Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven



Textes tirés de l'Évangile selon
saint Jean


Saint Jean symbolisé par l'aigle

Plaque de reliure émaillée - XIIème siècle - (Musée de Cluny, Paris) ->





<- Mosaïque - Mausolée de Galla Placidia - Ravenne








Détail de broderie (fils d'or et d'argent sur velours) pour ornement liturgique - 1681 - Couvent patriarcal de Bzommar (Liban) ->

___________________________________________________________________________

4. Chapitres 20 et 21
___________________________________________________________________________


• Jn 20,19-31

Deux apparitions du Ressuscité, qui ont lieu un dimanche - comme la vision du Livre de l'Apocalypse.
Le Vivant venu au milieu des siens est bien celui qui a été crucifié et mis au tombeau.
Cette identité, au cœur de la foi en la résurrection du Seigneur, a été constatée par les Apôtres. La foi de l'Église repose sur leur témoignage unanime, renforcé par l'expérience singulière de Thomas qui marque en quelque sorte la charnière de deux générations de croyants: solidaires des premiers témoins de la Résurrection, il a dû s'approprier le témoignage des autres.
Sa démarche n'en fait aucunement le patron de "ceux qui attendent de voir pour croire"... Elle rappelle - comme ne cesse de le dire saint Jean - que la foi est au-delà des témoignages qui l'accréditent: elle implique et exige une reconnaissance personnellede Celui à qui l'on dit alors "mon Seigneur et mon Dieu!".
"Cesse d'être incrédule, sois croyant": cette parole du Seigneur, exhortation pressante plus que reproche, s'adresse dès lors à chacun de nous.
"Heureux ceux qui croient sans avoir vu!": ces mots s'adressent à tous ceux qui reconnaissent en Jésus "le Messie, le Fils de Dieu", qui reçoivent de Lui le pardon des péchés et l'effusion de l'Esprit - avec la mission de porter au monde la Bonne Nouvelle de la Résurrection.  


Remarques:

Sur saint Jeanet son évangile: voir à cette page.

Sur Jn 20,1-31:

--
Plan:
- D'autres femmes étaient présentes au tombeau ce jour-là, mais Jean se limite à l'expérience de Marie de Magdala. Le point principal de ce chapitre est la description de son cheminement (vv.1-18): elle passe de la tristesse et de l'incompréhension à la joie et à la foi.
Cette évolution se fait en plusieurs étapes au cours desquelles elle parvient à se détourner du passé et de sa recherche du corps mort de Jésus, pour se tourner vers l'avenir et vers le Christ ressuscité. Parmi les premiers témoins qui vont au tombeau ce jour-là, Marie de Magdala est la seule à être chargée d'une mission par Jésus (v.17);

DUCCIO di Buoninsegna
L’apparition à Marie de Magdala (Noli me tangere) - 1308-11 ->
Museo dell'Opera del Duomo, Sienne

voir aussi l'icône "Noli me tangere" et son commentaire à cette page.
- Après sa Résurrection, Jésus n'apparaît qu'à ses disciples (vv.19-29), afin de renouveler et de fortifier leur foi: la Résurrection n'est donc pas un événement par lequel Jésus force ses opposants à croire en lui.

-- Il est instructif de comparer l'attitude de Marie et celle de Thomas.
Tous deux sont en effet persuadés, au départ, que Jésus n'est pas ressuscité, tous deux pensent au Jésus mort (Marie cherche un corps disparu; Thomas pense aux marques de la crucifixion); puis, dans les deux cas, le doute fait place à la foi.

-- C'est d'ailleurs la déclaration de Thomas (v.28) qui apporte la réponse définitive à toutes les questions posées dans le IVème évangile sur l'identité et l'origine de Jésus. 

-- Le rapport entre le don de l'Esprit du v.22 et celui de la Pentecôte est très discuté.
Jésus accomplit très probablement ici un geste de type prophétique, il met en scène une parabole (du même type que celle du lavement des pieds en 13,1-20) pour annoncer le don de l'Esprit.
En effet, même après le don de l'Esprit du v.22, les disciples sont toujours enfermés (v.26).   
De plus Jésus devait "s'en aller": "si je ne m'en vais, le Consolateur ne viendra pas à vous; mais si je m'en vais, je vous l'enverrai" (16,7), avant que l'Esprit ne soit donné.
Par ce geste, Jésus prépare les disciples à la mission qu'il leur confie (v.23), mais qu'ils ne pourront accomplir que grâce à la présence de l'Esprit après la Pentecôte.


