Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

Évangile selon
saint Matthieu

(6 - Chapitres 18 à 24)


Les Pères de l'Eglise ont rattaché chacun des quatre évangélistes à l'un des "quatre Vivants" de l'Apocalypse entourant le Christ en gloire; saint Matthieu est représenté par un "fils d'homme", parce que son Evangile commence par la généalogie de Jésus.

Saint Matthieu symbolisé par le "fils d'homme":


Mosaïque - Mausolée de Galla Placidia - Ravenne ->




<- Plaque de reliure émaillée, XIIème siècle - Musée de Cluny, Paris.




Détail de broderie (fils d'or et d'argent sur velours) pour ornement liturgique - 1681 - Couvent patriarcal de Bzommar (Liban) ->



Introduction à l'Évangile et à l'Évangile selon saint Matthieu: à cette page.

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• Mt 22,1-14

Une parabole de l'Histoire du Salut.
Depuis les origines, Dieu convie tous les hommes à vivre en communion avec lui. Mais malgré l'insistance de ses envoyés, certains refusent l'invitation. D'autres y répondent et prennent place dans la salle du festin. L'un d'eux est expulsé car il était entré sans avoir revêtu "larobe de noce": pour être parmi les élus il faut se convertir!

Remarques:

Sur Matthieu et son évangile: voir à cette page.
Sur Mt 21,28-22,14:
Jésus, au moyen de trois paraboles, dénonce l'attitude des chefs politiques et religieux:
- "parabole des deux fils" -> ils n'ont pas reconnu leurs fautes, contrairement à ceux qu'ils méprisent (21,28-32);
- "parabole des ouvriers vignerons homicides" -> leurs intentions sont meurtrières (21,33-46);
- "parabole des invités" -> leur attitude est inexcusable (22,1-14). 
 
Traduction et notes:

Verset 1.
Καὶ ἀποκριθεὶς ὁ ᾿Ιησοῦς πάλιν εἶπεν αὐτοῖς ἐν παραβολαῖς λέγων·
Et Jésus, répondant, leur parla encore en paraboles, disant:

Verset 2.
ὡμοιώθη ἡ βασιλεία τῶν οὐρανῶν ἀνθρώπῳ βασιλεῖ, ὅστις ἐποίησε γάμους τῷ υἱῷ αὐτοῦ.
Le royaume des cieux a été fait semblable à un roi qui fit des noces pour son fils, 
ἀνθρώπῳ βασιλεῖ - à un <homme> roi :Dans les paraboles juives, Dieu est souvent présenté comme un roi.
τῷ υἱῷ αὐτουpour son fils:Comp. 21,37. Dans ces deux paraboles (voir encadré ci-dessus), le maître (de la vigne, du pays) = Dieu le Père; son fils = Jésus.

Verset3.
καὶ ἀπέστειλε τοὺς δούλους αὐτοῦ καλέσαι τοὺς κεκλημένους εἰς τοὺς γάμους, καὶ οὐκ ἤθελον ἐλθεῖν.
et envoya ses esclaves pour convier ceux qui avaient été invités aux noces; et ils ne voulurent pas venir.
καλέσαι τοὺς κεκλημένους - pour convier ceux qui avaient été invités:
L'emploi du participe parfait "κεκλημένους" indique le "résultat présent d'une action passée", conforme à la tradition: les invités l'ont été depuis fort longtemps déjà, et ont répondu favorablement à l'invitation.
Au moment prévu, le roi - père et hôte (dans les mariages proche-orientaux, c'est la famille du marié qui a la charge des noces, longues et donc coûteuses) - fait dire aux invités que tout "est prêt" (v.4). Leur refus est donc choquant (ils avaient accepté l'invitation) et insultant (les noces étant des occasions importantes de la vie sociale, auxquelles on a l'obligation morale de participer).

Verset 4.
πάλιν ἀπέστειλεν ἄλλους δούλους λέγων· εἴπατε τοῖς κεκλημένοις· ἰδοὺ τὸ ἄριστόν μου ἡτοίμασα, οἱ ταῦροί μου καὶ τὰ σιτιστὰ τεθυμένα, καὶ πάντα ἕτοιμα· δεῦτε εἰς τοὺς γάμους.
Il envoya encore d'autres serviteurs, disant: Dites aux conviés: Voici, j'ai apprêté mon festin; mes taureaux et mes bêtes grasses sont tués et tout est prêt: venez aux noces.
τὸ ἄριστόν μου ἡτοίμασα - j'ai apprêté mon festin :Allusion au "festin messianique", en Is 25,6.

Versets 5-6.
οἱ δὲ ἀμελήσαντες ἀπῆλθον, ὁ μὲν εἰς τὸν ἴδιον ἀγρόν, ὁ δὲ εἰς τὴν ἐμπορίαν αὐτοῦ·
Mais eux, n'en ayant pas tenu compte, s'en allèrent, l'un à son champ, et un autre à son trafic; 
οἱ δὲ λοιποὶ κρατήσαντες τοὺς δούλους αὐτοῦ ὕβρισαν καὶ ἀπέκτειναν.
et les autres, s'en étant saisis, outragèrent et tuèrent ses serviteurs.
ὕβρισαν καὶ ἀπέκτειναν - outragèrent et tuèrent:
- L'absence d'excuses (vv.3;5) était déjà choquante; mais le sort réservé aux messagers au v.6 est véritablement inadmissible.
- Comp. ce sort à celui de Jean le Précurseur en 14,3, et à ce qui se prépare pour Jésus en 21,46. 

Verset 7.
ἀκούσας δὲ ὁ βασιλεὺς ὠργίσθη, καὶ πέμψας τὰ στρατεύματα αὐτοῦ ἀπώλεσε τοὺς φονεῖς ἐκείνους καὶ τὴν πόλιν αὐτῶν ἐνέπρησεν.
Et le roi, l'ayant entendu, en fut irrité; et ayant envoyé ses troupes, il fit périr ces meurtriers-là et brûla leur ville.
τὴν πόλιν αὐτῶν ἐνέπρησε - brûla leur ville : Formule stéréotypée de jugement (voir par ex. Jg 1,8; Am 1,4;7;12; Is 5,24); comp. 24,2.

