Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven


Evangile selon saint Luc


(Chapitre 3)


Plaque de reliure émaillée, XIIème siècle -
Musée de Cluny, Paris ->



<- Mosaïque - Mausolée de Galla Placidia - Ravenne


Détail de broderie (fils d'or et d'argent sur velours) pour ornement liturgique - 1681 - Couvent patriarcal de Bzommar (Liban)

• Lc 3,1  - 5,16

Après l’évangile de l’enfance, voici l’évangile du «commencement». Le terme, employé en Lc 3,23, renvoie clairement à l’inauguration de la prédication de Jésus - tout comme à la fin de l’évangile (24,47) et dans les premiers chapitres des Actes des Apôtres, il va qualifier les débuts de la prédication apostolique. Ce «commencement» est décrit, dans ce passage, en deux volets :
- les préparations du ministère de Jésus (3,1 - 4,13)
- les débuts effectifs de ce ministère en Galilée (4,14 - 5,16).

1. Les préparations sont multiples, tant lointaines que proches. Luc utilise ici les mêmes matériaux que les deux autres évangiles synoptiques, Matthieu et Marc: la prédication de Jean le Baptiste, le baptême de Jésus, les tentations au désert. Mais il les agence de manière un peu différente, en y intégrant en particulier une généalogie de Jésus, que Matthieu place tout au début de son évangile (Mt 1,1-17) et que Marc omet.

La première préparation s’opère par la prédication de Jean le Baptiste, «la voix qui crie dans le désert» (3,1-18). Solennellement inscrite dans l’histoire par l’énumération des autorités politiques et religieuses (3,1-2), la prédication de Jean renoue avec celle des grands prophètes d’Israël, en même temps qu’elle annonce déjà «la Bonne Nouvelle» (sens littéral de «l’évangile»: 3,18). Luc fait pleinement jouer à Jean son rôle de Précurseur annonçant «un plus fort» (3,16) et, pour montrer que cette mission s’achève lorsque paraît Jésus, il insère un bref récit de son emprisonnement aux versets 18-19.

Cette première préparation débouche sur la manifestation éclatante de Jésus, à son baptême (3,21-22), raconté brièvement – et sans que Jean soit nommé puisqu’on vient de le dire emprisonné! Jésus reçoit l’onction de l’Esprit, et la voix du Père, citant le Ps 2,7, affirme sa filiation divine et l’intronise comme roi-messie.

La seconde préparation enracine Jésus dans une lignée humaine en proposant sa généalogie (3,22-38). Les deux séries d’événements, la prédication de Jean et la lignée humaine déployée dans l’histoire, convergent donc vers Jésus, affirmant ainsi implicitement sa double nature. La généalogie lucanienne est différente de celle de Matthieu : partant de Joseph, son père adoptif, elle remonte bien au-delà d’Abraham, jusqu’à «Adam, fils de Dieu». Jésus, Fils unique du Père, est donc aussi présenté comme fils de l’homme; fruit, pourrait-on dire, de toute l’humanité, récapitulée en Adam, à qui le salut est promis. Et c’est pourquoi cette généalogie est immédiatement suivie par l’épisode de tentations au désert (4,1-13), où Jésus, fils d’homme, est éprouvé à la manière des hommes.

2. Ayant ainsi présenté Jésus, Fils de Dieu et fils de l’homme, le rédacteur peut commencer le récit des débuts de sa mission, objet de la deuxième partie du passage (4,14 - 5,16). Son ministère s’inaugure en Galilée par des enseignements et des actes de puissance «glorifiés par tous» (4,15).

La première scène qui ouvre cette seconde partie (4,14-30) est propre à Luc et fonctionne comme une sorte de sommaire. Elle annonce les caractéristiques du ministère de Jésus et résume ce qu’en retient le rédacteur: enseignements fréquents et fréquemment donnés dans les synagogues; utilisation d’indices – ici la lecture et l’interprétation de la prophétie d’Isaïe – laissant deviner qu’il est bien le grand Prophète attendu, le Messie de Dieu, mais sans que cela soit explicitement affirmé; premières réactions d’admiration de la foule promptes à se changer en un refus violent; le fait enfin que Jésus «passe son chemin» (4,30) et va porter plus loin la Bonne Nouvelle refusée par les siens.

À cette introduction programmatique, succède une suite de guérisons opérées à Capharnaüm, encadrée par la double mention de son enseignement dans la synagogue (4,31;44) : guérison d’un possédé dans la synagogue même (4,31-37); guérison de la belle-mère de Simon (alors qu’il n’a encore été question d’aucun disciple), qui est également relatée comme un exorcisme (4,38-39); guérisons multiples, enfin, de maux divers où se manifestent encore des «esprits mauvais» (4,40-41). Jésus est donc posé d’emblée comme celui qui, par sa prédication et ses miracles, met en œuvre «la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu» (4,43), c’est-à-dire libère les hommes des aliénations du mal et les rend ainsi capables d’accueillir ce Royaume.

L’autorité de Jésus et le sens de son enseignement ayant été ainsi posés, Luc place ensuite l’appel des premiers disciples (5,1-11), qui intervient bien plus tôt chez Matthieu, avant le premier discours de Jésus (Mt 4,18-22), et chez Marc (Mc 1,18-20) qui les fait ensuite témoins de la «journée de Capharnaüm». L’épisode, plus tardif donc en Luc, est centré sur la personne de Simon-Pierre et fait intervenir, pour préciser la vocation qui lui est donnée, une scène de pêche miraculeuse que le Quatrième Évangile situe, pour sa part, après la résurrection (Jn 21,1-8).

Un nouveau récit de miracle, celui de la purification d’un lépreux (5,12-14), opéré cette fois-ci devant les disciples, clôt ce passage : il affirme à nouveau la puissance de Jésus qui guérit par sa seule parole, ainsi que sa liberté face à la loi qu’il enfreint en touchant le lépreux, et qu’il respecte en l’envoyant se montrer à un prêtre.

