Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

Evangile selon
saint Marc


Illustration: Saint Marc symbolisé par le lion

(les Pères de l'Eglise ont rattaché chacun des quatre évangélistes à l'un des "quatre Vivants" de l'Apocalypse entourant le Christ en gloire;saint Marc est représenté par le lion, parce que son Evangile commence avec saint Jean Baptiste, homme du désert).
Plaque de reliure émaillée, XIIème siècle - Musée de Cluny, Paris


4a. Chapitre 13


• Mc 13,24-32

Dans la précarité et la fragilité des choses d'ici-bas, qui passent inexorablement, le croyant voit les signes de la venue annoncée du Seigneur.

Il ne cherche pas à supputer le moment de cet événement, il s'y prépare car - de toute façon - pour chacun la fin est proche.

Méditation

Prière d’introduction
Seigneur, aujourd’hui je me tourne vers toi avec foi, sachant que tu es Seigneur de la vie et de l’histoire. Conscient de mes faiblesses et de mes échecs, je place mon espoir en toi, parce que tu tiens toujours tes promesses. En contemplant la grandeur de ton amour pour moi, je désire te correspondre par ma fidélité.
Je suis ici devant toi pour t’écouter et pour découvrir ta volonté pour moi aujourd’hui.
Demande
Seigneur, éclaire mon intelligence par la vertu théologale de l’espérance.

Points de réflexion
1. Promesse garantie.
Le Christ a fait une promesse et il l’a tenue. Chez ceux qui l’ont écouté, ses paroles ont provoqué un changement d’esprit : dans la manière de comprendre le monde, de désirer des choses et de faire des choix. Tout ce qu’il a fait a eu des résultats, des résultats positifs. Souvent au cours de ses enseignements, il a promis le ciel, et par sa mort il nous a obtenu la vie éternelle, au prix de sa propre vie.
Quand nous faisons une promesse, est-ce que nous tenons cette promesse, sans en regarder le coût personnel ?
2. Le roc.
La peur nous guette quotidiennement : peur de la maladie, du chômage, de la guerre. Le monde dans lequel nous vivons tend à miner notre confiance en Dieu. Il est facile de s’attacher aux choses de ce monde, bien que ces choses-là passent, disparaissent, et nous donnent seulement un plaisir passager ou une sécurité temporaire.
Puisque notre cœur est fait pour Dieu, pour l’infini, quand nous nous attachons à quelque chose d’autre, nous nous retrouvons forcément face à nos peurs. La crainte de l’avenir, de l’inconnu nous envahit.
Mais avec Dieu, nous connaissons la fin de l’histoire ; nous savons ce qui nous attend. "Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas." Tout ce que nous voyons et que nous apprécions autour de nous passera, tout sauf la promesse du Christ, à savoir la promesse de la vie éternelle — du paradis. Ne craignons pas de mettre notre espoir en Dieu car "l’espérance ne sera pas déçue." (Rm 5,5)
3. Que le figuier nous instruise.
La grâce de Dieu nous mûrit. Au moment où nous sommes baptisés, nous sommes préparés pour voir Dieu.
Mais Jésus nous fait une leçon, et elle est un peu effrayante. Quand Jésus a parlé du figuier dans l’évangile d’aujourd’hui, il pensait peut être à un autre figuier — celui qui n’a porté aucun fruit et qui, en un instant, a desséché jusqu’aux racines. En voyant cela les disciples étaient tout étonnés (Mt 21,19). Ne nous laissons pas surprendre comme eux.
Nous ne savons pas quand le Christ passera devant le figuier de notre vie, cherchant le fruit de nos vertus. Cependant, nous pouvons être sûrs que le moment viendra. Notre baptême a fait de notre vie un moment pour moissonner. Nous avons toute l’éternité pour nous reposer dans la maison du Père.
La leçon, la voici : portons des fruits maintenant ; vivons une vie vertueuse maintenant. Jésus est venu "pour donner la vie et pour la donner en abondance." (Jn 10,10).

Dialogue avec le Christ
Seigneur Jésus, aide-moi à vivre une vie vertueuse, conscient du fait qu’à chaque instant, j’avance vers l’éternité.
Aide-moi à surmonter mes craintes en me plaçant tout entre tes mains, sachant que tu a la solution à toutes mes difficultés.
Aide-moi à vivre mon baptême loyalement et à mettre mon espérance en tes promesses.

Résolution
Je vivrai ce jour avec une intensité particulière en offrant tout pour la conversion des âmes.


