Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven


Evangile selon
saint Marc


4b. Chapitre 14


Mc 14, 1 - 15, 47

« Qui donc est Jésus, cet homme qui enseigne avec une autorité sans pareille, qui a la puissance de faire des miracles aussi éclatants, et commande même aux esprits mauvais auxquels, d’un mot, il impose silence ? »
Cette question traverse tout l’Evangile selon saint Marc. Or, dit plusieurs fois l’évangéliste, Jésus lui-même a formellement défendu qu’on y réponde hâtivement. Il ne voulait pas que – portées par un enthousiasme sans discernement – les foules se méprennent sur sa personne et sa mission.
L’Evangile selon saint Marc évoque ainsi la démarche pédagogique de l’initiation baptismale, qui doit se garder de brûler les étapes : c’est en fin de parcours seulement que l’on demande au catéchumène une réponse personnelle et réfléchie à la question « Maintenant, dis-nous qui est Jésus-Christ pour toi ».
Car ce moment d’engagement décisif est celui de la Passion du Seigneur.
Alors, le voile se déchire.
Tout ce qui pouvait faire illusion disparaît.
Celui qui a suivi Jésus jusque là se trouve face au Crucifié abandonné de tous ceux qui hier encore l’acclamaient et même de ses disciples à l’exception de quelques femmes « qui regardaient de loin ».
Mais « un centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, s’écria : Vraiment cet homme était le Fils de Dieu ! » C’est donc là, et à ce moment, que – paradoxalement – se révèle la véritable identité de Jésus, que se vérifie l’authenticité de la foi chrétienne.
L’Evangile de la Passion selon saint Marc nous laisse devant le tombeau de Jésus, avec Marie Madeleine et Marie mère de José.
Pour le chrétien comme pour Jésus, l’aurore de la résurrection est au-delà du silence et de la nuit de la Passion : il faut attendre – dans la foi et l’espérance – que le jour se lève…


Commentaires sur cet évangile:

A propos de la versatilité des foules – un parallèle frappant entre la procession des Rameaux et le récit de la Passion:
De Guerric d'Igny, Sermon sur les Rameaux.
Si l'on considère en même temps la procession d’aujourd’hui et la passion, on voit Jésus, d’un côté sublime et glorieux, de l’autre humble et misérable.
Car dans la procession il reçoit des honneurs royaux, et dans la passion on le voir châtié comme un bandit.
Ici, la gloire et l’honneur l’environnent, là il n’a ni apparence ni beauté.
Ici, on l’acclame : Hosanna au fils de David. Béni soit le roi d’Israël qui vient. Là, on hurle qu’il mérite la mort et on se moque de lui parce qu’il se serait fait roi d’Israël.
Ici, on accourt vers lui avec des palmes ; là ils le soufflettent au visage avec leurs paumes*, et l’on frappe sa tête à coups de roseau.
Ici, on le comble d’éloges ; là, il est rassasié d’injures.
Ici, on se dispute pour joncher sa route avec le vêtement des autres ; là, on le dépouille de ses propres vêtements.
Ici, on le reçoit dans Jérusalem comme le roi juste et sauveur ; là, il est chassé de Jérusalem comme un criminel et un imposteur.
Ici, il est monté sur un âne, assailli d’hommages ; là, il est pendu au bois de la croix, déchiré par les fouets, transpercé de plaies, et abandonné par les siens.
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* "palme" et paume" viennent en fait du même mot latin; c'est un "doublet" parfait.
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• Du P. Alain Faucher, de l'Université Laval - Québec) - d'Interbible:

En ce dimanche des Rameaux et de la Passion, il est facile de négliger l'étude des textes bibliques. Le prétexte? nous prenons pour acquis qu'il ne s'y trouve ni surprise ni piste d'actualisation pertinente. Le discours explicatif se limite souvent à rappeler au premier degré la mort de Jésus. Est-ce le seul propos du récit de la Passion? N'y aurait-il pas d'autres thèmes insérés au fil de ces lignes que nous proclamons avec solennité?
Le récit de l'Évangile selon Marc comporte un autre danger. Puisque ce texte est la base des récits plus élaborés de Matthieu et de Luc, on s'imagine alors aisément que le texte de Marc est un récit brut, collé sur les faits, sans saveur particulière. Pourtant, il contient de petites originalités.

