Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven



Sur la
Première Lettre de saint Jean :
remarques stylistiques et rhétoriques.


 
Nous l’avons déjà vu, la Première Lettre de saint Jean révèle une évidente parenté littéraire et doctrinale avec le quatrième évangile : pas de plan développé de manière logique, linéaire, déductive – ni davantage de raisonnements.
 
Comme dans les grands discours de son Evangile, saint Jean reprend sans cesse les mêmes sujets fondamentaux, qui s’articulent autour d’une idée centrale : nous sommes en communion avec Dieu dans la Foi et la Charité (= l’amour de Dieu dans le prochain).


Nous allons étudier ici quelques passages caractéristiques du style johannique ; ils se trouvent essentiellement dans la deuxième section de cette épître.
 

1. Chaque ensemble biblique un peu développé (livre, ou – comme ici – épître) forme un tout, composé de plusieurs « sections ».
Or – si l’on utilise le procédé appelé (dès 1982, dans Initiation à la rhétorique biblique) « réécriture » par R. Meynet – on  constate que les sections de 1Jn obéissent à un schéma (concentrique avec parallélisme des deux sections extrêmes) très précis :

-                           Section A : La promesse │ de la communion │ avec le Père et avec les frères  = 1Jn 1,1-10
-                           Section B : Croire dans le Fils et aimer les frères  = 1Jn 2,1 – 5,12
-                           Section C : L’accomplissement │ de la communion │ avec le Père et avec les frères  = 1Jn 5,13-21


2. Sur 2,3-6 :

Ce segment, formé de trois sous-segments, présente de nombreuses figures rhétoriques (les traductions non littérales, indiquées par « Ost », sont celles d’Ostervald, les plus proches du texte):

-                           Une symétrie partielle de termes initiaux de deux membres : (και) εν τουτω γινωσκομεν οτι… - littéralement : « (et) en ceci nous connaissons que… » (3a et 5c) – Ost : « (Et) par ceci nous savons que… » (3a) / « à cela nous connaissons que… » (5c)                      
-                         Les sous-segments extrêmes (3-4 et 5c-6), parallèles à distance :

(3)και εν τουτω
Et en ceci
γινωσκομεν οτι
nous connaissons que
:: εγνωκαμεν αυτον
nous avons connu Lui
εαν τας εντολας αυτου
si les commandements de Lui
τηρωμεν
nous observons
(4)ο λεγων
Celui disant
+ εγνωκα αυτον
« je connais Lui »
και τας εντολας αυτου
et les commandements de Lui
μη τηρων
n’observant pas
ψευστης εστιν
menteur est
* και εν τουτω
et en celui-là
η αληθεια ουκ εστιν
la vérité n’est pas 
Ost : « (3) Et par ceci nous savons que nous l'avons connu, à savoir, si nous gardons ses commandements. (4) Celui qui dit: Je l'ai connu*, et qui ne garde point ses commandements, est un menteur, et la vérité n'est point en lui. »
(*Remarque : εγνωκα est effectivement un aoriste, en principe traduit par un passé, simple ou composé ; mais s’agissant de ce verbe « γινωσκω = présent / εγνωκα = aoriste », l’aoriste exprime « le résultat présent d’une action passée » : il doit donc se traduire, textuellement, « j’ai appris à le connaître, donc maintenant  je le connais» ; la traduction « je l’ai connu » est fautive);
(5c)εν τουτω
En ceci
γινωσκομεν οτι
nous connaissons que
:: εν αυτω εσμεν
en Lui nous sommes 
(6)ο λεγων
Celui qui dit
+ εν αυτω μενειν
demeurer en Lui
οφειλει
doit
καθως εκεινος
comme Lui
περιεπατησεν
chemina
* και αυτος
lui aussi
ουτως
de même
περιπατειν
cheminer
Ost : « (5c) à cela nous connaissons que nous sommes en lui. (6) Celui qui dit qu'il demeure en lui, doit aussi marcher comme il a marché lui-même. »

