Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven



Textes tirés de l'Évangile selon
saint Jean




Saint Jean est symbolisé par l'aigle





Plaque de reliure émaillée - XIIème siècle - (Musée de Cluny, Paris) ->








<- Mosaïque - Mausolée de Galla Placidia - Ravenne








Détail de broderie (fils d'or et d'argent sur velours) pour ornement liturgique - 1681 - Couvent patriarcal de Bzommar (Liban) ->

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3. Chapitres 10 à 14

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• Jn 10,11-18.

Jésus ne se compare pas seulement à un bon berger (cf.Mt 18,12-14; Lc 15,3-7): il est "le Bon Pasteur". Il entretient avec ses brebis des relations de connaissance mutuelle fondée sur l'amour que le Père leur porte, à eux comme à lui. Parce qu'elles lui appartiennent, il prend soin d'elles et les défend vigoureusement contre tout danger. Il a donné sa vie pour elles afin qu'il n'y ait plus qu'un seul troupeau, comme il n'y a qu'un seul pasteur. Il tient son autorité et sa mission du Père. Cette accumulation de traits renvoie au mystère pascal qui en dévoile la pleine signification. 

Le contexte - Jn 10,1-21:
Devant l'obstination, l'aveuglement et la méchanceté des pharisiens qui cherchent à obliger l'aveugle guéri à renier son Seigneur (chap.9), Jésus dénonce la manière dont les autorités religieuses dirigent le peuple de Dieu : ce ne sont que des voleurs, des brigands (vv.1,8,10), des étrangers (v.5) et de simples salariés (vv.11-12), des gens payés pour un travail, qui n'ont pas le souci des brebis du troupeau.
Jésus est pour ces brebis la porte qui mène à la vie (vv.7,10), le bon berger (vv.11,14) qui donne sa vie pour elles (vv.17-18).
Ces brebis ne sont pas tout Israël : ce sont celles
  • qui reconnaissent la voix du berger (vv.3-5),
  • qui le suivent (vv.4-5),
  • qui l'écoutent (vv.8,16),
  • qui viennent à Jésus (v.9).
Et toutes ces brebis ne sont pas d'Israël (v.16) : d'autres viendront, d'entre toutes les nations (12,32) pour former un seul peuple (11,52) dont Dieu sera le Berger (Ez 34,11sqq).

Traduction et notes:

Verset 11.
εγω ειμι ο ποιμην ο καλος
ο ποιμην ο καλος την ψυχην αυτου τιθησιν υπερ των προβατων
Moi, je suis le bon berger:
le bon berger met <en jeu> sa vie pour les brebis;
 εγω ειμι - Moi, je suis: Voir la note sur cette tournure, essentielle, plus bas, en 14,6.
ο ποιμην ο καλος-le bon berger:
- L'image du berger était familière aux Juifs; elle pouvait décrire Dieu lui-même (Ps 23,1;80,2; Is 40,11; Jr 31,9), David ou le roi messianique qu'il représente (Ps 78,70-72; Ez 37,24; Mi5,3).
Elle est aussi utilisée dans les synoptiques (par ex. Mt ,36;18,12-24; 25,32;26,31; Mc 6,34...).
- Jésus se présente donc ici comme le véritable berger d'Israël, c'est-à-dire comme le roi-Messie; mais aussi, indirectement, comme Dieu.
την ψυχην αυτου τιθησιν-met <en jeu> sa vie:La crucifixion n'est pas un "accident"; la mort de Jésus fait partie du plan de Dieu, elle se situe dans le cadre de l'accomplissement des Écritures; Jésus est maître de sa vie, on ne la lui ôte pas mais c'est lui qui la "met en jeu", la donne, au moment voulu.

Verset 12.
ο μισθωτος δε και ουκ ων ποιμην ου ουκ εισιν τα προβατα ιδια θεωρει τον λυκον ερχομενον και αφιησιν τα προβατα και φευγει και ο λυκος αρπαζει αυτα και σκορπιζει τα προβατα
mais l'homme qui reçoit des gages - et qui n'est pas le berger, à qui les brebis n'appartiennent pas en propre - voit venir le loup, et laisse les brebis, et s'enfuit; et le loup les ravit, et il disperse les brebis. 
 
Verset 13.
ο δε μισθωτος φευγει οτι μισθωτος εστιν και ου μελει αυτω περι των προβατων
Mais l'homme à gages s'enfuit, parce qu'il est un homme à gages et qu'il ne se met pas en souci des brebis.
 ου μελει αυτω περι των προβατων - il ne se met pas en souci des brebis: Le berger-mercenaire (tel que défini au v.12) travaille pour son propre intérêt, et sa  vie passe avant celle "des brebis".
 
Verset 14.
εγω ειμι ο ποιμην ο καλος
και γινωσκω τα εμα και γινωσκομαι υπο των εμων
Moi, je suis le bon berger, et je connais ce qui est mien, et je suis connu de ce qui est mien,
 και γινωσκω [...] και γινωσκομαι - et je connais [...], et je suis connu: La connaissance intime qui lie le bon berger à ses brebis (v.14) ressemble à celle qui lie le Père et le Fils (v.15). Cette connaissance s'exprime en tout premier lieu par l'amour réciproque (voir 5,19-20 par ex.)

Verset 15.
καθως γινωσκει με ο πατηρ καγω γινωσκω τον πατερα και την ψυχην μου τιθημι υπερ των προβατων
comme le Père me connaît et moi je connais le Père; et je mets <en jeu> ma vie pour les brebis.

Verset 16.
και αλλα προβατα εχω α ουκ εστιν εκ της αυλης ταυτης κακεινα με δει αγαγειν και της φωνης μου ακουσουσιν και γενησεται μια ποιμνη εις ποιμην
Et j'ai d'autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie; il faut que je les amène, elles aussi; et elles écouteront ma voix, et il y aura un seul troupeau, un seul berger.
αλλα προβατα- d'autres brebis: Référence aux גוים (goyïm), aux non-Juifs. Jésus annonce ainsi la mission à l'extérieur d'Israël et la constitution d' "un seul troupeau", composé de Juifs et de non-Juifs (voir par ex. Ga 3,28; Ep 2,15; Col 3,11); son unité lui est donné par le "seul berger".
Durant son ministère terrestre, Jésus s'est d'abord adressé aux "brebis" d'Israël, mais il a également rencontré des non-Juifs, et il a fait plusieurs fois allusion à leur intégration dans le Royaume de Dieu (par ex. 4,42; 12,32)

Verset 17.
δια τουτο ο πατηρ με αγαπα οτι εγω τιθημι την ψυχην μου ινα παλιν λαβω αυτην
A cause de ceci le Père m'aime: c'est que moi je laisse ma vie, afin que je la reprenne. 
ινα παλιν λαβω αυτην- afin que je la reprenne: Voir v.18, et note.

Verset 18.
ουδεις αιρει αυτην απ εμου αλλ εγω τιθημι αυτην απ εμαυτου εξουσιαν εχω θειναι αυτην και εξουσιαν εχω παλιν λαβειν αυτην ταυτην την εντολην ελαβον παρα του πατρος μου
Personne ne me l'ôte, mais moi, je la laisse de moi-même; j'ai le pouvoir de la laisser, et j'ai le pouvoir de la reprendre: j'ai reçu ce commandement de mon Père. 
La crucifixion n'est pas un "accident"; la mort de Jésus fait partie du plan de Dieu, elle se situe dans le cadre de l'accomplissement des Écritures (2,17;3,14;13,18;15,25;19,24;28;36;37). Jésus est maître de sa vie, on ne la lui ôte pas mais c'est lui qui la donne au moment voulu (19,30), et il peut même la reprendre.

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• Jn 10,27-30.

"Écouter" et "suivre", "connaître" et "donner la vie": quatre verbes expriment les relations entre le divin Pasteur et ses brebis, dont la sécurité est assurée par le Père avec qui le Christ est UN.

Le contexte - Jn 10,22-42 :
Comme plusieurs des épisodes précédents, ce discours de Jésus est associé à une fête: celle de la Dédicace, pendant laquelle on célébrait la reconsécration de l'autel du Temple de Jérusalem, profané par Antichos Épiphane (voir la pages sur 'Hanoukka et sur les livres des Maccabées).
Or Jésus se présente comme celui que le Père a "consacré et envoyé dans le monde" (v.36). En lui, Dieu réside comme en son Temple, établi parmi les hommes. Car le Père et lui sont Un (v.30); ce qui est vrai de l'un l'est de l'autre (vv.28-29;38), et ceux qui croient en lui ont la vie en lui (v.28).
Par cette section, Jean complète la section précédente (vv.1-21), comme le montre l'image des brebis, qui leur est commune (voir le § sur cette image à cette page).

Traduction et notes:

Verset 27.
τὰ πρόβατα τὰ ἐμὰ τῆς φωνῆς μου ἀκούει, κἀγὼ γινώσκω αὐτά, καὶ ἀκολουθοῦσί μοι,
Mes brebis entendent ma voix; je les connais, et elles me suivent.