Traduction et notes:

Verset 19.
Οὔσης οὖν ὀψίας τῇ ἡμέρᾳ ἐκείνῃ τῇ μιᾷ τῶν σαββάτων, καὶ τῶν θυρῶν κεκλεισμένων ὅπου ἦσαν οἱ μαθηταὶ συνηγμένοι διὰ τὸν φόβον τῶν ᾿Ιουδαίων, ἦλθεν ὁ ᾿Ιησοῦς καὶ ἔστη εἰς τὸ μέσον, καὶ λέγει αὐτοῖς· εἰρήνη ὑμῖν.
Le soir donc étant venu, ce jour-là, le premier de la semaine, et les portes du lieu où les disciples étaient, par crainte des Juifs, étant fermées, Jésus vint et se tint au milieu d'eux. Et il leur dit: La paix soit à vous!
τῇ ἡμέρᾳ ἐκείνῃ τῇ μιᾷ τῶν σαββάτων - ce jour-là, le premier de la semaine: C'est-à-dire le dimanche (puisque le שׁבּת shabbâth est le septième et donc dernier jour de la semaine) de la Résurrection. 





DUCCIO di Buoninsegna (Sienne, 1255 env.-1319) –
L’apparition derrière la porte close - 1308-11
Museo dell'Opera del Duomo, Sienne

La porte centrale, solidement fermée par une barre horizontale (ce détail dans le récit évangélique renforce l'aspect miraculeux de la situation) prend ici valeur théologique: la barre horizontale rappelle la Croix, la porte encadre le personnage principal et dominant du Christ - vers lequel les deux groupes d'apôtres convergent.

On notera à propos de ces derniers qu'ils sont bien dix (puisque Thomas est absent, et Judas n'a pas encore été remplacé).
 
Le Christ est - comme dans les icônes typologiques - vêtu d'un chitôn rouge, symbole de sa divinité, recouvert d'un himatiôn vert, symbole de sa nature humaine qui cache et dévoile à la fois sa nature divine; tous deux sont néanmoins rehaussés d'or
(voir à cette page le commentaire de la Transfiguration du même artiste). 
 
τῶν θυρῶν κεκλεισμένων- les portes étant fermées: Malgré le témoignage de Marie de Magdala, les "disciples" sont encore dans la crainte.
τῶν ᾿Ιουδαίων - des Juifs:
-- Cette locution est utilisée 68 fois dans cet évangile (contre 5 ou 6 fois dans chacun des autres) et peut être rendue de diverses manières selon le contexte.
Elle désigne soit les habitants de Judée (2,18;20;3,1...), les Juifs en général (2,6;13;4,9;22;18,33...), les chefs des Juifs ou les responsables religieux, hostiles à Jésus (1,19;5,10;15;16;18;19,31;38...)
-- Comme on vient de le voir, une telle manière de parler tranche avec ce que l'on trouve dans les synoptiques, qui font la différence entre la foule, les Pharisiens, les Sadducéens, les chefs du peuple, les spécialistes de la Loi, etc.
-- Ce fait s'explique entre autres, aux yeux de la plupart des exégètes, par la date de rédaction des synoptiques et de l'évangile de Jean - les trois premiers datant d'avant la chute de Jérusalem, le dernier d'après 70, alors que la nation juive et les structures de sa vie sociale ont disparu: Jean engloberait sous ce vocable les divers représentants du peuple auxquels Jésus a eu affaire (qu'ils se soient ou non opposés à lui).
εἰς τὸ μέσον- au milieu d'eux: Tous les apôtres présents, hormis Thomas (voir commentaire de l'illustration ci-dessus).
εἰρήνη ὑμῖν- La paix soit à vous!: Traduction grecque de la salutation hébraïque traditionnelle (répétée aux vv.21;26) "שלום עליכםShalom aleikhem".Cependant le terme שׁלוםexcède largement ce que nous entendons habituellement par "paix". La racine hébraïque englobe en effet des notions de bien-être, de bon état, de justice, d’harmonie, de bienveillance, de bonheur, bref de plénitude.
Cette salutation est donc particulièrement adaptée à la situation des apôtres: ils ont certes peur des autorités, mais leur conscience doit également être travaillée par leur attitude à l'égard de Jésus au moment de son arrestation.

Verset 20.
καὶ τοῦτο εἰπὼν ἔδειξεν αὐτοῖς τὰς χεῖρας καὶ τὴν πλευρὰν αὐτοῦ. ἐχάρησαν οὖν οἱ μαθηταὶ ἰδόντες τὸν Κύριον.
Et ayant dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples se réjouirent donc, car ils voyaient le Seigneur.
τὰς χεῖρας καὶ τὴν πλευρὰν αὐτοῦ - ses mains et son côté: Où l'on pouvait encore voir les plaies reçues à la Croix.

Verset 21.
εἶπεν οὖν αὐτοῖς ὁ ᾿Ιησοῦς πάλιν· εἰρήνη ὑμῖν· καθὼς ἀπέσταλκέ με ὁ πατήρ, κἀγὼ πέμπω ὑμᾶς.
Jésus donc leur dit encore: La paix soit à vous! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie.
• πέμπω ὑμᾶς-je vous envoie: Jésus leur confie une mission: il les "envoie" comme il a lui-même été "envoyé" par "le Père"; il y a donc un rapport étroit entre sa mission et la leur. Celle-ci sera liée au pardon des péchés (v.23) qui sera annoncé par la proclamation de l'Évangile dans la puissance de l'Esprit (v.22) dans le monde entier (17,20). 
 