Un récit original : Marc 14, 1 - 15,47
Comment s'établit l'originalité de ce long récit? Par son recours aux textes du Premier Testament? Comme les autres évangélistes, Marc recourt au langage biblique pour décrire le sens des malheurs subis par Jésus. Il est ainsi fidèle à la manière de faire des premières générations chrétiennes. Il utilise les Psaumes 22, 69, et les chants du Serviteur tirés du prophète Isaïe. Rien de bien surprenant là-dedans...
• Un premier exemple d'originalité est fourni par la puissante mise en scène d'une parfaite inconnue (14, 3-9). Elle verse du parfum très pur sur la tête de Jésus. Ce parfum est conservé dans un vase de grande valeur. Ce geste crée une commotion économique chez certains disciples. Selon les dires de Jésus, le geste anticipe sa mort prochaine. Mais surtout, comme le démontrera la suite de notre exploration, la valeur phénoménale du parfum employé dans cet embaumement anticipé a une fonction précise. Elle vient dissiper comme par avance la honte rattachée à l'inhumation d'un crucifié, donc d'un criminel. Cet épisode fonctionne comme un avertissement :
« Méfiez-vous des apparences. La mort de Jésus ne l'enferme pas à jamais dans la honte. Son honneur lui sera rendu, et de puissante façon ». En littérature, on nomme « prolepse » un tel procédé d'anticipation. Le récit nous instruit d'avance d'un élément important du dénouement encore lointain.
• À l'opposé de cette gloire anticipée du Seigneur, le jeune homme qui abandonne son vêtement à ses poursuivants (14, 51-52) indique le risque encouru par toute personne qui entend suivre Jésus. La honte pourrait être au rendez-vous pour quiconque refuse de voir au-delà des tristes apparences accolées à Jésus prisonnier. Cette thématique du vêtement reviendra en négatif puis en positif plus loin dans le récit. Le manteau pourpre dont on affuble Jésus pour le couvrir de honte (15, 16-20) est en fait un symbole impérial. Au jour de la Résurrection, le messager du ciel sera vêtu de blanc, comme en signe de royauté retrouvée et d'honneur redonné. L'épisode du jeune fuyard inconnu reflète alors la stérilité de la fuite devant la mort et son linceul. L'acceptation de la mort est le chemin obligé pour renouer avec la vie et l'honneur.
• Une troisième piste originale est fournie dans le contraste des rôles tenus par deux Romains. Pilate donne l'impression d'avoir pouvoir sur Jésus. Devant Pilate, le silence de Jésus anticipe pendant un bref moment le contrôle qui a caractérisé Jésus depuis le début de l'Évangile selon Marc, et donc dans l'épisode proclamé avant la procession. C'est un autre Romain, un officier centurion, qui consacrera pour le statut de Jésus le retour à la normalité de l'Évangile selon Marc. Finalement, le regard de cet étranger nous fait dépasser la honte normale devant le spectacle de la mort d'un criminel. Le centurion rétablit l'honneur de Jésus : il est déclaré inséré dans la relation avec son Père du ciel. 

Nous voici plus sensibles à quelques éléments du contenu biblique original du dimanche des Rameaux. Nous avons découvert que l'évangile maintient le cap sur la présentation d'un Jésus en plein contrôle de la situation.  Au moment où ce contrôle et l'honneur qui en découle semblent échapper à Jésus, des personnages anonymes prennent le relais de la victime. Une femme, un officier sans nom mais avec un rôle essentiel interviennent. Ils nous rappellent que le regard porté sur Jésus aboutit tôt ou tard à reconnaître sa valeur exceptionnelle aux yeux de Dieu. Somme toute, la mésaventure du crucifié est positive et génère un statut honorable de haut niveau.