Tel est donc le «commencement» du ministère de Jésus : il est reconnu comme un thaumaturge efficace qui étonne par son autorité et attire l’admiration des foules (4,37;42; 5,15). À partir de la séquence suivante, que nous lirons le mois prochain, les controverses avec les Pharisiens vont commencer et les contours de son enseignement se dessiner.
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• Lc 3,1-6

"Tout homme verra le salut de Dieu": l'oracle d'Isaïe rappelé par Jean Baptiste va se réaliser plus vite et plus largement qu'on aurait pu le penser.

Encore faut-il des précurseurs pour "préparer les chemins du Seigneur"...

Quelques précisions sur la datation; repères historiques et géographiques:
 Tibère: successeur d'Auguste; empereur à Rome de 14 à 37; la "15ème année de son règne" va donc:
- du 1er octobre 27 au 30 septembre 28 - selon le calendrier syrien, le plus probable;
- du 19 août 28 au 19 août 29 - selon le calendrier romain;
- ou de Nisân (mars-avril) 28 à Nisân 29 (calendrier juif).
Jean a donc dû commencer son ministère en 28.
Ponce Pilate: gouverneur ("préfet") de Judée-Samarie de 26 à 36. Selon l'historien juif Flavius Josèphe, Pilate s'est rendu coupable de répressions brutales sur son territoire, a offensé la sensibilité religieuse juive en introduisant des enseignes romaines à Jérusalem, et a puisé dans le trésor du Temple.
tétrarque: titre d'Hérode Antipas, fils d'Hérode le Grand et de Maltaké (voir généalogie en cliquant ici); il gouverna la Galilée et la Pérée de 4 av. J.-C. à 39 ap. J.-C.. C'est lui qui fera emprisonner et exécuter Jean Baptiste (qui lui reprochait notamment d'avoir répudié sa femme Arétas pour épouser sa nièce Hérodiade, d'abord épouse de son frère Hérode Philippe Ier: voir généalogie et lire Lc 3,19-20, mais surtout Mt 14,3-12 et, plus détaillé encore, Mc 6,17-29).
l'Iturée et la Trachonitide: deux régions situées à l'est de la Syro-Phénicie (sud-est du Liban).
l'Abilène: district situé à une trentaine de kilomètres de Damas.
 

Commentaire
du Père About, de Radio-Vatican:

En ce deuxième dimanche de l’Avent, nous nous acheminons tout doucement vers la fête de Noël, la fête de l’incarnation du Fils de Dieu. Et cette fête n’est pas simplement le souvenir d’un événement agréable, mais la mémoire de l’éternité de Dieu qui s’insère dans le temps, dans notre temps. Voilà pourquoi saint Luc va commencer l’Évangile de ce jour par citer tous les repères spatio-temporels qui ont marqué ce changement du monde : l’an quinze du règne de Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée. La Parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, fils de Zacharie. Il ne s’agit pas d’une légende néo-païenne, mais d’un fait historique avéré que chacun peut mesurer.
La contraposition des personnages du récit révèle en même temps l’universalité de l’appel évoqué et l’originalité du chemin à suivre pour y répondre. D’un côté, les grands de ce monde sont évoqués, représentant toutes les composantes humaines qui sont conviées, de l’autre côté est mis en relief un inconnu, un pauvre de cœur, offert à l’irruption de la Parole de Dieu. D’un côté le monde et sa puissance, de l’autre un homme et le désert ! Et c’est en lui que s’annonce le chemin car il désignera le Messie, le Christ.
Pourquoi est-il au désert et y prêche-t-il alors qu’il aurait plus d’auditeurs en une grande ville?. Parce que Dieu travaille toujours les cœurs en les menant au désert. C’est le lieu du dépouillement, de la saisie de l’essentiel sans autre interlocuteur que Dieu lui-même, dans un cœur à cœur. D’ailleurs le peuple ne s’y trompe pas, il y rejoint Jean, car il sait que son histoire s’y forge : Dieu n’a-t-il pas fait vivre sa Pâque et donné sa Loi au désert ? N’a-t-il pas régénéré ses prophètes découragés en ce lieu reculé ? Alors ils viennent à Jean qui prépare leur cœur à une nouvelle Pâque, définitive, et ils se laissent modeler par la Parole : « Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Tout ravin sera comblé, toute montagne abaissée (…) et tout homme verra le salut de Dieu ».
Oui, préparez le chemin du Seigneur, marchez pour rencontrer Dieu, tel qu’il se donne humblement. Marchez, à l’invite de Jean-le-Baptiste pour enfin découvrir vos cœurs, dans la vérité, face à lumière de Dieu en ce petit enfant.
Marchez, avec Jean, qui vous conduit au Jourdain pour entrer dans la terre Promise. Il est le passeur, qui comme Moïse semble s’arrêter et n’entre pas en terre promise, car c’est un autre qui doit traverser et entraîner à sa suite un peuple nouveau. Le passage dans l’eau révélera qui il est et qui nous sommes, en Lui, dans notre propre baptême.
Voilà pourquoi nous devons nous mettre en marche, comme dans un nouvel exode, chaque temps de Noël et de Pâques, pour laisser Dieu nous redire qu’il il est et à quel salut il nous destine. C’est un temps de préparation, à vivre sereinement, un temps d’austérité non triste mais fécond, un temps de joie contenue mais si intense comme le violet de ce temps liturgique : austère mais si évocateur d’espérance comme le germe et le bourgeon qui annoncent l’éclatement de la vie.


Homélie
du Frère Jean-Christophe, 
des Fraternités Monastiques de Jérusalem:

Le temps transfiguré
Frères et sœurs, vous avez peut-être été étonnés par la densité de la précision historique qui nourrit la moitié de notre page d’Évangile. Luc s’applique à donner tous les détails nécessaires pour bien situer, dans le temps de l’histoire des hommes, l’événement qui va se produire. 2000 ans après, nous sommes invités à regarder en arrière, à retrouver, dans le temps qui s’écoule inexorablement, cet instant que Luc semble figer, circonscrire pour l’éternité. Cet instant solennel, quel est-il ?
C’est le moment exact où la parole de Dieu se fit entendre à Jean-Baptiste au désert.

