Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven



Textes tirés de
l'Évangile
selon saint Jean




Saint Jean symbolisé par l'aigle

Plaque de reliure émaillée - XIIème siècle - Musée de Cluny, Paris ->











<- Mosaïque - Mausolée de Galla Placidia - Ravenne






Détail de broderie (fils d'or et d'argent sur velours) pour ornement liturgique - 1681 - Couvent patriarcal de Bzommar (Liban) ->

_________________________________________________________________________

2. Chapitres 5 à 9
_________________________________________________________________________

PERICOPE DU PAIN DE VIE

• Jn 6,1-15

La multiplication des pains (sur ce thème, voir les pages Le pain dans la Bible et Les pains multipliés) a, dans les évangiles, une importance exceptionnelle: cinq récits dans les synoptiques :
-                            Mt 14,13-21 ;
-                            Mt 15,32-37 ;
-                            Mc 6,35-44 ;
-                            Mc 8,1-10 ;
-                            Lc 9,10-17.
 
Saint Jean, de son côté, la présente explicitement comme un « signe », c'est-à-dire un fait qui – en raison de sa consistance, des circonstances et du contexte dans lesquels il est accompli, des personnes en cause et surtout de son acteur principal – exprime des réalités trop élevées pour être dites sous la forme de propositions, de raisonnements successifs.
 
Le « signe » s’adresse à l’être tout entier, et pas seulement à la raison. Tous, surtout les plus simples, peuvent le comprendre – mais il requiert un regard attentif et averti, éclairé d’en-haut.


Méditation
Prière d'introduction :
Seigneur, prépare mon cœur et mon âme pour te recevoir plus dignement dans la sainte communion aujourd’hui. Fais que ce miracle touche mon cœur, au point que j’accepte avec foi tes enseignements sur ta présence réelle dans le sacrement de l’eucharistie. Quand je te reçois, je te demande seulement de rendre mon cœur plus semblable au tien.
Demande:
Seigneur Jésus, accorde-moi de te servir et de te suivre avec une générosité toujours plus grande.
Points de réflexion : 
1. Un test pour nous faire grandir dans la confiance.Il était clair que les disciples de Jésus n’avaient pas les moyens d’aider autant de personnes - ils n’avaient ni l’argent nécessaire ni un marché voisin assez grand pour alimenter la foule. Pourtant l’Ecriture indique, " Il disait cela pour le mettre à l’épreuve." Ce passage nous sert de rappel. Dieu permet parfois à de grandes difficultés - insurmontables même- de surgir afin de montrer sa puissance. Dieu désire notre confiance et il purifie nos intentions tout au long de notre cheminement dans la foi. Le Seigneur peut rendre possible l’impossible. Il guérit l’incurable, il ressuscite les morts et, surtout, il convertit le pécheur égaré. "Rien n’est impossible à Dieu" (Luc 1, 38). Est-ce que je me décourage facilement quand je ne vois pas une solution humaine à une situation ? Heureux celui qui croit en l’accomplissement de ce que le Seigneur a dit ! (cf. Luc 1,45).
2. Le Seigneur désire que nous participions à son miracle. Dieu a la puissance de créer à partir de rien, mais il demande la collaboration humaine, même si elle est minime. C’est bien le cas dans ce récit. Les apôtres sont tout à fait démunis et ne peuvent rien apporter d’autre au Seigneur que cinq pains et deux poissons, pris à un garçon dans la foule. Jésus demande notre contribution parce qu’il veut nous enseigner à être généreux, même lorsque nous pensons que nous n’avons rien à donner. C’est quand nous donnons de notre essentiel que nous plaisons le plus au Seigneur (cf. Luc 21,1-4). La pauvreté n’est jamais une excuse pour un manque de générosité au service du Seigneur. Ce miracle nous prouve que Dieu ne peut jamais être surpassé en générosité.
3. Ne passons pas à côté. Dans cette scène Jésus prépare ses apôtres et ses disciples à son enseignement sur la présence réelle dans l’Eucharistie. Il purifie leurs coeurs et les encourage à se détacher des choses de ce monde afin qu’ils puissent accepter l’enseignement difficile du don de lui-même dans l’eucharistie. Néanmoins, quand il a vu que la foule était sur le point de passer à côté de la signification de son miracle, Jésus " se retira, tout seul, dans la montagne ". Parfois le Seigneur retire le confort et la consolation de sa présence en notre vie parce que nous interprétons incorrectement leur signification et leur but. Est-ce que je discerne correctement les conseils de l’Esprit dans mon coeur quand je prie ? Est-ce que je trouve mon bonheur seulement dans les choses qui me donne du confort, ou est-ce que je m’approche vraiment du Christ parce que je reconnais qui il est et je désire lui donner en retour le même amour authentique qu’il me donne et qu’il désire recevoir de moi ?
Dialogue avec le Christ:
Je te remercie Seigneur pour cette méditation et les leçons que j’en ai tirées. Aide-moi à garder un esprit généreux afin de ne jamais perdre ma confiance en toi. Quand une situation semble désespérée, aide-moi à espérer que tu feras des merveilles dans ma vie, pour la gloire de ton nom.
Résolution :
Chaque jour de cette semaine, je ferai une visite à l’Eucharistie ou une communion spirituelle, en offrant ce temps pour la conversion des cœurs de ceux qui ne croient pas, n’adorent pas, ou n’aiment pas Jésus dans l’Eucharistie.

Pour prolonger la méditation  

- Versets du Premier Testament : 
- Dt 8,2a : « Souviens-toi de tout le chemin que l'Eternel, ton Dieu, t'a fait faire pendant ces quarante années dans le désert, afin de t'humilier et de t'éprouver.»  
- Is 55,1-3 : « Ah! vous tous qui avez soif, venez vers l'eau, même si vous n'avez pas d'argent, venez, achetez et mangez; venez, achetez sans argent, sans payer, du vin et du lait. Pourquoi dépenser de l'argent pour autre chose que du pain, et ce que vous avez gagné, pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez, écoutez-moi et mangez ce qui est bon; vous vous délecterez de mets succulents.
Prêtez l'oreille et venez vers moi, écoutez et vous vivrez. Je conclurai avec vous une alliance éternelle, réalisant les faveurs promises à David. » 
- Am 8,11 : « Voici, les jours viennent, dit le Seigneur, l'Eternel, où j'enverrai la famine dans le pays; non pas la disette du pain et la soif de l'eau, mais la faim et la soif d'entendre les paroles de l'Eternel. » 

- Versets du Nouveau Testament :
- Jn 2,1-2;11 : « Il y eut des noces à Cana en Galilée. La mère de Jésus était là,et Jésus fut aussi invité aux noces avec ses disciples. Ce fut, à Cana en Galilée, le premier des miracles que fit Jésus. »
- Jn 11, 51-52 : « Caïphe étant souverain sacrificateur cette année-là, il prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation. Et ce n'était pas pour la nation seulement; c'était aussi afin de réunir en un seul corps les enfants de Dieu dispersés. »
 
-  Commentaires  patristiques : 
- Saint Augustin : Homélie XXIV sur l'Évangile de saint Jean
Jésus est venu, réunissant en lui seul les deux personnages du prêtre et du roi. Du prêtre, en s’offrant lui-même à Dieu pour nous comme victime. Du roi, parce que c’est lui qui nous gouverne ; Et c’est ainsi qu’est découvert ce que l’on portait fermé. Grâces lui en soient rendues ! I la accompli en sa personne les promesses de l’Ancien Testament. Il ordonne de rompre les pains et c’est par la fraction qu’ils se multiplient : rien de plus vrai. En effet, combien nombreux sont les volumes qu’ont produits les cinq livres de Moïse, lorsqu’on les a expliqués, et pour ainsi dire rompus !
   
- Saint Hilaire : Commentaire sur l'Évangile de Matthieu
      Les disciples disent qu'ils ont seulement cinq pains et deux poissons. Les cinq pains signifiaient qu'ils étaient encore soumis aux cinq livres de la Loi, et les deux poissons qu'ils étaient nourris par les enseignements des prophètes et de Jean le Baptiste... Voilà ce que les apôtres avaient à offrir en premier lieu, puisqu'ils en étaient encore là ; et c'est de là qu'est partie la prédication de l'Évangile...
      Le Seigneur avait pris les pains et les poissons. Il a levé les yeux vers le ciel, a dit la bénédiction et les a rompus. Il rendait grâce au Père d'être changé en nourriture de la Bonne Nouvelle, après les siècles de la Loi et des prophètes... Les pains sont donnés aussi aux apôtres : c'est par eux que les dons de la grâce divine devaient être redonnés. Ensuite les gens sont nourris des cinq pains et des deux poissons et une fois les convives rassasiés, les fragments de pain et de poisson étaient en telle abondance que douze corbeilles ont été remplies. Cela veut dire que la multitude est comblée par la parole de Dieu qui vient de l'enseignement de la Loi et des prophètes. C'est l'abondance de la puissance divine, mise en réserve pour les peuples païens, qui déborde à la suite du service de la nourriture éternelle. Elle réalise une plénitude, celle du chiffre douze, comme le nombre des apôtres. Or il se trouve que le nombre de ceux qui ont mangé est le même que celui des croyants à venir : cinq mille hommes (Mt 14,21;Ac 4,4).

