Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

• Mt 18,15-20.

On ne doit pas abandonner à leur sort les frères et les sœurs qui vivent dans le péché. La charité à leur égard demande qu'on s'efforce de les amener à s'amender: c'est là ce qu'on appelle le devoir de "la correction fraternelle", qui requiert doigté et humilité - car il ne s'agit pas de juger, de condamner des coupables.
L'exclusion de la communauté est elle-même inspirée par la charité - puisqu'elle s'accompagne d'une prière instante de cette communauté au Seigneur. Lui seul en effet peut convertir les cœurs: qu'il ramène à lui les égarés!

Le contexte:

Sur l'Évangile selon saint Matthieu: voir à cette page.
Sur Mt 18,10-35: 
Le souci du disciple de Jésus devrait être d'aller chercher tous ceux qui se seraient égarés loin du Berger des brebis (vv.12-14). Car l'Église vit de la grâce et du pardon (vv.21-35), et c'est cette démarche de grâce et de pardon qui devrait caractériser les relations des membres du "Temple du Seigneur" (voir 16,18) dans lequel se manifeste sa présence (vv.19-20). Cependant la grâce et le pardon n'ont de sens que là où le péché est avoué, et où les relations entre frères se fondent sur la vérité (vv.15-18).  


Traduction et notes:

Verset 15.
εαν δε αμαρτηση εις σε ο αδελφος σου υπαγε και ελεγξον αυτον μεταξυ σου και αυτου μονου εαν σου ακουση εκερδησας τον αδελφον σου
Et si ton frère pèche contre toi, va, reprends-le, entre toi et lui seul; s'il t'écoute, tu as gagné ton frère;
ο αδελφος σου - ton frère: C'est-à-dire un membre de la communauté des croyants.
εις σε - contre toi: Ces mots ne se trouvent pas dans tous les manuscrits (en particulier, ni dans la recension de Tischendorf, ni dans celle de Nestle-Aland/UBS4)
εκερδησας - tu as gagné: L'offensé n'est donc pas perdant; et si l'offenseur se repent, il y gagnera sa libération.

Verset 16.
εαν δε μη ακουση παραλαβε μετα σου ετι ενα η δυο ινα επι στοματος δυο μαρτυρων η τριων σταθη παν ρημα
mais s'il ne t'écoute pas, prends avec toi encore une ou deux personnes, afin que par la bouche de deux ou de trois témoins toute parole soit établie.
ινα επι στοματος δυο μαρτυρων η τριων σταθη παν ρημα - afin que par la bouche de deux ou de trois témoins toute parole soit établie: Voir Dt 19,15. Cet élément de procédure, important dans le Judaïsme, a été repris par les communautés chrétiennes (2Co 13,1-2; 1Tm 5,19-20).

Verset 17.
εαν δε παρακουση αυτων ειπε τη εκκλησια εαν δε και της εκκλησιας παρακουση εστω σοι ωσπερ ο εθνικος και ο τελωνης
Et s'il ne veut pas les écouter, dis-le à l'assemblée; et s'il ne veut pas écouter l'assemblée non plus, qu'il te soit comme un homme des nations et comme un publicain.
τη εκκλησια - à l'assemblée: Sur le mot "ἐκκλησία ekklēsia", voir 16,18 et encadré,  à cette page.
εστω σοι ωσπερ ο εθνικος και ο τελωνης qu'il te soit comme un homme des nations et comme un publicain:
- Rappels:
1.l'"homme des nations" désigne le גוי goï – le non-Juif, le païen, pour les Juifs; et le non-chrétien pour les chrétiens;
2.le "publicain" est un petit collecteur d'impôts, presque toujours au service des Romains: il est alors mal vu de ses compatriotes en tant que "collaborateur"; en outre, il vaudrait mieux parler de "taxateur", car c'est lui qui fixe la taxe à payer - sans avoir à se référer à un barème établi, et en se payant sur cette taxe (les publicains affermaient le droit de perception des péages, de l'octroi, des impôts): soupçonné d'être cupide et malhonnête, il est encore plus mal vu!
- La communauté est invitée à se dissocier de la personne qui persiste dans le péché, c'est-à-dire à considérer qu'elle ne fait plus partie du groupe; il ne s'agit cependant pas de la mépriser, mais de la considérer comme un pécheur qui a besoin d'entendre à nouveau l’Évangile (voir 9,9-13).
- Sur la pratique des premières communautés chrétiennes, voir Rm 16,17-18; 1Co 5,5; 2Th 3,14-15; 1Tm 1,20; Tt 3,10-11.

Verset 18.
αμην λεγω υμιν οσα εαν δησητε επι της γης εσται δεδεμενα εν τω ουρανω και οσα εαν λυσητε επι της γης εσται λελυμενα εν τω ουρανω
En vérité, je vous dis: Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel.
αμην - En vérité (?): Transcription de l'hébreu "אמן 'âmên"; ce dernier terme pourrait être dérivé du verbe-racine  "אמן 'âman", "construire", "fortifier".
Il est utilisé dans la liturgie juive, par exemple à quatre reprises lors de la prière du "קדיש Qaddish", glorification du nom de l’Éternel.
Son usage peut alors (ainsi d'ailleurs que son étymologie) faire penser au sens et à l'usage donnés à ce terme dans la liturgie chrétienne: l'assemblée affirme son accord ( = "C'est sûr!") à une prière proclamée par un célébrant.
Mais avant la récitation biquotidienne du "שמע ישראל Sh'ma Yisrâ'êlÉcoute, Israël!", les Juifs pieux proclament "אל מלך נאמן", "El, roi fidèle"... Or "אמן" est l'acronyme de cette formule, l'un des noms de l’Éternel.
 On peut donc penser que, lorsque Jésus commence une proclamation par "אמן", il ne veut pas simplement annoncer que ce qu'il va dire est vrai, ce qui serait un truisme (a-t-il jamais dit autre chose que "la Vérité"?...), mais bien qu'il parle au nom du Père, de YHWH-l’Éternel.