Versets 8-12.
τότε λέγει τοῖς δούλοις αὐτοῦ· ὁ μὲν γάμος ἕτοιμός ἐστιν, οἱ δὲ κεκλημένοι οὐκ ἦσαν ἄξιοι·
Alors il dit à ses serviteurs: Les noces sont prêtes; mais les conviés n'en étaient pas dignes;
πορεύεσθε οὖν ἐπὶ τὰς διεξόδους τῶν ὁδῶν, καὶ ὅσους ἐὰν εὕρητε καλέσατε εἰς τοὺς γάμους.
allez donc dans les carrefours des chemins; et autant de gens trouverez-vous, conviez-les aux noces.
καὶ ἐξελθόντες οἱ δοῦλοι ἐκεῖνοι εἰς τὰς ὁδοὺς συνήγαγον πάντας ὅσους εὗρον, πονηρούς τε καὶ ἀγαθούς· καὶ ἐπλήσθη ὁ γάμος ἀνακειμένων.
Et ces serviteurs-là, étant sortis, s'en allèrent par les chemins, et assemblèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, tant mauvais que bons; et la salle des noces fut remplie de gens attablés.
εἰσελθὼν δὲ ὁ βασιλεὺς θεάσασθαι τοὺς ἀνακειμένους εἶδεν ἐκεῖ ἄνθρωπον οὐκ ἐνδεδυμένον ἔνδυμα γάμου,
Et le roi, étant entré pour voir ceux qui étaient à table, aperçut là un homme qui n'était pas vêtu d'une robe de noces.
καὶ λέγει αὐτῷ· ἑταῖρε, πῶς εἰσῆλθες ὧδε μὴ ἔχων ἔνδυμα γάμου; ὁ δὲ ἐφιμώθη.
Et il lui dit: Ami, comment es-tu entré ici, sans avoir une robe de noces? Mais il resta bouche fermée.
ἔνδυμα γάμου - une robe de noces : Être venu en vêtements "quotidiens" est un signe de mépris à l'égard de l'hôte.
La "robe de noces" représente la réponse adaptée, donnée par les autres convives à l'invitation royale; le comparé qui lui correspond est sans doute une repentance sincère (3,2;4,17) - par opposition à une simple déclaration (voir v.14).
Jésus exhorte ceux qui affirment faire partie de ses disciples (= ceux qui ont accepté l'invitation) à ne pas imiter (en ne revêtant pas la "robe de noces", donc en étant offensants envers le "roi"-Dieu-Père) l'attitude de ses opposants (= ceux qui ont refusé l'invitation).

Verset 13.
τότε εἶπεν ὁ βασιλεὺς τοῖς διακόνοις· δήσαντες αὐτοῦ πόδας καὶ χεῖρας ἄρατε αὐτὸν καὶ ἐκβάλετε εἰς τὸ σκότος τὸ ἐξώτερον· ἐκεῖ ἔσται ὁ κλαυθμὸς καὶ ὁ βρυγμὸς τῶν ὀδόντων.
Alors le roi dit aux serviteurs: Après avoir lié ses pieds et mains, emportez-le, et jetez-le dans les ténèbres de dehors: là seront les pleurs et les grincements de dents.
ὁ κλαυθμὸς καὶ ὁ βρυγμὸς τῶν ὀδόντων - les pleurs et les grincements de dents : Voir Mt 8,12// Lc 13,28; image non de torture et/ou de révolte, comme on l'a souvent compris, mais de détresse et de regrets (Mt 13,42;50; ici; 24,51; 25,30).

Verset 14.
πολλοὶ γάρ εἰσι κλητοὶ, ὀλίγοι δὲ ἐκλεκτοί.
Car il y a beaucoup d'appelés mais peu d'élus.
Comp. Mt 7,13-23.


Méditation :
- De Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l'Église
Homélies sur l'Évangile, n°38

            Avez-vous compris qui est ce roi, père d'un fils qui est lui-même roi ? [...] « Il célébrait les noces de son fils. » Le Père a donc célébré les noces du roi son Fils, quand il lui a uni l'Église dans le mystère de l'Incarnation. [...]
            Il a donc envoyé ses serviteurs pour inviter ses amis à de telles noces. Il les a envoyés une première fois et une deuxième fois, c'est-à-dire d'abord les prophètes, puis les apôtres, pour annoncer l'incarnation du Seigneur [...] Par les prophètes il a annoncé comme future l'incarnation de son fils unique, et par les apôtres il l'a prêchée une fois accomplie [...]
             « Mais ils n'en tinrent aucun compte et s'en allèrent, l'un à son champ, l'autre à son commerce. » Aller à son champ, c'est s'adonner sans retenue aux tâches d'ici-bas. Aller à son commerce, c'est rechercher avidement son profit dans les affaires de ce monde. L'un et l'autre négligent de penser au mystère de l'incarnation du Verbe et d'y conformer leur vie [...] Plus grave encore, certains, non contents de mépriser la faveur de celui qui les appelle, le persécutent [...] Toutefois, le Seigneur ne laissera pas de places vides au festin des noces du roi son Fils. Il envoie chercher d'autres convives, car la parole de Dieu, bien qu'elle reste encore méconnue* de beaucoup, trouvera bien un jour où se reposer [...]
            Mais vous, frères, qui par la grâce de Dieu êtes déjà entrés dans la salle du festin, c'est-à-dire dans la sainte Église, examinez-vous bien attentivement, de peur qu'à son entrée, le roi ne trouve quelque chose à reprendre dans le vêtement de votre âme.
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* Voir la fiche sur saint Grégoire le Grand.
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• Mt 22,15-21

Même quand on ne la pose pas pour tendre un piège à son interlocuteur, la question "Dieu et César" embarrasse toujours plus ou moins, et n'est pas susceptible de réponse simple. Pourtant celle de Jésus, tranchante, paraît l'être.Le fait qu'on l'ait ensuite utilisée pour préconiser ou justifier des pratiques opposées incite à y regarder de près... César et Dieu ne sont pas sur le même "pied": s'il faut rendre à l'empereur (l'État, la société...) les devoirs qui lui sont dus, il ne faut pas oublier ceux que l'on doit à Dieu, le Seigneur sans égal!  
 