<- La vocation du Précurseur - Fresque (Xème siècle) de l'Ancienne église de Tokahkilise (Cappadoce)

Moment capital s’il en est, car il annonce la révélation, à tous les hommes, du Verbe de Dieu, la Parole faite-chair. L’Éternel entre dans le temps. Dieu rejoint les hommes dans leur histoire. Moment capital pour l’histoire de l’humanité. Voilà que Celui qui est sans commencement et sans fin, l’alpha et l’oméga,
consent à être mesuré par le temps, à avoir, comme chacun de nous, un passé et un avenir, une naissance, une jeunesse, une maturité, une mort. Le Verbe de Dieu, le Fils unique du Père, né du Père avant tous les siècles, lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, Jésus va descendre du ciel et prendre chair en Marie. Tous ceux qui le verront dans ce passage de 33 ans sur notre terre verront le salut de notre Dieu (Lc 3,6). Par delà le règne de Tibère, le mandat de Ponce Pilate, les principats d’Hérode, de Philippe et de Lysanias, par delà les pontificats d’Anne et Caïphe, Jean-Baptiste, la voix qui crie dans le désert, nous annonce la venue du véritable Sauveur, Jésus, dont le règne n’aura pas de fin. Jean est parti au désert pour se libérer de toute attache vis-à-vis de ce monde qui passe. Dernier maillon de tous ces hommes et de ces femmes qui ont attendu le Sauveur, il semble ralentir le cours du temps par son départ au désert. Tout en lui n’est plus qu’orienté vers cette rencontre inouïe avec Dieu qui se revêt de notre chair humaine.
Jean, au désert, est le veilleur par excellence. Il scrute le temps pour découvrir l’Éternel enfoui dans le temps des hommes. Jean crie au désert : «Le temps est accompli, le Seigneur vient. Préparez la venue de l’Éternel dans l’histoire de votre vie.»

Jean Baptiste prêchant - Devant d'autel (XIIème siècle) - Musée d'art de Catalogne (Barcelone) ->

Le cours du temps va être transfiguré par cet avènement. Jusqu’à Jésus, le temps s’écoulait en convergeant vers Lui. Mais désormais, le temps n’est plus qu’un déploiement de la venue de Jésus dans notre propre histoire. Certes le temps continue à progresser, mais à partir de Jésus. Tout ce que nous vivons aujourd’hui se mesure, s’imprime dans l’histoire en référence à cet instant de l’irruption de Dieu dans le temps. Nous vivons dans le temps de Dieu, ce temps nouveau qui part de Jésus et qui nous ramène à Lui. Nous regardons en arrière cherchant à mettre nos pas dans les pas de Celui qui a foulé notre terre 33 ans durant, et nous regardons en avant, sûrs de son retour glorieux et définitif. Notre temps d’aujourd’hui est comme aspiré par ces deux extrêmes. C’est cet écartèlement qui lui donne toute sa densité qui n’existait pas avant la naissance de Jésus. Chaque instant nous rappelle que Dieu est entré dans notre temps et que cet instant fugace du présent peut devenir pour moi personnellement celui de ma rencontre avec Lui. La voix de Jean-Baptiste continue à crier dans le désert d’aujourd’hui : «Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez la route, voici l’heure de la rencontre, de la manifestation de Dieu dans votre vie.» Nous ne pouvons plus vivre comme si Jésus n’était pas venu et comme s’il ne pouvait pas se manifester à nous maintenant. Notre temps doit s’ajuster au temps de Dieu. Non pas par une fuite dans l’imaginaire et l’irréel mais au contraire, dans l’accueil de l’aujourd’hui de Dieu. À chaque instant, Dieu peut faire irruption dans notre vie. Aussi n’y a-t-il pas de temps à perdre pour Lui permettre de venir à nous. Que toutes les montagnes et collines que nous dressons entre Lui et nous s’abaissent donc. Que les ravins qui nous séparent de nos frères soient comblés, car en chacun de ces frères, Dieu se donne. Que les passages tortueux de notre foi malmenée par les aspérités de la vie deviennent droits. Et que les routes déformées par notre péché soient aplanies par la grâce du pardon et de la réconciliation. Oui, le Seigneur vient aujourd’hui nous visiter, nous donner force et confiance, espérance et joie. Chaque instant de notre vie doit devenir un Avent, un avènement de Dieu dans notre histoire. Dieu se dit dans notre aujourd’hui. Ne le cherchons pas trop loin alors qu’il est si proche ! Le jour au jour en publie le récit et la nuit à la nuit en transmet la connaissance, chante le psalmiste (Ps 18,3). Il nous faut ouvrir les yeux, les oreilles, le cœur car le Seigneur vient. Chaque instant peut s’ouvrir de lui-même sur l’éternité de Dieu. «L’Avent liturgique nous revient chaque année pour nous rappeler inlassablement cette densité du temps, de notre temps qui est devenu le temps de Jésus. De nouveau, nous sommes invités à attendre Jésus, à le désirer intensément, à provoquer son apparition. Non pas qu’il ait disparu de notre horizon, mais parce qu’il est toujours là et que nous risquons de dévaloriser le temps, d’oublier qu’il est désormais plénitude des temps, c’est-à-dire un temps plein de sa grâce et de sa miséricorde.» (André Louf, Seul l’amour suffirait)

Frères et sœurs, à quelques jours de Noël, prenons le temps de donner du temps à Dieu. Offrons-Lui notre temps qui ne nous appartient plus et qui est désormais son bien. Le voici qui vient.

