Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven
 


Textes tirés de l'Évangile selon
saint Jean




Saint Jean est symbolisé par l'aigle



Plaque de reliure émaillée - XIIème siècle - (Musée de Cluny, Paris) ->




<- Mosaïque - Mausolée de Galla Placidia - Ravenne









Détail de broderie (fils d'or et d'argent sur velours) pour ornement liturgique - 1681 - Couvent patriarcal de Bzommar (Liban) ->

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4. Chapitres 15 à 19
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Jn 15,1-8

Au cours de son dernier repas, Jésus rappelle l’importance de relier notre vie à Dieu.

Une condition pour produire du fruit qui « demeure » et « fait la gloire du Père » : rester fermement attaché à Jésus, la « vraie vigne ».

« Demeurer » : ce verbe revient dix fois dans les versets 4-10 pour exprimer l’union entre le Père et le Fils, entre le Fils et ses disciples appelés à entrer dans l’intimité du Père, du Fils et de l’Esprit.

Thèmes:


La "vraie Vigne".

1. La vigne dans la Bible :

• Le mot français « vigne » est ambigu pour traduire le grecαμπελος– qui désigne un seul pied, un cep, jamais un vignoble entier.




En Orient, les ceps ont généralement la taille d’un arbre – car ils sont traités comme tels: d’où l’expression biblique « se reposer sous sa vigne et sous son figuier » - la vigne et le figuier étant symboles de paix, de sécurité, de prospérité et de fécondité : 1R 5,5 ; 2R 18,31 ; Ps 128,3 ; Am 9,13 ; Mi 4,3-4 ; Za 3,8-10;8,12.
La vigne est aussi une image courante pour désigner Israël: Ps 80,9-17; Is 5,1-7;27,2-5; Jr 2,21;12,10-11; Ez 15,1-8;17,5-10;19,10-14; et dans les synoptiques: Mt 21,33-41; Mc 12,1-9; Lc 20,9-16, et Mt 20,1-16).


<- La vigne d'Israël - Fin VIème-VIIème s., terre cuite, site de Viničko Kale à Vinica - Musée national de la République de Macédoine, Skopje.
2. La vigne, ici :
 
Ce qui est ici mis en relief par la métaphore de la vigne, c’est l’unité procurée par la sève (la Parole de Dieu) qui circule dans le cep (Jésus) et dans les sarments (les fidèles).

Seul un plant de vigne bien taillé peut porter du fruit ; ainsi en est-il du croyant, travaillé par la Parole de Dieu qui élague : nous sommes purifiés par la Parole.
« Donner du fruit », c’est notre mission de disciples. Nous sommes appelés à stimuler le meilleur de nous-mêmes.
Car Jésus le Vivant nous veut vivants…


"Demandez et vous recevrez".


« ο εαν θελητε αιτησεσθε και γενησεται υμιν - Vous demanderez tout ce que vous voudrez, et vous l'obtiendrez » (verset 7)   


La prière de demande nous est spontanée, et elle est bonne pour nous. 

Pourtant elle n’apprend pas à Dieu ce que nous voulons lui demander : il le sait; et il sait mieux que nous ce dont nous avons besoin (même si ce n'est pas ce que nous demandons!)...
Il ne nous exaucera donc pas forcément, pas forcément immédiatement, et pas forcément de la manière que nous attendions...
Et si nous attendons de Dieu qu’il intervienne dans ce qui relève de la responsabilité des hommes (la réussite à un examen non ou mal préparé, par exemple), nous risquons fort de souffrir du silence divin…
Mais cette prière doit nous inviter à nous tenir debout devant Dieu, à puiser en lui la forcede prendre davantage notre part dans la lutte que nous devons tous mener contre le mal et le malheur:Dieu n’est pas, ne peut pas être indifférent à notre prière.

Dieu ne nous remplace donc pas dans nos responsabilités, mais il nous donne l’Esprit pour supporter le mal inévitable, et même pour réagir contre ce mal…


Traduction et notes :

Verset 1.
εγω ειμι η αμπελος η αληθινη και ο πατηρ μου ο γεωργος εστιν
Moi, je suis le vrai cep, et mon Père est le cultivateur.
εγω ειμι - Moi, je suis:
• Jésus utilise dix fois cette tournure dans l'Évangile selon saint Jean:
- 6,35: ἐγώ εἰμι ὁ ἄρτος τῆς ζωῆς - Moi, je suis le pain de vie;
- 8,12: ἐγώ εἰμι τὸ φῶς τοῦ κόσμου - Moi, je suis la lumière du monde;
- 10,7;9: ἐγώ εἰμι ἡ θύρα - Moi, je suis la porte;
- 10,11;14: ἐγώ εἰμι ὁ ποιμὴν ὁ καλός - Moi, je suis le bon berger;
- 11,25: ἐγώ εἰμι ἡ ἀνάστασις καὶ ἡ ζωή - Moi, je suis la résurrection et la vie;
- 14,6: ἐγώ εἰμι ἡ ὁδὸς καὶ ἡ ἀλήθεια καὶ ἡ ζωή - Moi, je suis le chemin, la vérité, et la vie;
- 15,1: ἐγώ εἰμι ἡ ἄμπελος ἡ ἀληθινή - Moi, je suis le vrai cep;
- 15,5: ἐγώ εἰμι ἡ ἄμπελος - Moi, je suis le cep.
• Pour la plupart, ces paroles sont associées à un miracle et/ou (comme c'est le cas ici) résument un enseignement de Jésus. Elles rappellent qu'une des fonctions essentielles des actes et des paroles de Jésus était de révéler son identité et sa mission. Jésus est à la fois celui qui apporte le don de lui-même et le don de Dieu.
• Cette affirmation le rattache en outre bien évidemment à יהוה-YHWH, son Père; on sait en effet que l'on peut comparer le nom tétragrammique de Dieu, יהוה, au verbe היה « être » (au sens fort d'« exister ») dans ses différents états:
- l’accompli, notre « passé » : היה HYH (= Il était de tout temps),
- l’ « actuel » : הוה HWH (=  Il est aujourd'hui),
- l’inaccompli, notre « futur » : יהה YHH (= Il sera de toute éternité).
• η αμπελος- le cep(ou "le plant de vigne"; voir plus haut):Comme l'image de la vigne est souvent utilisée dans le PT à propos d'Israël, Jésus se présente comme le vrai, le nouvel Israël, dont seul feront partie les sarments que le Père ne coupera pas mais "cultivera", élaguera, leur faisant ainsi porter du fruit (v.2). Les vv. qui suivent soulignent l'importance pour eux de "demeurer" en Jésus (voir v.4 et note).

Verset 2.
παν κλημα εν εμοι μη φερον καρπον αιρει αυτο και παν το καρπον φερον καθαιρει αυτο ινα πλειονα καρπον φερη
Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l'ôte; et tout sarment qui porte du fruit, il le nettoie, afin qu'il porte plus de fruit.
• καθαιρειαυτο - il le nettoie: (litt. "il le purifie") L'objectif n'est pas seulement de demeurer fidèle, ou de demeurer dans la communauté, mais aussi de "porter du fruit"; l'enseignement de Jésus, Parole de Dieu, produit la "purification" nécessaire à cet effet (voir v.3; comp. 13,10).
On pourrait aussi voir dans cet élagage purificateur une allusion aux difficultés, voire aux souffrances, générées par le témoignage du croyant dans un environnement qui lui est hostile.

Verset 3.
ηδη υμεις καθαροι εστε δια τον λογον ον λελαληκα υμιν
Déjà vous, vous êtes nets, à cause de la parole que je vous ai dite.
 
Verset 4.
μεινατε εν εμοι καγω εν υμιν καθως το κλημα ου δυναται καρπον φερειν αφ εαυτου εαν μη μεινη εν τη αμπελω ουτως ουδε υμεις εαν μη εν εμοι μεινητε
Demeurez en moi, et je demeurerai en vous. Comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s'il ne demeure attaché au cep, ainsi vous ne le pouvez non plus, si vous ne demeurez en moi.
• μεινατε- Demeurez: Les occurrences du verbe-racine μενω ménō (je demeure) dans les vv.4-10:
- 4 -> μεινατε - μεινη - μεινητε
- 5 -> ο μενων
- 6 -> μεινη
- 7 -> μεινητε - μεινη
- 9 -> μεινατε
- 10 -> μενειτε - μενω
"Demeurer en" Jésus Christ décrit d'après le contexte une réalité riche de sens: s'attacher fidèlement à lui; recevoir son enseignement et le laisser nous "nettoyer"; lui obéir; aimer les frères et sœurs selon son exemple; "porter du fruit" par le témoignage dans le monde...
 
Verset 5.
εγω ειμι η αμπελος υμεις τα κληματα ο μενων εν εμοι καγω εν αυτω ουτος φερει καρπον πολυν οτι χωρις εμου ου δυνασθε ποιειν ουδεν
Moi, je suis le cep, vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit; car, séparés de moi, vous ne pouvez rien faire.
• ποιειν ουδεν- rien faire: Comp. Ph 4,13.
 
Verset 6.
εαν μη τις μεινη εν εμοι εβληθη εξω ως το κλημα και εξηρανθη και συναγουσιν αυτα και εις πυρ βαλλουσιν και καιεται 
Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment, et il sèche; et on amasse les <sarments>, et on les met au feu, et ils sont brûlés.
• εις πυρ βαλλουσιν και καιεται- on les met au feu, et ils sont brûlés: La force de ces paroles d'avertissement souligne la nécessité de rester attaché au Christ.
 