-  Commentaire ancien :
- Fauste de Riez: Homélie sur le Corps du Christ
Quand on prend de ce vrai pain, chacun n’en a pas moins que tous ensemble. Un seul l’a tout entier, deux, plusieurs le reçoivent en entier sans discrimination ; car la bénédiction de ce sacrement peut être distribuée, mais ne peut s’épuiser dans la distribution.

- D'un auteur moderne :  
- P. Emmanuel: Évangéliaire (1969)

L’ayant suivi sans manger
La multitude avait faim
Il eut pitié d’elle
J’en étais et toi aussi
Quand il nous a partagé
Les deux poissons les cinq pains
Il a rendu grâces  

Pas un ne fut oublié
Chacun de sa main reçut
Tout ce qu’il voulut
Étant rassasiés
Pour que rien ne se perdît
En emplit douze paniers
Du pain qui restait  

Ce qui reste est le Tout
Chaque jour se rompt pour nous
Indivis sans cesse
Autrefois comme aujourd’hui
Nous oublions sitôt pleins
Et cessant de croire en lui
Nous voulons des signes.
_________________________________________________________________________

• Jn 6,24-35

L'objet ultime de notre recherche doit être non le pain matériel, symbole des biens nécessaires à la vie terrestre, mais Jésus, « pain descendu du ciel », pour la vie qui ne finit pas. Comme la multiplication des cinq galettes d'orge, l'Eucharistie met la foi à l'épreuve, et en même temps la conforte.



Méditation

Points de réflexion :
  1. Cherchez-vous quelque chose ?
Après le miracle de la multiplication des pains, beaucoup cherchaient à voir Jésus. Ils ont sauté dans des barques et ils ont traversé la mer de Galilée. Ils étaient impatients et plein d’espoir. Si Jésus pouvait nourrir une foule, il devait être capable de plus grandes choses encore ! Ces personnes ont vu en Jésus une lueur d’espoir dans leurs vies mornes. Dans un sens, l’être humain est toujours un être insatisfait. Nous sommes continuellement à la recherche de l’ingrédient magique, de la recette du bonheur. Nous courons après l’insaisissable. Et moi, où est-ce que j’ai cherché ? Est-ce que je me suis approché de Jésus ?
  2. Des motivations erronées.
La foule trouve Jésus à Capharnaüm et il s’ensuit une vive discussion. Les gens étaient en recherche et ils pensaient que Jésus pouvait subvenir à leurs besoins. Mais leurs préoccupations étaient superficielles. Jésus les invite à aller plus loin. « Vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain et que vous avez été rassasiés. » Que sont les signes ? Ce sont des indicateurs de quelque chose qui se trouve plus loin. La multiplication des pains n’avait pas pour but d’éviter à la foule de faire des courses ! Ce miracle indiquait la nourriture spirituelle proposée par Jésus. L’enjeu ici est de savoir si les gens étaient prêts à aller un pas plus loin ou s’ils s’accrochaient à leur vision horizontale et limitée. Est-ce que, en cherchant à m’approcher de Jésus, je cherche des bienfaits purement matériels ?
  3. L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé.
Le Seigneur poursuit un but précis. Il veut emmener ces hommes à dépasser leur requête de bien matériel, de bien-être minimaliste. « Ne travaillez pas pour la nourriture qui se perd. » Il veut les emmener à découvrir le don précieux de la foi. Au début, ils semblent interpeller par la possibilité d’un sens plus profond de la parole de Jésus. « Que faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » Pour Jésus, croire en Lui est l’œuvre de Dieu. C’est à dire que notre démarche humaine n’est autre chose que l’œuvre de Dieu en nous. C’est Dieu qui donne la foi. Mais, comme nous le verrons plus loin, Dieu ne peut pas agir sans notre collaboration.
Prière :
Seigneur Jésus, je suis un chercheur perpétuel. Tous mes efforts humains pour trouver le bonheur m’ont laissé vide. J’ai faim de quelque chose de permanent qui ne vieillira pas et qui ne disparaîtra jamais. Je sais que je ne puis trouver cette pleine satisfaction qu’en Toi. Augmente ma foi !
Résolution :
Mettre de côté une activité superficielle afin de dégager du temps pour nourrir ma vie de foi.

Pour prolonger la méditation  

- Versets du Premier Testament : 
- Ex 3,14 : « Alors Dieu dit à Moïse: JE SUIS CELUI QUI SUIS. Puis il dit: Tu diras ainsi aux enfants d'Israël: Celui qui s'appelle JE SUIS, m'a envoyé vers vous. »  
- Ps 77,24 : « Il fit pleuvoir sur eux la manne pour nourriture, et leur donna le froment des cieux. » 
- Sg 16,20: « C'est une nourriture d'anges que tu as donnée à ton peuple, et c'est un pain tout préparé que, du ciel, tu leur as fourni inlassablement, un pain capable de procurer toutes les délices et de satisfaire tous les goûts. » 
- 9,15 : « Tu leur donnas aussi, des cieux, du pain pour leur faim.»
- Jos 5,11-12: « Le lendemain de la Pâque, ils mangèrent du produit du pays : pains sans levain et épis grillés, en ce même jour.
Il n'y eut plus de manne le lendemain, où ils mangeaient du produit du pays [...] de Canaan. »

- Versets du Nouveau Testament :
- Jn 8,12 : « Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie. »
- Jn 8,24 : « Je vous ai donc dit que vous mourrez dans vos péchés. Car si vous ne croyez pas que Je Suis, vous mourrez dans vos péchés. »
- Jn 10,7 : « En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis. »
- Jn 11,25 : « Je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s'il meurt, vivra. »
- Jn 14,6 : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi. »
- Jn 15,1 : « Je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron. »
- Ap 2,17 : « Au vainqueur, je donnerai de la manne cachée. »

-  Commentaire  patristique : 
Théophylacte: Commentaire sur l'évangile de Jean.
    Il n'a pas dit: « Moi, je suis le pain qui vous alimente », mais « le pain de la vie ». En effet, après que la mort eut mené tous les êtres à leur perte, le Christ, qui est le pain, nous a vivifiés par lui-même. Nous croyons en effet que le levain de la pâte humaine a été cuit au feu de sa divinité. Il est le pain, non de cette vie ordinaire, mais de la vie transformée à laquelle la mort ne met pas fin.  

-  D'un théologien ancien:
- Guigues le Chartreux (?-1188), prieur de la Grande Chartreuse:   Méditation 10
      Le pain de l'âme, c'est le Christ, « le pain vivant qui est descendu du
ciel » (Jn 6,51) et qui nourrit les siens, maintenant par la foi, dans le monde futur par la vision. Car le Christ habite en toi par la foi, et la foi dans le Christ, c'est le Christ dans ton coeur (Ep 3,17). Dans la mesure où tu crois dans le Christ, dans cette mesure tu le possèdes.
      Et le Christ est en vérité un seul pain, « car il y a un seul Seigneur, une seule foi » (Ep 4,5) pour tous les croyants, bien que les uns reçoivent plus, les autres moins du don de la même foi... Comme la vérité est une, une seule foi dans la vérité unique conduit et nourrit tous les croyants, et « un seul et même Esprit distribue à chacun ses dons, selon sa volonté » (1Co, 12,11).
      Nous vivons donc tous du même pain et chacun d'entre nous reçoit sa portion ; et cependant le Christ est tout entier pour tous, sauf pour ceux qui déchirent l'unité... Dans ce don que j'ai reçu, je possède tout le Christ et le Christ me possède tout entier, comme le membre qui appartient à tout le corps possède en retour le corps tout entier. Cette portion de foi que tu as reçue en partage est donc comme le petit morceau de pain qui est dans ta bouche. Mais si tu ne médites pas fréquemment et pieusement ce que tu crois, si tu ne le mâches pas, pour ainsi dire, en le triturant et le retournant avec les dents, c'est-à-dire avec les sens de ton esprit, il ne franchira pas la gorge, c'est-à-dire qu'il ne parviendra pas jusqu'à ton intelligence. En effet, comment pourrais-tu comprendre ce que tu médites rarement et avec négligence, surtout s'il s'agit d'une chose ténue et invisible ?... Que par la méditation, donc, « la Loi du Seigneur soit toujours dans ta bouche » (Ex 13,9) pour que naisse en toi la bonne intelligence. Par la bonne compréhension, la nourriture spirituelle passe dans ton cœur, pour que tu ne négliges pas ce que tu as compris mais le recueille avec amour.

