Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven
Nouveau Testament


Evangile selon
saint Marc


Illustration: Saint Marc symbolisé par le lion

(les Pères de l'Eglise ont rattaché chacun des quatre évangélistes à l'un des "quatre Vivants" de l'Apocalypse entourant le Christ en gloire;saint Marc est représenté par le lion, parce que son Evangile commence avec saint Jean Baptiste, homme du désert).
Plaque de reliure émaillée, XIIème siècle - Musée de Cluny, Paris


C’est le plus court et peut-être aussi le plus méconnu des quatre évangiles.
Plus ancien que les autres, il témoigne pour nous de l’audace inventive et croyante des premiers chrétiens capables de susciter un genre littéraire nouveau pour rendre compte de leur foi et la transmettre aux générations suivantes. 
C’est avec Marc en effet, en qui la tradition reconnaît le disciple de Pierre, que paraît le genre «évangile» ; il nous en dit le but : annoncer le mystère de «Jésus Christ, Fils de Dieu» (Mc 1,1).

Afin de nous laisser, nous aussi, toucher par cette bonne nouvelle, il nous est proposé - surtout durant les années B - de «découvrir», «lire» et «méditer» le texte évangélique, en compagnie de son auteur, Marc.

Un grand dynamisme anime ce livret: style nerveux, composition alerte, mais surtout manière très personnelle de présenter Jésus et son ministère:
Toujours en mouvement, le Seigneur va sans cesse ailleurs, plus loin, entraînant ses disciples à le suivre sains jamais s’arrêter, s’installer
Pas le moindre temps mort dans le drame qui se déroule très rapidement et dont on pressent vite le dénouement tragique :la Croix à partir de laquelle saint Marc relit toute la vie de Jésus.

Pourtant, le lecteur est tenu en haleine par l’évangéliste, prédicateur véhément qui ne cesse de l’interpeller : « Ce n’est pas le moment de rester neutre, de tergiverser ; il faut choisir : pour ou contre Jésus ».
A la fin de son évangile, saint Marc laisse chacun face au tombeau avec ce dernier message : « Ne cherchez pas Jésus de Nazareth, le crucifié, parmi les morts : il est ressuscité ! »  
La lecture de cet Evangile se présente ainsi comme un parcours initiatique à refaire toujours, car l’option pour le Christ se heurte à d’incessantes contradictions à l’extérieur et à l’intérieur de nous-mêmes.
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Avec Matthieu, on peut évoquer la figure du publicain ; avec Luc, celle de «l’écrivain de la mansuétude du Christ», comme l’a si bien dit l’auteur médiéval Dante ; avec Jean, celle du théologien...
Mais avec Marc ? Il n’y a, semble-t-il, rien à dire à dire de Marc. Bien sûr on trouve sa trace ici ou là, sous la plume de Paul qui l’estime «précieux pour le ministère» (2 Timothée 4, 11), ou de Pierre qui l’appelle : «mon fils» (1 Pierre 5, 13). Mais il n’y a rien qui permette d’imaginer quelqu’un, un visage ou une histoire. Il serait le «cousin de Barnabé» (Colossiens 4, 10), à moins qu’on ne le reconnaisse dans le jeune homme au drap qui suivait Jésus au jour de son arrestation à Gethsémani (Marc 14, 51)... Insaisissable Marc ! De fait, il n’y a rien à dire de Marc et c’est peut-être sa plus grande réussite : Marc l’évangéliste a réussi à n’être que Marc l’évangéliste. Le héraut d’un autre. Le témoin d’une bonne nouvelle radicalement décisive en face de laquelle il est urgent de se prononcer. Bref : l’évangéliste. Et même l’inventeur du genre, puisque l’exégèse nous apprend que son évangile est le plus ancien – et même l’une des sources – des quatre récits dont nous disposons aujourd’hui. Et pour comble, la liturgie retient, pour honorer le saint auteur du deuxième évangile, un texte qui vraisemblablement, n’appartient pas au manuscrit original ! Ce n’est donc décidément pas vers l’auteur qu’il faut regarder mais vers celui que son écrit veut désigner et proposer à la foi du «monde entier» (Marc 16, 15). Marc a disparu mais son récit ne cesse d’inviter – et le plus largement possible – à la foi, au salut et à la joie du Ressuscité.
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1. Chapitres 1 à 4

• Mc 1,1-8

Dans le désert, lieu traditionnel de la Révélation divine, Jean proclame la venue prochaine de celui qui baptisera dans l'Esprit.
C'est donc bien le "commencement de l'Évangile": Jésus, "Bonne Nouvelle du Salut"!

Remarques:
Sur Marc et son évangile, voir ci-dessus.
Sur Mc 1,1-13:
L'introduction de Marc se distingue de celles des deux autres synoptiques par sa brièveté: Marc ne mentionne aucun des événements qui entourent les naissances de saint Jean le Précurseur et de Jésus - mais commence directement par le ministère de Jean.
Le temps semble comprimé, les prophéties s'accomplissent à un rythme rapide:
-- Isaïe avait annoncé un messager qui préparerait le chemin: vv.2-3 -> Jean apparaît: v.4;
-- Jean annonce la venue de quelqu'un de plus puissant que lui: vv.7-8 -> Jésus apparaît: v.9.
Marc mentionne ensuite brièvement le baptême de Jésus (vv.9-11), et la tentation au désert (vv.12-13).
Sur saint Jean Baptiste: voir en particulier cette page. Sur le Baptême donné par Jean, on pourra voir en particulier cette page.

Traduction et notes:


Verset 1.
᾿Αρχὴ τοῦ εὐαγγελίου ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ, Υἱοῦ τοῦ Θεοῦ.
Commencement de l'Évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu:
• τοῦ εὐαγγελίουΙησοῦ Χριστοῦ - de l'Évangile de Jésus Christ:
--La signification étymologique du mot "évangile" est "bonne nouvelle"; c'est en effet la transcription (formation "savante") du grec "εὖ eu
", "bien, bon" et "ἀγγέλλω an'gellō", "j'annonce" (d'où dérive notre mot "ange" = celui qui "annonce"); voir 1,14;8,35;10,29;13,10.
--Cet "Évangile", cette "Bonne Nouvelle" concerne la venue du règne de Dieu en la personne de son Messie (rappel: le terme grec "χριστος Christos" -> "Christ" est la traduction du terme hébreu "משחMashiakh" -> "Messie" - voir ici, Lc 9,20 et note; et ici, sur le nom "Jésus").
Υἱοῦ τοῦ Θεοῦ - Fils de Dieu:
--Cette locution est absente de certains manuscrits.
--Plusieurs textes du PT appellent le Messie "Fils de Dieu" (2S 7,14; Ps 2,7;89,27-28) et c'est très certainement dans ce sens qu'il faut prendre l'expression ici (voir Mt14,32;27,54).
--Chez Marc, ce sont toujours d'autres que Jésus qui le désignent au moyen de ce titre (voir 1,11;3,11;5,7;9,7;14,61;15,39).

Verset 2.
᾿῾Ως γέγραπται ἐν τοῖς προφήταις, ἰδοὺ ἐγὼ ἀποστέλλω τὸν ἄγγελόν μου πρὸ προσώπου σου, ὃς κατασκευάσει τὴν ὁδόν σου ἔμπροσθέν σου·
comme il est écrit dans Isaïe le prophète: "Voici, moi j'envoie mon messager devant ta face, lequel préparera ton chemin".
En fait, cette première partie de citation est de Ml 3,1.

Verset 3.
φωνὴ βοῶντος ἐν τῇ ἐρήμῳ, ἑτοιμάσατε τὴν ὁδὸν Κυρίου, εὐθείας ποιεῖτε τὰς τρίβους αὐτοῦ,
<voici> la voix de celui qui crie dans le désert: Préparez le chemin du Seigneur, faites droits ses sentiers".
C'est cette seconde partie de citation qui est d'Is, en 40,3.
Sur ce passage, voir commentaires sur Lc 3,1-6 à cette page.

Verset 4.
ἐγένετο ᾿Ιωάννης βαπτίζων ἐν τῇ ἐρήμῳ καὶ κηρύσσων βάπτισμα μετανοίας εἰς ἄφεσιν ἁμαρτιῶν.
Jean vint, baptisant dans le désert, et prêchant le baptême de repentance en rémission de péchés.
βαπτίζων / βάπτισμα - baptisant / le baptême:
--Le verbe "baptiser" est la transcription du verbe grec "βαπτίζω baptidzō" qui signifie "immerger", "plonger".
--Différentes ablutions rituelles étaient (et sont encore; voir par ex. cette page) pratiquées dans le Judaïsme; mais aucune ne correspond exactement à celle pratiquée par Jean. La pratique qui s'en rapproche le plus est l'immersion dans le Miqvé des goïm désirant adhérer au Judaïsme - cependant l'origine de cette pratique pourrait être plus tardive.
μετανοίας - de repentance:
--Litt., le "retournement" - sens étymologique de notre terme "conversion" (du latin; "cum/con - vertere" = "retourner totalement").
--Le baptême donné par Jean est précédé de la reconnaissance de ses péchés par le futur baptisé - et il doit être compris à la lumière de la mission du Précurseur: préparer la venue du Messie. 
 