Verset 28.
κἀγὼ ζωὴν αἰώνιον δίδωμι αὐτοῖς, καὶ οὐ μὴ ἀπόλωνται εἰς τὸν αἰῶνα, καὶ οὐχ ἁρπάσει τις αὐτὰ ἐκ τῆς χειρός μου.
Je leur donne la vie éternelle; et elles ne périront jamais, et personne ne les ravira de ma main.
ζωὴν αἰώνιον - la vie éternelle: Voir 1,4 et note à cette page et 3,15. Cette "vie" "réside dans" le Christ (1,4), elle est donc un don divin; elle n'est pas temporaire, comme la vie physique, mais "éternelle" (3,15); elle est pour le monde présent, mais elle est caractéristique du monde à venir; elle est donc d'une tout autre qualité que la vie physique. C'est par cette expression "la vie éternelle" que - après avoir parlé de la nouvelle naissance à la vie de l'Esprit - Jean traduit à partir de 3,15 l'expression "le royaume de Dieu".

Verset 29.
 ὁ πατήρ μου, ὃς δέδωκέ μοι, μεῖζων πάντων ἐστι, καὶ οὐδεὶς δύναται ἁρπάζειν ἐκ τῆς χειρὸς τοῦ πατρός.
Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tous; et personne ne peut les ravir de la main de mon Père. 
ὃς δέδωκέ μοι, μεῖζων πάντων ἐστι- qui me les a données, est plus grand que tous: Certains manuscrits (Wescott-Hort, 1881; Tischendorf 1869 par ex.) donnent "ο δεδωκεν μοι παντων μειζον εστιν", soit "ce qu'il m'a donné est plus grand que tout(es autres choses)".
Le Codex Sinaiticus (milieu du IVème s.; le plus ancien donnant l'intégralité de la Bible) donne bien "μεῖζων".
On peut remarquer que "μου" avait été omis.
Mais le relatif a ici la forme "ο"; le copiste a ajouté (comme c'était fréquemment le cas à cette époque) un "ν" euphonique au verbe "δέδωκε" bien qu'il ne soit pas suivi d'une voyelle; on notera que le "ν" de "πάντων" est abrégé par un trait horizontal sur le "ω": les variantes citées ci-dessus sont  donc conformes au CS - sauf pour ce qui est du comparatif "μεῖζων"!

Verset 30.
ἐγὼ καὶ ὁ πατὴρ ἕν ἐσμεν.
Moi et le Père nous sommes un.
ἕν - un: Cette unité est évoquée dans les vv.28-29 (la main de Jésus, v.28, est la main du Père,v.29).
Jésus a déjà montré son unité avec le Père: ils ont un même projet, une même autorité, un même jugement, les mêmes œuvres, les mêmes paroles; mais il franchit ici une étape de plus, en affirmant son unité d'être, d'essence, avec le Père: le mot ἕν est neutre, il ne signifie donc pas que Jésus et le Père sont une seule et même personne (on aurait alors εἷς heïs, au masculin), mais qu'ils ont une seule et même nature divine. Voir 17,11;21.

Prolongements:
- Saint Grégoire de Nazianze - Discours II,17
Que le Dieu de la paix - qui "a élu David son serviteur et qui l'a enlevé à ses troupeaux de brebis" (Ps 78,70), lui le plus petit des fils de Jessé (1S 17,14) - le pasteur des pasteurs et le guide des guides, se présente à lui-même un troupeau splendide et sans tache, digne du bercail d'en-haut, au séjour des bienheureux, dans la splendeur des saints; pour que, tous, troupeau et pasteurs confondus, nous disions dans son temple sa gloire, dans le Christ.
- Basile de Séleucie (?-v. 468), évêque - Homélie 26 sur le Bon Pasteur 
« Je suis le bon pasteur, le vrai berger » (Jn 10,11)
      Abel, le premier pasteur, fit l'admiration du Seigneur qui accueillit volontiers son sacrifice et préféra encore le donateur au don qu'il lui faisait (Gn 4,4). L'Écriture vante aussi Jacob, berger des troupeaux de Laban, notant les peines qu'il prit pour ses brebis :
« J'ai été dévoré par la chaleur pendant le jour et par le froid durant la nuit » (Gn 31,40) ; et Dieu récompensa cet homme de son labeur. Berger, Moïse le fut lui aussi, sur les montagnes de Madian, aimant mieux être maltraité avec le peuple de Dieu que de connaître la jouissance [dans le palais de Pharaon]. Dieu, admirant ce choix, se laissa voir de lui en récompense (Ex 3,2). Et après la vision, Moïse n'abandonne pas son office de pasteur, mais de son bâton commande aux éléments (Ex 14,16) et fait paître le peuple d'Israël. David fut lui aussi pasteur mais son bâton de berger fut changé en sceptre royal et il reçut la couronne. Ne t'étonne pas si tous ces bons bergers sont proches de Dieu. Le Seigneur lui-même ne rougit pas d'être appelé « pasteur » (Ps 22; 79).  Dieu ne rougit pas de paître les hommes, pas plus qu'il ne rougit de les avoir créés.
      Mais regardons maintenant notre berger, le Christ ; voyons son amour pour les hommes et sa douceur pour les conduire au pâturage. Il se réjouit des brebis qui l'entourent comme il cherche celles qui s'égarent. Monts ni forêts ne lui font pas obstacle ; il court dans la vallée de l'ombre (Ps 22,4) pour parvenir jusqu'à l'endroit où se trouve la brebis perdue... On le voit aux enfers ; il donne l'ordre d'en sortir ; c'est ainsi qu'il cherche l'amour de ses brebis. Celui qui aime le Christ, c'est celui qui sait entendre sa voix.
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• Jn 12,20-23.

L' « Heure » de Jésus : cette locution désigne, dans l’Évangile selon saint Jean, la Pâque du Seigneur – sommet et clef d'interprétation de toute son œuvre, de sa mission de Salut.
C'est pour cette Heure qu'il est venu – Heure redoutée, Heure d'agonie ; Heure pourtant désirée d'un grand désir, comme le moment d'offrir au Père le sacrifice parfait de son obéissance ; Heure de son exaltation (voir, à cette page, "Le Christ élevé") dans la gloire du Père ; Heure où les païens eux-mêmes reconnaîtront en lui le Fils de Dieu.
Regarder avec les yeux de la foi (voir, à cette page, "Le serpent d'airain") celui qui a été transpercé, voilà le chemin du Salut !


Le contexte:
Sur Jn 12,12-50:
Ce passage introduit la Passion par
1. le récit de l'entrée à Jérusalem (vv.12-19);
2. la rencontre de Jésus avec des גוים (goyïm), des non-Juifs (vv.20-22);
3.un discours où Jésus évoque clairement sa mort dans une atmosphère qui rappelle celle du jardin de Gethsémani (vv.23-36; comp. vv.27-28 et Mc 14,36);
4. la confirmation de l'incrédulité ou de l'indécision de l'auditoire (vv.37-50), avec un dernier appel à la foi (vv.44-50).

Traduction et notes:

Verset 20.
ησαν δε τινες ελληνες εκ των αναβαινοντων ινα προσκυνησωσιν εν τη εορτη
Or il y avait quelques Grecs, d'entre ceux qui étaient montés pour adorer pendant la fête.
ελληνες - Grecs: Le terme ne désigne pas seulement les "Grecs" par nationalité, mais tous ceux, גוים (goyïm)-non-Juifs et Juifs, qui sont de langue grecque (c'était la langue véhiculaire de tout le bassin méditerranéen).
Cependant ici, comme la suite de la phrase l'indique,
- ces Juifs hellénisants de la Diaspora
- et ces גוים, qu'ils soient des "craignant-Dieu", des "sympathisants" ou des prosélytes (voir ici), attirés par la religion juive, font les pèlerinages - en particulier celui de טסח (Pessa'h) la Pâque (voir à cette page).

Verset 21.
ουτοι ουν προσηλθον φιλιππω τω απο βηθσαιδα της γαλιλαιας και ηρωτων αυτον λεγοντες κυριε θελομεν τον ιησουν ιδειν
Ceux-ci donc vinrent à Philippe, celui qui <était> de Bethsaïda de Galilée, et ils le priaient, disant: Seigneur, nous désirons voir Jésus. 
• φιλιππω τω απο βηθσαιδα της γαλιλαιας - à Philippe, celui qui <était> de Bethsaïda de Galilée:
- L'un des Douze, le chef de file du deuxième groupe de quatre apôtres (voir ici).
- Selon Jean, Philippe est le compatriote de Pierre et d'André (voir ci-après).
Sitôt après avoir entendu l'appel de Jésus, il amène à celui-ci Nathanaël (Jn 1,43-48). On le retrouve avec André lors de la multiplication des pains et ici. C'est enfin lui qui réclame de Jésus une manifestation éclatante du Père (Jn 14,8-9).
- Comme André, il porte un nom grec ("Philippe" = "L'ami des chevaux"); c'est peut-être pour cela que les hellénisants s'adressent à lui.

Verset 22.
ερχεται φιλιππος και λεγει τω ανδρεα και παλιν ανδρεας και φιλιππος λεγουσιν τω ιησου
Philippe vient, et le dit à André; et puis André <vient> et Philippe, et ils le disent à Jésus.
τω ανδρεα - à André:
- L'un des Douze, cité soit à la deuxième soit à la quatrième place (voir ici).
- Frère de Simon-Pierre, il est originaire de Bethsaïde et occupe la même maison que lui à Capharnaüm.
- D'après Jean, André fut d'abord disciple de Jean le Baptiste, puis l'un des deux premiers disciples de Jésus: c'est lui qui annonce à Pierre sa rencontre avec le Messie. Avec Pierre, Jacques et Jean, il fait ainsi partie des quatre disciples "privilégiés":
- il est parmi les quatre premiers appelés;
- selon Mc 13,3, le discours de Jésus sur la fin de Jérusalem leur est livré en privé.
Avant la multiplication des pains, c'est lui qui signale à Jésus qu'un garçon est là, avec cinq pains et deux poussons.
- Son nom, grec, signifie "Le viril".
 