Un antidote à notre honte latente
Avons-nous encore besoin de lire et de proclamer ce parcours entre honte imposée et honneur retrouvé? Oui, et plus que jamais. Nous subissons actuellement comme personnes croyantes un bombardement médiatique constant. Certains médias dénigrent les réalisations concrètes des fidèles des générations précédentes. Ils contribuent ainsi à la dilution de la réputation du christianisme. En mettant en doute la légitimité, voire la légalité des œuvres du passé, ces médias transforment le statut honorable des institutions chrétiennes en scories de l'histoire vouées à la disparition des mémoires et des paysages. Les faits et gestes chrétiens sont entachés de non-dit honteux dans les médias, même si « toutes les religions se valent ». Pourquoi la société devrait-elle accorder aujourd'hui et dans l'avenir un quelconque statut honorifique aux travaux des personnes qui entendent continuer l'œuvre de quelqu'un qui a jadis été gratifié du statut honorable d'envoyé de Dieu, voire de Fils de Dieu?
Actuellement, Jésus est à nouveau dénigré, déshonoré. Le syncrétisme de bon ton des médias et de la politique le dépouille de toute portée salvifique. Niant toute valeur à une tradition de foi bimillénaire, on le rétrograde au rang d'un personnage religieux comme tant d'autres, comme tous les autres. Allons-nous condamner à nouveau Jésus à la solitude déshonorante de l'abandon vécu jadis au seuil de la grande nuit? Nous avons été plongés dans cette mort pour être intégrés par le baptême à sa vie de Ressuscité et de Fils. Allons-nous contribuer par notre silence à son déshonneur?Ou, au contraire, continuerons-nous à participer au relèvement de sa réputation, de sa gloire?  Nous qui proclamons le récit de sa mort, nous sommes placés dans la position de l'étranger au pied de la croix, ce centurion qui voit au-delà des apparences et qui saisit ce qui est en train de se jouer.
Cette réflexion est très importante pour la suite de la mission en ce pays que nous aimons, en cette époque dont nous apprécions les progrès et les succès.
La communauté chrétienne qui se met à l'écoute de la Parole, en ce dimanche des Rameaux et de la Passion, pourrait donc renouer avec la fierté:
Fierté face au divin crucifié. Fierté pour son message et ses accomplissements.
Fierté aussi pour les succès des générations de personnes croyantes qui ont emprunté le même chemin d'anéantissement par les hommes et de relèvement par Dieu.
Fierté enfin pour notre appartenance à l'immense famille des enfants de Dieu, famille répandue sur toute la terre.
Au-delà de la honte dont des forces obscures mais bien réelles essaient d'entacher le beau nom d'enfants de Dieu, voici venue pour nous la Grande Semaine. Moment d'humilité et de réalisme. Non, l'humiliation n'est pas le dernier mot de Dieu ou de la société.
Au Québec, ces premiers Jours saints de l'ère « post-enseignement religieux
scolaire » prennent une force de témoignage qui n'a rien d'anodin. C'est une occasion historique pour affirmer la contribution unique de Jésus à notre dignité de membres de la famille humaine et de la famille divine. Rien de moins!
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• Mc 14, 12-16 ; 22-26

Contraste
- entre le premier passage, émaillé de détails concrets, pris sur le vif, se rapportant à la célébration du Seder de Pessah (voir page « la Pâque juive ») ;
- et le second passage, au style dépouillé à l’extrême : Marc ne rapporte que les paroles prononcées par Jésus sur le pain azyme et la coupe de vin – sans guère d'allusion au reste des éléments du repas pascal ni aux rites qui l’accompagnent.