Remarques:

Sur Matthieu et son évangile: voir à cette page.
Sur Mt 22,15-46:
Quatre questions structurent ce passage:
- trois sont posées par les autorités religieuses, pharisiennes et sadducéennes, qui cherchent tour à tour à prendre Jésus en défaut (vv.15;23;34-35);
- la quatrième est posée par Jésus (v.42).
La première question-piège n'atteint pas son but (vv.15-22) car la réponse de Jésus ne permet de le classer ni parmi les amis de Rome, ni parmi les fauteurs de troubles contre Rome. En fait, la réponse laisse les pharisiens déconcertés.
Les sadducéens soumettent alors à Jésus un cas d'école dont le seul but est de nier la possibilité de la résurrection des morts (vv.23-33). Jésus fait taire leurs objections au moyen de l'Écriture qu'ils reconnaissent comme seule normative: la תורה = le Pentateuque (v.32), et dénonce leur compréhension erronée de Dieu (vv.29;32) et de son œuvre de Salut (v.30).
La troisième question vise à prendre Jésus au piège des débats de la casuistique pharisienne sur l'identité du plus grand commandement (vv.34-40).
Jésus y échappe en rapprochant, de manière innovante, les deux commandements, bien connus du Judaïsme, de l'amour pour Dieu et de l'amour pour le prochain.
Ses interlocuteurs étant à cours d'arguments, Jésus passe à l'offensive et leur soumet une quatrième question par laquelle il cherche à ébranler leurs certitudes (vv.41-46). Car le problème que pose le Ps 110 concernant l'identité du Messie soulève la question de l'identité de Jésus. 

Traduction et remarques:

Versets 15-16.
Τότε πορευθέντες οἱ Φαρισαῖοι συμβούλιον ἔλαβον ὅπως αὐτὸν παγιδεύσωσιν ἐν λόγῳ.
Alors les pharisiens vinrent et tinrent conseil pour l'emprisonner dans ses paroles.
καὶ ἀποστέλλουσιν αὐτῷ τοὺς μαθητὰς αὐτῶν μετὰ τῶν ῾Ηρῳδιανῶν λέγοντες· διδάσκαλε, οἴδαμεν ὅτι ἀληθὴς εἶ καὶ τὴν ὁδὸν τοῦ Θεοῦ ἐν ἀληθείᾳ διδάσκεις, καὶ οὐ μέλει σοι περὶ οὐδενός· οὐ γὰρ βλέπεις εἰς πρόσωπον ἀνθρώπων.
Et ils lui envoient leurs disciples avec les hérodiens, disant: Maître, nous savons que tu es vrai et que tu enseignes la voie de Dieu en vérité, et que tu ne t'embarrasses de personne, car tu ne regardes pas à l'apparence des hommes.
μετὰ τῶν ῾Ηρῳδιανῶν - avec les hérodiens: Le "parti d'Hérode" comprenait les Juifs qui, par désir d'indépendance, soutenaient le règne d'Hérode Antipas, et voulaient qu'un membre de la famille hérodienne remplace le gouverneur romain (la Judée était liée à la province romaine de Syrie).
Paradoxalement ici ils sont associés aux pharisiens, alors que - même si leurs revendications peuvent sembler "nationalistes" - ils sont en fait proches du pouvoir (la famille hérodienne étant en fait des souverains-fantoches, servant d'alibi au pouvoir romain).
On retrouve la même association en Mc 3,6 (ils se concertent "sur le moyen de faire mourir Jésus"; peut-être parce que les pharisiens n'ont pas le droit de faire exécuter la peine de mort); et bien sûr en Mc 12,13, synoptique de ce verset.   
     
Verset 17.
εἰπὲ οὖν ἡμῖν, τί σοι δοκεῖ; ἔξεστι δοῦναι κῆνσον Καίσαρι ἢ οὔ;
Dis-nous donc, que t'en semble-t-il? est-il permis de payer le tribut à César, ou non?
δοῦναι κῆνσον Καίσαρι ἢ οὔ - payer le tribut à César, ou non:
- Si Jésus répond positivement, il s'oppose au sentiment populaire (ce qui permettrait aux autorités de le couper du soutien du peuple et de l'arrêter; voir 21,46).
- Si Jésus répond négativement, il se met met du côté des fauteurs de trouble et des séditieux (ce qui pourrait conduire à son arrestation et à son exécution par les autorités romaines).

Verset 18.
γνοὺς δὲ ὁ ᾿Ιησοῦς τὴν πονηρίαν αὐτῶν εἶπε· τί με πειράζετε, ὑποκριταί;
Et Jésus, connaissant leur méchanceté, dit: Pourquoi me tentez-vous, hypocrites?
ὑποκριταί - hypocrites:
- N'oublions pas, d'abord, le sens premier du mot ὑποκριτής hupokritēs: ce terme désignait l'acteur, tragédien ou comédien, car il jouait toujours "sous - ὑπο" un masque.
- L'"hypocrite" est donc celui qui porte toujours un masque, qui a une "façade" pour les autres - mais que Dieu sait percer à jour "connaissant leur méchanceté"). Sa conduite simule la foi, le respect de Dieu et de sa Loi.
Cette accusation d'"hypocrisie" est fréquente chez Matthieu (Mt 6,2;5;16; 7,5; 15,17; 16,3; 22,18; 23,13;14;15;23;25;27;29; 24,51).
Cependant cette attitude n'est pas nécessairement consciente: plusieurs textes lient hypocrisie et aveuglement (Mt 7,3;5; 23,16;19;24).