Verset 23.
ο δε ιησους απεκρινατο αυτοις λεγων εληλυθεν η ωρα ινα δοξασθη ο υιος του ανθρωπου
Et Jésus leur répondit, disant: L'heure est venue pour que le Fils de l'homme soit glorifié.
• απεκρινατο αυτοις - leur répondit:
- La question ne nous est pas donnée; on ne précise même pas si Jésus s'adresse aux disciples ou aux hellénisants.
- Mais, quoi qu'il en soit, pour Jean, la présence de ces non-Juifs illustre l'universalité du Salut (voir v.19: "Les pharisiens donc dirent entre eux: Vous voyez que vous ne gagnez rien; voici, tout le monde est allé derrière lui". L'inquiétude des pharisiens est intensifiée par la fête de pèlerinage qu'est la Pâque, la foule qu'elle attire, et son attitude: des "grecs" (v.20) et des "dirigeants du peuple" (v.42) "crurent en lui").  
- Or ce thème de l'universalité du Salut et la réponse de Jésus sont bien plus importants que le détail de la question posée.
η ωρα- l'heure: Dans l'évangile de Jean, Jésus parle de son "heure" pour désigner le moment - fixé par le Père qui dirige souverainement tous les événements- pour sa glorification (voir 2,4;4,21;23;7,30;13,1;17,1).
ινα δοξασθη- pour que [...] soit glorifié: Cette glorification comprend sa mort, sa Résurrection, son Ascension.

Verset 24.
αμην αμην λεγω υμιν εαν μη ο κοκκος του σιτου πεσων εις την γην αποθανη αυτος μονος μενει εαν δε αποθανη πολυν καρπον φερει
En vérité, en vérité, je vous dis: A moins que le grain de blé, tombant en terre, ne meure, il demeure seul; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit.
ο κοκκος - le grain: L'image de la graine qui "porte du fruit" est fréquente (voir par ex. Mc 4,3-9); ici, elle concerne Jésus: sa mort permettra à sa vie et à son ministère de porter "beaucoup de fruit" et lui suscitera beaucoup de disciples, dans le monde entier.
 
Verset 25.
ο φιλων την ψυχην αυτου απολεσει αυτην και ο μισων την ψυχην αυτου εν τω κοσμω τουτω εις ζωην αιωνιον φυλαξει αυτην
Celui qui affectionne sa vie, la perdra; et celui qui hait sa vie dans ce monde-ci, la conservera pour la vie éternelle.
ο φιλων την ψυχην αυτου [...] ο μισων την ψυχην αυτου - celui qui affectionne sa vie [...] celui qui hait sa vie:
- Ici, le mot "ψυχη psuchē" n'a pas le sens bien connu d'"âme", mais celui, plus étymologique, de "respiration", de "souffle vital", donc de "vie".
- Les parallélismes/oppositions sur lesquelles repose la phrase (voir construction du v. ici) indiquent le sens qu'il convient de donner au verbe "μισεω miseō": il ne s'agit pas de "détester", mais de "ne pas aimer", voire d'"aimer moins". Comp. Lc 14,26.
- La construction du v. établit un ordre clair de priorité: le disciple met en premier les intérêts du Royaume de Dieu (voir Mc 8,34-38). 
 
Verset 26.
εαν εμοι διακονη τις εμοι ακολουθειτω και οπου ειμι εγω εκει και ο διακονος ο εμος εσται και εαν τις εμοι διακονη τιμησει αυτον ο πατηρ
Si quelqu'un me sert, qu'il me suive; et où je suis, moi, là aussi sera mon serviteur: si quelqu'un me sert, le Père l'honorera.
εαν εμοι διακονη - Si quelqu'un me sert: Jésus présente maintenant ses disciples comme des serviteurs - qui vont agir selon son exemple, selon ses priorités. Ils connaîtront, comme lui, la souffrance, et, comme lui, seront glorifiés par le Père.
 
Verset 27.
νυν η ψυχη μου τεταρακται και τι ειπω πατερ σωσον με εκ της ωρας ταυτης αλλα δια τουτο ηλθον εις την ωραν ταυτην
Maintenant mon âme est troublée; et que dirai-je? Père, délivre-moi de cette heure; mais c'est pour cela que je suis venu à cette heure.
η ψυχη μου τεταρακται - mon âme est troublée:
- Ici, le mot "ψυχη psuchē" peut reprendre le sens d'"âme" (comp. v.25).
- Jean ne raconte pas l'angoisse de Gethsémani (contrairement à Mc 14,32-42 et //), mais il mentionne ici le "trouble" de Jésus; il montre que, quel que soit ce trouble, son désir d'accomplir sa mission est encore plus grand, et qu'il ira volontairement jusqu'au bout (voir 10,18: la crucifixion n'est pas un "accident"; la mort de Jésus fait partie du plan de Dieu, elle se situe dans le cadre de l'accomplissement des Écritures; Jésus est maître de sa vie, on ne la lui ôte pas mais c'est lui qui la donne au moment voulu).
εκ της ωρας ταυτης - de cette heure: Voir note sur "l'heure" au v.23.

Verset 28.
πατερ δοξασον σου το ονομα ηλθεν ουν φωνη εκ του ουρανου και εδοξασα και παλιν δοξασω
Père, glorifie ton nom.
Il vint donc une voix du ciel: Et je l'ai glorifié, et je le glorifierai de nouveau.
δοξασον σου το ονομα[...]και εδοξασα και [...] δοξασω - glorifie ton nom [...]; et je l'ai glorifié, et je le glorifierai: C'est-à-dire "Manifeste ta gloire [...]; et l'ai manifestée, et je la manifesterai".
και εδοξασα - Et je l'ai glorifié: Sans doute par le moyen de Jésus, et en particulier par les signes qu'il a accomplis.
και παλιν δοξασω - et je le glorifierai de nouveau: La gloire de Dieu sera encore, "de nouveau", manifestée par la mort, la Résurrection et l'Ascension de Jésus (voir note sur le même verbe au v.23).

Verset 29.
ο ουν οχλος ο εστως και ακουσας ελεγεν βροντην γεγονεναι αλλοι ελεγον αγγελος αυτω λελαληκεν
La foule, donc, qui était là et qui avait entendu, dit qu'un coup de tonnerre avait eu lieu; d'autres disaient: Un ange lui a parlé.

Verset 30.
απεκριθη ο ιησους και ειπεν ου δι εμε αυτη η φωνη γεγονεν αλλα δι υμας
Jésus répondit et dit: Cette voix n'est pas venue pour moi, mais pour vous.
αλλα δι υμας - mais pour vous: Pourtant ils n'ont pas compris (v.29). Cette "voix" céleste, et leur incapacité de la comprendre, auraient pourtant dû les éclairer sur leur situation spirituelle et sur l'imminence du jugement (v.31).
 
Verset 31.
νυν κρισις εστιν του κοσμου τουτου νυν ο αρχων του κοσμου τουτου εκβληθησεται εξω
Maintenant [c']est le jugement de ce monde; maintenant le prince de ce monde sera jeté dehors.
κρισις - le jugement
- On retrouvera ici le sens premier du mot "crise", transcription du grec "κρισις krisis": dérivé du verbe "κρινω krinō" qui signifie "séparer, "distinguer", d'où "juger" (quand on "juge", on "distingue" le vrai du faux, le bon du mauvais), le substantif désigne donc le "jugement", le moment, les circonstances qui permettent de "juger".
- Voir 8,15: Même si le jugement n'est pas le but de la venue du Christ, si son témoignage (qui est aussi celui du Père) est rejeté il y aura alors jugement; en effet, on ne peut rejeter le témoignage et la volonté de Dieu sans être jugé. 
ο αρχων - le prince:
- Le terme "αρχων archōn" est le participe présent substantivé du verbe "ἀρχω archō"; or ce verbe signifie "commencer", "être le premier". "Celui qui est le premier (princeps en latin)" est "le chef", "le prince".
- La Croix marque la défaite du "prince de ce monde", Satan (voir Col 2,15) et la victoire du Royaume de Dieu. Satan est d'ores et déjà jugé et condamné (voir 16,11), mais il reste néanmoins actif.
 
Verset 32.
καγω εαν υψωθω εκ της γης παντας ελκυσω προς εμαυτον
Et moi, si je suis élevé de la terre, j'attirerai tous les hommes à moi-même.
εαν υψωθω - si je suis élevé: Allusion au mode de son exécution (v.33), qui fait aussi partie de son "élévation" glorieuse (voir à cette page, "Le Christ élevé", note sur 3,14-21)
παντας - tous les hommes: Dimension universelle du salut offert par le Christ; voir aussi la venue des non-Juifs et des hellénisants, vv.20-21, le contexte de Za 9,9, cité au v.15 (Zacharie parle d'un "règne universel"), le "monde", vv.19;47. Durant son ministère terrestre, Jésus a attiré à lui des personnes de toutes sortes et en grand nombre; sa mort-Résurrection-Ascension va encore accélérer ce processus.
 