-                         Les premiers segments (3 et 5c), qui commencent de la même manière (voir ci-dessus, la « symétrie partielle de termes initiaux »), exprimant une constatation à la 1ère personne du pluriel : γινωσκομεν – « nous connaissons » ; le 1er concerne la connaissance du Christ : οτι εγνωκαμεν αυτον – « que nous avons connu Lui » ; l’autre l’appartenance à sa personne : οτι εν αυτω εσμεν – « que en Lui nous sommes ».
-                         Les segments suivants (4 et 6), qui commencent eux aussi de la même manière : ο λεγων – « celui qui dit », concernant quelqu’un qui est désigné à la 3ème personne du singulier ; mais les personnages des deux segments sont opposés : le premier est dénoncé comme « menteur », ψευστης, car il prétend connaître Jésus : εγνωκα αυτον, « je connais Lui » –  mais il n’observe pas ses commandements : τας εντολας αυτου μη τηρων, « les commandements de Lui n’observe pas » ; tandis que l’autre, qui entend « demeurer », μενειν, dans le Christ, doit se conduire lui-même, αυτος ουτως περιπατειν, « lui de même cheminer » comme le Christ s’est conduit, καθως εκεινος περιεπατησεν, « comme Lui chemina ». Les deux versets sont donc complémentaires : le premier dénonce un comportement négatif, l’autre réclame une attitude positive.
-                          Les deux occurrences de « cheminer » au verset 6, περιεπατησεν, « chemina » et περιπατειν, « cheminer » correspondant aux deux occurrences d’ « observer » (versets 3 : τηρωμεν, « nous observons » ; verset 4 : τηρων, « observant ») ; ces deux verbes désignant une façon de se conduire. « Cheminer comme Jésus » est donc bien l’équivalent d’ « observer ses commandements » !

-                          Et, si l’on s’attache maintenant au segment central (5ab), nous voyons que le noyau de « ses commandements » est bien l’observance de la Parole divine, ainsi mise en valeur par son placement en segment central, par les reprises de termes, l’opposition entre ψευστης et η αληθεια / αληθως, et la symétrie entre αυτου τον λογον et η αγαπη του θεου:
(5a) ος δ αν τηρη
Mais celui qui observe
αυτου ΤΟΝ ΛΟΓΟΝ
LA PAROLE de Lui
αληθως
(5b) vraiment
εν τουτω
en celui-là
η αγαπη του θεου
l’amour de Dieu
τετελειωται
est accompli 
Ost : « Mais pour celui qui garde sa parole, l'amour de Dieu est véritablement parfait en lui ».


3. Sur 2,7-11:

Dans les versets 7-8 se trouve l’opposition entre les adjectifs « ancien » et « nouveau ».  

Cette opposition se retrouve à plusieurs reprises dans le Nouveau Testament, même si les adjectifs grecs employés ne sont pas toujours les mêmes.

Ainsi, dans la double parabole du vieux et du neuf (Lc 5,36-39), les mots-clefs « nouveau », καινος pour le vêtement et νεος pour le vin, et « ancien », παλαιος sont-ils spécifiques de cette parabole : νεος et παλαιος ne sont pas utilisés ailleurs chez Luc ; seul le comparatif substantivé ο νεωτερος, « le plus jeune », apparaît deux fois (en 15,12-13) dans la parabole des deux fils, et une fois (en 22,26) dans le discours sur le service. Quant à καινος, il ne reviendra qu’une seule fois… pourtant très significative, en 22,20 : τουτο το ποτηριον η καινη διαθηκη εν τω αιματι μου το υπερ υμων εκχυνομενον – littéralement : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang qui pour vous sera versé ».

Dans le reste du Nouveau Testament, on trouve παλαιος chez Paul en 1Co 5,7-8 pour qualifier le levain – en opposition à la pâte nouvelle (en Ep 4,24, c’est καινος qui est employé, et en Col 3,10 c’est νεος). En 2Co 3,6, la « nouvelle alliance », καινης διαθηκης  est opposée à la « vieille » (3,14), της παλαιας διαθηκης.

