Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

Evangile selon
saint Marc


Illustration: Saint Marc symbolisé par le lion

(les Pères de l'Eglise ont rattaché chacun des quatre évangélistes à l'un des "quatre Vivants" de l'Apocalypse entourant le Christ en gloire;saint Marc est représenté par le lion, parce que son Evangile commence avec saint Jean Baptiste, homme du désert).
Plaque de reliure émaillée, XIIème siècle - Musée de Cluny, Paris


2. Chapitres 5 à 8

• Mc 5,21-24;35-43

-         Un chef de synagogue vient implorer Jésus de guérir sa fille, à toute extrémité ;
-         une femme s’approche pour discrètement toucher le vêtement de Jésus et elle est guérie de sa maladie qui la rendait cultuellement et culturellement impure (voir page « Le sang dans la Bible ») ;
-         la mort de la jeune fille n’ébranle pas la confiance de son père ;
-         d’un mot, Jésus remet debout l’adolescente, et demande qu’ « on la fasse manger ».

Ce récit, construit de manière particulièrement alerte, conduit le lecteur à s’interroger sur sa propre foi, et ce qui l’exprime : la prière, l’attitude à l’égard des malades, la célébration de l’Eucharistie. 

Jésus a guéri de nombreux malades, mais ne les a pas définitivement immunisés contre les résurgences du mal. Il a ramené des morts à la vie, mais ne les a pas soustraits à la loi inexorable de la mort.
En revanche, il a dit à la femme hémorroïsse guérie dès l’instant où elle a subrepticement (voir page « Le sang dans la Bible ») touché son vêtement (Mc 5,34b) :
η πιστις σου σεσωκεν σε υπαγε εις ειρηνην
Littéralement : η πιστις – la foi ; σου – de toi ; σεσωκεν – a sauvé ; σε – toi ; υπαγε – va ; εις – vers ; ειρηνην – la paix
« Ta foi t’a sauvée. Va en paix ».
Ce même jour, rapporte encore saint Marc, au chef de la synagogue apprenant la mort (il faut également noter que la proximité d'un mort rendait impur) de sa fille dont il venait implorer la guérison, Jésus déclare (Mc 5,36b):
μη φοβου μονον πιστευε
Littéralement : μη – ne pas ; φοβου – crains ;  μονον – seulement ; πιστευε – aie foi « Ne crains pas, crois seulement. ».
Les guérisons et les « résurrections » opérées par Jésus signifient donc que le salut est advenu dans le monde. Si la mort continue d’exercer son pouvoir sur la terre, elle n’aura pas le dernier mot !
La Parole divine toute-puissante nous réveillera du sommeil de la mort. C’est même dès aujourd’hui que nous recevons le germe de la vie qui ne finira pas, ainsi que le proclame une ancienne hymne baptismale (Ep 5,14),εγειρε ο καθευδων και αναστα εκ των νεκρων και επιφαυσει σοι ο χριστος 
Littéralement : εγειρε – réveille-toi ; ο καθευδων – le dormant ; και – et ; αναστα – lève-toi ; εκ – hors de ; των νεκρων – les morts ; και – et ; επιφαυσει – brillera sur ; σοι – toi ; ο χριστος – le Christ 
« Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d'entre les morts, et le Christ t'illuminera » : par sa propre mort, le Seigneur a vaincu la mort.

Méditation

Une jeune fille et une femme, au bout de douze ans de vie, au bout de douze ans de perte de vie, toutes les deux à toute extrémité. Il y a là comme une plénitude dans la souffrance. Et dans les deux cas ne reste qu’un geste apparemment insensé de confiance : tomber à genoux et toucher celui qui est venu aimer non seulement jusqu’à la fin mais encore jusqu’à l’extrême. Là où l’humilité espère contre toute espérance, la foi se fait grande.
Devant un tel abandon de soi, Jésus paraît comme désarmé. Sans aucun mot, ni question ni déclaration, il consent à la demande du père ; à son insu, comme malgré lui, une force de guérison émane de sa personne, véritable source de vie que seul le toucher de la foi est capable de faire jaillir. Par deux fois Jésus s’arrête, se retourne, regarde et insiste : Qui m’a touché ? Ce qui pouvait paraître comme de la magie appelle, de fait, un vis-à-vis : ce n’est pas le vêtement de Jésus qui importe ni l’impureté légale de la femme, interdisant tout contact direct, mais seulement ce face à face de l’humanité avec son Dieu. C’est cette foi-là, dépouillée de tout, que Jésus recherche et accueille, afin de lui conférer un poids salutaire : Ta foi t’a sauvée ! Va en paix ! Et c’est déjà la résurrection qui se profile à l’horizon : Talitha koumlève-toi, oui, ressuscite ! Un jour, s’étant lui-même levé du tombeau, le Christ, face à Marie de Magdala, ouvrira cette foi naissante aux dimensions de tous les temps : Ne me touche pas, ne me retiens pas. Mais va dire à mes frères… Et c’est la bonne nouvelle de notre foi, capable de toucher, au-delà du visible et du sensible, non plus la frange du manteau de Jésus, mais tout droit le cœur de Dieu.


Pour prolonger la méditation 

- Versets du Premier Testament : 
-Gn 1,26 : « Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. »
- Ps 8,5 : « Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme que tu en prennes souci ? »

- Versets du Nouveau Testament :
- Mt 1,20-21 : « Tu lui donneras le nom de Jésus – c'est-à-dire ‘l’Eternel sauve’, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »
- Lc 7,14 : « Jésus s’avança et toucha la civière ; les porteurs s’arrêtèrent et Jésus dit : Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. »
- Jn 5,24 : « Amen, amen, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit au Père qui m’a envoyé, celui-là obtient la vie éternelle et il échappe au Jugement, car il est déjà passé de la mort à la vie. »
- Jn 9,35-38 : « Jésus apprit qu’ils avaient expulsé l’aveugle de naissance guéri. Alors il vint le trouver et lui dit : Crois-tu au Fils de l’homme ? Il répondit : Qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? Jésus lui dit : Tu le vois, c’est lui qui te parle. Il dit : Je crois, Seigneur, et se prosterna devant lui. »
- Jn 11,43 : « Jésus cria d’une voix forte : Lazare, viens dehors ! »
- Ac 3,16 : « Tout repose sur la foi au nom de Jésus : c’est ce nom qui a donné la force à cet homme que vous voyez et que vous connaissez ; oui, la foi qui vient de Jésus a rendu à cet homme une parfaite santé en votre présence à tous. »
- Ac 4,12 : « En dehors de Jésus, il n’y a pas de salut. Et son om, donné aux hommes, est le seul qui puisse sauver. »
- Ac 9,40 : « Pierre fit sortir tout le monde, se mit à genoux, et pria ; puis il se tourna vers le corps et dit : Tabitha, lève-toi ! »     

-        Des commentaires patristiques :
- De saint Irénée, in Contre les hérésies III, 20,2 :
La gloire de l’homme, c’est Dieu ; mais le réceptacle de l’opération de Dieu et de toute sa Sagesse et de toute sa puissance, c’est l’homme. Comme le médecin fait ses preuves chez ceux qui sont malades, ainsi Dieu se manifeste chez les hommes.
- De saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l'Église, in Sermon 34
« L'enfant n'est pas morte : elle dort » 
     Toute lecture d'évangile nous est d'un grand profit aussi bien pour la vie présente que pour la vie future. Mais plus encore l'évangile de ce jour, car il contient la totalité de notre espérance et bannit tout motif de désespoir... Un chef de la synagogue conduisait le Christ auprès de sa fille et donnait en même temps l'occasion à une femme qui souffrait d'hémorragie de venir trouver Jésus... Le Christ connaissait l'avenir et n'ignorait pas que cette femme viendrait à sa rencontre. C'est elle qui ferait comprendre au chef des juifs que Dieu n'a pas besoin de se déplacer, qu'il n'est pas nécessaire de lui montrer le chemin ni de solliciter sa présence physique. Il faut croire, au contraire, que Dieu est présent partout, qu'il y est avec tout son être et pour toujours. Qu'il peut tout faire sans peine en donnant un ordre, qu'il envoie sa puissance sans la transporter ; qu'il met la mort en fuite par un commandement sans bouger la main ; qu'il rend la vie en le décidant, sans recourir à la médecine...
      Dès que le Christ arrive à la maison et voit que les gens pleurent la jeune fille comme une morte, il veut amener à la foi leurs cœurs incrédules. Comme eux pensaient qu'on ne pouvait pas ressusciter d'entre les morts plus facilement que sortir du sommeil, le Christ déclare que la fille était endormie et non pas morte.
      Et vraiment, pour Dieu, la mort est un sommeil. Car Dieu fait revenir un mort à la vie en moins de temps qu'un homme ne tire un dormeur de son sommeil... Ecoute ce que dit l'apôtre Paul : « Instantanément, en un clin d'œil, les morts ressusciteront » (1Co 15,52)... D'ailleurs, comment aurait-il pu condenser dans des mots la rapidité d'un événement dans lequel la puissance divine dépasse la rapidité même? Comment le temps pourrait-il intervenir dans le don d'une réalité éternelle, non soumise au temps ?

-        Un commentaire moderne :
De Vincent Sénéchal (de Bible-Service)
Marc 5,21-43 nous présente deux brèves rencontres de Jésus avec des personnes dont nous n’entendrons plus parler dans la suite de l’évangile : Jaïros, un chef de synagogue, dont la fille est en train de mourir, et une femme anonyme souffrant d’hémorragies.
La guérison de la femme atteinte de flux de sang (v. 24b-34) est intercalée dans le récit de la résurrection de la fille de Jaïros, c'est-à-dire prise « en sandwich » entre son commencement (v. 21-24a) et sa fin (v. 35-43). L’imbrication de ces deux actes de salut de Jésus invite donc à les lire ensemble comme porteurs d’un message commun. Le verbe « sauver » revient deux fois dans le récit (v. 28 et v. 34). On peut le traduire simplement par le verbe « guérir ». Mais il a, pour Marc, un horizon plus large : c’est un acte divin qui est signe du Royaume de Dieu.
La femme est malade depuis douze ans nous dit-on. Et a fille de Jaïros a douze ans. Cette notation, qui unit les deux personnages, souligne la souffrance désespérée de la première et le fait que la seconde, ayant atteint l’âge d’être mariée, n’était plus une enfant.
Combats pour la vie
Pour la femme comme pour la fillette, un même péril menace : la vie s’en va (le sang est l’équivalent de la vie: voir Lv 17,11-14, et "Le sang dans la Bible"). Mais pour l’une comme pour l’autre, ce péril va être conjuré par des événements comparables, même s’ils n’interviennent pas dans le même ordre :
- Jaïros et la femme hémorroïsse se prosternent tous deux devant Jésus (v. 22.33),
- il et elle formulent une demande explicite (v. 23) ou implicite (v. 28)
- un contact s’opère avec Jésus (v. 27.41)
- Jésus, par sa parole, accomplit le salut de la vieille femme (v. 34.41).
Du début à la fin, la foi est la clé de ce passage. Dès le débarquement de Jésus, Jaïros se jette aux pieds de Jésus dans un geste d’imploration étonnant pour un notable d’Israël. Les autorités juives, en effet, étaient jusqu’ici caractérisées par leur opposition à Jésus (Mc 2,6-7.16.24 ; 3,2.22). Mais le péril qui menace sa fille est tel que Jaïros ose franchir le rideau de foule qui enserre Jésus pour formuler avec urgence sa demande. Voilà déjà en soi un acte de foi !
La foule compacte qui entoure Jésus est également un obstacle pour la femme aux pertes de sang, comme précédemment pour le paralytique introduit par ses amis par le toit de la maison de Capharnaüm (voir Mc 2,1-12). Accablée d’hémorragies qui la rendent impure et rendraient impur quiconque la toucherait (voir Lv 15,19 et "Le sang dans la Bible"), quel profond désespoir la pousse à braver l’interdit ? C’est que, nous informe le narrateur, « elle avait beaucoup souffert du fait de nombreux médecins et avait dépensé tout ce qu'elle possédait sans aucune amélioration ».
Poussée par l’énergie du désespoir, cette femme s’approche de Jésus à la dérobée. Reconnue, elle « dit toute la vérité », confessant probablement et son acte et la confiance qui l’a mue. Pour Jésus, son audace l’a conduite non seulement à la guérison, mais plus encore au salut (v. 34).
Devant le péril : la foi
La nouvelle de la mort de la fille de Jaïros interrompt alors brutalement le dialogue. Le salut de l’une se serait-il fait au détriment de l’autre ? L’entourage de Jaïros le pense (v. 35.38). Comme la foule précédemment, ces gens seront-ils un obstacle à l’expression de la foi ? À quoi bon en effet visiter le cadavre au risque de se rendre impur (Nb 19,11) ? Pourtant, Jaïros est invité à faire preuve d’une foi aussi grande que celle manifestée par la femme aux hémorragies (v. 36). Il entre dans la maison avec Jésus, qui réveille et lève sa fille. Implicitement, le message est à son terme : qu’on soit notable ou anonyme, pas de péril de la vie qui ne puisse être surmonté par la foi en Jésus.
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• Mc 6,1-6