Verset 32.
τουτο δε ελεγεν σημαινων ποιω θανατω ημελλεν αποθνησκειν
Or il disait cela pour indiquer de quelle mort il allait mourir.
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• Jn 13,31-33b;34-35.

Retourné auprès du Père, Jésus reste avec les siens. Ce ne sont pas les discours qui témoignent de cette présence invisible, mais l'amour que les chrétiens ont les uns pour les autres. "Comme je vous ai aimés" dit Jésus. La charité fraternelle et son expression ont donc une dimension vraiment divine. 


Le contexte:
Sur Jn 13,31 - 14,31:
• Il est intéressant de comparer le discours d'adieu de Jésus à ceux de grandes figures bibliques:
- Jacob, Gn 49;
- Moïse, Dt 33;
- David, 1Ch 28-29;
- Paul, Ac 20,18-38.
Au cours de ces discours d'adieu, l'orateur
- annonce son départ, suscitant la tristesse;
- rappelle pour ses proches et les générations à venir l'essentiel de son enseignement et de la sagesse acquise.
Jésus, Sagesse de Dieu, transmet ou rappelle à ses disciples tout ce dont ils auront besoin pour supporter l'épreuve qui approche, et pour poursuivre la mission qui leur est confiée.
• Plan de la section:
1. Introduction au discours: la gloire à venir et le nouveau commandement (13,31-38).
2. Jésus réconforte ses disciples en leur présentant les avantages de son départ:
- il leur préparera une place;
- il va leur donner un Défenseur;
- il répondra à leurs prières;
- ils auront sa paix (14).
•  Le passage est rythmé par quatre demandes, formulées par quatre disciples différents:
- Où vas-tu (13,36)?
- Comment pouvons-nous y aller (14,5)?
- Montre-nous le Père (14,8).
- Pourquoi à nous et pas au monde (14,22)?

Traduction et notes:

Verset 31.
῞Οτε οὖν ἐξῆλθε, λέγει ὁ ᾿Ιησοῦς· νῦν ἐδοξάσθη ὁ Υἱὸς τοῦ ἀνθρώπου, καὶ ὁ Θεὸς ἐδοξάσθη ἐν αὐτῷ.
Lorsque [Judas] fut sorti, Jésus dit: "Maintenant, le Fils de l'homme a été glorifié, et Dieu a été glorifié en lui.
ὁ Υἱὸς τοῦ ἀνθρώπου - le Fils de l'homme: Voir 1,51. Allusion à la vision de Jacob (Gn 28,12-13).

<- Ferdinand BOL (1616-1680) – Le songe de Jacob (vers 1642) – Gemäldegalerie, Dresde.

Verset 32.
῞εἰ ὁ Θεὸς ἐδοξάσθη ἐν αὐτῷ καὶ ὁ Θεὸς δοξάσει αὐτὸν ἐν ἑαυτῷ, καὶ εὐθὺς δοξάσει αὐτόν.
Si Dieu a été glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui-même, et il le glorifiera bientôt. 
• εἰ ὁ Θεὸς ἐδοξάσθη ἐν αὐτῷ - Si Dieu a été glorifié en lui: Certains manuscrits ne comportent pas ce membre de phrase (Nestle-Aland, par ex., ne le donne  pas); dans ce cas, la conjonction "καί" a sa valeur simple de coordination: "et", mettant sur le même plan quatre indépendantes (le grec, contrairement au français, répète la coordination):
- νῦν ἐδοξάσθη ὁ Υἱὸς τοῦ ἀνθρώπου - Maintenant, le Fils de l'homme a été glorifié,
- καὶ ὁ Θεὸς ἐδοξάσθη ἐν αὐτῷ - (et) Dieu a été glorifié en lui,
- καὶ ὁ Θεὸς δοξάσει αὐτὸν ἐν ἑαυτω - (et) Dieu le glorifiera en lui-même,
- καὶ εὐθὺς δοξάσει αὐτόν - et il le glorifiera bientôt.
Cette version est d'autant plus possible que - ne l'oublions jamais! - les manuscrits anciens n'étaient pas ponctués.

Codex Sinaiticus (milieu du IVème s.),
les versets 31-32 ->
On voit que ce codex ne fait figurer le segment ci-dessus qu'en rajout de marge.

Verset 33.
τεκνία, ἔτι μικρὸν μεθ᾿ ὑμῶν εἰμι. ζητήσετέ με, καὶ καθὼς εἶπον τοῖς ᾿Ιουδαίοις ὅτι ὅπου ὑπάγω ἐγὼ, ὑμεῖς οὐ δύνασθε ἐλθεῖν, καὶ ὑμῖν λέγω ἄρτι.
Mes petits enfants, je suis pour peu de temps encore avec vous. Vous me chercherez; et, comme j'ai dit aux Juifs: Vous ne pouvez venir où je vais, je vous le dis aussi maintenant.
ὅπου ὑπάγω ἐγὼ- là où moi je vais: Voir 7,33-35.

Verset 34.
ἐντολὴν καινὴν δίδωμι ὑμῖν ἵνα ἀγαπᾶτε ἀλλήλους, καθὼς ἡγάπησα ὑμᾶς ἵνα καὶ ὑμεῖς ἀγαπᾶτε ἀλλήλους. 
Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres.
ἀγαπᾶτε ἀλλήλους- Aimez-vous les uns les autres: L' "amour" est ici une action plus qu'un sentiment.
Le "commandement" est "nouveau" (même adjectif qu'en Ap 21,1: voir note à cette page) à cause de l'exemple qui en est donné, et à cause du cadre dans lequel il s'exprime:
- Le lavement des pieds (13,1-5), et plus encore la Croix, montrent ce à quoi Jésus fait référence (l'amour = le don de soi).
- Le cadre de l'obéissance à ce commandement est ici la communauté des disciples.

Commentaire patristique:

De Saint Cyrille d'Alexandrie - Commentaire sur l'Évangile de Jean, IX.
Voyez-vous la nouveauté de son amour envers nous? La Loi prescrit en effet d'aimer son frère comme soi-même. Or notre Seigneur Jésus Christ nous a aimés plus que lui-même, puisque, vivant dans les mêmes conditions que Dieu le Père et dans l'égalité avec lui, il ne serait pas descendu jusqu'à notre bassesse, il n'aurait pas subi les gifles, les moqueries, et tout ce qu'il a subi - si je voulais énumérer dans le détail tout ce qu'il a subi, je n'en finirais pas - et d'abord, il n'aurait pas voulu, étant riche, se faire pauvre, s'il ne nous avait pas aimés plus que lui-même. Une telle mesure d'amour est donc inouïe et nouvelle.  
_______________________________________________________________

• Jn 14,1-12

Remarques:

Sur saint Jean et son évangile, voir à cette page.

Sur Jn 13,31 - 14,31:voir ci-dessus.

Sur ce passage (d'après Marie-Noëlle Thabut) :
Si Jésus commence par dire « Ne soyez donc pas bouleversés », c'est que les disciples ne cachaient pas leur angoisse,  ils se savaient cernés par l'hostilité générale.
Cette angoisse se doublait, pour certains d'entre eux au moins, d'une horrible
déception: « Nous espérions qu'il était celui qui allait délivrer Israël (sous-entendu des Romains) » diront les disciples d'Emmaüs quelques jours plus tard ; les Apôtres
partageaient cette espérance politique ; or leur chef va être condamné, exécuté...
Et, donc, Jésus s'emploie à déplacer leur espérance: il ne va pas combler l'attente que ses miracles ont fait naître ; il ne va pas prendre la tête du soulèvement national contre l'occupant ; au contraire, il n'a cessé de prêcher la non-violence. Mais la libération qu'il apporte se situe sur un autre plan. S'il ne comble pas l'attente terrestre de son peuple, il est pourtant celui qu'on attendait.

Il commence par faire appel à leur foi, à cette attitude fondamentale du peuple juif que nous lisons, dans tous les Psaumes par exemple ; l'espérance ne peut en effet s'appuyer que sur la foi, et Jésus revient plusieurs fois sur le mot « croire » ; « Ne soyez donc pas bouleversés (puisque) vous croyez en Dieu ».

Mais une chose est de croire en Dieu (ce qui est acquis), une autre est de croire en Jésus, surtout au moment précisément où il semble avoir définitivement perdu la partie...

Pour accorder à Jésus la même foi qu'à Dieu, il faut, pour ses contemporains, faire un saut formidable. Il faut donc qu'il leur fasse percevoir l'unité profonde entre le Père et lui.

Et c'est la deuxième ligne de force de ce texte :
« Je suis dans le Père et le Père est en moi » (et cette phrase-là, il la dit deux fois)... « Celui qui m'a vu a vu le Père »...
Cette dernière phrase résonne tout particulièrement lorsqu'on sait ce qui est arrivé quelques heures plus tard : cela signifie que la révélation du Père culmine sur la Croix ; et que fait Jésus, mourant, sur la Croix ? Il continue à aimer les hommes, tous les hommes, puisqu'il pardonne même à ses bourreaux.