Homélie
du Frère Pierre-Marie, 
des Fraternités Monastiques de Jérusalem:

Tous précurseurs
Si le Seigneur a désigné lui-même Jean Baptiste comme le plus grand des enfants des femmes (Mt 11,11), n’est-ce pas pour nous le donner en exemple à tous ?
Dès lors, ce qu’a été jadis le précurseur, chacun de nous ne doit-il pas l’être aujourd’hui, à son tour ?
Qu’est-ce qu’un précurseur, si c’est à l’être, nous aussi, que nous sommes tous appelés ?
***
Jean Baptiste est précurseur par le fait qu’il va tout d’abord s’enfoncer dans les solitudes du désert (Mc 1,4).

<- Le désert de Judée

Il refait ainsi le chemin originel, initial, du peuple de ses pères avant leur entrée en Terre Promise.
C’est là qu’il se prépare lui-même, dégage son cœur, lave son âme, libère son esprit.
C’est là qu’il discipline son corps et maîtrise ses pensées.
Dieu peut alors entrer dans sa vie dans la mesure où il a préparé son être propre à la joie de sa rencontre (Jn 3,29).
C’est au désert qu’il devient, dans le secret des fiançailles,
l’ami de l’Epoux (Jn 3,29) et que lorsque celui-ci croise enfin sa route,
fixant les yeux sur lui, il le reconnaît (Jn 1,36).
Ses yeux ne l’auraient pas spontanément remarqué si son cœur ne l’avait ardemment attendu.
Il est bien, par conséquent, vis-à-vis de lui-même d’abord, un réel précurseur qui sait ouvrir son âme à la venue du Seigneur.
Il l’est ensuite vis-à-vis du Verbe de Dieu en se faisant, pour lui, une voix qui crie dans le désert (Mt 3,3).
Car, s’il y a la parole, il y a aussi la voix.
Une voix sans parole n’est qu’un son incompréhensible.
Mais une parole sans voix n’est qu’un silence insaisissable.
Or Dieu, qui est Parole, se dit dans le silence (Sg 18,14-15).
Pour parler aux hommes, il prend donc la voix des hommes. Et Jean Baptiste, par sa voix, a préparé les cœurs à se faire attentifs aux paroles du Christ.
Comme un prophète et plus qu’un prophète (Lc 7,26), en vrai précurseur,
il a préparé dans ce monde la venue de Dieu.
Vis-à-vis des hommes aussi, Jean Baptiste est le parfait précurseur qui nous appelle tous à nous convertir au vrai Sauveur de nos vies.
Il appelle chacun à laver son âme, à aplanir sa route, à rectifier le tracé de son existence.
Il prépare ainsi bel et bien le chemin du Christ sur terre.
Car le Seigneur n’est la route que si le terrain de nos vies est prêt à l’accueillir.
Et quand il proclame ce qu’il a reçu du ciel par grâce de révélation, et atteste ce qu’il a vu quand le Christ s’est manifesté au Jourdain,
Jean ne peut que nous guider aux sources du salut (Is 12,3) et vers cet Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde (Jn 1,29).
C’est d’ailleurs encore en ces termes qu’à chaque Eucharistie la voix de Jean nous désigne Celui que nous devons accueillir chaque jour en nous.
Par-delà le règne de Tibère, le mandat de Ponce Pilate, les principats d’Hérode, de Philippe et de Lysanias, par-delà les pontificats d’Anne et Caïphe (Lc 3,1-2), le Précurseur, toujours vivant, toujours présent,
annonce littéralement aux hommes le salut du monde.
Mais, par-dessus tout, mieux encore qu’en parole, c’est par la sainteté de sa vie que Jean Baptiste est le vrai précurseur du Christ.
Une sainteté si haute qu’elle nous oriente directement vers Lui.
Comme Jésus, en effet, il prêchera la conversion, appellera au baptême, à la droiture de vie, au repentir ; comme Lui, il connaîtra l’abandon de ses disciples, l’hostilité de ses ennemis et, finalement, l’arrestation, l’emprisonnement, le martyre.
En ce sens, Jean est bel et bien le parfait annonciateur du Christ.
Celui qui a si bien vécu comme Lui qu’il est littéralement devenu le chemin conduisant à Lui, la lampe qui brille un instant (Jn 5,35) avant la pleine aurore.
Comment, frères et sœurs, ne pas aimer, contempler et célébrer un tel précurseur ?
***
Comment aussi ne pas l’entendre nous redire aujourd’hui que nous sommes tous des précurseurs à notre tour ?
Nous avons d’abord à l’être vis-à-vis de nous-mêmes, comme Jean Baptiste l’a fait en s’enfonçant au désert.
En vivant ce que saint Paul appelle le dépouillement et ce que saint Ignace nomme le détachement.
Car, si Dieu demeure à jamais celui qui vient et qui nous aime toujours en premier, il ne peut le faire sans le consentement, en quelque sorte «précurseur», de notre propre liberté.
Il le fait donc à la mesure de la préparation préalable, effectivement active, de notre cœur.
Acceptons-nous donc déjà de dire un oui a priori à l’appel de son amour ?
Ce fossé à combler – au nom de la charité –
cette aspérité à raboter – au nom de l’humilité –
ce travers à rectifier – au nom de la pureté et de la paix –
voilà ce que la voix de Jean qui retentit nous invite à mettre en œuvre
pour faciliter, là, en notre vie, l’avancée du Christ.
Comme il est beau de savoir que nous pouvons ainsi, gratuitement, activement, préparer en notre âme la venue de Celui qui veut, encore et toujours, revenir en nous, pour y demeurer à tout jamais (Jn 14,23).
La joie que nous pourrons ressentir dans la nuit de Noël sera directement proportionnelle aux efforts de préparation et de conversion que nous aurons librement entrepris pour désencombrer nos cœurs.
Ne serait-ce que par une démarche vers le sacrement du pardon, le baptême du repentir dont Jean Baptiste a posé les premières pierres !
Jean Baptiste nous invite également à préparer autour de nous les chemins d’un Sauveur venu pour tous.
Car, si Dieu nous a tout donné :
une voix pour parler,
des pas pour marcher,
des mains pour servir,
une intelligence pour comprendre,
un cœur pour aimer,
Il veut aussi que ce soit par nous que son propre salut soit annoncé, célébré et partagé.
Parlant aux chrétiens de la ville de Philippes, l’apôtre Paul (Ph 1,4-6;8-11)  leur fait part de sa joie pour tout ce qu’ils ont accompli pour l’Évangile en communion avec lui.
Frères et sœurs, nous restons tous, en ce sens, des ambassadeurs du Christ et des messagers de la Bonne Nouvelle (2 Co 2,15 ; 5,20).

