Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                      

KETOUVIM 
(Ecrits - 1)




Yob (Job)
Meshalim (Proverbes)

Megillot (les 5 rouleaux, lus lors des fêtes):
-Ruth (Ruth) - lu à Chavouot
-Shir HaShirim (Cantique) - lu à Pessa'
-Qohélet (Ecclésiaste) - lu à Soukkot
-Eikah (Lamentations) - lu à Ticha BeAv
-Esther (Esther) - lu à Pourim

Daniel (Daniel)
Esra - Néhémiyah (Esdras - Néhémie)
Dibré HaYamim (Chroniques I et II)

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JOB

Jb 38,1 ;8-11.

Comment Dieu Créateur, qui a le pouvoir de maîtriser les forces de la nature, laisserait-il les siens être submergés par les épreuves et les tentations de la vie ?
(Sur ce thème, voir présentation et commentaire du Ps 107 en allant sur cette page)
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PROVERBES

      Comme de coutume, le titre hébraïque du livre, משׁלי Mishléi, est aussi son premier mot: משׁלי שׁלמה Mishléi Shelomo, « Exemples de Salomon ». Les LXX le traduisirent par Παροιμίαι Paroïmiaï, et la Vulgate par Proverbia.
Le termeמשׁליdérive de משׁל mâshâl (en arabe masala, en assyrien masâlu, en araméen metal) dont le premier sens désigne ce qui se tient debout, ce qui est érigé: manière d’être, susceptible ou non d’être imitée, cas, événement particulier, fait précis qui sert à confirmer, illustrer, préciser un enseignement. Mieux que "Proverbes", "Exemples" semble donc traduire cette notion de משׁל:
exemples bons ou mauvais que l’auteur nous propose, suivant le cas, sous forme
- de proverbe,
- de dicton,
- de discours inspiré,
- de parabole,
- de poème
- ou de sentence.
Ce qui est essentiel, quelle que soit la forme qui l’exprime, c’est l’exemple à imiter ou à fuir, le fait objectif qui est décrit.
Ainsi le sens premier deמשׁל couvre bien le contenu de ce livre magistral.
  
       L’insertion des Exemples de Salomon dans le canon de la Bible n’a pas été sans controverse à cause de ses contradictions internes. En effet ce livre est composé de plusieurs recueils qui reflètent des enseignements parfois contradictoires.
      Dès le début, l’auteur s’adresse à son fils, selon un procédé classique chez les Hébreux, les Égyptiens, les Mésopotamiens. Il fait parler la sagesse pour qu’elle puisse elle-même mettre les humains en garde contre la folie (1,20-33). Le volume entier constitue un incessant plaidoyer pour démontrer la supériorité de la sagesse sur la démence: les exemples déferlent sans grand ordre logique pour convaincre le lecteur de se soustraire au mal et de faire le bien. L’opposition est constante entre les deux voies, celle du bien - טוב - et celle du mal - רע, celle des justes et celle des criminels. Nous retrouvons là l’enseignement constant de la Bible: le monde est cassé en deux et il n’est pas sans conséquence de se situer dans la lumière de YHWH-Adonaï ou dans la nuit du criminel. À ce niveau de signification, l’auteur décrit la femme étrangère qu’il oppose à la femme de valeur: l’une œuvre pour la mort, l’autre pour la vie. La femme étrangère reprend un thème central dans la littérature sapientiale (on le rencontre aussi dans la Sagesse d’Ani, conseils d’un scribe égyptien à son fils). La sagesse et la folie sont personnifiées et interviennent sous forme de femmes qui appellent l’une au bien, l’autre au mal. Cette allégorie achève la première partie du volume.
     Le deuxième recueil (10,1-22,16) groupe des sentences brèves rassemblées sans ordre logique apparent, avec des doublets et des répétitions.
    Les recueils suivants achèvent de donner les enseignements de la sagesse d’Israël: celle-ci a ses caractères propres, mais elle a des rapports évidents avec les traditions des peuples d’Orient: les Iduméens, Tyr, l’Égypte, la Mésopotamie, l’Arabie, Canaan avaient un vaste trésor sapiential. Et l’on finira par préciser un jour les voies de communication qui ont pu exister entre les civilisations du Proche-Orient et celles de l’Extrême-Orient. Ici, nous sommes en présence d’une sagesse écrite en hébreu mais dépouillée de tout caractère nationaliste: les antithèses (juste-criminel; route du bien-route du mal; femme étrangère-femme de valeur) ne se complètent pas, comme dans les Psaumes, par le couple ennemi: Israël-Nations.

