Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven
Le 14 septembre
 

La Croix glorieuse

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Introduction 
historique et théologique

Rappel: Selon l'usage juif, Jésus aurait dû être lapidé. Mais, livré à la justice romaine, il subit le supplice de la croix, réservé aux esclaves dans le monde romain, d'où le "scandale" pour ses disciples.

A Jérusalem, dès le IVème siècle, on fêtait le 13 septembre la dédicace (ou Enkainia) de l'église de l'Anastasis, ou Résurrection, édifiée sur le tombeau du Christ, et le 14 celle de l'église du Golgotha, édifiée sur le lieu de la crucifixion - toutes deux consacrées en 325.
Le 14 septembre coïncidait avec le jour anniversaire de l'invention (= "découverte") en 326 de la vraie Croix par sainte Hélène, à l'occasion de travaux de l'édification de la basilique du Saint-Sépulcre.
Le 20 mars 614, après une résistance de vingt jours, la ville de Jérusalem fut prise par les Perses, qui la saccagèrent, brûlant les églises, dévastant les monastères et tuant plus de 90 000 chrétiens. Ils s'emparèrent de la vraie Croix. Le patriarche Zacharie fut emmené en captivité.
En 627, Heraclius entrait victorieusement en Perse, récupérant la Syrie, la Palestine et l'Egypte; le 21 mars 631, il entra triomphalement à Jérusalem, rapportant avec lui la vraie Croix. Dès lors, les deux fêtes de la Croix et de la Résurrection sont devenues inséparables et ont connu une solennité particulière, la présentation solennelle de la Croix étant le sommet de cette double liturgie.
La célébration du 14 septembre s'est très rapidement répandue, en Orient d'abord, où elle est toujours une très grande fête.
(Ainsi, au Liban, voit-on sur les façades des maisons chrétiennes, monastères et églises, d'immenses croix, illuminées dès le soir du 13 de lampes rouges; et l'on allume au pied des maisons de grands feux de joie, souvent entretenus toute la nuit, jusqu'à la messe du 14 au matin, très solennelle).

A Rome, l'empereur Constantin (fils de sainte Hélène, né entre 280 et 288, empereur de 306-337) fit édifier, sur l'emplacement d'un palais qui avait été la résidence de sa mère, une église appelée "Jérusalem", jusqu'au XIème siècle, où elle reçut le nom de "Sainte-Croix-de-Jérusalem".
La fête du 14 septembre ne fut pas célébrée par la liturgie latine avant le VIIème siècle.

La réforme liturgique du concile Vatican II lui a redonné son importance première, en communion avec les Eglises orientales: elle peut même être célébrée le dimanche (comme en 2007 ou en 2014; cette célébration remplace celle du "24ème dimanche ordinaire"), quand le 14 septembre tombe ce jour-là.


L'évangile retenu (Jn 3, 13-17) est le plus attesté par la tradition, et certainement le mieux en rapport avec l'objet de la fête. "Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son fils unique". La Croix du Christ est le symbole glorieux de cet amour. La mort de Jésus, exalté dans la gloire du Père (sur ce thème, voir le commentaire sur Jn 3,14-21 à cette page) en raison de son obéissance, est la cause du salut de tous les hommes.

Le bois du supplice sur lequel a expiré le Fils de Dieu qui a pris la condition du serviteur (voir à cette page), est devenu l'étendard de sa victoire sur le péché et sur la mort, en même temps que l'emblème de notre salut, et la promesse de notre participation à la gloire du Seigneur.

Du sacrement de la naissance à la vie divine, à celui qui précède l'entrée dans la vie éternelle, le chrétien est marqué du signe de la Croix.

Dans les maisons comme dans les églises, la croix est présente - comme autrefois le serpent d'airain qui sauvait ceux qui levaient les yeux vers lui (sur ce thème aussi, voir le commentaire sur Jn 3,14-21 à cette page). Mais il s'agit ici du salut éternel, au terme de notre exode terrestre.
 

L'adoration de la Croix n'est pourtant pas un symbole: quand on se prosterne et s'agenouille devant le signe de notre rédemption, c'est le Nom de Jésus qu'on adore, et le Père qui l'a élevé au-dessus de tous, dans la communion de l'Esprit.



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Les Textes   


• Première Lecture :  

• Nb 21,4b-9

L'Exode est une sorte de parabole de toute l'histoire du Salut, un miroir qui renvoie au peuple des croyants de tous les temps l'image de ses infidélités toujours recommencées.
Une parabole aussi de la conduite de Dieu à l'égard de ceux qui l'abandonnent: il s'efforce de les faire revenir dans le droit chemin, en leur faisant prendre conscience de leur péché.
Au premier signe de repentir, dès qu'ils se tournent à nouveau vers lui, il les sauve.
L'épisode du serpent d'airain (sur ce thème, voir Jn 3,14-21 à cette page) en est une illustration mémorable. Dieu intervient d'une manière inespérée: en faisant d'une cause de mort une cause de salut!



• Psaume :  

• Ps 78 (hébr) /77  (Vulg, LXX et lit), 3-4c;34b;35-38b;39.

Un serpent d'airain dressé dans le désert, une croix élevée sur le Golgotha: Dieu, inlassablement, guérit et pardonne.