-  D'un théologien moderne :
- R. Guardini: Le Seigneur (1946)
     « Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu? » Question tout à fait conforme à l'Ancien Testament: que devons-nous donner, pour qu'en retour Dieu nous donne le royaume messianique? Jésus leur répond: « L'œuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé ». L'œuvre de Dieu dont il s'agit ici, c'est donc la foi au Messie. Ils n'ont pas à réaliser ceci ou cela, à réussir telle ou telle œuvre ou à accomplir la Loi, mais à risquer cette nouvelle attitude vis-à-vis de Dieu qui s'appelle « foi »... Le Père lui-même donne, du haut du ciel, la nourriture réservée au Nouveau Testament. Et ce pain, à la fois symbole, aliment, et garantie d'une vie nouvelle, c'est le Christ lui-même: il vient de Dieu et il donne la vie au monde.

- D'un auteur moderne :  
- J.M. Franck : Le Christ est du matin. Poèmes (1981)

Nourriture cachée
Faite de froment
De fleur

Tous deux invisibles et criblés

Pain de l'aube
A la saveur dérobée

Nourriture d'un seul jour

Reconstituée le matin
Pour les réserves de l'âme

Nourriture qui sait
Affaiblir l'état inquiet

________________________________________________________________________

• Jn 6,41-51

Jésus n'entre pas en discussion avec ceux que ses paroles scandalisent.
Il leur rappelle les promesses énoncées par les prophètes, et ce que l'Ecriture dit de la manne, ce pain venu du ciel.

Il veut ainsi, non les convaincre par des arguments irréfutables et donc contraignants, mais les amener à s'interroger loyalement, sans préjugés, sur le sens du « signe » des pains multipliés, et sur sa véritable origine.
Car c'est le Père qui donne d'admettre sans réticence ce qu'il dit.

Jésus fait appel à leur foi quand il proclame:
« Moi, je suis le pain descendu du ciel,
le pain de la vie,
le pain vivant pour la vie éternelle ».


Méditation

Points de réflexion : 
  1. « Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire vers moi. »
Comme il est facile de considérer la foi comme quelque chose de normal ! Beaucoup d’entre nous sommes des « catholiques de naissance », nés dans une tradition religieuse. Cela peut nous emmener à voir notre foi comme un héritage familial plutôt qu’un don de Dieu. Pourtant, Jésus affirme clairement que personne ne peut venir à Lui, si le Père ne l’attire pas vers Lui. Faire un acte véritable de foi surnaturelle est la preuve que Dieu agit en nous. Quand nous disons, comme Thomas, « mon Seigneur et mon Dieu », la grâce est à l’oeuvre dans notre âme. Remercions continuellement Dieu pour le don de la foi.
  2. « Personne n’a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu. »
Par la foi, ce don merveilleux qui vient de Dieu, Jésus nous conduit au cœur du plus grand mystère : la vie divine de Dieu en trois personnes. Au dernier repas, Jésus dit à Philippe : « Celui qui m’a vu a vu le Père » Le visage de Jésus révèle le mystère invisible du Père. Dieu est amour (1 Jean 4, 16). Nous sommes invités à partager ce mystère de l’amour éternel et mutuel du Père et du Fils dans l’Esprit Saint.
  3. Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts ; mais ce pain-là, qui descend du ciel, celui qui en mange ne mourra pas.
La foi a sans cesse besoin d’être nourrie. Les israélites au désert mangeaient de la manne. Elle leur a procuré une satiété physique, mais nos vies spirituelles ont besoin d’un pain infiniment plus grand. Jésus nous le donne dans l’Eucharistie. Allons à Lui fréquemment et laissons- Le nourrir nos âmes fatiguées et affamées.
Dialogue avec le Christ:
Seigneur, je Te remercie pour le grand don de la foi et je Te remercie de le nourrir avec l’Eucharistie.
Prière :
Accorde-moi de ne jamais devenir indifférent à Ton amour.
Résolution:
Essayer d’avoir une plus grande conscience de la présence de Dieu.


Pour prolonger la méditation  

- Versets du Premier Testament : 
- Ex 16,32 : « Moïse dit : Voici ce qu'a ordonné YHWH : Remplissez-en un gomor et préservez-le pour vos descendants, afin qu'ils voient le pain dont je vous ai nourris dans le désert, quand je vous ai fait sortir du pays d'Égypte.»  - Is 54,13 : « Tous tes enfants seront disciples de YHWH, et grand sera le bonheur de tes enfants.» 
- Am 8,11 : « Voici, les jours viennent, dit le Seigneur, l'Eternel, où j'enverrai la famine dans le pays; non pas la disette du pain et la soif de l'eau, mais la faim et la soif d'entendre les paroles de l'Eternel. » 

- Versets du Nouveau Testament :
- Lc 24,30-31;35 : « Et il advint, comme il était à table avec eux, qu'il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna. Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent... mais il avait disparu de devant eux. Et eux de raconter ce qui s'était passé en chemin, et comment ils l'avaient reconnu à la fraction du pain. »
- Ac 2,42;46 : « Ils se montraient assidus à l'enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. Jour après jour, d'un seul cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple et rompaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur. »
- 1Co 10, 16-17 : « La coupe de bénédiction que nous bénissons, n'est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n'est-il pas communion au corps du Christ ? Parce qu'il n'y a qu'un pain, à plusieurs nous ne sommes qu'un corps, car tous nous participons à ce pain unique.»

-  Commentaires  patristiques : 
- Saint Augustin (voir page sur saint Augustin), Traité sur saint Jean:
Donnez-moi quelqu'un qui aime, et il comprend ce que je dis. Donnez-moi quelqu'un qui désire, quelqu'un qui a faim, donnez-moi quelqu'un qui, faisant son pèlerinage dans ce désert, est altéré et soupire après la source de l'éternelle patrie, donnez-moi un tel homme, et il sait ce que je dis. Mais si je parle à un cœur froid, il ignore ce dont je parle. Tels étaient ceux qui murmuraient entre eux. « Celui que mon Père attire, dit Jésus, vient à moi».
-Saint Cyrille d'Alexandrie (380-444), évêque et docteur de l'Église:
« Le pain que je donnerai,
c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie »
      Comment l'homme, qui demeurait rivé à la terre et restait soumis à la mort, pouvait-il avoir accès de nouveau à l'immortalité ? Il fallait que sa chair soit rendue participante de la puissance vivifiante qui est en Dieu. Or, la puissance vivifiante de Dieu le Père, c'est sa Parole, c'est le Fils Unique ; c'est donc lui qu'il nous a envoyé comme Sauveur et Rédempteur...
      Si tu jettes un petit morceau de pain dans l'huile, de l'eau ou du vin, il va tout de suite s'imprégner de leurs propriétés. Si tu mets du fer au contact du feu, il sera bientôt rempli de son énergie, et, bien qu'il ne soit par nature que du fer, il deviendra semblable au feu. Ainsi donc, le Verbe vivifiant de Dieu, en s'unissant à la chair qu'il s'est appropriée, l'a rendue vivifiante.
      Il a dit en effet : « Celui qui croit en moi a la vie éternelle. Je suis le pain de la vie ». Et encore : « Je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel ; si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c'est ma chair. En vérité, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous ». Ainsi donc, en mangeant la chair du Christ, notre Sauveur à tous, et en buvant son sang, nous avons la vie en nous, nous devenons comme un avec lui, nous demeurons en lui et lui demeure en nous.
      Il fallait donc qu'il vienne en nous de la manière qui convient à Dieu, par l'Esprit Saint, et qu'il se mêle en quelque sorte à nos corps par sa sainte chair et par son sang précieux que nous recevons en bénédiction vivifiante comme dans du pain et du vin. En effet..., Dieu a usé de condescendance envers notre faiblesse et a mis toute la puissance de sa vie dans les éléments du pain et du vin qui sont ainsi dotés de l'énergie de sa propre vie. N'hésite donc pas à le croire, puisque le Seigneur lui-même a dit clairement : « Ceci est mon corps » et « Ceci est mon sang ».

