Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven
Évangile selon
saint Matthieu

(5 - Chapitres 17 à 20)

Les Pères de l'Eglise ont rattaché chacun des quatre évangélistes à l'un des "quatre Vivants" de l'Apocalypse entourant le Christ en gloire; saint Matthieu est représenté par un "fils d'homme", parce que son Evangile commence par la généalogie de Jésus.

Saint Matthieu symbolisé par le "fils d'homme":








Mosaïque - Mausolée de Galla Placidia - Ravenne ->




<- Plaque de reliure émaillée, XIIème siècle - Musée de Cluny, Paris.







Détail de broderie (fils d'or et d'argent sur velours) pour ornement liturgique - 1681 - Couvent patriarcal de Bzommar (Liban) ->
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• Mt 17,1-9

Une série d'allusions établit un remarquable parallélisme entre Jésus sur la montagne de la Transfiguration et Moïse sur le Sinaï:
- de part et d'autre, trois témoins (Ex 34,29; Mt 17,1);
- comme celui de Moïse, le visage de Jésus rayonne d'une lumière étincelante (Ex 34,29; Mt 17,2);
- plus encore que Moïse, Jésus doit être écouté (Dt 18,15; Mt 17,5).
Il est en effet le nouveau Législateur, venu non pas abolir la Loi, mais l'accomplir et la porter à sa perfection (Mt 5,17).
Moïse, représentant la Loi, et Élie, représentant les Prophètes, lui rendent témoignage.

Illustrations: La Transfiguration

<- Détail d'une icône hexaptyque (= comportant six panneaux) - tempera (peinture à base de blanc d'œuf) et or sur bois - milieu du XIVème siècle. Élie et Moïse ont les mains couvertes d'un pan de leur vêtement, en signe de respect.










Vue partielle de l'abside de l'église du monastère de Sainte Catherine (Sinaï, Égypte):
mosaïque du VIème siècle;
debout Moïse, vieillard à la barbe grise, lève le doigt en signe d'enseignement; on aperçoit en haut à gauche une partie du buste et du visage d'Élie;
à genoux, on note la présence de Patriarches
(ici, Jacob);
tandis que les trois apôtres témoins de la Transfiguration (Pierre, celui que l'on distingue sur le cliché, Jacques le Majeur et Jean)
sont représentés prostrés et minuscules aux pieds du Christ ->

Dans les deux représentations, le Christ transfiguré est entouré d'une mandorle bleue, traversée par le rayonnement qui émane de son corps.


Remarques:
 
Sur Matthieu et son évangile, voir à cette page.
Sur Mt 16,13-17,26:
L'évolution des disciples connaît une étape significative: l'identité de Jésus leur apparaît de plus en plus clairement.

Traduction et notes:

Verset 1.
Καὶ μεθ᾿ ἡμέρας ἓξ παραλαμβάνει ὁ ᾿Ιησοῦς τὸν Πέτρον καὶ ᾿Ιάκωβον καὶ ᾿Ιωάννην τὸν ἀδελφὸν αὐτοῦ καὶ ἀναφέρει αὐτοὺς εἰς ὄρος ὑψηλὸν κατ᾿ ἰδίαν·
Et après six jours, Jésus prend avec lui Pierre, et Jacques, et Jean son frère, et les mène à l'écart sur une haute montagne.

μεθ᾿ ἡμέρας ἓξ - après six jours: La Transfiguration du Seigneur est située
- après la confession de Pierre à Césarée,
- et la première annonce de la Passion.
• 
τὸν Πέτρον καὶ ᾿Ιάκωβον καὶ ᾿Ιωάννην
 
-
Pierre, et Jacques, et Jean
:
Ils ont été (avec André, frère de Pierre) les premiers appelés par Jésus (Mt18,21 ); ils l'ont accompagné auprès de la fille de Jaïre (Mc 5,37); ils assisteront à la prière à Gethsémani (Mt 26,37).