On est alors arrivé au centre du repas pascal. Sur des gestes très solennels du rituel juif – les bénédictions à YHWH l'Eternel prononcées sur l’azyme et le vin – Jésus greffe les rites sacramentels du culte nouveau qu’il instaure.
Cette seconde partie évoque donc pour le chrétien une « eucharistie domestique » plutôt qu’un repas, même ritualisé.

Saint Marc rappelle que le Corps et le Sang du Christ ont été donnés en viatique pour la route qui conduit à la Pâque éternelle dont Jésus a ouvert l’accès : l’essentiel est dit.


 Commentaires historico-théologiques :

1.      Verset 12 :

- Le « premier jour » de la semaine, où l’on mangeait du pain azyme (cf. Ex 12,1sqq ; 23,14sqq) était normalement celui qui  suivait le repas pascal.
- Or il semble bien – d’après  Jn 18,28 et un certain nombre d’autres détails du récit de la Passion à la Résurrection – que le Seder Pessa’h fut célébré cette année-là au soir d’un vendredi.
La Cène de Jésus que les synoptiques placent un jour plus tôt, au soir du jeudi, peut s’expliquer de deux façons :
- soit par anticipation du rite dans une partie du peuple juif (mais pourquoi ?);
- soit, plutôt, par une anticipation voulue par le Christ lui-même : ne pouvant célébrer la Pâque le lendemain, sinon en sa propre personne sur la Croix (cf. Jn 19,36 ; 1Co 5,7), Jésus aurait institué son rite « nouveau » (voir ci-dessous, dans la comparaison synoptique, l’importance de ce mot) au cours d’un repas auquel il aurait par contrecoup donné de nombreux traits de la Pâque « ancienne ».
- Une opinion récente, qui placerait la Cène au soir du mardi, selon le calendrier essénien, ne semble pas pouvoir être retenue.

- Le 14 Nissan, jour du repas pascal (voir page « La Pâque juive »), étant tombé un vendredi en 30 et en 33 après Jésus-Christ, les exégètes choisissent l’une ou l’autre de ces deux années comme celle de la mort du Christ – selon qu’ils placent son baptême en 28 ou en 29, et qu’ils assignent à son ministère une durée plus ou moins longue.

2.      Versets 12-16 :

Selon Matthieu (voir texte ci-dessous, dans la comparaison synoptique du passage), Jésus a fait part à l’habitant de Jérusalem de sa décision de s’inviter chez lui pour le repas de la Pâque ; mais selon Marc (comme selon Luc d’ailleurs) un signe conduira les deux disciples à une salle qu’ils trouveront « garnie » pour la préparation de la Cène. Bien que le signe de la cruche d’eau et la préparation de la salle puissent avoir été convenus d’avance, leur présentation littéraire, inspirée de 1S 10,2-5, donne à la scène une connotation de préscience surnaturelle.
On remarquera par ailleurs que la structure de ce segment ressemble étroitement à la préparation de l’entrée messianique en Mc 11,1-11, elle-même également inspirée de 1S 10,2-5.


• Commentaires rhétoriques :


1.      Sur 12-16 :

-                         Dans les segments à composition concentrique, l’élément central est bien sûr déterminant ; ainsi R.Meynet cite-t-il sur ce sujet les fondateurs de l’analyse rhétorique biblique : Jebb, en 1820, parle de « la clé de tout paragraphe ou strophe » ; Boys, en 1825, écrit que ce centre joue le rôle de « clé de voûte » ; Forbes, en 1854, appelle ce centre le « connecting link », le lien qui articule les autres parties du texte, et, un peu plus tard, écrit « l’idée centrale, telle un cœur, peut être le centre qui anime l’ensemble, envoyant son énergie et sa chaleur vitale jusqu’aux extrémités » ; un siècle plus tard environ, en 1942, Lund développe leur intuition en fournissant un grand nombre d’exemples, et écrit « le centre marque toujours le tournant » du texte.
R.Meynet lui-même a écrit, en 1988 : « Pour ce qui est de la nature du centre, il peut être : une question […], une parabole […], une bénédiction […], un proverbe […], une prophétie […]. Questions, paraboles, proverbes ont en commun leur caractère énigmatique. Ce caractère se retrouve aussi en quelque sorte dans certaines prophéties : l’avenir en effet reste mystérieux car aucune précision n’est fournie sur la manière dont elle se réalisera […] ou même sur ce qu’elle signifie […]. Il en est souvent de même pour la bénédiction. »
L’exemple le plus simple d’énigme est bien entendu la question – et c’est ce que nous trouvons ici : « Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ? » (trad. liturgique, verset 14b).