A part ces cas,  8,8 cite Jr 31,31 qui annonce (ברית חדשה) διαθηκην καινην, « une alliance nouvelle » (avec postposition de l’adjectif, marquant l’insistance) – laquelle rend la première « vieillie » ( 8,13 : εν τω λεγειν καινην πεπαλαιωκεν την πρωτην το δε παλαιουμενον – littéralement : « par le fait de dire ‘nouvelle’, il a rendu vieillie la première ; or ce qui a vieilli…  » – Ost : « En parlant d'une alliance nouvelle, il déclare ancienne la première ; or, ce qui est devenu ancien… ». La même expression revient en 9,15 : διαθηκης καινης μεσιτης εστιν – littéralement : « d’une nouvelle alliance il est le médiateur » – Ost : « il est Médiateur d'une nouvelle alliance », en opposition avec « la première », η πρωτη. En 12,24, en revanche, l’adjectif employé est νεα : διαθηκης νεας μεσιτη ιησου – littéralement : « de Jésus, médiateur d’une nouvelle alliance » – Ost : « de Jésus, Médiateur de la nouvelle alliance »


Déjà, donc, dans l’Evangile de Luc, mais aussi dans d’autres textes du Nouveau Testament, l’opposition entre « vieux » et « nouveau » rappelle la nouvelle Alliance.

A cette lumière, le passage de 1Jn 2,7-8 s’éclaire :
 
(7) αδελφοι* ουκ εντολην καινην γραφω υμιν αλλ εντολην παλαιαν ην ειχετε απ αρχης η εντολη η παλαια εστιν ο λογος ον ηκουσατε απ αρχης (8) παλιν εντολην καινην γραφω υμιν
* Remarque : on trouve aussi la leçon αγαπητοι, « bien-aimés » (Tischendorf ; Wescott/Hort)
Littéralement : « (7) Frères, ne pas j’écris à vous un commandement nouveau, mais un commandement ancien que vous aviez dès le commencement ; le commandement l’ancien est la parole que vous avez entendue. (8) Pourtant un commandement nouveau j’écris à vous » – Ost : « (7) Frères, je vous écris, non un commandement nouveau, mais un commandement ancien, que vous avez eu dès le commencement; ce commandement ancien, c'est la parole que vous avez entendue dès le commencement. (8) Toutefois, je vous écris un commandement nouveau ».
 
Si Jean parle de « commandement », c’est en faisant références à la première alliance, reposant sur les « Paroles », דברים (titre hébreu du « Deutéronome », mot qui signifie littéralement « deuxième loi »), que nous appelons aussi « commandements » ; il emploie d’ailleurs aussi le mot « parole » : λογος. Il fait donc bien allusion ici à l’ancienne et à la nouvelle Alliances.

Mais il se situe un peu différemment par rapport à ce que nous avons l’habitude de lire – et semble même se contredire : « Je ne vous écris pas un commandement nouveau, mais un commandement ancien […] Toutefois je vous écris un commandement nouveau »… Que veut-il donc nous dire, en même temps qu’à ses frères bien aimés ?...

C'est en étudiant soigneusement les parallélismes-reprises de ce passage et de sa suite que nous pourrons le découvrir.