Verset 5.
καὶ ἐξεπορεύετο πρὸς αὐτὸν πᾶσα ἡ ᾿Ιουδαία χώρα καὶ οἱ ῾Ιεροσολυμῖται, καὶ ἐβαπτίζοντο πάντες ἐν τῷ ᾿Ιορδάνῃ ποταμῷ ὑπ᾿ αὐτοῦ ἐξομολογούμενοι τὰς ἁμαρτίας αὐτῶν.
Et tout le pays de Judée et tous ceux de Jérusalem sortaient vers lui; et ils étaient baptisés par lui dans le fleuve du Jourdain, confessant leurs péchés.
 
Verset 6.
ἦν δὲ ὁ ᾿Ιωάννης ἐνδεδυμένος τρίχας καμήλου καὶ ζώνην δερματίνην περὶ τὴν ὀσφὺν αὐτοῦ, καὶ ἐσθίων ἀκρίδας καὶ μέλι ἄγριον.
Or Jean était vêtu de poil de chameau et d'une ceinture de cuir autour des reins, et il mangeait des sauterelles et du miel sauvage.
ἐνδεδυμένος τρίχας καμήλου καὶ ζώνην δερματίνην- vêtu de poil de chameau et d'une ceinture de cuir: Le "vêtement" de Jean est celui d'un pauvre (la peau, comme le pelage du chameau, sont très rêches lorsqu'ils ne sont pas traités) - mais aussi celui d'un נזר nâzir(voir ici).On peut aussi y voir une allusion au prophète Élie (2R 1,8): le ministère de Jean est présenté comme l'accomplissement de la prophétie du PT qui annonçait le retour d'Élie (Ml 3,23; voir Mt 11,14-15;17,11-13).  
• ἐσθίων ἀκρίδας καὶ μέλι ἄγριον- <mangeant> des sauterelles et du miel sauvage: La nourriture de Jean correspond également à une nourriture de pauvre (le "miel sauvage" étant en réalité le miel de guêpes, beaucoup plus âcre que le miel d'abeille - qui fait partie des aliments courants dans le monde méditerranéen) et surtout la nourriture d'un ascète vivant au désert - ce mode de vie extrêmement frugal accentuant encore l'impact de son message.
 
Verset 7.
καὶ ἐκήρυσσε λέγων· ἔρχεται ὁ ἰσχυρότερός μου ὀπίσω μου, οὗ οὐκ εἰμὶ ἱκανὸς κύψας λῦσαι τὸν ἱμάντα τῶν ὑποδημάτων αὐτοῦ.
Et il prêchait, disant: Il vient après moi, celui qui est plus puissant que moi, duquel je ne suis pas digne de délier, en me baissant, la courroie des sandales.
τῶν ὑποδημάτων αὐτοῦ - de <ses> sandales: Jean se présente - avec grande humilité - comme indigne même d'accomplir la tâche du plus "déclassé" des esclaves: celui qui était chargé de détacher les "sandales" de son maître et de lui laver les pieds après le chemin.
 
Verset 8.
ἐγὼ μὲν ἐβάπτισα ὑμᾶς ἐν ὕδατι, αὐτὸς δὲ βαπτίσει ὑμᾶς ἐν Πνεύματι ῾Αγίῳ.
Moi, je vous ai baptisés d'eau; lui, vous baptisera de l'Esprit Saint.
ἐν Πνεύματι ῾Αγίω - dans l'Esprit Saint: Contrairement à Mt et Lc , Mc ne parle que du "baptême dans l'Esprit", pas "dans le feu". Néanmoins, ce terme de "baptiser" (voir v.4 et note) souligne l'idée d'abondance, qui caractérisera l'effusion de l'Esprit.

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• Mc 1,7-11

En ces jours précédant la célébration de l’Épiphanie, les premières manifestations de Jésus sont rappelées. La recension qu’en donne Marc est la plus synthétique : elle donne à voir dans un même élan la prophétie de Jean Baptiste et son accomplissement. Tout se joue autour du baptême, ou plutôt des deux baptêmes. Le baptême que Jean confère dans l’eau : un «baptême de repentir pour la rémission des péchés» (Marc 1,4) ; et le baptême qu’il annonce, donné dans le feu de l’Esprit par un autre «plus fort». Et voilà qu’«en ces jours-là» — ce qui n’est pas une vague indication chronologique, mais l’expression désignant les temps messianiques — l’eau et l’Esprit ensemble témoignent. Jésus, dans son humanité, descend dans l’eau pour recevoir le baptême de pénitence ; Jésus, Fils de Dieu, remonté des eaux, est confirmé par l’onction de l’Esprit et l’attestation du Père. Théophanie où Dieu manifeste son être un et trine : l’eau baigne le corps du Fils, la voix du Père se fait entendre et l’Esprit même se donne à voir «comme une colombe». L’immersion prophétise l’enfoncement du Christ dans les eaux de la mort ; mais «le ciel se déchire» annonçant sa remontée dans la gloire. Annonçant aussi que pour l’homme, lavé du péché au contact des eaux baptismales sanctifiées par le Christ, s’ouvre à nouveau le chemin du ciel. L’homme-Dieu est venu assumer la chair, pour accueillir en elle l’onction de l’Esprit et le témoignage de la filiation. «Le Fils bien-aimé» est devenu «le premier-né d’une multitude de frères» (Romains 8,20). Et désormais chacun de nous peut entendre la voix de Dieu lui murmurer : c’est toi mon fils, ma fille, mon bien-aimé.
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• Mc 1,21-28

L’évangile selon saint Marc ne se perd pas en longues introductions. Chez lui, pas de préliminaires théologiques – comme chez Jean –, pas de récits d’enfance ou de généalogie – comme chez Luc ou Matthieu – ; tout commence au désert, où paraît un certain «Jésus», dont on ne sait ni d’où il est, ni qui sont sa mère ou son père : il «vint de Nazareth de Galilée» (Marc 1, 9) ; un point c’est tout. Ce qui compte pour Marc, ce n’est manifestement pas de situer Jésus par rapport aux hommes, mais bien plutôt par rapport à sa mission qu’il comprend en termes de relation : avec le Père tout d’abord, de qui Jésus tient sa légitimité et dont il a «toute la faveur» (Marc 1, 11), et puis avec le mal, que l’évangéliste nomme Satan, par qui Jésus est tenté «au désert, durant quarante jours» (Marc 1, 13). Plus que de l’amorce d’un récit, il s’agit pour Marc de livrer à son lecteur les clés qui lui ouvriront l’accès à «l’Évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu» (Marc 1, 1) : Jésus vient du Père pour s’affronter au mal et en triompher. Et c’est bien ce que décline ensuite tout l’évangile, à commencer par le passage que la liturgie nous donne à lire aujourd’hui : la délivrance du démoniaque de Capharnaüm. L’affrontement entre Jésus et le mal, dont la scène primordiale est demeurée secrète au désert, est désormais publié sous les yeux de témoins invités à se prononcer. Admiration, colère, étonnement, autant de portraits que dessine l’évangéliste pour que le lecteur, convoqué à l’intérieur du texte, prenne un parti. «Ah, que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ?». Le livre est ouvert, les enjeux sont dévoilés ; à nous, maintenant, d’entrer dans l’évangile.

À douze ans, dans le Temple, Jésus avait vu les docteurs de la Loi s’extasier devant ses paroles. Aujourd’hui, en plein sabbat dans la synagogue de Capharnaüm, on est frappé par son enseignement, rempli de sagesse, de puissance et d’autorité. Enseignement nouveau, non pas comme celui des scribes : Jamais homme n’a parlé comme cet homme. Demain, à l’approche de sa passion, on la jugera dure, cette parole. Et celui qui chasse les esprits mauvais sera taxé de possédé : Il a un démon ; il délire. Pourquoi l’écoutez-vous ?
Deux mille ans après sa renommée ne cesse de se répandre, jusque dans les régions les plus reculées des cœurs de nos contemporains. Le bruit court dans les rues de nos existences : oui, il y a une Parole de Vie ! Mais, comme ses auditeurs autrefois, nous devons nous situer face à cette parole. Quelle est, qui est cette Parole ? Saurons-nous accueillir le poids divin, cette gloire éternelle cachée sous les traits de la parole humaine ? Tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître, dira Jésus plus tard. Tentés de lui demander, comme le possédé dans l’Évangile : Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ?, savons-nous entendre la seule question qu’il nous pose : Que veux-tu que je fasse pour toi ? et lui répondre, pleins de confiance: Seigneur, que je vive !  L’autorité de Jésus n’écrase pas le roseau froissé, elle n’éteint pas la flamme qui vacille ; elle relève ce qui est faible, elle fait grandir ce qui est petit, elle solidifie ce qui est fragile. Jésus, arrivé dans la région de toutes nos Galilées, ne cesse de nous intriguer. Nul n’a parlé comme lui, nul n’a aimé comme lui. À qui d’autre irions-nous ?
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• Mc 1,29-39