    On a depuis longtemps rapproché ce volume des sources de la sagesse égyptienne et notamment des Instructions d’Aménémopé: cette œuvre, dont le manuscrit semble remonter au VIème siècle et qui peut avoir été écrite antérieurement, jusqu’au Xème siècle, présente d’évidentes similitudes de forme et de fond avec Pr 22,17-23,11.
Trois explications ont été données à ces parallélismes:
- le texte hébreu est la traduction de l’égyptien;
- l’égyptien traduit l’hébreu,
- tous deux dépendent d’une troisième source antérieure, égyptienne elle aussi, qui aurait été connue en Israël grâce à l’entremise d’une version cananéenne.
En dehors de ces sources égyptiennes, le volume des Exemples s’apparente à des écrits du même genre: Instructions de Shouroupak à son fils, attestées à Sumer dès le XXVème siècle, proverbes babyloniens, proverbes araméens d’Ahiqar (retrouvés sur des papyrus du Vème siècle).

    Cependant, les Exemples de Salomon s’insèrent dans la tradition hébraïque. Ils ont d’abord un but pédagogique: il s’agit de donner à l’enfant les clés du savoir traditionnel. Les formules sont lapidaires, écrites pour être apprises par coeur et chantées. Lorsque le développement le permet, l’auteur a recours au poème alphabétique, comme dans l’émouvant éloge de la femme de valeur (31,11-31). Chaque verset y commence par l’une des lettres de l’alphabet, dont la suite favorise la mémorisation.
Le style direct ("Entends, mon fils..."), le génie de la formule frappante, l’usage constant du chiasme; l’emploi du parallélisme, de l’allégorie; le choc constant des contraires; la clarté et parfois la violence des images font de ce volume une sorte de film tant le style en est concret. L’idée s’exprime toujours au plus proche du réel par le geste qui la révèle, toujours décrit avec une extrême économie des moyens.

    Entre le juste et le criminel, le sage et le fou, apparaît donc le niais (péti), celui qui ne demande qu’à se laisser former par la discipline du père et le conseil du sage. Le précepte est impératif: il impose, sans discussion possible, l’enseignement à l’élève pour former son intelligence, son jugement, son caractère. La répétition, sous des formes différentes, des mêmes exemples (20,13-24,33-34; 25,16-25,27) fait partie d’une technique pédagogique qui entend imprégner l’esprit par le contenu de l’enseignement. Et les variantes sont voulues pour dissiper les ombres, écarter les objections: nous sommes en présence d’une technique d’écriture définie par une tradition millénaire. Les exemples choisis reflètent à la fois les exigences d’un enseignement transcendant et les réalités d’un ordre social déterminé: mais l’axe de mesure est toujours l’homme, son bien, son épanouissement. La valeur suprême est la vie, respectée sous toutes ses formes: l’aspiration au bien est une conséquence du respect du réel dans un univers qu’ Elohim a créé et qui est, par conséquent, l’univers du bien. De ce fait, la morale n’est jamais distincte de la métaphysique ou de la biologie qui en constituent les sources.