Verset 7.
εαν μεινητε εν εμοι και τα ρηματα μου εν υμιν μεινη ο εαν θελητε αιτησεσθε και γενησεται υμιν
Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez ce que vous voudrez, et il vous sera fait.
• τα ρηματα μου- mes paroles: Annonce du v.12 ("αυτη εστιν η εντολη η εμη ινα αγαπατε αλληλους καθως ηγαπησα υμας - Ceci est mon commandement: Que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés").
• γενησεται υμιν- il vous sera fait:(litt. : ο – ce que ; εαν – si ; θελητε – vous voulez ; αιτησεσθε – vous demandez ; και – aussi ; γενησεται – sera fait ; υμιν – à vous). Voir ce thème plus haut; voir aussi 14,13 ("και ο τι αν αιτησητε εν τω ονοματι μου τουτο ποιησω ινα δοξασθη ο πατηρ εν τω υιω - Et quoi que vous demandiez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils").  
Cette promesse s'adresse à celui qui "demeure en" Jésus Christ, qui obéit à sa volonté (ses "paroles"), et dont le désir est de "porter du fruit".  

Verset 8.
εν τουτω εδοξασθη ο πατηρ μου ινα καρπον πολυν φερητε και γενησεσθε εμοι μαθηται
En ceci - que vous portiez beaucoup de fruit - mon Père est glorifié, et vous serez mes disciples.
• εδοξασθη ο πατηρ μου- mon Père est glorifié: La "gloire [du] Père" est manifestée par l'œuvre du Fils (13,31) et par le "fruit" porté par les disciples.


Commentaires patristiques :

De Saint Augustin, Commentaire sur l'évangile de Jean:
      Dans le passage de l'Évangile où notre Seigneur dit qu'il est la vigne et ses disciples les sarments, il parle en tant que Tête de l'Église et nous ses membres (Ep 5,25), en tant que « le médiateur entre Dieu et les hommes » (lTm 2,5). En effet, la vigne et les sarments sont de même nature ; voilà pourquoi celui qui était Dieu, d'une autre nature que nous, s'est fait homme : afin qu'en lui la nature humaine soit comme une vigne dont nous pourrions être les sarments...
      Il disait aux disciples : « Demeurez en moi, comme moi en vous. » Ils n'étaient pas en lui de la même manière que lui était en eux. Cette union réciproque ne lui procure aucun profit ; c'est pour eux qu'elle est un avantage. Les sarments sont étroitement unis à la vigne mais ne lui communiquent rien ; c'est d'elle qu'ils reçoivent le principe de leur vie. La vigne, au contraire, est unie aux sarments pour leur communiquer sa sève vivifiante, sans rien recevoir d'eux. C'est ainsi que le Christ demeure dans ses disciples...
      Si le Christ n'avait pas été un homme, il n'aurait pas pu être la vigne ; cependant, s'il n'était pas également Dieu, il ne fournirait pas cette grâce aux sarments. Parce qu'on ne peut pas vivre sans cette grâce et parce que la mort est au pouvoir de notre libre arbitre, notre Seigneur ajoute : « Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est comme un sarment qu'on a jeté dehors et qui se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent. » (Jn 15,6) C'est pourquoi, si le bois de la vigne n'a plus de valeur lorsqu'il ne demeure pas uni à la vigne, il est d'autant plus glorieux quand il le demeure.

D’Origène, Homélies sur le Lévitique :
Il nous attend pour boire « du fruit de cette vigne ». De quelle vigne ? De celle dont il était la figure : « Je suis la vigne, vous les sarments ». D’où cette autre parole : « Mon sang est vraiment une boisson, et ma chair vraiment une nourriture ». Car vraiment « il a lavé sa robe dans le sang de la grappe » (Gn 49,11). Qu’est-ce à dire ? Il attend l’allégresse. Jusqu’à quand l’attend-il ? « Lorsque j’aurai achevé mon œuvre », dit-il (Jn 17,4). Quand achève-t-il cette œuvre ? Quand moi, qui suis le dernier et le pire de tous les pécheurs, il m’aura achevé et rendu parfait.
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• Jn 15,9-17

Suite de celui de dimanche dernier (voir ci-dessus), l’évangile d’aujourd’hui explicite et développe les enseignements de l’allégorie de la vigne :
-         les relations de charité que l’union au Christ instaure entre les disciples, leur fondement dans l’intimité du Fils avec le Père ;
-         la nouvelle condition de ceux que le Seigneur a choisis pour être ses amis ;
-         l’efficacité de la prière fraternelle au nom de Jésus.

Quelques unes des plus belles phrases de Jésus, le soir de son dernier repas :
« Pour que ma joie soit en vous » : un souhait extraordinaire ! La Joie de Dieu lui-même en nous !
« La rencontre des manifestations visibles de l’amour de Dieu peut susciter en nous un sentiment de joie, qui naît de l’expérience d’être aimé. Mais cette rencontre requiert aussi notre volonté et notre intelligence. » (Benoît XVI, Deus est caritas, 2005).
« Mon commandement, le voici : aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés » : ultime message de Jésus.
Ou, dit autrement : « Demeurez dans mon amour ». C'est-à-dire : laissons le Seigneur faire sa demeure en nous. Car Dieu nous a aimés le premier ; à nous de répondre à cet amour. En nous aimant les uns les autres. En apprenant, par notre appartenance à l’Église, par notre fréquentation de l’Église, à aimer tous les autres, chrétiens et non chrétiens ; car c’est cela même, aimer Dieu !
Il n’y a donc plus qu’un seul commandement, englobant tous les autres : l’amour mutuel, qui nous rend semblables à Dieu, « comme » lui, reliés par le même souffle d’amour, admis dans son intimité : « Je vous appelle mes amis ». Mais peut-on commander l’amour ? Oui, car Dieu ne nous prescrit pas un sentiment – que nous ne pourrions pas susciter en nous-mêmes ; nous ne sommes plus dans l’ordre de l’émotionnel…

« C’est parce que Dieu nous a aimés le premier, et qu’il continue à nous aimer le premier, que, en réponse, l’amour peut jaillir en nous » (Benoît XVI).


Traduction et notes :

Verset 9.
καθως ηγαπησεν με ο πατηρ καγω ηγαπησα υμας μεινατε εν τη αγαπη τη εμη
Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés; demeurez dans mon amour.

Verset 10.
εαν τας εντολας μου τηρησητε μενειτε εν τη αγαπη μου καθως εγω τας εντολας του πατρος μου τετηρηκα και μενω αυτου εν τη αγαπη
Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour; comme moi j'ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour.
εν τη αγαπη μου -dans mon amour Amour et obéissance sont liés (voir 14,15: "Si vous m'aimez, gardez mes commandements").
L'amour du Fils pour le Père est le modèle de l'amour du croyant pour le Christ.
L'amour du Père pour le Fils montre au croyant combien il est aimé par le Christ.
On se maintient dans l'amour du Christ en aimant comme il a aimé.

Verset 11.
ταυτα λελαληκα υμιν ινα η χαρα η εμη εν υμιν μεινη και η χαρα υμων πληρωθη
Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit complète.
 η χαρα η εμη- ma joie: Le thème de la joierevient plusieurs fois dans les chap. qui suivent (16,20-22;24;17,13).
Dans le PT, elle était l'un des signes de l'ère messianique (Is 9,2;35, 10;55,12;65,18; So3,14; voir Lc 1,14).
Comme la paix (14,27) et l'amour (15,12), elle est fruit de l'Esprit (Ga 5,22).

Verset 12.
αυτη εστιν η εντολη η εμη ινα αγαπατε αλληλους καθως ηγαπησα υμας
C'est ici mon commandement: Que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés.

ινα αγαπατε-Que vous vous aimiez: Voir 13,34. L'amour est une action (volontaire) plus qu'un sentiment.

Verset 13.
μειζονα ταυτης αγαπην ουδεις εχει ινα τις την ψυχην αυτου θη υπερ των φιλων αυτου
Personne n'a un plus grand amour que <celui-ci>: qu'il laisse sa vie pour ses amis.
υπερ των φιλων αυτου-pour ses amis: C'est-à-dire "pour ceux que l'on a choisi (voir ci-dessus, note sur le v.12) d'aimer.
 
Verset 14.
υμεις φιλοι μου εστε εαν ποιητε οσα εγω εντελλομαι υμιν
Vous êtes mes amis, si vous faites tout ce que moi je vous commande.
 
Verset 15.
ουκετι υμας λεγω δουλους οτι ο δουλος ουκ οιδεν τι ποιει αυτου ο κυριος υμας δε ειρηκα φιλους οτι παντα α ηκουσα παρα του πατρος μου εγνωρισα υμιν
Je ne vous appelle plus esclaves, car l'esclave ne sait pas ce que son maître fait; mais je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j'ai ouï de mon Père.
παντα α ηκουσα παρα του πατρος μου-tout ce que j'ai ouï de mon Père: C'est-à-dire "tout ce que j'ai entendu (=appris) de mon Père".
Jésus ne se contente pas d'attendre de ses disciples une obéissance aveugle à ses commandements: il souhaite de leur part une obéissance, librement consentie, au plan divin qui leur a été expliqué.

Verset 16.
ουχ υμεις με εξελεξασθε αλλ εγω εξελεξαμην υμας και εθηκα υμας ινα υμεις υπαγητε και καρπον φερητε και ο καρπος υμων μενη ινα ο τι αν αιτησητε τον πατερα εν τω ονοματι μου δω υμιν
Ce n'est pas vous qui m'avez choisi; mais c'est moi qui vous ai choisis et qui vous ai établis, afin que vous alliez, et que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure; afin que tout ce que demanderez au Père en mon nom, il vous le donne.
εγω εξελεξαμην υμας - c'est moi qui vous ai choisis : Comme Dieu avait choisi Israël (Dt 7,6-8; Is 41,8;43,20;44,2;45,4;65,9), Jésus a choisi ses disciples, en accord avec la volonté du Père (6,44).
ο τι αν αιτησητε τον πατερα εν τω ονοματι μου δω υμιν - tout ce que demanderez au Père en mon nom:
- Voir:
- 14,13; en invoquantson nom, c'est-à-dire en accord avec tout ce que ce signifie ce nom, en accord avec le caractère, la nature, la volonté du Christ;
- 15,7 (et notes: plus haut).
- L'efficacité de la mission des disciples ("vous alliez") repose sur cette prière.