Verset 19.
ἐπιδείξατέ μοι τὸ νόμισμα τοῦ κήνσου. οἱ δὲ προσήνεγκαν αὐτῷ δηνάριον.
Montrez-moi la monnaie avec laquelle on paie le tribut. Et ils lui présentèrent un denier.  
τὸ νόμισμα [...] δηνάριον - la monnaie [...] un denier: Le "denier" était une pièce romaine d'argent, qui représentait à peu près le montant de l'impôt annuel pour une personne (sans compter tous les autres impôts à payer, sur les produits de la terre, les maisons, les ventes, etc., variables selon les lieux... et les collecteurs d'impôts! Sur les monnaies alors en usage, voir à cette page, Mt 18,21-35; sur les collecteurs d'impôts, voir encadré à cette page, sur Mt 18,17).

Verset 20.
καὶ λέγει αὐτοῖς· τίνος ἡ εἰκὼν αὕτη καὶ ἡ ἐπιγραφή;
Et il leur dit: De qui est cette image et cette inscription?
• τίνος ἡ εἰκὼν αὕτη καὶ ἡ ἐπιγραφή- De qui <est> cette image et cette inscription:Sur les pièces romaines d'un denier était gravée l'effigie de Tibère, accompagnée de la mention: "De César (= "l'empereur") Tibère, fils du divin Auguste". Ces pièces étaient destinées à promouvoir le culte de l'empereur; quant à l'emploi du génitif, il indiquait que toute monnaie appartenait l'empereur, donc à Rome.

Cette pièce, frappée par Ponce-Pilate en 30-31 ap.J.C., alors qu'il était pro-curateur de Judée, porte la mention "TIBERIOU" = "De Tibère" ->
On notera que Ponce-Pilate, qui a fait frapper cette pièce sur place, connaissait les usages juifs, puisqu'il n'a pas fait représenter le portrait de l'empereur.

Alors que le Judaïsme était opposé à l'usage religieux des images, et surtout des portraits, les autorités juives laissaient circuler ces pièces romaines (qui n'étaient pas frappées sur place) - accordant ainsi à l'argent un statut "à part".

Verset 21.
λέγουσιν αὐτῷ· Καίσαρος. τότε λέγει αὐτοῖς· ἀπόδοτε οὖν τὰ Καίσαρος Καίσαρι καὶ τὰ τοῦ Θεοῦ τῷ Θεῷ.
Ils lui disent: De César. Alors il leur dit: Rendez donc les <choses> de César à César, et les choses de Dieu à Dieu.
ἀπόδοτε οὖν [...] Καίσαρι - Rendez donc [...] à César: Voir Rm 13,6-7; 1P 2,13-14; mais comp. Ac 4,19;5,29; Ap 13). 
καὶ τὰ τοῦ Θεοῦ- et les choses de Dieu:C'est-à-dire le culte, que Lui seul est digne de recevoir (Voir 4,10 et notes à cette page).
Par ces mots, Jésus n'exclut pas Dieu de la sphère temporelle, mais il rappelle que - dans le cadre de la souveraineté de Dieu sur toutes choses - les autorités temporelles ont leur place.


Méditation:
- De Saint Laurent de Brindisi (1559-1619), capucin, docteur de l'Église,
Sermon pour le 22ème dimanche après la Pentecôte, 2-5:
       « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Il faut rendre à chacun ce qui lui revient. Voilà une parole vraiment pleine de sagesse et de science célestes. Car elle nous enseigne qu'il y a deux sortes de pouvoir, l'un terrestre et humain, l'autre céleste et divin [...] Elle nous apprend que nous sommes ainsi tenus à une double obéissance, l'une aux lois humaines et l'autre aux lois divines [...] Il nous faut payer à César la pièce portant l'effigie et l'inscription de César, à Dieu ce qui a reçu le sceau de l'image et de la ressemblance divines : « La lumière de ton visage a laissé sur nous ton empreinte, Seigneur » (Ps 4,7 Vulgate).
      Nous avons été créés à l'image et à la ressemblance de Dieu (Gn 1,26). Tu es homme, ô chrétien. Tu es donc la monnaie du trésor divin, une pièce portant l'effigie et l'inscription de l'empereur divin. Dès lors, je demande avec le Christ : « Cette effigie et cette légende, de qui sont-elles ? » Tu réponds : « De Dieu ». Je te réponds : « Pourquoi donc ne rends-tu pas à Dieu ce qui est à lui ? »
      Si nous voulons être réellement une image de Dieu, nous devons ressembler au Christ, puisqu'il est l'image de la bonté de Dieu et « l'effigie exprimant son être » (Hé 1,3). Et Dieu « a destiné ceux qu'il connaissait par avance à être l'image de son Fils » (Rm 8,29). Le Christ a vraiment rendu à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Il a observé de la manière la plus parfaite les préceptes contenus dans les deux tables de la loi divine « en devenant obéissant jusqu'à mourir, et à mourir sur une croix » (Ph 2,8), et ainsi il était orné au plus haut degré de toutes les vertus visibles et cachées.

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• Mt 22,34-40

Aujourd'hui encore, il arrive qu'on s'interroge sur le premier commandement - et pas toujours avec une intention bien droite...
La réponse de Jésus - nette et sans appel - ne laisse aucune place à la casuistique réductrice: on n'est jamais quitte des exigences du "double commandement"!
 

Remarques:

Sur Matthieu et son évangile: voir à cette page.
Sur Mt 22,15-46: voir encadré ci-dessus.
Sur Pharisiens et Sadducéens, voir ici.