Les premières scènes de l’évangile selon saint Marc sont en quelque sorte toutes plus grandes qu’elles-mêmes. Elles dépassent le récit et doivent être contemplées comme on contemple un tableau. Par petites touches, de verset en verset, l’évangéliste brosse le portrait de Jésus : enseignant et exorciste, Marc le montre aussi sous les traits d’un thaumaturge. Mais avant de nous présenter Jésus pressé par une foule anonyme en attente de guérison, Marc le fait entrer chez Simon et André, les tout récents disciples du maître. Pas de témoins extérieurs. Rien que l’intimité d’une maison familiale de Galilée. «Or, la belle-mère de Simon était au lit avec la fièvre» (Marc 1,30). On conduit Jésus jusqu’à son chevet. Face à face bouleversant avec une femme alitée, enfiévrée, qui semble récapituler en elle toute la détresse d’une humanité malade d’attendre – ou de ne plus attendre – le salut. Et Jésus rejoint précisément cette détresse, détresse singulière qui devient aussitôt plurielle, quand les foules lui amènent «tous les malades» (Marc 1,32), détresse soudain mêlée de l’espoir fou – et comme ils avaient raison – qu’ils seraient tous guéris. «S’approchant, il la fit se lever en lui prenant la main» (Marc 1,31). L’ange de la résurrection, à la toute fin de l’évangile, emploiera le même verbe à propos du Crucifié, que trois femmes, toutes désemparées, cherchaient dans le tombeau sans le trouver : «il s’est levé» (Marc 14,6). Il faut lire l’évangile à rebours : à partir de l’unique miracle qui donne sens et existence à tous les autres signes accomplis par Jésus : sa résurrection d’entre les morts, par quoi nous sommes rendus à la vie.
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Décidément, il n’a pas où reposer la tête La ville entière se presse à la porte. À la vue de tous ces malades ou possédés Jésus se sait pressé par l’amour seul. Attentif à tous ces cris de détresse, il s’approche, il guérit, il relève. Magnifique scène, bouleversante en sa simplicité, de la guérison de la belle-mère de Pierre : Sans plus attendre, on parle à Jésus de la malade. C’est peut-être cela, pour nous aussi, la prière d’intercession : sans plus attendre, lui parler de ceux pour qui nous sommes inquiets. Et nous avons la certitude que Jésus, de toute façon, s’approchera de ceux que nous lui avons confiés.
Aussi donné qu’il soit dans tous ses gestes de relèvement, Jésus ne se laisse pas pour autant enfermer dans ce rôle trop apprécié d’éminent guérisseur. Il se retire sans cesse dans le grand seul à Seul avec le Père, ce lieu intime sur lequel il insistait déjà, à douze ans, devant ses parents : Ne le saviez-vous pas ? C’est chez mon Père que je dois être. C’est de cette intimité ininterrompue avec le Père, de cette incessante offrande de sa vie, de cette écoute, cet hymne intérieur d’adoration, d’amour et d’action de grâce que jaillissent la tendresse infinie et l’extrême miséricorde de Dieu pour les hommes. Comme le bon berger dans la parabole, Jésus aussi est sorti à la recherche de l’homme blessé et de l’humanité perdue. Simon, au nom de tous, sort à son tour pour attester : Tout le monde te cherche ! Dieu à la recherche de l’homme, l’homme à la recherche de Dieu – quand ces deux désirs se croisent le miracle se produit : Dieu fait de nous des hommes et des femmes debout, enfants de la Résurrection. C’est cela la Bonne Nouvelle du Royaume.
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• Mc 1,40-45

Le récit de la guérison du lépreux est raconté de manière sensiblement identique par les trois évangiles synoptiques. Pourtant, contrairement à la concision et à la sobriété habituelles au style de Marc, c’est ce dernier qui nous fait pénétrer avec le plus de finesse dans la conscience des personnages, et en particulier de Jésus dont il rapporte deux émotions apparemment contradictoires. Face à la demande pleine de foi du lépreux, Marc campe un Jésus d’abord «saisi de pitié» (Marc 1,41) mais qui, la guérison accomplie, semble bien vite se raviser de ces bons sentiments : «le rudoyant, il le chassa aussitôt» (Marc 1,43). En réalité, ces deux notations sont d’ordre plus théologique que psychologique. Comme à la vue des foules, qu’elles soient sans berger (Marc 6,34) ou affamées (Marc 8,2), Jésus éprouve le sentiment de l’urgence de sa mission devant la misère de l’humanité en attente d’être guidée, d’être nourrie, d’être purifiée. Mais le Jésus de Marc craint plus que tout le risque de confusion tant sur sa personne que sur sa mission. Il n’est ni un thaumaturge ni un magicien ni un révolutionnaire. Il n’est «pas venu appeler les justes, mais les pécheurs» (Marc 2,17) dont il veut faire des disciples et non des fans ou des adeptes. C’est pourquoi tant que le mystère de sa personne n’est pas dévoilé – et il ne le sera qu’à la Croix –, la consigne est de se taire. Pourtant, comme subrepticement et malgré l’ordre de Jésus, Marc fait de l’ancien lépreux le premier – chronologiquement – des apôtres en l’envoyant aussitôt sur les chemins pour y «proclamer et répandre la nouvelle» (Marc 1,45) selon l’activité réservée à Jésus et à ses disciples.
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Quelle confiance audacieuse chez cet intouchable qui vient trouver Jésus… Franchissant toutes les barrières que la Loi avait soigneusement établies pour éviter toute forme de contagion ou d’impureté rituelle, ce lépreux abolit la distance infligée : il vient, il se fait plus petit encore, il supplie. On ne tombe à genoux que lorsque le cœur s’ouvre déjà à l’accueil d’une infinie miséricorde et à l’émerveillement de l’adoration. Dans sa bouche, aucune demande explicite, pas même une plainte. Mais la confession bouleversante d’une foi inébranlable, d’une certitude intérieure qui conduit le lépreux à l’abandon total de sa personne à Jésus : Si tu veux, tu peux me purifier ! Comme souvent dans l’Évangile, ce sont les humbles qui se montrent capables de se remettre entièrement à Celui à qui rien n’est impossible. Le pauvre, l’exclu qui n’a pas de chez soi, ose bâtir sa demeure dans les vouloirs du Seigneur. Et la réponse de Jésus à une telle confiance est immédiate : littéralement remué jusqu’aux entrailles, il étend la main, il touche l’intouchable, il lui confère, comme on confère un sacrement, l’entière guérison. Le silence imposé par la suite peut étonner. Ce n’est pas le visage d’un messie-thaumaturge que Jésus est venu révéler, mais bien celui qu’avait annoncé la Loi : l’envoyé du Père dont l’humilité et la douceur nous apportent le salut. Qui l’a rencontré en vérité ne peut pas ne pas partager ce qu’il a vu et entendu. «Il n’y a rien de plus beau que de le connaître et de communiquer aux autres l’amitié avec lui», avait lancé Benoît XVI dans l’une de ses premières homélies. Comment, en effet, ne pas désirer que tous viennent à lui ?
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• Mc 2,1-12

Les premiers sont capables de grimper sur le toit d’une maison en portant un homme paralysé sur une civière ; les autres se figent dans l’observation d’une scène qu’ils jugent scandaleuse : «il blasphème» (Marc 2,7). Les premiers ne demandent rien mais font le geste de la foi par excellence : s’approcher de Jésus, alors même que tout semblait devoir les en empêcher ; les autres, assis peut-être au premier rang de la foule, murmurent en leur cœur : «Qui peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ?» (Marc 2,7). L’opposition entre les deux groupes est manifestement volontaire et présente un double portrait contradictoire des attitudes possibles en face de Jésus et de son message. Mais il est étonnant de constater, malgré la présence pourtant très compacte de la foule, d’une part, et celle soudainement envahissante des porteurs du paralytique, d’autre part, que tout ce petit monde se tait. Seul Jésus a la parole, parce que seul Jésus a le pouvoir de donner un sens à cet épisode qui oscille entre le récit de miracle et la scène de controverse. Ce qui pourrait être dit ne l’est pas : la foi chez les premiers, le doute chez les seconds ; et ce qu’il y a à voir est invisible : le pardon des péchés. Alors Jésus, lui qui voit l’invisible et connaît l’inexprimé, prend la parole et accomplit le signe qui devra non seulement rendre la santé au paralysé, mais encore la vue de foi à ceux qui doutaient et la parole à ceux qui se taisaient. De la foi des uns et des autres, l’évangéliste ne dit plus rien, mais il nous fait entendre une parole qui jaillit comme d’une seule bouche : «Jamais nous n’avons rien vu de pareil» (Marc 2,12).
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Ce n’est pas la seule fois dans l’Évangile que nous voyons Jésus entouré d’une foule suspendue à ses lèvres, avide de toucher ne serait-ce que la frange de son manteau et de le voir faire quelque miracle. Un jour, même ses plus proches ne réussirent plus à s’approcher de lui, tant était grande l’affluence. Il n’y avait plus de place, même devant la porte. N’est-ce pas là un sentiment qui peut nous être familier à nous aussi ? Alors qu’on nous dit que Jésus est à la maison, réellement présent au milieu de nous, nous avons tant de mal à l’approcher, par la prière et la confiance, à le voir, vivant et agissant, au cœur de notre vie, à trouver la porte d’entrée qui nous donne accès à la vie avec lui. Elle n’est pas seulement d’hier, cette paralysie intérieure qui a besoin du secours des autres qui, par leur foi, leur espérance et leur invincible charité, nous portent dans notre inertie, nous aident à défaire ce qui bouche l’accès, qui nous apprennent à enlever, pierre après pierre, ce qui faisait rempart autour de notre cœur, qui nous encouragent à ouvrir notre porte pour rencontrer le Seigneur. Comme dans l’Évangile, pour que la merveille de la rencontre puisse avoir lieu, il nous faut descendre, c’est-à-dire avoir le courage et la simplicité de nous tenir devant lui, en paix et silence, sans grandes idées et encore moins de mérites accumulées. Le Christ est là, il nous attend depuis toujours, prêt à nous offrir ce qui dépassera infiniment toutes nos attentes : le pardon de ce qui nous pèse et nous sépare de l’amour, la vie en plénitude, déjà donnée en partage. Nous non plus, nulle part ailleurs, nous n’avons jamais rien vu de pareil.
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• Mc 2,13-17