Pour prolonger la méditation :

 - Quelques versets de saint Paul:

« L’accomplissement parfait de la Loi, c’est l’amour » (Rm 13,10b)
« Toute la Loi atteint sa perfection dans un seul commandement, et le voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Ga 5,14)
« Portez les fardeaux  les uns des autres : ainsi vous accomplirez la loi du Christ » (Ga 6,2)
« Par-dessus tout cela, qu’il y ait l’amour : c’est lui qui fait l’unité dans la perfection » (Col 3,14)

- Des textes patristiques :

De saint Grégoire le Grand, Homélie XXVII sur les Evangiles :
Alors que les Saintes Lettres sont toutes remplies des préceptes du Seigneur, pourquoi dit-il de la charité comme d’un précepte unique : « Mon commandement, c’est que vous vous aimiez les uns les autres » ?
N’est-ce pas que tout commandement porte sur le seul amour, et que tous les préceptes ne font qu’un, parce que tout ce qui est commandé a son fondement dans la seule charité ?
De même en effet que les nombreux rameaux d’un arbre procèdent d’une même racine, ainsi les nombreuses vertus tirent leur origine de la seule charité. Et le rameau d’une bonne œuvre n’a pas de verdeur s’il ne demeure sur la racine de la charité.
Les préceptes du Seigneur sont donc multiples et un, multiples par la diversité des œuvres, un dans la racine de l’amour.
Et comment il faut pratiquer cet amour, il l’insinue lui-même lorsque dans maintes sentences de son Écriture il ordonne d’aimer les amis en lui et les ennemis pour lui. Celui-là possède donc vraiment la charité qui aime son ami en Dieu et son ennemi pour Dieu.

De Saint Ignace d'Antioche (?-vers 110), évêque et martyr, Lettre aux Romains, 4-8 (écrite avant son martyre).
Il n'y a pas de plus grand amour
que de donner sa vie pour ceux qu'on aime:
      J'écris à toutes les Églises, et je fais savoir à tous que je mourrai de grand cœur pour Dieu, si vous ne m'en empêchez pas. Je vous en supplie, épargnez-moi une bienveillance importune. Laissez-moi devenir la pâture des bêtes ; elles m'aideront à atteindre Dieu. Je suis son froment : moulu sous la dent des fauves, je deviendrai le pain pur du Christ...
      Que me feraient les douceurs de ce monde et les empires de la terre ? Il est plus beau de mourir pour le Christ Jésus que de régner jusqu'aux extrémités de l'univers. C'est lui que je cherche, qui est mort pour nous ; c'est lui que je désire, lui qui a ressuscité pour nous. Mon enfantement approche. De grâce, mes frères, ne m'empêchez pas de naître à la vie... Laissez-moi embrasser la lumière toute pure. Quand j'y aurai réussi, je serai vraiment homme. Acceptez que j'imite la Passion de mon Dieu...
      Mon désir terrestre a été crucifié, et il n'y a plus en moi de feu pour aimer la matière, mais une eau vive (Jn 4,10;7,38) qui murmure et chuchote à mon cœur :
« Viens auprès du Père ». Je ne peux plus savourer les nourritures périssables ou les douceurs de cette vie. C'est du pain de Dieu que je suis affamé, de la chair de Jésus Christ, fils de David ; et pour boisson, je veux son sang, qui est l'amour incorruptible... Priez pour ma victoire.

- Un poème:
Ah ! ce n’est pas un jeu pour rire que d’aimer !
D’aimer un homme ou deux, non pas tous ceux du monde
Ou davantage. Un rêve a tôt fait d’enfermer
Plus de nuage humain qu’il n’en vogue à la ronde.
 
Non pas ces ennemis – les verras-tu jamais ? –
Qui de lointaines gens auront fait un carnage,
Mais ton frère, celui qui dérange la paix
De tous les jours au seuil de ton petit ménage.
 
Mais celui, le plus proche et le plus familier,
Dont constamment le dard entre et te mortifie
Au même endroit, comme la pointe d’un soulier
Qu’on ne peut plus ôter jusqu’au bout de la vie.
Marie Noël, L’œuvre poétique, Paris, 1956.
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• Jn 15, 26-27; 16,12-15

En célébrant l’Eucharistie de la Pentecôte, l’Eglise fait mémoire de la mission de l’Esprit Saint, révélée par Jésus « à l’heure où il passait de ce monde à son Père ». 
Témoin du Christ glorifié auprès du Père,
le « Défenseur » donne aux disciples
de comprendre toujours mieux l’enseignement
du Seigneur,
transmis par les Apôtres,
et gardé fidèlement par l’Eglise.

Pour prolonger la méditation
-        De saint Ephrem, Sermon pour la Pentecôte :
Les Apôtres étaient là, assis, attendant la venue de l’Esprit.

Ils étaient là comme des flambeaux disposés et qui attendent d’être allumés par l’Esprit Saint pour illuminer toute la création par leur enseignement […]

Ils étaient là comme des cultivateurs portant leur semence dans leur manteau et qui attendent le moment où ils recevront l’ordre de semer

Ils étaient là comme des marins dont la barque est liée au port du Fils et qui attendent d’avoir le vent doux de l’Esprit


Ils étaient là comme des bergers qui viennent de recevoir leur houlette des mains du Grand Pasteur de tout le bercail et qui attendent que leur soient répartis les troupeaux […]   

Ô Cénacle où fut jeté le levain qui fit lever l’univers entier !
Cénacle, mère de toutes les Églises! Sein admirable qui mit au monde des temples pour la prière ! 
Cénacle qui vit le miracle du buisson * !
Cénacle qui étonna Jérusalem par un prodige bien plus grand que celui de la fournaise qui étonna les habitants de Babylone ! Le feu de la fournaise brûlait ceux qui étaient autour, mais protégeait ceux qui étaient au milieu de lui. Le feu du Cénacle rassemble ceux du dehors qui désirent le voir, tandis qu’il réconforte ceux qui le reçoivent !

Ô feu dont la venue est Parole, dont le silence est lumière ! Feu qui établis les cœurs dans l’action de grâce !
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* Dans le « buisson ardent », Dieu était présent et le feu ne consumait pas le buisson.
Au Cénacle, l’Esprit était présent sous la forme d’ « une sorte de feu qui se partageait en langues et qui se posa sur chacun d’eux », mais ne les brûla pas.

-        De Saint Bruno de Segni (vers 1045-1123), évêque, Commentaire de l'Exode, ch. 15:
De la Pentecôte juive à la Pentecôte chrétienne*
      Le mont Sinaï est le symbole du mont Sion... Remarquez à quel point les deux alliances se font écho l'une à l'autre, avec quelle harmonie la fête de la Pentecôte est célébrée par chacune d'elles... Sur la montagne de Sion, comme sur la montagne du Sinaï, le Seigneur est descendu, le même jour et de manière très semblable...
      Luc a écrit : « Soudain il vint du ciel un bruit pareil à un violent coup de vent. Les apôtres virent apparaître comme une sorte de feu qui se partageait en langues et se posa sur chacun d'eux » (Ac 2,2-3)... Oui, ici et là, un bruit violent se fait entendre, un feu se fait voir. Mais au Sinaï c'était une épaisse nuée, sur le mont Sion la splendeur d'une lumière très brillante. Dans le premier cas il s'agissait « de l'ombre et de la 
figure » (Hb 8,5), dans le deuxième de la réalité véritable. Autrefois on entendait le tonnerre, maintenant on discerne les voix des apôtres. D'un côté, l'éclat des éclairs ; de l'autre des prodiges éclatent en tous lieux...
      «Tous sortirent du camp à la rencontre de Dieu, au pied de la montagne» (Ex 19,17). On lit dans les Actes des Apôtres : « Lorsque les gens entendirent le bruit, ils se rassemblèrent en foule »... De tout Jérusalem, le peuple se rassembla au pied de la montagne de Sion, c'est-à-dire au lieu où Sion, figure de la sainte Église, commençait à s'édifier, à poser ses fondations...
      « La montagne était toute fumante, car le Seigneur y était descendu dans le feu », dit l'Exode (v.18)... Pouvaient-ils ne pas brûler, ceux qu'avait embrasés le grand feu du Saint Esprit ? Comme la fumée signale la présence du feu, ainsi par l'assurance de leurs discours et par la diversité des langues, le feu du Saint Esprit manifestait sa présence dans le coeur des apôtres. Heureux les cœurs remplis de ce feu ! Heureux les hommes brûlant de cette ardeur ! « La montagne tremblait violemment. Le son de la trompette était de plus en plus strident » (v.19)... De même la voix des apôtres et leur prédication devinrent de plus en plus fortes ; elles se firent entendre de plus en plus loin jusqu'à ce que « leur message s'étende à toute la terre et leurs voix jusqu'aux extrémités du monde » (Ps 18,5).
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* Voir page "Chavouot"
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• Jn 16,12-15.

Jésus a fait connaître le Père; mais le mystère de Dieu est insondable: le Fils de Dieu fait homme ne l'a pas révélé complètement.
Par ailleurs, cette révélation est connue non seulement par des écrits, à scruter sans cesse, mais aussi par la tradition vivante.
C'est le rôle de l'Esprit de conduire vers la connaissance et l'approfondissement de la vérité "tout entière", appréhendée par le cœur qui va au-delà de ce que peut saisir l'intelligence.