- D'un théologien moderne :
- Karl Rahner : Sur l'Eucharistie (1966)
L'eucharistie nous donne Celui qui, envahi par les ténèbres absolues de la mort, a dit: « Père, je remets mon esprit entre tes mains» (Lc 23,46); et il est là avec sa mort. Nous nous désolons de ne pas pouvoir aimer. Mais l'eucharistie nous donne Celui qui, la nuit où il fut livré (livré pour nous tous) a aimé les siens jusqu'à la fin. Nous voudrions être fidèles à la terre, ne pas voir s'écrouler l'œuvre de nos mains? Mais l'eucharistie nous montre dans la chair glorifiée du Ressuscité le monde déjà transfiguré, et elle inaugure l'économie définitive des choses de cette terre, l'économie de la gloire. Allons, mon âme, prends et mange le gage du salut et de la gloire de toute chair!
_________________________________________________________________________
 Jn 6,51-58

Les chrétiens pressentent, dès le début, que le «Discours sur le pain de vie» concerne l'Eucharistie.
Cela devient une évidence avec ce passage: il s'agit de vraiment manger le corps et de vraiment boire le sang du Christ, le « Fils de l'homme » - une expression qui, dans le IVème évangile, renvoie toujours aux mystères, indissociables, de l'Incarnation et de Pâques: on mange la chair du Christ ressuscité et on boit son sang dans le sacrement du Pain et du Vin eucharistiques.

Méditation

Réflexion:
Au commencement de cette méditation, demandons à Jésus d’approfondir notre foi.

  1. « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme... vous n’aurez pas la vie en vous. »
 Ceux qui écoutent Jésus ici réagissent de manière négative : « Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » Jésus n’essaye pas de calmer les esprits. Au lieu de les rassurer en disant « Allez, je ne parle pas de cannibalisme...j’institue un sacrement », il leur montre la nécessité de faire confiance quand il est difficile de comprendre. « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme...vous n’aurez pas la vie en vous. » Si nous voulons avoir la vie divine, nous devons communier. C’est le message de Jésus. Il souligne l’importance de la foi et de la confiance.
  2. « Celui qui mange ma chair... demeure en moi, et moi je demeure en lui. »
Demeurer dans le Christ : quelle joie incomparable ! L’Eucharistie nous offre une relation intime, personnelle avec le Christ. Le monde n’offre rien de comparable. Quand nous sommes en présence de Jésus, nous devons enlever notre masque et lui donner tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes. Nous ne devons pas avoir peur devant un si grand ami. La foi et la confiance, essentielles à toute relation, le sont tout autant avec Jésus-Hostie.
  3. « Celui qui me mangera vivra par moi. »
On ne dira jamais assez combien l’Eucharistie est fondamentale à notre vie spirituelle. L’alimentation est vitale à l’organisme humain. Sans nourriture, nous avons faim et nous nous sentons épuisés. Si nous omettons de communier, bientôt notre vie spirituelle s’en ressentira. Notre énergie spirituelle diminue, nous retombons dans l’erreur, nous nous sentons perdus, confus. En revanche, l’âme qui se nourrit de l’Eucharistie se remplit de la vie et de la puissance du Christ. Elle est capable d’ affronter les joies et les croix de la vie quotidienne.

Prière:
Seigneur, mon âme a faim de Toi. Nourris-moi de l’Eucharistie ! Augmente ma foi, pour que Ta présence grandisse en moi.

Résolution:
Faire un effort particulier dans ma participation à la messe dominicale.


Pour prolonger la méditation  

- Versets du Nouveau Testament :
- Lc 7,35 : «La sagesse de Dieu se révèle juste auprès de tous ses enfants.»
- Jn 1,14 : « Et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu'il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. »
- Jn 13,1 : « Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers le Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à la fin. »
- Jn 14,19-20 : « Encore un peu de temps et le monde ne me verra plus. Mais vous, vous verrez que je vis et vous aussi, vous vivrez.
Ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père et vous en moi et moi en vous. »
- Jn 15,4 : « Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s'il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. »
- 1P 3, 21-22 : « Le baptême (lequel n'est pas la purification des souillures du corps, mais l'engagement d'une bonne conscience devant Dieu) nous sauve maintenant par la résurrection de Jésus-Christ; qui, étant allé au ciel, est à la droite de Dieu, et à qui les anges, les principautés et les puissances sont assujettis. »
- 1Jn 2,2;25 : « C'est Jésus Christ qui est la victime propitiatoire pour nos péchés; et non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier.
Et la promesse qu'il nous a faite, c'est la vie éternelle. »

-  Commentaire  patristique : 
- Saint Hilaire de Poitiers (voir page sur saint Hilaire), Sur la Trinité:
La réalité de la chair et du sang du Christ ne laisse aucune place à l'ambiguïté, que ce soit selon l'enseignement du Seigneur en personne, ou que ce soit selon notre foi. Il s'agit d'une chair véritable et d'un sang véritable. Lorsque nous les recevons et les absorbons, ces substances nous mettent dans le Christ, et mettent le Christ en nous. N'est-ce point là vérité? Peut-être n'est-ce point vérité pour ceux qui ne reconnaissent pas dans le Christ le véritable Dieu. Mais il est en nous, par sa chair, et nous sommes en lui; et avec lui, ce que nous sommes est en Dieu.

- D'un théologien ancien:
- Saint Gaudence de Brescia (?-après 406), évêque, Homélie pascale:
« Celui qui mange ma chair et boit mon sang
demeure en moi, et moi je demeure en lui »
      Le sacrifice céleste institué par le Christ est vraiment l'héritage légué par son testament nouveau ; il nous l'a laissé la nuit où il allait être livré pour être crucifié, comme un gage de sa présence. Il est le viatique de notre voyage, notre nourriture sur le chemin de la vie, jusqu'à ce que nous soyons parvenus à celle-ci, en quittant ce monde. C'est pourquoi le Seigneur disait : « Si vous ne mangez pas ma chair et ne buvez pas mon sang, vous n'aurez pas la vie en vous ».
      Il a voulu que ses bienfaits demeurent parmi nous ; il a voulu que les âmes rachetées par son sang précieux soient toujours sanctifiées à l'image de sa propre Passion. C'est pourquoi il donne l'ordre à ses disciples fidèles, qu'il établit les premiers prêtres de son Église, de célébrer sans fin ces mystères de vie éternelle... C'est ainsi que tout le peuple des fidèles devraient avoir chaque jour devant les yeux la représentation de la Passion du Christ ; en la tenant dans nos mains, en la recevant dans notre bouche et notre coeur, nous garderons un souvenir ineffaçable de notre rédemption.
      Il faut que le pain soit fait avec la farine de nombreux grains de froment, mêlée à de l'eau, et reçoive du feu son achèvement. On y trouve donc une image ressemblante du corps du Christ, car nous savons qu'il forme un seul corps avec la multitude des hommes, qui a reçu son achèvement du feu de l'Esprit Saint... De même, le vin de son sang est tiré de plusieurs grappes, c'est-à-dire de raisins de la vigne plantée par lui, écrasés, sous le pressoir de la croix ; versé dans le coeur des fidèles, il y bouillonne par sa propre puissance.
      C'est là le sacrifice de la Pâque, qui apporte le salut à tous ceux qui sont libérés de l'esclavage de l'Égypte et de Pharaon, c'est-à-dire du démon. Recevez-le en union avec nous, dans toute l'avidité d'un coeur religieux.
_________________________________________________________________________

• Jn 6,60-69

"Beaucoup de disciples" ont trouvé intolérables les déclarations de Jésus.

Ils le quittent, comme d'autres l'abandonneront au moment de la Passion, tandis que l'un d'eux le trahira.
Ils partent parce qu'ils ne s'en remettent pas entièrement à lui et à sa parole, parce qu'ils ne croient pas qu'il est le Verbe de Dieu fait chair, donné en nourriture pour la vie du monde.

L'Eucharistie est "le mystère de la foi", le "sacrement" de l'espérance qui ne déçoit pas.

Méditation

Réflexion:
  1. « Ce qu’il dit là est intolérable, on ne peut pas continuer à l’écouter ! »Jésus arrive à la fin de son enseignement sur l’Eucharistie. Qu’en disent les gens ?L’Evangile ne dissimule pas les faits : de nombreux disciples de Jésus ne pouvaient pas accepter son enseignement et ils ont quitté la synagogue. « Ce qu’il dit là est intolérable, on ne peut pas continuer à l’écouter ! » Leur foi initiale en Jésus Christ se heurte au barrage du rationalisme. Ils ne peuvent pas comprendre. Il serait légitime de se demander pourquoi, puisque ces mêmes disciples viennent d’assister à la multiplication des pains. L’orgueil humain rend aveugle même face aux grandes preuves que Dieu nous donne. Supplions le Seigneur de nous faire le don d’une foi simple !
  2. « Voulez-vous partir, vous aussi ? »
Le Seigneur recherche ceux qui veulent L’aimer et Le suivre librement. Il ne supplie pas son apôtre de rester. Il leur lance même le défi de prendre eux-mêmes la décision : ou partir en suivant la foule ou rester avec lui sans conditions. Vivre l’Evangile de manière authentique ne tolère pas de demi-mesures. « Nul ne peut servir deux maîtres. » Dans la société actuelle, celui qui veut suivre le Christ va certainement à contre courant. Cela implique une volonté de nager en permanence en remontant le courant. C’est une prospective qui peut effrayer, mais nous ne sommes pas seuls. La grâce de Dieu nous donne la force pour persévérer.
  3. « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? »
Simon a été nommé Pierre par Jésus. Quelles pensées lui traversent l’esprit en voyant tant de personnes partir et parmi eux des amis et des relations ? Est-ce qu’il ressent un vacillement intérieur ? On ne le sait pas. Malgré des émotions contradictoires qu’il a peut-être ressenties, sa réponse immédiate de fidélité totale au Christ nous inspire. On peut douter que Pierre ait compris le discours de Jésus plus que les autres. Mais une chose est claire pour lui : la parole de Jésus est « vie éternelle » et même s’il ne les comprend pas complètement, il les accepte avec foi. En effet, vers qui pourrions-nous aller si nous voulons entendre les paroles de la vie éternelle ? Jésus seul peut remplir nos vies. Le prix de cette amitié est une confiance totale : croire en Lui, même quand nous ne comprenons pas.