    Malgré la variété des recueils qui composent ce volume et des genres qu’il met en œuvre, la doctrine en est homogène: si la vie est la valeur suprême, la sagesse en est la gardienne. Elle est l’arbre de vie par excellence, donc le bien suprême. Le sage a pour vocation de l’enseigner à ses disciples, de leur permettre l’accès de son mystère, la maîtrise de ses disciplines. Au coeur de cette problématique se situe la question du mal et de la rétribution des actes: ici, il est clair que le bien mène à la vie et le mal à la mort, et que la vie est supérieure à la mort.
Le juste est toujours heureux, toujours en possession du bonheur parfait.
Le criminel est par nature perdant: ses succès ne peuvent être qu’apparents, provisoires. La maison des criminels sera détruite.
Le volume d’Exemples n’aborde pas le problème de la souffrance du juste écrasé par le triomphe des criminels. Ce thème, central dans Job, est aussi l’une des préoccupations de Jérémie. Mais, ici, le but de l’ouvrage, essentiellement pédagogique, est différent. La discussion de fond est remplacée par cette affirmation massive: à coup sûr, le criminel sera châtié.

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• Pr 8,22-31.

Pour évoquer l'indicible transcendance de la sagesse divine, l'auteur du Livre des Proverbes personnifie cet attribut, sans pour autant déroger au strict monothéisme biblique.
Comme d'autres appartenant au même genre littéraire ("littérature sapientiale"), qu'on trouve dans de nombreuses civilisations (voir l'introduction aux משׁלי, à cette page), ce livre est sujet à des interprétations très diverses.

Sur ce texte:
Sur le Livre des Proverbes, les משׁלי, voir ci-dessus.
Contexte:
- Prologue: 1,1-7
- Discours sur la sagesse/Sagesse: 1,8 - 9,18
- Proverbes de Salomon: 10,1 - 22,16
- Paroles des sages: 22,17 - 24,22
- Deuxième collection de paroles des sages: 24,23-34
- Deuxième collection de proverbes de Salomon: 25 - 29
- Paroles d'Agour: 30
- Paroles du roi Lemouel: 31,1-9
- Poème de la femme vaillante: 31,10-31.
Sur 8,22-31:
Ces versets forment un poème célébrant le rôle éminent de la Sagesse dans l'œuvre divine de création (comp. 3,19-20). Comme dans les vv. précédents (1-21) et suivants (32-36), et au même titre que Dame Folie, la Sagesse est personnifiée. Elle l'est sous les traits d'un auxiliaire de Dieu, son "maître d'œuvre" (v.30). L'auteur veut à nouveau recommander la sagesse, en soulignant ainsi ce que Dieu a réalisé grâce à elle.
Sous une apparence de simplicité, voire d'évidence, ce passage présente de très grandes difficultés de traduction (des verbes en particulier), risquant d'entraîner de véritables contre-sens, non seulement sémantiques mais, ce qui est plus grave, théologiques; or la traduction liturgique non seulement ne lève pas les ambiguïtés en les explicitant, mais parfois même les accentue... Il est donc capital ici de s'attacher au sens précis de chaque mot, et à son contexte théologique.


Traduction et notes:

Verset 22.
       יהוה קנני ראשׁית דרכו קדם מפעליו מאז׃
YHWH-l'Éternel me possédait, première de ses œuvres,
Avant ses œuvres les plus anciennes.
קנני - me possédait: C'est le même verbe, קנה qânâh, qu'en 4,5;7.
Certains avancent: "m'a établie", "m'a acquise", "m'a engendrée" (comp. v.24).
La traduction "m'a créée" (ou "m'a faite pour lui", trad. liturgique) est inadaptée théologiquement, car la sagesse est un attribut que Dieu possède de tout temps, de toute éternité.
Beaucoup d'exégètes pensent que ce passage se situe à l'arrière-plan de plusieurs déclarations du NT au sujet du Christ, qualifié de "Sagesse de Dieu" (1Co 1,24;30; 2,3) qui a joué un rôle actif dans la création (Jn 1,1-3; Col 1,16).