Verset 22.
καὶ τοῦτο εἰπὼν ἐνεφύσησε καὶ λέγει αὐτοῖς· λάβετε Πνεῦμα ῞Αγιον·
Et ayant dit cela, il souffla en eux, et leur dit: Recevez l'Esprit Saint.
ἐνεφύσησε - il souffla en <eux>:
-- Le verbe "ἐμφυσάω emphusaō" est composé du préfixe prépositionnel "ἐν
èn", "dans", et du verbe "φυσάω phusaō"; il signifie donc "souffler dans".
-- Ce geste de Jésus rappelle le souffle de Dieu lors de la création de l'être humain:
  וייצר יהוה אלהים את־האדם עפר מן־האדמה ויפח באפיו נשׁמת חיים ויהי האדם לנפשׁ חיה׃
"Et YHWH Elohim forma l'homme, poussière du sol, et souffla dans ses
narines une respiration de vie , et l'homme devint une âme vivante" (Gn 2,7; voir à cette page).
Cet acte annonce ainsi la création d'une nouvelle humanité, qui recevra le souffle de la vie de résurrection par la prédication du pardon des péchés (v.23) - voir plus haut l'introduction à ce passage.

Verset 23.
ἄν τινων ἀφῆτε τὰς ἁμαρτίας, ἀφίενται αὐτοῖς· ἄν τινων κρατῆτε, κεκράτηνται.
A quiconque vous remettrez les péchés, ils sont remis; et à quiconque vous les retiendrez, ils sont retenus.
τὰς ἁμαρτίας - les péchés: Par la prédication de l'Évangile: celui qui rejette l'Évangile demeure dans son péché (voir 8,24; Lc 24,47; Ac 13,38;26,18). Le langage de ce v. est proche de Mt 16,19 et 18,18.

Verset 24.
Θωμᾶς δὲ εἷς ἐκ τῶν δώδεκα, ὁ λεγόμενος Δίδυμος, οὐκ ἦν μετ᾿ αὐτῶν ὅτε ἦλθεν ὁ ᾿Ιησοῦς.
Or Thomas, l'un des douze, appelé Didyme, n'était pas avec eux quand Jésus vint.
• δώδεκα- Douze: Terme "technique" désignant les apôtres, même s'ils  sont alors seulement onze (1Co 15,5); voir commentaire de l'illustration ci-dessus. 
Θωμᾶς ὁ λεγόμενος Δίδυμος- Thomas appelé Didyme:
-- Voir 11,16;14,5;21,2.
-- "Δίδυμος Didumos": adjectif, redoublement de l'adverbe "δίς dis, deux fois", signifiant "jumeau".

Verset 25.
ἔλεγον οὖν αὐτῷ οἱ ἄλλοι μαθηταί· ἑωράκαμεν τὸν Κύριον. ὁ δὲ εἶπεν αὐτοῖς· ἐὰν μὴ ἴδω ἐν ταῖς χερσὶν αὐτοῦ τὸν τύπον τῶν ἥλων, καὶ βάλω τὸν δάκτυλόν μου εἰς τὸν τύπον τῶν ἥλων καὶ βάλω τὴν χεῖρα μου εἰς τὴν πλευρὰν αὐτοῦ, οὐ μὴ πιστεύσω. 
Les autres disciples donc lui dirent: Nous avons vu le Seigneur. Mais il leur dit: A moins que je ne voie en ses mains la marque des clous, et que je ne mette mon doigt dans la marque des clous, et que je ne mette ma main dans son côté, je ne le croirai point.

Verset 26.
Καὶ μεθ᾿ ἡμέρας ὀκτὼ πάλιν ἦσαν ἔσω οἱ μαθηταὶ αὐτοῦ καὶ Θωμᾶς μετ᾿ αὐτῶν. ἔρχεται ὁ ᾿Ιησοῦς τῶν θυρῶν κεκλεισμένων, καὶ ἔστη εἰς τὸ μέσον καὶ εἶπεν· εἰρήνη ὑμῖν.
Et huit jours après, ses disciples étaient de nouveau dans la maison, et Thomas avec eux. Jésus vient, les portes étant fermées; et il se tint au milieu d'eux et dit: La paix soit à vous!
DUCCIO di Buoninsegna (Sienne, 1255 env.-1319) –
L’incrédulité de Thomas - 1308-11
Museo dell'Opera del Duomo, Sienne

Cet épisode, comme dans le texte johannique, se situe dans la même demeure que le précédent.