Jusque là, tout allait bien. Jésus a, si l’on peut dire, un succès fou. «La ville entière se pressait à la porte», rapporte Marc (1,33). Avec la guérison du paralytique, un premier avertissement est donné à Jésus, même s’il n’est pas encore ouvertement exprimé. Sa parole dérange, elle a tout du blasphème. Aujourd’hui, c’est son comportement qui choque. La foule est toujours là, attentive à suivre les enseignements de Jésus, mais d’elle se détache soudain une figure, un homme appelé par Jésus : Lévi, le collecteur d’impôt. Cela ne peut que faire scandale, d’autant que Jésus confirme ses mauvaises fréquentations en partageant aussitôt après la table des «publicains et des pécheurs» (Marc 2,16). Le rabbi tant admiré par les foules s’attire l’hostilité déjà croissante des scribes et des pharisiens. Derrière leurs doléances, indirectement avouées aux disciples du maître, se cache une question : qui prétends-tu enseigner, toi qui fraies avec la mauvaise société ? La réponse que leur adresse Jésus est un jugement anticipé, mais un jugement à l’envers qui fait voler en éclat toutes les catégories religieuses traditionnelles : «Je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs» (Marc 2,17). C’est une véritable révolution, à partir de quoi l’écart ne va cesser de se creuser entre Jésus et les pharisiens. La difficulté est telle que Luc jugera meilleur de faire dire à Jésus qu’il appelle les pécheurs, mais «au repentir» (Luc 5,32). Pourtant, c’est bien là que se situe la vraie, la dérangeante, la bouleversante nouveauté du message de Jésus : réjouis-toi, toi qui es pécheur : tu es aimé, tu es appelé, tu seras, si tu le veux, sauvé.
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Jésus fait scandale. C’est tout de même inadmissible : Celui-là mange avec les publicains et les pécheurs ! Et les derniers des derniers sont encore attendus et accueillis par le serviteur de la première heure et de la dernière place : Jésus. Nous ne nous habituerons jamais à un tel messie. Or, très tôt dans l’Écriture, Dieu avait révélé son plus beau nom : Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour (Exode 34, 6). Dès lors nous le savons : On peut tomber très bas dans sa vie. On peut peut-être même tomber plus bas que soi. On ne peut pas tomber plus bas que Dieu. Rien ni personne ne peut échapper à sa miséricorde ; Lévi en savait quelque chose, ce petit collaborateur des Romains, détesté de tous, cet habile collecteur d’impôt bien débrouillard pour tirer profit de tout et surtout des autres. Rien apparemment ne le prédisposait à une grande illumination spirituelle. Assis à son bureau de publicain, au cœur même de son quotidien le plus banal, Lévi se laisse saisir par l’appel de Jésus qui passe : Suis-moi. Cet appel le ressuscite : il se lève, il se relève des ténèbres qui envahissaient son existence, il suit l’Agneau qui porte et emporte les péchés du monde, partout où il va. Et c’est la fête : avant d’aller plus loin, Jésus a besoin de demeurer chez lui et de s’asseoir à la table des pécheurs. Il se laisse inviter par ceux qu’il invite lui-même au festin des noces de l’Agneau, ceux pour qui il ne cesse de dresser la table de son eucharistie. Là, il vient, aujourd’hui encore, pour appeler non pas les justes, mais les pécheurs. Qu’il est bon de savoir que là, nous aussi, nous avons tous notre chance.
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• Mc 2,18-22

Jésus avait prévenu ses disciples : il ne faut pas s’attendre à ce que les serviteurs soient au-dessus de leur Maître (Matthieu 10,24). En effet, si l’on a traité Jésus de glouton et d’ivrogne, d’ami des publicains et des pécheurs (Matthieu 11,19), eux aussi passent vite pour des gens qui ne se gênent pas pour manger et boire, donc pour ce genre de disciples qui ne respectent pas les règles traditionnelles d’une piété bien établie et dont on se méfie par conséquent volontiers. Or, lorsqu’on commence à comprendre qu’on n’a plus affaire à des simples et pieuses règles du jeu auxquelles il faut se conformer de son mieux, mais que c’est d’une invitation, de l’amour et d’une noce qu’il s’agit, on prend conscience qu’aujourd’hui comme hier, Jésus ne se laisse pas réduire à nos vieilles catégories et pratiques habituelles : il est l’Incomparable, l’Unique, l’Époux dont la présence réelle fait éclater les vieilles outres de nos petites idées préconçues sur Dieu et de nos vues humaines, trop exclusivement humaines, sur ce qu’est la vie avec lui et la fidélité à sa volonté. Comment vouloir encore raccommoder des exigences formelles qui trop souvent perdent de vue l’essentiel ? Comment encore vouloir rapiécer nos pauvres petits efforts humains, aussi louables et généreux qu’ils soient, alors que le Seigneur, lui, ne cesse de dresser la table des noces de l’Agneau ? Devenir vraiment ses disciples, c’est s’ouvrir à la gratuité démesurée de son amour, c’est suivre Celui qui laisser couler pour ses amis, à chaque Eucharistie, le vin de l’Alliance nouvelle et éternelle, le vin d’un extraordinairement jeune amour.
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• Mc 2,23-28

Pour faire un homme, mon Dieu que c’est long, dit la chanson. Quel chemin à parcourir depuis la naissance pour devenir un adulte autonome et responsable… C’est le laborieux travail de l’éducation qui commence bien souvent par un «ce n’est pas permis», empêchant ainsi le petit d’homme de se comporter comme un tyran face à son monde. L’apprentissage passe aussi par l’exemplarité : regarder les autres, écouter leurs expériences permet de tracer son propre chemin d’humanité. C’est pour cela que Jésus renvoie aujourd’hui au roi David : si ce bien-aimé de Dieu enfreint la lettre de la loi, c’est pour mieux en respecter l’esprit. Or l’enjeu profond de la loi, son cœur et son but ultime sont la formation et l’épanouissement d’une liberté permettant une vraie relation. Mais c’est lui, Jésus, qui posera le pas décisif et radical : le Fils unique est venu dans le monde pour tourner celui-ci vers le sein du Père, l’introduire dans l’intimité trinitaire et lui faire goûter la douce joie du shabbat de plénitude auquel il est convié, depuis toute éternité. Le voici, avec ses disciples, dans la riante Galilée. Son regard embrasse le paysage luxuriant et calme : tout est à vous, même ce jour de shabbat. Tout est pour vous. Mais vous, vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu (1 Co 3, 23) Son offrande pascale parachève la création ramenant le monde entier au Père. Resterons-nous sur le seuil, entravés par une attitude pointilliste rétrécissante, ou, en nous laissant saisir, habiter et diviniser par le Fils, entrerons-nous dès aujourd’hui dans la joie de notre Maître et Seigneur, dans ce temps qui, consacré par sa présence, est tout entier shabbat ?
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Jésus et ses disciples passent à travers champs. Eux froissent des épis de blé pour en manger les grains et soulager leur faim. C’est alors que surgissent comme de nulle part des Pharisiens : «Pourquoi font-ils le jour du sabbat ce qui n’est pas permis ?» Leur reproche attend de Jésus qu’il discrédite ses disciples ou les justifie. Pourtant, la Loi ne déclarait-elle pas : «Si tu entres dans les blés du prochain, tu pourras cueillir des épis avec la main» (Dt 23,26) ? Leur blâme porte donc sur le fait que ce soit le jour du sabbat. Qu’est-il permis de faire ou de ne pas faire ce jour-là ? S’appuyant sur un exemple de l’Ancien Testament, Jésus démontre que la similitude du comportement de ses disciples avec celui d’hommes de Dieu – le roi David, dans un moment de besoin, et les prêtres, dans leur service – repose sur bien plus que sur la dérogation à la Loi à cause de circonstances exceptionnelles. Il éclaire le vrai sens du septième jour : «Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat.» Le sabbat, qui achève la création, est le signe que Dieu offre aussitôt à l’homme un temps béni, mis à part pour être sanctifié en vue de son épanouissement et de son bonheur. Alors peut tomber la révélation finale : «Le Fils de l’homme est maître même du sabbat.». Si Jésus-Christ est maître et Seigneur de la création et de la vie, savons-nous rendre à Dieu ce qu’il nous donne pour le sanctifier, pour donner du temps au temps en apprenant à nous recevoir de Lui ? Si seul le Fils de l’homme est maître du sabbat, en lui tout homme est appelé à le devenir car aucune œuvre n’est plus élevée que celle de participer au repos de Dieu.
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• Mc 3,1-6