DUCCIO di Buoninsegna - (Sienne, 1255-1319) - L'agonie à Gethsémani (1308-11; détail) - Museo dell'Opera del Duomo, Sienne ->
Alors que les autres apôtres sont déjà endormis, Jésus demande à Pierre, Jacques et Jean de veiller avec lui. 


Verset 2.
 καὶ μετεμορφώθη ἔμπροσθεν αὐτῶν, καὶ ἔλαμψε τὸ πρόσωπον αὐτοῦ ὡς ὁ ἣλιος, τὰ δὲ ἱμάτια αὐτοῦ ἐγένετο λευκὰ ὡς τὸ φῶς.
Et il fut transfiguré devant eux; et son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière.

μετεμορφώθη
-
il fut transfiguré
:
Du verbe "μεταμορφόω métamorphoō"
(comp. "métamorphose"), composé de la préposition préfixée "
μετα
-", exprimant ici l'idée de "transfert", de "changement", et du verbe "
μορφόω
", dérivé de
"
ἔλαμψε
-
resplendit
:
Comme
λευκὰ ὡς τὸ φῶς
-
blancs comme la lumière
:
Comme

DUCCIO di Buoninsegna - (Sienne, 1255-1319) - La Transfiguration (1308-11)
National Gallery, Londres

On remarquera bien entendu l'abondance de l'or dans cette représentation.

L'or qui rehausse ici l'himation du Christ est le même qui sera utilisé dans les représentations des apparitions après la Résurrection - cet écart par rapport au Texte a donc valeur théologique.
En outre, l'or employé capte et renvoie la lumière - cet écart par rapport au Texte est donc également un moyen technique de rendre l'idée de "blanc comme la lumière, ὡς τὸ φῶς".

La composition générale est très proche de l'iconographie typologique de la scène.
En outre, la technique employée (tempera sur bois) est la même que celle des icônes.
On pourra comparer notamment à celles de cette page. 

Verset 3.
καὶ ἰδού ὤφθησαν αὐτοῖς Μωϋσῆς καὶ ᾿Ηλίας μετ᾿ αὐτοῦ συλλαλοῦντες.
Et voici, Moïse et Élie leur apparurent, parlant avec lui.

Μωϋσῆς καὶ ᾿Ηλίας
-
Moïse et Élie
:
Ils symbolisent la TaNaKh (Moïse = "la
Loi" et Élie = "les Prophètes").

Verset 4.
ἀποκριθεὶς δὲ ὁ Πέτρος εἶπε τῷ ᾿Ιησοῦ· Κύριε, καλόν ἐστιν ἡμᾶς ὧδε εἶναι· εἰ θέλεις, ποιήσωμεν ὧδε τρεῖς σκηνάς, σοὶ μίαν καὶ Μωϋσεῖ μίαν καὶ μίαν ᾿Ηλίᾳ.
Pierre, prenant la parole, dit à Jésus: Seigneur, il est bon que nous soyons ici; si tu le veux, faisons ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie.

• L'idée des "tentes" s'explique par la proximité de la fête de
Verset 5.
ἔτι αὐτοῦ λαλοῦντος ἰδοὺ νεφέλη φωτεινὴ ἐπεσκίασεν αὐτούς, καὶ ἰδοὺ φωνὴ ἐκ τῆς νεφέλης λέγουσα· οὗτός ἐστιν ὁ Υἱός μου ὁ ἀγαπητός, ἐν ᾧ εὐδόκησα· αὐτοῦ ἀκούετε. 
Comme il parlait encore, voici, une nuée lumineuse les couvrit; et voici une voix de la nuée, disant: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai trouvé mon plaisir; écoutez-le.

νεφέλη φωτεινη
ή
-
une nuée lumineuse
:
Cette nuée (
ענן
‛ânân en hébreu) était,
dans la Première Alliance, le signe de la présence de Dieu conduisant son peuple au désert (Ex 13,21-22; Nb 9,15-22), de la gloire de Dieu reposant sur la Tente de la Rencontre (Ex 40,34-38) et remplissant le Temple de Jérusalem, lors de sa dédicace (1R 8,10-11); voir à cette page.