Ce panneau est l'un des seuls de la série a avoir gardé en partie la configuration qui lui a été donnée pour son installation initiale dans la Maestà de la cathédrale de Sienne; on remarquera en revanche qu'il est coupé sur les côtés (la seule porte centrale reste apparente; un apôtre manque, certains sont "coupés").

On notera la position étrange des pieds de Thomas - ils sont représentés comme si les jambes étaient croisées sous son vêtement, rendant ainsi physiquement l'impression d'hésitation.

En revanche le Christ, s'il lève le bras pour permettre à Thomas de voir sa plaie au côté, a ici la position triomphale de certaines "Sorties du tombeau".
 
Verset 27.
εἶτα λέγει τῷ Θωμᾷ· φέρε τὸν δάκτυλόν σου ὧδε καὶ ἴδε τὰς χεῖράς μου, καὶ φέρε τὴν χεῖρά σου καὶ βάλε εἰς τὴν πλευράν μου, καὶ μὴ γίνου ἄπιστος ἀλλὰ πιστός.
Puis il dit à Thomas: Avance ton doigt ici, et regarde mes mains; avance aussi ta main, et mets-la dans mon côté; et ne sois pas incrédule, mais croyant.
Le Caravage (1571-1610) – L’incrédulité de Saint Thomas (1601-02), détail -
Sanssouci, Potsdam

Verset 28.
ἀπεκρίθη Θωμᾶς καὶ εἶπεν αὐτῷ· ὁ Κύριός μου καὶ ὁ Θεός μου.
Thomas répondit et lui dit: Mon Seigneur et mon Dieu!
ὁ Κύριός μου καὶ ὁ Θεός μου - Mon Seigneur et mon Dieu:
-- Cette déclaration renvoie au prologue du IVème évangile: celui qui "était Dieu" depuis le commencement (Jn 1,1-18, à cette page) est enfin reconnu comme "Dieu" digne de recevoir l'adoration de ses disciples. Si le mot "Dieu" peut être utilisé à propos du Fils dans le NT, sa divinité est affirmée de bien d'autres manières encore (voir par ex. Ph 2,6-11; Col 1,13-20).
--Rappel: dans la LXX, "κύριος kurios", "seigneur/Seigneur", traduit le qéré "אֲדֹנָי  Adonaï" du tétragramme divin imprononçable "יהוה"; tandis que "θεός
theos
" traduit "
אל'êl" ou "אלהים'ĕlôhı̂ym", "dieu/Dieu"
--En disant "mon Seigneur et mon Dieu", Thomas montre qu'il a bien perçu les implications personnelles de sa déclaration (voir l'introduction).

Verset 29.
λέγει αὐτῷ ὁ ᾿Ιησοῦς· ὅτι ἑώρακάς με πεπίστευκας· μακάριοι οἱ μὴ ἰδόντες καὶ πιστεύσαντες.
Jésus lui dit: Parce que tu m'as vu, tu as cru; bienheureux ceux qui n'ont point vu et qui ont cru.
• μακάριοιbienheureux: Les lecteurs de Jean, et toutes les générations de chrétiens qui ont suivi, ont cru sans avoir "vu"; cette béatitude s'adresse à eux: leur foi repose sur le témoignage des apôtres.


Verset 30.
Πολλὰ μὲν οὖν καὶ ἄλλα σημεῖα ἐποίησεν ὁ ᾿Ιησοῦς ἐνώπιον τῶν μαθητῶν αὐτοῦ, ἃ οὐκ ἔστι γεγραμμένα ἐν τῷ βιβλίῳ τούτῳ·
Jésus donc fit aussi devant ses disciples beaucoup d'autres miracles, qui ne sont pas écrits dans ce livre.

Verset 31.
ταῦτα δὲ γέγραπται ἵνα πιστεύσητε ὅτι ᾿Ιησοῦς ἐστιν ὁ Χριστὸς ὁ υἱὸς τοῦ Θεοῦ, καὶ ἵνα πιστεύοντες ζωὴν ἔχητε ἐν τῷ ὀνόματι αὐτοῦ.
Mais ces choses sont écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez la vie par son nom.

L’incrédulité de Saint Thomas (vers 1150)
Bas-relief sur un pilier d'angle, Abbaye Santo Domingo, Silos

On remarquera que le "Maître de Silos" a ramené le nombre des apôtres à douze en faisant figurer dans la scène Paul, au premier plan et au centre, à côté de Jésus: le temps de la peur est dépassé, le temps de la foi "sans avoir vu" est venu...
Quant aux évangélistes Matthieu et Jean, ils se distinguent des autres apôtres par leur regard: alors que tous les autres sont tournés vers Jésus et Thomas, tous deux (derrière Thomas et Jésus) semblent regarder, déjà vers l'avenir: ils devront "écrire afin que le monde croie"... 

_______________________________________________________________________________________

• Jn 21,1-19.