Traduction et remarques:

Versets 34-35.
Οἱ δὲ Φαρισαῖοι, ἀκούσαντες ὅτι ἐφίμωσε τοὺς Σαδδουκαίους, συνήχθησαν ἐπὶ τὸ αὐτό,
Et les pharisiens, ayant ouï dire qu'il avait fermé la bouche aux sadducéens, s'assemblèrent en un même lieu.
καὶ ἐπηρώτησεν εἶς ἐξ αὐτῶν, νομικὸς, πειράζων αὐτόν καὶ λέγων·
Et l'un d'eux, docteur de la loi, l'interrogea pour l'éprouver, disant:
νομικὸς - docteur de la loi: Litt. "légiste"; ce terme grec traduit l'hébreu "תּפתּיtiphtay".
La "loi" civile n'existait en fait pas en tant que telle dans le monde juif, puisque la תּורה Loi divine devait régir la vie du peuple; les "légistes", ou "juristes", sont donc à la fois "doctes"
- en matière de Loi divine (תּורה),
- et dans la loi, son application quotidienne. 

Verset 36.
διδάσκαλε, ποία ἐντολὴ μεγάλη ἐν τῷ νόμῳ;
Maître, quel est le grand commandement dans la loi?
Cette question était un sujet de débat parmi les pharisiens.

Verset 37.
ὁ δὲ ᾿Ιησοῦς ἔφη αὐτῷ· ἀγαπήσεις Κύριον τὸν Θεόν σου ἐν ὅλῃ τῇ καρδίᾳ σου καὶ ἐν ὅλῃ τῇ ψυχῆ σου καὶ ἐν ὅλῃ τῇ διανοίᾳ σου.
Et Jésus lui dit: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta force.
Citation de Dt 6,5:
 ואהבת את יהוה אלהיך בכל־לבבך ובכל־נפשׁך ובכל־מאדך׃
LXX:καὶ ἀγαπήσεις κύριον τὸν θεόν σου ἐξ ὅλης τῆς καρδίας σου καὶ ἐξ ὅλης τῆς ψυχῆς σου καὶ ἐξ ὅλης τῆς δυνάμεώς σου.
- Ce v. présente ce commandement comme un résumé de la Loi. Pour le Judaïsme, ce texte est l'un des plus importants et des plus connus de la TaNaKh (ainsi il fait partie des passages contenus dans les "תפילןTéfilin" ou phylactères).
- On notera, comme à l'habitude, que le tétragramme divin יהוה YHWH est traduit en grec par la LXX "κύριος", d'où en français le "Seigneur"; tandis que "אלהיך" (forme suffixée de "אלהים'ĕlôhîym"), "τὸν θεόν σου", est pratiquement un nom commun. Voir cette page.

Versets 38-39.
αὕτη ἐστὶ πρώτη καὶ μεγάλη ἐντολή.
C'est là le premier et grand commandement.
δευτέρα δὲ ὁμοία αὐτῇ· ἀγαπήσεις τὸν πλησίον σου ὡς σεαυτόν.
Et le second lui <est> semblable: "Tu aimeras ton prochain comme toi-même".
δευτέρα - le second:
- Si Jésus cite effectivement ce v. en seconde place, il précise bien qu'il lui est "ὅμοιος", "semblable"; ils sont équivalents, interchangeables.
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Citation de Lv 19,18:
ואהבת לרעך כמוך-LXX:καὶ ἀγαπήσεις τὸν πλησίον σου ὡς σεαυτόν.

Verset 40.
ἐν ταύταις ταῖς δυσὶν ἐντολαῖς ὅλος ὁ νόμος καὶ οἱ προφῆται κρέμανται.
De ces deux commandements dépendent la Loi tout entière et les Prophètes.
ὅλος ὁ νόμος καὶ οἱ προφῆται - la Loi tout entière et les Prophètes: Locution grecque pour désigner la TaNaKh (Bible hébraïque), des trois initiales de ces trois groupes de Livres: ת pour Torah = Loi, נ pour Nabiîm = Prophètes, et כ pour Ketouvîm = <autres> Écrits). 
• ταύταις ταῖς δυσὶν ἐντολαῖς- ces deux commandements: Ils donnent sa cohérence à l'ensemble de l'enseignement biblique; l'obéissance à ce qu'enseignent "la Loi tout entière et les Prophètes" passe nécessairement par eux.

Méditation:
- De Saint Robert Bellarmin (1542-1621), jésuite, évêque et docteur de l'Église, La Montée de l'âme vers Dieu, 1: 
      Qu'est-ce que tu ordonnes, Seigneur, à tes serviteurs ? « Prenez sur vous mon joug » dis-tu. Et comment est-il, ton joug ? « Mon joug est facile à porter et mon fardeau, léger. » Qui donc ne porterait bien volontiers un joug qui n'accable pas, mais qui encourage ; un fardeau qui n'écrase pas, mais qui réconforte ? Tu as ajouté à juste titre : « Et vous trouverez le repos » (Mt 11,29). Et quel est ton joug qui ne fatigue pas mais donne le repos ? C'est le premier et le plus grand des commandements : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur ». Qu'y a-t-il de plus facile, de plus agréable, de plus doux que d'aimer la bonté, la beauté, l'amour que tu es parfaitement, Seigneur mon Dieu ?
      En outre, est-ce que tu ne promets pas une récompense à ceux qui observent tes commandements « plus désirables que l'or et plus doux que le miel du rayon » ? (Ps 19,11) Oui, parfaitement, tu promets une récompense et une récompense infinie, comme dit ton apôtre saint Jacques : « Le Seigneur a préparé la couronne de vie pour ceux qu'il aime » (Jc 1,12) [...] Et c'est ainsi que parle saint Paul, s'inspirant d'Isaïe : « L'œil n'a pas vu, l'oreille n'a pas entendu, le cœur de l'homme n'a pas imaginé ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment » (1Co 2,9).

      Vraiment, « il y a grand profit à garder tes commandements ». Non seulement le premier et le plus grand des commandements est profitable à celui qui y obéit, non pas à Dieu qui le prescrit : les autres commandements perfectionnent l'homme obéissant, le fortifient, l'éduquent, le mettent en valeur, enfin le rendent bon et bienheureux. Si tu es sage, comprends que tu as été créé pour la gloire de Dieu et ton salut éternel, que là est ta fin, le centre de ton âme, le trésor de ton cœur. Si tu parviens à cette fin, tu seras heureux ; si tu y manques, tu seras malheureux.
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• Mt 23,1-12

Les évangiles ont retenu ce que Jésus a dit de la conduite de certains dirigeants religieux de son temps, et de la manière dont le peuple doit se situer par rapport à eux et à leur contre-témoignage - parce qu'il y a là un enseignement pour l'Église et les chrétiens.
Cette intention, particulièrement claire chez saint Matthieu, ressort ici de la portée générale des sentences qui concluent le passage cité ci-dessous.   
 
