approcher du sanctuaire.

Averti par l'Esprit Saint, le pieux vieillard Syméon se rend au Temple et reconnaît en Jésus le Messie Libérateur. Il s'avance donc à la rencontre de la Vierge, prend l'enfant dans ses bras en bénissant Dieu avec le "Nunc dimittis" (voir plus bas*), puis, le rendant à sa mère, prophétise sur tous les deux:
- Jésus sera signe de contradiction;
- Marie aura le cœur "transpercé d'un glaive".

La prophétesse Anne, veuve de quatre-vingt-quatre ans vivant au Temple, est également présente et désigne en Jésus le Messie.

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Étude d'une icône typologique.

Appellations:
- la Présentation du Seigneur Jésus au Temple
- la Rencontre
- Hypapantè (voir plus bas; nom grec)
- Sretenie (nom slave)
Sources:
- Lc 2,22-39
- Égérie, Itinerarium (voir plus bas)
- Nicéphore, Histoire ecclésiastique
- Théophane, Chronique
- Origène, Commentaire de l'Évangile de Luc
- Romanos le Mélode, Hymnes; Hymne Acathiste.

La Présentation de Jésus au Temple - seconde  moitié du XVIème siècle, monastère Sainte-Catherine, Sinaï. ->

Le Temple est représenté par un dôme soutenu par quatre colonnes; la tenture rouge (comme dans toutes les icônes où figure le Temple) représente à la fois le voile du Temple et la traîne du manteau du Seigneur qui emplit le sanctuaire, selon la vision décrite en Is 6,1.

Les personnages doivent être "lus" de gauche à droite:
- Joseph offre un couple de tourterelles, les mains couvertes en signe de respect;
- Anne désigne Jésus du doigt, et tient un phylactère indiquant que l'Enfant est le Messie;
- Marie tend les bras vers l'Enfant;
- Syméon - qui a pris l'Enfant avec respect dans ses bras: ses mains sont recouvertes des pans de son manteau - le rend à sa Mère.

Les portes du sanctuaire sont fermées; Syméon descend les degrés du ciborium où sont conservés les pains de l'Alliance.
La scène a lieu dans l'enceinte sacrée - même si les personnages sont représentés à l'extérieur.

Iconographie:
- le vieillard Syméon tend l'Enfant Jésus à la Vierge Marie;
- Joseph offre deux colombes;
- la prophétesse Anne désigne en Jésus le Messie.

Parallèles théologiques avec d'autres icônes:
- Syméon a reçu Jésus dans ses bras comme Isaïe le charbon ardent sur ses lèvres (Is 6,7; voir à cette page) - et comme le fidèle reçoit l'Eucharistie
- Joseph, comme dans l'icône de la Nativité, représente l'humanité dubitative devant le Mystère
- Syméon et Anne rappellent les figures d'Adam et Ève dans l'icône de la Résurrection. 

Texte:
"L'hésitation où te plongera la douleur sera pour toi un glaive; mais ton cœur sera immédiatement guéri" (Romanos le Mélode).

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Cette fête à travers les siècles.

En Orient:

Dès le IVème siècle, la fête de la Présentation de Jésus au Temple était  célébrée à Jérusalem; initialement, le 14 février (soit quarante jours après l'Epiphanie), se déroulait une procession jusqu'à l'église de la Résurrection, comme le rapporte déjà Égérie dans le récit de son pèlerinage en Terre Sainte (381-384).

Au VIème siècle, cette fête fut introduite à Constantinople, où elle sauva la ville de la peste. Elle fut alors nommée "ὑπαπάντη - Hypapantè", du grec classique ὑπάντησις, "Rencontre", qui est aussi l'intitulé des icônes représentant cette scène.