ὁ Υἱός μου ὁ ἀγαπητός
-
mon fils bien-aimé
:
Il faut noter ici les liens rédactionnels qui lient les expressions:
;28;17,9
;12);
- et, ici, mon Fils bien-aimé
("ὁ Υἱὸς
μου  ὁ ἀγαπητός
", litt. "le Fils de moi le bien-aimé", "de moi" étant en quelque sorte "en facteur commun" pour "le Fils" et pour "le bien-aimé")

• 
οὗτός ἐστιν ὁ Υἱός μου ὁ ἀγαπητός, ἐν ᾧ εὐδόκησα
-
Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui j'ai trouvé mon plaisir
:

--
Reprise littérale de 3,17 (lors du Baptême du Christ)
--
Ici encore, la "
φωνὴ ἐκ
τῆς νεφέλης
-
voix <venue> de la nuée"
(
"
φωνὴ ἐκ τῶν οὐρανῶν -
voix <venue> des cieux"
en
יהוה אמר אלי בני אתה
- YHWH m'a dit: Toi, tu es mon Fils";
αὐτοῦ ἀκούετε
-
écoutez-le
:

--
Allusion à Dt 18,15: "
אליו תשׁמעון
- vous l'écouterez!"
(LXX: "αὐτοῦ ἀκούσεσθε")
--
Jésus est donc bien le "prophète comme Moïse", qui devait venir (voir ci-dessus, note sur v.3).
Verset 6.
καὶ ἀκούσαντες οἱ μαθηταὶ ἔπεσον ἐπὶ πρόσωπον αὐτῶν καὶ ἐφοβήθησαν σφόδρα.
Et les disciples ayant entendu <cela>, ils tombèrent le visage contre terre et furent saisis d'une très grande peur.

ἐφοβήθησαν σφόδρα
-
<il>
furent saisis d'une très grande peur
:

--
Comp. par ex.
à 8,25-27;14,26-33.
--
Face à cette manifestation de la présence de Dieu, ce n’est pas une simple

Verset 7.
καὶ προσελθὼν ὁ ᾿Ιησοῦς ὕψατο αὐτῶν καὶ εἶπεν· ἐγέρθητε καὶ μὴ φοβεῖσθε.
Et Jésus, s'approchant, les toucha, et dit: Levez-vous, et n'ayez pas peur.

Verset 8.
ἐπάραντες δὲ τοὺς ὀφθαλμοὺς αὐτῶν οὐδένα εἶδον εἰ μὴ τὸν ᾿Ιησοῦν μόνον.
Et eux, levant leurs yeux, ne virent personne que Jésus seul.

Verset 9.
Καὶ καταβαινόντων αὐτῶν ἀπὸ τοῦ ὄρους ἐνετείλατο αὐτοῖς ὁ ᾿Ιησοῦς λέγων· μηδενὶ εἴπητε τὸ ὅραμα ἕως οὗ ὁ Υἱὸς τοῦ ἀνθρώπου ἐκ νεκρῶν ἐγερθῇ.
Et comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur enjoignit - disant: "Ne dites à personne la vision, jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit réveillé d'entre les morts".

Transfiguration (détail)Icône crétoise, vers 1550 - Ikonen-Museum, Recklinghausen ->
Les attitudes du Christ et des apôtres sont très travaillées.
Lors de la redescente du Thabor, le Christ semble par les gestes vouloir freiner leur hâte de redescendre (main gauche) et leur enjoindre de ne pas raconter ce qu'ils ont vu (main droite): le temps n'en est pas encore venu.
μηδενὶ εἴπητε
-
Ne dites à personne
:
--
Voir, par ex., 16,20; Lc 9,20;21.
--
Jésus par sa Transfiguration veut préparer ses plus proches disciples à ce qui l'attend: il doit passer par le rejet, la souffrance, la mort avant d'être reconnu comme Messie.
Or les disciples et à plus forte raison les foules étaient incapables de supporter l'annonce de la Croix (voir  par ex. Mt 16,21-23).