La "troisième" manifestation du Ressuscité rapportée par l'épilogue de l'Évangile selon saint Jean se distingue des autres:
- les témoins n'en sont pas le Onze, mais cinq d'entre eux seulement, et deux disciples anonymes;
- ils ne marquent pas d'hésitation pour identifier le Seigneur.
Comment ne pas voir là une évocation de l'Église pascale?
Sur la mer de ce monde, elle peine souvent, sans résultats apparents. Le Seigneur, lui, voit où il faut jeter le filet; si ses disciples suivent ses indications, ils seront surpris par la fécondité extraordinaire de leurs efforts. Le repas de pain et de poisson, présidé par le Seigneur, fait songer à l'Eucharistie 

Sur ce texte:
Sur Jn 21,1-25:
Après 20,30-31, qui aurait très bien pu conclure l'évangile, le chap. 21 se présente comme un post-scriptum.
Il comporte deux parties:
- la première (vv.1-14) est le récit d'une nouvelle pêche miraculeuse, réalisée grâce à l'intervention du Ressuscité. Jésus indique ainsi qu'il rétablit ses disciples dans leur ministère de pêcheurs d'hommes - dont il avait parlé lors de la "première" pêche miraculeuse, celle de Lc 5,10. Mais un obstacle demeure pour Pierre: celui de son reniement;
- la seconde partie du chapitre (vv.15-23) est donc consacrée au rétablissement de Pierre dans son ministère: après avoir fait vivre à l'apôtre "de l'intérieur" la peine qu'il avait lui-même ressentie, le Ressuscité lui annonce le pardon, le rétablit dans sa tâche de pasteur de ses propres brebis, et lui indique le chemin qu'il lui faudra suivre.
C'est Jean, le dernier témoin encore vivant, qui rapporte ces faits (vv.23-25).


Traduction et notes:

Verset 1.
᾿Μετὰ ταῦτα ἐφανέρωσεν ἑαυτὸν πάλιν ὁ ᾿Ιησοῦς τοῖς μαθηταῖς ἐπὶ τῆς θαλάσσης τῆς Τιβεριάδος· ἐφανέρωσε δὲ οὕτως.
Après cela, Jésus se montra encore aux disciples, sur les bords de la mer de Tibériade. Et voici de quelle manière il se montra.

Verset 2.
᾿ ἦσαν ὁμοῦ Σίμων Πέτρος, καὶ Θωμᾶς ὁ λεγόμενος Δίδυμος, καὶ Ναθαναὴλ ὁ ἀπὸ Κανὰ τῆς Γαλιλαίας, καὶ οἱ τοῦ ζεβεδαίου, καὶ ἄλλοι ἐκ τῶν μαθητῶν αὐτοῦ δύο.
Simon Pierre, Thomas, appelé Didyme ("le Jumeau"), Nathanaël, de Cana en Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres disciples de Jésus, étaient ensemble. 

Verset 3.
᾿λέγει αὐτοῖς Σίμων Πέτρος· ὑπάγω ἁλιεύειν. λέγουσιν αὐτῷ· ἐρχόμεθα καὶ ἡμεῖς σὺν σοί. ἐξῆλθον καὶ ἐνέβησαν εἰς τὸ πλοῖον εὐθύς, καὶ ἐν ἐκείνῃ τῇ νυκτὶ ἐπίασαν οὐδέν.
Simon Pierre leur dit: Je vais pêcher. Ils lui dirent: Nous allons aussi avec toi. Ils sortirent et montèrent dans une barque, et cette nuit-là ils ne prirent rien.
 
Verset 4.
πρωΐας δὲ ἤδη γενομένης ἔστη ὁ ᾿Ιησοῦς εἰς τὸν αἰγιαλόν· οὐ μέντοι ᾔδεισαν οἱ μαθηταὶ ὅτι ᾿Ιησοῦς ἐστι.
Le matin étant venu, Jésus se trouva sur le rivage; mais les disciples ne savaient pas que c'était Jésus.
οὐ μέντοι ᾔδεισαν οἱ μαθηταὶ - mais les disciples ne savaient pas: Voir 20,14; Mt 28,17; Lc 24,16;37. A plusieurs reprises, Jésus n'a pas été reconnu après sa résurrection: peut-être son apparence, tout en étant celle qu'il avait auparavant, était-elle quelque peu différente; ou peut-être que les disciples, en raison du caractère extraordinaire de la résurrection, et ne s'attendant pas à un tel phénomène, n'ont même pas pensé qu'il pouvait s'agir de Jésus.

Verset 5.
λέγει οὖν αὐτοῖς ὁ ᾿Ιησοῦς· παιδία, μή τι προσφάγιον ἔχετε; ἀπεκρίθησαν αὐτῷ· οὔ.
Jésus leur dit: Jeunes gens, n'avez-vous rien à manger? Ils lui répondirent: Non.