Seule la Foi, don de Dieu qu’il faut demander humblement dans la prière, permet de reconnaître qui est vraiment Jésus : homme parmi les hommes, mais Sagesse du Très-Haut.

Méditation 1

Entre l’étonnement de la foule et celui de Jésus semble se creuser un double abîme : d’un côté celui de l’aveuglement et de l’incrédulité, de l’autre celui d’un regard pur et innocent qui n’est que bonté offerte. Cet enseignement nouveau, proclamé avec autorité, cette sagesse, ces miracles posent question et conduisent de fait à la seule vraie question : D’où cela lui vient-il ?
Tout au long de l’Évangile Jésus provoquera la même interrogation consternée : D’où l’as-tu donc, l’eau vive ? demande la Samaritaine. D’où es-tu ? interroge Pilate. De la réponse, de notre réponse dépend non seulement la réalité du miracle, mais surtout ce dont le miracle veut être le signe éclatant : l’arrivée du Royaume de Dieu jusqu’à nous. Quand l’étonnement s’arrête à la surface des raisonnements humains et s’efforce de mettre la main sur ce Jésus si connu, la foi étouffe entre scandale et mépris. Demain on ne sera plus seulement choqué au sujet d’un messie trop semblable à nous, mais plus encore devant ce Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens, alors que pour ceux qui sont appelés, passant de l’étonnement à l’émerveillement, il est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Personne n’a vécu, parlé, aimé comme lui. D’où cela lui vient-il ? La réponse jaillit moins d’une constatation que d’une confession, et elle répond d’abord à une question que le Christ lui-même nous pose : Et toi, que dis-tu, pour toi, qui suis-je ? Puissions-nous lui dire, inspirés non pas par la chair et le sang, mais par le Père qui est dans les cieux : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! Et que le Seigneur, à son retour, ne s’étonne pas de trouver encore la foi sur la terre.

Méditation 2

Points de réflexion :
  1) "D’où cela lui vient-il ? - s’interrogent les gens du pays de Jésus. "N’est-ce pas le charpentier, le fils de Marie ?"... et ils en étaient choqués. Quel était le véritable scandale ? Il y a deux mille ans, comme aujourd’hui, le scandale attire l’attention et nous sort de notre confort, il nous fait du tort ou du moins il nous fait peur. Littéralement, c’est quelque chose qui fait buter. Et pourquoi la présence de Jésus au synagogue au milieu de personnes qui le connaissaient depuis qu’il était petit faisait-elle scandale ? Parce qu’il est difficile d’admettre que quelqu’un qui a été à nos côtés comme un égal vienne quelque temps après nous enseigner.
  2) C’est, au fond, une question d’orgueil, de manque de foi. Qu’est-ce que l’orgueil a à voir avec le manque de foi ? Beaucoup ! Car c’est la foi qui me montre où est la main de Dieu quand quelqu’un parle en son nom. Qu’il s’agisse d’un enfant, d’un adulte, d’un saint ou d’un pécheur, cela n’importe pas puisque c’est Dieu qui choisit où et quand il veut nous enseigner.
  3) En revanche, l’orgueil nous fait croire que nous n’avons de leçons à recevoir de personne, que nous avons notre propre expérience et notre propre savoir, que nous sommes adulte. Nous pensons facilement que se laisser enseigner par d’autres revient à s’abaisser. En effet, à la lumière de l’Evangile, l’orgueil et la foi sont deux attitudes opposées.
Prière :
Donne-moi, mon Dieu, l’humilité de connaître mes propres carences et de savoir accepter les conseils qui me viennent de Toi, à travers les autres.


Pour prolonger la méditation 

- Versets du Premier Testament : 
- Sg 2,12 : « Attirons le juste dans un piège, car il nous contrarie, il s’oppose à notre conduite, il nous reproche de désobéir à la loi de Dieu, et nous accuse d’abandonner nos traditions. »
- Jr 11,19 : « Moi je suis comme un agneau docile qu’on emmène à l’abattoir, et je ne savais pas ce qu’ils préparaient contre moi. Ils disaient : Coupons l’arbre à la racine, retranchons-le de la terre des vivants, afin qu’on oublie jusqu’à son nom. »

- Versets du Nouveau Testament :
- Mt 23,29-31 : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, car vous bâtissez des tombeaux aux prophètes, et vous ornez les sépulcres des justes; et vous dites: Si nous eussions été au temps de nos pères, nous n'aurions pas été leurs complices pour répandre le sang des prophètes. Ainsi vous êtes témoins contre vous-mêmes, que vous êtes les enfants de ceux qui ont tué les prophètes. »
- Jn 1,11 : « Il est venu chez les siens; et les siens ne l'ont point reçu. »
- Jn 5,18 : « les Juifs cherchaient encore plus à le faire mourir, non seulement parce qu'il violait le sabbat, mais encore parce qu'il appelait Dieu son propre Père, se faisant lui-même égal à Dieu. »
- Jn 15,20 : « Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite: Le serviteur n'est pas plus grand que son maître. S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi. »
- Ac 5,40-41 : « Après avoir appelé les apôtres, et après les avoir fait fouetter, ils leur défendirent de parler au nom de Jésus; et ils les laissèrent aller. Eux donc se retirèrent de devant le Sanhédrin, remplis de joie d'avoir été jugés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus. »     

-       Commentaire  patristique :
- De Syméon "le Nouveau Théologien", (v. 949-1022), moine grec) in  Catéchèse XXIX :
     Beaucoup ne cessent de dire : « Si nous avions vécu au temps des apôtres, et si nous avions été jugés dignes de voir le Christ comme eux, nous serions aussi devenus des saints comme eux ». Ils ignorent qu'il est le même, lui qui parle, maintenant comme alors, dans tout l'univers... La situation actuelle n'est sûrement pas la même que celle d'alors, mais c'est la situation d'aujourd'hui, de maintenant, qui est beaucoup plus heureuse. Elle nous conduit plus facilement à une foi et une conviction plus profondes que le fait de l'avoir vu et entendu alors physiquement.   
     Alors, en effet, c'était un homme qui apparaissait à ceux qui étaient sans intelligence, un homme d'humble condition.
Mais maintenant c'est un Dieu qui nous est prêché, un Dieu véritable.
     Alors, il fréquentait physiquement les publicains et les pécheurs et mangeait avec eux.
Mais maintenant il est assis à la droite de Dieu le Père, n'ayant jamais été séparé de lui en aucune manière...
     Alors, même les gens de rien le méprisaient en disant : « N'est-il pas le fils de Marie et de Joseph le charpentier ? »*.
Mais maintenant les rois et les princes l'adorent comme le Fils du vrai Dieu, et vrai Dieu lui-même...   
    Alors, comme n’importe quel homme, il passait pour mortel et corruptible, et cela faisait problème - dans ce corps humain où sans changement et sans altération il avait, Dieu sans-forme et invisible, pris forme en se montrant totalement homme, sans rien offrir d’autre au regard que les autres hommes, mais mangeant, buvant, dormant, suant, se fatiguant, et accomplissant, hormis le péché, toutes les actions humaines - c'était une affaire de le reconnaître dans ces conditions et de croire qu’il était Dieu, celui qui a fait le ciel même, la terre et tout ce qu'ils renferment...   
     Ainsi donc, celui qui actuellement écoute chaque jour Jésus proclamer et annoncer par les saints évangiles la volonté de son Père béni, sans lui obéir avec crainte et tremblement et sans garder ses commandements, n'aurait pas plus accepté alors de croire en lui
* (Mc 6,3; Jn 6,42)

-        D'un auteur moderne :
- D'un moine de l'Eglise d'Orient, in Jésus. Simples regards sur le Christ (1962):
L’orthodoxie de Nazareth n’est pas la foi vive, la foi qui sauve.
Si une telle foi avait animé les gens de Nazareth, ils eussent ouvert leur cœur à Jésus. Ils s’en tiennent à une croyance correcte et stérile ; leur cœur reste fermé.  
Nous ignorons en revanche ce que pouvait être la foi du centurion*.
Il ne savait pas sur Jésus ce qu’il nous a été donné de savoir. Mais il s’ouvre à Jésus. Il pressent en lui un Sauveur et un Seigneur…  
Jésus voit ce qui est en nous.
Trouve-t-il en nous la foi du centurion ou l’incrédulité des gens de Nazareth ?
De quoi Jésus aurai-il lieu de s’étonner : de notre foi ou de notre incrédulité ?
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* Cf.  Mt 8,5-13
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• Mc 6,7-13

Les Douze ont accompagné Jésus allant sans cesse d’un lieu à un autre pour enseigner les foules.
A leur tour maintenant de partir sur les routes, pour prêcher la conversion en accomplissant les mêmes œuvres que lui, à commencer par l’expulsion d’esprits mauvais.
Comme lorsqu’ils allaient avec lui, ils doivent rester libres de toute attache et de toute préoccupation matérielle.
Que les oppositions ne les découragent pas
de poursuivre leur périple missionnaire !

Remarque :
Au verset 8, Jésus prescrit à ses Apôtres « ινα – de ; μηδεν – ne rien ; αιρωσιν – prendre ; εις – pour ; οδον – la route ; ει μη – sinon ; ραβδον μονον – un bâton seulement ».
Or dans les versets synoptiques (Mt 10,10 ; Lc 9,3) Jésus leur demande de ne même pas prendre un bâton.
Marc, parlant des sandales et du bâton, fait allusion à Ex 12,11 : « C’est ainsi que vous mangerez, vos sandales aux pieds et votre bâton en main, car ce sera la Pâque de YHWH l'Eternel ».