Les Juifs de l'époque avaient en effet une conception essentiellement politique et guerrière du Messie, ce qui explique le refus de Jésus de se laisser appeler "Messie" en public (par ex. Mt 16,20).

Ce n'est qu'après la résurrection que les disciples comprendront (Ac 3,17-18).

--
Le mot "Christ" est la francisation du grec "Χριστός", traduction de l'hébreu
משׁיח
mâshîyakh', "Messie", qui est en fait un adjectif, souvent substantivé, qui désigne celui qui a reçu une onction d'huile sainte: l' "oint".
Dans le PT, les rois (par ex. 1S 16,1;13; 26,11), les prêtres (par ex. Ex 40,13-15; Lv 4,3), et parfois les prophètes recevaient une onction, signifiant qu'ils étaient consacrés au service d'YHWH.
Nous mettons une majuscule pour signifier que Jésus est l' "Oint" par excellence, qui réunit ces trois fonctions en sa personne (voir 16,16).
Les prophètes ont annoncé cet Oint par excellence, le Roi, fils de David, qui délivrerait le peuple et établirait son royaume (Is 11,1-5; Jr 33,15-16). Certains textes suggèrent que ce Roi serait aussi Prêtre (Ps 110,1-4; Za 6,12-13) et Prophète comme Moïse (Dt 18,15-19; voir ci-dessus, note sur le v.3).
ὁ Υἱὸς τοῦ ἀνθρώπου
-
le Fils de l'homme
:

--
Voir Lc 9,22.
--
C'est le titre par lequel Jésus a choisi de se désigner, et qu'il définira progressivement pendant son ministère.
D'après les synoptiques, Jésus utilise cette expression pour souligner son autorité (par ex. Mt 8,20; 9,6; 12,8...) mais aussi pour parler du rejet qu'il va subir, de ses souffrances et de sa mort (par ex. Mt 17,12;22; 20,18;28; 26,2;24;45...) ou pour annoncer sa "venue" (par ex. Mt 10,23; 13,41; 16,27-28...).
--L'arrière-plan de cette locution se trouve en Dn 7,9-14 (voir Ez 1,26).
--En araméen, l'expression "ܒܪܗ ܕܐܢܫܐ bar 'enasha" (hébreu "בן האדם ben ha'adam"), "le fils de l'homme", sert à désigner génériquement "les humains"; or c'est ainsi que la plupart des auditeurs semblent avoir interprété cette locution (voir par ex. en Mt 9,8, la réaction des témoins du miracle et du pardon des péchés, alors que Jésus a parlé de lui en ses termes, deux vv. plus haut), ce qui suggère que celle-ci n'avaient alors aucune connotation messianique.
En effet, on doit constater que les deux seuls livres juifs qui l'emploient avec cette connotation sont postérieurs: ils datent d'après 70 - l'un avec certitude (IV Esdras), l'autre de façon un peu moins certaine (Paraboles d'Hénoch - ouvrage absent des manuscrits de Qumrân).
ἐγερθῇ
-
soit réveillé
(Westcott-Hort; Tischendorf);
variante: "
ἀναστῇ
- soit relevé"
(Textus Receptus; Byzantine); Codex Sinaiticus donne également "
ANACTH
".
 
ἐκ νεκρῶν ἐγερθῇ
-
soit réveillé d'entre les morts:
La Transfiguration préfigure la Résurrection (voir note sur v.3).
Méditations:

- De Saint Ephrem (v. 306-373), diacre, docteur de l'Église

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé »

      Simon-Pierre dit : « Seigneur, il nous est bon d'être ici ! »
Que dis-tu là, Pierre ? Si nous restons ici, qui donc réalisera les prédictions des prophètes ? Qui scellera les paroles des hérauts ? Qui mènera jusqu'à leur terme les mystères des justes ? Si nous restons ici, en qui s'accompliront ces paroles : « Ils ont percé mes mains et mes pieds » ? A qui s'appliqueront ces mots : « Ils se sont partagé mes vêtements, ils ont tiré au sort ma tunique » ? (Ps 21,17;19; Jn 19,24) Qui réalisera l'annonce du psaume : « Pour nourriture, ils m'ont donné du fiel et dans ma soif, ils m'ont abreuvé de vinaigre » ? (68,22; Mt 27,34; Jn 19,29) Qui vivra l'expression : « Affranchi parmi les morts » ? (Ps 87,6) Comment s'exécuteront mes promesses, comment construira-t-on l'Église ?
      Et Pierre dit encore : « Faisons ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, une pour Élie ». Envoyé pour bâtir l'Église dans le monde, Pierre veut dresser trois tentes sur la montagne. Il ne voit encore le Christ que comme homme, il le met de pair avec Moïse et Élie. Mais Jésus lui montre bientôt qu'il n'avait pas besoin de tente. C'était lui qui durant quarante ans, avait dressé pour les Pères, une tente de nuée quand ils séjournaient au désert (Ex 40,34).
      « Ils parlaient encore, et voici qu'une nuée lumineuse les couvrit de son ombre ». La vois-tu, Simon, cette tente dressée sans effort ? Elle bannit la chaleur, sans comporter de ténèbres, tente brillante et resplendissante ! Tandis que les disciples s'étonnent, une voix venue du Père se fait entendre dans la nuée : « Celui-ci est mon Fils Bien-aimé, en qui j'ai mis toutes mes complaisances, écoutez-le ! »... Le Père apprenait aux disciples que la mission de Moïse était remplie : désormais, c'est le Fils qu'ils devront écouter. Le Père, sur la montagne révélait aux apôtres ce qui leur restait caché : « Celui qui est » révélait « Celui qui est » (Ex 3,14), le Père faisait connaître son Fils.

- De saint Léon le Grand, pape au Vème siècle:

« Écoutez-le ! »

Jésus prit avec lui Pierre, Jacques, et Jean son frère à l’écart, et gravit avec eux une haute montagne où il leur manifesta l’éclat de sa gloire (Mt 17,1). Le Seigneur découvre donc sa gloire en présence de témoins choisis, et il éclaire d’une telle splendeur cette forme corporelle qui lui est commune avec tous, que son visage devient éblouissant comme le soleil et son vêtement aussi blanc que la neige. En se transfigurant de la sorte, il avait sans doute comme but principal d’ôter du coeur de ses disciples le scandale de la croix, et de faire que l’ignominie volontaire de sa mort ne pût déconcerter ceux devant qui se serait découverte l’excellence de sa dignité cachée. Mais il n’avait pas moins en vue de fonder l’espérance de la sainte Église, de telle manière que, le corps entier du Christ ayant connu quelle transformation lui était réservée, chacun de ses membres pût se promettre de partager un jour la gloire dont la tête aurait brillé par avance [...]
Bien-aimés, ces choses ne furent pas dites seulement pour l’utilité de ceux qui les entendirent de leurs oreilles ; mais, en ces trois apôtres, c’est l’Église entière qui apprit tout ce que virent leurs yeux et perçurent leurs oreilles. Que s’affermisse donc la foi de tous selon la prédication du saint Évangile, et que nul ne rougisse de la croix du Christ, par laquelle le monde a été racheté. «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je me suis complu : écoutez-le.»
Celui-là donc, en qui je prends toute ma complaisance, dont l’enseignement me manifeste, et dont l’humilité me glorifie, écoutez-le sans hésitation : car il est, lui, vérité et vie, il est ma puissance et ma sagesse. Écoutez-le, lui que les mystères de la Loi ont annoncé, lui que la voix des prophètes a chanté. Écoutez-le, lui qui rachète le monde de son sang, qui enchaîne le diable et lui prend ses armes, qui déchire la cédule de la dette. Écoutez-le, lui qui ouvre le chemin du ciel et, par le supplice de sa Croix, vous prépare des degrés pour monter au Royaume. Pourquoi redoutez-vous d’être rachetés ? Pourquoi avez-vous peur, blessés, d’être guéris ? Advienne ce que veut le Christ comme moi-même je le veux. Rejetez la crainte charnelle et armez-vous de la confiance inspirée par la foi : car il est indigne de vous de redouter dans la Passion du Sauveur cela même qu’avec son secours, vous ne craindrez pas dans votre propre mort. Bien-aimés, il a pris toute notre faiblesse, celui en qui nous triomphons de ce que lui-même a vaincu, en qui nous recevons ce que lui-même a promis.