Sur ce texte:
Sur l'Évangile selon saint Jean, voir à cette page.
Sur Jn 16,5-33:
Plusieurs des thèmes évoqués précédemment se retrouvent dans ce passage: le départ et le retour de Jésus, l'opposition entre la communauté des disciples et le monde, la parole et l'Esprit, l'inquiétude et le réconfort, etc.
L'œuvre de l'Esprit occupe à nouveau une place importante (il est étroitement associé à la parole du Christ), de même que la prière (adressée au Père au nom du Fils). C'est en effet l'Esprit (14,15-27; 16,5-16) qui est la sève qui - par la Parole de vérité - fait passer la vie du cep aux sarment, et leur donne de porter du fruit (15,1-17).
C'est pourquoi cette section insiste sur les nouveautés de l'heure qui vient (16,25) et qu'introduiront la mort et la résurrection du Christ:
- la présence du Saint Esprit (16,7-14);
- la joie (16,20-24);
- l'exaucement des prières (16,23-24);
- le jugement du dominateur de ce monde (16,11);
- la défaite du monde (16,33).
Ainsi, dans le procès que l'Esprit mène contre le monde, le Fils verra sa cause triompher (16,8-11). Cependant la souffrance de la période de la Passion ne disparaîtra pas avec la Résurrection (16,22;33).


Traduction et notes:

Verset 12.
 ῎Ετι πολλὰ ἔχω λέγειν ὑμῖν, ἀλλ᾿ οὐ δύνασθε βαστάζειν ἄρτι·
J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant.

Verset 13.
ὅταν δὲ ἔλθῃ ἐκεῖνος, τὸ Πνεῦμα τῆς ἀληθείας, ὁδηγήσει ὑμᾶς εἰς πᾶσαν τὴν ἀλήθειαν· οὐ γὰρ λαλήσει ἀφ᾿ ἑαυτοῦ, ἀλλ᾿ ὅσα ἂν ἀκούσει λαλήσει, καὶ τὰ ἐρχόμενα ἀναγγελεῖ ὑμῖν.
Quand il sera venu, l'Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité; car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu'il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir.
οὐ [...] ἀφ᾿ ἑαυτοῦ - pas de lui-même: Voir 14,26.
τὰ ἐρχόμενα - les choses à venir: L'Esprit est un "autre" Jésus (voir vv.14;16). La "vérité" qu'il enseignera sera celle que Jésus a enseignée ou s'inscrira dans son prolongement. C'est lui qui dira ce que Jésus lui-même n'a pu dire - car ses paroles auraient été trop lourdes à porter (v.12). Ainsi, de même que Jésus n'a pas parlé de lui-même mais a dit ce qui lui venait de son Père, l'Esprit "ne parlera pas non plus de lui-même". Ce v. souligne l'œuvre d'inspiration qu'il accomplira dans les apôtres pour la rédaction des écrits normatifs de la nouvelle alliance (le NT).
 
Verset 14.
ἐκεῖνος ἐμὲ δοξάσει, ὅτι ἐκ τοῦ ἐμοῦ λήψεται καὶ ἀναγγελεῖ ὑμῖν.
Il me glorifiera, parce qu'il prendra de ce qui est à moi, et vous l'annoncera.

Verset 15.
πάντα ὅσα ἔχει ὁ πατὴρ ἐμά ἐστι· διὰ τοῦτο εἶπον ὅτι ἐκ τοῦ ἐμοῦ λήψεται καὶ ἀναγγελεῖ ὑμῖν.
Tout ce que le Père a est à moi; c'est pourquoi j'ai dit qu'il prend de ce qui est à moi, et qu'il vous l'annoncera.
ἐμά - à moi: Les liens les plus étroits unissent le Père, le Fils et l'Esprit: tout ce qui est à l'un est aux autres.

Méditation:

Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l'Église:
Poème « Chant de l'âme qui connaît Dieu par la foi » 

Je sais une source qui jaillit et s'écoule,
Mais c'est au profond de la nuit.

Cette source éternelle, elle reste cachée ;
Mais je n'ignore pas d'où elle prend naissance,
Et c'est au profond de la nuit [...]

Je sais, à vrai dire, qu'elle est sans origine,
Tout en elle pourtant plonge sa racine,
Mais c'est au profond de la nuit.

Jamais il ne sera de beauté qui l'égale,
Le ciel, l'univers vont s'y désaltérer,
Mais c'est au profond de la nuit.

Elle est, je le sais bien, tout à fait insondable,
Et, je le sais aussi, elle n'est pas guéable,
Pas même au profond de la nuit.

Jamais son bel éclat ne pourra s'obscurcir ;
Toute lumière aussi d'elle seule jaillit,
Mais c'est au profond de la nuit.

Je sais bien que ses flots sans cesse débordants
Arrosent l'abîme, la terre et tous les peuples,
Mais c'est au profond de la nuit.

Or il est un courant qui naît de cette source,
Aussi large et puissant que la source elle-même,
Mais c'est au profond de la nuit.

Des deux premiers courants, un troisième procède ;
Il n'est pas mois ancien que ceux qui l'ont produit,
Mais c'est au profond de la nuit.

Je sais que tous les trois sont une seule eau vive,
Et que l'un de l'autre vont dérivant sans cesse,
Mais c'est au profond de la nuit.

Cette source éternelle est toute rassemblée
En notre pain vivant pour nous donner la vie,
Mais c'est au profond de la vie [...]

Cette source d'eau vive, objet de mes désirs,
En ce vrai pain de vie je la vois, la contemple,
Mais c'est au profond de la nuit.
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• Jn 17,1b-11a

Sur ce texte:
Sur l'Évangile selon saint Jean, voir à cette page.

Traduction et notes:

Verset 1.
Ταῦτα ἐλάλησεν ὁ ᾿Ιησοῦς, καὶ ἐπῆρε τοὺς ὀφθαλμοὺς αὐτοῦ εἰς τὸν οὐρανὸν καὶ εἶπε· πάτερ, ἐλήλυθεν ἡ ὥρα· δόξασόν σου τὸν υἱόν, ἵνα καὶ ὁ υἱὸς δοξάσῃ σε,
Jésus dit ces choses, et leva ses yeux au ciel, et dit: Père, l'heure est venue; glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie,
• ἐπῆρε τοὺς ὀφθαλμοὺς αὐτοῦ εἰς τὸν οὐρανόν- leva ses yeux au ciel: Une des attitudes habituelles de la prière (par ex. 11,41; Ps 123,1; Mc 7,34).
πάτερ -Père: Si l'idée que Dieu est le "Père" de son peuple, des croyants, court tout au long de la Bible, il est rare de s'adresser à lui dans la prière synagogale en employant ce terme.
ἐλήλυθεν ἡ ὥρα-l'heure est venue: Voir 2,4;4,21;23;7,30;8,20;12,27.
δόξασόν [...] δοξάσῃ -glorifie [...] glorifie: Le Père est glorifié quand le Fils est glorifié. Voir 1,14; 7,39; 13,31; 17,5;22; ainsi que la note sur 14,28 à cette page.

Verset 2.
καθὼς ἔδωκας αὐτῷ ἐξουσίαν πάσης σαρκός, ἵνα πᾶν ὃ δέδωκας αὐτῷ δώσῃ αὐτοῖς ζωὴν αἰώνιον.
comme tu lui as donné autorité sur toute chair, afin que - en ce qui concerne tout ce que tu lui as donné - il leur donne la vie éternelle.
La "vie éternelle" est un don (le verbe "δίδωμι didōmi donner", utilisé trois fois dans ce v., souligne l'initiative divine).
Voir 1,4 et note à cette page ; 3,15; 10,27...
Cette "vie" réside dans le Christ (1,4), elle est donc un don divin; elle n'est pas temporaire, comme la vie physique, mais "éternelle" (3,15); elle est pour le monde présent, mais elle est caractéristique du monde à venir; elle est donc d'une tout autre qualité que la vie physique.
C'est par cette expression "la vie éternelle" que - après avoir parlé de la nouvelle naissance à la vie de l'Esprit - Jean traduit à partir de 3,15 l'expression "le royaume de Dieu".

Verset 3.
αὕτη δέ ἐστιν ἡ αἰώνιος ζωή, ἵνα γινώσκωσι σὲ τὸν μόνον ἀληθινὸν Θεὸν καὶ ὃν ἀπέστειλας ᾿Ιησοῦν Χριστόν.
Et c'est ici la vie éternelle: qu'ils te connaissent, seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ.
ἵνα γινώσκωσι σέ- qu'ils te connaissent:La "vie éternelle", c'est la connaissance de Dieu; or Dieu se fait connaître en Jésus.
Cette connaissance implique une relation caractérisée par l'amour: être aimé par Dieu, aimer Dieu en retour.
τὸν μόνον ἀληθινὸν Θεόν - seul vrai Dieu:Comp. 1Co 8,6; 1Jn 5,20.

Verset 4.
ἐγώ σε ἐδόξασα ἐπὶ τῆς γῆς, τὸ ἔργον ἐτελείωσα ὃ δέδωκάς μοι ἵνα ποιήσω·
Moi, je t'ai glorifié sur la terre, j'ai achevé l'œuvre que tu m'as donnée à faire;
• ὃ δέδωκάς μοι ἵνα ποιήσω - que tu m'as donnée à faire:Jésus a souvent souligné qu'il agissait à l'initiative du Père (4,34;5,19;7,28;8,42), en accord avec sa volonté; que son jugement était conforme à celui du Père (5,30); que son enseignement venait de lui (7,16-18;8,28;12,49).
Il répondait de cette façon à ceux qui auraient pu lui demander "De quel droit agis-tu ainsi?".
Mais cette dépendance du Fils à l'égard de "celui qui [l']a envoyé" (4,34) doit être comprise dans le cadre d'un partenariat d'amour (5,20), d'une intimité harmonieuse (14,10;17,10), d'une unité d'être (10,30), d'une délégation d'autorité totale (5,20;26;27).