-             Comparaison synoptique du récit : Mt 26,17-19 // Mc 14, 12-16 // Lc 22,7-13 :
Les textes dits « synoptiques » sont un cas particulier d’intertextualité. Leur comparaison, en particulier la comparaison de leur construction, à partir du texte original ou d’une traduction littérale, permet de faire ressortir leurs ressemblances (ce qui est toujours mis en avant dans les « Synopses » classiques) mais aussi leurs différences.

Pour permettre cette comparaison, j’adapterai le code typographique -  préconisé par R. Meynet pour l’étude des synoptiques - aux possibilités restreintes que me donne l’hébergeur de ce site, à savoir :
- Eléments communs à Mt, Mc et Lc : rouge ; CAPITALES.
- Eléments communs à Mt et Mc : vert ; identiques :minuscules grasses italiques ; synonymes :minuscules italiques. 
- Eléments communs à Mc et Lc : bleu ; identiques :minuscules grasses italiques; synonymes :minuscules italiques.
- Eléments communs à Mt et Lc : marron; identiques : minuscules grasses italiques.
- Eléments propres à chacune : Arial – noir, minuscules romaines.

En outre, les morceaux sont séparés par des pointillés ; les parties centrales sont placées entre traits doubles.
Malheureusement, je ne peux techniquement pas présenter les trois textes dans trois colonnes comme devraient l’être des synoptiques!

a.       Mt 26,17-19 :

17. Or LE premier DES AZYMES les disciples vinrent vers Jésus en DISANT : « OU VEUX-TU QUE NOUS TE PREPARIONS  (pour) manger la Pâque ? »
---------------------
18. Or IL DIT : « Allez DANS LA VILLE chez untel, et DITES-LUI : LE MAITRE DIT : ‘Mon temps est proche ; c’est chez toi que je fais LA PAQUE AVEC MES DISCIPLES’. »
---------------------
19. Et les disciples  firent COMME Jésus LEUR avait ordonné ET ILS PREPARERENT LA PAQUE.

b.      Mc 14,12-16 :

12. Et LE premier jour DES AZYMES, quand ils immolaient la Pâque, ses disciples lui DISENT : « OU VEUX-TU QUE NOUS allions PREPARER afin que tu manges la Pâque ? »
====================
13. Et il envoie deux de ses disciples et IL leur DIT :
____________________
« Allez DANS LA VILLE et vous rencontrera un homme portant une cruche d’eau ; suivez-le
14. et là où il entrera, DITES au maître-de-maison  que
--------------------
LE MAITRE DIT : ‘Où est ma salle où je mangerai LA PAQUE AVEC MES DISCIPLES ?’
--------------------
15. Et lui vous montrera une salle-haute, grande, garnie, préparée et là préparez  pour nous. »
====================
16. Et les disciples sortirent, et ils vinrent à la ville, et ils trouvèrent COMME il LEUR avait dit ET ILS PREPARERENT LA PAQUE.

c.       Lc 22,7-13 :