Verset 6.
ὁ δὲ εἶπεν αὐτοῖς· βάλετε εἰς τὰ δεξιὰ μέρη τοῦ πλοίου τὸ δίκτυον, καὶ εὑρήσετε. ἔβαλον οὖν, καὶ οὐκέτι αὐτὸ ἑλκύσαι ἴσχυσαν ἀπὸ τοῦ πλήθους τῶν ἰχθύων.
Il leur dit: Jetez le filet du côté droit de la barque, et vous trouverez. Ils le jetèrent donc, et ils ne pouvaient plus le retirer, à cause de la grande quantité de poissons.

Verset 7.
λέγει οὖν ὁ μαθητὴς ἐκεῖνος, ὃν ἡγάπα ὁ ᾿Ιησοῦς, τῷ Πέτρῳ· ὀ Κύριός ἐστι. Σίμων οὖν Πέτρος ἀκούσας ὅτι ὁ Κύριός ἐστι, τὸν ἐπενδύτην διεζώσατο· ἦν γὰρ γυμνός· καὶ ἔβαλεν ἑαυτὸν εἰς τὴν θάλασσαν·
Alors le disciple que Jésus aimait dit à Pierre: C'est le Seigneur! Et Simon Pierre, dès qu'il eut entendu que c'était le Seigneur, mit son vêtement et sa ceinture, car il était nu, et se jeta dans la mer.
• ὁ μαθητὴς ἐκεῖνος, ὃν ἡγάπα ὁ ᾿Ιησοῦς - le disciple que Jésus aimait: Voir 13,23; 19,26-27; 20,2; 21,20. Cette expression désigne Jean, l'auteur de cet évangile. En 1,18, ce dernier montre avec le même langage la proximité, "l'intimité" existant entre Jésus et le Père; Jésus, étant dans cette intimité, était qualifié pour révéler le Père. De même, ce disciple est donc qualifié pour rapporter les paroles du Fils: Jean affirme ainsi l'authenticité de son récit, témoignage d'un disciple vivant dans l'intimité de Jésus.
καὶ ἔβαλεν ἑαυτὸν εἰς τὴν θάλασσαν - et se jeta dans la mer: Pierre, comme dans d'autres épisodes, réagit de façon impulsive.

Verset 8.
οἱ δὲ ἄλλοι μαθηταὶ τῷ πλοιαρίῳ ἦλθον· οὐ γὰρ ἦσαν μακρὰν ἀπὸ τῆς γῆς, ἀλλ᾿ ὡς ἀπὸ πηχῶν διακοσίων, σύροντες τὸ δίκτυον τῶν ἰχθύων.
Les autres disciples vinrent avec la barque, tirant le filet plein de poissons, car ils n'étaient éloignés de terre que d'environ deux cents coudées.
ἀπὸ πηχῶν διακοσίων - d'environ deux cents coudées: La coudée (אמּה
'ammâh= avant-bras => coudée) est comprise entre 52,5cm ("grande coudée") et 45cm ("petite coudée"); ils sont donc à une centaine de mètres du rivage.

Verset 9.

ὡς οὖν ἀπέβησαν εἰς τὴν γῆν, βλέπουσιν ἀνθρακιὰν κειμένην καὶ ὀψάριον ἐπικείμενον καὶ ἄρτον.
Lorsqu'ils furent descendus à terre, ils virent là des charbons allumés, du poisson dessus, et du pain.

<-Le poisson et les pains, symboles du Repas eucharistique.


Verset 10.
λέγει αὐτοῖς ὁ ᾿Ιησοῦς· ἐνέγκατε ἀπὸ τῶν ὀψαρίων ὧν ἐπιάσατε νῦν.
Jésus leur dit: Apportez des poissons que vous venez de prendre.

Verset 11.
ἀνέβη οὖν Σίμων Πέτρος καὶ εἵλκυσε τὸ δίκτυον ἐπὶ τῆς γῆς, μεστὸν ἰχθύων μεγάλων ἑκατὸν πεντήκοντα τριῶν· καὶ τοσούτων ὄντων οὐκ ἐσχίσθη τὸ δίκτυον.
Simon Pierre monta dans la barque, et tira à terre le filet plein de cent cinquante-trois grands poissons; et quoiqu'il y en eût tant, le filet ne se rompit point. 
• οὐκ ἐσχίσθη- ne se rompit point: Comp. Lc 5,6.

Verset 12.
 λέγει αὐτοῖς ὁ ᾿Ιησοῦς· δεῦτε ἀριστήσατε. οὐδεὶς δὲ ἐτόλμα τῶν μαθητῶν ἐξετάσαι αὐτόν σὺ τίς εἶ, εἰδότες ὅτι ὁ Κύριός ἐστιν.
Jésus leur dit: Venez, mangez. Et aucun des disciples n'osait lui demander: Qui es-tu? sachant que c'était le Seigneur.
οὐδεὶς δὲ ἐτόλμα τῶν μαθητῶν ἐξετάσαι αὐτόν σὺ τίς εἶ- aucun des disciples n'osait lui demander: Qui es-tu?: L'attitude des disciples est marquée par la crainte, car Jésus vient de renouveler la pêche miraculeuse qu'il leur avait permis de faire lors de son appel à le suivre (Lc 5,1-11). Tout se passe comme si les choses allaient recommencer; ils ne comprennent pas ce que veut Jésus.