Méditation:
Prière d’introduction
Seigneur Jésus, je crois en toi, et je crois que je dois suivre ta volonté dans tout ce que je fais. J’espère en toi, et je mets mon espoir dans ce que tu as prévu pour moi aujourd’hui. Apprends-moi à ne pas mettre mon espoir dans des choses créées, mais en ta volonté. Seigneur, je t’aime, et je désire aimer ta volonté avec une plus grande ferveur. Ouvre mon cœur afin que je réponde à ta volonté, avec générosité et avec joie.
Demande
Seigneur, aide-moi à transmettre ton message par mes paroles et mes actions.
Points de réflexion
1. Deux par deux
Notre Seigneur n’a pas envoyé les apôtres en mission chacun de leur côté, mais par paires. Jésus a voulu qu’ils se rendent compte que seuls, ils ne seraient pas assez forts. Ils seraient vulnérables aux attaques. Ils pourraient succomber à la tentation et au découragement. Les disciples de Jésus n’étaient pas seuls quand ils ont travaillé pour mener à bien leur mission, et nous ne le sommes pas non plus. La mission que Jésus nous a confiée peut être difficile parfois, mais Jésus le sait. Il place des personnes sur notre chemin pour nous aider et nous soutenir. Acceptons de bon gré d’avoir besoin de l’aide des autres et que d’autres aient besoin de nous. Nous ne sommes pas seuls !
2. Ne rien apporter
Jésus a voulu que ses apôtres se rendent compte que c’est lui le responsable de la mission. Jésus leur demande de laisser derrière eux même des articles de base, nécessaires à n’importe quel voyage. C’était une leçon radicale pour les apôtres, comme elle l’est pour nous. Jésus ne veut pas que nous comptions sur nos efforts personnels, nos biens, la technologie, ni aucun autre élément pour réussir ou pour nous rassurer. Il est l’origine de tout succès en nos vies, et lui seul donne la vraie sécurité. Jésus dit aux apôtres de ne rien prendre avec eux, sauf lui-même.
3. Ils partirent
Les apôtres sont allés prêcher le repentir et guérir les malades. Ils ont fait confiance en Jésus et dans la mission qu’il leur avait confiée. Ils ont vu que leurs efforts portaient du fruit. Les personnes rencontrées ont été touchées. Ils changeaient les vies. Nous ne rencontrons pas souvent des foules réceptives, ouvertes et désireuses d’entendre parler du Christ et prêtes à changer de vie. Nous trouvons souvent l’hostilité et l’opposition. Dans nos efforts pour étendre le règne du Christ – que nous ayons des succès ou des échecs – faisons lui confiance et rappelons-nous que Jésus ne nous demande pas de réussir d’un point de vue humain mais de lui être fidèles.
Dialogue avec le Christ
Seigneur Jésus, tu m’as donné la mission de propager ton évangile parmi les membres de ma famille, mes amis et mes collègues – tous ceux que je rencontre. Aide-moi à être fidèle à cette mission et à l’entreprendre comme tu le souhaites, et non pas de la manière qui me satisfait le plus.

Pour prolonger la méditation 

- Versets du Premier Testament : 
Nb 11,16-17 : « YHWH l'Eternel dit à Moïse : Rassemble-moi soixante-dix des anciens d'Israël, que tu sais être des anciens et des scribes du peuple. Tu les amèneras à la Tente du Rendez-vous, où ils se tiendront avec toi. Je descendrai parler avec toi ; mais je prendrai de l'Esprit qui est sur toi pour le mettre sur eux. Ainsi ils porteront avec toi la charge de ce peuple et tu ne seras plus seul à le porter. »

- Versets du Nouveau Testament :
- Mt 28,16-20 : « Quant aux onze disciples, ils se rendirent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait donné rendez-vous. Et quand ils le virent, ils se prosternèrent ; d'aucuns cependant doutèrent. S'avançant, Jésus leur dit ces paroles : Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin du monde. »
- Lc 10,1-2 : « Après cela, le Seigneur désigna soixante-douze autres et les envoya deux par deux en avant de lui dans toute ville et tout endroit où lui-même devait aller. Et il leur disait : La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux ; priez donc le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers à sa moisson. »
- Ac 13,2-3 : « Or un jour, tandis qu'ils célébraient le culte du Seigneur et jeûnaient, l'Esprit Saint dit : « Mettez-moi donc à part Barnabé et Saul en vue de l'œuvre à laquelle je les ai appelés. » Alors, après avoir jeûné et prié, ils leur imposèrent les mains et les envoyèrent à leur mission. »

-  Commentaire  patristique :
- De Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l'Église in
Homélies sur l'Evangile, 17,1-3:
« Pour la première fois, il les envoie deux par deux »     
     Notre Seigneur et Sauveur, frères très chers, nous instruit tantôt par ses paroles, tantôt par ses actions. Ses actions elles-mêmes sont des commandements, parce que, lorsqu'il fait quelque chose sans rien dire, il nous montre comment nous devons agir. Voici donc qu'il envoie ses disciples en prédication deux par deux, parce que les commandements de la charité sont deux : l'amour de Dieu et du prochain. Le Seigneur envoie prêcher ses disciples deux par deux pour nous suggérer, sans le dire, que celui qui n'a pas la charité envers autrui ne doit absolument pas entreprendre le ministère de la prédication.
      Il est fort bien dit qu'« il les envoya deux par deux devant lui dans toutes les villes et les localités où lui-même devait aller » (Lc 10,1). En effet, le Seigneur vient après ses prédicateurs, parce que la prédication est un préalable ; le Seigneur vient habiter notre âme lorsque les paroles d'exhortation sont venues en avant-coureur et font accueillir la vérité dans l'âme. C'est pourquoi Isaïe dit aux prédicateurs : « Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez les sentiers de notre Dieu » (Is 40,3). Et le psalmiste leur dit aussi : « Frayez la route à celui qui monte au couchant » (Ps 67,5 Vulg). Le Seigneur monte au couchant parce que, s'étant couché par sa Passion, il s'est manifesté avec une plus grande gloire dans sa résurrection. Il est monté au couchant, parce que, en ressuscitant, il a foulé aux pieds la mort qu'il avait subie. Nous frayons donc la route à celui qui monte au couchant lorsque nous prêchons sa gloire à vos âmes, afin que, venant ensuite, il les éclaire par la présence de son amour.

- D'auteurs modernes :
- (Un texte que l'on pourrait lire à chaque baptême - tant pour le baptisé que pour ses parents, parrain et marraine - à chaque confirmation, à chaque mariage ou ordination, à chaque communion... et à chaque instant d'une vie croyante!) 
- Y. de Montcheuil in  Problèmes de vie spirituelle (1947):
S’engager véritablement, c’est signer pour ainsi dire à Dieu une traite en blanc sans savoir ce qu’il y inscrira plus tard, ou plutôt en sachant seulement qu’il y inscrira toujours davantage. Le véritable engagement est inconditionnel. Avant de s’engager dans une entreprise, il faut réfléchir, pour voir si l’on est vraiment décidé à le mener jusqu’au bout. Il s’agit de savoir si nous sommes prêts à accepter les nouvelles exigences de Dieu au fur et à mesure qu’elles se révéleront.
- J. Delorme, « La mission des Douze en Galilée – Mc 6,7-13 » in Assemblées du Seigneur II, 46 (Publications de Saint-André* – 1974)
La puissance même de Jésus est remise à la foi et à la prière de l’Eglise, pour signifier en des réussites très précises la re-création de l’homme inaugurée par le Christ ressuscité. Cette certitude s’exprime en Marc d’une façon qui peut nous paraître mythique à propos de Satan et des miracles, nous devons dépasser les images d’une époque pré-scientifique. Mais la science ne remplacera pas l’Evangile et ne pourra traduire dans le langage qu’elle construit le type d’existence qu’il propose et rend possible à l’homme renouvelé dans la foi. Le réalisme de Marc nous rappelle qu’il ne s’agit pas d’un simple renouvellement « spirituel » au sens moderne du mot. Il faut au moins dire avec Péguy que « le spirituel est lui-même charnel », en nous souvenant que l’Esprit se signale dans la Bible au plus  concret de la vie des hommes… La foi, comme expérience d’un nouveau type de relations entre les hommes et avec Dieu, a des répercussions sur l’équilibre humain individuel et social. Et la santé des personnes et des groupes peut toujours être le terrain de signes de l’Evangile et d’un test de notre foi.
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* Voir le site de l’abbaye de Saint-André de Clerlande à la page des liens ou directement en cliquant ici.

- E. Guillevicin Inclus (1973)

Les mots
Sont l’autre, aussi,  

D’être habités
Par des vivants  

Qui se les acclimatent
Avec respect.  

Ce ne sont pas des tombes…  

En somme,
Avec les mots,  

C’est comme avec les herbes,
Les chemins, les maisons, tout cela  


Que tu vois dans la plaine
Et que tu voudrais prendre.  


Il faut les laisser faire,
Par eux se laisser faire,  

Ne pas les bousculer, les contrarier,
Mais les apprivoiser en se faisant
Soi-même apprivoiser.  

Les laisser parler, mais,
Sans qu’ils se méfient,
Leur faire dire plus qu’ils ne veulent,
Qu’ils ne savent,  

De façon à recueillir le plus possible
De vieille sève en eux,  

De ce que l’usage du temps
A glissé en eux du concret.
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• Mc 6,30-34 

Jésus et les Apôtres qu’il s’est associé ne s’appartiennent pas. Plus question de prendre un peu de repos pourtant bien mérité quand les foules sont là, désemparées.  
La « pitié », ce sentiment profond, viscéral, de bienveillance et de sollicitude qui caractérise Dieu, pousse irrésistiblement Jésus à se donner totalement à ces « brebis sans pasteur ».  
Son exemple est un enseignement concret donné à ceux qui doivent poursuivre sa mission.

Méditation 1

Reposez-vous un peu ! Qu’il est bon, qu’il est soulageant d’entendre ces paroles de la part du Seigneur lui-même. Il est donc vrai, là encore, que l’ouvrier mérite son salaire! À une époque où une certaine mentalité de surmenage ou de « performance spirituelle » semble gagner parfois même l’œuvre évangélisatrice de l’Église, il est essentiel de se souvenir aussi de cette invitation-là du Seigneur.
À regarder de près cependant, l’Évangile ne s’arrête pas à la simple idée d’un temps de vacances pour refaire ses forces. Après avoir accompli leur mission les apôtres reviennent à Jésus, se réunissent auprès de lui. Il y a là un mouvement-clé qui authentifie tout ce qui fait désormais leur vie : cette conversion profonde qui ne cesse de les tourner vers leur Seigneur. Elle est bien là, la véritable définition du disciple : être avec lui (3,14), selon le désir le plus intime de Jésus : Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi (Jn 17,24). Il ne peut y avoir de mission en dehors de la communion. Éternellement offerte, elle veut être désirée, recherchée, engagée.
Nous aurions aimé que l’Évangile s’arrête là. Or la foule, comme des brebis sans berger, attend déjà ceux qui arrivent pour se retirer. Remarquons qu’il n’est plus question des disciples. Remué jusqu’aux entrailles à la vue de la foule, le Seigneur lui-même, comme l’avait annoncé le prophète, prendra soin de son troupeau (Ez 34,21). L’amour le presse, rien ne l’arrête. De loin les disciples doivent reconnaître que leur Maître, lui, n’a pas où reposer la tête (Mt 8,20). Deux mille ans après, comment le disciple s’étonnerait-il d’être, de loin, comme son Maître ?