Remarques:

Sur Matthieu et son évangile: voir à cette page.
Sur Mt 23,1-39:
À la manière des prophètes de l'AT, Jésus censure les responsables du peuple (vv.13-36) qui égarent ceux dont ils ont la responsabilité (cf.Ez  34,2-9) et qui sans cesse se sont opposés à son message (Mt 19,3; 21,15;46;22,15;34-35).
Ses paroles à l'encontre des spécialistes de la Loi et des pharisiens sont des paroles de jugement que scandent les multiples "Malheur à vous!" que prononce Jésus (vv.13;14;15;16;23;25;27;29). Le reproche essentiel qu'il leur fait (vv.13;14;15;23;25;27;29) est celui d' "hypocrisie" (voir 6,2 et note):leur conduite dément leur foi et déshonore Dieu, elle privilégie le rite au détriment de lamour d'autrui, leur zèle religieux est meurtrier (vv.34-35).
C'est pourquoi la censure des scribes et des pharisiens est introduite parune mise en garde adressée à la foule et aux disciples (vv.1-12): la vraie grandeur, c'est de servir (v.11).
Par ailleurs, l'annonce du châtiment (vv.33;36) ne laisse pas Jésus insensible: son cœur s'émeut (vv.37-38) et le chapitre se conclut sur une note d'espérance (v.39).  

Traduction et remarques:

Versets 1-2.
Τότε ὁ ᾿Ιησοῦς ἐλάλησε τοῖς ὄχλοις καὶ τοῖς μαθηταῖς αὐτοῦ
Alors Jésus parla aux foules et à ses disciples,
λέγων· ἐπὶ τῆς Μωϋσέως καθέδρας ἐκάθισαν οἱ γραμματεῖς καὶ οἱ Φαρισαῖοι.
disant: Les scribes et les Pharisiens se sont assis dans la chaire de Moïse. 
οἱ γραμματεῖς - les scribes: À l'origine, des personnes remplissant les rôles d'écrivains publics, de secrétaires particuliers ou de comptables; ou encore de secrétaires dans les cours royales.
Mais chez les Juifs, dès l'exil, ils étaient devenus des enseignants spécialistes de l'interprétation et de l'application des textes bibliques - les "gardiens de la tradition".
A l'époque de Jésus, ils représentent avec les grands prêtres la classe religieuse dirigeante de Jérusalem.
οἱ Φαρισαῖοι- les Pharisiens: Voir ici.
ἐπὶ τῆς Μωϋσέως καθέδρας ἐκάθισαν-se sont assis dans la chaire de Moïse: C'est-à-dire qu'ils se présentent en quelque sorte comme ses successeurs, ses porte-paroles.

Versets 3-5.
πάντα οὖν ὅσα ἐὰν εἴπωσιν ὑμῖν τηρεῖν, τηρεῖτε καὶ ποιεῖτε, κατὰ δὲ τὰ ἔργα αὐτῶν μὴ ποιεῖτε· λέγουσι γὰρ, καὶ οὐ ποιοῦσι.
Toutes les choses donc qu'il vous diront, faites-les et observez-les; mais ne faites pas selon leurs œuvres, car ils disent et ne font pas;
δεσμεύουσι γὰρ φορτία βαρέα καὶ δυσβάστακτα καὶ ἐπιτιθέασιν ἐπὶ τοὺς ὤμους τῶν ἀνθρώπων, τῷ δὲ δακτύλῳ αὐτῶν οὐ θέλουσι κινῆσαι αὐτά.
mais ils lient des fardeaux pesants et difficiles à porter, et les mettent sur les épaules des hommes; mais eux, ils ne veulent pas les remuer de leur doigt.
πάντα δὲ τὰ ἔργα αὐτῶν ποιοῦσι πρὸς τὸ θεαθῆναι τοῖς ἀνθρώποις. πλατύνουσι γὰρ τὰ φυλακτήρια αὐτῶν καὶ μεγαλύνουσι τὰ κράσπεδα τῶν ἱματίων αὐτῶν, 
Et ils font toutes leurs œuvres pour être vus des hommes; car ils élargissent leurs phylactères et allongent les franges de leurs manteaux,
τὰ φυλακτήρια αὐτῶν -leurs phylactères: En hébreu: les תפילןTéfilin; voir cette page.
• τὰ κράσπεδα τῶν ἱματίων αὐτῶν-les franges de leurs manteaux: En hébreu: le טלית Talit, châle de prière et ses צִיצִתTsitsit, franges; voir cette page.

Verset 6.
φιλοῦσί δὲ τὴν πρωτοκλισίαν ἐν τοῖς δείπνοις καὶ τὰς πρωτοκαθεδρίας ἐν ταῖς συναγωγαῖς
et ils aiment la première place dans les repas et les premiers sièges dans les synagogues,
τὴν πρωτοκλισίαν [...]  καὶ τὰς πρωτοκαθεδρίας-la première place [...] et les premiers sièges: Dans les sociétés proche-orientales où la préséance, la hiérarchie sociale, sont capitales, les "places"  sont attribuées selon le rang de chacun (âge, statut social, etc.). Voir Jc 2,1-14.

Versets 7-8.
καὶ τοὺς ἀσπασμοὺς ἐν ταῖς ἀγοραῖς καὶ καλεῖσθαι ὑπὸ τῶν ἀνθρώπων ῥαββί ῥαββί·
et les salutations dans les places publiques, et à être appelés par les hommes: Rabbi, Rabbi!
ὑμεῖς δὲ μὴ κληθῆτε ῥαββί· εἶς γάρ ὑμῶν ἐστιν ὁ διδάσκαλος, ὁ Χριστός· πάντες δὲ ὑμεῖς ἀδελφοί ἐστε.
Mais vous, ne vous faites pas appeler: Rabbi; car un seul est votre Maître, le Christ; et vous, vous êtes tous frères.