Verset 23.
       מעולם נסכתי מראשׁ מקדמי־ארץ׃
J'ai été établie depuis l'éternité,
Dès le commencement, avant l'origine de la terre.
נסכתי - J'ai été établie: Dans le sens d' "être établi officiellement dans une fonction" (comp. Ps 2,6, qui fait référence au sacre du roi davidique). La Sagesse est donc antérieure à la Création.

Versets 24-25.
       באין־תהמות חוללתי באין מעינות נכבדי־מים׃
Je fus enfantée quand il n'y avait point d'abîmes,
Point de sources chargées d'eaux;
בטרם הרים הטבעו לפני גבעות חוללתי׃
Avant que les montagnes soient affermies, 
Avant que les collines existent, je fus enfantée;
חוללתי - Je fus enfantée: Il serait absurde de comprendre par ce verbe  
חוּל kh'ûl que la sagesse de Dieu n'a pas toujours existé.
Certains pensent que l'on a là la métaphore de la naissance d'un prince héritier.
L'expression souligne surtout le fait que
- Dieu est la source de la sagesse;
- elle existe en lui et comme lui de toute éternité,
- avant de se manifester dans la Création où elle est mise en œuvre,
- et avant d'être communiquée aux hommes.

Verset 26.
       עד־לא עשׂה ארץ וחוצות וראשׁ עפרות תבל׃
Il n'avait encore fait ni la terre, ni les campagnes, 
Ni la première poussière du monde.
• וראשׁ עפרות תבל - Ni la première poussière du monde: C'est-à-dire les premiers éléments constitutifs de notre monde (on pourrait dire "les atomes").

Verset 27.
       בהכינו שׁמים שׁם אני בחוקו חוג על־פני תהום׃
Lorsqu'il disposa les cieux, j'étais là;
Lorsqu'il traça un cercle à la surface de l'abîme,
בחוקו חוג על־פני תהום - Lorsqu'il traça un cercle à la surface de l'abîme: Allusion aux limites imposées par le Créateur aux eaux (Gn 1,6-10).
Si le monde habité est issu de l'eau (voir Ps 24,2; 2P 3,5), celle-ci - et particulièrement la mer - est ressentie comme un danger (vv.28-29) dans tout la Proche-Orient ancien (voir cette page, et celles qui la suivent, sur les cosmogonies proche-orientales). Cet acte de puissance du Créateur est magnifié à plusieurs reprises dans la TaNaKh (par ex. en Ps 104,6-9; Jr 5,22; etc.)

Verset 28.
       באמצו שׁחקים ממעל בעזוז עינות תהום׃ 
Lorsqu'il fixa les nuages en haut,
Et que les sources de l'abîme jaillirent avec force,

Verset 29.
       בשׂומו לים חקו ומים לא יעברו־פיו בחוקו מוסדי ארץ׃
Lorsqu'il donna une limite à la mer,
Pour que les eaux n'en franchissent pas les bords,
Lorsqu'il posa les fondements de la terre,

Verset 30.
       ואהיה אצלו אמון ואהיה שׁעשׁעים יום יום משׂחקת לפניו בכל־עת׃ 
J'étais à l'œuvre auprès de lui,
Et je faisais tous les jours ses délices,
Jouant sans cesse en sa présence,
אמון - à l'œuvre: De אמן 'âman qui signifie "ériger, construire, élever"; le אמון  'âmôn est ici le maître d'œuvre, l'architecte, celui qui conçoit les plans. Le rôle actif de la Sagesse est ainsi souligné.
Certaines traductions (Darby, Martin) donnent "son nourrisson", "son enfant chéri", s'appuyant sur le sens d' "élever un enfant" pour le verbe אמן; dans ce cas, ce n'est pas la coopération de la Sagesse à l'œuvre divine qui est soulignée, mais plutôt sa joie à la vue d'une telle merveille. La suite de ce verset et le v.31 semblent favoriser cette seconde traduction.
Mais ceux qui précèdent, et le contexte biblique général (le rôle dévolu à la Sagesse) soutiennent la première interprétation. 