- De Saint Jean de Damas, Homélie pour la fête de la Transfiguration

« A l'écart, sur une haute montagne »

      Jadis, sur le mont Sinaï, la fumée, la tempête, l'obscurité et le feu (Ex 19,16s) révélaient la condescendance extrême de Dieu, annonçant que celui qui donnait la Loi était inaccessible...et que le créateur se faisait connaître par ses œuvres. Mais maintenant tout est rempli de lumière et de splendeur. Car l'artisan et le Seigneur de toutes choses est venu du sein du Père. Il n'a pas quitté sa propre demeure, c'est-à-dire son siège dans le sein du Père, mais il est descendu pour être avec les esclaves. Il a pris la condition de serviteur, et il est devenu un homme en sa nature et en son comportement (Ph 2,7), pour que Dieu, qui est incompréhensible pour les hommes, soit compris. Par lui-même et en lui-même, il montre la splendeur de la nature divine.
      Autrefois Dieu avait établi l'homme en union avec sa propre grâce. Quand il a insufflé l'esprit de vie au nouvel homme formé de terre, quand il lui a communiqué ce qu'il avait de meilleur, il l'a honoré de sa propre image et ressemblance (Gn 1,27). Il lui a donné l'Eden comme demeure et a fait de lui le frère intime des anges. Mais puisque nous avions obscurci et fait disparaître l'image divine sous la boue de nos désirs déréglés, le Compatissant est entré dans une seconde communion avec nous, beaucoup plus sûre et plus extraordinaire que la première. Tout en demeurant dans l'élévation de sa divinité, il accepte aussi ce qui est en dessous de lui, créant en lui-même l'humain ; il mêle l'archétype à l'image, et aujourd'hui il montre en elle sa propre beauté.-
      Son visage resplendit comme le soleil, car dans sa divinité il est identifié avec la lumière immatérielle ; c'est pour cela qu'il est devenu le Soleil de justice (Ml 3,20). Mais ses vêtements deviennent blancs comme la neige, car ils reçoivent la gloire par revêtement et non par union, par relation et non par nature. Et « une nuée de lumière les couvrit de son ombre », rendant sensible le resplendissement de l'Esprit.
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• Mt 18,15-20. A cette page.
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• Mt 18,21-35.
 
C'est une dette impossible à évaluer et à solder que Dieu remet à ceux qui implorent sa pitié.
Le contexte:

Sur l'Évangile selon saint Matthieu: voir à cette page.
Sur Mt 18,10-35: voir à cette page.

Monnaie romaine frappée par Ponce-Pilate en 30-31 ap.J.C., alors qu'il était pro-curateur de Judée
Traduction et notes:


Verset 21.
τοτε προσελθων αυτω ο πετρος ειπεν κυριε ποσακις αμαρτησει εις εμε ο αδελφος μου και αφησω αυτω εως επτακις
Alors Pierre, s'approchant de lui, dit: Seigneur, combien de fois mon frère péchera-t-il contre moi, et lui pardonnerai-je? <Sera-ce> jusqu'à sept fois?
εως επτακις
-
jusqu'à sept fois
: Certains maîtres juifs limitaient le pardon à trois fois (en particulier en cas d'offense préméditée), car la repentance n'était alors pas considérée comme sincère.

Verset 22.
 λεγει αυτω ο ιησους ου λεγω σοι εως επτακις αλλ εως εβδομηκοντακις επτα
Jésus lui dit: Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois.
εως
εβδομηκοντακις επτα
-
soixante-dix fois sept fois
: Litt. "soixante-dix fois sept". Certaines traductions (BJ et liturgique par ex.) donnent, ce qui est possible mais un peu moins exact grammaticalement: "soixante-dix-sept fois".