Sans rien avoir demandé, il est le point de mire de toute l’assemblée. En ce shabbat, il était juste entré dans la synagogue, après des années d’errance. Sa main toute desséchée en témoigne : au lieu de mettre Dieu au plus haut de sa joie (Ps 137), il se confiait en ses réalisations humaines. Le jour où il en perçut la vanité, il revint furtivement à la synagogue, espérant renouer avec Dieu. Et le voilà tout penaud avec sa main ballante, debout entre Jésus et ‘les autres’. Il lui faut choisir son camp : rentrer dans le rang, ou oser la confiance en ce rabbi étonnant. Serait-ce par lui que Dieu répondrait à son cri ? Un ordre fuse, déconcertant, mais le paralysé obéit et se voit guéri ! Et les autres ? Jésus cherche pourtant à rejoindre toute l’assemblée. Il s’adresse même, par-delà les siècles, à tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont les yeux fixés sur lui. Il les supplie d’étendre eux aussi la main, c’est-à-dire d’agir comme Dieu. De se laisser bouleverser par la misère de leurs frères comme Dieu s’est laissé bouleverser par la misère de son peuple, et de mettre tout en œuvre pour les aider, comme Dieu s’est engagé à main forte et à bras étendus pour libérer Israël de la servitude et le mener en Terre promise. Le Dieu de l’Alliance veut toujours rejoindre ses enfants blessés et captifs, pour les introduire dans la plénitude de la joie. Il fait de nous ses ambassadeurs et nous demande de prolonger dans le monde son œuvre de salut. «Est-il permis de sauver une vie ou de tuer ?» Avons-nous conscience de nos omissions assassines ? Dieu aujourd’hui veut faire miséricorde au monde, comment allons nous l’incarner ?
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Dans la synagogue où Jésus est entré en «maître du sabbat», comme il s’est désigné dans l’évangile d’hier, deux sortes de misères s’offrent à sa miséricorde : l’infirmité d’un homme à la main sèche, l’orgueil des pharisiens. Venu pour que les hommes aient la vie, il compatit à toute souffrance, celles plus visibles telle cette main inerte et celles plus insidieuses qui rongent ceux qui veulent l’accuser mais restent muets, ne sachant comment le prendre en défaut. Qu’il s’agisse d’atrophie physique ou d’aveuglement, Jésus-Christ est venu sauver tous les hommes. «Est-il permis, le jour du sabbat, de faire du bien plutôt que de faire du mal ?» Le rapport entre le sabbat et la vie noue le drame dans lequel il est pris, posant la question de son autorité et de son identité. Face à l’endurcissement des uns, Jésus manifeste tristesse et colère ; devant la faiblesse de l’autre, il révèle son amour en guérissant la main, par laquelle l’homme peut à nouveau entrer en contact et travailler. «Lève-toi, là, au milieu» de l’assemblée pour que tous puissent voir la puissance de Dieu à l’œuvre… Le miracle libère l’un et enfonce les autres dans le péché. Au lieu d’acclamer Jésus et cette guérison, les pharisiens se concertent avec les hérodiens, parti opposé au leur, «en vue de le perdre». À leurs yeux, guérir au cours du sabbat est un crime, comploter un assassinat est légitime. Parce que l'endurcissement ouvre aux pires actions avec bonne conscience, savons-nous nous prémunir de cette paralysie du cœur en nous réjouissant de ce qui se vit de beau en nous et autour de nous et en rendant à Dieu ce qui lui revient, c'est-à-dire toute action de grâce?
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• Mc 3,7-12

«Jésus a tellement pris la dernière place que nul ne pourra la lui ravir» (Frère Charles). Et pourtant, plus il se retire, plus sa renommée grandit ! Plusieurs paliers se succèdent : Jésus est d’abord présenté comme quittant la ville ; il se retire avec ses disciples vers le lac. Mais, parallèlement, «beaucoup de gens» affluent spontanément. De tout Israël, des pays voisins au paganisme encore vivace, une foule hétéroclite se précipite sur lui «pour le toucher». Une foule tellement avide que Jésus se retire encore en montant dans une barque. Ce sont alors les démons eux-mêmes qui, de façon paradoxale, vont lui rendre le suprême témoignage en se prosternant devant lui et en proclamant : «Tu es le Fils de Dieu !» Jésus leur impose le silence — une autre manière de se retirer —, car il ne reçoit sa gloire que du Père et son heure n’est pas encore venue.
Lorsque nous expérimentons l’absence de Dieu, il peut être bon de réfléchir aux motifs qui nous ont mis en route. Ferions-nous partie de cette foule avide et captatrice qui s’entend dire Noli me tangere, car on ne met pas la main sur Dieu ? Ou bien, si nous avons répondu à un appel explicite du Christ, Jésus n’est-il pas en train de nous révéler nos limites : «Là où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant» (Jn 13, 36). Mais en mettant humblement notre vie à sa disposition, nous lui préparons cette barque avec laquelle il va sur les flots pour dominer les forces obscures qui nous habitent et sur lesquelles nous n’avons aucune prise. Il fera de tout cela l’escabeau de ses pieds et nous invitera même un jour à venir nous asseoir à sa droite, nous donnant alors la grâce de marcher sur l’eau…
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La foi sans la connaissance ou la connaissance sans la foi ? Telle est l’alternative de ce sommaire de Marc. Ayant raconté les premiers miracles de Jésus, il ouvre une pause dans son récit pour une sorte de résumé de l’activité de Jésus en ce début de sa vie publique et des réactions qu’elle suscite. Deux types de réactions tout à fait opposées. «Beaucoup de gens» accourent vers lui, une foule nombreuse, venue de loin – Marc procède à une longue énumération géographique, de Jérusalem jusqu’à Tyr et Sidon, pour rendre plus concrètes la densité de la foule et la force d’attraction qu’exerce Jésus. Mais vers qui vient cette foule ? Elle s’est mise en route, poussée par la souffrance physique ou spirituelle, mue par l’espoir qu’elle allait enfin se trouver soulagée par ce thaumaturge à la renommée grandissante, par ce guérisseur qui semblait efficace. Toute l’humanité en quête de salut est là. En face, quelques «esprits mauvais» : eux sont sans enthousiasme et sans espoir. Ils ne demandent rien à Jésus et ne vont pas à lui ; mais au contraire ils redoutent sa venue. Et cependant ce sont eux qui le reconnaissent : «Tu es le Fils de Dieu !» Qui est le plus proche de Jésus, ceux qui ne cherchent que la diminution de leurs souffrances, quel que soit celui qui l’apporte, ou ceux qui n’attendent rien alors que Dieu est là ? Entre la foi obscure, proche de la crédulité, et la connaissance lucide mais sans amour, quelle attitude juste trouver ? L’enjeu de l’évangile de Marc va être peu à peu de lever le «secret messianique», de montrer que la foi et l’amour sont également requis pour pouvoir, en vérité, connaître Jésus Christ Fils de Dieu.
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• Mc 3,13-19

L’Église n’existe que parce qu’elle a été convoquée : «Jésus appela ceux qu’il voulait». Des pauvres hommes certes, mais c’est ceux-là qu’il a choisis ! Initiative gratuite de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ (Tt 2,13), suscitant une réponse libre et entière de l’homme : «Ils vinrent auprès de lui». Il ne s’agit pas de s’installer dans une contemplation béate et immobile en haut de la montagne, bien au contraire ! Car pour demeurer auprès de lui (Jn 1,36), il faut sans cesse se mettre en route pour le suivre partout où il va (Ap 14,4), il faut se laisser envoyer par lui comme lui-même s’est laissé envoyer par son Père, jusqu’à l’extrême de l’amour. Parmi la foule de disciples venus auprès de lui, Jésus en appela douze pour être plus particulièrement «avec lui», pour se vouer entièrement au service de La Parole, mener dans son sillage le combat de la vérité et de la lumière, avec ses propres armes.Aucun de ces douze n’est parfait, et celui qui les a établi le sait mieux que quiconque, mais son appel les revêt de sa propre sainteté. Ce petit groupe disparate est parfois au bord de l’implosion, tiraillé qu’il est par ses tensions internes, mais l’Esprit va le souder et le fondre en un seul corps. Ce trésor de l’appel et de la sainteté de Dieu, les Douze et ceux qui leur succèdent, le portent dans des vases d’argile. Au lieu de ne considérer que les poteries sans grande valeur, ouvrons les yeux de la foi et discernons cette extraordinaire puissance que Dieu a voulu remettre entre leurs mains (cf.2 Co 4,7) pour que se continue encore aujourd’hui l’œuvre du Fils.
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• Mc 3,20-21

«Il a perdu la tête», la remarque paraît indécente. Et pourtant, Marc l’a consignée consciencieusement, scrupuleusement même. Comment soutenir ensuite que les évangiles nous brossent un tableau parfait, idéalisé et utopique de Jésus… Non, c’est la réalité toute crue qui affleure ici : même pour ses proches, surtout pour ses proches, il a été difficile de reconnaître en Jésus de Nazareth l’envoyé du Père, le Messie annoncé, l’accomplissement des promesses. Dieu est et sera toujours le Tout Autre, tellement plus grand que nos concepts, souverainement libre par rapport à nos définitions et considérations. Plus proche que tout ce que l’homme pouvait espérer et pourtant insaisissable. Il se fait tout à tous sans se laisser piéger ni enserrer par aucun lien, se jouant même des conventions familiales, ou du religieusement correct. La folie de son amour sera toujours déroutante pour nous… Allons-nous encore aujourd’hui nous scandaliser et rester sur le palier ou oserons-nous franchir le seuil pour entrer avec lui dans le grand bouleversement de la Miséricorde ? Jésus se tient à notre porte, amenant une foule de pauvres de tout acabit, il veut s’inviter à la table de notre cœur et promet de servir lui-même le festin dont il sera également la nourriture… Allons-nous le laisser entrer, lui, et la foule qui est avec lui ? En nous ? Ce n’est pas du tout raisonnable, mais c’est le seul moyen pour que nous (re)trouvions enfin et notre cœur, et cette nourriture dont notre âme languit depuis si longtemps, et le Dieu véritable, plus grand, plus fou, plus sage que tout ce que nous avions pu oser imaginer. Venez, tout est prêt ! (Lc 14,17).
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• Mc 3,22-30