Verset 31.
       משׂחקת בתבל ארצו ושׁעשׁעי את־בני אדם׃
Jouant sur le globe de sa terre,
Et trouvant mon bonheur parmi les fils de l'homme.
ושׁעשׁעי את־בני אדם - Et trouvant mon bonheur parmi les fils de l'homme: Parce qu'ils constituent le chef d'œuvre de la création (Gn 1,26-28).
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• Pr 9,1-6.

La « crainte » de Dieu (à ne surtout pas confondre, comme nous l'avons déjà souvent vu, avec la peur), attitude générale de révérence envers le Seigneur qui nous aime, s'épanouit en sagesse, source d'intelligence et de bonheur dans la conduite de la vie.
La personnification de cette sagesse exprime à la fois sa transcendance et sa proximité.
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• Pr 31,10-13;19-20,30-31.

La "femme vaillante" est un exemple de l'humble et silencieuse fidélité aux devoirs quotidien, fondement de la sainteté.

Sur le Livre des Proverbes, les משׁלי, voir plus haut.
Contexte:
- Prologue: 1,1-7
- Discours sur la sagesse/Sagesse: 1,8 - 9,18
- Proverbes de Salomon: 10,1 - 22,16
- Paroles des sages: 22,17 - 24,22
- Deuxième collection de paroles des sages: 24,23-34
- Deuxième collection de proverbes de Salomon: 25 - 29
- Paroles d'Agour: 30
- Paroles du roi Lemouel: 31,1-9
- Poème de la femme vaillante: 31,10-31.
Sur 31,10-31:
Ce poème, qui clôt le Livre, est alphabétique; comme on l'a souvent vu à propos des Psaumes alphabétiques, ce procédé, certes stylistique, a d'abord une valeur symbolique, globalisante et/ou récapitulative: le thème est traité "de a à z" comme on pourrait le dire en français; et ce, d'autant que ce "poème" reprend divers éléments du Livre: il n'est pas sans rapport avec son prologue (1,1-7): par ex. "la femme qui révère YHWH" au v.30 renvoie à 1,7; ni avec le portrait de la Sagesse en 9,1-6: comme la sagesse, une telle femme vaut plus que des pierres précieuses (comp. v.10 à 2,4):



Les livres sapientiaux comparent souvent la Sagesse/sagesse à des pierres et métaux précieux: pour les trouver, il faut en effet creuser profondément, chercher avec persévérance et application. Mais la valeur de la Sagesse/sagesse est bien plus grande encore que la leur.
Voir par ex.: Pr 2,4;3,14-16;8,10-11;16,16...; Jb 28,12-19; Ec 7,11;9,16-18
et constitue pour son mari une faveur de l'Éternel (18,22;19,14). Par ce poème, le jeune homme est exhorté à rechercher une épouse sage - ce qui est aussi une marque de sa propre sagesse.
L'auteur de ce poème est inconnu.
Attention: au v.30, deux termes ("הבל" et "ירא") faisaient "faux-sens" (pour ne pas dire "contre-sens"!) théologique dans la traduction liturgique catholique française.
La "nouvelle" traduction officielle liturgique corrige


Traduction et notes:

Verset 10.
       אשׁת־חיל מי ימצא ורחק מפנינים מכרה׃
Une femme valeureuse! Qui la trouvera? Car son prix est bien au delà des rubis.
אשׁת־חיל- Une femme valeureuse:Ruth est ainsi qualifiée en Rt 3,11.