7. Or vint LE  jour DES AZYMES  où il fallait que soit immolée la Pâque.
8.Et il envoya Pierre et Jean disant : « Etant partis, préparez pour nous la Pâque pour que nous la mangions. »
====================
9. Ils  lui DIRENT: « OU VEUX-TU QUE NOUS PREPARIONS ? »
--------------------
10. Or IL  leur DIT : « Voici : quand vous entrerez DANS LA VILLE, vous rencontrera un homme portant une cruche d’eau ; suivez-le dans la maison dans laquelle il pénétrera.
--------------------
11. Et vous DIREZ au maître-de-maison : « Il te DIT LE MAITRE :   ‘Où est la salle où LA PAQUE AVEC MES DISCIPLES je mangerai ?’
====================
12. Et celui-là  vous montrera une salle-haute, grande et garnie. Là préparez. »
13. Or s’en étant allés, ils trouvèrent COMME  il  LEUR  avait dit ET ILS PREPARERENT LA PAQUE.

d.       Conclusions :

-                          Bien que plus ou moins développés, les éléments identiques se suivent dans le même ordre.
-                          Mais le passage de Matthieu est de la taille d’une seule partie, formée de trois morceaux – tandis que les deux autres comportent trois parties. La partie centrale de Marc est divisée en deux sous-parties (13abc et 13d-15). Le texte de Marc, que nous lisons aujourd'hui est le plus élaboré des trois - afin de mieux mettre en valeur le questionnement central évoqué ci-dessus.
-                          On voit clairement (et on le verrait plus clairement encore si les textes étaient présentés en trois colonnes !) que les divisions en parties, sous-parties et morceaux ne se correspondent pas du tout : à partir d’un matériau fort semblable, chacun des trois évangélistes a adopté une construction fort différente  de celle des autres.


2.      Sur 22-25 :

Comparaison synoptique du récit : Mt 26,26-29 // Mc 14, 22-25 // Lc 22,14-20 :
Si l’on suivait les codes typographiques habituels, en partie énoncés plus haut, on ne pourrait pas repérer facilement les correspondances entre les trois récits synoptiques de la Cène, car leurs éléments sont pour la plupart :
-                          communs à Mt, Mc et Lc, 
-                          identiques,
-                          mais dans un ordre très différent en ce qui concerne le récit de Luc (donc, en principe, en capitales italiques rouges).
En revanche, il est beaucoup plus intéressant ici d’utiliser les différents codes de couleurs pour distinguer lesthèmes, ce qui permet de mieux visualiser la différence dans la construction des trois textes (cette différence apparaîtrait à nouveau beaucoup plus clairement si je pouvais présenter les trois textes sur trois colonnes):
-                          ce qui concerne le pain est en marron, et en minuscules italiques grasses ;
-                          ce qui concerne le vin est en rouge, et en minuscules italiques grasses ;
-                          ce qui concerne la prophétie est en vert, et en minuscules italiques grasses ;
-                          les trois occurrences de « nouveau », qui se retrouvent à la fin des trois récits, sont en rouge, et en CAPITALES GRASSES.

En outre, les morceaux sont séparés par des pointillés ; les parties sont séparées par un trait plein.


a.       Mt 26,26-29 :

26. Or comme ils mangeaient, Jésus  ayant pris du pain et ayant béni, il (le) rompit et ayant donné aux disciples, il dit : « Prenez, mangez, ceci est mon corps. »
--------------------
27. Et ayant pris une coupe et ayant rendu grâces, il leur donna en disant : « Buvez-en tous :
28. car ceci est mon sang de l’Alliance, qui pour beaucoup est versé en rémission des péchés.
____________________
29. Or  je vous dis : je ne boirai plus désormais dece produit de la vigne jusqu’à ce jour-là, où je le boirai avec vous NOUVEAU dans le règne de mon Père. »

b.      Mc 14,22-25 :

22. Et comme ils mangeaient,  ayant pris du pain, ayant béni, il (le) rompit et il leur donna et il dit : « Prenez, ceci est mon corps. »
--------------------
23. Et ayant pris une coupe, ayant rendu grâces, il leur donna et ils en burent tous
24. et il leur dit : « Ceci est mon sang de l’Alliance, qui est versé pour beaucoup. 
____________________
25. En vérité, je vous dis que je ne boirai plus du produit de la vigne jusqu’à ce jour-là où je le boirai NOUVEAU  dans le règne de Dieu. »

c.       Lc 22,14-20 :