Verset 23.
δια τουτο ωμοιωθη η βασιλεια των ουρανων ανθρωπω βασιλει ος ηθελησεν συναραι λογον μετα των δουλων αυτου
C'est pourquoi le royaume des cieux est semblable à un roi qui voulut compter avec ses serviteurs.
μετα των δουλων αυτου
-
avec ses serviteurs
: Le terme désigne en fait, très probablement, des fonctionnaires - en particulier ceux qui étaient chargés de collecter les taxes.
Verset 24.
αρξαμενου δε αυτου συναιρειν προσηνεχθη αυτω εις οφειλετης μυριων ταλαντων
Et quand il eut commencé à compter, on lui en amena un qui devait dix mille talents.

 Shekel (monnaie juive) frappée  vers 66-70 ap.J.C.

μυριων ταλαντων
- dix mille talents :
1. "μυριοι" est l'unité de compte la plus élevée en grec ; c'est le pluriel d'un terme tombé en désuétude. On le traduit:
- numériquement par "dix mille";
- plus fréquemment, et de façon symbolique, par "d'innombrables", "un nombre incommensurable de".
2. Un "talent" est une monnaie pesant (selon les lieux et les époques) entre 35 et 60 kg d'argent ou d'or.
C'est l'équivalent d'environ 6000 deniers.
Or le denier (voir plus bas, v.28) d'argent équivaut au salaire journalier d'un ouvrier agricole (travail à peu près équivalent de nos jours, quant à sa rétribution, à celui d'un agent de maîtrise confirmé).
Le "talent" est donc à peu près l'équivalent de 6000 jours, soit encore d'environ 20 ans de travail d’un journalier (à supposer qu’il travaille tous les jours).
3. Autrement dit, si l'on traduit "μυριοι" par "dix mille", la somme évoquée est  d'environ soixante millions de deniers, ou de journées de travail (20 000 ans)!
Bien évidemment, si Jésus a choisi un nombre si improbable, c'est volontairement - afin de montrer le montant de la "dette" en péchés que nous avons envers Dieu.
 
Verset 25.
μη εχοντος δε αυτου αποδουναι εκελευσεν αυτον ο κυριος αυτου πραθηναι και την γυναικα αυτου και τα τεκνα και παντα οσα ειχεν και αποδοθηναι
Et comme il n'avait pas de quoi payer, son seigneur ordonna qu'il fût vendu, lui, et sa femme, et ses enfants, et tout ce qu'il avait; et que la dette fût remboursée.
πραθηναι - qu'il fût vendu: Comme esclave.
Au sein du peuple hébreu, les esclaves hébreux étaient libérés au bout de sept ans (Ex 21,2 ; Lv 25,39-41 ; Dt 15,12) ; ce qui ne permettra donc
certainement jamais au "seigneur" de récupérer ce qui lui est dû - et ce, quels que soient le nombre des enfants, leur âge, et la valeur de "tout ce qu'il avait"!
 
Verset 26.
πεσων ουν ο δουλος προσεκυνει αυτω λεγων κυριε μακροθυμησον επ εμοι και παντα σοι αποδωσω
Le serviteur, se jetant à terre, se prosterna devant lui, et dit: Seigneur, aie patience envers moi, et je te paierai tout.
 
<- La parabole du mauvais serviteur (détail; voir tableau et descriptif au v.35)
Verset 27.
σπλαγχνισθεις δε ο κυριος του δουλου εκεινου απελυσεν αυτον και το δανειον αφηκεν αυτω
Et le seigneur de ce serviteur, touché de compassion, le relâcha et lui remit la dette.
 







Verset 28.
εξελθων δε ο δουλος εκεινος ευρεν ενα των συνδουλων αυτου ος ωφειλεν αυτω εκατον δηναρια και κρατησας αυτον επνιγεν λεγων αποδος μοι ο τι οφειλεις
ενα των συνδουλων - un de ceux qui étaient serviteurs avec lui: Nous traduirions aujourd'hui "συνδουλος" , litt. "qui est serviteur avec", par "collègue".
εκατον δηναρια - cent deniers: 1. C'est-à-dire (voir note, v.24) l'équivalent de 100 jours de travail d'un ouvrier agricole.
2. La disproportion entre les deux dettes souligne à quel point nos offenses envers Dieu dépassent celles de notre prochain envers nous.