Verset 5.
καὶ νῦν δόξασόν με σύ, πάτερ, παρὰ σεαυτῷ τῇ δόξῃ ᾗ εἶχον πρὸ τοῦ τὸν κόσμον εἶναι παρὰ σοί.
et maintenant glorifie-moi, toi, Père, auprès de toi-même, de la gloire que j'avais auprès de toi avant que le monde fût.
πρὸ τοῦ τὸν κόσμον εἶναι - avant que le monde fût: En s'humiliant lui-même en devenant homme, le Fils ne s'est pas "vidé" de sa nature divine - 1,1-3;14; 8,58 - mais il a renoncé à sa gloire; par sa résurrection et son retour au Père, il retrouvera la gloire qui était la sienne depuis toujours.
En 4,34, Jésus souligne la réalité de l'humiliation qui a accompagné son ministère terrestre; son retour au Père devrait donc réjouir les apôtres, car le Fils retrouvera, auprès du Père, la gloire qui était la sienne avant l'incarnation.
Mais même en tant qu'envoyé sur la terre, abaissé, humilié, le Fils était parfaitement uni au Père (5,19; 10,30).

Verset 6.
᾿Εφανέρωσά σου τὸ ὄνομα τοῖς ἀνθρώποις οὓς δέδωκάς μοι ἐκ τοῦ κόσμου. σοὶ ἦσαν καὶ ἐμοὶ αὐτοὺς δέδωκας, καὶ τὸν λόγον σου τετηρήκασι.
J'ai manifesté ton nom aux hommes que tu m'as donnés du monde; ils étaient à toi, et tu me les as donnés; et ils ont gardé ta Parole.
Εφανέρωσά σου τὸ ὄνομα - J'ai manifesté ton nom: Dans la pensée biblique - et, plus largement, dans la pensée sémitique - le nom représente la nature et le caractère de la personne (d'où les changements de noms dans le PT - Abram -> Abraham par ex. - et dans le NT - Simon -> Pierre par ex.).
Par les actes et la parole de Jésus (la "Parole agissante de Dieu"), les disciples (ceux en tout cas qui "ont gardé" la "Parole" de Dieu) ont pu découvrir la nature et le caractère de Dieu.

Verset 7.
νῦν ἔγνωκαν ὅτι πάντα ὅσα δέδωκάς μοι παρὰ σοῦ εἰσιν·
Maintenant ils ont connu que tout ce que tu m'as donné vient de toi;

Verset 8.
ὅτι τὰ ῥήματα ἃ ἔδωκάς μοι δέδωκα αὐτοῖς, καὶ αὐτοὶ ἔλαβον, καὶ ἔγνωσαν ἀληθῶς ὅτι παρὰ σοῦ ἐξῆλθον, καὶ ἐπίστευσαν ὅτι σύ με ἀπέστειλας.
parce que je leur ai donné les paroles que tu m'as données, et ils les ont reçues; et ils ont vraiment connu que je suis sorti d'auprès de toi, et ils ont cru que toi tu m'as envoyé.
ἔλαβον -ils ont reçu:Les disciples sont ceux qui "ont reçu" les paroles du Christ (donc de Dieu, v.6), qui "ont [re]connu" son origine divine, et qui "ont cru" que Jésus était investi d'une mission donnée par Dieu.

Verset 9.
᾿Εγὼ περὶ αὐτῶν ἐρωτῶ· οὐ περὶ τοῦ κόσμου ἐρωτῶ, ἀλλὰ περὶ ὧν δέδωκάς μοι, ὅτι σοί εἰσι,
Moi, je fais des demandes pour eux; je ne fais pas de demandes pour le monde, mais pour ceux que tu m'as donnés, parce qu'ils sont à toi
•  ἐρωτῶ - je fais des demandes:= Je prie.
• περὶ τοῦ κόσμου - pour le monde:= Le reste des hommes.
Le terme "κόσμος kosmos" désigne ce qui est "organisé"; le sens de "monde" découle de ces idées, tant dans l'optique grecque que dans l'optique chrétienne.
Chez Jean, le "monde" peut être l'univers créé, la terre, ou ses habitants; mais aussi les hommes en tant qu'ils sont opposés à Dieu et à son plan - c'est le cas ici.
Jésus se préoccupe néanmoins du "monde", puisque la mission des disciples sera de le faire connaître au "monde" (voir 17,21 et note;23: à cette page).

Verset 10.
καὶ τὰ ἐμὰ πάντα σά ἐστι καὶ τὰ σὰ ἐμά, καὶ δεδόξασμαι ἐν αὐτοῖς.
(et tout ce qui est à moi, est à toi; et ce qui est à toi est à moi), et je suis glorifié en eux.

Voir v.4 et note.

Verset 11.
καὶ οὐκέτι εἰμὶ ἐν τῷ κόσμῳ, καὶ οὗτοι ἐν τῷ κόσμῳ εἰσί, κἀγὼ πρὸς σὲ ἔρχομαι. πάτερ ἅγιε, τήρησον αὐτοὺς ἐν τῷ ὀνόματί σου ᾧ δέδωκάς μοι, ἵνα ὦσιν ἓν καθὼς ἡμεῖς.
Et je suis plus dans le monde, et ceux-ci sont dans le monde, et moi, je viens à toi. Père saint, garde-les en ton nom que tu m'as donné, afin qu'ils soient un comme nous.
τήρησον αὐτοὺς ἐν τῷ ὀνόματί σου ᾧ δέδωκάς μοι - garde-les en ton nom que tu m'as donné: Jésus confie ses disciples à la garde du Père, pour qu'il les protège et les maintienne dans l'unité:
• ἵνα ὦσιν ἓν καθὼς ἡμεῖςafin qu'ils soient un comme nous:
- Voir vv.21 et note;23: à cette page.
- Voir aussi 10,28-30: "ἐγὼ καὶ ὁ πατὴρ ἕν ἐσμεν - Moi et le Père nous sommes un" (v.30);cette unité est déjà évoquée dans les vv.28-29 (la main de Jésus, au v.28, est la main du Père, au v.29). Jésus a montré son unité avec le Père: ils ont un même projet, une même autorité, un même jugement, les mêmes œuvres, les mêmes paroles; mais il a franchi ici une étape de plus, en affirmant son unité d'être, d'essence, avec le Père.
- Ici comme en 10,30 le motἕν est neutre, il ne signifie donc pas que Jésus et le Père sont une seule et même personne (on aurait alors εἷς heïs, au masculin), mais qu'ils ont une seule et même nature divine.
- L'unité entre les disciples est un don de Dieu (Ep 4,3); elle a pour fondement même l'unité du Père et du Fils.


Méditation :
De Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Sermons sur le Cantique des Cantiques, n°27, 8-10 :

« Je trouve ma gloire en eux »
      « Le Père et moi, disait le Fils, nous viendrons chez lui », c'est-à-dire chez l'homme qui est saint, « nous irons demeurer auprès de lui ». Et je pense que le prophète n'a pas parlé d'un autre ciel, lorsqu'il a dit : « Tu habites chez les saints, toi la gloire d'Israël ! » Et l'apôtre Paul dit clairement : « Par la foi, le Christ habite en nos cœurs ». Il n'est donc pas surprenant que le Christ se plaise à habiter ce ciel-là. Alors que pour créer le ciel visible il lui a suffi de parler, il a lutté pour acquérir celui-là ; il est mort pour le racheter. C'est pourquoi, après tous ses travaux, ayant réalisé son désir, il dit : « Voici le lieu de mon repos à tout jamais, c'est là le séjour que j'avais choisi ». Et bienheureuse celle à qui il est dit : « Viens, mon épouse choisie », je mettrai mon trône en toi.
      « Pourquoi, maintenant, te désoler, ô mon âme, et gémir sur moi ? » Penses-tu trouver en toi aussi une place pour le Seigneur ? Et quelle place en nous est digne d'une telle gloire, et suffit-elle à recevoir sa Majesté ? Puissé-je seulement l'adorer aux lieux où se sont arrêtés ses pas ? Qui m'accordera de pouvoir au moins suivre les traces d'une âme sainte « qu'il s'est choisie pour son domaine » ? Cependant puisse-t-il aussi daigner répandre en mon âme l'onction de sa miséricorde, si bien que je sois capable de dire, moi aussi : « Je cours dans la voie de tes volontés, car tu mets mon cœur au large ». Je pourrai peut-être, moi aussi, montrer en moi, sinon « une grande salle toute prête, où il puisse manger avec ses disciples », du moins « un endroit où il puisse reposer sa tête »...
      Il est nécessaire que l'âme grandisse et s'élargisse pour être capable de Dieu. Or, sa largeur, c'est son amour, comme dit l'apôtre Paul : « Élargissez-vous dans la charité ». Car, bien que l'âme n'ait aucune dimension spatiale puisqu'elle est esprit, la grâce lui confère ce que sa nature exclut... La grandeur de chaque âme est donc à la mesure de sa charité. Si bien que celle qui a beaucoup de charité est grande, celle qui en a peu est petite, celle qui n'a rien est néant. Saint Paul affirme en effet : « Si je n'ai pas l'amour, je suis rien ».

(Références bibliques : Jn 14,23; Ps 21,4; Ep 3,17; Jn 1,3; Ps 131,14; Ct 2,10; Ps 41,6; Ps 32,12; Jn 14,23; Ps 118,32; Mc 14,15; Mt 8,20; 2Co 6,13; 1Co 13,3)
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Jn 17,11b-19

La grande prière, dite « sacerdotale », faite par Jésus « à l’heure où il passait de ce monde à son Père » (Jn 13,1), est déjà celle du Ressuscité assis à la droite de Dieu.
Dans le sanctuaire d’en haut, il intercède pour ceux qu’il a envoyés dans le monde comme lui-même l’a été par le Père.
Il demande que Dieu les garde
-          fidèles à la Parole,
-          unis,
-          forts devant les épreuves et les déceptions de la vie,
-          joyeux dans la souffrance,
-          enracinés dans l’espérance.