En Occident:

Elle fut instituée à Rome au VIIème siècle par le pape Serge Ier (687-701), qui la fit passer au 2 février (soit quarante jours après la Nativité). La messe, pour rappeler la célébration orientale, était précédée d'une procession; comme elle avait lieu à l'aube, et pour rappeler le geste et la parole de Syméon (tenant l'Enfant Jésus dans ses bras, il déclare qu'Il est la "Lumière pour éclairer les nations"),  chacun devait porter un cierge (d'où le nom populaire de "Chandeleur", du latin "candela", qui a donné notre substantif "chandelle").

Plus tard, vers 750, elle fut instaurée en Gaule où elle prit le nom de "Purification de la Vierge" - nom qu'elle garda jusqu'en 1969.

Avec son appellation actuelle, "Présentation du Seigneur au Temple", elle a retrouvé son orientation initiale de célébration rattachée aux autres célébrations du mystère de l'Incarnation du Fils de Dieu.

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Les Textes  

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• Première Lecture :  

• Ml 3,1-4.

A une communauté lassée d'attendre "le Jour du Seigneur", annoncé à maintes reprises par les prophètes mais qui n'en finit pas d'arriver, Malachie, dernier dans la liste des prophètes écrivains, annonce deux venues:
- celle d'un Messager, tel que lui, chargé de "préparer" le peuple de Dieu à la rencontre de son Seigneur;
- puis celle, soudaine, du Seigneur lui-même "dans son Temple".

Ces deux venues ont fini par se confondre: en venant dans son Temple, le Christ a inauguré le temps de la purification décisive du sacerdoce et du peuple tout entier, celui du culte en esprit et en vérité.

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• Psaume :  

• Ps 24,7-10.

Que l'Église ouvre largement ses portes pour rencontrer Celui qui vient!

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• Deuxième Lecture :  

• Hé 2,14-18.

Les prêtres ne peuvent être que des intermédiaires entre Dieu et les hommes, les hommes et Dieu, des "pontifes" (= "faiseurs de pont").
En revanche, en Jésus Christ Dieu et l'homme sont indissociablement unis dans la même personne, sans intermédiaire aucun.
Il est donc l'unique Prêtre parfait, le Médiateur personnel entre Dieu et chaque homme, le Sauveur de tous.

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• Evangile :  




<- Devant d'autel de Santa Maria d'Avià (vers 1200) - Musée d'art de Catalogne, Barcelone.


La Présentation de Jésus au Temple.


A gauche, Joseph; dans les plis souples de son manteau se blottissent trois oiseaux ressemblant d'assez loin aux deux colombes rituelles.
Puis le vieillard Syméon; son visage reflète, davantage que la paix (il vient de recevoir dans ses bras l'Enfant "lumière pour éclairer les nations"), le tragique de sa prophétie (voir gros plan plus bas).
Les mains de Marie, sur le fond rouge qui réchauffe la scène, se tendent vers son fils; mais, à la manière byzantine, elles sont recouvertes par son manteau afin de ne pas le toucher directement - marque de son profond respect pour la souveraineté de l'Enfant-Dieu. A l'extrême droite, on devine la silhouette de la prophétesse Anne, très abîmée.  

• Lc 2,22-40.

Jésus est présenté au Temple par ses parents (cf. Ex 13,1-2;15). Mais en vérité, c'est le dernier Messager de Dieu, c'est Dieu lui-même qui vient dans son Temple, comme le reconnaît prophétiquement le vieillard Syméon représentant de "tous les hommes justes et religieux qui attendaient la Consolation d'Israël". Inspiré par l'Esprit Saint, il discerne que cet enfant - en apparence semblable à tous les autres - est celui que les prophètes annonçaient, objet de contradiction, mais Premier-né d'une multitude de rachetés, "lumière des nations et gloire d'Israël, son peuple".
Sa prière, le "Nunc dimittis", est chantée par l'Église au cours de sa dernière prière avant le repos de la nuit*, et souvent aussi lors de messes de funérailles.
Marie, modèle des croyants, souffrira plus que quiconque, au plus intime de son être, au plus profond de son cœur, de voir cette lumière rejetée par beaucoup: c'est la prophétie que prononce ensuite Syméon.
A la louange de Syméon s'unit une femme, âgée elle aussi, qui se fait la première messagère de la Bonne Nouvelle - de l'"Evangile" - de la venue du Sauveur, comme le furent d'autres femmes de sa Résurrection.