Reprenons donc l’ensemble du segment 7-11 avec sa traduction interlinéaire (celle qui met le mieux en valeur les intentions rhétoriques de Jean – n’oublions pas que les textes anciens ne présentaient ni ponctuation, ni même souvent d’espacement entre les mots) :

(7) αγαπητοι
bien-aimés
ουκ εντολην καινην γραφω υμιν
ne pas un commandement nouveau j’écris à vous
αλλ εντολην παλαιαν ην ειχετε απ αρχης
mais un commandement ancien que vous aviez dès le commencement
η εντολη η παλαια εστιν ο λογος ον ηκουσατε
le commandement l’ancien est la parole que vous avez entendue
(8a) παλιν
pourtant
εντολην καινην γραφω υμιν
un commandement nouveau j’écris à vous
---
(8b) ο εστιν αληθες εν αυτω και εν υμιν
ce qui est vrai en Lui et en vous  
---
(8c)οτι η σκοτια παραγεται
parce que la ténèbre passe
και το φως το αληθινον ηδη φαινει
et la lumière la véritable déjà brille
(9)ο λεγων
celui disant
εν τω φωτι ειναι
dans la lumière être
και τον αδελφον αυτου
et le frère de lui
μισων
haïssant
εν τη σκοτια εστιν εως αρτι
dans la ténèbre est jusqu’à maintenant
(10)ο αγαπων
celui aimant
τον αδελφον αυτου
le frère de lui
εν τω φωτι μενει
dans la lumière demeure
και σκανδαλον* εν αυτω ουκ εστιν
et l’occasions de trébucher en lui ne pas est
(11a) ο δε μισων
celui haïssant
τον αδελφον αυτου
le frère de lui
εν τη σκοτια εστιν
dans la ténèbre est
και εν τη σκοτια περιπατει
et dans la ténèbre marche
και ουκ οιδεν που υπαγει
et ne pas sait où il va
(11c) οτι η σκοτια ετυφλωσεν τους οφθαλμους αυτου
parce que la ténèbre a aveuglé les yeux de lui
* (Remarque : σκανδαλον = sens premier : petit caillou (sous-entendu : qui gêne la marche, qui fait trébucher) ; d’où le sens imagé (ici) : occasion de tomber ; d’où le mot « scandale » : ce qui fait douter)


Outre l’opposition-répétition déjà étudiée précédemment entre les expressions εντολη παλαια / εντολη καινη (je rappelle que la postposition de l’adjectif, comme ici, et que la reprise de l’article avant celui-ci : η εντολη η παλαια sont en grec des tournures emphatiques, d’insistance) rencontrée aux versets 7-8, nous pouvons remarquer:

1.                                 Que le sous-membre 8c-11c présente une symétrie partielle de ses segments extrêmes : οτι η σκοτια, parce que la ténèbre.
2.                                L’opposition-répétition de η σκοτια / το φως, la ténèbre / la lumière.
3.                                La structure concentrique (ou en ABA) du sous-membre 9-11, qui oppose, aux versets 9 et 11,  « celui qui […] est dans la ténèbre », A, à « celui qui […] est dans la lumière », B, au verset 10.
4.                                 Comme en 2,4 (cf. supra), nous retrouvons des versets commençant par des participes présents substantivés : ο λεγων (9), « celui qui dit », ο αγαπων (10) « celui qui aime » et ο μισων (11), « celui qui haït ». Par ailleurs le participe présent apposé μισων annonce déjà que « celui qui dit » est le même que « celui qui haït », ce qui renforce lexicalement la structure sémantique concentrique signalée précédemment
5.                                 Comme en 2,4-6, nous avons donc deux personnages, l’un négatif, « celui qui dit aimer, mais qui haït », l’autre positif « celui qui aime ».
6.                                 Mais cette fois on ne traite pas le personnage négatif de « menteur », ψευστης ; suivant le thème de l’opposition ténèbre / lumière, on dit de lui que
-          il est dans la ténèbre jusqu’à maintenant : εν τη σκοτια εστιν εως αρτι (9c);
-          il est dans la ténèbre : εν τη σκοτια εστιν (11b) ;
-          il marche dans la ténèbre : εν τη σκοτια περιπατει (11b) ;
-          la ténèbre a aveuglé ses yeux : η σκοτια ετυφλωσεν τους οφθαλμους αυτου, et donc il ne sait où il va : ουκ οιδεν που υπαγει (11c).
7.                                 En revanche, le personnage positif
-          demeure dans la lumière : εν τω φωτι μενει,
-          et ne risque pas de « tomber » : σκανδαλον εν αυτω ουκ εστιν.
 