14. Et quand arriva l’heure, il s’étendit, et les apôtres avec lui.
15. Et il leur dit : « J’ai désiré ardemment manger cette Pâque avec vous avant de souffrir.
16. Car  je vous dis que je ne la mangerai jamais plus jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le règne de Dieu. »
____________________
17. Et  ayant reçu une coupe, ayant rendu grâces,il dit : « Prenez ceci et partagez entre vous. 
18. Car  je vous dis : je ne boirai plus  à partir de maintenant  du produit de la vigne jusqu’à ce que soit venu le règne de Dieu. » ____________________
19. Et  ayant pris du pain, ayant rendu grâces, il (le) rompit et leur donna, disant : « Ceci est mon corps qui pour  vous est donné. Faites ceci en mémoire de moi. »
20. Et la coupe de même après le dîner en disant : « Cette coupe est l’alliance  NOUVELLE en mon sang qui est pour vous versé. »

d.       Conclusion :

On remarquera, cette fois, la grande proximité des textes de Matthieu et de Marc, alors que Luc semble avoir voulu recomposer le récit en faisant porter la prophétie sur les deux Espèces, et en faisant de celle-ci une sorte de préambule à l’Institution de l’Eucharistie.
Mais, ce faisant, il est contraint à une redite, « après le dîner », à propos de la coupe (à moins que, comme les autres synoptiques, il ne distingue le premier service qu’il appellerait « le dîner », au cours duquel Jésus annonce la trahison de Judas chez Matthieu et Marc, et prophétise puis instaure le rite de l’Eucharistie dans son Evangile ; du Seder Pessa’h proprement dit au cours duquel, chez Matthieu et Marc, Jésus instaure le rite de l’Eucharistie) – redite qui lui permet, en tout cas, de clore le récit avec le thème capital de la nouveauté du Sacrement, signe de la nouvelle Alliance.

3.      Sur 26 :
Allusion aux psaumes (113 à 118 en numérotation liturgique) du Hallel, chantés durant le Seder-Pessah, le repas pascal – voir en cliquant ici.


Pour prolonger la méditation 

- Versets du Premier Testament : 
- Gn 9,3-6 : « Tout ce remue, tout ce qui vit sera votre nourriture ; je vous donne tout cela comme je vous avais donné l’herbe verte. Seulement, avec la chair vous ne mangerez pas ce qui l’anime, c'est-à-dire le sang.* Quant au sang qui vous anime vous-mêmes**, j’en demanderai compte à tous les vivants et à tout homme, à chacun je demanderai compte de la vie de son frère. Celui qui verse le sang de l’homme, son sang sera versé par l’homme. Car Dieu a fait l’homme à son image. »
- Lv 17,14 : « La vie de toute chair c’est son sang**, et j’ai dit aux Israélites : Vous ne mangerez du sang d’aucune chair*. »
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* Voir page sur les « Lois alimentaires ».
** Voir page « Le sang dans la Bible ».
- Dt 27,4-7 : « C’est de pierres brutes que tu édifieras l’autel du Seigneur ton Dieu, et c’est sur cet autel que tu offriras des holocaustes pour le Seigneur ton Dieu, que tu immoleras des sacrifices de communion, que tu mangeras sur place, et tu te réjouiras en présence du Seigneur ton Dieu. »

- Versets du Nouveau Testament :
- 1P 1,18-19 : « Vous le savez : ce qui vous a libérés de la vie sans but que vous meniez à la suite de vos pères, ce n’est pas l’or et l’argent, car ils seront détruits ; c’est le sang précieux du Christ, l’Agneau sans défaut et sans tache. »
- 1Jn 5,6 : « C’est lui, Jésus Christ, qui est venu par l’eau et par le sang : pas seulement l’eau, mais l’eau et le sang. Et celui qui rend témoignage, c’est l’Esprit, car l’Esprit est vérité. »  