Verset 13.
ἔρχεται οὖν ὁ ᾿Ιησοῦς καὶ λαμβάνει τὸν ἄρτον καὶ δίδωσιν αὐτοῖς, καὶ τὸ ὀψάριον ὁμοίως.
Jésus s'approcha, prit le pain, et leur en donna; il fit de même du poisson.

Verset 14.
τοῦτο ἤδη τρίτον ἐφανερώθη ὁ ᾿Ιησοῦς τοῖς μαθηταῖς αὐτοῦ ἐγερθεὶς ἐκ νεκρῶν. 
C'était déjà la troisième fois que Jésus se montrait à ses disciples depuis qu'il était ressuscité des morts.
τρίτον- la troisième fois: C'est la troisième fois que Jésus apparaît à un groupe des apôtres réunis:
- la première fois, en l'absence de Thomas (Jn 20,19-23);
- la deuxième fois, "huit jours plus tard", en présence de Thomas (Jn 20,24-31);
- la troisième fois, ici.

Verset 15.
῞Οτε οὖν ἡρίστησαν, λέγει τῷ Σίμωνι Πέτρῳ ὁ ᾿Ιησοῦς· Σίμων ᾿Ιωνᾶ, ἀγαπᾷς με πλέον τούτων; λέγει αὐτῷ· ναί, Κύριε, σὺ οἶδας ὅτι φιλῶ σε. λέγει αὐτῷ· βόσκε τὰ ἀρνία μου. 
Après qu'ils eurent mangé, Jésus dit à Simon Pierre: Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu plus que ne m'aiment ceux-ci? Il lui répondit: Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. Jésus lui dit: Pais mes agneaux.
πλέον τούτων- plus que ne m'aiment ceux-ci: Jésus demande à Pierre si son amour pour lui est toujours aussi présomptueux (voir Mt 26,33; Mc 14,29; Jn 13,37).
Autre traduction possible: "plus que tu n'aimes ceux-ci".
En fait, la traduction liturgique garde l'ambiguïté du grec (trad. littérale: "plus qu'eux"), qui ne tranche pas entre valeur subjective et objective du pronom (puisque le verbe n'est pas exprimé). Mais la première explicitation proposée a, contrairement à la seconde, une valeur théologique imposée par le contexte. En outre, la nécessité d'une explicitation se fait sentir dès le v.16.

βόσκε τὰ ἀρνία μου- Pais mes agneaux: Voir vv.16 et 17. Pierre reçoit pour mission de s'occuper du troupeau du Christ. Le rôle de berger qui lui est confié, à la suite du Maître (Jn 10,14-16; 20,21), exigera de lui un amour absolu, sans réserve pour le Seigneur.

Verset 16.
῞λέγει αὐτῷ πάλιν δεύτερον· Σίμων ᾿Ιωνᾶ, ἀγαπᾷς με; λέγει αὐτῷ· ναί, Κύριε, σὺ οἶδας ὅτι φιλῶ σε. λέγει αὐτῷ· ποίμαινε τὰ πρόβατά μου.  
Il lui dit une seconde fois: Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu? Pierre lui répondit: Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. Jésus lui dit: Pais mes brebis.
ἀγαπᾷς με;- m'aimes-tu?: Cette fois (et cela implique que l'on choisisse une explicitation - qu'elle soit subjective ou objective - au v.15) Jésus demande à Pierre s'il l'aime tout simplement, dans l'absolu.

Verset 17.
῞λέγει αὐτῷ τὸ τρίτον· Σίμων ᾿Ιωνᾶ, φιλεῖς με; ἐλυπήθη ὁ Πέτρος ὅτι εἶπεν αὐτῷ τὸ τρίτον· φιλεῖς με; καὶ εἶπεν αὐτῷ· Κύριε, σὺ πάντα οἶδας, σὺ γινώσκεις ὅτι φιλῶ σε. λέγει αὐτῷ ὁ ᾿Ιησοῦς· βόσκε τὰ πρόβατά μου.  
Il lui dit pour la troisième fois: Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu? Pierre fut attristé de ce qu'il lui avait dit pour la troisième fois: M'aimes-tu? Et il lui répondit: Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t'aime. Jésus lui dit: Pais mes brebis.
φιλεῖς με; - m'aimes-tu?:Jésus n'emploie plus ici le verbeἀγαπάω agapaō comme aux vv.15 et 16, mais le verbe φιλέω phileō - qui est le verbe que Pierre avait employé dans ses deux précédentes réponses.
Même si ces deux verbes sont très proches par le sens, le fait que Jésus reprenne ici le verbe employé par Pierre et non celui que lui-même avait d'abord employé a un sens: Jésus semble dire à Pierre: "Tu dis que tu m'aimes, et je reprends tes propres mots... Alors pourquoi m'as-tu renié?..."
Telle est en tout cas la manière dont Pierre a compris cette troisième question, car c'est à ce moment-là qu'il est "attristé" (ἐλυπήθη), comme s'il avait ressenti où Jésus voulait en venir (Cf. Jn 18,15-18;25-27).
Et par sa réponse il exprime sa foi - car il s'en remet totalement au jugement du Seigneur: "Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t'aime".