Ce qui, de prime abord, paraissait simple récit d'un épisode de l'enfance du Christ, s'avère ainsi comme une saisissante introduction au Mystère du Salut accompli en Jésus ("Dieu sauve"), à l'Évangile selon saint Luc, et au Livre des Actes des Apôtres.
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Méditations et prolongements
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Méditation

Réflexion:
1. Quarante jours ont passé depuis la naissance de Jésus.
Fermons les yeux et contemplons les trois personnages présents ici : Jésus, Joseph et Marie. Marie entoure son nouveau-né de ses soins maternels. Avec Joseph, ils mènent une vie normale, dans la simplicité de leur foyer. Puis, quarante jours après la naissance, afin de respecter la loi de Moïse, ils se présentent au Temple.
2. Suivons cette scène avec le regard de notre âme.
Une toute jeune mariée, mère pour la première fois, impressionnée par le Temple de Jérusalem. Son époux s’empresse d’acquérir l’offrande des pauvres prescrite pour le rachat de son premier-né. Marie serre le bébé Jésus dans ses bras. Les deux sont sur le point d’entrer dans le Temple quand ils sont rejoints par Syméon, un ancien vénéré de tous. Il demande de prendre le petit enfant dans ses bras. Marie s’interroge et le lui tend. Les parents de l’enfant écoutent les paroles qui paraissent sorties de l’Ancien Testament: "Lumière, lumière pour éclairer toutes les nations..."
3. Ils se savent investis par Dieu d’une grande mission. L’enfant qu’ils portent sera "un signe de contradiction". Par la bouche de Syméon, Dieu avertit Marie des souffrances à venir : "Une épée transpercera ton cœur". Avec simplicité, humilité, Marie accepte la volonté de Dieu sur sa famille. Avec Joseph, elle accepte d’être celle qui porte la lumière au monde.

Prière:
Seigneur, tu es la Lumière, Lumière qui vient éclairer ce monde rempli de ténèbres.
Je vois des ténèbres de toute part : le monde sécularisé dans lequel je vis, la dégradation morale voire le paganisme ambiants.
Tout est ténèbres.
Moi aussi, je vis dans les ténèbres.
Mais je crois que tu es la Lumière: Lumière pour mon âme et Lumière pour le monde.
Aide-moi à vivre en accord avec cette Lumière que tu me donnes, pour que je puisse t’aider à éclairer le monde.

Résolution:
Expliquer l’Évangile d’aujourd’hui à un membre de ma famille ou de mon entourage.

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Pour prolonger la méditation:

- Du Premier Testament:
- Am 4,12: "Prépare-toi à la rencontre de ton Dieu, O Israël!"
- Ex 13,1-2;15: "L'Éternel parla à Moïse, et dit: Consacre-moi tout premier-né, tout premier-né parmi les enfants d'Israël, tant des hommes que des animaux: il m'appartient. [...] Comme Pharaon s'obstinait à ne point nous laisser aller, l'Éternel fit mourir tous les premiers-nés dans le pays d'Égypte, depuis les premiers-nés des hommes jusqu'aux premiers-nés des animaux. Voilà pourquoi j'offre en sacrifice à l'Éternel tout premier-né des mâles, et je rachète tout premier-né de mes fils. ."

- Du Nouveau Testament:
- Mt 5,17-18: "Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu'à ce que tout soit arrivé."
- Jn 3,21: "Celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient manifestées, parce qu'elles sont faites en Dieu."