Et nous avons maintenant la réponse à notre précédente question grâce au double parallélisme-opposition :
ο μισων τον αδελφον αυτου, celui qui haït son frère
-> εν τη σκοτια εστιν, est dans la ténèbre
          #
ο αγαπων τον αδελφον αυτου, celui qui aime son frère
-> εν τω φωτι μενει, reste dans la lumière.

Or ceci « εστιν αληθες εν αυτω και εν υμιν, est vrai en Lui et en vous » (8b);
car, comme on peut le lire en 1Jn 1,5 (on peut d'ailleurs retrouver les mêmes structures rhétoriques que ci-dessus dans tout le segment 1,5-7c):
ο θεος φως εστιν και σκοτια εν αυτω ουκ εστιν ουδεμια, « Dieu est Lumière, et en Lui il n’est point de ténèbre »

L’Amour des frères est donc l’Amour de Dieu…

Ce qui est bien une « nouvelle » formulation, christique, d’un commandement « ancien », préparé par Lv 19,18sqq : ואהבת לרעך כמוך – LXX : αγαπησεις τον πλησιον σου ως σεαυτον - Tu aimeras ton prochain comme toi-même ; אני יהוה – LXX : εγω ειμι κυριος - [car] moi, je suis l'Eternel.  
 

4. Sur 2,12-14 :

Ce segment, également très élaboré, est entièrement formé parallélismes :

γραφω υμιντεκνια οτι αφεωνται υμιν αι αμαρτιαι δια το ονομα αυτου
Petits enfants, je vous écris, parce que vos péchés vous sont pardonnés à cause de son nom.

γραφω υμινπατερες οτιεγνωκατε τον απ αρχης
Pères, je vous écris, parce que vous avez connu celui qui est dès le commencement.

γραφω υμιννεανισκοι οτινενικηκατε τον πονηρον
Jeunes gens, je vous écris, parce que vous avez vaincu le malin.

γραφω υμινπαιδια οτι εγνωκατε τον πατερα
Enfants, je vous écris, parce que vous avez connu le Père.

εγραψα υμινπατερες οτι εγνωκατε τον απ αρχης
Pères, je vous ai écrit, parce quevous avez connu celui qui est dès le commencement.

εγραψα υμιν νεανισκοιοτι ισχυροι εστε και ο λογος του θεου εν υμιν μενει και νενικηκατε τον πονηρον
Jeunes gens, je vous ai écrit, parce que vous êtes forts, et que la parole de Dieu demeure en vous, et quevous avez vaincu le malin.

En effet, on peut mettre en parallèle :
-                         les âges de la vie : τεκνια = petits enfants ou παιδια = enfants ; νεανισκοι  = jeunes gens ; πατερες = pères ;
-                          l’action d’écrire, au présent ou à l’aoriste (à peu près notre passé-simple littéraire et notre passé-composé moins « relevé ») : γραφω υμιν = je vous écris ; εγραψα υμιν = je vous ai écrit ;
-                          et les raisons de cette écriture, toujours introduites par la conjonction οτι = parce que ; en réalité, elles-mêmes ont entre elles un lien de (1) double cause à (2) triple effet :
- (1a) εγνωκατε τον απ αρχης = vous avez connu celui qui est dès le commencement = εγνωκατε τον πατερα = vous avez connu le Père ; et (1b) ο λογος του θεου εν υμιν μενει = la parole de Dieu demeure en vous
- (2a) αφεωνται υμιν αι αμαρτιαι δια το ονομα αυτου = vos péchés vous sont pardonnés à cause de son nom; donc (2b) νενικηκατε τον πονηρον = vous avez vaincu le malin ; car (2c) ισχυροι εστε = vous êtes forts.