<- Jean et ses disciples - Peinture sur bois (détail) par un anonyme de l'Ecole de Sienne - Pinacothèque de Sienne.

Des précurseurs du Seigneur sans qui son Évangile ne serait ni connu ni annoncé.
Tout autour de nous et au plus loin devant nous, voici que tout un peuple reste encore en attente de cette Bonne Nouvelle qui ne nous est donnée que pour être partagée.
Nous non plus, nous ne pouvons pas n’en pas parler.
Même s’il nous semble parfois que notre voix n’est qu’un cri qui retentit dans le désert.
On a tellement soif de vérité, on est si affamé de lumière quand on navigue, sans but, dans ce désert – fût-il doré – de ce qui tisse le plus souvent la trame de l’existence.
Cette existence où rien n’a plus de sens, de poids ou d’intérêt, quand Dieu en reste absent ou méconnu.
Même avec la promesse d’un pouvoir d’achat sans cesse accru.
Mais seule évangélise, en finale, l’authenticité de notre vie.
Disons donc, pour terminer, que c’est essentiellement en cherchant à imiter, à la suite de Jean Baptiste, ce même Jésus Christ que nous dirons au monde la mystère de sa Nativité et la grande joie de sa présence au cœur de notre cœur.
Les saints n’ont pas besoin de se faire entendre ; «leur existence est un appel».
Voilà qui prépare les chemins du Seigneur !
Voilà qui donne envie de connaître son Visage !
Voilà qui réalise sur terre la manifestation de Sa venue et de Sa Présence !
Car le Corps du Christ, c’est nous désormais (1 Co 12,27).
Tout chrétien est, au milieu du monde, un possible tremplin pour l’incessant rayonnement de sa grâce.
N’y faisons pas barrage !
Mais n’oublions pas non plus que nous ne restons ce faisant ou ce disant, que des précurseurs, c’est-à-dire ceux et celles qui accomplissent seulement une infime part du travail.
Il nous faut donc apprendre à laisser Dieu achever ce qui n’est jamais
qu’ébauché ou mis en route par nous – et cela encore avec sa propre grâce.
Puisque Dieu a si bien commencé chez vous son travail, écrit Paul aux Philippiens, je suis persuadé qu’il le continuera jusqu’à son achèvement
au jour où reviendra le Christ Jésus (Ph 1,6).
À qui reste uni à lui, Dieu lui-même donne d’agir.
Et quiconque vit de lui, Dieu rayonne à travers lui.
Mais c’est toujours essentiellement lui qui inspire, conduit, construit, accompagne, restaure, convertit.
Et ce qu’il donne à quiconque de commencer, il peut toujours le prolonger et l’achever à son gré.
Il nous suffit d’accepter et de collaborer.
En un mot, d’être ses précurseurs.
Mais quelle joie de pouvoir
participer ainsi à son œuvre de salut !
Comme le chante le prophète : Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère et revêts pour toujours la beauté de la gloire de Dieu ! (Ba 5,1).
La divinisation de nos vies baptismales est bien déjà commencée.


Méditation 
 
- Du Nouveau Testament :
- Lc 1,76-77;79 : « Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très Haut;
Car tu marcheras devant la face du Seigneur, pour préparer ses voies,
Afin de donner à son peuple la connaissance du salut
Par le pardon de ses péchés,
Pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort,
Pour diriger nos pas dans le chemin de la paix. »
Remarque:
Chaque matin, à l'office des Laudes, l'Eglise entière loue Dieu pour son Fils venu nous visiter et nous racheter en le "cantique de Zacharie", qu'il a proclamé à la naissance de Jean le Précurseur (Lc 1,68-79)
- 2Co 5,21: « Celui qui n'a point connu le péché, il l'a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu. »

- Commentaire patristique :
- De Saint Grégoire le Grand, Homélie VI sur l'Evangile:
Gardez-vous de refuser au prochain l'aumône de la parole. Songez à la rapidité du temps qui fuit, à la sévérité du Juge qui doit venir. C'est sur lui, le souverain Juge, que vous devez fixer les regards de votre cœur, c'est lui que vous devez rendre présent à l'esprit de ceux qui vous entourent. De cette façon, si vous ne négligez pas d'annoncer sa venue autant que vous le permettent vos moyens, vous mériterez d'être comptés par lui, comme Jean, au nombre de ses anges*.
*Rappel: Le mot "ange" signifie "messager" (du grec αγγέλλωangellô "j'annonce")
- De Saint Cyrille d'Alexandrie (380-444), évêque et docteur de l'Église, Sur Isaïe, III, 3:
      « Le désert et la terre de la soif, qu'ils se réjouissent ! Le pays aride, qu'il exulte et fleurisse, qu'il se couvre de fleurs des champs. » (Is 35,1) Celle que l'Écriture inspirée appelle généralement déserte et stérile, c'est l'Église venue des païens. Elle existait autrefois, parmi les peuples, mais elle n'avait pas reçu du ciel son Époux mystique, je veux dire le Christ [...] Mais le Christ est venu chez elle : il a été captivé par sa foi, il l'a enrichie du fleuve divin qui ruisselle de lui, ruisselle, car il est « source de vie, torrent de délices » (Ps 35,10.9) [...] Dès qu'il a été présent, l'Église a cessé d'être stérile et déserte ; elle a rencontré son Epoux, elle a mis au monde d'innombrables enfants, elle s'est couverte de fleurs mystiques...
      Isaïe continue : « Il y aura là une route pure, on l'appellera la voie sacrée » (v.8). La route pure, c'est la force de l'Évangile pénétrant la vie, ou, pour le dire autrement, c'est la purification de l'Esprit. Car l'Esprit enlève la tache imprimée dans l'âme humaine, il délivre des péchés et fait surmonter toute souillure. Cette route est donc appelée à juste titre sainte et pure ; elle est inaccessible à quiconque n'est pas purifié. Personne, en effet, ne peut vivre selon l'Évangile s'il n'a d'abord été purifié par le saint baptême ; personne donc ne le peut sans la foi...
      Seuls ceux qui ont été délivrés de la tyrannie du démon pourront mener la vie glorieuse que le prophète illustre par ces images : « On n'y rencontrera pas de lion, ni aucune autre bête féroce » (v.9) là, sur cette route pure. Autrefois, en effet, telle une bête féroce, le diable, cet inventeur du péché, s'attaquait, avec les esprits mauvais, aux habitants de la terre. Mais il a été réduit à néant par le Christ, chassé loin du troupeau des croyants, dépouillé de la domination qu'il exerçait sur eux. C'est pourquoi, rachetés par le Christ et rassemblés dans la foi, ils marcheront d'un seul coeur sur cette route pure (v.9). Abandonnant leurs anciens chemins, « ils s'en détourneront pour arriver à Sion », c'est-à-dire à l'Église, « avec une allégresse qui n'aura pas de fin » (v.10) ni sur la terre, ni dans les cieux et ils rendront gloire à Dieu, leur Sauveur.