Prière:
Seigneur Jésus, je crois en Toi. Accorde-moi la grâce d’un cœur confiant quand je ne comprends pas Tes enseignements ou certains des évènements permis par Ta divine providence. Je m’en remets totalement à ton attention affectueuse.

Résolution:
Nourrir ma foi avec confiance, en acceptant tout ce que Jésus veut m’enseigner par le magistère de l’Eglise et par les événements de ma vie.

Pour prolonger la méditation

- Versets du Premier Testament : 
- Sg 9,13 : « Quel homme en effet peut connaître le dessein de Dieu, et qui peut concevoir ce que veut le Seigneur?»
- Is 7,9b : « Si vous ne croyez pas, vous ne vous maintiendrez pas. »
- Is 28,16 : « C'est pourquoi, ainsi parle le Seigneur YHWH : Voici que je vais poser en Sion une pierre, une pierre de granit, pierre angulaire, précieuse, pierre de fondation bien assise : celui qui s'y fie ne sera pas ébranlé.»
- Is 30,15 : « Car ainsi parle le Seigneur YHWH, le Saint d'Israël : Dans la conversion et le calme était votre salut, dans la sérénité et la confiance était votre force, mais vous n'avez pas voulu!»

- Versets du Nouveau Testament :
- Mt 16,17: « Tu es heureux, Simon fils de Yonas, car cette révélation t'est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux. »
- Jn 7,39: « Il n'y avait pas encore d'Esprit, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié. »
- Jn 16,13 : « Mais quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous introduira dans la vérité tout entière ; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu'il entendra, il le dira et il vous dévoilera les choses à venir. »
- Jn 17,3 : « La vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. »

-  Commentaire  patristique : 
- Saint Cyrille de Jérusalem, Catéchèse mystagogique IV:
Tu as reçu l'enseignement et tu as pleine certitude: ce qui paraît du pain n'est pas du pain, bien qu'il soit tel par le goût - mais le corps du Christ; ce qui paraît du vin n'est pas du vin, bien que le goût le veuille ainsi - mais le sang du Christ...
Fortifie donc ton cœur, prenant ce pain comme pain spirituel, et réjouis le visage de ton âme. Et puisses-tu, ce visage découvert en une conscience pure, réfléchir comme un miroir la gloire du Seigneur, et marcher de gloire en gloire dans le Christ Jésus notre Seigneur.

- De théologiens modernes :
- J.H. Newman, Parochial and Plain Sermons VI,II (1868)
Par-dessus tout, demandons au Christ de nous attirer à lui et de nous donner la foi. Quand nous ressentons que ces mystères sont trop exigeants pour nous, qu'ils nous sont une occasion de doute, attendons instamment de lui le don de l'amour et de l'humilité. Ceux qui aiment et qui sont humbles saisiront ces mystères, contrairement aux esprits charnels qui ne cherchent pas, et aux orgueilleux qui en sont offensés. Tandis que l'amour les désire, l'humilité les supporte. Prions dès lors de nous donner une intuition tellement réelle et vivante de la doctrine bénie de l'incarnation du Fils de Dieu, de sa naissance virginale, de sa mort rédemptrice, de sa résurrection, que nous désirions reconnaître dans la sainte communion le signe efficace de cette économie de la grâce.
- P.A. Liégé, Le temps du défi - Les chrétiens à l'épreuve (1978):
L'honnêteté de la foi n'exige pas des croyants qu'ils suspendent - même par méthode - leurs convictions, et qu'ils se rallient d'emblée au soupçon - fût-ce pour le temps de l'examen minutieux des mises en question.
Certes, il faut s'attendre à ce que les défis entraînent des déplacements théoriques et pratiques chez les croyants. Mais leur premier effet est plutôt de reconduire ces derniers au centre et à l'origine de leur décision croyante que de les refouler à la périphérie du champ de la foi. Etre reconduit au centre et à l'origine de la décision croyante, ce n'est pas pas se réfugier dans un lieu de sécurité pour éviter leurs affrontements; c'est retrouver le lieu des jaillissements premiers, pour se donner la chance des vérifications fondamentales et tirer un bénéfice croyant des soupçons. On évite ainsi de livrer l'existence chrétienne aussi bien aux réinterprétations aventureuses et souvent réductrices, qu'au blocage des systèmes défensifs.
_________________________________________________________________________

• Jn 7,37-39

Une des paroles de Jésus dont le sens a été perçu après coup :

Unique source de vie, il donne à ceux qui croient en lui d’y puiser à satiété, ainsi qu’il l’annonçait à la Samaritaine venue chercher de l’eau au puits de Jacob (Jn 4,14).

On peut aussi penser au cœur du Christ transpercé sur la Croix, d’où s’écoulent du sang et de l’eau (voir « Jean », à la page « Le cœur dans la Bible 4 » - et les versets ci-dessous) – ce qui selon saint Jean
-        était annoncé dans le Premier Testament ;
-        annonçait l’effusion de l’Esprit.

Pour prolonger la méditation
-        Du Premier Testament :
« Le Seigneur dit à Moïse : Tu frapperas le rocher, il en sortira de l’eau, et le peuple boira » (Ex 17,6)
« Ivres de joie, vous puiserez les eaux aux sources du salut » (Is 12,3)
« Il ouvre le rocher, l’eau jaillit, un fleuve coule au désert » (Ps 104,4)
« L’homme qui me guidait me fit sortir par la porte du nord et me fit faire le tour par l’extérieur, jusqu’à la porte qui regarde vers l’orient, et là encore l’eau coulait sur le côté » (Ez 47,2)
« Il arrivera, dans ces jours-là, que des eaux vives sortiront de Jérusalem, moitié vers la mer orientale, moitié vers la mer occidentale ; il y en aura été comme hiver » (Za 14,8)  
-        Du Nouveau Testament :
« Le Temple dont il parlait, c’était son corps » (Jn 2,21)
« Si tu savais le don de Dieu, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive » (Jn 4,10)
« Un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau » (Jn 19,34)
« Tous, ils ont bu à la même source, qui était spirituelle ; car ils buvaient à un rocher qui les accompagnait, et ce rocher c’était le Christ » (1Co 10,4)
-        De  Saint Augustin, in  Sermons sur l'évangile de Jean:   
   L'Église connaît deux vies louées et recommandées par Dieu. L'une est dans la foi, l'autre dans la vision ; l'une dans le pèlerinage du temps, l'autre dans la demeure de l'éternité ; l'une dans le labeur, l'autre dans le repos ; l'une sur le chemin, l'autre dans la patrie ; l'une dans l'effort de l'action, l'autre dans la récompense de la contemplation... 
La première est symbolisée par l'apôtre Pierre, la seconde par Jean... 
Et ce n'est pas eux seuls, mais toute l'Église, l'Épouse du Christ, qui réalise cela, elle qui doit être délivrée des épreuves d'ici-bas et demeurer dans la béatitude éternelle.
      Pierre et Jean ont symbolisé chacun l'une de ces deux vies. Mais tous deux ont passé ensemble la première, dans le temps, par la foi ; et ensemble ils jouiront de la seconde, dans l'éternité, par la vision. 
C'est donc pour tous les saints unis inséparablement au corps du Christ, et afin de les piloter au milieu des tempêtes de cette vie, que Pierre, le premier des apôtres, a reçu les clefs du Royaume des cieux avec le pouvoir de retenir et d'absoudre les péchés (Mt 16,19). 
C'est aussi pour tous les saints, et afin de leur donner accès à la profondeur paisible de sa vie la plus intime, que le Christ a laissé Jean reposer sur sa poitrine (Jn 13,23.25). 
Car le pouvoir de retenir et d'absoudre les péchés n'appartient pas à Pierre seul, mais à toute l'Église ; et Jean n'est pas seul à boire à la source de la poitrine du Seigneur, le Verbe qui depuis le commencement est Dieu auprès de Dieu (Jn 7,38;1,1), [...] mais le Seigneur lui-même verse son Évangile à tous les hommes du monde entier pour que chacun le boive selon sa capacité.
_________________________________________________________________________

• Jn 8,1-11.