5. Sur 3,10cde :

On peut retrouver une structure concentrique ABA à l’intérieur d’un court segment ; ici, par exemple, dans une partie de verset :
(10c) (A) πας ο – tout homme  
μη ποιων – ne faisant pas
δικαιοσυνην – la justice
(10d) (B) ουκ εστιν εκ του θεου – n’est pas de Dieu
(10e) (A) και ο – et (tout) homme
μη αγαπων – n’aimant pas
τον αδελφον αυτου – son frère.
 « Celui qui ne pratique pas la justice n’est pas de Dieu, non plus que celui qui n’aime pas son frère ».

En outre, nous retrouvons également ici un parallélisme syntaxique et sémantique dans les deux éléments A : le même sujet, πας ο … και (πας) ο, substantivant deux participes présents négatifs : μη ποιων … μη αγαπων introduisant deux compléments d'objet direct : δικαιοσυνην … τον αδελφον αυτου ; autrement dit, pour Jean, « ne pas aimer son frère », c’est « ne pas pratiquer la justice » - et donc, une fois encore, « ne pas être de Dieu », avec la mise en valeur par son placement au centre, en B, de ce dernier élément.

Nous pouvons donc constater que, même dans un passage très ramassé, on peut avoir une pensée très dense - mise en valeur par ces procédés rhétoriques, très johanniques.


6. Sur 4,11-12 :

Nous trouvons à nouveau une structure concentrique (ABA’), même si le segment A’ est plus complexe que le segment A :
(A) (11) αγαπητοι – bien-aimés
ει ουτως – si ainsi
ο θεος – Dieu
ηγαπησεν – aima
ημας – nous
και ημεις – aussi nous
οφειλομεν – devons
αλληλους – les-uns-les-autres
αγαπαν – aimer
(B) (12) θεον ουδεις πωποτε τεθεαται – Dieu personne ne jamais (le) contempla
(A’) εαν – si
αγαπωμεν – nous aimons
αλληλους – les-uns-les-autres
ο θεος – Dieu
εν ημιν – en nous
μενει – reste
και – et
η αγαπηαυτου – l’amour de Lui  
εν ημιν – en nous
τετελειωμενη* – ayant été accompli
εστιν – est
* Remarque : il existe ici une variante, mais qui est moins forte rhétoriquement : {VAR: τετελειωμενη εν ημιν }
« Bien-aimés, si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons aussi nous aimer les uns les autres. Personne n'a jamais vu Dieu: si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour est accompli en nous. » (trad. Ostervald)
 
Dans ces deux versets, nous remarquons évidemment
-          les nombreuses occurrences de la racine –αγαπ– ;
-          les parallélismes-oppositions Dieu : ο θεος (nominatif : sujet), θεον (accusatif : complément d'objet direct) et αυτου (génitif : complément de détermination d’un nom) # nous : ημεις (nominatif : sujet), ημας (accusatif : complément d'objet direct), εν ημιν (εν + datif : complément circonstanciel de lieu où l’on est) et αλληλους (accusatif) ;
-          la mise en valeur par placement central de la « phrase-clef » : « Dieu, personne jamais ne le contempla».


Nous pouvons donc établir ainsi le schéma de ce passage :
 
:: Si ainsi             Dieu                         aima                            nous
                    + nous aussi              devons aimer           les-uns-les-autres                
-------
                    Personne jamais        ne contempla                  Dieu
-------
:: Si                           nous                               aimons                les-uns-les-autres              
                     +    Dieu                      demeure                        en nous
                     +  et son amour         est accompli                     en nous
 
Et, par sa position, nous remarquons alors que « personne » en B est encadré, dans la même colonne, par « nous », puis par « Dieu » en A et A’; c’est que, si « personne » n’a jamais contemplé « Dieu », « nous » pourrons le faire si nous nous aimons les uns les autres. De même « Dieu » en B est encadré, dans la dernière colonne, par « les uns les autres » et par « nous »…


7. Sur 5,4b-8 et 5,10-12 :

Ces deux passages extrêmes d’une séquence de cette épître présentent de reprises de termes (trad. Ostervald):