Verset 18.
῞ἀμὴν ἀμὴν λέγω σοι, ὅτε ἦς νεώτερος, ἐζώννυες σεαυτὸν καὶ περιεπάτεις ὅπου ἤθελες· ὅταν δὲ γηράσῃς, ἐκτενεῖς τὰς χεῖράς σου, καὶ ἄλλος σε ζώσει, καὶ οἴσει ὅπου οὐ θέλεις.  
En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais plus jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais; mais quand tu seras vieux, tu étendras tes mains, et un autre te ceindra, et te mènera où tu ne voudras pas.
L'image que Jésus emploie ici oppose d'abord la liberté de la jeunesse aux limitations imposées par la vieillesse.
Mais Jésus indique aussi que la vie de Pierre se terminera par un emprisonnement et même par une exécution: selon la tradition, Pierre aurait été crucifié sous le règne de Néron ("tu étendras tes mains" pourrait en être une image: voir v.19).

Verset 19.
῞τοῦτο δὲ εἶπε σημαίνων ποίῳ θανάτῳ δοξάσει τὸν Θεόν. καὶ τοῦτο εἰπὼν λέγει αὐτῷ· ἀκολούθει μοι.  
Il dit cela pour indiquer par quelle mort Pierre glorifierait Dieu. Et ayant ainsi parlé, il lui dit: Suis-moi.
ἀκολούθει μοι- Suis-moi:Après avoir annoncé à Pierre que sa vie suivrait le modèle du Maître (jusque dans sa mort), Jésus l'invite à "le suivre", i.e. à être un disciple fidèle.
 

Prolongements:
- Saint Augustin - Sermon Guelferbitanus 16,2:
Quand vous entendez le Seigneur demander: "Pierre, m'aimes-tu?" considérez Pierre comme un miroir et regardez-vous en lui. Est-ce que Pierre représentait autre chose que la figure de l'Église? Lorsque le Seigneur interrogeait Pierre, c'est nous, c'est l'Église qu'il interrogeait.

- Jean-Paul II - Homélie (Paris 30 mai 1980):
« M'aimes-tu ? »
      « Aimes-tu ?... M'aimes-tu ?... » Pour toujours, jusqu'à la fin de sa vie, Pierre devait avancer sur le chemin accompagné de cette triple question : « M'aimes-tu ? »
Et il mesurait toutes ses activités à la réponse qu'il avait alors donnée. Quand il a été convoqué devant le Sanhédrin. Quand il a été mis en prison à Jérusalem, prison dont il ne devait pas sortir, et dont pourtant il est sorti. Et [...] à Antioche, puis plus loin encore, d'Antioche à Rome. Et lorsqu'à Rome il avait persévéré jusqu'à la fin de ses jours, il a connu la force des paroles selon lesquelles un Autre le conduisait là où il ne voulait pas. Et il savait aussi que, grâce à la force de ces paroles, l'Eglise « était assidue à l'enseignement des apôtres et à l'union fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » et que « le Seigneur ajoutait chaque jour à la communauté ceux qui seraient sauvés » (Ac 2,42.48) [...]
      Pierre ne peut jamais se détacher de cette question : « M'aimes-tu ? » Il la porte avec lui où qu'il aille. Il la porte à travers les siècles, à travers les générations. Au milieu de nouveaux peuples et de nouvelles nations. Au milieu de langues et de races toujours nouvelles. Il la porte lui seul, et pourtant il n'est plus seul. D'autres la portent avec lui [...] Il y a eu et il y a bien des hommes et des femmes qui ont su et qui savent encore aujourd'hui que toute leur vie a valeur et sens seulement et exclusivement dans la mesure où elle est une réponse à cette même question : « Aimes-tu ? M'aimes-tu ? » Ils ont donné et ils donnent leur réponse de manière totale et parfaite - une réponse héroïque - ou alors de manière commune, ordinaire. Mais en tout cas ils savent que leur vie, que la vie humaine en général, a valeur et sens dans la mesure où elle est la réponse à cette question : « Aimes-tu ? » C'est seulement grâce à cette question que la vie vaut la peine d'être vécue.
_______________________________________________________________________________________

Assistant de création de site fourni par  Vistaprint