Versets 11-13.
בטח בה לב בעלה ושׁלל לא יחסר׃
Le coeur de son mari se confie en elle, et il ne manquera point de biens.
גמלתהו טוב ולא־רע כל ימי חייה׃
Elle lui fait du bien et non du mal, tous les jours de sa vie.
 דרשׁה צמר ופשׁתים ותעשׂ בחפץ כפיה׃
Elle cherche de la laine et du lin, et travaille de ses mains avec joie.
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Versets 19-20.
  ידיה שׁלחה בכישׁור וכפיה תמכו פלך׃
Elle met la main à la quenouille, et ses doigts tiennent le fuseau.
   כפה פרשׂה לעני וידיה שׁלחה לאביון׃
Elle étend sa main vers l'affligé, et tend ses mains au nécessiteux.
עני [...] אביון - affligé [...] nécessiteux:
- Sur ces deux termes, voir cette page.
- Voir 14,31: "Opprimer le pauvre, c'est outrager celui qui l'a créé; mais avoir pitié de l'indigent, c'est l'honorer"; le Créateur a fait le pauvre comme le riche (22,2). Le souci du pauvre est présent tout au long du Livre (17,5;19,17;22,2;9;22;28,27...).
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Verset 30.
    שׁקר החן והבל היפי אשׁה יראת־יהוה היא תתהלל׃
La grâce est trompeuse, et la beauté c'est du vent; la femme qui révère YHWH-l'Éternel, c'est elle qui sera louée.
הבל היפי - la beauté c'est du vent: Sur le terme הבל, penser à Qo 1,2:
הבל הבלים אמר קהלת הבל הבלים הכל הבל׃
"Habèl ha balîm, hakol habèl - Fumée de fumées, tout est fumée".
 La traduction du mot הבל habèl par "vanité" impliquerait un jugement de valeur: est en effet "vain" (terme utilisé dans la traduction liturgique catholique française) ce qui est dépourvu de valeur.
    Or le mot הבלest essentiellement concret. Il désigne "la fumée", "la vapeur", "l'haleine", "le vent", et ne porteaucun jugement de valeur sur le réel mais dresse simplement un constat:
tout est fumée, tout est vent... Le bonheur, le travail, la sagesse, la vie, l’humanité, la famille, l’argent, la fortune, la gloire, le désir, le rire, l’avenir, la jeunesse, la beauté, les jours de l’homme, "c'est donc du vent", גם־זה הבל.
La "nouvelle" traduction liturgique corrige donc à juste titre en: "la beauté s'évanouit"
Comme dans le Qohélet, on se situe donc ici dans l’ordre des constatations objectives.De façon plus métaphysique que moralisatrice, on tente de décrire la condition humaine sous l’angle de ce qui passe: état de fait indéniable, et qui porte à conséquence pour la pensée et la conduite de l’homme.
יראת־יהוה - qui révère YHWH-l'Éternel:
 Attentionau terme « ירא yârê' »: ilne signifie aucunement « craindre Dieu »(terme utilisé dans la traduction liturgique catholique française, et gardé dans la "nouvelle" traduction), « avoir peur » de Lui, mais Le respecter, le révérer, comme un enfant « craint » ses parents: les ordres ou interdits qu'on lui fixe sont là « pour son bien », et sont donc autant de preuves d'amour!

 Ce qu'on appelle la « crainte de Dieu » implique en fait:
- la prise de conscience de la sainteté de Dieu;
- donc le respect, parfois empreint d'un certain trouble (on se sent « dépassé »);
- et une fidélité chaleureuse et confiante à accomplir la volonté de ce Dieu.
« Crainte » (ou plutôt « révérence », « respect ») de l’Éternel et confiance en Lui constituent deux éléments essentiels de la piété d’Israël.

Ici, « révérer» l’Éternel est considéré comme la clef de la sagesse - pour l'homme comme pour la femme.
 
Verset 31.
     תנו־לה מפרי ידיה ויהללוה בשׁערים מעשׂיה׃
Récompensez-la du fruit de son travail, et qu'aux portes ses œuvres la louent.
בשׁערים -aux portesLes "portes" de la ville, lieu public par excellence (Gn 19,1), où toutes les nouvelles se propageaient (de nombreux marchés s'y tenaient, où s'échangeaient les produits - et les nouvelles! - de la ville et de la campagne), où se jugeaient les causes (1,21 par ex.) et où on discutait des intérêts de la cité (24,7 par ex.).
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