- Commentaire patristique:
Syméon le Nouveau Théologien - Traités théologiques et éthiques, 2, 93-106.
     Ce que montrent les lampes, par leur signification, c'est la lumière intelligible. De même en effet que l'église, cette magnifique demeure, est illuminée par la multitude des lampes, de même la demeure de ton âme - bien plus précieuse que ce temple - doit être illuminée intérieurement, et éclairée à fond, par toutes les vertus spirituelles qui évidemment s'allument et brillent en toi grâce au feu divin, afin qu'il n'y ait plus là un seul endroit sans lumière.
     Quant aux pensées qui prennent forme de lumière, le nombre des chandeliers où brûle le feu visible t'en donne une idée; comme eux, chacune d'elles doit briller sans qu'une seule pensée obscure s'attarde dans la maison de ton âme; absolument toutes, au contraire, doivent briller dans le feu de l'Esprit qui les consume sans cesse, de sorte que le discernement de tes pensées forme une couronne ininterrompue.

- D'un théologien ancien:    
Bienheureux Guerric d'Igny(v. 1080-1157), abbé cistercien - Premier sermon pour la Purification.
      « Ayez en main vos lampes allumées » (Lc 12,35). Montrons ainsi, à travers ce signe visible, la joie que nous partageons avec Syméon, qui porte en ses mains la lumière du monde [...] Soyons ardents par notre dévotion et rayonnants par nos œuvres, et avec Syméon nous porterons le Christ en nos mains [...] Aujourd'hui l'Église a la coutume si belle de nous faire porter des cierges [...] Qui donc aujourd'hui, tenant son flambeau allumé à la main, ne se souvient pas du bienheureux vieillard ? En ce jour il a pris en ses bras Jésus, le Verbe présent dans la chair, pareil à la lumière dans la cire, témoignant que c'était lui « la lumière destinée à éclairer les nations ». Syméon était, certes, lui-même « une lampe ardente et brillante », rendant témoignage à la lumière (Jn 5,35). C'est pour cela qu'il était venu au Temple, conduit par l'Esprit dont il était rempli, « pour recevoir, ô Dieu, ta miséricorde au milieu de ton Temple » (Ps 47,10) et pour proclamer qu'elle était la miséricorde et la lumière de ton peuple.
      O vieillard rayonnant de paix, tu ne portais pas seulement la lumière en tes mains, tu en étais pénétré. Tu étais si bien illuminé par le Christ que tu voyais à l'avance comment il illuminerait les nations [...], comment resplendirait aujourd'hui l'éclat de notre foi. Réjouis-toi maintenant, saint vieillard ; vois aujourd'hui ce que tu avais entrevu par avance : les ténèbres du monde se sont dissipées ; « les nations marchent à sa lumière »; « toute la terre est remplie de sa gloire » (Is 60,3).

- De poètes modernes:
- Marie Noël, Le rosaire des joies (1930):
La mère va devant
Avec son sacrifice,
La mère va devant
Qui présente l'enfant.

Elle porte le fruit
De sa chair matinale;
Elle porte le fruit
De sa douleur de nuit.

Le père a dans la main
Le poids de son offrande,
Le père a dans la main
Le prix d'un peu de pain.

La vieille qui n'a rien
Que le petit des autres,
La vieille qui n'a rien
Le leur prend et le tient.

Le vieux las et branlant
Dont le pas s'ensommeille,
Le vieux las et branlant
L'accompagne en tremblant.

A Dieu qui ne peut pas
Sans l'homme faire l'homme,
A Dieu qui ne peut pas
Ils portent dans leurs bras

Le sang qu'ils ont donné,
L'œuvre de leur poussière,
Le sang qu'ils ont donné,
Le fils qui leur est né,

Portent l'enfant en fleur
Qui sera courte joie,
Portent l'enfant en fleur
Qui sera grand'douleur.