Verset 19.
παλιν λεγω υμιν οτι εαν δυο υμων συμφωνησωσιν επι της γης περι παντος πραγματος ου εαν αιτησωνται γενησεται αυτοις παρα του πατρος μου του εν ουρανοις
Je vous dis encore que si deux d'entre vous sont d'accord sur la terre pour une chose quelconque, quelle que soit la chose qu'ils demanderont, elle sera faite pour eux par mon Père qui est dans les cieux;
περι παντος πραγματος - pour une chose quelconque: Au sujet du problème soulevé au v.15, par ex., ou de tout autre du même ordre.

Verset 20.
ου γαρ εισιν δυο η τρεις συνηγμενοι εις το εμον ονομα εκει ειμι εν μεσω αυτων
car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d'eux.
δυο η τρεις- deux ou trois: Voir v.16: vraisemblablement la personne et le ou les témoin(s).
La démarche des vv.15-18 est donc accompagnée de prières pour le pécheur.
 Attention: la phrase "là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d'eux" se place donc dans le contexte bien précis de la"correction fraternelle" - alors qu'elle est presque toujours cité hors-contexte, pour parler de toute forme de réunion chrétienne! 
εκει ειμι- je suis là: Un ancien texte juif affirmait que "là où deux ou trois [étaient]assemblés" pour étudier la TaNaKh, YHWH-l’Éternel était au milieu d'eux.
La présence de Jésus est donc ici équivalente à la présence du Père (voir conclusion de l'encadré sur "Amen!" au v.18; et le parallèle entre "mon Père" au v.19 et "je" ici, au v.20): Jésus est en effet
"עמנו אל ‛immânû êl - ᾿Εμμανουήλ - Emmanuel", "El-Dieu avec nous" (1,23, à cette page).
Telle est la promesse que Jésus fait à ceux qui respecteront la procédure de "correction fraternelle" des vv.15-17.


Méditations:
- De Saint Augustin, Sermon 82 sur les paroles du Seigneur

      Lors donc que quelqu'un pèche contre nous, soyons pleins de sollicitude - non pour nous car il est glorieux d'oublier les injures.
     
      Mais oublie les injures - non pas la blessure de ton frère: donc, "va lui parler seul à seul", en visant à le corriger tout en évitant de lui faire honte. Car peut-être - par honte - va-t-il se mettre à défendre son péché; et ainsi, en voulant l'améliorer, tu le rendrais pire.

      Mais reprends-le d'abord seul à seul - car, s'il t'écoute, tu as gagné ton frère.


- De Saint Benoît, Règle, chap.27,1-4 - La "correction fraternelle"

 L'abbé doit prendre soin en toute sollicitude des frères qui ont failli, parce que "ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades". C'est pourquoi il doit, comme un sage médecin, user de tous les moyens. Il enverra donc les senpectes, c'est-à-dire des frères anciens et sages, qui, comme en secret, consoleront le frère qui est dans le trouble, et l'engageront à faire une humble satisfaction; ils le soutiendront, de peur qu'il ne soit accablé par un excès de tristesse; et, comme le dit l’Apôtre, "il faut redoubler de charité envers lui", et tous prieront à son intention.  

     
- Extrait des Sentences des Pères du désert

    Deux anciens vécurent ensemble bien des années, et jamais ils ne se disputèrent.
   
    Ainsi, l'un dit à l'autre: "Si nous nous disputions une fois, comme tout le monde?" Son frère lui dit: "Voici: je pose une brique entre nous. Et je dis: 'Elle est à moi'. Et toi tu dis:   'Non, c'est la mienne!' C'est ainsi que commence une dispute!".
Il posa donc la brique entre eux et dit "Cette brique est à moi". L'autre dit: "Non, elle est à moi!" Le premier répondit: "Oui, elle est à toi: prends-la donc, et rentre à ton ermitage!"
Et ils se séparèrent, sans avoir pu se disputer. 
     
- De la Bienheureuse Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité, No Greater Love ("Il n'y a pas de plus grand amour...")

      L'autre jour, quelqu'un, un journaliste, m'a posé une question étrange :
« Vous-même, allez-vous en confession ?
–- Oui, je vais en confession chaque semaine, ai-je répondu.
–- Dieu doit être plus qu'exigeant, si même vous avez à vous confesser! »

      C'était à mon tour de lui dire :
« Il arrive parfois à votre propre enfant de mal agir. Que se passe-t-il quand il vous annonce : ' Papa, je suis désolé ! '  Que faites-vous ? Vous prenez votre enfant dans vos bras et vous l'embrassez.
Pourquoi ? Parce que c'est votre façon de lui dire que vous l'aimez. Dieu fait la même chose. Il vous aime tendrement ».

      Si nous avons péché, ou si nous avons commis une faute, faisons en sorte que cela nous aide à nous rapprocher de Dieu. Disons lui humblement : « Je sais que je n'aurais pas dû agir ainsi, mais même cette chute, je te l'offre ».

      Si nous avons péché, si nous avons fauté, allons vers lui et disons-lui : « Je regrette ! Je me repens ! » Dieu est un père qui prend pitié. Sa miséricorde est plus grande que nos péchés. Il nous pardonnera.

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