ῥαββί -Rabbi:Litt.: "mon maître" (de רב, "important" => à l'époque: "maître" => aujourd'hui: "rabbin"). Désignait un homme respecté, dont l'autorité était forte.

Verset 9.
καὶ πατέρα μὴ καλέσητε ὑμῶν ἐπὶ τῆς γῆς· εἶς γάρ ἐστιν ὁ πατὴρ ὑμῶν, ὁ ἐν τοῖς οὐρανοῖς.
Et n'appelez personne sur la terre votre père; car un seul est votre Père, celui qui est dans les cieux.
• πατέρα μὴ καλέσητε ὑμῶν ἐπὶ τῆς γῆς -n'appelez personne sur la terre votre père: Ce titre honorifique était parfois donné à des hommes respectés ou âgés, en particulier à des enseignants (certains pensent - mais cela ne concorde guère avec le contexte - qu'il s'agit ici d'une référence aux ancêtres, voire aux Patriarches).
Jésus dans ce passage invite à ne pas chercher à se mettre en valeur, et souligne l'égalité de tous.

Verset 10.
μηδὲ κληθῆτε καθηγηταί· εἷς γὰρ ὑμῶν ἐστιν ὁ καθηγητὴς, ὁ Χριστός.
Et ne vous faites pas appeler: Maîtres; car un seul est votre Maître, le Christ
καθηγητηῆς - Maître: Ce seul mot peut désigner chez Mt le guide, le directeur, l'enseignant, etc.

Versets 11-12.
ὁ δὲ μείζων ὑμῶν ἔσται ὑμῶν διάκονος.
Mais le plus grand de vous sera votre serviteur. 
 ὅστις δὲ ὑψώσει ἑαυτὸν ταπεινωθήσεται, καὶ ὅστις ταπεινώσει ἑαυτὸν ὑψωθήσεται.
Et quiconque s'élèvera sera abaissé; et quiconque s'abaissera sera élevé.

Méditation:

- De Saint Paschase Radbert (?-v. 849), moine bénédictin, 
Commentaire sur l'évangile de Matthieu, X, 23:

       « Qui s'abaissera sera élevé. » Non seulement le Christ a dit à ses disciples de ne pas se faire appeler maîtres et de ne pas aimer les premières places dans les repas ni aucun autre honneur, mais il a donné lui-même, en sa personne, l'exemple et le modèle de l'humilité. Alors que le nom de maître lui est donné non par complaisance mais par droit de nature, car « tout subsiste par lui » (Col 1,17), par son entrée dans la chair il nous a communiqué un enseignement qui nous conduit tous à la vraie vie et, parce qu'il est plus grand que nous, il nous a « réconciliés avec Dieu » (Rm 5,10). Comme s'il nous disait : N'aimez pas les premiers honneurs, ne désirez pas vous faire appeler maîtres, de même que « ce n'est pas moi qui recherche ma gloire, il y a quelqu'un qui la recherche » (Jn 8,50). Tenez vos regards fixés sur moi, « car le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie pour la multitude » (Mt 20,28).
      Assurément, dans ce passage de l'Évangile, le Seigneur instruit non seulement ses disciples, mais aussi les chefs des Églises, leur prescrivant à tous de ne pas se laisser entraîner par l'avidité à rechercher les honneurs. Au contraire, que « celui qui veut devenir grand » soit le premier à se faire comme lui « le serviteur de tous » (Mt 20,26-27).

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• Mt 24,37-44

Une double certitude: le Seigneur est présent dès aujourd'hui dans le monde, et il doit revenir à la fin des temps.D'où l'urgence de vivre intensément le quotidien; en effet, nos actes nous jugent déjà, nous donnent prise sur l'avenir, et nous disposent à accueillir le Jour du Fils de l'homme avec la joie d'une attente enfin comblée.

Remarques:

Sur Matthieu et son évangile: voir à cette page.
Sur Mt 24,1-44:
Dans la section narrative qui précède ce cinquième et dernier discours de Jésus dans Mt
(24-25; certains le font commencer au chap. 23), Jésus, le Messie-Roi, est entré dans sa maison, le Temple (21,12-16;23). Maintenant, il le quitte (v.1) et la question de son avenir se pose. Or Jésus et ses disciples portent sur le Temple des regards différents. Eux voient une architecture impressionnante, lui ne voit, par anticipation, que des ruines (vv.1-3). En deux tableaux parallèles (vv.4-14//15-35*) Jésus annonce les souffrances à venir, la destruction de Jérusalem et de son Temple (vv.4-7//15-22), qui seront le prélude (v.34) de la fin (v.14//vv.26-33).
Car le "jugement de Dieu" qui aura lieu sur Jérusalem et sur la Première Alliance en 70 (voir cette page) préfigure le jugement à venir sur le monde et l'humanité tout entiers: il en est le "signal" (v.3) annonciateur. Le danger pour le croyant est de se laisser séduire par des "messies" de substitution (vv.4-5//23-26). Il faut veiller le grand Jour viendra (vv.36-44). Les paraboles qui vont suivre soulignent cette nécessité d'être prêt. 
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* Pour certains exégètes, Jésus répond d'abord à la première question ("Dis-nous quand cela se produira") dans les vv.4-35, puis à la seconde ("et quel signe annoncera ta venue et la fin du monde") dans les vv.36-44. Tandis que pour les autres Jésus va, dans chacun des deux tableaux parallèles, de la destruction de Jérusalem jusqu'à la fin.


Traduction et remarques:

Verset 37.
ὥσπερ δὲ αἱ ἡμέραι τοῦ Νῶε, οὕτως ἔσται καὶ ἡ παρουσία τοῦ Υἱοῦ τοῦ ἀνθρώπου.
Ce qui arriva du temps de Noé arrivera de même à l'avènement du Fils de l'homme.
• 
αἱ ἡμέραι τοῦ Νῶε - du temps de Noé: Voir Gn 6-9.