La Présentation de Jésus au Temple (détail) - XVIème siècle - Onuphre le Chypriote (Musée Onuphre, Berat) ->

- H. de Visscher, Terre cruelle et tendre:
Secouez en riant, bondissantes fontaines,
Vos crinières au vent d'éblouissantes eaux,
Et qu'aux dalles de marbre on entende incertaine
Une femme avancer dans un cercle d'oiseaux;
Aux parvis la colombe a ralenti sa marche,
Le vieillard va mourir et regarde l'enfant:
"O salut d'Israël que préfigurait l'Arche,
Laisse-moi m'en aller dans le soleil levant". 

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*Le Nunc dimittis.
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<- La Présentation de Jésus au Temple - Manuscrit arménien (XII-XIIIèmes siècles), Musée arménien - Ispahan (Iran).



L'acte de piété de Marie et Joseph - qui avaient le sens de Dieu et entendaient vivre selon sa Loi - est l'occasion de cette rencontre très particulière avec Syméon, homme parvenu au soir de sa vie.

Faisant connaissance avec l'enfant, le vieillard le prend dans ses bras et prononce une courte prière où il exprime toute sa foi:

Maintenant, ô maitre souverain,
tu peux laisser ton serviteur s'en aller
en paix, selon ta parole.

Car mes yeux ont vu le salut
que tu préparais à la face des peuples:

lumière qui se révèle aux nations
et donne gloire à ton peuple Israël.
(trad.liturgique)

La joie de Syméon signe toute sa vie: il est si heureux qu'il peut désormais accepter le terme de sa vie, la mort.

Luc précise que Syméon attendait "la consolation d'Israël" (i.e. l'accomplissement de la Promesse, la venue non plus "d'un messie" mais "du Messie"), et que "l'Esprit Saint reposait sur lui".

Le salut est là, dans cet enfant nouveau-né qui repose entre ses bras, réjouissant ses yeux, son cœur et son âme: toute l'histoire du salut se résume et s'accomplit!

Or l'Église, conformément au précepte divin de "prier sans cesse", s'est organisée pour vivre dans la prière continuelle: c'est ce qu'on appelle l'"office", ou mieux "la prière des Heures". Le principe est simple: il s'agit de vivre chaque temps du jour, du lever au coucher, en contemplant le Mystère divin (ceci n'est pas "réservé" aux prêtres, moines et moniales: les laïcs peuvent suivre cette prière - par exemple grâce à des livrets comme Magnificat qui, s'ils ne donnent pas l'intégralité de ces prières pour chaque jour, donnent la possibilité de prier, chaque jour et à plusieurs moments de la journée, en union avec l'Église).

Trois cantiques du Nouveau Testament, bien connus, sont placés à des moments clefs de la prière de l'Eglise (c'est pourquoi ces trois prières sont données chaque mois dans Magnificat sur le rabat de couverture, pour plus de commodité).
- La journée commence à l'office des Laudes avec le Benedictus, le cantique de Zacharie (voir à cette page) - car chaque matin Dieu "vient visiter son peuple".
- Le jour s'achève à l'office des Vêpres avec le Magnificat, qui exprime avec Marie et en reprenant de nombreux versets du Premier Testament des sentiments d'action de grâces pour la Providence de Dieu.
-Enfin, au moment d'entrer dans la nuit, c'est avec le Nunc dimittis de Syméon que le priant fait acte de confiance: sûr de ce que Dieu s'est vraiment manifesté pour donner le salut, il peut s'abandonner au sommeil, dans la paix du cœur.
Cette attitude le prépare aussi à l'endormissement dans le sommeil de la mort, d'où le tirera la résurrection (J'ai fait chanter le Nunc dimittis lors des obsèques de mon père: à l'entrée de son corps dans l'église, à la fin de la Messe de funérailles, et lors de la bénédiction par le célébrant, à la mise en terre).

Ainsi, chaque priant d'aujourd'hui s'inscrit dans la longue lignée des priants que nous montre l'Écriture. Il le fait en reprenant leurs mots et surtout en apprenant à reproduire, dans leur propre vie, l'attitude de foi qui était la leur.



Hymne acathiste (entre 1650 et 1667; Yûssuf Al-Mussawir), détail:
La Présentation au Temple.

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