Méditation 2
Points de réflexion :  
1) Jésus et ses disciples étaient des personnes actives : il fallait annoncer l’Evangile, le temps était court et les besoins nombreux, tout comme aujourd’hui. Nous voyons Jésus qui ne s’arrête pas un instant, et ses disciples font de même. Jésus Christ prenait juste le repos nécessaire pour le corps et l’âme en se retirant de temps en temps dans un endroit à part.  
2) Aujourd’hui aussi nous avons besoin de repos. Nos journées de travail, notre travail apostolique, et nos tâches familiales nous laissent épuisés. Nous courons le risque de nous dessécher. Un moment de repos s’impose, un moment pour refaire nos forces.  
3) Choisissons de nous reposer près du Christ, pour refaire nos forces en puisant à la source de l’eau vive. A la fin de la journée, retirons-nous pour parler avec Celui qui, nous le savons, nous écoute et peut nous restaurer.
Prière :
Seigneur, je ne veux pas me plaindre, tu le sais bien. Je suis heureux avec ce que tu me demandes. Mais, il arrive des moments de pression, d’accélération. Je dois faire ceci, cela, et encore cela. Parfois, littéralement je n’en peux plus. Je voudrais tant que tu m’apprennes à reprendre mes forces à tes côtés. Apprends-moi à trouver la paix et la sérénité dans la prière, dans un dialogue intime avec toi.
Résolution :
Le plus souvent possible en semaine, avant de rentrer à la maison (ou, mieux, le matin, en la quittant), entrer dans une église pour y faire une visite à Jésus Christ en lui demandant des forces nouvelles pour aller de l’avant.  

Pour prolonger la méditation  

- Versets du Premier Testament : 
Nb 27,15-17 : « Moïse parla à l'Eternel, et dit: Que l'Eternel, le Dieu des esprits de toute chair, établisse sur l'assemblée un homme qui sorte devant eux et qui entre devant eux, qui les fasse sortir et qui les fasse entrer, afin que l'assemblée de l'Eternel ne soit pas comme des brebis qui n'ont point de berger. »  
- Jr 23,1-5 : « Malheur aux pasteurs qui détruisent et dispersent Le troupeau de mon pâturage! dit l'Eternel. C'est pourquoi ainsi parle l'Eternel, le Dieu d'Israël, Sur les pasteurs qui paissent mon peuple: Vous avez dispersé mes brebis, vous les avez chassées, Vous n'en avez pas pris soin; Voici, je vous châtierai à cause de la méchanceté de vos actions, Dit l'Eternel. Et je rassemblerai le reste de mes brebis De tous les pays où je les ai chassées; Je les ramènerai dans leur pâturage; Elles seront fécondes et multiplieront. J'établirai sur elles des pasteurs qui les paîtront; Elles n'auront plus de crainte, plus de terreur, Et il n'en manquera aucune, dit l'Eternel. Voici, les jours viennent, dit l'Eternel, Où je susciterai à David un germe juste; Il régnera en roi et prospérera, Il pratiquera la justice et l'équité dans le pays. »  
- Ez 34,9-10 : « Eh bien! pasteurs, écoutez la parole de l'Eternel! Ainsi parle le Seigneur, l'Eternel: Voici, j'en veux aux pasteurs! Je reprendrai mes brebis d'entre leurs mains, je ne les laisserai plus paître mes brebis, et ils ne se paîtront plus eux-mêmes; je délivrerai mes brebis de leur bouche, et elles ne seront plus pour eux une proie. » 

- Versets du Nouveau Testament :
- Mt 18,12-14 : « Si un homme a cent brebis, et que l'une d'elles s'égare, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres sur les montagnes, pour aller chercher celle qui s'est égarée? Et, s'il la trouve, je vous le dis en vérité, elle lui cause plus de joie que les quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont pas égarées. De même, ce n'est pas la volonté de votre Père qui est dans les cieux qu'il se perde un seul de ces petits. »
- Mc 14, 27 : « Jésus leur dit: Vous serez tous scandalisés; car il est écrit: Je frapperai le berger, et les brebis seront dispersées. »
- 1P 5,2-3 : « Paissez le troupeau de Dieu qui est sous votre garde, non par contrainte, mais volontairement, selon Dieu; non pour un gain sordide, mais avec dévouement; non comme dominant sur ceux qui vous sont échus en partage, mais en étant les modèles du troupeau. »
- 1P 2,25 : « Vous étiez comme des brebis errantes. Mais maintenant vous êtes retournés vers le pasteur et le gardien de vos âmes. »  

-  Commentaire  patristique : 
- Origène (v. 185-v. 253), Commentaire sur le Cantique des cantiques, II, 4, 17s (SC 375, p. 341)
« Alors, il se mit à les instruire longuement »     
      « Indique-moi, toi que mon cœur aime, dit l'Épouse du Cantique des cantiques, où tu fais paître ton troupeau, où tu le mets au repos. » (1,7) Je pense que dans le psaume vingt-deux, le prophète, placé sous la garde du même berger, parle aussi de ce lieu dont parlait l'Épouse quand il dit : « Le Seigneur est mon berger ; rien ne me manquera » (v.1). Il savait que les autres bergers, sous l'effet de la paresse ou de l'inexpérience, faisaient paître leurs troupeaux dans des lieux plus arides. C'est pourquoi il dit du Seigneur, ce berger parfait : « Dans un lieu verdoyant il m'a fait reposer. Il m'a conduit vers une eau qui réconforte » (v.2). Il montre là que ce berger donne à ses brebis des eaux non seulement abondantes, mais encore saines et pures, qui les abreuvent parfaitement...
      Cette formation première, donnée par le pasteur, est celle des commencements ; la suite concerne les progrès et la perfection. Nous venons de parler de prairies et de verdure. Il semble bon de voir ceci dans les évangiles. J'y ai trouvé ce bon berger parlant des pâturages des brebis : il dit qu'il est le berger mais aussi la porte : « Si quelqu'un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage » (Jn 10,9). C'est donc bien lui que l'Épouse questionne... Elle appelle « midi », bien sûr, ces lieux secrets du cœur où l'âme obtient du Verbe de Dieu une lumière plus brillante de science. C'est, en effet, l'heure où le soleil atteint le point le plus haut de sa course. Donc, si le Christ, « Soleil de justice » (Ml 3,20), manifeste à son Église les sublimes secrets de ses vertus, il lui découvre alors des pâturages agréables et des lieux où l'on se repose à midi.
      Car lorsqu'elle en est encore aux commencements de son instruction et qu'elle ne reçoit de lui que les premiers commencements de la connaissance, le prophète dit : « Dieu la secourra le matin, au lever du jour » (Ps 45,6). Mais parce qu'elle recherche à présent des biens plus parfaits et désire des réalités supérieures, elle demande la lumière de la connaissance à son midi.    

- D'auteurs modernes :  
- G. Bessière, Jésus insaisissable (1974)
A notre époque où les sociétés et l’Eglise connaissent tant d’incertitudes et de débats vertigineux, il faut que Jésus nous enseigne. « Beaucoup ont sans cesse son nom à la bouche, disait quelqu’un, mais ils ne le connaissent pas ». Que faisons-nous pour mieux le connaître ? Jésus ne nous donne pas de réponses toutes faites. Il accroît l’espace de notre liberté, comme une inspiration inépuisable. En le suivant, nous saurons que nous ne l’atteindrons jamais, qu’il appelle toujours l’homme plus avant. Jésus a-t-il échoué ? La seule réponse à cette question, c’est la vie de l’Eglise, c’est notre vie.  


- H.J.M. Nouwen, Le chemin du désert. Solitude et vie apostolique (1985)
(Un texte qui explique merveilleusement bien le sens de la vie religieuse contemplative – mais qui nous invite aussi à « prendre du recul »… par exemple en profitant de nos moments de loisir, de vacance(s) pour nous recentrer dans le Christ pour repartir ensuite fortifiés vers la vie « quotidienne », dans « le monde »)
Dans et par la solitude, nous ne nous éloignons pas des hommes. Bien au contraire, nous nous rapprochons d’eux par un service de miséricorde. Dans un monde qui nous rend victimes de ses exigences, nous sommes appelés à la solitude, où nous pouvons affronter notre colère et notre avidité, et laisser naître notre nouveau moi, au sein de la douce rencontre avec Jésus Christ… C’est donc à la solitude qu’il faut retourner, non pas seuls, mais avec tous ceux que nous atteignons dans notre ministère – et ceci jusqu’au jour où le Seigneur qui nous a envoyés dans le monde nous rappellera pour demeurer avec lui dans une communion sans fin.
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• Mc 6,34-44

Parmi les «manifestations» du Christ que nous contemplons durant cette semaine qui suit l’Épiphanie, la multiplication des pains est l’une des plus marquantes puisqu’elle préfigure très directement l’institution de l’Eucharistie lors de la dernière Cène. Mais il vaut la peine de s’arrêter aussi sur les détails circonstanciels que Marc ajoute à son récit. Il nous montre d’abord Jésus «saisi de pitié» devant la foule qui l’a suivi, mais lui paraît errante «comme des brebis sans berger». La compassion de Dieu pour l’humanité perdue, soumise à la mort et cherchant un sens à sa vie, telle est bien la motivation profonde de sa «manifestation». Et cet amour le pousse à nourrir tant les esprits qu’il enseigne que les corps qu’il rassasie. C’est tout l’homme, qu’il a voulu rejoindre en sa chair, que Jésus considère.
On peut noter ensuite le rôle actif qu’il entreprend de faire jouer aux disciples, tant dans la recherche de la nourriture disponible que dans l’ordonnancement de la foule et la distribution du pain et du poisson. Pour éclatante que soit la manifestation de la puissance du Christ, elle ne nous condamne pas à une attente passive de ses dons ou à une attitude de dépendance. C’est aussi pour que l’homme soit vraiment homme que Jésus a choisi de le rejoindre en sa chair. Si c’est lui qui donne quotidiennement sa nourriture à son Église, il a voulu avoir besoin de mains et de voix d’hommes pour qu’elle soit effectivement présente et distribuée. Ainsi la manifestation de Dieu ne nous dégage pas de la responsabilité d’être homme. En nous conviant à la compassion et au partage, elle vient au contraire humaniser notre humanité.
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• Mc 6,45-52

Cette manifestation du Christ est une véritable théophanie. Une révélation de Dieu. L’homme qui s’avance vers ses disciples en marchant sur les eaux est bien celui qui «maîtrise l’orgueil de la mer» (Psaume 89,10). Celui que les Écritures présentent comme le créateur qui, aux premiers jours, «enferma la mer à deux battants» (Job 38,8) ; et le sauveur qui écarta les flots pour laisser son peuple passer à pied sec : «Quand il se dresse, les flots prennent peur et les vagues de la mer se retirent» (Job 41,17). La crainte qui s’empare des disciples, plus que la peur du naufrage qu’ils viennent d’éprouver, ou l’effroi qui les saisit devant ce qu’ils ont cru être un fantôme, est alors la crainte de Dieu qui est don de l’Esprit (Isaïe 11,2) et fait mesurer l’écart entre la toute-puissance divine et la faiblesse de sa créature. Et leur stupéfaction naît de leur perception nouvelle, encore bien obscure, de la personne de ce Jésus qu’ils croyaient bien connaître. De ce maître familier qui monte simplement les rejoindre dans la barque, alors qu’en lui ils viennent de voir se dessiner la force de Dieu.
Mais autant qu’une révélation de la divinité du Christ, la marche sur les eaux est une prophétie. La prophétie de son passage à travers les eaux de la mort, le jour où, livré aux forces du mal, il remplira de sa présence les abîmes les plus amers de la souffrance et de la solitude, pour que l’homme jamais n’y soit plus englouti. «C’est moi, soyez sans crainte» : le Dieu fort qui s’est présenté sous ce nom à Moïse est là ; il est le Dieu compatissant, venu nous tracer un chemin de vie dans les eaux de la mort. De quoi aurions-nous peur ?
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• Mc 7,1-13