Pour prolonger la méditation 

- Du Premier Testament : 
- Ex 19,18 : « La montagne de Sinaï était tout en fumée, parce que l'Éternel y était descendu au milieu du feu; cette fumée s'élevait comme la fumée d'une fournaise, et toute la montagne tremblait avec violence. »
- Jr 8,20 : « La moisson est passée, l'été est fini, Et nous ne sommes pas sauvés! »

- Du Nouveau Testament :
-Mt 13,43 : « Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. »
-Lc 12,40 : « Vous aussi, tenez-vous prêts, car le Fils de l'homme viendra à l'heure où vous n'y penserez pas. »
-Ac 1,7 : « Ce n'est pas à vous de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. »
-Rm 13,11 : «  C'est l'heure de vous réveiller enfin du sommeil, car maintenant le salut est plus près de nous que lorsque nous avons cru. »

<- Le jugement - Psautier dit de Blanche de Castille - Paris
Détail ->





-1Th 4,17 : « Nous les vivants, qui serons restés, nous serons tous ensemble enlevés avec eux sur des nuées, à la rencontre du Seigneur dans les airs, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur. »
-2Th 2,1-2 : « Pour ce qui concerne l'avènement de notre Seigneur Jésus Christ et notre réunion avec lui, nous vous prions, frères,de ne pas vous laisser facilement ébranler dans votre bon sens, et de ne pas vous laisser troubler, soit par quelque inspiration, soit par quelque parole, ou par quelque lettre qu'on dirait venir de nous, comme si le jour du Seigneur était déjà là. »
-Jc 5,9 : « Voici, le juge est à la porte. »
 
- Commentaire patristique :
- Saint Ephrem de Nisibe, Commentaire sur l'Evangile concordant, ou Diatessaron
"Quant au jour et à l'heure, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père"*. Jésus nous dit cela pour empêcher toute question sur le moment de son avènement. Il nous a caché cela pour que nous veillions, et que chacun d'entre nous puisse penser que cet avènement se produira pendant sa vie. Si le temps de sa venue avait été révélé, vain serait son avènement, les nations et les siècles dans lesquels il se produira ne l'auraient pas désiré. Il a bine dit qu'il "vient", mais il n'a pas précisé à quel moment, etainsi toutes les générations et tous les siècles ont soif de lui.
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*Mc 13,12

- De théologiens modernes :
- G. Bessière, Le feu qui rafraîchit (1978)
Jésus ne savait pas tout. Il était ébloui par le soleil de Dieu, à travers le brouillard des jours menaçants qui venaient vers lui. Il disait à ses amis les secret du présent précaire. Là se trouve le message éblouissant des paroles apocalyptiques de Jésus: aujourd'hui, ici même, à travers les grandeurs et les faiblesses de la vie, il faut vivre un printemps de Dieu. Obstinément.

- Cardinal John Henry Newman (1801-1890), The Invisible World
      Une fois seulement par an, mais une fois pourtant, le monde que nous voyons fait éclater ses puissances cachées et se révèle lui-même en quelque sorte. Alors, les feuilles paraissent, les arbres fruitiers et les fleurs s'épanouissent, l'herbe et le blé poussent. Il y a un élan soudain et un éclatement de la vie cachée que Dieu a placée dans le monde matériel. Eh bien ! ceci nous est comme un exemple de ce que le monde peut faire au commandement de Dieu. Cette terre[...] éclatera un jour en un monde nouveau de lumière et de gloire dans lequel nous verrons les saints et les anges. Qui penserait, sans l'expérience qu'il a eue des printemps précédents, qui pourrait concevoir deux ou trois mois à l'avance que la face de la nature qui semblait morte puisse devenir si splendide et si
variée ?...
      Il en est de même pour ce printemps éternel qu'attendent tous les chrétiens ; il viendra quoiqu'il tarde. Attendons-le, car « il viendra sûrement, et il ne tardera pas » (Hé 10,37). C'est pourquoi nous disons chaque jour : « Que ton règne vienne ! » Ce qui veut dire : « Montre-toi, Seigneur ; toi qui es assis au milieu des chérubins, montre-toi, manifeste-toi. Réveille ta puissance, viens nous délivrer » (cf Ps 79,2-3).

- D'auteurs modernes :
- E. Wiesel, Tous les fleuves vont à la mer (1994)
J'aime me souvenir d'une anecdote qu'on raconte au sujet de Martin Buber*. S'adressant à un public composé de prêtres, il dit à peu près ceci: "La différence entre Juifs et Chrétiens? Nous attendons tous le Messie, mais pour vous il est déjà venu est reparti, pas pour nous. Je vous propose donc que nous l'attendions ensemble. Et lorsqu'il apparaîtra, nous lui demanderons: Etes-vous déjà venu ici?" Et Buber d'ajouter: "J'espère à ce moment-là me trouver près de lui pour lui chuchoter à l'oreille: Pour l'amour du ciel, ne répondez pas!"
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* Martin Buber: philosophe israélien d'origine autrichienne (Vienne, 1878 - Jérusalem, 1965).Œuvres les plus connues: Le Je et le Tu (1923); Gog et Magog (1941).