4b-8 :
(4b)η νικη η νικησασατον κοσμονη πιστις υμων
La victoire qui a vaincu le monde, c'est notre foi.
(5) τις εστιν ο νικωντον κοσμον ει μη ο πιστευων οτι ιησους εστιν ο υιος του θεου
Qui est celui qui est victorieux du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu?
(6) ουτος εστιν ο ελθων δι υδατος και αιματος ιησους χριστος ουκ εν τω υδατι μονον αλλ εν τω υδατι και τω αιματι και το πνευμα εστιν το μαρτυρουν οτι το πνευμα εστιν η αληθεια
C'est ce même Jésus, le Christ, qui est venu avec l'eau et le sang; non seulement avec l'eau, mais avec l'eau et le sang; et c'est l'Esprit qui en rend témoignage, parce que l'Esprit est la vérité.
(7) (Textus Receptus)* : οτι τρεις εισιν οι μαρτυρουντες εν τω ουρανω ο πατηρ ο λογος και το αγιον πνευμα και ουτοι οι τρεις εν εισιν
Car il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel, le Père, la Parole**, et le Saint-Esprit, et ces trois-là sont un.
(8) (Textus Receptus)* : και τρεις εισιν οι μαρτυρουντες εν τη γη το πνευμα και το υδωρ και το αιμα και οι τρεις εις το εν εισιν
Il y en a aussi trois qui rendent témoignage sur la terre; l'Esprit, l'eau, et le sang; et ces trois-là se rapportent à une seule chose.
 
* Tischendorf (1869), Xescott-Hort (1881), et la Byzantine (revue en 2000) donnent seulement la leçon : (7) οτι τρεις εισιν οι μαρτυρουντες – Car il y en a trois qui rendent témoignage (8) το πνευμα και το υδωρ και το αιμα και οι τρεις εις το εν εισιν – l'Esprit, l'eau, et le sang; et ces trois-là se rapportent à une seule chose.
** Rappel : chez Jean, le λογος, le « Verbe » désigne le Fils : « Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » (dans le fameux Prologue en Jn 1,14a).
 
[…]
 
5,10-12 :
(10) ο πιστευωνεις τον υιον του θεου εχει την μαρτυριαν εν αυτω ο μη πιστευων τω θεω ψευστην πεποιηκεν αυτον οτι ου πεπιστευκεν εις την μαρτυριαν ην μεμαρτυρηκενο θεοςπερι του υιου αυτου
Celui qui croit au Fils de Dieu, a le témoignage de Dieu en lui-même; celui qui ne croit point Dieu, le fait menteur, puisqu'il n'a pas cru au témoignage que Dieu a rendu de son Fils.
(11) και αυτη εστιν η μαρτυρια οτι ζωην αιωνιον εδωκεν ημιν ο θεος και αυτη η ζωη εν τω υιω αυτου εστιν
Et voici le témoignage, c'est que Dieu nous a donné la vie éternelle; et cette vie est dans son Fils.
(12) ο εχων τον υιον εχει την ζωην ο μη εχων τον υιον του θεου την ζωην ουκ εχει
Qui a le Fils, a la vie; qui n'a point le Fils de Dieu, n'a point la vie.
 
Les versets 4b-5 et 12 se répondent : « La victoire qui a vaincu le monde, c'est notre foi. Qui est celui qui est victorieux du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu? » ; « Qui a le Fils, a la vie; qui n'a point le Fils de Dieu, n'a point la vie » : la foi, c’est la vie ; « le monde » représente ceux « qui n'ont point le Fils de Dieu ». Ces deux sous-segments présentent des reprises de racines et de mots, ce qui est un procédé d’insistance très fréquent.