« Hypocrites » : voilà l’accusation que lance aujourd’hui Jésus aux Pharisiens qui l’interrogent. L’évangile nous monte si souvent la miséricorde du Christ envers les pécheurs, son silence plein de délicatesse devant la femme adultère, l’audace avec laquelle il appelle Zachée ou Lévi pour en faire des disciples, que ce reproche devrait nous alerter tout particulièrement, d’autant plus qu’il semble à première vue en décalage avec la situation. Les Pharisiens demandent en effet à Jésus pourquoi ses disciples se dispensent des prescriptions des anciens, et prennent leur repas sans s’être lavé les mains. Ainsi, ils posent une question sur le comportement des autres. Mais la réponse de Jésus les entraîne sur un tout autre terrain : en les disant hypocrites, il les amène à porter leur regard non plus sur les autres mais sur eux-mêmes. Eux qui scrutent la conformité d’un comportement avec une loi donnée sont invités à considérer si leur propre comportement est en accord avec leur cœur. Le jugement porté sur les autres révèle la fausseté intérieure de celui qui juge : quand les lèvres condamnent et croient ainsi honorer Dieu, c’est que le cœur est loin. La parole du Christ vient briser l’enfermement des Pharisiens et ouvre la voie pour retourner au cœur. Ainsi, le Christ vient aussi nous libérer de nos condamnations, de nos agacements et nos jugements de toutes sortes. À nous qui observons nos frères pour en surprendre les fautes, il propose de nous laisser regarder. Et c’est ce regard qui nous sauve, car il nous révèle que nous avons un cœur, anxieux d’aimer et de se laisser aimer. Alors, nous verrons toutes choses en sa lumière.
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• Mc 7,14-23

Jésus donne à la foule puis à ses disciples en particulier un enseignement sur la pureté. C’est une question déterminante pour tout homme religieux qui veut être accordé à la sainteté de Dieu. Le culte exige en effet une certaine séparation d’avec le monde. Pourtant Jésus affirme aujourd’hui : « rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui pénètre en lui ne peut le rendre impur ». Car, poursuit-il, « c’est du dedans, du cœur de l’homme que sortent les pensées perverses », et c’est cela qui le rend impur. Le rite n’a de sens, en effet, qu’en manifestant et en provoquant l’offrande du cœur. Mais dans cette deuxième partie de la réponse de Jésus s’opère aussi un renversement : ce n’est plus ce qui entre en l’homme qui le souille, mais ce qui sort de lui. Ainsi c’est en nous-mêmes que Jésus repère l’impureté, et plus particulièrement quand elle s’exprime au dehors, c’est-à-dire quand, au lieu de la combattre, nous ne faisons qu’un avec elle en en faisant la matière de nos actes. La parole du Christ vient ainsi révéler en nous des abîmes qui nous laissent désemparés. Nous comprenons que notre cœur est compliqué et malade et que nous ne pouvons pas le déguiser par des pratiques de pureté rituelle. Mais elle nous offre aussi la liberté de mettre notre confiance en Dieu et en Dieu seul, qui nous transformera peu à peu à son image. Et « quiconque a en lui cette espérance se rend pur comme celui-là est pur », dit la première lettre de saint Jean. À nous qui cherchons à nous purifier pour nous approcher de Dieu, le Christ vient annoncer cette bonne nouvelle : c’est Dieu qui le premier s’approche de nous et nous purifie par sa présence.
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• Mc 7,27-30

Si nous cherchons vraiment dans les lignes de notre Bible à scruter le visage du Christ, il est sûrement salutaire de nous laisser surprendre certains jours par l’image que les évangiles nous en renvoient. Aujourd’hui nous sommes face à Jésus qui rabroue une femme d’origine syro-phénicienne avec des paroles étonnantes. Alors qu’elle implore de lui la guérison de sa petite fille, il lui répond : « Laisse d’abord les enfants manger à leur faim, car il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens ». Nous savons combien de fois l’évangile nous montre Jésus pris de pitié pour les malades, guérissant ceux qu’on lui apporte, ne méprisant la douleur de personne. Pourquoi un tel refus ? De plus, toute son attitude semble paradoxale : il est dans une région païenne, mais ne veut pas que l’on sache sa présence, et affirme qu’il a d’abord été envoyé aux enfants d’Israël et non aux païens. Combien de fois n’avons-nous pas nous aussi l’impression que la volonté du Seigneur est incompréhensible, contradictoire… Pourtant, la femme s’obstine. Avec une foi humble et confiante elle répond « c’est vrai », mais dit combien elle a faim de ce pain des enfants. Les yeux levés vers la main de son Maître, elle obtient de lui, par sa persévérance, la guérison espérée. Ne nous scandalisons pas trop vite devant cette scène. Restons aux pieds de Jésus avec cette femme, unissons nos supplications à la sienne. Et que du creux de notre détresse le Christ puisse voir se lever en nous aussi cette humble confiance qui répond « c’est vrai » et pourtant présente avec vérité sa requête. Alors nous verrons les merveilles de Dieu.
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• Mc 7,31-37

La manière dont se déroule la guérison du sourd-muet ressemble d'autant plus à une liturgie que l'onction des oreilles et de la langue - et le mot "Ephata" qui les accompagne - sont passés dès les premiers temps de l'Eglise dans le rituel du baptême.

Sur ce passage, on pourra lire, méditer et prier avec profit:
P. Pierre Vanderlinden, Merveilles bibliques pour prier - Tome 1, Rencontrer Dieu - Chapitre XXV "Merveille!... quand les oreilles s'ouvrent à la parole et quand la langue se délie pour témoigner", pp.153-157 (Brepols, 1995).


Méditation 1

La scène commence comme tant d’autres dans l’évangile : on amène à Jésus un malade, et on le prie de le guérir. Il lui suffit d’étendre la main sur ce sourd-muet, comme il l’a fait sur tant d’autres, et la guérison se produira, immanquablement. Le malade pourra retourner chez lui délivré du mal qui l’accable, au milieu de l’admiration de la foule. Jésus ne répond rien à ceux qui le supplient, mais il emmène à l’écart cet homme qui n’a pas pu présenter lui-même sa supplique. Loin de la foule il n’impose pas la main au malade comme on le lui avait demandé. Il met ses doigts dans ses oreilles, touche sa langue avec de la salive, en un mot il refaçonne, selon des gestes qui rappellent ceux de la Genèse, l’homme créé à son image et défiguré par le péché. Puis il lève les yeux au ciel, dans un mouvement qui sera aussi celui de l’offrande à son Père au soir de la dernière Cène, et pousse un soupir : «Effata, ouvre-toi». Comme à la Croix, il rend l’Esprit, et par ce souffle créateur il guérit l’homme en l’ouvrant au don de Dieu. Quelle souveraine liberté du Christ dans son amour personnel pour chaque homme ! Ce qu’il fait pour nous n’est jamais la répétition de ce qu’il a fait pour d’autres. Ce n’est jamais non plus le geste facile qui nous libèrerait d’un problème, nous allègerait d’une peine. C’est une nouvelle création qui est rédemption car il s’y engage jusqu’au don de sa vie. «Tout ce qu’il fait est admirable», dit la foule vivement frappée. Mais cet homme a fait la rencontre personnelle du Christ dans le don de l’Esprit. Il peut alors témoigner en vérité : «Le Seigneur fit pour moi des merveilles, saint est son nom !»

Méditation 2

Réflexion:
1. « On lui amène un sourd ».
En raison de son handicap, cet homme peut seulement grogner. Il ne peut même pas demander à Jésus de le guérir. Mais on perçoit dans ses yeux une intelligence et une richesse humaine apparemment enfermée pour toujours : une vision tragique de la misère humaine. Sommes-nous aussi une vision tragique aux yeux du Christ ? Chacun d’entre nous peut s’émerveiller des nombreuses grâces reçues de Dieu : le don de la foi, l’illumination de notre conscience, notre formation humaine et chrétienne ! Et, malgré cela, nous demeurons silencieux et comme hébété devant l’apathie religieuse qui nous entoure ou devant les attaques contre le Christ et son Eglise. Pourquoi restons-nous muets ?
2. Une ouïe sélective.
Tout comme le sourd du récit, nous avons du mal à entendre, et donc nous aurons certainement du mal à parler. Nous devons écouter Dieu dans la prière. Ce serait dangereux de parler beaucoup de Dieu si nous parlons peu avec lui. Notre vanité nous pousse à nous soucier de ce que nous allons dire, pourtant Jésus nous dit : « ne vous inquiétez pas d’avance de ce que vous aurez à dire, mais dites ce qui vous sera donné à l’heure même ; car ce n’est pas vous qui parlerez, mais l’Esprit Saint. » (Marc 13, 11) Nous saurons quoi dire et comment le dire si nous avons l’habitude d’écouter attentivement le Seigneur ; si nous laissons l’Esprit Saint toujours guider notre pensée et notre parole.
3. Une âme ouverte.
Jésus voyait certainement en la personne du sourd-muet l’image de tous ceux qui ont peur de parler, tous ceux qui ne comprennent pas les signes du Royaume. Il y a peu de différence entre les disciples et le sourd-muet. Jésus leur a ouvert les oreilles et il a délié leurs langues, tout comme il peut ouvrir nos oreilles et délier nos langues. Quand Jésus nous dit « Ephata ! », il ne s’adresse pas seulement à nos oreilles et à nos yeux, mais à tout notre être, et surtout à notre cœur. Il nous invite à accepter sa grâce et son plan pour nous. Il nous demande de ne pas refuser la souffrance, la vulnérabilité, le ridicule et les attaques : « Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi et de l’Evangile la trouvera. » (Matthieu 16,25)

Prière :
Seigneur, tu as promis que tous ceux qui t’invoquent seront sauvés. Comment les hommes pourront-ils invoquer ton nom s’ils ne croient pas en toi ? Et comment pourront-ils croire s’ils n’ont pas entendu ta parole ? Seigneur, ouvre mon cœur et délie ma langue !

Résolution :
Parler à quelqu’un de ma foi ou de mon amitié avec le Christ.