Jamais on n'avait vu un tel face à face entre la miséricorde divine et la misère du péché.
Jésus ne conteste pas la gravité de la faute commise. Il ne lui cherche pas de circonstances atténuantes. Mais il sait que Dieu accorde à tout pécheur un délai pour s'amender.
Voilà pourquoi il se refuse à condamner: "Va, et désormais ne pèche plus!"

Cet évangile pose en même temps la question grave et complexe de la justice humaine: a-t-on le droit de prononcer une sentence qui prive de toute possibilité d'amendement, de conversion?
 
Sur ce passage:
Sur l'Évangile selon saint Jean, voir à cette page.
Sur Jn 7,53 - 8,11:
Comme le prouvent les manuscrits (et même l'enchaînement logique du texte), l'épisode de la femme adultère est un élément étranger au déroulement du récit.
Jésus y critique les chefs religieux qui exigent des autres un comportement moral qu'ils ne pratiquent pas eux-mêmes, car ils agissent avec tromperie et utilisent cette femme pour mener à bien leurs projets malveillants.

Traduction et remarques :

Verset 1.
᾿᾿᾿Ιησοῦς δὲ ἐπορεύθη εἰς τὸ ὄρος τῶν ἐλαιῶν·
Jésus se rendit à la montagne des oliviers.

Verset 2.
ὄρθρου δὲ πάλιν παρεγένετο εἰς τὸ ἱερόν, καὶ πᾶς ὁ λαὸς ἤρχετο πρὸς αὐτόν· καὶ καθίσας ἐδίδασκεν αὐτούς.
Mais, dès le matin, il alla de nouveau dans le temple, et tout le peuple vint à lui. S'étant assis, il les enseignait.
εἰς τὸ ἱερόν -dans le temple: La scène se passe très vraisemblablement dans le parvis des femmes (voir à cette page).

Verset 3.
ἄγουσι δὲ οἱ γραμματεῖς καὶ οἱ Φαρισαῖοι γυναῖκα ἐπὶ μοιχείᾳ κατειλημμένην, καὶ στήσαντες αὐτὴν ἐν μέσῳ
Alors les scribes et les pharisiens amenèrent une femme surprise en adultère;
οἱ Φαρισαῖοι -les pharisiens: Sur les pharisiens, voir à cette page, la note en Lc 15,2.

Verset 4.
λέγουσιν αὐτῷ· διδάσκαλε, αὕτη ἡ γυνὴ κατελήφθη ἐπ᾿ αὐτοφώρῳ μοιχευομένη·
et, la plaçant au milieu du peuple, ils dirent à Jésus: Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère.

᾿















Nicolas Poussin - Le Christ et la femme adultère - 1653 - Musée du Louvre, Paris.
Ce tableau est empreint d'une grande solennité, due à une symétrie rigoureuse et à des gestes expressifs réduits à l'essentiel. Rien n'est laissé au hasard: la diagonale de la main du Christ reprend celle de l'architecture du fond du tableau. Au milieu de l'agitation "des scribes et des pharisiens" (v.3), le Christ et la femme adultère semblent isolés dans un havre de calme, au centre du tableau (voir plus bas).
Le Christ, s'étant relevé, désigne la femme et interpelle ses accusateurs: "Que celui d'entre vous qui n'a jamais péché lui jette la première pierre" (v.7).
Et plus on s'éloigne du tableau, plus l'agitation est manifeste: tous s'indignent ou s'étonnent, aucun ne regarde dans la même direction, leurs gestes sont désordonnés... Certains semblent s'interroger sur les signes que le Christ a tracés au sol (v.6); d'autres - à l'extrême gauche et à l'extrême droite - semblent vouloir déjà fuir, celui de droite veut entraîner son compagnon qui semble encore hésiter, celui de gauche au contraire quitte les lieux sous les railleries de l'un de ses compagnons... Aucune cohérence dans leurs attitudes, donc - mais les pierres sont toujours au sol, entre le Christ et la femme: aucun n'a osé s'en saisir!

Verset 5.
ἐν δὲ τῷ νόμῳ Μωϋσῆς ἡμῖν ἐνετείλατο τὰς τοιαύτας λιθάζειν. σὺ οὖν τί λέγεις; 
Moïse, dans la Loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes: toi donc, que dis-tu?
ἐν δὲ τῷ νόμῳ -dans la Loi: La Loi mosaïque ordonnait la mise à mort des deux coupables (Lv 20,10; Dt 22,22-24) et - pour qu'une condamnation aussi grave fût prononcée,
- les personnes devaient être prises sur le fait;
- la tradition voulait que les témoins missent d'abord en garde les coupables pour leur donner une chance de se repentir, et qu'ils aient récidivé.
Or ici l'homme est absent, de même que les témoins qui pourraient confirmer que les amants ont été préalablement avertis.

Verset 6.
τοῦτο δὲ ἔλεγον πειράζοντες αὐτόν, ἵνα ἔχωσι κατηγορεῖν αὐτοῦ. ὁ δὲ ᾿Ιησοῦς κάτω κύψας τῷ δακτύλῳ ἔγραφεν εἰς τὴν γῆν.
Ils disaient cela pour l'éprouver, afin de pouvoir l'accuser. Mais Jésus, s'étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre.
πειράζοντες αὐτόν - pour l'éprouver: Soit Jésus s'oppose à la Loi mosaïque, et il se montre séditieux; soit il condamne la femme, et il est en contradiction avec son enseignement.
ἔγραφεν εἰς τὴν γῆν -écrivait avec le doigt sur la terre: Il est impossible de savoir ce que Jésus a écrit - même si de nombreuses hypothèses ont été émises. Le plus important n'est pas ce qu'il écrit, mais son attitude: il semble éviter la question, il refuse d'y répondre directement car elle est posée dans une mauvaise intention (comp. Mt 22,15-22); il paraît s'abstraire de la scène.

 Nicolas Poussin a choisi de ne pas représenter un texte, des mots, mais plutôt des signes (ce qui paraît étonner quelques personnages) ->

Verset 7.
ὡς δὲ ἐπέμενον ἐρωτῶντες αὐτόν, ἀνέκυψεν καὶ εἶπε πρὸς αὐτούς· ὁ ἀναμάρτητος ὑμῶν πρῶτος βαλέτω λίθον ἐπ᾿ αὐτῇ.
Comme ils continuaient à l'interroger, il se releva et leur dit: Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle.
ὁ ἀναμάρτητος ὑμῶν -celui de vous qui est sans péché: En parlant de "péché" ("ἀναμάρτητοςanamartētos" étant dérivé, avec le préfixe ἀ- privatif, du verbe "ἁμαρτάνω hamartanō" se tromper, errer, d'où "pécher", que l'on trouvera au v.11), Jésus reconnaît implicitement la culpabilité de la femme.
Effectivement, la Loi (Dt 17,7) prescrivait que les témoins jettent les premières pierres sur les coupables; ils devaient donc ne pas être coupables du même crime.
Mais Jésus va plus loin que la seule question de l'adultère: il met en cause leur motivation profonde, l'intégrité de leur "jugement" et de leur pensée; or ni les scribes ni les pharisiens n'ont ici une attitude moralement juste, puisqu'ils utilisent cette femme pour lui tendre un piège, sans respecter la Loi dans son intégralité.
Jésus prononce son jugement - mais d'une façon qui rend impossible la lapidation.

Verset 8.
καὶ πάλιν κάτω κύψας ἔγραφεν εἰς τὴν γῆν.
Et s'étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre.
Jésus laisse aux accusateurs la latitude de s'éloigner sans avoir l'air de "perdre la face" devant lui: il ne les suit pas du regard, il ne les défie pas.

Verset 9.
οἱ δὲ ἀκούσαντες ἐξήρχοντο εἷς καθ᾿ εἷς, ἀρξάμενοι ἀπὸ τῶν πρεσβυτέρων ἕως τῶν ἐσχτάτων· καὶ κατελείφθη μόνος ὁ ᾿Ιησοῦς, καὶ ἡ γυνὴ ἐν μέσῳ οὖσα.
Quand ils entendirent cela, ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu'aux derniers; et Jésus resta seul avec la femme qui était là au milieu.

Verset 10.
ἀνακύψας δὲ ὁ ᾿Ιησοῦς εἶπεν αὐτῇ· γύναι, ποῦ εἰσιν; οὐδείς σε κατέκρινεν;
Alors s'étant relevé, et ne voyant plus que la femme, Jésus lui dit: Femme, où sont ceux qui t'accusaient? Personne ne t'a-t-il condamnée?