- D'un théologien moderne:
J.-B. Metz, L'Avent de Dieu (1967):
Il n'y a que les "pauvres", disait Bernanos, à posséder le secret de l'espérance. C'est à eux qu'appartient le paradis. En revanche, il n'y a pas de plus fort empêchement au discernement de l'avènement de Dieu que celui qui réside en notre présumée "puissance": la face de Dieu ne peut apparaître que "voilée" par la nuée de l'angoisse.
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• Lc 3,10-18

"Que devons-nous faire?"
Là où nous sommes, agir, jour après jour, en artisans de justice, qui portent le souci des autres, qui partagent généreusement avec eux.

Nous deviendrons ainsi, nous aussi, précurseurs du Messie de Dieu: Bonne Nouvelle pour tous!

Verset 10.
τί οὖν ποιήσομεν; - Que devons-nous donc faire? : voir Lc 3,12;14; 10,25; 18,18; Ac 2,37; 16,30; 22,10. La mention répétée de cette question indique que le message du règne de Dieu doir susciter un changement de la manière de vivre.

Verset 11.
τῷ μὴ ἔχοντι - avec celui qui n'en a point : voir Is 1,10-20;58,6-7.

Verset 12.
ἦλθον δὲ καὶ τελῶναι - Il vint même des publicains : l'exhortation de Jean Jean au verset 13 laisse supposer que certains d'entre eux tiraient profit de leur position pour s'enrichir. De toute façon, à cause de leur fonction de collecteurs d'impôts d'une part, et de leur collaboration avec les romains d'autre part, ils étaient au mieux ignorés, souvent méprisés, parfois haïs par le peuple.

Verset 14.
ἐπηρώτων δὲ αὐτὸν καὶ στρατευόμενοι - Des soldats aussi lui demandèrent : les auditeurs les plus inattendus (voir ci-dessus, sur le verset 12) répondent au message de Jean; cette fois il s'agit - pis encore! - soit de soldats juifs au service d'Hérode, soit de soldats romains.

Versets 16-17.
Comparer les synoptiques: Mt 3,11-12 // Mc 1,7-8 // Lc 3,16-17, et Jn 1,24-28.
ἐγὼ μὲν ὕδατι βαπτίζω ὑμᾶς - Moi, je vous baptise d'eau: le verbe βαπτίζω ("baptiser" en est la stricte transcription) signifie littéralement "immerger". Si les ablutions rituelles sont nombreuses dans le judaïsme (en particulier le bain purificateur au miqvé), aucune ne correspond au "baptême" tel que le pratiquait Jean. La pratique qui s'en rapproche le plus est précisément la purification au miqvé des prosélytes (goïm désirant se convertir au Judaïsme). Le message de Jean est donc très fort: il invite les Juifs et les non-Juifs à (re)venir à Dieu selon le même rite; en outre, ce dernier est précédé de la nécessaire reconnaissance des péchés, afin de préparer la venue du Messie.

Méditation 
 
- Du Nouveau Testament :
- Ga 5,22-23 : « Mais le fruit de l'Esprit, c'est l'amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité, la douceur, la tempérance; face à tout cela, il n'y a plus de Loi. »
- Ac 2,28 : « Tu m'as fait connaître les sentiers de la vie, Tu me rempliras de joie par ta présence. » - d'après Ps 15,11 : « Tu me feras connaître le sentier de la vie; Il y a d'abondantes joies devant ta face, Des délices éternelles à ta droite. »
- Rm 12,12-13 : « Réjouissez-vous en espérance. Soyez patients dans l'affliction. Persévérez dans la prière. Pourvoyez aux besoins des saints. Exercez l'hospitalité. »
- Rm 14,19 : « Ainsi donc, recherchons ce qui contribue à la paix et à l'édification mutuelle. »

- Commentaires patristiques :
- Origène, Homélies sur saint Luc, 26,3
Le baptême par lequel Jésus baptise est "dans l'Esprit Saint et dans le feu" (Lc 3,17). Si tu es saint, tu seras baptisé dans l'Esprit Saint, si tu es pécheur, tu seras plongé dans le feu. Le même baptême deviendra condamnation et feu pour les pécheurs indignes, mais les saints, ceux qui se convertissent au Seigneur avec une foi entière, recevront la grâce du Saint Esprit et le Salut.

- Saint Maxime de Turin (?-v. 420), évêque, Sermon 88
      Jean n'a pas seulement parlé en son temps, en annonçant le Seigneur aux Pharisiens, en disant : « Préparez le chemin au Seigneur, rendez droits ses sentiers » (Mt 3,3). Aujourd'hui il crie en nous, et le tonnerre de sa voix ébranle le désert de nos péchés. Même enseveli dans le sommeil du martyre, sa voix retentit encore. Il nous dit aujourd'hui : 
« Préparez les chemins du Seigneur, rendez droits ses chemins »...