7. Sur 5,4b-8 et 5,10-12 :
Ces deux passages extrêmes d’une séquence de cette épître présentent de reprises de termes (trad. Ostervald):
▪ 4b-8 :
(4b)η νικη η νικησασατον κοσμονη πιστις υμων
La victoire qui a vaincu le monde, c'est notre foi.
(5) τις εστιν ο νικωντον κοσμον ει μη ο πιστευων οτι ιησους εστιν ο υιος του θεου
Qui est celui qui est victorieux du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu?
(6) ουτος εστιν ο ελθων δι υδατος και αιματος ιησους χριστος ουκ εν τω υδατι μονον αλλ εν τω υδατι και τω αιματι και το πνευμα εστιν το μαρτυρουν οτι το πνευμα εστιν η αληθεια
C'est ce même Jésus, le Christ, qui est venu avec l'eau et le sang; non seulement avec l'eau, mais avec l'eau et le sang; et c'est l'Esprit qui en rend témoignage, parce que l'Esprit est la vérité.
(7) (Textus Receptus)* : οτι τρεις εισιν οι μαρτυρουντες εν τω ουρανω ο πατηρ ο λογος και το αγιον πνευμα και ουτοι οι τρεις εν εισιν
Car il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel, le Père, la Parole**, et le Saint-Esprit, et ces trois-là sont un.
(8) (Textus Receptus)* : και τρεις εισιν οι μαρτυρουντες εν τη γη το πνευμα και το υδωρ και το αιμα και οι τρεις εις το εν εισιν
Il y en a aussi trois qui rendent témoignage sur la terre; l'Esprit, l'eau, et le sang; et ces trois-là se rapportent à une seule chose.
 
* Tischendorf (1869), Xescott-Hort (1881), et la Byzantine (revue en 2000) donnent seulement la leçon : (7) οτι τρεις εισιν οι μαρτυρουντες – Car il y en a trois qui rendent témoignage (8) το πνευμα και το υδωρ και το αιμα και οι τρεις εις το εν εισιν – l'Esprit, l'eau, et le sang; et ces trois-là se rapportent à une seule chose.
** Rappel : chez Jean, le λογος, le « Verbe » désigne le Fils : « Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » (dans le fameux Prologue en Jn 1,14a).
 
[…]
 
▪ 5,10-12 :
(10) ο πιστευωνεις τον υιον του θεου εχει την μαρτυριαν εν αυτω ο μη πιστευων τω θεω ψευστην πεποιηκεν αυτον οτι ου πεπιστευκεν εις την μαρτυριαν ην μεμαρτυρηκενο θεοςπερι του υιου αυτου
Celui qui croit au Fils de Dieu, a le témoignage de Dieu en lui-même; celui qui ne croit point Dieu, le fait menteur, puisqu'il n'a pas cru au témoignage que Dieu a rendu de son Fils.
(11) και αυτη εστιν η μαρτυρια οτι ζωην αιωνιον εδωκεν ημιν ο θεος και αυτη η ζωη εν τω υιω αυτου εστιν
Et voici le témoignage, c'est que Dieu nous a donné la vie éternelle; et cette vie est dans son Fils.
(12) ο εχων τον υιον εχει την ζωην ο μη εχων τον υιον του θεου την ζωην ουκ εχει
Qui a le Fils, a la vie; qui n'a point le Fils de Dieu, n'a point la vie.
 
Les versets 4b-5 et 12 se répondent : « La victoire qui a vaincu le monde, c'est notre foi. Qui est celui qui est victorieux du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu? » ; « Qui a le Fils, a la vie; qui n'a point le Fils de Dieu, n'a point la vie » : la foi, c’est la vie ; « le monde » représente ceux « qui n'ont point le Fils de Dieu ». Ces deux sous-segments présentent des reprises de racines et de mots, ce qui est un procédé d’insistance très fréquent.




Par ces quelques exemples, nous voyons comment l’étude rhétorique de segments – longs ou très brefs – d’un texte de l’Ecriture peut faire ressortir l’idée que l’auteur – saint Jean en l’occurrence – a voulu mettre en avant :
C’est par l’amour de l’autre que nous pourrons entrer en communion avec Dieu !
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