Méditation 3
Réflexion :
  1) Cet évangile nous montre la joie trouvée dans l’annonce de la bonne nouvelle. C’est une réalité qui est ignorée de nos jours. Or, la mission de l’Eglise est une mission évangélisatrice. Celui qui prétend être un vrai catholique ne peut pas oublier l’aspect missionnaire inscrit en lui depuis son baptême. Oublier cela, c’est oublier les bases même du christianisme.
  2) Annoncer l’Evangile, c’est annoncer une personne : le Christ. Il est notre espérance, le centre de notre vie, et donc le centre de notre prière personnelle car c’est là où nous pouvons dialoguer avec lui. Le saint Père nous rappelle, en cette année du Rosaire, combien cette prière est centrée sur le Christ, qu’elle est une contemplation du visage du Christ. Nos vies intérieures doivent être ancrées dans une relation personnelle avec le Christ, une amitié, une présence, un amour ardent pour Jésus. Nous avons besoin de sa compagnie chaque jour, nous avons besoin d’entendre sa voix, de savourer son message d’amour dans un dialogue au plus profond de notre cœur. Sans cette intimité avec le Christ, toute tentative de faire connaître l’Evangile serait vaine, nous serions comme « un cymbale qui retentit » (saint Paul,I Cor 13,1).
  3) Le mot « évangéliser » fait naître en notre esprit une foule d’images. On pense au temps des premières persécutions, au temps des martyrs. Nous pensons aux terres lointaines peuplées d’incroyants, en Afrique ou en Amérique. Mais l’évangélisation telle que l'Eglise nous la présente aujourd’hui, c’est l’évangélisation du monde dans lequel nous vivons. Il n’est pas nécessaire d’aller en Afrique, en Asie ou en Amérique pour évangéliser. Il nous suffit de passer la porte de notre propre maison, aller dans le bureau d’à côté ou dans le métro. C’est ce monde-là qu’il nous incombe d’évangéliser aujourd’hui !

Prière :
La peur, les complexes, la paresse m’empêchent souvent de remplir ma mission d’évangélisateur. J’ai peur de m’imposer ; j’ai peur des moqueries. Pourtant, je sais bien que Toi aussi, Seigneur, Tu as enduré la moquerie et le mépris afin de nous transmettre ton message. Aide-moi à rompre mes peurs et à être un vrai évangélisateur en ce monde laïc.

Résolution :
M’approcher de quelqu’un qui ne connaît pas l’Evangile et établir avec lui un dialogue d’amitié chrétienne.


Pour prolonger la méditation  

- Commentaire  patristique : 
- Saint Ambroise de Milan, Des Sacrements:
J'aborde l'explication des sacrements que vous avez reçus... Qu'avons-nous fait samedi? L'ouverture. Ces mystères de l'ouverture, on les a célébrés quand l'évêque t'a touché les oreilles et les narines. Qu'est-ce que cela signifie? Notre Seigneur Jésus Christ, dans l'Evangile, quand on lui présenta un sourd-muet, lui toucha les oreilles et la bouche: les oreilles par ve qu'il était sourd, la bouche parce qu'il était muet. Et il lui dit: Ephata. C'est un mot araméen qui signifie "Ouvre-toi".
C'est pour cela que l'évêque t'a touché les oreilles, pour que tes oreilles s'ouvrent à la Parole, ainsi qu'au discours de l'évêque.
Mais tu me demandes: "Pourquoi les narines?"... Afin que tu reçoives les bonnes odeurs de la bonté divine, afin que tu dises "Nous sommes la bonne odeur du Christ pour Dieu", comme l'a dit le saint Apôtre (2Co 2,15), et qu'il y ait en toi tous les parfums de la foi et de la dévotion.


- D'un docteur de l'Eglise :
« Il a bien fait toutes choses »
      La Loi divine raconte les œuvres que Dieu a accomplies à la création du monde, et elle ajoute : « Dieu vit tout ce qu'il avait fait : c'était très bon » (Gn 1,31)... L'Evangile rapporte l'œuvre de la rédemption et de la nouvelle création, et il dit de la même manière : « Il a bien fait toutes choses » (Mc 7,37)... Assurément, par sa nature, le feu ne peut répandre que de la chaleur, et il ne peut pas produire du froid ; le soleil ne diffuse que de la lumière, et il ne peut pas être cause de ténèbres. De même, Dieu ne peut faire que des choses bonnes, car il est la bonté infinie, la lumière même. Il est le soleil qui répand une lumière infinie, le feu qui donne une chaleur infinie : « Il a bien fait toutes choses »...
      La Loi dit que tout ce que Dieu a fait était bon, et l'Evangile qu'il a bien fait toutes choses. Or, faire de bonnes choses n'est pas purement et simplement les faire bien. Beaucoup, à la vérité, font de bonnes choses sans les faire bien, comme les hypocrites qui font certes de bonnes choses, mais dans un mauvais esprit, avec une intention perverse et fausse. Dieu, lui, fait toutes choses bonnes et il les fait bien. « Le Seigneur est juste en toutes ses voies, fidèle en tout ce qu'il fait » (Ps 144,17)... Et si Dieu, sachant que nous trouvons notre joie dans ce qui est bon, a fait pour nous toutes ses œuvres bonnes et les a bien faites, pourquoi, de grâce, ne nous dépensons-nous pas pour ne faire que des œuvres bonnes et les bien faire, dès lors que nous savons que Dieu y trouve sa joie ?
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• Mc 8,1-10

Au désert de l’Exode, le peuple de Dieu avait récriminé contre Moïse et Aaron : «À coup sûr, vous nous avez amené dans ce désert pour faire mourir de faim toute cette multitude !» (Exode 16, 3). Pendant cette longue marche jusqu’à la terre promise, le peuple ne cesse de reprocher à Moïse ce rude chemin qu’ils ont pris à sa suite, cette libération qui ressemble tellement plus à un combat qu’à une vie facile. En réalité, le peuple crie fort son découragement car il a peur que Dieu ne l’ait oublié, et qu’il se soit engagé tout seul dans cette longue marche, loin de la terre qu’il connaissait. Aujourd’hui le peuple est à nouveau dans le désert, et il n’a pas de quoi manger. L’expérience fondamentale du manque se produit à nouveau, tant il est vrai que l’homme découvre alors de façon radicale et si simple sa pauvreté, sa dépendance. Jésus, nouveau Moïse, doit nourrir cette foule qui depuis trois jours est partie à sa suite. Cependant, tout est inversé. Car ce n’est pas la foule qui réclame, mais Jésus qui prononce ces mots si bouleversants d’humanité et de délicatesse : « Si je les renvoie chez eux à jeun, ils vont défaillir en route ». Jésus est le pain de vie. Il pourrait transformer en pain les pierres du désert. Et pourtant, ce sont les pains recueillis par les disciples qu’il va bénir, rompre et donner aux apôtres qui les donneront à la foule. Dans cette préfiguration de l’Eucharistie, il y a toute la discrétion, toute la prévenance avec laquelle le Seigneur vient déceler notre faim, et la combler totalement, dans un geste qui pourtant passe presque inaperçu : un peu de pain reçu chaque jour pour ne pas défaillir en route.
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• Mc 8,11-13

Ce passage de l’évangile paraît bien abrupt : trois petits versets aussi brefs que négatifs ! Jésus refuse un «signe» aux Pharisiens qui le lui réclament, et les quitte… Replacer ce passage dans son contexte adoucit quand même un peu l’impression, car ces versets prennent place tout de suite après le récit de la multiplication des pains : il y a donc bien eu «signe venant du ciel», et c’est la mauvaise foi de ses interlocuteurs, plus que leur demande elle-même, qui explique le refus de Jésus.
La comparaison avec les passages parallèles des autres évangiles aide aussi à la compréhension. On voit en Jean la même réaction agacée de Jésus en réponse à une demande de guérison : «Si vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croirez pas !» (4,48). C’est que, si le signe peut venir éveiller ou étayer la foi, celle-ci est d’abord libre adhésion à la personne même de Jésus. Mais selon les parallèles en Matthieu et Luc, le signe est moins refusé que différé : cette génération «réclame un signe et de signe il ne lui sera donné que celui de Jonas» (Matthieu 16,4). Le signe a bien été donné, et pour toutes les générations : le double signe de la croix et du tombeau ouvert. C’est bien ce qui transfigure notre quotidienneté.
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Les Pharisiens demandent à Jésus un signe venant du ciel pour le mettre à l’épreuve. Dans l’évangile selon saint Marc, cette requête suit immédiatement la multiplication des pains que Jésus vient d’accomplir dans le désert pour une foule affamée. Le contraste est grand entre ce signe donné librement par le Seigneur, et la réponse sans nuance qu’il fait aujourd’hui aux pharisiens : «Amen, je vous le déclare, aucun signe ne sera donné à cette génération». Nous aurions tort de condamner d’emblée la demande des Pharisiens. Souvenons-nous par exemple du prophète Isaïe, envoyé par le Seigneur dire à Achaz de demander un signe venant du Seigneur son Dieu. Devant la réponse négative de ce dernier, c’est Dieu lui-même qui prend l’initiative d’annoncer la naissance d’un enfant. Mais cette fois-ci, les Pharisiens demandent un signe pour mettre Jésus à l’épreuve. Leur cœur défiant se ferme donc. Le signe deviendrait non pas provocation à la foi, mais occasion de piéger celui qui dérange. À cette génération dont le cœur est endurci, nul signe ne sera donné, et Jésus répond cela en soupirant au plus profond de lui-même. Ce n’est pas par colère ou lassitude. C’est en effet dans ce même soupir qu’il remettra son âme entre les mains du Père, sur la croix. Mais il donnera ainsi le signe le plus haut de son amour et de sa mission de salut, acceptant aussi d’abandonner à son Père les cœurs qui le recevront. «Le Seigneur lui-même vous donnera un signe», avait annoncé Isaïe. Voilà le signe le plus grand et le plus discret, venu du ciel mais demeurant avec les hommes et mourant sur la croix comme l’esclave de tous : l’Emmanuel, Dieu avec nous.
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• Mc 8,14-21

«Vous ne voyez pas ?»… «Vous ne comprenez pas encore ?»… «Vous ne vous rappelez pas ?» Telles sont les questions que pose Jésus-Christ à ses disciples aujourd'hui. À peine viennent-ils d'être mis en garde contre le mauvais levain des penchants négatifs et des mauvaises pensées qui agitent le cœur, qu'ils sont en proie à l'inquiétude à propos de ce qu'ils vont manger. «Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez», avait pourtant déjà dit le Christ. «Cherchez d'abord le Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît.» Si le Père céleste nourrit d'air et de liberté les oiseaux, combien plus veille-t-il à nos besoins. Notre monde l'a oublié. Happés par son rythme, nous laissons-nous envahir par les soucis du quotidien et les vaines préoccupations qui détournent de l'essentiel ? Si tel est le cas, ce n'est pas en vain que nous entendons en ce jour avec les disciples le doux reproche de Jésus. De la première multiplication des cinq pains sont restés douze pleins paniers, de la seconde, sept corbeilles. Avons-nous des yeux pour voir et des oreilles pour entendre ? Douze, le chiffre des tribus d'Israël et des apôtres car le Christ est l'accomplissement de toutes choses ; sept, le chiffre symbolique de la plénitude car telle est bien la surabondance de son amour. Jésus, en livrant son corps en hostie vivante à ses amis, se donne entièrement. L'Eucharistie que nous célébrons est ce mystère que Jésus ne cesse de renouveler pour nous en se donnant comme la nourriture de nos âmes, le pain vivant descendu du ciel. Quand aurons-nous compris que l'amour va toujours jusqu'au bout et qu'il n'est jamais épuisé ?
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De quel pain s’agit-il ? On semble en plein malentendu. Les disciples s’inquiètent de n’avoir pas pensé à prendre du pain pour apaiser leur faim corporelle ; alors que Jésus leur parle d’un autre pain, métaphorique celui-là, le pain corrompu que va faire lever «le levain des pharisiens et celui d’Hérode». Son image renvoie à l’un des rites préparatoires à la célébration de la pâque : il faut soigneusement éliminer des maisons tout reste de vieux levain, afin de commémorer, avec des pains azymes non levés, le départ en hâte de l’Égypte et la délivrance apportée par le Seigneur. Paul reprend la même image : «Purifiez-vous du vieux levain pour être une pâte nouvelle puisque vous êtes des azymes purs. Car notre pâque, le Christ a été immolé» (1 Corinthiens 5, 7).
On est donc là bien loin des inquiétudes matérielles à court terme. C’est à sa Pâque que Jésus prépare ses disciples : la pâque où il sera, lui, l’agneau immolé de façon à ce que passent en lui, par-delà la mort, les hommes libérés ; la pâque où il devient, lui, le pain vivant. Il ne s’agit donc plus ni d’un pain matériel ni d’un pain métaphorique, mais de ce pain, à la fois bien réel et devenu autre chose que lui-même, que le Christ a voulu nous laisser comme gage de sa présence effective et efficace. Et ici plus particulièrement, de ce pain qu’il a multiplié pour apaiser la faim des foules, comme préfiguration du pain de vie qui comble tout désir. Un pain qui est pour tous : les deux nombres symboliques — douze comme les douze tribus d’Israël ; sept, le chiffre de la totalité — indiquent que, juifs et païens, tous y ont également part. «Vous ne comprenez pas encore ?»
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• Mc 8,27-33

«Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ?» Jésus, toujours uni à son Père, est le seul qui puisse poser cette question de manière juste car on ne connaît sa véritable identité qu'en la recevant de Dieu. Il ne se soucie pas de son image de marque, de ce que pensent les autres de lui. Il veut seulement savoir si le cœur des hommes est prêt à accueillir son mystère. Les disciples ne s'attendaient pas à pareille question. Nous, non plus. Pourtant, Jésus-Christ interroge chacun directement : aujourd'hui, pour toi, qui suis-je ?... Bien sûr, nous avons la réponse puisque nous connaissons et aimons l'admirable intervention de Pierre, son apôtre : «Tu es le Messie». Pourtant, même si nous faisons nôtre sa belle profession de foi, avec quels mots simples et personnels exprimer notre amour au Christ en ce jour ? Chacun reste libre de se prononcer… «Pour vous, qui suis-je ?» Jésus attend également une réponse communautaire. Il désire que nous sachions que c'est lui seul qui nous tient ensemble pour que nous donnions un visage à son Église. Alors seulement, il peut nous révéler «ouvertement» qui il est et nous dire le don de toute sa vie. Il faut que «le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et des scribes, qu'il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite». Nous admirons la majestueuse liberté du Christ, le Fils du Dieu vivant, qui sait tout autant nous appeler à l'engagement que nous dévoiler sans détour l'infini de son amour qui va jusqu'à se livrer totalement. Pierre ne pourra pénétrer dans la vraie connaissance de Dieu que par la porte étroite de la croix. Et nous ?
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La nouveauté éternelle de Dieu nous déconcerte toujours, tant les limites de notre imagination et de notre conceptualisation nous poussent à ramener l’inattendu à des modèles connus. Pour répondre à la question que Jésus pose à chacun : «Pour toi, qui suis-je ?», ses contemporains  avaient recours aux grandes figures bibliques : Élie dont Malachie avait annoncé le retour (3, 23) ou ce « prophète» que Moïse avait promis (Deutéronome 18, 15) ; Pierre lui-même ne sait le nommer que «le Messie», c’est-à-dire celui qui a reçu l’onction, ce Messie dont l’attente peu à peu avait coloré l’espérance d’Israël et qui devait inaugurer le règne de Dieu sur la terre promise. Tout cela est juste, certes : ces préfigurations prophétiques se rapportent bien à Jésus, mais elles n’épuisent pas son mystère ; bien plus, elles risquent de le réduire à une mesure, à une histoire connues. Et c’est pourquoi Jésus demande le silence : pour qu’on ne réduise pas trop vite son identité à celle d’un prophète ou d’un libérateur comme Israël en a déjà tant connu. Et c’est pourquoi, sans transition, il commence à parler de la passion qu’il doit souffrir, de ce qui heurte le plus l’image commune d’un messie puissant et victorieux et qui pourtant dit le cœur même de sa mission ; c’est pourquoi il préfère au titre de messie, celui de «Fils de l’homme» qui dit à la fois l’humilité de son incarnation et l’avenir eschatologique annoncé par Daniel (7, 13). Comme Pierre, nous sommes tentés de répondre à la question de Jésus par des concepts connus, sans doute exacts, mais qui peuvent nous empêcher de voir qui veut être pour nous ce Dieu qui mène toujours au-delà.

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• Mc 8,27-35

Pour la première fois, Jésus annonce ce qu'implique en vérité son titre de Messie, et les exigences requises de tous ses disciples: Pierre, un jour, le comprendra. (voir l'introduction au 24ème dimanche du TO, années B, à cette page)

Méditation 1
 
(par Julienne Côté, CND - Collège Regina Assumpta, Montréal - sur le site Interbible - voir page des liens)

   La découverte du mystère de Jésus peut être fulgurante, mais souvent elle se fait lentement et progressivement, au rythme des joies, des peines, et des étapes de la vie. Pierre, à la question abrupte, directe, incontournable de Jésus, a répondu avec sincérité et vérité: il Lui rend témoignage... Puis, il refuse à Jésus sa parole de révélation. C’est dire que confesser Jésus exige de le connaître mieux et davantage et, à l’intime de l’être, de prendre un engagement personnel qui implique le perpétuel dépassement d'un horizon trop limité. Qui suis-je pour toi? La réponse ne peut se dire que dans l’amour constamment purifié.
Jésus, une figure du passé?
     La première partie du récit rend compte d’opinions diverses exposées par des gens qui viennent entendre Jésus sans l’accompagner pour autant. On le voit comme un prophète, envoyé de Dieu, qui vient rappeler au peuple la voie de la fidélité à Dieu. En tant que membres du peuple hébreu, ils ont une certaine connaissance de Jésus, non négligeable, mais celle-ci est avant tout extérieure. Aussi provoque-t-elle la deuxième interpellation du Maître: Pour vous, qui suis-je? Pierre ose proclamer qu’il est le Messie (v. 29). C’est une avancée, mais ce mot renvoie souvent à une puissance politique qui établira le royaume de justice voulu par Dieu. Cette compréhension du Maître avec qui les disciples ont vécu en Galilée peut-elle être dépassée, s‘ouvrir à un autre horizon? Le pas à franchir est arrivé. Chemin faisant (v. 28), sur la route qui monte à Jérusalem, Jésus, leur dévoile avec assurance ce qui l’attend.
L’identité réelle de Jésus : unique et inédite
     Au cours de l’échange entre Jésus et les disciples, il importe de tenir ensemble la confession de Pierre et l’enseignement de Jésus (vv. 31 et 34-35). C’est essentiel et fondamental pour bien comprendre dans son intégralité l‘essence de la foi chrétienne. Jésus prend l’initiative de dire qui il est en évoquant la figure du Fils de l’homme (Daniel 7), utilisée souvent pour exprimer la venue d’un personnage auréolé d’une puissance glorieuse et triomphante, mais, ici, cette appellation est identifiée à la figure du Serviteur souffrant qu’évoque le prophète Isaïe (42, 1-17; 49, 1-6; 50, 4-9 – notre première lecture; 52, 13 - 53, 12). Le texte bascule et les disciples sont estomaqués, déroutés, désemparés: le chemin de leur Maître n’est pas et ne sera pas celui du pouvoir et de la gloire que connaissent les souverains terrestres; Jésus n’échappera pas magiquement à ce que l’existence peut comporter de conditions tragiques.
L’incompréhension de Pierre
     De quel type de Messie Pierre pense-t-il avoir besoin? Est-ce bien celui que Dieu veut lui donner? Sa réaction dévoile une connaissance limitée de Jésus et une conception complètement à l‘opposé de celle du prophète. Le disciple, précédemment inspiré, devient bouillant et impulsif, et se montre comme le tentateur, l’adversaire aux yeux de Jésus : Passe derrière moi, Satan! (v. 33). C’est dire à quel point l’entourage immédiat de Jésus et dévoué à son service doit se prendre en mains, changer sa mentalité pour entrer dans la vision de Dieu. Le processus sera long et douloureux.
Cheminer à la suite de Jésus
     Pour tout être humain, la vie comporte des limites, des combats, des passes douloureuses qui peuvent ouvrir sur un dépassement de soi, un accomplissement plus complet des ressources insoupçonnées de l’être, un bonheur profond et non une caricature de celui-ci.
     Pour le disciple, vivre en communion avec Jésus, c’est apprendre à modeler ses désirs et ses attentes sur ce que le Seigneur  a enseigné par sa vie donnée et sa mort vécue en toute obéissance au Père, dans l’amour des hommes et des femmes de son époque et de toutes les civilisations. C’est constamment questionner ses valeurs, ses choix et ses décisions pour vérifier si tout coïncide avec le sens que Jésus a donné à sa vie, plutôt que de s’en éloigner en calquant ses pensées et ses agirs sur les modes du jour, en suivant la pente naturelle de la chair et non de l’esprit comme l’expose l’apôtre Paul. Confesser sa foi au Christ, l’actualité en fait foi, implique de porter non seulement les critiques et les oppositions farouches, mais les quolibets et les injures, voire la haine du milieu ambiant. Pourquoi s’étonnerait-on que la route soit, à certains moments, celle du renoncement? Jésus ne cache pas à ses disciples que le chemin entrepris le conduit à Jérusalem.
     La confession de Pierre ouvre donc sur le dévoilement du mystère profond et éternel de Jésus. Le texte évangélique montre les balbutiements de la foi des chrétiens de la première génération. Chaque croyant, aujourd’hui, au fil de sa vie, poursuit sa quête du Christ. Dans le fond de sa conscience et de son coeur, petit à petit, par la grâce de l’Esprit, il découvre la richesse et la grandeur de l’amour du Père et du Fils, et doit avec la communauté croyante confesser Jésus selon les formules de foi millénaires. Mais, à l’intime de lui, il importe également de dire dans ses mots personnels, sa passion du Christ, comment celui-ci colore et comble sa vie. Cette réponse en sera une d’amour, en parole et en action, la  seule qui puisse convenir, face à Jésus Christ qui a donné sa vie pour notre salut et que le Père a relevé, le jour de Pâques.
Pour prolonger la réflexion... Des paroles dures à entendre
     Si quelqu’un veut venir derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive (v. 34). La dimension de sacrifice ici soulignée s’impose à toute vie, car se livrer à ses instincts naturels, à ses intérêts trop égoïstes ne conduit pas à la vie. S’arracher à ce qui enferme sur soi pour s’attacher et partager la vision et l’engagement de Jésus, c’est se mettre à sa suite. Il n’est pas question d’anéantir, de renier ce que Dieu nous donne d’être,  mais d’accueillir sa vie de Lui, de porter le poids des événements et des petites morts quotidiennes, de  les soulever, de les transformer en victoires. Le Golgotha conduit au matin de Pâques.
    Celui qui perdra sa vie pour moi et pour l’Évangile la sauvera (v. 35). Le grand et déroutant paradoxe! On est loin de l’absence de souffrance et de mort que Pierre attendait. Cela souligne que personne ne peut posséder sa vie comme bon lui semble, mais que, dans la foi, il reconnaît que Dieu seul peut définir en vérité le sens de son existence, sa valeur inaliénable. C’est entrer dans les vues de Dieu, dans la tâche de Jésus, de porter son message, de ne pas en rougir, de manifester son attachement dans un agir concret et ajusté à sa Parole.