      Jean Baptiste a donc ordonné de préparer la voie au Seigneur. Voyons quelle route il a préparée au Sauveur. De bout en bout, il a parfaitement tracé et ordonné sa voie pour l'arrivée du Christ, car il a été en tout point sobre, humble, économe et vierge. C'est en décrivant toutes ces vertus qui sont les siennes que l'évangéliste dit : « Ce Jean avait son vêtement fait de poils de chameau et un pagne de peau autour des reins ; sa nourriture était de sauterelles et de miel sauvage » (Mt 3,4).

<- Saint Jean Baptiste - face extérieure de porte d'un triptyque portable (fin des années 1250) - Monastère Sainte-Catherine (Sinaï). Il est représenté selon le modèle byzantin, debout, de face; mais le médaillon qu'il porte avec l'Agnus Dei est de tradition occidentale.

Quelle plus grande marque d'humilité chez un prophète que le mépris des vêtements moelleux pour se vêtir de poils rugueux ? Quelle plus profonde marque de foi que d'être toujours prêt, un simple pagne autour des reins, à tous les devoirs de servitude ? Quelle marque d'abstinence plus éclatante que le renoncement aux délices de cette vie pour se nourrir de sauterelles et de miel sauvage ?

      Tous ces comportements du prophète étaient à mon avis prophétiques en eux-mêmes. Quand le messager du Christ portait un vêtement rugueux, en poils de chameau, cela ne signifiait-il pas simplement que le Christ, à sa venue, revêtirait notre corps humain, au tissu épais, rugueux par ses péchés ?... La ceinture de peau signifie que notre chair fragile, orientée avant la venue du Christ sur le vice, il la mènerait à la vertu.

- D'un théologien moderne:
François Varillon, La Parole est mon Royaume (1986)
    C'est donc bien clair:la sainteté, ce n'est pas d'aller ici ou là, hors de son état ou de sa condition. Elle est de bien faire ce que l'on a à faire: travail, probité, justice, conscience professionnelle. Jean Baptiste est bien dans la ligne des grands prophètes qui, tous, ont proclamé les exigences fondamentales de la moralité. La moralité au sein de l'Alliance. La moralité comme clause de l'Alliance, comme condition pour demeurer au sein de l'Alliance.
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• Lc 3,15-16;21-22

Jésus a été baptisé au milieu de la foule rassemblée par la prédication de Jésus. Seul dans la prière, comme si souvent au cours de son ministère,il voit l'Esprit descendre sur lui, et il entend une voix du ciel confirmer sa mission de Fils envoyé pour que les hommes renaissent de l'eau et de l'Esprit.

Traduction et remarques :
Luc présente de façon assez détaillée le ministère et le massage de Jean le Précurseur, après l'avoir placé dans son contexte historico-politique (3,1-20).
Le message de Jean suscite deux types de réactions:
- ses auditeurs cherchent à savoir comment se préparer à la venue du Seigneur;
- certains se demandent s'il n'est pas le Messie.
En se faisant baptiser, ses auditeurs expriment leur changement d'attitude, leur repentir et leur adhésion à la volonté de Dieu (qui s'accompagne de conséquences pratiques).
Luc rapporte ensuite le baptême de Jésus (3,21-22), et c'est à ce récit qu'il lie la généalogie de Jésus (3,23-28) - car ces deux péricopes se terminent par cette affirmation: "Jésus est fils de Dieu" (3,22;28).

Verset 15.
᾿Προσδοκῶντος δὲ τοῦ λαοῦ καὶ διαλογιζομένων πάντων ἐν ταῖς καρδίαις αὐτῶν περὶ τοῦ ᾿Ιωάννου, μήποτε αὐτὸς εἴη ὁ Χριστός,
Comme le peuple était dans l'attente, et que tous se demandaient en eux-même si Jean n'était pas le Christ,

Verset 16.
᾿ἀπεκρίνατο ὁ ᾿Ιωάννης ἅπασι λέγων· ἐγὼ μὲν ὕδατι βαπτίζω ὑμᾶς· ἔρχεται δὲ ὁ ἰσχυρότερός μου, οὗ οὐκ εἰμὶ ἱκανὸς λῦσαι τὸν ἱμάντα τῶν ὑποδημάτων αὐτοῦ· αὐτὸς ὑμᾶς βαπτίσει ἐν Πνεύματι ῾Αγίῳ καὶ πυρί.
il leur dit à tous: Moi, je vous baptise d'eau; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers. Lui, il vous baptisera du Saint Esprit et de feu.
Voir Mt 3,11.

Verset 21.
᾿ ᾿Εγένετο δὲ ἐν τῷ βαπτισθῆναι ἅπαντα τὸν λαὸν καὶ ᾿Ιησοῦ βαπτισθέντος καὶ προσευχομένου ἀνεῳχθῆναι τὸν οὐρανὸν
Tout le peuple se faisant baptiser, Jésus aussi fut baptisé; et, pendant qu'il priait, le ciel s'ouvrit,
καὶ ᾿Ιησοῦ βαπτισθέντος - Jésus aussi fut baptisé: en se faisant baptiser, Jésus montre son obéissance au plan de Dieu, qu'il est venu accomplir; en effet, le baptême de Jean étant un rite de purification, Jésus n'a pas besoin de se faire baptiser - mais par son baptême, il s'identifie à Israël qui reconnaît ses péchés et attend le Royaume de Dieu.
προσευχομένου - pendant qu'il priait: Luc est le seul à mentionner ici la prière de Jésus - activité du Seigneur sur laquelle il insiste particulièrement (Lc 5,6; 6,12; 9,29; 10,21; 11,1; 22,32;41; 23,34;46). Par ailleurs, Luc lie plusieurs cas de révélations ou d'événements surnaturels à la prière (Lc1,8-11; 2,37-38; Ac 4,23-31; 10,1-6;9-23;30-32; 13,1-3; 22,17-21).
ἀνεῳχθῆναι τὸν οὐρανὸν - le ciel s'ouvrit:cf. Mt 3,16. Voir Is 63,19b; Ez 1,1.