Verset 10.
ἡ δὲ εἶπεν· οὐδείς, Κύριε. εἶπε δὲ ὁ ᾿Ιησοῦς· οὐδὲ ἐγώ σε κατακρίνω· πορεύου καὶ ἀπὸ τοῦ νῦν μηκέτι ἁμάρτανε.
Elle répondit: Non, Seigneur. Et Jésus lui dit: Je ne te condamne pas non plus: va, et désormais ne pèche plus.
• Κύριε  -Seigneur: Simple terme de respect (voir par ex. 4,11).
• οὐδὲ ἐγώ σε κατακρίνω  -Je ne te condamne pas non plus: Si la Loi est venue par Moïse, par Jésus la Grâce est proclamée; mais cette grâce n'est pas faiblesse, puisqu'elle dénonce le péché, comme le montre la suite du v.

<- La femme adultère, à genoux, à moitié dévêtue par ses accusateurs a un geste de pudeur; la tête et les yeux baissés, elle attend une condamnation...
"Va, et désormais ne pèche plus", lui dit Jésus.
Derrière et entre eux, la figure attachante d'une femme portant son enfant symbolise l'équilibre que pourra retrouver la femme adultère, repentie et pardonnée.
Nicolas Poussin aborde ainsi avec beaucoup d'émotion le thème du péché, du repentir, du pardon.

ἀπὸ τοῦ νῦν μηκέτι ἁμάρτανε  -désormais ne pèche plus:
1°/ Si Jésus désapprouve l'adultère (donc un comportement), il ne condamne pas définitivement la femme (donc la personne): il faut savoir dissocier personne et faute.
2°/ Cette dissociation permet à Jésus d'offrir le pardon à la femme, comme le sous-entend cette phrase: "πορεύου... - Va..."
_________________________________________________________________________

Méditation et prolongements
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
(Homélie de Frère Pierre-Marie Delfieux à cette page)

Homélie de Frère Patrick
(des Fraternités Monastiques de Jérusalem)

Le coup était bien monté et devait être imparable.
Il relevait d'une tactique constante.
Pour ruiner un orateur à succès,
on le pousse dans ses retranchements
jusqu'à ce qu'il trébuche, se coupe, se contredise.
Il fournit alors lui-même la matière de sa propre perte.
Jésus bouleversait un certain ordre religieux établi.
Il privait de leur contrôle les tenants de cet ordre.
Il s'attirait la sympathie des foules
en renouvelant la compréhension de la Loi.
Il était crédible du fait de l'évidente sainteté
dont il brillait aux yeux de tous.
Sa proximité de Dieu, son intimité même avec Lui
éclatait dans tous ses miracles.
Ce qui lui assurait une véritable immunité
alors qu'il outrepassait scandaleusement
quelques frontières tabou,
respect du sabbat et règles de pureté,
en se réclamant de l'autorité de Dieu
dont il se disait l'Envoyé.
Ses adversaires ne pourraient se défaire de lui
qu'en l'enfermant dans un piège.
En provoquant la contradiction fatale qui le ruinerait.
Les Evangiles, ici ou là, signalent à plusieurs reprises
cette sorte de complot qui s'ourdit dans le dos du Christ,
enflant progressivement
pour éclater au moment de sa passion.
On cherchait à «le surprendre en parole»,
on se met à «l'épier».
On se concertait pour savoir «comment l'accuser»,
on était résolu à «le perdre»
à la meilleure «occasion favorable».
«Maître,
cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère.
Or, dans la Loi,
Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là.
Et toi, qu'en dis-tu?»
Force contraignante du fait saisi sur le vif.
Importance incontestable du délit.
Précision implacable et objective de la Loi.
«Toi, qu'en dis-tu?
Oseras-tu te placer au-dessus de la Loi,
au-dessus de Moïse?
Jusqu'où risqueras-tu d'aller trop loin?»
Le risque en effet est considérable.
D'un côté, si Jésus confirme la Loi de Moïse
en choisissant la lapidation,
il discrédite d'un coup tout son enseignement.
Comment justifier après cela
de prendre des libertés avec ceci (le sabbat)
tout en respectant cela (loi de la mise à mort de l'adultère) ?
Que devient alors son adage :
«Ce ne sont pas les bien-portants
qui ont besoin du médecin, mais les malades» ?
Restera-t-il crédible celui qui a dit :
«Je ne suis pas venu pour condamner le monde.
Je suis venu chercher et sauver ce qui était perdu» ?
Il deviendra alors facile de démonter ses propos,
de les disqualifier.
De l'autre côté, s'il se prononce contre Moïse sur un cas si grave,
il devient clair qu'il passe au registre subversif, à la sédition.
Consentir à l'adultère serait intolérable.
Violer la Loi de façon si caractérisée
ouvre la voie à l'accusation.
C'était effectivement très bien monté.
*
D'où Jésus tirera-t-il sa réponse?
De Dieu, son Père, qui lui «montre tout ce qu'Il fait,
et le Fils le fait pareillement».
Qu'est-ce que l'adultère,
sinon le péché constant d'Israël?
Israël choisi par Dieu par amour
dans sa petitesse, sa vulnérabilité, sa faiblesse.
Israël chéri de Dieu qui est «ému de compassion»
envers ce peuple, «le plus chétif» d'entre les peuples,
sans terre et sans roi,
immigré, étranger et asservi.
Un peuple qui reçoit, avec l'élection d'amour,
«la gloire, le culte, les prophéties»
et une «sagesse à nulle autre pareille»
qu'on vient écouter «des confins de la terre».
Ce peuple richement doté
d'une «terre qui ruisselle de lait et de miel»,
paré «comme une jeune fille pour son époux»,
embelli de teint, de taille, de tour, par
«le vin nouveau, le froment et l'huile fraîche»
distribués avec «l'eau du Rocher et le miel des rayons».
Devenu si resplendissant que Dieu est «séduit par sa beauté»,
jusqu'à en «perdre le sens».
Et ce peuple comblé d'amour, tiré de rien,
arraché à la mort et à l'esclavage,
«s'enorgueillit de sa beauté»
et se met à «courir derrière ses amants»,
délaissant son Père et Sauveur,
son Epoux et Seigneur.
Adultère !
Attrait des idoles, des sécurités politiques,
des alliances frelatées.
Attrait de l'argent
avec son cortège d'injustices, de spoliations, de trahisons.
Derrière tout cela, c'est l'Amour Source qui est méconnu,
galvaudé, rejeté.
L'Amour de qui tout a été reçu.
«Génération perverse et adultère!»,
lancera Jésus à ses contemporains,
affligés du même aveuglement,
de la même amnésie que leurs pères !
Or, à cette nation adultère,
Dieu a toujours fait miséricorde,
après un temps de délaissement, de salutaire épreuve.
«Un court instant je t'avais délaissée,
mais ému d'une immense pitié, je reviens à toi
«Je vais te séduire, te conduire au désert,
et là je parlerai à ton coeur.
Je te fiancerai à moi (...) comme au jour de ta jeunesse,
dans la tendresse et la fidélité, dans la justice et le droit.
Tu m'appelleras : mon mari.»
Dieu ne peut renier son désir d'épousailles,
car il s'est donné déjà comme époux.
Toute son oeuvre,
de la création à l'achèvement de la sanctification,
s'accomplit dans des noces éternelles!
Qui donc est trompé dans l'adultère?
N'est-ce pas le pécheur, la pécheresse,
bien plus que le Seigneur?
Pécheur victime d'une tromperie.
Victime d'un menteur.
Victime d'un rusé usant de séduction
pour hypnotiser, abuser et détourner de l'Amour.
Victime d'une illusion
substituant une contrefaçon à l'authentique Amour.
L'adultère, c'est bien le péché emblématique de tout péché.
La rupture de l'Alliance qui donne la vie.
Le danger est bien mortel.
L'adultère est un pécheur en risque de perdition.
«Et Dieu ne veut pas qu'un seul de ces petits se perdent
*
La mort est à l'œuvre en l'adultère.
Jésus est le Sauveur.
Il affranchit du péché et «du salaire du péché : la mort».
Il a été envoyé «non pas pour juger le monde
mais pour que par lui le monde soit sauvé».
«Toi donc, Jésus, qu'en dis-tu?
Cette femme a été prise en flagrant délit d'adultère.
Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là.»
Jésus ne contestera pas la loi de Moïse.
Il liera son application à une seule condition: la sainteté.
«Celui d'entre vous qui est sans péché,
qu'il soit le premier à lui jeter la pierre.»
Jésus ne niera pas davantage la réalité du péché.
«Ne pèche plus
Mais il ouvrira à l'adultère l'espace d'une conversion,
d'un nouveau départ.
Il ne veut pas que son histoire soit définitivement scellée
par la sanction d'un péché : «Va!»
Par ces réponses, Jésus indique clairement
que seule l'Innocence, seule la Sainteté
est autorisée à châtier le péché.
Ce qui revient donc à Dieu seul.
Nous, les hommes, ne pouvons pas y prétendre.
Saint Paul tance vertement dans sa lettre aux Romains
ceux qui prennent la posture du censeur, du justicier :
«En jugeant autrui, tu juges contre toi-même,
puisque tu fais de même, toi qui juges.
Eh bien, l'homme qui enseignes autrui,
tu ne t'enseignes pas toi-même?
Tu interdis l'adultère et tu commets l'adultère!»
Jésus l'avait dit en image :
«Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'œil de ton frère,
et la poutre qui est dans le tien, tu ne la vois pas?»
«Tous nous sommes impurs!», proclame Isaïe.
Exposés à la Lumière,
nous sommes comme des miroirs rouillés.
Nous n'avons aucun titre à condamner.
Mais, tous, nous pouvons largement aspirer
l'immense flux de miséricorde
qui inonde le monde.
Car le seul qui soit fondé à juger et à condamner,
le Dieu vivant et trois fois Saint,
renonce à ses droits
et ne manifeste jamais tant sa puissance
qu'en pardonnant.
Il nous a même enseigné à l'en prier :
«Pardonne-nous nous offenses. Remets-nous nos dettes».
*
«Jésus resta seul, avec la femme.
Se redressant, il lui dit :
'Femme, personne ne t'a condamnée?'
Elle dit : 'Personne, Seigneur.'
Alors Jésus dit :
'Moi non plus je ne te condamne pas.
Va, désormais, ne pèche plus.'»
Le seul qui était sans péché,
le seul qui devait lancer le premier la pierre et s'en aller,
reste en dernier.
Il est le seul à parler à la pécheresse.
Il l'appelle : 'Femme'!
Il se situe face à elle comme le dernier, confirmant simplement le geste de clémence
de tous ceux qui, sur sa parole, se sont éloignés.
«Moi non plus je ne te condamne pas.»
Dieu ne fait pas usage de sa sainteté pour nous terrasser.
Il terrasse le péché, oui.
Mais au pécheur, par le pardon, il donne Sa sainteté.