Verset 38
ὥσπερ γὰρ ἦσαν ἐν ταῖς ἡμέραις ταῖς πρὸ τοῦ κατακλυσμοῦ τρώγοντες καὶ πίνοντες, γαμοῦντες καὶ ἐκγαμίζοντες, ἄχρι ἧς ἡμέρας εἰσῆλθε Νῶε εἰς τὴν κιβωτόν,
Car, dans les jours qui précédèrent le déluge, les hommes mangeaient et buvaient, se mariaient et mariaient leurs enfants, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche; 

Verset 39
καὶ οὐκ ἔγνωσαν ἕως ἦλθεν ὁ κατακλυσμὸς καὶ ἦρεν ἅπαντας, οὕτως ἔσται καὶ ἡ παρουσία του Υἱοῦ τοῦ ἀνθρώπου.
et ils ne se doutèrent de rien, jusqu'à ce que le déluge vînt et les emportât tous: il en sera de même à l'avènement du Fils de l'homme.

Verset 40
τότε δύο ἔσονται ἐν τῷ αγρῷ, ὁ εἶς παραλαμβάνεται καὶ ὁ εἶς ἀφίεται·
Alors, de deux hommes qui seront dans un champ, l'un sera pris et l'autre laissé;
ὁ εἶς παραλαμβάνεται- l'un sera pris:Comme le déluge "les emporta tous" (v.39), certains seront "pris" par le jugement (voir v.41; et en Jr 6,11:
כי־גם־אישׁ עם־אשׁה ילכדו
"Car l'homme et la femme seront pris"). Il s'agit soit du jugement divin contre les incroyants, soit du jugement de l'Église (1Th 4,17).

Verset 41
δύο ἀλήθουσαι ἐν τῷ μύλῳνι, μία παραλαμβάνεται καὶ μία ἀφίεται.
de deux femmes qui moudront à la meule, l'une sera prise et l'autre laissée.
Les images des vv.40-41 (comme celles du v.38) décrivent des activités courantes de la vie quotidienne. Elles soulignent l'absence de préparation de ceux qui vaquent à leurs occupations sans se douter de ce qui se prépare.
 
Verset 42
γρηγορεῖτε οὖν, ὅτι οὐκ οἴδατε ποίᾳ ὥρᾳ ὁ Κύριος ὑμῶν ἔρχεται.
Veillez donc, puisque vous ne savez pas quel jour votre Seigneur viendra.
γρηγορεῖτε οὖν - Veillez donc:Comme une sentinelle; voir 25,13; 26,38;40-41;43-46.

Verset 43
Εκεῖνο δὲ γινώσκετε ὅτι εἰ ᾔδει ὁ οἰκοδεσπότης ποίᾳ φυλακῇ ὁ κλέπτης ἔρχεται, ἐγρηγόρησεν ἂν καὶ οὐκ ἂν εἴασε διορυγῆναι τὴν οἰκίαν αὐτοῦ.
Sachez-le bien, si le maître de la maison savait à quelle veille de la nuit le voleur doit venir, il veillerait et ne laisserait pas percer sa maison.

Verset 44
διὰ τοῦτο καὶ ὑμεῖς γίνεσθε ἕτοιμοι, ὅτι ᾗ ὥρᾳ οὐ δοκεῖτε ὁ Υἱὸς τοῦ ἀνθρώπου ἔρχεται.
C'est pourquoi, vous aussi, tenez-vous prêts, car le Fils de l'homme viendra à l'heure où vous n'y penserez pas.


Méditation:
- De Saint Aelred de Rielvaux (1110-1167), moine cistercien, Sermon pour l'Avent du Seigneur 
« Restez éveillés et priez [...]:
 ainsi vous serez jugés dignes [...] de paraître devant le Fils de l'homme »
      Ce temps de l'Avent représente les deux avènements de notre Seigneur : d'abord le très doux avènement du « plus beau des enfants des hommes » (Ps 44,3), du « Désiré de toutes les nations » (Ag 2,8 - Vulgate), du Fils de Dieu qui a manifesté visiblement dans la chair à ce monde sa présence longtemps attendue et ardemment désirée par tous les saints pères : l'avènement où il est venu dans le monde pour sauver les pécheurs. Ce temps rappelle aussi l'avènement que nous attendons avec une ferme espérance et que nous devons très souvent nous remémorer avec des larmes, celui qui aura lieu lorsque le même Seigneur viendra manifestement dans la gloire [...]: c'est-à-dire au jour du jugement lorsqu'il viendra manifestement pour juger. Le premier avènement a été connu de très peu d'hommes ; dans le second, il se manifestera aux justes et aux pécheurs comme l'annonce le Prophète : « Et toute chair verra le salut de Dieu » (Is 40,5; Lc 3,6) [...]
     Suivons donc, frères très chers, les exemples des saints pères, ravivons leur désir et embrasons nos esprits de l'amour et du désir du Christ. Vous savez bien que la célébration de ce temps a été instituée pour renouveler en nous ce désir que les anciens Pères avaient de la première venue du Seigneur et pour que, par leurs exemples, nous apprenions aussi à désirer son retour. Pensons à tout le bien que le Seigneur a accompli pour nous en sa première venue ; combien plus encore n'en accomplira-t-il pas lorsqu'il reviendra ! Cette pensée nous fera aimer davantage sa venue passée et davantage désirer son retour [...]
      Si nous voulons connaître la paix quand il viendra, efforçons-nous d'accueillir avec foi et amour sa venue passée. Demeurons fidèlement dans les œuvres qu'il nous a manifestées et nous a enseignées alors. Nourrissons en nos cœurs l'amour du Seigneur, et par l'amour, le désir, afin que lorsqu'il viendra, le Désiré des nations, nous puissions porter les yeux sur lui en toute confiance.
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