Cette prière de Jésus ne peut qu’être exaucée ; mais elle requiert de notre part  autre chose qu’un « Amen ! » dit du bout des lèvres, ou l’élan d’une ferveur passagère : l’attachement de toute notre vie au Seigneur.

•   Pour prolonger la méditation : 
Quelques versets
- de saint Paul :
« Dieu est fidèle, lui qui nous a appelés à vivre en communion avec son Fils Jésus Christ notre Seigneur. » (1Co 1,9)
« Toutes les promesses de Dieu ont leur Oui dans sa personne. Aussi est-ce par le Christ que nous disons Amen, notre Oui, pour la gloire de Dieu. » (2Co 1,20)
« Que le Seigneur vous conduise à l’amour de Dieu et à la persévérance pour attendre le Christ. » (2Th 3,3)
- de saint Jean :
« Que la grâce et la paix vous soient données, de la part de celui qui est, qui était et qui vient, de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle. » (Ap 1,4 ;5) 
Commentaire :
De GUERRIC d’IGNY, Sermon pour l’Ascension,2 :
Heureux disciples, qui ont pour juge leur avocat en personne, et pour intercesseur celui qu’on doit adorer au même titre que le Père auquel Jésus adresse sa prière ! Ce Père avec qui le Christ n’a qu’une seule volonté et une seule puissance, « car Dieu est unique »*. Toute prière du Christ doit nécessairement s’accomplir, car sa parole  est puissance, et sa volonté efficacité… Quelle sécurité pour ceux qui ont la foi ! Car cette sécurité ne fut pas seulement offerte aux Apôtres, mais à tous ceux qui, par leur parole, croiraient au Verbe de Dieu.
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* Mc 12,32
Extrait de sermon :
De BOSSUET, Oraison funèbre d’Anne de Gonzague de Clèves, Princesse Palatine :
« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique ». Ne demandez plus ce qui a uni en Jésus Christ le ciel et la terre, et la croix avec les grandeurs : « Dieu a tant aimé le monde ». Est-il incroyable que Dieu aime, et que la bonté se communique ? Que ne fait pas entreprendre aux âmes courageuses l’amour de la gloire ; aux âmes les plus vulgaires l’amour des richesses ; à tous, enfin, tout ce qui porte le nom d’amour ! Rien ne coûte, ni périls, ni travaux, ni peines ; et voilà les prodiges dont l’homme est capable. Que si l’homme, qui n’est que faiblesse, tente l’impossible, Dieu, pour contenter son amour, n’exécutera-t-il rien d’extraordinaire ?  

Commentaire moderne :
Du Cardinal John Henry NEWMAN (1801-1890), prêtre, fondateur de communauté religieuse, théologien, Rising with Christ :
« Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde »
Commencez dès maintenant, en ce saint temps de Pâques, votre résurrection avec le Christ. Voyez comme il vous tend la main ! Il ressuscite ; ressuscitez avec lui ! Sortez du tombeau du vieil Adam, abandonnez vos préoccupations, les jalousies, les soucis, les ambitions du monde, l'esclavage de l'habitude, le tumulte des passions, les fascinations de la chair, l'esprit froid, terre à terre et calculateur, la légèreté, l'égoïsme, la mollesse, la vanité et les manies de grandeur. Efforcez-vous désormais de faire ce qui vous paraît difficile, mais qui ne devrait pas, ne doit pas être négligé : veillez, priez et méditez...
Montrez que votre cœur, vos aspirations et toute votre vie sont avec votre Dieu. Réservez chaque jour un peu de temps pour aller à sa rencontre... Je ne vous demande pas de quitter le monde, ni d'abandonner vos devoirs sur cette terre, mais de reprendre possession de votre temps. Ne consacrez pas des heures entières aux loisirs ou à la vie en société, alors que vous ne consacrez que quelques instants au Christ. Ne priez pas uniquement quand vous êtes fatigués et au bord du sommeil ; n'oubliez pas complètement de le louer ou d'intercéder pour le monde et pour l'Église. Conduisez-vous selon les paroles des Saintes Écritures : « Recherchez les réalités d'en-haut ». Montrez votre appartenance au Christ, car votre cœur « est ressuscité avec lui » et « votre vie est cachée en lui » (Col 3,1-3).  

Le texte d’un chant :
De la CFC, La nuit, le jour – Hymnes et tropaires :

Entré dans la gloire,
Jésus nous trace le chemin
Et nous conduit vers le matin
De sa victoire.  

Mais l’amour seul est sa puissance
Mystère
Découvert
Aux yeux de l’espérance. 

Vêtu de lumière,
Il transfigure pour toujours
Le fils prodigue de retour
Auprès du Père.  

Ouverte est la porte,
En sa demeure il nous reçoit,
Dans son offrande, vers la joie,
Ses mains nous portent.  

Soleil de justice,
Il fait mûrir tout l’univers,
Et son Esprit, dans nos déserts,
Est source vive.
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• Jn 17,20-26.

Jésus a été envoyé pour réconcilier le monde avec Dieu, et les hommes entre eux, pour les rassembler dans l'unité qui sa source, son modèle et son accomplissement dans l'unité du Père et su Fils en l'Esprit.
En quelques phrases d'une extrême densité, la conclusion de la grande prière faite par Jésus "à l'heure où il passait de ce monde à son Père" exprime le coeur du mystère auquel tous sont appelés à avoir part - et que les chrétiens doivent, par leur comportement de chaque jour, annoncer au monde.


Le contexte:
Sur Jn 17,1-26:
Le discours d'adieu de Jésus se termine par une extraordinaire prière d'intercession pour lui-même, pour ses disciples, et pour tous ceux qui croiront, à l'avenir.
Jésus demande au Père de le glorifier (1-5) non pas égoïstement, mais pour que le Père soit reconnu comme Dieu et glorifié.
La partie la plus développée de la prière concerne les disciples (6-19). On y sent le souci de Jésus pour ceux qu'il laisse dans le monde. Plusieurs thèmes précédemment développés y sont repris:
- le départ imminent de Jésus (11-13),
- la joie (13),
- la haine du monde (14),
- l'opposition entre le monde et les disciples (16),
- la vérité (17), etc.
Mais le point central en est la consécration de Jésus et de ses disciples. Pour Jésus, cette consécration au Père passe par la mort sur la croix; pour les disciples, c'est leur mission dans un monde hostile qui est en vue.
La prière s'élargit ensuite à l'Église qui va naître, et Jésus y exprime son souci de l'unité (20-24) dans l'amour (25-26).

Le monde et la communauté des croyants sont plusieurs fois opposés dans ce chapitre, mais:
- la communauté chrétienne n'est pas appelée à se retirer du monde;
- elle ne condamne pas le monde, mais cherche à lui faire connaître l'amour de Dieu;
- une partie du monde se joindra à elle (20-21).


Traduction et notes:

Verset 20.
᾿Οὐ περὶ τούτων δὲ ἐρωτῶ μόνον, ἀλλὰ καὶ περὶ τῶν πιστευόντων διὰ τοῦ λόγου αὐτῶν εἰς ἐμέ,
Ce n'est pas pour eux seulement que je prie, mais encore pour ceux qui croiront en moi par leur parole,
περὶ τῶν πιστευόντων - pour ceux qui croiront: La prière de Jésus ne concerne pas seulement les premiers disciples, mais - anticipant les résultats de leur mission - elle s'élargit à toute la communauté qui va naître (comp. 10,6; 11,52; 12,32).

Verset 21.
᾿ἵνα πάντες ἓν ὦσι, καθὼς σύ, πάτερ, ἐν ἐμοὶ κἀγὼ ἐν σοί, ἵνα καὶ αὐτοὶ ἐν ἡμῖν ἓν ὦσιν, ἵνα ὁ κόσμος πιστεύῃ ὅτι σύ με ἀπέστειλας.
afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu'eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que tu m'as envoyé.
ἓν - un: Voir 10,30 et note à cette page; 17,11. Cette unité est un don de Dieu, elle a pour fondement même l'unité du Père et du Fils.
ἵνα ὁ κόσμος πιστεύῃ - pour que le monde croie: Cette unité qui s'exprime par l'amour fraternel (13,35) prouve que Jésus est bien l'Envoyé de Dieu, etdonc que son message est authentique. Elle témoigne de l'amour de Dieu (v.23).

Verset 22.
᾿κἀγὼ τὴν δόξαν ἢν δέδωκάς μοι δέδωκα αὐτοῖς, ἵνα ὦσιν ἓν καθὼς ἡμεῖς ἕν ἐσμεν,
Je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, afin qu'ils soient un comme nous sommes un,
τὴν δόξαν - la gloire: Le Père est glorifié quand le Fils est glorifié.
Voir 1,14; 7,39; 13,31; 17,5; ainsi que la note sur 14,28 à cette page.
En Jésus, c'est la "gloire" de Dieu, c'est-à-dire sa présence et sa vie, qui leur a été donnée. Mais le disciple suit la voie du Maître (12,26): sa "gloire" passe donc aussi par l'obéissance et par la croix.

Verset 23.
᾿ἐγὼ ἐν αὐτοῖς καὶ σὺ ἐν ἐμοί, ἵνα ὦσι τετελειωμένοι εἰς ἕν, καὶ ἵνα γινώσκῃ ὁ κόσμος ὅτι σύ με ἀπέστειλας καὶ ἡγάπησας αὐτοὺς καθὼς ἐμὲ ἡγάπησας.
moi en eux, et toi en moi, -afin qu'ils soient parfaitement un, et que le monde connaisse que tu m'as envoyé et que tu les as aimés comme tu m'as aimé.