Les histoires de démon, dans l’Évangile, nous semblent souvent bien énigmatiques : ne seraient-elles pas le reflet de questions marquées par une époque et une culture particulières ? La réalité du mal existe bien cependant et notre temps ne nous incite pas à la nier. Mais la pointe de ce passage ne semble pas être un enseignement sur la personnification du mal. Ce que Jésus veut montrer, c’est que, s’il y a affrontement, il ne faut pas se tromper d’adversaire.
Pour «les scribes» en effet, les choses semblent bien tranchées : si Jésus accomplit des miracles sans être reconnu par eux, c’est que sa puissance a une origine démoniaque. Ce qui ne rentre pas dans leurs catégories ou dans leur hiérarchie ne peut être que mauvais. L’opposition divise les hommes entre eux. Par sa parabole de l’homme fort, Jésus déplace ces limites : «l’homme fort», c’est précisément le mal – ou le Malin – qui a fait du monde «sa maison» où il règne en maître ; pour qu’il en soit chassé, il faut que survienne «un plus fort» (Luc 11,22, dans le passage parallèle) : Jésus lui-même, venu précisément pour vaincre le mal en le prenant sur lui. Le combat contre le mal, à sa suite, doit donc rassembler les hommes, et non pas les opposer entre eux.
Cela éclaire du même coup le sens de cet irrémissible péché contre l’Esprit, si difficile à comprendre. Pécher contre l’Esprit, c’est récuser, en toute connaissance de cause, les frontières du mal et du bien ; c’est refuser le salut donné aux hommes et celui qui l’apporte, Jésus, et donc se mettre délibérément en condition de non-sauvé. Le combat existe donc bien, mais il est contre le mal en nous et hors de nous.
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• Mc 3,31-35

La Bonne Nouvelle du jour est que nous pouvons faire partie de la famille de Dieu ! «Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère» dit Jésus en ouvrant grand les bras et le cœur à l’humanité entière. Tel est le but de l’Incarnation : rejoindre les enfants de Dieu dispersés, les cueillir au profond de leurs égarements pour les ramener au bercail du Père. Jésus a tout partagé de notre vie et de notre mort, pour nous partager le tout de sa vie divine, c’est-à-dire son existence pleinement filiale. Il est venu pour enseigner de manière radicalement neuve combien la volonté de Dieu était pour l’homme un chemin de vie et de bonheur profond, et il nous assure que c’est en avançant ainsi, bien simplement, que nous devenons son frère, sa sœur. C’est tout de même inouï ! Est-ce que j’ose regarder le Christ comme mon frère, l’appeler ainsi et lui parler comme à un frère, mon frère ? Et pourtant Jésus va plus loin : nous pouvons devenir aussi sa mère. Homme ou femme, qui que nous soyons, le Christ nous révèle une fécondité merveilleuse : en faisant la volonté de Dieu, nous vivons en communion avec lui. En rayonnant cette présence, nous donnons le Christ au monde, nous lui permettons de venir au monde à travers notre vie ! Cet accouchement ne se fait certes pas sans douleurs, mais c’est la joie qui est la plus forte. Le Christ se fait notre descendant, notre héritier. Le plus beau de nous-mêmes, ce que nous voudrions léguer aux générations futures, n’est-ce pas Lui ? Comme une mère se réjouit de ses enfants, nous pouvons nous réjouir en Lui car Il est notre fécondité véritable, notre fécondité éternelle.
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La famille de Jésus le cherche. À sa parenté qui se tient «dehors», il répond : «Qui est ma mère ? et mes frères ?» Il s’est détaché d’eux, non par mépris, mais pour être tout à Dieu et réaliser ce qu’il demandera ultérieurement à ses disciples. Alors il regarde «ceux qui étaient assis en rond autour de lui». De ce regard circulaire de Jésus, pur, bienveillant, créant l’appartenance et la communauté, laissons-nous pénétrer… C’est dans ce regard d’amour et de confiance que se constitue sa vraie famille, composée de «quiconque fait la volonté de Dieu» et qui transforme l’obéissance de la foi en liens plus forts que ceux de la chair. Par le baptême, nous sommes devenus enfants du Père et Jésus nous appelle à être véritablement son frère, sa sœur, sa mère. Telle est la famille de Dieu, immensément large, insondable à la mesure de l’identité de Jésus, dont la mission est d’être un avec son Père. Même si ses proches se sont trompés à son sujet et ont été scandalisés, même si ses parents n’ont pas compris pourquoi, à douze ans, il demeurait dans le Temple, le cœur de la Vierge Marie bat aux dimensions de celui de son fils, tous deux plus vastes que le monde, parce que Marie vit dans une disponibilité totale à la volonté du Père et dans un pur consentement à la Parole qui l’engendre comme Mère. Interrogeons-nous donc aujourd’hui sur notre manière de chercher et d’accomplir la volonté de Dieu puisque là est le ciment de la famille qu’est l’Église, tenue unie dans le regard et le désir de Jésus. Chrétiens, sommes-nous toujours de ceux que Jésus reconnaît comme sa mère et ses frères parce que nous vivons de cette communion dans la Trinité ?
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• Mc 4,1-20

Quel terrain la Parole va-t-elle trouver en nous aujourd’hui, ou plutôt, quel(s) terrain(s) allons-nous lui présenter ? La parabole est tellement connue que nous risquons de l’entendre distraitement, tout en continuant notre petit bonhomme de chemin, sans même prendre le temps de nous laisser interpeller – aucun risque alors que la semence fructifie. Arrêtons-nous un instant pour regarder aux alentours si une possibilité autre que nos projets ne s’offrait à nous. Ce que nous apercevons en premier, c’est le terrassement de pierre le long du chemin. La mise en œuvre légaliste et mécanique de la Parole, dans une vision rétributive de la religion, peut donner une certaine assise à l’existence. Mais, à la première épreuve, nous roulerons dans le bas-côté, au milieu des ronces qui abondent sur les talus au bord des chemins. Les soucis de la vie et les désirs dispersants qui déchiquètent l’âme auront raison de la petite semence. Il faut regarder un peu plus loin : juste derrière cette haie se trouve le champ fertile et travaillé pour que la semence puisse donner toute sa mesure. La parabole de ce jour ne nous présente donc pas tant les divers types de terrain que le chemin pour arriver jusqu’à la partie fertile de notre être, notre cœur profond dont Dieu s’est fait le jardinier. Seulement, il ne suffit pas de considérer cela du bord du chemin, invitation nous est lancée à nous mettre en route, à quitter nos sentiers tout tracés pour couper en passant à travers les ronciers – où nous nous écorcherons forcément un peu –, afin de planter enfin nos racines dans la terre que Dieu a Lui-même préparée, et de porter du fruit à Sa mesure.
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«Le semeur est sorti pour semer.» Jésus est sorti du sein du Père, la Parole s’est faite chair pour ensemencer largement le monde. De même que nous alimentons nos corps, Dieu nourrit nos âmes. Face à sa Parole, nos cœurs ressemblent sans doute, tour à tour, à quatre terrains différents : chemin à tout vent où l’Adversaire «enlève la Parole», rocaille où rien ne prend racine, sol plein d’épines que les séductions du monde étouffent, et enfin bonne terre. Qu’il s’agisse d’échecs ou d’épreuves extérieures, de tiédeur ou de négligence intérieure, même avec une chance sur quatre, la germination a commencé. Comment écoutons-nous aujourd’hui ? L’oreille de notre cœur ressemble-t-elle aux oiseaux qui piaillent au bord du chemin et picorent toutes les miettes de la Parole ? Est-elle superficiellement perméable comme un sol pierreux ou est-elle distraite car pénétrée par les ronces des soucis ? Où est en nous l’humus de la réceptivité, celui qui est à la racine de toute humilité et qui permet à nos vies d’être une terre fertile ? Jésus aujourd’hui en appelle aux dispositions intimes de chacun. «Entende, qui a des oreilles pour entendre !» Trop souvent, tellement convaincus d’avoir entendu, nous ne pensons pas que cette parole s’adresse à nous. Mais la Parole de Dieu opère elle-même le discernement. Preuve en est la séparation de l’auditoire de Jésus en deux groupes, ceux qui «sont dehors» et pour lesquels tout reste dissimulé et ceux qui sont «de son entourage», auxquels «le mystère du Royaume a été donné». Dieu attend le consentement de notre liberté. Laisserons-nous sa Parole prendre chair pour fructifier en moisson de vie ?
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• Mc 4,21-25