Méditation 2

Réflexion:
  1)« Pour les gens, qui suis-je ? » C’est une question facile. Nous ne dévoilons pas nos propres convictions en disant ce que les autres pensent. Les gens ont eu beaucoup d’avis concernant Jésus et ils les ont encore aujourd’hui. Certains pensent qu’il est un prophète. D’autres sont de l’avis des Pharisiens et pensent qu’il est un pécheur. D’autres, comme les habitants de Nazareth, pensent qu’il n’est pas autre chose que le fils d’un charpentier et que les apôtres se trompaient en l’appelant le Messie. Les avis sur la personne du Christ ne manquent pas.
  2) Pierre répond qu’il est « le Messie, le Fils de Dieu ». Il parle en premier parce que, d’une manière mystérieuse, le Père le lui a révelé. Cette vérité est devenue pour lui une certitude absolue, et pas seulement une opinion dans son esprit.
Quand il s’agit de nos convictions, nous prenons la parole, nous agissons. Quand on nous interroge sur nos opinions, nous répondons avec moins d’assurance. Il en faut beaucoup pour changer de conviction. Il faut seulement un fait nouveau pour changer d’opinion. Imaginons un garçon qui s’en prend à un autre dans la cour de l’école. Tous les parents pensaient que c’était un enfant sage, mais maintenant qu’il se bat, ils changent d’avis. Cependant, sa propre mère croit encore que c’est un bon garçon. Il faut plus d’une querelle pour changer ce dont elle est convaincue de tout son cœur.
  3)Quelle est ma conviction ? Nous savons tous que Pierre avait la bonne réponse. C’est notre opinion intellectuelle. Si c’est aussi une conviction dans mon cœur, cela changera ma façon de vivre. Nous vivons selon notre cœur, non pas selon notre intelligence. Si souvent, nous savons ce que nous devons faire et nous ne le faisons pas! Suivons notre cœur. Suivons nos convictions. Ma foi en Jésus Christ doit être ancrée dans mon cœur, pas seulement dans mon esprit. Pour cela, nous avons besoin de prier. Prier, penser au Christ et à tout ce qu’Il a fait dans ma vie est la seule manière de convaincre mon cœur qu’Il est le Messie, le Fils de Dieu. Ma foi en Jésus Christ doit passer d’une opinion à une conviction.

Prière: 
Seigneur, je sais beaucoup de choses de Toi, mais souvent je ne Te suis pas.
Souvent, je sais ce que Tu veux que je fasse, mais je ne le fais pas: je suis les inclinations de mon cœur alors que je sais que je ne le devrais pas.
Aide-moi à penser à tout ce que Tu as fait pour moi, de m’en souvenir, de le méditer, en commençant par ta mort sur la croix. Tu es vraiment mort pour moi. Mon cœur doit s’en convaincre. Cette vérité ne peut plus demeurer comme une simple opinion, quelque chose que je sais et que j’accepte intellectuellement, mais qui ne change pas ma façon de vivre.
Seigneur, fais que ma foi en Toi ne soit pas une simple opinion mais qu’elle devienne une certitude dans mon cœur.

Résolution:
Prendre chaque jour quelques instants pour penser à Jésus sur la croix, souffrant et mourant par amour pour moi.
Me convaincre que L’aimer est ce que je peux faire de mieux pour L’en remercier.



Pour prolonger la méditation  

- Versets du Premier Testament :
- Is 55,6: « Cherchez YHWH pendant qu'il se laisse trouver, invoquez-le pendant qu'il est proche. »
- Ps 39,8: « Et maintenant, que puis-je attendre, Seigneur? Mon espérance, elle est en toi. »

- Versets du Nouveau Testament :
- Mc 6,2-3;14-16 : « 2.Le sabbat venu, il se mit à enseigner dans la synagogue, et le grand nombre en l'entendant étaient frappés et disaient : « D'où cela lui vient-il ? Et qu'est-ce que cette sagesse qui lui a été donnée et ces grands miracles qui se font par ses mains ? 3.Celui-là n'est-il pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de José, de Jude et de
Simon ? Et ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? » 14.On disait : « Jean le Baptiste est ressuscité d'entre les morts ; d'où les pouvoirs miraculeux qui se déploient en sa personne. » 15.D'autres disaient : « C'est Élie. » Et d'autres disaient : « C'est un prophète comme les autres prophètes. » 16.Hérode donc, en ayant entendu parler, disait : « C'est Jean que j'ai fait décapiter, qui est ressuscité ! » »
- Mc 10,33 : « Voici que nous montons à Jérusalem, et le Fils de l'homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes ; ils le condamneront à mort et le livreront aux païens. »

-  Commentaire  patristique : 
Saint Ignace d'Antioche (voir page sur saint Ignace), Lettre aux Ephésiens:
L'œuvre qui nous est demandée n'est pas simple profession de foi, mais d'être trouvés jusqu'à la fin dans la pratique de la foi.

- D'un théologien moderne :
P.-A. Liégé, Le temps du défi - Les chrétiens à l'épreuve (1978)
Il est assez facile, comme beaucoup hier et aujourd'hui, de dire "Jésus de Nazareth est un homme sympathique, nous nous référons à lui" - et d'adhérer ainsi au club des Amis de Jésus de Nazareth.
Il est facile de s'adonner à une religiosité vague et océanique, qui prête au divin les traits que l'homme, dans ses états d'âme, veut bien lui donner.
Il est également facile d'être athée en refusant tout au-delà de l'histoire, au nom de la densité immédiate des tâches historiques.
Tout cela est raisonnable.
Mais croire en l'Evangile de Jésus, c'est autre chose: c'est reconnaître - avec tout ce que cela implique - que ce Jésus est hors-série, et que, en lui, une fois pour toutes, Dieu s'est engagé jusqu'au bout et sans reprise dans l'aventure humaine

- D'une théologienne moderne :
Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Edith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, co-patronne de l'Europe, L'Expiation mystique - Amour de la Croix, 24/11/1934.
« Qu'il prenne sa croix, et qu'il me suive »
      L'union avec le Christ est notre béatitude et l'approfondissement de notre union avec lui fait notre bonheur ici-bas. L'amour de la croix ne se trouve donc nullement en contradiction avec notre joie d'être enfants de Dieu. Aider à porter la croix du Christ donne une allégresse forte et pure à ceux qui y sont appelés et qui le peuvent ; ceux qui participent ainsi à l'édification du Royaume de Dieu sont vraiment les enfants de Dieu. Ainsi, une prédilection pour le chemin de la croix ne signifie pas non plus que l'on répugne à voir le Vendredi saint passé et l'oeuvre de la Rédemption accomplie. Seuls des rachetés, seuls des enfants de la grâce peuvent vraiment porter la croix du Christ. Ce n'est que de l'union avec la Tête divine que la souffrance humaine reçoit sa puissance rédemptrice.
      Souffrir et être bienheureux dans la souffrance, se tenir debout sur la terre, aller de par les chemins poussiéreux et caillouteux de cette terre tout en siégeant avec le Christ à la droite du Père (cf Col 3,1), rire et pleurer avec les enfants de ce monde sans cesser de chanter avec les chœurs angéliques la louange de Dieu, voilà la vie du chrétien, jusqu'à ce que se lève l'aurore de l'éternité.

- D'un auteur moderne :
G. Bessière, Le feu qui rafraîchit (1978):
Comme au jour où Pierre répondit: "Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant", les mots ne suffisent pas pour donner la réponse. C'est en termes de vie et de mort que Jésus a répondu. Le langage décisif, celui qui n'a pas de frontière, celui qui circule entre les hommes et Dieu lui-même, c'est la manière dont les êtres vivent et meurent. A cette extrémité où nous voulons rendre compte de Jésus, c'est le tout de la vie qui gonfle les mots de signification.

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• Mc 8,34 - 9,1

Jésus-Christ vient de révéler ses souffrances et sa résurrection à ses disciples. Lorsqu'il prédit son chemin de croix, il annonce en même temps le nôtre. Ils sont un même chemin, celui par lequel Jésus a marché et sur lequel nous le suivons. Puisque sa vie et sa mort sont pour nous, il nous demande si nous acceptons que notre vie, notre mort soient comme la sienne. «Si quelqu'un veut marcher derrière moi…» Prenons conscience avec gratitude de cette réalité première, cet appel à la suite du Christ, qui est la source de notre vie et de notre joie... Jésus poursuit : «qu'il renonce à lui-même», non pas à être lui-même mais à vouloir être «quelqu'un», qu'il oublie ses pensées propres, son vouloir propre, son amour propre, «qu'il prenne sa croix et qu'il me suive». Ce n'est pas d'emblée qu'on comprend le sens de la croix. Que veut dire se renoncer, se perdre pour Le trouver ? Quelle est cette croix, non celle que j'aurai choisi ou prévu, mais la mienne ? Lorsque survient l'épreuve, suis-je prêt à m'appuyer sur la seule force du Christ qui a tout enduré pour moi ? L'appel du Christ, mon désir de le suivre restent premiers. L'amour illumine la croix pour révéler sa face cachée mais glorieuse. «Quel avantage, en effet, un homme a-t-il à gagner le monde entier en le payant de sa vie?» Le Christ partage avec nous la coupe qu'il tend à ses amis. Par-delà les dépouillements, nous le suivons sur le chemin des noces de l'Agneau et effectuons avec lui le passage de notre mort à nous-mêmes pour naître à la vie nouvelle des enfants de Dieu et dire un jour : «Je vis mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi»
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Gagner le monde entier ou sauver sa vie ? On se priverait de comprendre la portée des paroles de Jésus en les ramenant à un simple jeu de qui perd gagne ou en les entendant comme un pari plus ou moins intéressé : sur quoi dois-je miser pour être vraiment gagnant ? Il faut se souvenir qu’elles suivent immédiatement, en Marc, la première annonce de la Passion : Jésus vient de commencer à prévenir ses disciples qu’il doit «beaucoup souffrir…, être tué et, après trois jours, ressusciter» (8, 31). S’engager sur le chemin qu’il propose à celui qui «veut marcher derrière» lui, même si cela s’exprime en termes négatifs — renoncer à soi-même, porter sa croix —, est donc d’abord un choix positif : un choix d’amour qui consiste à vouloir imiter le Maître qui, le premier, est venu le parcourir à cause de son grand amour.
Il s’agit donc pour l’homme non d’un pari, mais de l’exercice de sa liberté fondamentale — qui le fait à l’image de Dieu — de choisir les valeurs et le sens de sa vie. «Choisis donc la vie, conseillait déjà le Seigneur à son peuple, afin que toi et tes fils viviez» (Deutéronome 30, 19). Mais, paradoxalement, le choix de la vie, s’exerçant dans un monde et une histoire blessés, entraîne à traverser la mort, à adopter à la suite de Jésus une façon d’être qui fasse mourir, ou plutôt laisse dépérir ce qui en nous ne peut survivre car n’étant pas à la mesure de l’éternité. Dieu est venu se faire fils de l’homme, précisément pour que soit rendu à nouveau possible ce choix, en acceptant de subir souffrance et mort pour les traverser de sa puissance de vie. Il reste à chacun, après lui, à déterminer ce qu’il choisit d’aimer.
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