Il faudrait avoir le temps de s'attarder sur chaque phrase de ce dernier entretien de Jésus avec ses disciples, sur chacun des mots lourds de toute l'expérience biblique : « connaître », « voir », « demeurer », « Aller vers »... La Parole qui est en même temps œuvre... L'expression « Je suis » qui pour des oreilles juives ne peut pas ne pas évoquer Dieu lui-même. Oser dire « Je suis la vérité et la vie » c'est s'identifier à Dieu lui-même. Et en même temps ces deux personnes sont bien distinctes, puisque Jésus dit « Je suis le chemin » (sous-entendu vers le Père).

« Personne ne va vers le Père sans passer par moi » : autre manière de dire « Je suis le chemin » ou « Je suis la porte » comme dans le discours du Bon Pasteur ; ce n'est certainement pas une mise en garde ou une sorte d'obligation qui est dite là, c'est beaucoup plus profond que cela : il s'agit du mystère de notre solidarité en Jésus-Christ ; c'est vraiment un "mystère", nous avons bien du mal à nous en faire une idée... et pourtant c'est l'essentiel du projet de Dieu ; le « Christ total », comme dit saint Augustin, c'est l'humanité tout entière!

Cette solidarité en Jésus-Christ est dite à toutes les pages du Nouveau Testament ; Paul, par exemple, la dit quand il parle du "Nouvel Adam", et aussi quand il dit que "le Christ est la tête du Corps dont nous sommes les membres".

« La création tout entière gémit dans les douleurs d'un enfantement qui dure encore »: l'enfantement dont il parle, c'est celui du Corps du Christ justement.
Jésus lui-même a très souvent employé l'expression « Fils de l'Homme » pour annoncer la victoire définitive de l'humanité tout entière rassemblée comme un seul homme.

Si l'on prend au sérieux cette phrase « Personne ne va vers le Père sans passer par moi » et si on y entend la solidarité de toute l'humanité en Jésus-Christ, alors il faut aussi dire la réciproque : « Le Christ ne va pas vers le Père sans nous ».

C'est le sens des phrases du début : « Là où je suis, vous y serez vous aussi » ...
« Quand je serai allé vous préparer une place, je reviendrai vous prendre avec moi ». Paul le dit encore autrement : « Rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ » (Rm 8, 39).

Jésus termine par une promesse solennelle : « Celui qui croit en moi accomplira les mêmes œuvres que moi » ; après tout ce qu'il vient de dire sur lui, le mot « œuvres » ne signifie sûrement pas seulement "miracles" ; dans tout l'Ancien Testament, le mot « œuvre » en parlant de Dieu est toujours un rappel de la grande œuvre de Dieu pour libérer son peuple.

Ce qui signifie que désormais les disciples sont associés à l'œuvre entreprise par Dieu pour libérer l'humanité de tout esclavage physique ou moral. Cette promesse du Christ devrait nous convaincre tous les jours que cette libération est possible!


Traduction et notes:

Verset 1.
Μὴ ταρασσέσθω ὑμῶν ἡ καρδία· πιστεύετε εἰς τὸν Θεόν, καὶ εἰς ἐμὲ πιστεύετε.
Que votre coeur ne se trouble point. Croyez en Dieu, et croyez en moi.
μὴ ταρασσέσθω - ne se trouble point:Les paroles que les apôtres viennent d'entendre ont de quoi les troubler (par ex. 13,21: "L'un de vous me livrera";33: "Vous me chercherez; vous ne pouvez venir où je vais";36: "Tu ne peux pas maintenant me suivre où je vais, mais tu me suivras plus tard"). Jésus va répondre à leur inquiétude en leur annonçant la venue de l'Esprit (14,16sqq) et en leur donnant la paix (14,27)
πιστεύετε εἰς τὸν Θεόν, καὶ εἰς ἐμὲ πιστεύετε-Croyez en Dieu, et croyez en moi: La forme "πιστεύετε" peut être un impératif, mais également un indicatif; c'est pourquoi certaines traductions donnent: "Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi"- en donnant à la conjonction "καί" son sens fort (par ex. Derby, Martin, BJ).
La
structure concentrique (A πιστεύετε-B εἰς τὸν Θεόν -x καὶ- B' εἰς ἐμὲ - A'πιστεύετε) de la phrase - qui implique la mise en relief du terme central, "καί" - tend à faire pencher pour cette dernière traduction.

Verset 2.
ἐν τῇ οἰκίᾳ τοῦ πατρός μου μοναὶ πολλαί εἰσιν· εἰ δὲ μή, εἶπον ἂν ὑμῖν· πορεύομαι ἑτοιμάσαι τόπον ὑμῖν·
Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père. Si cela n'était pas, je vous l'aurais dit. Je vais vous préparer une place.
ἐν τῇ οἰκίᾳ τοῦ πατρός μου-dans la maison de mon Père:
L'expression "maison" de Dieu désigne le Temple dans le PT. Ici, il s'agit du Temple céleste du Père, sa demeure éternelle.
εἶπον ἂν ὑμῖν -je vous l'aurais dit:
Comme les manuscrits n'étaient pas ponctués, on peut également traduire: "vous l'aurais-je dit?"
Après avoir œuvré pour Dieu sur la terre, Jésus va travailler, après son départ, en faveur des croyants, et préparer son retour (v.3).

Verset 3.
καὶ ἐὰν πορευθῶ καὶ ἑτοιμάσω ὑμῖν τόπον, πάλιν ἔρχομαι καὶ παραλήψομαι ὑμᾶς πρὸς ἐμαυτόν, ἵνα ὅπου εἰμὶ ἐγὼ, καὶ ὑμεῖς ἦτε.
Et, lorsque je m'en serai allé, et que je vous aurai préparé une place, je reviendrai, et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis vous y soyez aussi.
πάλιν ἔρχομαι -je reviendrai :
Plusieurs interprétations ont été proposées:
- les apparitions de Jésus après sa résurrection;
- son "retour" par l'Esprit lors de la Pentecôte (voir 14,16-18);
- son retour à la fin des temps.
Certes, l'Esprit offre au croyant, dès à présent, une profonde communion avec le Seigneur (14,23; 15,4). Mais la portée des vv.2-3 semble ici plus "concrète": Jésus annonce qu'à son retour les croyants seront enfin avec lui dans "la place", ou la "demeure", qu'il leur aura préparée. Cette parole ne semble pas, non plus pouvoir s'appliquer à la situation des croyants qui, lors de leur mort, entrent, au fil des ans, dans la présence de Dieu (Ph 1,23; 1Th 4,14) car Jean présente le retour de Jésus comme un événement ponctuel, et souligne que l'ensemble des croyants ("vous") sera impliqué dans ce que Jésus fera à ce moment-là.L'interprétation la plus vraisemblable consiste donc à voir, dans ce retour de Jésus, sa venue à la fin des temps, lorsqu'il établira la "Tente/Demeure de Dieu" sur la terre renouvelée qu'il "habitera" avec les hommes (Ap 21,3).

Versets 4-5.
καὶ ὅπου ἐγὼ ὑπάγω οἴδατε, καὶ τὴν ὁδόν οἴδατε.
Vous savez où je vais, et vous en savez le chemin.
Λέγει αὐτῷ Θωμᾶς· Κύριε, οὐκ οἴδαμεν ποῦ ὑπάγεις· καὶ πῶς δυνάμεθα τὴν ὁδὸν εἰδέναι;
Thomas lui dit: Seigneur, nous ne savons où tu vas; comment pouvons-nous en savoir le chemin?
τὴν ὁδόν - le chemin: Voir 1,51.

Verset 6.
λέγει αὐτῷ ὁ ᾿Ιησοῦς· ἐγώ εἰμι ἡ ὁδὸς καὶ ἡ ἀλήθεια καὶ ἡ ζωή· οὐδεὶς ἔρχεται πρὸς τὸν πατέρα εἰ μὴ δι᾿ ἐμοῦ.
Jésus lui dit: Moi, je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi.
ἐγώ εἰμι - Moi, je suis:
Jésus utilise dix fois cette tournure:
- 6,35: ἐγώ εἰμι ὁ ἄρτος τῆς ζωῆς - Moi, je suis le pain de vie;
- 8,12: ἐγώ εἰμι τὸ φῶς τοῦ κόσμου - Moi, je suis la lumière du monde;
- 10,7;9: ἐγώ εἰμι ἡ θύρα - Moi, je suis la porte;
- 10,11;14: ἐγώ εἰμι ὁ ποιμὴν ὁ καλός - Moi, je suis le bon berger;
- 11,25: ἐγώ εἰμι ἡ ἀνάστασις καὶ ἡ ζωή - Moi, je suis la résurrection et la vie;
- ici: ἐγώ εἰμι ἡ ὁδὸς καὶ ἡ ἀλήθεια καὶ ἡ ζωή - Moi, je suis le chemin, la vérité, et la vie;
- 15,1: ἐγώ εἰμι ἡ ἄμπελος ἡ ἀληθινή - Moi, je suis le vrai cep;
- 15,5: ἐγώ εἰμι ἡ ἄμπελος - Moi, je suis le cep.
Pour la plupart, ces paroles sont associées à un miracle; les autres (comme c'est le cas ici) résument un enseignement de Jésus. Elles rappellent qu'une des fonctions essentielles des actes et des paroles de Jésus était de révéler son identité et sa mission. Jésus est à la fois celui qui apporte le don de lui-même et le don de Dieu.
Cette affirmation le rattache en outre bien évidemment à יהוה-YHWH, son Père; on sait en effet que l'on peut comparer le nom tétragrammique de Dieu, יהוה, au verbe היה « être » (au sens fort d'« exister ») dans ses différents états:
- l’accompli, notre « passé » : היה HYH (= Il était de tout temps),
- l’ « actuel » : הוה HWH (=  Il est aujourd'hui),
- l’inaccompli, notre « futur » : יהה YHH (= Il sera de toute éternité).
ἡ ὁδὸς καὶ ἡ ἀλήθεια καὶ ἡ ζωή -le chemin, la vérité, et la vie:
Jésus explique en quoi il est le "chemin" dont il vient de parler et répond ainsi à la question de Thomas.
Il est "le chemin" vers le "Père" car il est "la vérité et la vie".
"La vérité" car en lui Dieu est expliqué (1,18), et tout le plan de Dieu annoncé par le PT se trouve réalisé.
"La vie" car il donne la vie (Lazare) et donne sa vie (pour le monde).
ἡ ὁδὸς -le chemin:
- Métaphore proche de celle de la porte (10,7): Jésus est le lien entre l'humain et Dieu, il conduit à la connaissance du Père c'est-à-dire à "la vie" (17,3).
- Le modèle de vie de Jésus devient celui du disciple , en particulier sa fidélité jusqu'au bout (le christianisme a parfois été appelé "la Voie"; voir Ac 9,2; 18,25; 24,22.