«Faites attention à ce que vous entendez !» L’injonction claque comme un fouet, dispersant les mille mots creux et faux qui saturent si vite l’esprit et le cœur. Ce matin, faisons attention à la Parole que l’évangile nous donne à entendre. Faire attention, c’est réaliser le joyau unique que nous avons – par pure grâce – entre les mains : la Parole créatrice et organisatrice du monde, le Verbe fait chair vient à nous… Faire attention, c’est également vouloir se faire le réceptacle de cette Parole-là, préparer son cœur en forme d’écrin, en l’habillant de silence et de joie. Se laisser former et informer par elle, et pour cela, lui donner sa place, toute la place. La placer bien haut comme un signe, la mettre au centre de notre vie et tout faire passer devant elle, sans rien soustraire à son rayonnement. Efficace, plus incisive qu’un glaive à double tranchant (He 4, 12), cette Parole divine va parfois trancher dans le vif de ce qui fait notre existence. Non pas dans le but de nous amoindrir ni de nous amputer d’une partie de nous-mêmes, mais afin de nous dégager de tous les liens du péché ; et cela pour nous rendre libres. Libres et enfin vivants, pleinement vivants ! Lumière, elle fait venir notre être tout entier à sa lumière, elle le fait venir au grand jour de l’amour. Chassant toute ténèbre, elle le recrée dans sa lumière, le fait devenir lui-même lumière. Et nous avons été créés précisément pour devenir lumière dans le Seigneur ; nous le devenons effectivement dans la mesure ou nous nous offrons à cette lumière-là. Pourquoi ne pas choisir aujourd’hui, de nous laisser enfin et vraiment mettre en forme par cette Parole ?
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La lampe et la mesure. Quatre sentences lapidaires forment cet enseignement de Jésus. Apparemment rien ne les relie, sinon l’appel à l’écoute qui est au centre. Cette exhortation à bien entendre clôt la déclaration de Jésus sur la manière de transmettre le mystère du Royaume de Dieu telle une lampe éclairant tout de son faisceau lumineux, même ce qui est caché. Elle introduit la sentence sur la façon de recevoir son enseignement à travers l’image de la mesure qui peut être don ou perte. Jésus nous enseigne aujourd’hui le respect de la nature des choses. De même qu’une lampe sert à éclairer, de même la bonne nouvelle est faite pour être annoncée. La transmettre demande générosité et audace car elle est lumière venue éclairer tous les hommes. Elle ne peut rester confinée sous le boisseau ni gardée au chaud sous le lit. Bien qu’en ses débuts, elle ait pu paraître énigmatique et voilée comme un secret, elle n’en a pas moins été confiée à l’Église pour être divulguée. Selon la mesure avec laquelle elle est reçue, transmise et entendue, Dieu peut se donner, se révéler sans mesure ou, au contraire, au compte-gouttes car il respecte infiniment notre liberté. C’est en proportion de notre ouverture et de notre désir que Dieu donne également la compréhension parce que le don enrichit et la rétention appauvrit. C’est pourquoi transmettre et recevoir sa Parole exigent de notre part une écoute sans restriction et un grand amour, Dieu se donnant toujours au-delà de notre attente. Le grain de blé, jeté en terre, retourne à la lumière en épi. Jésus, dont l’humanité cache la divinité, manifestera au grand jour de sa Pâque le don de son amour sans mesure.
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• Mc 4,26-34

Le règne de Dieu ne consiste pas en un état béat et statique. Le règne de Dieu, nous dit Jésus à travers les deux paraboles de ce jour, est une dynamique; et il utilise pour cela l’image de la semence jetée en terre, tout en développant deux idées : la vitalité propre à la semence tout d’abord, et la transformation prodigieuse ensuite. La part humaine n’est pas minimisée pour autant ; l’homme est là, nécessaire au début (semailles) et à la fin (moisson), mais il n’a pas vraiment de prise sur la croissance qui est un don de Dieu – et ce n’est pas en tirant sur les carottes qu’on les fera pousser plus vite ! Tout en nous invitant à nous acquitter de notre tâche d’homme, Jésus nous appelle à nous en remettre à Dieu qui accomplit également sa part, même si on ne sait comment. C’est bien Lui qui permet ce passage inouï de la plus petite des graines à ce grand arbre dans lequel les oiseaux – qui auraient pu la picorer – vont trouver refuge. Devant le potager de notre vie, ou devant le champ immense de notre monde, nous pouvons nous sentir désemparés… Jésus nous invite à garder confiance car Dieu est avec nous. Dieu est même le premier intéressé et engagé pour la fécondité de notre existence, pour la réussite du monde. Traçons humblement et fidèlement notre sillon ; là où il n’y a pas d’amour, semons de l’amour. De tout petits gestes à répéter sans cesse, cela peut paraître bien dérisoire, mais gardons cependant confiance en la vitalité de cette semence-là : un jour, nous récolterons de l’amour. Une mesure secouée, tassée, débordante, sera versée dans notre tablier, de quoi faire de nouvelles semailles, pour une moisson de joie !
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Par notre baptême et le don de l’Esprit, nous faisons partie des disciples à qui Jésus «explique tout en particulier». Il n’empêche que le langage des paraboles peut nous paraître souvent difficile à comprendre. Qu’est-ce que cet homme qui dort paisiblement alors que la moisson se prépare toute seule ? Et cet arbre si grand qu’il attire les oiseaux du ciel ? Les deux petites paraboles proposées en Marc pour annoncer le Royaume ne semblent guère compatibles avec ce que nous savons du cheminement laborieux de l’Église, depuis ses origines, et de nos propres vies.
Mais il faut d’abord bien comprendre que les paraboles ne cherchent pas à définir une réalité de façon complète et exhaustive, mais seulement, par le jeu de l’analogie, à mettre en lumière une de ses caractéristiques pour que nous puissions l’appréhender concrètement. Dans la métaphore du grain qui pousse tout seul, il n’y a pas d’indication à chercher quant au travail – ou à l’absence de travail – que l’homme doit fournir ; il s’agit plutôt d’un appel à la confiance : le Royaume est une réalité encore cachée, mais mue par une force, un dynamisme, qui permettent de croire en sa croissance, quels que soient les retards ou les démentis historiques. Quant à la petite graine qui devient un grand arbre, elle nous rappelle plutôt les moyens pauvres et faibles que Dieu aime choisir, quand bien même son dessein de salut s’étend à la terre entière et jusqu’au ciel de notre éternité. C’est donc un appel à l’espérance que lancent finalement ces paraboles. «Attends le Seigneur, dit un psaume, sa venue est certaine comme l’aurore.» La venue du Royaume est certaine comme le printemps !
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• Mc 4,35-41

Nous reprenons, le douzième dimanche du Temps Ordinaire, la route avec Marc, lui qui nous a d’emblée presque tout dit de Jésus : « Jésus, Christ, Fils de Dieu » (Mc 1,1).

Au cours des dimanches qui viennent, nous allons à la rencontre de ce Jésus, qui affronte les forces de la mort et sort vainqueur de ces combats, révélant un peu plus son identité.

Il quitte les terres connues et entraîne les siens sur l’autre rive, celle de la Décapole*, la terre des païens. Jésus va à la rencontre des goïm, des gentils, et il y est emmené par ses disciples, il monte dans leur barque. 

-         Passage sur l’autre rive ;
-         tempête;
-         désarroi des disciples ;
-         ordre donné aux éléments déchaînés, dans les mêmes termes qu’aux démons ;
-         paix retrouvée après la tempête ;
-         interrogation sur l’identité de Jésus ;
-         étonnement de celui-là devant le manque de foi des siens :autant d’éléments qui font du récit de « la tempête apaisée » une parabole toujours d’actualité.
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* La Décapole (δεκαπολις - littéralement « dix villes »): entre 63 av.J.C. et 106 ap.J.C., cette fédération (c'est pour cela que dans son nom le mot grec πολις, la ville, reste au singulier collectif) de dix villes, rattachée à la province romaine de Syrie, comprenait: à l'ouest du Jourdain, Scythopolis (Bet-Shan); et à l'est du Jourdain, du sud au nord, Philadelphia (aujourd'hui Ammân), Gerasa, [Pella], Gadara, Abila, [Hippos, Dion, Canatha] et Damas (les villes entre crochets étant à l'est de la mer de Kinnérèt ou Kinnerot - ou mer (ou lac) de Gennésar, de Gennésaret, de Galilée, de Tibériade).

Méditation

Toute la journée, Jésus avait parlé à la foule en paraboles. Les disciples n’étaient pas peu fiers d’avoir été choisis par un tel maître ! «Jamais homme n’a parlé comme cet homme» (Jn 7,46). Ils sont tellement heureux de faire partie du cercle de ses intimes… Le soir venu, Jésus les prend pour aller loin de la foule, sur l’autre rive, ou plutôt, Jésus leur demande de l’emmener dans leur barque. Quel honneur et quelle aubaine : non seulement ils sont appelés par le maître, mais le maître vient chez eux. Certes d’autres barques suivent, mais Jésus est dans la leur. On imagine leur fierté, leur empressement, leur joie, jusqu’à ce que tout se gâte… La petite barque est assaillie par les vagues et Jésus dort ! «Il» ne voit rien, ne fait rien, et pourtant c’est lui qui les a entraînés dans cette folle aventure. Le rabbi aux paroles de sagesse ne serait-il qu’un inconscient qui les mène à leur perte ? Les disciples le réveillent avec rage pour qu’il réalise la gravité de la situation. Jésus impose le silence aux éléments déchaînés, puis se tourne vers eux : Comment se fait-il que vous ayez pas la foi ? Tel est l’enjeu véritable de la traversée. Les disciples atteindront l’autre rive au matin de la Résurrection en proclamant : «C’est le Seigneur !» (Jn 21,7), confession qui fera d’eux des passeurs pour la grande aventure de la foi. Aujourd’hui, Jésus nous invite à monter dans la barque de l’Église car il désire nous mener à bon port. Il ne nous promet pas une traversée tranquille, mais nous assure de sa présence discrète et réelle qui seule peut nous donner la paix au milieu de la mer déchaînée. De quoi aurions-nous donc peur ?