-        Commentaire patristique : 
De saint Jean Chrysostome, Commentaire sur saint Matthieu:
« Pourquoi Jésus célèbre-t-il ce mystère au moment de la Pâque ? Afin de vous montrer de toute façon qu’il est le législateur de l’Ancien Testament et que tous les événements de ce jour y étaient préfigurés. Il remplace le symbole figuratif par la réalité. Que cela se passe le soir signifiait la plénitude des temps et la fin prochaine de ce qui concernait le Christ. » 
- Un hymne ancienne pour le Samedi Saint:
« Ceci est mon sang, le sang de l'alliance,
répandu pour la multitude »
Aujourd'hui, nous avons contemplé sur l'autel notre Seigneur Jésus Christ.
Aujourd'hui, nous nous sommes nourris du charbon de feu, à l'ombre duquel chantent les Chérubins*.
Aujourd'hui, nous avons entendu la voix puissante et douce nous dire :
Ce corps brûle les épines des péchés, il illumine les âmes des hommes.
Ce corps, la femme avec des pertes de sang l'a touché et elle a été délivrée de son infirmité.
Ce corps, à sa vue, la fille de la Cananéenne a été guérie.
Ce corps, la pécheresse s'en est approchée de toute son âme et elle a été délivrée de la fange de ses péchés.
Ce corps, Thomas l'a touché, il l'a reconnu en poussant ce cri : « Mon Seigneur et mon Dieu ».
Ce corps, grand et très haut, est le fondement de notre salut.
Autrefois celui qui est le Verbe et la Vie nous a déclaré :
« Ce sang a été versé pour vous et livré pour la rémission des péchés ».
Nous avons bu, bien-aimés, le sang saint et immortel.
Nous avons bu, bien-aimés, le sang qui a coulé du côté du Seigneur,
qui guérit toute maladie, qui libère toutes les âmes.
Nous avons bu le sang par lequel nous avons été rachetés.
Nous avons été achetés et instruits, nous avons été illuminés.
Regardez, frères, quel corps nous avons mangé !
Regardez, enfants, quel sang nous a enivrés !
Regardez l'alliance conclue avec notre Dieu, de peur de rougir, au jour terrible, au jour du jugement**.
Qui est à même de glorifier le mystère de la grâce ?
Nous avons été jugés dignes de participer au don.
Gardons-nous jusqu'à la fin, pour entendre sa voix bienheureuse, douce et sainte :
« Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous »*** [...]
Bien-aimés, nous célébrons les merveilles du baptême de Jésus****,
sa sainte et vivifiante résurrection,
par laquelle le salut a été donné au monde.
Nous en attendons tous l'heureux accomplissement,
dans la grâce et la bienveillance de notre Seigneur Jésus Christ :
à lui sont la gloire, l'honneur et l'adoration.
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* Is 6,2sqq
** cf 1Co 11,29
*** Mt 25,34
**** cf Mc 10,38

-        D'un auteur moderne :
- D. Cerbelaud, Vraiment, tu es un Dieu caché ! Variations théologiques sur le thème de l’intériorité (1983) :
« L’Eucharistie est faite pour être consommée. Et une certaine utilisation contemplative (c'est-à-dire visuelle) de la réserve eucharistique – qui est en principe seulement destinée à porter secours aux éventuels malades – ne doit pas faire oublier ce but premier. Il y aurait d’ailleurs beaucoup à dire sur cette utilisation « pour l’œil », utilisation très littéralement paraliturgique (c'est-à-dire abstraction faite d’une célébration concrète de l’Eucharistie, dans ses formes les plus développées, ostentation et « salut » du Saint-Sacrement par exemple). »
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