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Pour prolonger la méditation:

- Du Premier Testament:
- Ps 143,2: "N'entre pas en jugement avec ton serviteur!
Car aucun vivant n'est juste devant toi."
- Ps 51,13: "Ne me rejette pas loin de ta face,
Ne me retire pas ton esprit saint."
- Ez 18,32: "Car je ne désire pas la mort de celui qui meurt, dit le Seigneur, l'Éternel. Convertissez-vous donc, et vivez."

- Du Nouveau Testament:
- Rm 3,23-24: "Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu;  et ils sont gratuitement justifiés par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est en Jésus Christ."

- Commentaires patristiques:
- De saint Augustin - 33ème Traité sur l'évangile de saint Jean.
«Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre !» Ô réponse de sagesse ! Comme elle les oblige à rentrer en eux-mêmes ! Ils cherchaient le mal au-dehors, sans se mettre en question dans leurs cœurs. Ils regardaient la femme adultère, et eux-mêmes, ils ne se voyaient pas. Prévaricateurs de la Loi, ils brûlaient de la faire observer, non point d’ailleurs en son vrai sens, en condamnant les adultères au nom de la chasteté, mais pour les besoins de leur polémique. Que chacun s’examine, qu’il entre en lui-même, monte au tribunal de son âme, comparaisse devant sa conscience, et qu’il s’oblige à avouer. Chacun doit savoir qui il est car «nul homme ne sait ce qui se passe en l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui» (1Co 2,11). Chacun, s’il regarde en lui-même, se reconnaît pécheur, cela est clair ! Donc, ou bien qu’il laisse aller cette femme, ou bien qu’il se soumette avec elle au châtiment de la Loi. «Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre» : c’est la voix même de la justice. Que celle qui a péché soit punie, mais non pas par des pécheurs ! Que la Loi soit accomplie, mais non pas par ceux qui la violent ! «Et l’un après l’autre tous s’en allèrent.» Deux restèrent seules : la Misère et la Miséricorde.
Alors, cette femme demeurant seule, puisque tous s’étaient retirés, Jésus leva les yeux sur elle. Nous venons d’entendre le langage de la justice, écoutons à présent celui de la douceur. La femme, j’imagine, avait redoublé de peur en entendant la réponse du Seigneur. Et puis les autres s’examinant et s’avouant coupables par leur retraite même, l’avaient abandonnée, elle et sa grande faute, à celui qui était sans faute. Elle s’attendait à recevoir de lui, en qui ne se pouvait trouver aucun péché, son châtiment. Mais Jésus, qui, la justice aux lèvres, avait mis ses adversaires en fuite, leva sur cette femme les yeux de sa douceur. Il lui dit : «Femme, personne ne t’a condamnée ? Moi non plus, je ne te condamnerai pas. Va, désormais, ne pèche plus.» J’ai détruit ce que tu as fait, observe ce que je te commande, tu trouveras ce que j’ai promis.
[...]
Ne vas pas imaginer, toi qui entends raconter maintenant ce qui s'est passé chez les anciens, que tout cela ne te concerne pas. Toutes ces choses s'accomplissent en toi de manière spirituelle. Car lorsque tu abandonnes les ténèbres de l'idolâtrie et que tu désires arriver à la connaissance de la loi divine, c'est alors que commence ta sortie d'Égypte. Lorsque tu as été admis dans le groupe des catéchumènes, et que tu as commencé d'obéir aux préceptes de l'Eglise, tu as traversé la mer Rouge; dans les étapes du désert, chaque jour, tu t'appliques à écouter la loi de Dieu et à contempler le visage de Moïse qui te découvre la gloire du Seigneur. Mais lorsque tu arriveras à la source spirituelle du baptême; lorsque, en présence des prêtres et des diacres, tu seras initié à ces mystères augustes et sublimes que ceux-là seuls connaissent qui en ont le droit; alors, après avoir traversé le Jourdain grâce au ministère des prêtres, tu entreras dans la Terre promise. C'est la terre où Jésus, après Moïse, te prend en charge et devient le guide de ta route nouvelle.

- D'un théologien moderne:
De Jean-Paul II - Encyclique « Dives in Misericordia » § 7 
« Moi non plus, je ne te condamne pas »
      La rédemption par le mystère de la croix du Christ est la révélation ultime et définitive de la sainteté de Dieu, qui est la plénitude absolue de la perfection : plénitude de la justice et de l'amour, puisque la justice se fonde sur l'amour, provient de lui et tend vers lui. Dans la Passion et la mort du Christ, dans le fait que le Père « n'a pas épargné son Fils » mais « l'a fait péché pour nous » (Rm 8,32; 2Co 5,21), s'exprime la justice absolue, car le Christ subit la Passion et la croix à cause des péchés de l'humanité. Il y a vraiment là une surabondance de justice, puisque les péchés de l'homme se trouvent compensés par le sacrifice de l'Homme-Dieu.
      Toutefois cette justice, qui est au sens propre justice à la mesure de Dieu, naît tout entière de l'amour, de l'amour du Père et du Fils, et elle s'épanouit tout entière dans l'amour. C'est précisément pour cela que la justice divine révélée dans la croix du Christ est à la mesure de Dieu, parce qu'elle naît de l'amour et s'accomplit dans l'amour, en portant des fruits de salut. La dimension divine de la rédemption ne se réalise pas seulement dans le fait de faire justice du péché, mais dans celui de rendre à l'amour la force créatrice grâce à laquelle l'homme a de nouveau accès à la plénitude de vie et de sainteté qui vient de Dieu. De la sorte, la rédemption porte en soi la révélation de la miséricorde en sa plénitude.
      Le mystère pascal constitue le sommet de cette révélation et de cette mise en œuvre de la miséricorde, qui est capable de justifier l'homme, de rétablir la justice comme réalisation de l'ordre salvifique que Dieu avait voulu dès le commencement dans l'homme, et, par l'homme, dans le monde.

- D'un auteur moderne:
De J.-P. Lemaire - Visitation (1985)
Au-dessus de la femme, un nuage de pierres
suspendu tant que l'homme se tait
Les autres sont partis. Elle sait maintenant
que la première pierre ne tombera plus
Mais le nuage reste et son ombre sur elle
pèse exactement le poids de son cœur
Quand il la regarde et lui parle
elle sent sa tête entrer dans le nuage
et voit sur la ville et les champs poussiéreux
pleuvoir ses propres larmes.
________________________________________________________________________
________________________________________________________________________
Assistant de création de site fourni par  Vistaprint