Verset 24.
πάτερ, οὓς δέδωκάς μοι, θέλω ἵνα ὅπου εἰμὶ ἐγὼ κάκεῖνοι ὦσι μετ᾿ ἐμοῦ, ἵνα θεωρῶσι τὴν δόξαν τὴν ἐμὴν ἣν ἔδωκάς μοι, ὅτι ἡγάπησάς με πρὸ καταβολῆς κόσμου.
Père, je veux que là où je suis ceux que tu m'as donnés soient aussi avec moi, afin qu'ils voient ma gloire, la gloire que tu m'as donnée, parce que tu m'as aimé avant la fondation du monde. 
ὅπου εἰμὶ - là où je suis: Voir 14,2-3.
• τὴν δόξαν τὴν ἐμὴν - ma gloire: Voir 2Co 3,18; le chrétien est progressivement transformé en l'image du Christ; mais, si le visage de Moïse reflétait la "gloire" du Seigneur (2Co 3,7), cette dernière sur lui n'était que passagère - alors que la transformation du chrétien ne le sera pas.
πρὸ καταβολῆς κόσμου - avant la fondation du monde: Voir 1,1-5;17,5.

Verset 25.
πάτερ δίκαιε, καὶ ὁ κόσμος σε οὐκ ἔγνω, ἐγὼ δέ σε ἔγνων, καὶ οὗτοι ἔγνωσαν ὅτι σύ με ἀπέστειλας·
Père juste, le monde ne t'a point connu; mais moi je t'ai connu, et ceux-ci ont connu que tu m'as envoyé.
πάτερ δίκαιε - Père juste: Comp. 17,11.

Verset 26.
καὶ ἐγνώρισα αὐτοῖς τὸ ὄνομά σου καὶ γνωρίσω, ἵνα ἡ ἀγάπη ἣν ἡγάπησάς με ἐν αὐτοῖς ᾖ, κἀγὼ ἐν αὐτοῖς.
Je leur ai fait connaître ton nom, et je le leur ferai connaître, afin que l'amour dont tu m'as aimé soit en eux, et que je sois en eux.
γνωρίσω - je le leur ferai connaître: Par l'Esprit.
ἡ ἀγάπη - l'amour: Le Fils demande au Père qu'il nous aime de l'amour dont il l'a aimé dès avant la création du monde (v.24). Un tel amour fait partie de l'héritage que nous recevons en étant cohéritiers du Christ (Rm 8,15-17).

Pour prolonger la méditation:
Concile Vatican II - Décret sur l'œcuménisme, 7-8 (© Libreria Editrice Vaticana)
« Que tous, ils soient un »
      Il n'y a pas de véritable œcuménisme sans conversion intérieure. En effet, c'est du renouveau de l'âme (Ep 4,23), du renoncement à soi-même et d'une libre effusion de charité que partent et mûrissent les désirs de l'unité [...] Que les fidèles se souviennent tous qu'ils favoriseront l'union des chrétiens, bien plus, qu'ils la réaliseront, dans la mesure où ils s'appliqueront à vivre plus purement selon l'Évangile. Plus étroite, en effet, sera leur communion avec le Père, le Verbe et l'Esprit Saint, plus ils pourront rendre intime et facile la fraternité mutuelle.
      Cette conversion du coeur et cette sainteté de vie, unies aux prières publiques et privées pour l'unité des chrétiens, doivent être regardées comme l'âme de tout l'œcuménisme et appelées à bon droit « œcuménisme spirituel ».
      C'est un usage reçu chez les catholiques de se réunir souvent pour renouveler la prière demandant l'unité de l'Église, celle que le Sauveur lui-même, la veille de sa mort, a élevée de façon suppliante vers son Père : « Qu'ils soient tous un. » En certaines circonstances particulières, par exemple lors de prières prévues « pour l'unité » et dans les réunions œcuméniques il est permis, bien plus, il est souhaitable que les catholiques s'associent pour prier avec les frères séparés. De telles supplications communes sont assurément un moyen efficace de demander la grâce de l'unité et elles constituent une expression authentique des liens par lesquels les catholiques sont encore unis avec les frères
séparés : « Là en effet où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux » (Mt 18,20).
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• Jn 18,33b-37

Oui, Jésus est "roi". Mais, contrairement aux puissants de ce monde, il ne s'impose pas, et n'impose rien.
Il est venu pour tracer, par son enseignement, son exemple, sa vie et sa mort, la route de la Vérité qui conduit à la Vie. Il invite chacun à s'y engager librement.

Méditation 1

Prière d’introduction:
Seigneur Jésus, je crois que tu es la vérité même.
Je crois que tu es le fondement de tous les jugements moraux.
Je sais que tu me donnes la lumière nécessaire pour voir les besoins des autres.
Je t’aime, Seigneur, et je te le montre maintenant par mon désir de prier. Bénis mon désir et transforme-le en un don vivant de moi-même. 

Demande:
Que je fasse de ta vérité ma vie, Seigneur !

Points de réflexion:
1. Poser mes propres questions.
Chaque jour nous formons des jugements - des "pré-jugés" -  innombrables. Souvent ils se fondent davantage sur ce que d’autres nous ont dit que sur ce que nous savons. Souvent les media, les politiques, les "penseurs" et même nos amis nous disent ce qu’il faut penser: ils "pensent à notre place"...
Le jugement de Pilate était fondé sur ce que les autres avaient dit. Il interrogeait Jésus comme un fonctionnaire et non comme quel qu’un qui cherchait sincèrement la vérité. Jésus a senti cette faiblesse et il l’a fait ressortir: "Dis-tu cela de toi-même, ou bien parce que d’autres te l’ont dit ?"
L’excuse de Pilate était que, n’étant pas juif, il ne pouvait pas connaître la vérité.
Un jour je serai jugé sur la façon dont j’ai jugé : à quel point j’ai été juste, sincère et vraiment concerné par le bien des autres. Comment est-ce que je traite ceux que je rencontre ?
2. Jésus se tient au-dessus de ce monde.
Les pensées de Pilate et les accusations du Sanhédrin contre Jésus viennent du monde. C’est un monde où les gens, une fois accusés, sont déjà jugés. C’est un monde où certains jugements demeurent cachés mais assassinent la personne par des actions et des omissions. C’est un monde où ce que les autres pensent l’emporte.
Jésus ne se préoccupe pas du respect humain. Le respect humain ne peut même pas commencer à le juger. Il répond à Dieu seul, tout comme il vit seulement pour plaire à son Père.
Est-ce que j’appartiens au monde ? Quel pouvoir le monde a-t-il sur moi ? Comment les jugements des autres influencent-ils mon comportement ?
3. Appartenir au royaume de la vérité.
Ce qui est relatif ne peut jamais juger ce qui est absolu. Seul un jugement qui vient de ce qui est absolu peut déterminer des valeurs réelles pour tous. Avant d’être élu pape, Benoît XVI a dénoncé l’imposition des valeurs personnelles subjectives par le monde en les désignant comme "une dictature du relativisme qui ne reconnaît rien comme définitif et qui ne retient comme ultime mesure que son propre ego et ses désirs." (Cardinal Joseph Ratzinger, homélie du 18 avril 2005).
Dans la même homélie il a juxtaposé cette "vérité" relativiste à l’amitié avec le Christ. La vraie amitié avec le Christ est notre guide, et elle exige que nous lui soumettions tous les autres guides : notre moi, nos propres sentiments et nos désirs égoïstes. "C’est cette amitié qui nous ouvre à tout ce qui est bon et nous donne le critère pour discerner entre le vrai et le faux, entre l’imposture et la vérité" dit encore Benoît XVI. Sans cette ancre, ce Roi, notre nature faible et déchue peut dériver à la traîne de n'importe quelle idéologie ou nouvelle école de pensée populaire.
Pilate suivait ainsi " les vagues de la mode " de la pensée et des tendances populaires de son temps. Ni Pilate ni le monde ne peut juger Jésus. Et lui seul peut nous juger.
Dieu peut nous juger et il nous jugera en fonction de notre vie: avons-nous vécu dans son royaume de vérités éternelles?
Dans quel royaume est-ce que je choisis de vivre ?

Dialogue avec le Christ:
Seigneur Jésus, tu es mon Roi et ton royaume est vérité.
Forme mon intelligence à te connaître.
Forme mon cœur à juger les autres par rapport à ton amour. 
Libère-moi des déceptions de l’orgueil, du respect humain et du narcissisme. 
Que seul ton amour règne dans mon coeur !

Résolution: 
Cette semaine je rejetterai tout jugement sur un autre, surtout fondé sur la rumeur. 
Je le remplacerai par une prière pour cette personne, en lui donnant le bénéfice du doute et en la confiant à l’amour du Roi.