Pour prolonger la méditation 
- Versets du Premier Testament : 
- Ps 34,23 : « Réveille-toi, lève-toi, Seigneur mon Dieu, pour défendre et juger ma cause. »
- Ps 43,24 : « Réveille-toi ! Pourquoi dors-tu, Seigneur ? Lève-toi ! Ne nous rejette pas pour toujours ! »
- Ps 58,5b : « Réveille-toi ! Viens à moi, regarde ; »
- Ps 77,65 : « Le Seigneur, tel un dormeur qui s’éveille, tel un guerrier que le vin ragaillardit. »
- Is 51,9-10 : « Éveille-toi ! Éveille-toi ! Revêts-toi de force, bras* du Seigneur. Éveille-toi comme aux jours d’autrefois, des générations de jadis. N’est-ce pas toi qui as fendu Rahab**, transpercé le Dragon** ? N’est-ce pas toi qui as desséché la mer, les eaux du Grand Abîme ? Qui as fait du fond de la mer un chemin***, pour que passent**** les rachetés ? »
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* Voir page « Le bras et la main de Dieu ».
** Rahab : רהב – Un des monstres du chaos primitif, une personnification des eaux primordiales (voir pages « Cosmogonies du Proche-Orient ancien » et « La Création dans la Bible 1»), vaincu par Dieu aux jours de la création (la TOB traduit par l’hellénisme « Typhon »). C’est aussi une désignation symbolique de l’Égypte. Ici, les deux sens sont rapprochés : « le Dragon » fait allusion au monstre aqueux, la suite le rapproche de l’Égypte.
*** "Qui as desséché la mer, les eaux du Grand Abîme, qui as fait du fond de la mer un chemin" : allusion au passage de la Mer des Joncs ou des Roseaux en hébreu, la Mer Rouge en grec.
**** Voir page « La Pâque juive »

- Versets du Nouveau Testament :
- Mc 1,25 : « Jésus interpella vivement l’esprit mauvais : Silence ! Sors de cet homme ! »
- Mc 4,27-28 : « Nuit et jour, que le semeur dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit. »
- Lc 24,36 ;41 : « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent en vous ? […] Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement. »
- Jn 16,33 : « Je vous ai dit tout cela pour que vous trouviez en moi la paix. Dans le monde, vous trouverez la détresse, mais ayez confiance : moi, je suis vainqueur du monde. »

-        Des commentaires patristiques : 
- De saint Augustin, Sermon 63 :
Je vais, avec la grâce du Seigneur, vous entretenir de l’évangile de ce jour. Je veux aussi, avec l’aide de Dieu, vous encourager à ne plus laisser dormir la foi dans vos cœurs au milieu des tempêtes et des houles de ce monde. Le Seigneur Jésus exerçait sans aucun doute son pouvoir sur le sommeil non moins que sur la mort, et quand il naviguait sur le lac le Tout-Puissant n’a pas pu succomber au sommeil sans le vouloir*. Si vous le pensez, c’est que le Christ dort en vous. Si, au contraire, le Christ est éveillé en vous, votre foi aussi est éveillée. L’Apôtre** dit : « Que le Christ habite en vos cœurs par la foi ». Donc le sommeil du Christ est le signe d’un mystère. Les occupants de la barque représentent les âmes traversant la vie de ce monde sur le bois de la Croix. En outre, la barque est la figure de l’Eglise. Oui, vraiment, tous les fidèles sont des temples où Dieu habite, et le cœur de chacun d’eux est une barque naviguant sur la mer : elle ne peut sombrer si l’esprit entretient de bonnes pensées.
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* On peut aussi faire le parallèle entre la « volonté » du Christ de dormir et celle du Seigneur de faire se lever la tempête, cf. le Psaume 107.
** Saint Paul, en Ep 3,17.

- De saint Grégoire de Nysse :
On voit souvent au bord de la mer s’élever un de ces éperons rocheux qui offrent aux flots une surface abrupte du haut jusqu’en bas, et dont la crête surplombe l’abîme. Le vertige que l’on ressent de cette hauteur, en jetant les yeux vers sur les gouffres marins, mon âme l’éprouve aujourd’hui, où cette grande parole du Seigneur la dresse au-dessus des abîmes : « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu »*. Dieu s’offre aux regards de ceux qui ont le cœur pur. Or « nul jamais n’a vu Dieu »**, dit notre saint Jean. Dieu est ce rocher abrupt et effilé qui n’offre pas la moindre prise à notre imagination. Mais quoi ? La vie éternelle est la vision de Dieu ; et les piliers de la foi, Jean, Paul, Moïse, nous certifient que celle-ci est possible ? A quoi donc se réduit notre espérance ? Or le Seigneur stimule cette espérance. N’en a-t-il pas donné la preuve à l’égard de Pierre ? Sous les pieds de ce disciple en train de se noyer, il affermit et durcit les flots***. La main du Verbe
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* Mt 5,8.
** Jn 1,18.
*** Mt 14,30,32.

-        D’auteurs modernes :
- D’Elie Wiesel - Un Juif, aujourd’hui – Récits, Essais, Dialogues (1977) :
Un chroniqueur médiéval raconte : un Juif avec sa femme et leurs enfants furent expulsés d’Espagne, parce qu’ils refusaient d’épouser la foi chrétienne…
Ils se mirent en marche, espérant trouver un lieu habité et hospitalier, mais ils s’écroulèrent bientôt de fatigue et moururent les uns après les autres. Quant au père, il poursuivit sa marche avec son seul fils encore vivant. Puis, un soir, ils furent deux à s’étendre ; et, à l’aube, seul le père ouvrit les yeux. Il creusa une tombe dans le sable, et s’adressa à Dieu dans ces termes : « Maître de l’univers*, je sais ce que tu veux, je comprends ce que tu fais. Tu veux m’acculer au désespoir. Tu veux que je cesse de croire en toi, que je cesse de te dire mes prières, que je cesse d’invoquer ton Nom pour le glorifier et le sanctifier ! Eh bien, je te le dis : Non, non et mille fois non ! Tu n’y arriveras pas ! Malgré moi et malgré toi, je crierai* le Kaddish** qui est un chant de fidélité à toi et contre toi ! Ce chant, tu ne le feras pas se taire, Dieu d’Israël ! » Et Dieu lui permit de se relever et de s’en aller, au loin, traîner sa solitude sous un ciel désert.
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* Voir, par ex. le Ps 107 : Dieu Tout-Puissant provoque la tempête, mais sauve les hommes qui « crient » vers lui.
** Page sur le Kaddish.

-         D'A. Sodenkamp, un poème composé à propos de la guerre du Viet-Nam et publié en 1968, dans Le mysticisme de la poésie contemporaine – Anthologie, Dieu et ses poètes:
Seigneur, est-ce donc vrai qu’en ce mois vous pêchez,
sous les lunes de mai, les morts de la rizière,
que leurs yeux sans regards et leurs cheveux noyés
prouvent la juste guerre ?  

Dans le calme jardin, nous voici donc, assis,
et c’est le temps si beau de la fleur et de l’arbre.
On célèbre un tombeau d’où vous êtes parti.
Pâques fait son théâtre.  

Faut-il tout pardonner pour un Dieu qu’on nous donne ?
Sur les cités d’Asie et sur l’enfant brûlé*,
au Mont des Oliviers, en votre temps de l’homme,
n’avez-vous pas pleuré ?  

Sous l’eau j’ai vu glisser la fille aux jeunes seins
si longue dans sa mort. J’ai vu courir les mères
avec leur bouche ouverte où ne criait plus rien.
Qu’en pense votre Mère ?  

Le mot de paradis en cette nuit fait honte.
Des arbres à pendus dressent d’autres vergers.
Allons-nous oublier tout le malheur du monde
pour l’odeur d’un pommier ?
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* Allusion aux bombes au Napalm, et sans doute à une photo très célèbre d'une fillette viet-namienne qui fuyait, nue car ses vêtements avaient été brûlés comme et sur sur sa peau par ce terrible produit.

-       Un extrait du Catéchisme de l'Eglise Catholique,§ 280, 288-292:
«Qui est-il donc,
pour que même le vent et la mer lui obéissent?»     
      La création est le fondement de «tous les desseins salvifiques de Dieu», «le commencement de l'histoire du salut» qui culmine dans le Christ. Inversement, le mystère du Christ est la lumière décisive sur le mystère de la création ; il révèle la fin en vue de laquelle «au commencement, Dieu créa le ciel et la terre» (Gn 1,1) ; dès le commencement, Dieu avait en vue la gloire de la nouvelle création dans le Christ (Rm8,18-23)...
      La révélation de la création est inséparable de la révélation et de la réalisation de l'alliance de Dieu, l'Unique, avec son peuple. La création est révélée comme le premier pas vers cette alliance, comme le premier et universel témoignage de l'amour tout-puissant de Dieu...
      «Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre»... «Au commencement était le Verbe... et le Verbe était Dieu... Tout a été fait par lui et sans lui rien n'a été fait» (Jn1,1-3). Le Nouveau Testament révèle que Dieu a tout créé par le Verbe éternel, son Fils bien-aimé. C'est en lui «qu'ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre...; tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toute chose et tout subsiste en lui» (Col 1,16-17). La foi de l'Eglise affirme de même l'action créatrice de l'Esprit Saint : il est le «donateur de vie», «l'Esprit Créateur», la «Source de tout bien». Insinuée dans l'Ancien Testament, révélée dans la Nouvelle Alliance, l'action créatrice du Fils et de l'Esprit, inséparablement une avec celle du Père, est clairement affirmée par la règle de foi de l'Eglise : «Il n'existe qu'un seul Dieu...: il est le Père, il est Dieu, il est le Créateur, il est l'Auteur, il est l'Ordonnateur. Il a fait toutes choses par lui-même, c'est-à-dire par son Verbe et par sa Sagesse», «par le Fils et l'Esprit» qui sont comme «ses mains» (saint Irénée). La création est l'œuvre commune de la Sainte Trinité.
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