Verset 7.
εἰ ἐγνώκειτέ με, καὶ τὸν πατέρα μου γνώκειτε ἄν. καὶ ἀπ᾿ ἄρτι γινώσκετε αὐτὸν καὶ ἑωράκατε αὐτόν.
Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. Et dès maintenant vous le connaissez, et vous l'avez vu.
εἰ ἐγνώκειτέ με-Si vous me connaissiez:
Ici, plusieurs leçons possibles:
- "
ει εγνωκειτε με και τον πατερα μου εγνωκειτε ανκαι απ αρτι γινωσκετε αυτον και εωρακατε αυτον
": Textus Receptus (Stephens/Scrivener)
- "
ει εγνωκειτε με και τον πατερα μου αν ηδειτε απ αρτι γινωσκετε αυτον και εωρακατε
": Wescott-Hort

- "
ει εγνωκατε με και τον πατερα μου γνωσεσθε και απ αρτι γινωσκετε αυτον και εωρακατε αυτον
"
: Nestle-Alland
- "
ει εγνωκατε με και τον πατερα μου γνωσεσθε και απαρτι γινωσκετε αυτον και εωρακατε αυτον
": Tischendorf
- La leçon byzantine (2000) donne également: "ει εγνωκατε με και τον πατερα μου γνωσεσθε και απαρτι γινωσκετε αυτον και εωρακατε αυτον"
- Codex Sinaiticus (milieu du IVème siècle) donne:
"
μου
ει εγνωκατ
ε
εμε•και τον πατερα μου γνωσεσθ
αι
και απ αρτι
γνωσεσθ
αι
αυτον και εωρακατ
αι
αυτον
λεγει αυτω ο
"
On peut donc également trouver des traductions françaises différentes:
- Olivétan (1535) -> Ostervald (rév.1996): "Si vous m'aviez connu, vous auriez aussi connu mon Père; et dès à présent vous le connaissez, et vous l'avez vu."
- Darby (éd.1991): "Si vous m'aviez connu, vous auriez connu aussi mon Père; et dès maintenant vous le connaissez et..."
- Martin (1744): "Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père; [mais] dès maintenant vous le connaissez, et..."
- Louis Segond (1910): "Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. Et dès maintenant vous le connaissez, et..."
- BJ (éd.1973): "Si vous me connaissez vous connaîtrez aussi mon Père ; dès à présent vous le connaissez et..."
- Semeur (éd.2000): "Si vous me connaissez, vous connaitrez aussi mon Père. Et maintenant déjà vous le connaissez, vous l'avez même vu".

Jésus souligne à plusieurs reprises qu'il agit "à l'initiative" de son Père (5,19; 7,28; 8,42), en accord avec sa volonté; que son jugement est conforme à la pensée du Père (5,30); que son enseignement vient de lui (7,16-18; 8,28; 12,49). Il répond à ceux qui lui poseraient la question de sa légitimité.
Mais cette dépendance du Fils à l'égard du Père doit être comprise dans le sens d'un partenariat d'amour (5,20), d'une intimité harmonieuse (14,10; 17,10), d'une unité d'être (10,30), d'une délégation d'autorité totale (5,20;26;27).

Verset 8.
λέγει αὐτῷ Φίλιππος· Κύριε, δεῖξον ἡμῖν τὸν πατέρα, καὶ ἀρκεῖ ἡμῖν.
Philippe lui dit: Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit.
• δεῖξον ἡμῖν τὸν πατέρα- montre-nous le Père:
Dans le contexte juif, la demande de Philippe peut paraître impensable ("YHWH ne pouvait être vu"); mais que l'on pense aux théophanies, aux révélations divines du PT; par ex. en Ex 24,10;33,18-23.
Et la réponse de Jésus au v.9 a également de quoi étonner, dans ce même contexte!

Verset 9.
λέγει αὐτῷ ὁ ᾿Ιησοῦς· τοσοῦτον χρόνον μεθ᾿ ὑμῶν εἰμι, καὶ οὐκ ἔγνωκάς με, Φίλιππε; ὁ ἑωρακὼς ἐμὲ ἑώρακεν τὸν πατέρα· πῶς σὺ λέγεις, δεῖξον ἡμῖν τὸν πατέρα;
Jésus lui dit: Je suis depuis si longtemps avec vous, et tu ne m'as pas connu, Philippe? Celui qui m'a vu a vu le Père; et comment toi, dis-tu: Montre-nous le Père?
ὁ ἑωρακὼς ἐμὲ ἑώρακεν τὸν πατέρα - Celui qui m'a vu a vu le Père:
Jésus n'est pas "le Père", mais il le révèle parfaitement (1,18: voir notes à cette page) en raison de l'unité qui les caractérise (voir 5,19;14,10).
Jésus souligne souvent qu'il agit à l'initiative du Père (5,19;7,28;8,42), en accord avec sa volonté; que son jugement est conforme à celui du Père (5,30); que son enseignement vient de lui (7,16-18;8,28;12,49). Il répond de cette façon à ceux qui lui demanderaient "De quel droit agis-tu ainsi?".
Mais cette dépendance du Fils à l'égard de "celui qui [l']a envoyé" (4,34) doit être comprise dans le cadre d'un partenariat d'amour (5,20), d'une intimité harmonieuse (14,10;17,10), d'une unité d'être (10,30), d'une délégation d'autorité totale (5,20;26;27).

Verset 10.
οὐ πιστεύεις ὅτι ἐγὼ ἐν τῷ πατρὶ καὶ ὁ πατὴρ ἐν ἐμοί ἐστι; τὰ ῥήματα ἃ ἐγὼ λέγω ὑμῖν, ἀπ᾿ ἐμαυτοῦ οὐ λαλῶ· ὁ δὲ πατὴρ ἐν ἐμοὶ μένων αὐτὸς ποιεῖ τὰ ἔργα.
Ne crois-tu pas que moi je suis dans le Père, et que le Père est en moi? Les paroles que moi je vous dis, je ne les dis pas de par moi-même; mais le Père qui demeure en moi, c'est lui qui fait les œuvres.

Verset 11.
πιστεύετέ μοι ὅτι ἐγὼ ἐν τῷ πατρὶ καὶ ὁ πατὴρ ἐν ἐμοί· εἰ δὲ μή, διὰ τὰ ἔργα αὐτὰ πιστεύετέ μοι.
Croyez-moi, <croyez> que je suis dans le Père, et que le Père est en moi; sinon, croyez-moi à cause des œuvres elles-mêmes.

Verset 12.
ἀμὴν ἀμὴν λέγω ὑμῖν, ὁ πιστεύων εἰς ἐμὲ, τὰ ἔργα ἃ ἐγὼ ποιῶ κάκεῖνος ποιήσει, καὶ μείζονα τούτων ποιήσει, ὅτι ἐγὼ πρὸς τὸν πατέρα πορεύομαι·
En vérité, en vérité, je vous dis: Celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que moi je fais, et il en fera de plus grandes que celles-ci; parce que moi, je m'en vais au Père.
ἀμήν - amen - en vérité:
Transcription de l'hébreu אמן 'âmên, généralement compris comme une formule d'acquiescement ("ainsi soit-il"); mais en réalité acronyme de la formule "אל מלך נאמן", "El, roi fidèle" - donc: formule d'acclamation au Seigneur.
μείζονα - plus grandes:
Après la Pentecôte, la mission va prendre une grande ampleur, et les disciples vont communiquer les paroles de Jésus au-delà des limites dans lesquelles il est lui-même resté. Mais, avant cela,
- Jésus doit monter au ciel, d'où il pourra répondre à leurs prières (vv.13-14);
- le saint Esprit doit leur être donné (v.16).