Méditation 2

Réflexion:
1. Mon royaume n’est pas de ce monde.
Non, son royaume est bien loin de ce monde de guerre, de haine, d’égoïsme qui nous entoure bien souvent. Son Royaume aura lieu avec la consommation de l’histoire et la conflagration universelle, par laquelle Dieu constituera, dans ses desseins mystérieux et par sa puissance infinie, des cieux nouveaux et une terre nouvelle pour qu’y habite la justice. Le Christ roi et juge, dans son jugement, ne fera que reconnaître et accepter le bon et le mauvais usage que nous aurons fait de notre liberté, par laquelle on se sera soumis amoureusement à son royaume ou par laquelle on se sera rebellé contre lui pour nous mettre au service d’un autre roi. Dans le royaume de Dieu, nous n’aurons plus à nous soucier du manger ou du boire, comme en ce monde, puisque ce sera un royaume de vérité et de grâce, de justice, d’amour et de paix.
2. Le monde du Christ, c’est l’amour.
Il nous faut donc réaliser des œuvres de miséricorde, tant corporelles que spirituelles, car le Roi-juge nous jugera en fonction de notre amour du prochain motivé par notre amour de Dieu.
Au soir de notre vie nous serons jugés sur l’amour, disait Saint-Jean de la Croix. Oui, parce que le Royaume c’est l’amour. La loi du Royaume, la sève du Royaume, l’essence du Royaume c’est l’amour. Aime et fais ce que tu veux martelait Augustin ! Oui, le Royaume du Christ n’est pas de ce monde, où l’amour peut être présent, mais pas établi comme norme suprême de l’agir humain.
3. Attention au subjectivisme de l’amour !
Bien sûr nous devons personnaliser notre amour, l’incarner dans notre propre subjectivité, mais c’est l’amour objectif du Christ que nous devons personnaliser et incarner, telle qu’il se présente dans les Evangiles, dans le témoignage que Jésus nous en donne au moment de la Passion, dans les commandements qui le concrétisent et dans le Notre Père qui l’exprime dans sa dimension de reconnaissance et de louange. Rien de pire que de troquer le vrai amour par un amour émotionnel et vide, qui n’est pas du monde du Christ, mais de « ce monde ».

Dialogue avec le Christ:
Seigneur, apprends-moi à aimer, à grandir dans l’amour, à pénétrer davantage dans la vérité de l’amour.
Aide-moi par ton Esprit d’amour à reconnaître l’amour des autres pour moi, et surtout l’immense amour que tu as, ainsi que le Père, pour moi.
Apprends-moi à aimer, oh, Toi, qui pour l’amour de mon amour as daigné mourir !

Résolution:
Je tâcherai au long de cette semaine d’aimer véritablement mes prochains en pensant toujours à ce qui leur fera plaisir avant de penser à ce qui me ferait plaisir.

 
Pour prolonger la méditation  

- Versets du Premier Testament :
- 2S 7,12;16: « [Nathan dit à David: Le Seigneur te fera lui-même une maison]. Quand tes jours seront accomplis et que tu seras couché avec tes pères, j'élèverai ta postérité après toi, celui qui sera sorti de tes entrailles, et j'affermirai son règne. Ta maison et ton règne seront pour toujours assurés, ton trône sera pour toujours affermi. »
- Ps 89/88,2-5: « Je chanterai toujours les bontés de l'Éternel; Ma bouche fera connaître à jamais ta fidélité. Car je dis: La bonté a des fondements éternels; Tu établis ta fidélité dans les cieux. J'ai fait alliance avec mon élu; Voici ce que j'ai juré à David, mon serviteur: J'affermirai ta postérité pour toujours, Et j'établirai ton trône à perpétuité. »

- Versets du Nouveau Testament :
- Jn 1,49: « Nathanaël répondit [à Jésus] et lui dit: Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d'Israël. »
- Jn 3,14-15 : « Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de l'homme soit élevé, Afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle. »

-  Commentaire  patristique :
- Origène La Prière, 25
      Le règne du péché est inconciliable avec le règne de Dieu. Si donc nous voulons que Dieu règne sur nous, que « jamais le péché ne règne dans notre corps mortel ». Mais « faisons mourir en nous ce qui appartient encore à la terre », portons les fruits de l'Esprit. Ainsi, comme dans un paradis spirituel, le Seigneur se promènera en nous, régnant seul sur nous, avec son Christ. Celui-ci « trônera » en nous, « à la droite de la puissance spirituelle », que nous désirons recevoir, jusqu'à ce que tous ses ennemis qui sont en nous « deviennent l'escabeau de ses pieds », et que soit chassée loin de nous toute « principauté, puissance et souveraineté ».
      Tout cela peut arriver en chacun de nous jusqu'à ce que « soit détruit le dernier ennemi, la mort », et que le Christ dise en nous : « Mort, où est ton dard venimeux ? Enfer, où est ta victoire ? » Dès maintenant donc,
« que ce qui est périssable en nous » devienne saint et « impérissable ; que ce qui est mortel [...] revête l'immortalité » du Père. Ainsi Dieu régnera sur nous et nous serons déjà dans le bonheur de la nouvelle naissance et de la résurrection.
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Références bibliques : Rm 6,12; Col 3,5; Gn 3,8; Mt 26,64; Ps 110,1; 1Co 15,24;26;55;53.

- D'un théologien ancien :
Là où il est dit: « Dieu, donne au roi ton jugement », parce que Salomon est devenu roi, vous soutenez que c'est de lui qu'a été dit le psaume, alors que les paroles du Psaume très clairement vous crient qu'il fut dit du roi éternel, c'est-à-dire du Christ. Car le Christ nous a été annoncé comme roi, prêtre, Dieu, Seigneur, ange, homme, chef suprême, pierre, petit enfant par sa naissance, comme un être de douleur d'abord, puis montant au ciel, revenant dans la gloire avec la royauté éternelle, comme je le prouve d'après toutes les Ecritures.
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Référence biblique : Ps 72/71,1b.

- D'un théologien moderne :
- Karl Rahner, Homélies bibliques (1967):
Jésus est roi précisément du fait qu'il est venu pour rendre témoignage à la vérité. Qu'est-ce que la vérité qui est ici désignée? [...] C'est ce qui est un, ce qui est complètement achevé, ce qui est fidèle et sûr, ce qui vient de Dieu, ce qu'il doit dévoiler, [...] ce qui n'existe que si Dieu le révèle. [...] C'est de cette vérité, de cette activité divine et et de cette réalité de révélation qu'il est ici question. Et Jésus dit: "Parce que je rends témoignage à cette vérité, jesuis le roi du monde". Mais pour comprendre cette parole, il nous faut nous rappeler que Jésus a conscience d'être personnellement cette vérité venue dans le monde. parce qu'il est là, parce que le Fils est là avec sa pureté, parce que son innocence est apparue, parce que son amour s'est révélé jusqu'à la Croix, par le fait même, la vérité de Dieu est là et se manifeste.

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C'est à toi donc maintenant que s'adresse ma parole,
à toi, qui que tu sois,
qui renonces à ta volonté propre
et prends les fortes et nobles armes de l'obéissance,
pour combattre sous l'étendard du
Seigneur Christ, notre véritable Roi.

Règle de Saint Benoît (Prologue).
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▪ Jn 19,31-37

La référence explicite au « grand jour de la Pâque » et à l’Agneau pascal dévoile la véritable signification de la crucifixion de Jésus vers qui il faut « lever les yeux pour être sauvé » (Voir « Le Christ élevé », en Jn 3, 14- 21, en cliquant ici).  

Dans l’eau et le sang qui ont coulé du côté du Christ en croix, la tradition chrétienne a vu une évocation du Baptême et de l’Eucharistie, sacrements pascals.   

Enfin, le lendemain du Sabbat, le dimanche, est devenu « le premier jour de la semaine » chrétienne (Jn 20,1), celui de la célébration hebdomadaire de la Pâque du Christ et de l’Eucharistie.

Pour prolonger la méditation 
- Versets du Premier Testament : 
- Ps 33,21 : « Le Seigneur veille sur chacun de ses os; pas un ne sera brisé ».
- Za 12,10 : « En ce jour-là, je répandrai sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem un esprit qui fera naître en eux bonté et supplication. Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé ».
- Za 13,1 : « En ce jour-là, il y aura une source qui jaillira pour la maison de David et les habitants de Jérusalem : elle les lavera de leur péché et de leur souillure ».
- Versets du Nouveau Testament :
- Jn 7,37-38: «  Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive, celui qui croit en moi ! Comme dit l’Ecriture : Des fleuves d’eau vive jailliront de son cœur ».


- Jn 12,32: « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai vers moi tous les hommes ».




- Commentaire attribué à Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l'Église - Méditations sur la Passion du Seigneur:
      Approchons-nous du cœur du très doux Seigneur Jésus, et nous exulterons, nous nous réjouirons en lui. Qu'il est bon et doux d'habiter en ce cœur! C'est le trésor caché, la perle précieuse que nous trouvons, ô Jésus, en creusant le champ de ton corps (cfMt 13,44sqq). Qui donc rejetterait cette perle ? Bien au contraire, pour elle je donnerai tous mes biens ; je laisserai en échange toutes mes préoccupations, toutes mes affections. Tous mes soucis, je les abandonnerai dans le cœur de Jésus : lui me suffira et pourvoira sans faute à ma subsistance.
      C'est dans ce temple, ce Saint des saints, cette arche d'alliance, que je viendrai adorer et louer le nom du Seigneur. « J'ai trouvé mon cœur, disait David, pour prier mon Dieu. » (1Ch 17,25 Vulgate) Et moi aussi j'ai trouvé le cœur de mon Seigneur et Roi, de mon frère et ami. Ne prierai-je donc pas ? Oui, je prierai, car je le dis hardiment, son cœur est à moi...
      Ô Jésus, daigne accepter et exaucer ma prière. Entraîne-moi tout entier en ton coeur. Bien que la déformation de mes péchés m'empêche d'y entrer, cependant, puisque par un amour incompréhensible ce coeur s'est dilaté et élargi, tu peux me recevoir et me purifier de mon impureté. Ô Jésus très pur, lave-moi de mes iniquités afin que, purifié par toi, je puisse habiter en ton coeur tous les jours de ma vie, pour voir et faire ta volonté. Si ton côté a été percé, c'est pour que l'entrée nous soit grande ouverte. Si ton coeur a été blessé, c'est pour que, à l'abri des agitations extérieures, nous puissions habiter en lui. Et c'est aussi pour que, dans la blessure visible, nous voyions l'invisible blessure de l'amour.
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