<-"Le ciel s'ouvrit et le Saint Esprit descendit sur lui [...] comme une colombe": le ciel est représenté comme un arrondi bleu orné d'étoiles d'or; il "s'ouvre" pour laisser descendre une sorte de rayon à l'extrémité duquel se trouve une colombe auréolée; de celle-ci partent trois traits, symboles du rayonnement trinitaire.

Verset 22.
᾿καὶ καταβῆναι τὸ Πνεῦμα τὸ ῞Αγιον σωματικῷ, εἴδει ὡσεὶ περιστερὰν ἐπ᾿ αὐτόν, καὶ φωνὴν ἐξ οὐρανοῦ γενέσθαι λάγουσαν· σὺ εἶ ὁ υἱός μου ὁ ἀγαπητός, ἐν σοὶ εὐδόκησα.
et le Saint Esprit descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe. Et une voix fit entendre du ciel ces paroles: Tu es mon Fils bien-aimé; en toi j'ai mis toute mon affection.
σωματικῷ, εἴδει ὡσεὶ περιστερὰν - sous une forme corporelle, comme une colombe: littéralement "corporellement, en une forme semblable à une colombe". On peut voir dans cette colombe une allusion à Gn 8,8-12, où elle apparaît comme le signe annonciateur du monde nouveau qui sort des eaux (par ex. Mt 24,37-39; 1P 3,20-21).
Certains exégètes y voient une allusion à Gn 1,2: "l'esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux".
La colombe a parfois servi dans le judaïsme de représentation symbolique d'Israël; Jésus serait donc ainsi également représenté comme le Juif par excellence.
ἐν σοὶ εὐδόκησα en toi j'ai mis toute mon affection: le verbe εὐδοκέω eudokeô signifie littéralement "penser (du) bien de"; donc "approuver" un acte, "apprécier" une personne.
σὺ εἶ ὁ υἱός μου ὁ ἀγαπητός, ἐν σοὶ εὐδόκησα - Tu es mon Fils bien-aimé; en toi j'ai mis toute mon affection: une variante remplace ce segment, pourtant cohérent et insistant sur la force d'Amour du lien trinitaire, par la traduction que la LXX donne de Ps 2,7:
בני אתה אני היום ילדתיך
"Υἱός μου εἶ σύ, ἐγὼ σήμερον γεγέννηκά σε- Tu es mon fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré", ce qui était la formule "classique" d'intronisation royale dans toutes les civilisations du Proche-Orient ancien, le souverain étant alors "adopté" par la divinité lors de son intronisation - et, en Israël, le Roi étant "adopté" par le Dieu Unique.
La liturgie propose les deux formules, laissant le choix entre elles au célébrant; mais indique curieusement que la seconde est "la plus probable".

Pour prolonger la méditation:

- Du Premier Testament:
- Is 63,19: "Oh! si tu déchirais les cieux, et si tu descendais,
Les montagnes s'ébranleraient devant toi!"

- Du Nouveau Testament:
- Lc 12,49-50: "Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé! Il est un baptême dont je dois être baptisé, et combien il me tarde qu'il soit accompli!"
- 1Co 12,13: "Nous avons tous, en effet, été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreuvés d'un seul Esprit. "
- Ga 4,6-7: "Et parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils, lequel crie: Abba! Père! Ainsi tu n'es plus esclave, mais fils; et si tu es fils, tu es aussi héritier par la grâce de Dieu. "

- Commentaire patristique:
De Saint Grégoire de Nazianze (330-390), Sermon 39 pour la Fête des Lumières (sur la "Fête des Lumières" et en illustration de ce texte, voir à cette page les icônes et leurs commentaires):

     Le Christ est illuminé par le baptême, resplendissons avec lui ; il est plongé dans l'eau, descendons avec lui pour remonter avec lui [...] Jean est en train de baptiser et Jésus s'approche : peut-être pour sanctifier celui qui va le baptiser ; certainement pour ensevelir tout entier le vieil Adam au fond de l'eau. Mais avant cela et en vue de cela, il sanctifie le Jourdain. Et comme il est esprit et chair, il veut pouvoir initier par l'eau et par l'Esprit [...] Voici Jésus qui remonte hors de l'eau. En effet, il porte le monde ; il le fait monter avec lui. « Il voit les cieux se déchirer et s'ouvrir » (Mc 1,10), alors qu'Adam les avait fermés pour lui et sa descendance, quand il a été expulsé du paradis que défendait l'épée de feu.

      Alors l'Esprit atteste sa divinité, car il accourt vers celui qui est de même nature. Une voix descend du ciel, pour rendre témoignage à celui qui en venait ; et, sous l'apparence d'une colombe, elle honore le corps, puisque Dieu, en se montrant sous une apparence corporelle, divinise aussi le corps. C'est ainsi que, bien des siècles auparavant, une colombe est venue annoncer la bonne nouvelle de la fin du déluge (Gn 8,11) [...]

      Pour nous, honorons aujourd'hui le baptême du Christ, et célébrons cette fête de façon irréprochable [...] Soyez entièrement purifiés, et purifiez-vous encore. Car rien ne donne à Dieu autant de joie que le redressement et le salut de l'homme : c'est à cela que tend tout ce discours et tout ce mystère. Soyez « comme des sources de lumière dans le monde » (Ph 2,15), une force vitale pour les autres hommes. Comme des lumières parfaites secondant la grande Lumière, soyez initiés à la vie de lumière qui est au ciel ; soyez illuminés avec plus de clarté et d'éclat par la sainte Trinité, dont vous avez reçu maintenant, d'une façon restreinte, un seul rayon, venant de l'unique divinité, en Jésus notre Seigneur.
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