Ce long psaume de méditation s'inspire du Deutéronome et de Jérémie; il insiste sur la succession des fautes de la nation, et de leur châtiment - mais aussi sur l'inlassable générosité de Dieu: les châtiments sont des signes destinés à faire revenir les infidèles.


• Deuxième Lecture :  

• Ph 2,6-11

Fragment d'une très ancienne hymne liturgique.

- Abaissement volontaire de la condition divine à celle des hommes,
- mort sur une croix pour notre salut,
- exaltation dans la gloire du Père:
tel a été l'itinéraire pascal de Jésus-Christ.
Reconnaître en lui le Seigneur, c'est obtenir la vie.



Évangile :   

• Jn 3,13-17

Le Christ élevé en croix, révélation de l'amour de Dieu et cause du salut pour tous ceux qui, dans la foi, lèvent les yeux vers lui.

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Méditation

Réflexion
1. La mort et la vie.
Dieu n’a jamais voulu que l’homme meure. Dieu nous a créés pour « faire de nous des fils adoptifs par Jésus-Christ : tel fut le dessein bienveillant de Sa volonté à la louange de gloire de sa grâce : car la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu : si déjà la révélation de Dieu par la création procura la vie à tous les êtres qui vivent sur la terre, combien plus la manifestation du Père par le Verbe procure-t-elle la vie à ceux qui voient Dieu "(CEC 294). Bien que Satan essaie de tromper les âmes afin qu’elles aillent en enfer plutôt qu’au ciel, la vraie gloire de Dieu se reflète dans la multitude des âmes qui suivent le Christ et parviennent au Ciel. Le Père envoie le Fils pour qu’aucun homme ne se perde, et le fils dit qu’il n’en a perdu aucun.
2. Ténèbres et lumière.
Il y a ceux qui préfèrent les ténèbres à la lumière. Ils s’éloignent de plus en plus de la lumière. L’obscurité les envahit et ils ne peuvent plus retrouver leur chemin. Ils ont déjà choisi leur destin. Le grand don de Dieu, celui de vivre dans la lumière, leur a été volé. Quiconque croit en la lumière et y demeure ne mourra jamais.
3. Condamnation et salut.
Le Christ représente le choix radical que toute âme doit faire entre l’amour et le refus de l’amour, entre la vie et la mort. Les anges ont fait leur choix de servir Dieu ou de ne pas le servir. Adam et Eve ont choisi de lui désobéir. Nous retrouvons le même choix chez celui qui est plein de miséricorde et d’amour pour nous. Jésus-Christ est venu dans le monde pour que nous ayons la vie en abondance. En ce sens, ce n’est jamais le Christ qui condamne. Il prononcera la sentence mais c’est à nous de faire notre choix. Si nous ne refusons pas la lumière, nous ouvrons nos âmes à l’éclat de sa grâce.

Prière
Seigneur Jésus, je ne t’ai pas toujours été fidèle.
Je ne t’ai pas toujours choisi.
Je ne veux plus jamais connaître de moments d’obscurité.
Garde-moi dans ta lumière.
J’ai choisi la lumière et je te rends grâce pour sa chaleur et sa clarté.

Résolution
Aller me confesser bientôt, aujourd’hui, si possible.

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Pour prolonger la méditation  


- Du Pape Benoît XVI, Homélie pour la Vigile pascale, 07/04/2007
(© Libreria Editrice Vaticana).
« Il s'est livré lui-même à la mort,
et par sa résurrection il a détruit la mort et renouvelé la vie »
(Prière eucharistique IV)
      
      Dans le Credo nous proclamons, à propos du chemin du Christ : « Il est descendu aux enfers »... La liturgie applique à la descente de Jésus dans la nuit de la mort la parole du psaume 23 : « Portes, levez vos frontons, élevez-vous, portes éternelles ! » La porte de la mort est fermée, personne ne peut entrer par là. Il n'y a pas de clé pour cette porte de fer. Pourtant, le Christ en a la clé. Sa croix ouvre toutes grandes les portes de la mort, les portes inviolables. Maintenant, elles ne sont plus infranchissables. Sa croix, la radicalité de son amour, est la clé qui ouvre cette porte. L'amour de celui qui, étant Dieu, s'est fait homme pour pouvoir mourir, cet amour-là a la force d'ouvrir la porte. Cet amour est plus fort que la mort.

      Les icônes pascales de l'Église d'Orient montrent comment le Christ entre dans le monde des morts. Son vêtement est lumière, parce que Dieu est lumière. « Même les ténèbres pour toi ne sont pas ténèbres, et la nuit comme le jour est lumière. » (Ps 138,12) Jésus, qui entre dans le monde des morts, porte les stigmates ; ses blessures, ses souffrances sont devenues puissance, elles sont amour qui vainc la mort. Jésus rencontre Adam et tous les hommes qui attendent dans la nuit de la mort. À leur vue, on croit même entendre la prière de Jonas : « Du ventre des enfers, j'appelle : tu écoutes ma voix » (Jon 2,3).

      Dans l'incarnation, le Fils de Dieu s'est fait un avec l'être humain, avec Adam. Mais c'est seulement au moment où il accomplit l'acte extrême de l'amour en descendant dans la nuit de la mort qu'il porte à son accomplissement le chemin de l'incarnation. Par sa mort, il prend par la main Adam, tous les hommes en attente, et il les conduit à la lumière.

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