- Fr. Hellens, "Miroirs conjugués"
Un jour je descendrai vers eux
Mais sans les prévenir, l'orage
Ou quelque grand vent d'ennui
M'aura chassé du ciel.

Je choisirai la nuit
Afin que nul ne sache
Que je suis là,
Que nul ne reconnaisse
Le voyageur du ciel et de la mer,
Aucun homme n'y verra clair
Pour me reprocher ma faiblesse
Ou maudire ma dureté.
Au premier qui viendra
Je demanderai l'heure,
Et sans attendre la réponse
Je lui prendrai le bras
Je sécherai ses pleurs
D'un mot magique
Inventé des étoiles
Et pour ne pas entendre
Une parole qui me refroidirait
Je hisserai les voiles
Et je repartirai.
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Mc 16, 9-15

Quant à nous, il nous est impossible de ne pas dire ce que nous avons vu et entendu. Malgré les rebuffades, Marie-Madeleine ne peut taire ce qu’elle a vu et entendu au jardin de Pâques – cela lui vaudra le beau titre d’«apôtre des apôtres». De même pour les pèlerins d’Emmaüs, qu’on ne croit pas plus ! Il faudra aux Onze une expérience personnelle du Ressuscité pour qu’ils se lancent à leur tour sur les routes de l’Évangile. Ils se heurteront au scepticisme des nations, mais comment leur en vouloir puisqu’eux-mêmes ont été si lents à croire ? De générations en générations, la Bonne Nouvelle si déroutante de la Résurrection a traversé les âges pour venir jusqu’à nous. Elle nous atteint aujourd’hui frontalement et, mettant en lumière nos propres endurcissements, elle nous provoque à une foi dynamique et contagieuse. Car au-delà de nous, mais à travers nous, elle veut atteindre toute la création. Nous avons donc à transmettre ce que nous avons reçu. Demandons-nous donc comment nous nous sommes laissés atteindre et convertir. Regardons la voie que la Parole se fraye en nos vies, laissons-la traverser tous les pans de notre histoire, et d’elle-même elle nous entraînera dans sa propre course, avec ses moyens, bien différents de ceux du monde. L’évangélisation dont notre monde a tellement besoin n’est pas une croisade… Rappelons-nous la phrase de Bernadette au curé de Lourdes : «Je ne suis pas chargée de vous persuader, mais de vous le dire». Devenons parole de Vie offerte au monde : même s’il fait comme s’il n’avait rien entendu, la semence qui a été jetée trouvera toujours comment germer pour donner son fruit de résurrection !
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La finale de l’évangile selon saint Marc met en évidence la problématique essentielle qui fut celle des amis de Jésus au lendemain de Pâques : croire ou ne pas croire. La nouvelle se propage plus vite que la foi : Marie de Magdala vient trouver les «compagnons» de Jésus mais «ils ne la crurent pas» (Marc 16, 11) ; quant aux deux disciples que Jésus avait rejoints sur la route, «on ne les crut pas non plus». Quand Jésus se manifeste enfin directement aux Onze eux-mêmes, ce n’est pas avec des paroles de paix comme dans les autres évangiles, mais pour leur «reprocher leur incrédulité et leur endurcissement parce qu’ils n’avaient pas cru». Mais aussitôt, et sans que soit aucunement décrite la réaction des Onze, le reproche de Jésus se transforme en envoi en mission : «Allez dans le monde entier». Notre évangile s’arrête ici ; il faudrait en réalité, pour rester dans la perspective marcienne, poursuivre la lecture car on retrouve chez les futurs auditeurs de la Bonne Nouvelle le même clivage qui divisait les compagnons de Jésus : «celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné». Tel est pour Marc, l’enjeu essentiel – et le message qu’il veut faire passer à la communauté à laquelle est adressé son évangile – : la foi dans la résurrection du Seigneur Jésus est le fondement sans lequel rien ne peut être bâti : ni la mission de l’Église, ni l’engagement personnel du chrétien dans la vie baptismale. Comme les Onze au lendemain de Pâques, tout chrétien est invité à prendre position, à croire ou à ne pas croire. Mais, s’il croit, ce sera pour «proclamer l’évangile à toute la création» !
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