Méditation :
Du Bienheureux Jean-Paul II, Encyclique "Dives in misericordia", II.
      Dieu, « qui habite une lumière inaccessible » (1 Tm 6,16), parle à l'homme à travers l'image du cosmos : en effet, « depuis la création du monde, les hommes, avec leur intelligence, peuvent voir, à travers les œuvres de Dieu, ce qui est invisible : sa puissance éternelle et sa divinité » (Rm 1,20). Cette connaissance indirecte et imparfaite [...] n'est pas encore la vision du Père. « Nul n'a jamais vu Dieu », écrit saint Jean pour donner plus de relief à la vérité selon laquelle « le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l'a révélé » (Jn 1,18).

      Cette révélation du Fils manifeste Dieu dans le mystère insondable de son être –- un et trine –- entouré « d'une lumière inaccessible » ; cependant, dans cette révélation du Christ, nous connaissons Dieu d'abord dans son amour envers l'homme (cf Tt 3,4). Là, « ses perfections invisibles » deviennent visibles, incomparablement plus visibles qu'à travers toutes ses autres œuvres : elles deviennent visibles dans le Christ et par le Christ, dans ses actions et ses paroles, et enfin dans sa mort sur la croix et sa résurrection. Ainsi, dans le Christ et par le Christ, Dieu devient visible dans sa miséricorde.
_______________________________________________________________

• Jn 14,15-21

Une brève variation sur quelques thèmes chers à saint Jean:- la fidélité aux commandements
- qui est un critère décisif de l'attachement au Christ, - qui intercède pour nous, - gage de l'envoi de l'Esprit Consolateur;- la fidélité chrétienne
- qui est communion - à la vie du Père et du Fils dans l'unité de l'Esprit Saint.


Sur l'évangile selon saint Jean: voir à cette page.

Sur Jn 13,31 - 14,31: voir plus haut.

Sur ce passage, d'après Marie-Noëlle Thabut:

Jésus s'entretient longuement avec ses disciples pour la dernière fois. Il parle de son Père et de la relation qui l'unit, lui, le fils, à son Père ; il parle de ce lien qui les unit désormais, eux les apôtres, à son Père et à lui. Un lien que rien ni personne ne pourra détruire : « Je suis en mon Père, vous êtes en moi et moi en vous... Celui qui m'aime sera aimé de mon Père. » Toutes ces phrases, ils auront bien besoin de s'en souvenir dans les heures qui viennent !
Et puis, au moment où il s'apprête à les quitter, il leur annonce la venue de l'Esprit.

En bons Juifs qu'ils étaient, les apôtres connaissaient la prophétie d'Ézéchiel : « Je vous donnerai un cœur neuf et je mettrai en vous un esprit neuf ; j'enlèverai de votre corps le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon propre Esprit, je vous ferai marcher selon mes lois, garder et pratiquer mes coutumes » (Ez 36, 26).
Et cette autre prophétie du même Ézéchiel : « Je ne leur cacherai plus mon visage puisque j'aurai répandu mon Esprit sur la maison d'Israël. » (Ez 39, 29).
Avec Joël, la promesse du don de l'Esprit s'était faite universelle, et non plus réservée aux prophètes, aux rois, ni même au peuple élu : « Je répandrai mon Esprit sur toute chair. » (Jl 3, 1).

Et donc, dire à ses disciples « l'Esprit de vérité demeure auprès de vous, il est en vous », c'est leur annoncer que le grand jour de l'Alliance définitive est arrivé.
Même ce simple mot « demeure » (dans la phrase « l'Esprit de vérité demeure auprès de vous, il est en vous ») évoquait pour les apôtres toute la longue attente de leur peuple : l'aspiration de tous les croyants de l'Ancien Testament, c'était la présence de Dieu au milieu de son peuple : la Tente de la Rencontre pendant l'Exode, puis le Temple de Jérusalem; mais on attendait l'Alliance Nouvelle où Dieu demeurerait, non pas dans des bâtiments, mais dans le cœur de son peuple, où il serait intimement présent à chaque cœur croyant ; et Dieu l'avait promis, par la bouche d'Ézéchiel par exemple : « Ma demeure sera auprès d'eux ; je serai leur Dieu et eux seront mon peuple » (Ez 37, 26 -27), ou encore Zacharie : « Crie de joie, réjouis-toi, fille de Sion, car me voici, je viens demeurer au milieu de toi » (Za 2, 14).

Les disciples étaient pétris de cette espérance : ils savaient que l'Alliance définitive promise par l'Ancien Testament était destinée à l'humanité tout entière ; et tout au long de sa vie publique, Jésus avait bien dit sa soif que le monde entier soit sauvé.

Mais alors pourquoi dit-il que le monde est incapable de recevoir l'Esprit de vérité ? Et cela précisément en ce moment décisif du salut ! Est-ce une restriction ? Certainement pas ! Jésus ne peut pas se contredire. Il n'y a pas là un jugement de valeur, mais un constat ; Jésus précise : « Le monde est incapable de le recevoir, parce qu'il ne le voit pas et ne le connaît pas » ; et il continue « mais vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure auprès de vous et qu'il est en vous ».

Ce qui est un envoi en mission, une façon de leur dire : « Le monde ne connaît pas l'Esprit de vérité... A vous de le lui faire connaître ; à vous de faire découvrir au monde la présence active de l'Esprit en toute chair. »
Le mot « monde » n'est certainement pas péjoratif... Jésus n'est jamais péjoratif  (être péjoratif ou défaitiste n'est pas chrétien) ; le salut du monde est le grand désir de Dieu : « Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jn 3, 17).
En fait il faudrait remplacer le mot « monde » par « esprit du monde » opposé à « esprit d'amour ».
Jésus veut fortifier ses disciples, les aider à croire que la contagion de l'amour gagnera peu à peu, et qu'il leur est possible de transformer l'esprit du monde en esprit d'amour.
En quelque sorte, la mission qu'il leur donne, c'est une évangélisation de proche en proche ; mission impossible ? Non ; puisque Jésus leur dit : « Je prierai le Père et il vous donnera un autre Défenseur qui sera toujours avec vous ».
Phrase ambiguë : de qui l'Esprit de Dieu doit-il nous défendre ?
Un horrible contre-sens serait de croire qu'il puisse avoir à nous défendre devant Dieu ; comme si Dieu pouvait vouloir nous condamner!

En grec, ce mot désigne celui qui est appelé auprès d'un accusé pour l'assister (voir v.16 et note) ; c'est le conseiller, l'avocat, le défenseur.
André Chouraqui traduit le « réconfort ».
De quel procès parle-t-on ? De celui que le monde fait aux disciples du Christ, et à travers eux, au Père lui-même et au Christ, c'est-à-dire en fin de compte à la vérité.
D'où l'insistance de Jésus sur ce mot de « vérité» chaque fois qu'il prévient ses disciples des persécutions qui les attendent : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d'auprès du Père, lui, l'Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi, vous rendrez témoignage, vous qui êtes avec moi depuis le commencement. » (Jn 15, 26-27).
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• Jn 14,15-16;23-29.

Le départ de Jésus allait-il réduire ceux qui ne l'ont pas connu personnellement à vivre comme en exil, dans la solitude aride de la foi, en attendant le retour glorieux du Seigneur?
Non,s'ils l'aiment et restent fidèles à ses paroles, ils auront toujours le Père et le Fils auprès d'eux, avec le Saint Esprit, . 
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Traduction et notes:

Verset 15.
Εὰν ἀγαπᾶτέ με, τὰς ἐντολὰς τὰς ἐμὰς τηρήσατε·
Si vous m'aimez, gardez mes commandements.

Verset 16.
καὶ ἐγὼ ἐρωτήσω τὸν πατέρα καὶ ἄλλον παράκλητον δώσει ὑμῖν, ἵνα μένῃ μεθ᾿ ὑμῶν εἰς τὸν αἰῶνα,
Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre consolateur, afin qu'il demeure éternellement avec vous,
• ἄλλον παράκλητον - un autre consolateur: Le terme "παράκλητος paraklētos" désignait la personne qui représentait l'accusé dans une situation judiciaire. On le trouve donc traduit par "avocat, défenseur, soutien..." ou transcrit par "Paraclet".
L'Esprit va venir en aide aux croyants, en particulier dans les épreuves et les persécutions qu'ils connaîtront dans le cadre de leur mission dans un environnement hostile (10,17-20); et leur donner les connaissances et la puissance nécessaires à un témoignage efficace (14,26; 16,14; Ac 1,8). Il va les soutenir ainsi dans le procès qu'il mène contre "le monde" (16,8-11).La présence de l'Esprit apportera donc aux disciples un réconfort (paix et joie) malgré le départ de Jésus.
Il est à noter que le ministère de Jésus et celui de l'Esprit sont très proches:
- Jésus est aussi un "avocat": ἐάν τις ἁμάρτῃ, παράκλητον ἔχομεν πρὸς τὸν πατέρα, ᾿Ιησοῦν Χριστὸν δίκαιον - si quelqu'un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus Christ le juste (1Jn 2,1);
- Jésus est la "vérité"; le Paraclet est l' "Esprit de vérité" (14,6;17; 1Jn 5,6);
- tous deux enseignent (14,26);
- tous deux sont témoins (15,26; 18,37);
- tous deux sont rejetés (5,43; 14,17).
Jusque là, Jésus avait représenté le Père sur la terre; à partir de la Pentecôte, l'Esprit va représenter Jésus.

Verset 17.
τὸ πνεῦμα τῆς ἀληθείας, ὃ ὁ κόσμος οὐ δύναται λαβεῖν, ὅτι οὐ θεωρεῖ αὐτὸ οὐδὲ γινώσκει αὐτὸ· ὑμεῖς γινώσκετε αὐτό, ὅτι παρ᾿ ὑμῖν μένει καὶ ἐν ὑμῖν ἔσται.
l'Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit point et ne le connaît point; mais vous, vous le connaissez, car il demeure avec vous, et il sera en vous.
ἐν ὑμῖν ἔσται
-
il sera en vous
: Wescott-Hort présente la variante "
εστιν
", "il est en vous".
Les croyants de la première Alliance qui, pour entrer dans le Royaume, ont dû naître de nouveau eux aussi vivaient ces choses comme par anticipation.
Versets 18-19.
οὐκ ἀφήσω ὑμᾶς ὀρφανούς· ἔρχομαι πρὸς ὑμᾶς.
Je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai à vous.
ἔτι μικρὸν καὶ ὁ κόσμος με οὐκέτι θεωρεῖ, ὑμεῖς δὲ θεωρεῖτέ με, ὅτι ἐγὼ ζῶ καὶ ὑμεῖς ζήσεσθε.
Encore un peu de temps, et le monde ne me verra plus; mais vous, vous me verrez, car je vis, et vous vivrez aussi.
με οὐκέτι θεωρεῖ
-
ne me verra plus
:
À partir de la crucifixion, le Christ ne sera visible qu'au regard de la foi. Ses disciples le verront encore physiquement quelque temps après la résurrection, puis il leur sera rendu spirituellement présent par l'Esprit Saint.
Verset 20.
ἐν ἐκείνῃ τῇ ἡμέρᾳ γνώσεσθε ὑμεῖς ὅτι ἐγὼ ἐν τῷ πατρί μου καὶ ὑμεῖς ἐν ἐμοὶ κἀγὼ ἐν ὑμῖν.
En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et que je suis en vous.
ἐν ἐκείνῃ τῇ ἡμέρᾳ
-
En ce jour-là
: La succession des événements que constituent la Résurrection, l'Ascension
et la Pentecôte forme un tout - qui va convaincre les disciples de la réalité de l'unité du Père et du Fils, et de la communion qu'ils ont avec le Christ.
Verset 21.
ὁ ἔχων τὰς ἐντολάς μου καὶ τηρῶν αὐτὰς. ἐκεῖνός ἐστιν ὁ ἀγαπῶν με· ὁ δὲ ἀγαπῶν με ἀγαπηθήσεται ὑπὸ τοῦ πατρός μου, καὶ ἐγὼ ἀγαπήσω αὐτὸν καὶ ἐμφανίσω αὐτῷ ἐμαυτόν.
Celui qui a mes commandements et qui les garde, c'est celui qui m'aime; et celui qui m'aime sera aimé de mon Père, je l'aimerai, et je me ferai connaître à lui.
τὰς ἐντολάς μου
-
mes commandements
: L'amour du chrétien pour le Christ s'exprime par son obéissance (voir 13,34).
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Verset 23.
ἀπεκρίθη ᾿Ιησοῦς καὶ εἶπεν αὐτῷ· ἐάν τις ἀγαπᾷ με, τὸν λόγον μου τηρήσει, καὶ ὁ πατήρ μου ἀγαπήσει αὐτόν, καὶ πρὸς αὐτὸν ἐλευσόμεθα καὶ μονὴν παρ᾿ αὐτῷ ποιήσομεν.
Jésus répondit [à Jude]: Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera; nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui.
• ἀγαπᾷ με - m'aime: La manifestation dont parle Jésus aux vv.21-22 se produit dans le cadre d'une relation d'amour (qui s'exprime par la foi et l'obéissance).
μονὴν παρ᾿ αὐτῷ ποιήσομεν - nous ferons notre demeure chez lui: Par l'Esprit. Comp. 14,2-3.

Verset 24.
ὁ μὴ ἀγαπῶν με τοὺς λόγους μου οὐ τηρεῖ· καὶ ὁ λόγος ὃν ἀκούετε οὐκ ἔστιν ἐμὸς, ἀλλὰ τοῦ πέμψαντός με πατρός.
Celui qui ne m'aime pas ne garde point mes paroles. Et la parole que vous entendez n'est pas de moi, mais du Père qui m'a envoyé.

Verset 25.
Ταῦτα λελάληκα παρ᾿ ὑμῖν μένων·
Je vous ai dit ces choses pendant que je demeure avec vous.

Verset 26.
ὁ δὲ παράκλητος, τὸ Πνεῦμα τὸ ῞Αγιον ὃ πέμψει ὁ πατὴρ ἐν τῷ ὀνόματί μου, ἐκεῖνος ὑμᾶς διδάξει πάντα καὶ ὑπομνήσει ὑμᾶς πάντα ἃ εἶπον ὑμῖν. 
Mais le consolateur, l'Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit.
ὁ  παράκλητος - le consolateur: Voir v.16 et note.
ἐν τῷ ὀνόματί μου - en mon nom: L'Esprit est envoyé par le Père et le Fils (voir 15,26).
• ὑπομνήσει ὑμᾶς - vous rappellera: L'Esprit permettra aux apôtres de comprendre la portée des paroles et des actes de Jésus (voir 2,17;22; 12,16; 15,26; 16,12-15). C'est ainsi qu'ils pourront en particulier rédiger les documents du Nouveau Testament. L'enseignement de Jésus a toujours été présenté comme étant celui du Père; par la suite, l'enseignement de l'Esprit sera celui du Fils.

Verset 27.
Εἰρήνην ἀφίημι ὑμῖν, εἰρήνην τὴν ἐμὴν δίδωμι ὑμῖν· οὐ καθὼς ὁ κόσμος δίδωσιν, ἐγὼ δίδωμι ὑμῖν. μὴ ταρασσέσθω ὑμῶν ἡ καρδία, μηδὲ δειλιάτω.
Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous donne pas comme le monde donne. Que votre coeur ne se trouble point, et ne s'alarme point.
• Εἰρήνην ἀφίημι ὑμῖν - je vous laisse la paix: En particulier en vue des moments d'épreuve; la "paix" vient de la présence du Christ par l'Esprit.

Verset 28.
ἡκούσατε ὅτι ἐγὼ εἶπον ὑμῖν, ὑπάγω καὶ ἔρχομαι πρὸς ὑμᾶς. εἰ ἡγαπᾶτέ με, ἐχάρητε ἄν ὅτι εἶπον, πορεύομαι πρὸς τὸν πατέρα, ὅτι ὁ πατὴρ μου μείζων μού ἐστι·
Vous avez entendu que je vous ai dit: Je m'en vais, et je reviens vers vous. Si vous m'aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais au Père; car le Père est plus grand que moi.
μείζων μού - plus grand que moi: Jésus souligne la réalité de l'humiliation qui a accompagné son ministère terrestre. Son retour au Père devrait donc réjouir les apôtres, car le Fils retrouvera, auprès du Père, la gloire qui était la sienne avant l'incarnation (voir 17,5: en s'humiliant lui-même en devenant homme, le Fils ne s'est pas "vidé" de sa nature divine - 1,1-3;14; 8,58 - mais il a renoncé à sa gloire; par sa résurrection et son retour au Père, il retrouvera la gloire qui était la sienne depuis toujours). Mais même en tant qu'envoyé sur la terre, abaissé, humilié, le Fils était parfaitement uni au Père (5,19; 10,30).

Verset 28.
καὶ νῦν εἴρηκα ὑμῖν πρὶν γενέσθαι, ἵνα ὅταν γένηται πιστεύσητε.
Et maintenant je vous ai dit ces choses avant qu'elles arrivent, afin que, lorsqu'elles arriveront, vous croyiez.


Méditation:
Sainte Thérèse d'Avila - (1515-1582) - carmélite, docteur de l'Église - Relations diverses, 46 et 48

« Si quelqu'un m'aime [...] nous viendrons chez lui ;
nous irons demeurer auprès de lui »
      Je jouissais un jour, dans le recueillement, de cette compagnie que j'ai toujours en mon âme ; il me semblait que Dieu s'y trouvait, de telle sorte que je songeais à cette parole de saint Pierre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16,16), car Dieu était vraiment vivant en moi. Cette prise de conscience ne ressemblait pas aux autres ; elle élève la puissance de la foi ; on ne saurait douter que la Trinité est en notre âme par une présence spéciale, par sa puissance et par son essence. Sentir cela est extrêmement avantageux pour faire entendre une telle vérité. Comme j'étais tout étonnée de voir une si haute Majesté dans une créature aussi vile que mon âme, j'ai entendu cette parole : « Ton âme n'est pas vile, ma fille, car elle est faite à mon image » (Gn 1,27).

      Un autre jour, je considérais en moi cette présence des trois Personnes divines. La lumière était tellement vive, qu'il n'y avait nul doute que ce ne fût là le Dieu vivant, le vrai Dieu... Je songeais combien la vie est amère, puisqu'elle nous empêche de nous tenir toujours dans une si admirable compagnie, et [...] le Seigneur m'a dit : « Ma fille, après cette vie, tu ne pourras plus me servir de la même manière que maintenant. Alors, que tu manges ou que tu dormes, quoi que tu fasses, fais-le par amour pour moi, comme si tu ne vivais plus toi-même, mais moi en toi ; c'est là ce qu'a proclamé saint Paul » (Ga 2,20).
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