 Première monnaie juive frappée en Israël, vers 330 av.J.C. Elle porte, en ancien hébreu, l'inscription "YEHUD" (nom araméen de la Judée)
(Musée d'Israël, Jérusalem) ->

Verset 29.
πεσων ουν ο συνδουλος αυτου εις τους ποδας αυτου παρεκαλει αυτον λεγων μακροθυμησον επ εμοι και παντα αποδωσω σοι
Celui donc qui était serviteur avec lui, se jetant à ses pieds, le supplia, disant: Use de patience envers moi, et je te paierai.

Verset 30.
ο δε ουκ ηθελεν αλλ απελθων εβαλεν αυτον εις φυλακην εως ου αποδω το οφειλομενον
Mais l'autre ne voulut pas, et il alla le jeter en prison, jusqu'à ce qu'il eût payé la dette.
 
<- Monnaie d'argent romaine, représentant des attributs de la légion.

Verset 31.
ιδοντες δε οι συνδουλοι αυτου τα γενομενα ελυπηθησαν σφοδρα και ελθοντες διεσαφησαν τω κυριω αυτων παντα τα γενομενα
Or ceux qui étaient serviteurs avec lui, voyant ce qui était arrivé, furent extrêmement affligés, et s'en vinrent et déclarèrent à leur seigneur tout ce qui s'était passé.

Verset 32.
τοτε προσκαλεσαμενος αυτον ο κυριος αυτου λεγει αυτω δουλε πονηρε πασαν την οφειλην εκεινην αφηκα σοι επει παρεκαλεσας με
Alors son seigneur, l'ayant appelé auprès de lui, lui dit: Méchant serviteur, je t'ai remis toute cette dette, parce que tu m'en as s
upplié;
Verset 33.
ουκ εδει και σε ελεησαι τον συνδουλον σου ως και εγω σε ηλεησα
n'aurais-tu pas dû aussi avoir pitié de celui qui est serviteur avec toi, comme moi aussi j'ai eu pitié de toi?
ελεησαι - avoir pitié: Voir 5,7;6,12//Lc 11,4 (voir notes à cette page).
Verset 34.
και οργισθεις ο κυριος αυτου παρεδωκεν αυτον τοις βασανισταις εως ου αποδω παν το οφειλομενον αυτω
Et son seigneur, en colère, le livra aux bourreaux, jusqu'à ce qu'il eût payé tout ce qui lui était dû.
La parabole du mauvais serviteur
Maître allemand anonyme (actif dans l'Allemagne du Nord vers 1560)
À l'arrière-plan, le maître fait ses comptes; le serviteur s'est jeté à ses genoux (v.26); au premier plan, le seigneur condamne le serviteur (v.34) pour son intransigeance.

Verset 35.
ουτως και ο πατηρ μου ο επουρανιος ποιησει υμιν εαν μη αφητε εκαστος τω αδελφω αυτου απο των καρδιων υμων τα παραπτωματα αυτων
Ainsi aussi mon Père céleste vous fera, si vous ne pardonnez pas de tout votre cœur, chacun à son frère.
εαν μη αφητε - si vous ne pardonnez pas: Ayant reçu le pardon de Dieu, les disciples sont invités à faire preuve, sincèrement, de la même grâce à l'égard de leurs frères et sœurs qui se repentent (voir 6,12;15).
 
Méditation:
- Du Bienheureux Jean-Paul II, Encyclique « Dives in misericordia » (= "Riches en miséricorde") ch. 7, §14
 
      L'Église doit considérer comme un de ses principaux devoirs -- à chaque étape de l'histoire, et spécialement à l'époque contemporaine -- de proclamer et d'introduire dans la vie le mystère de la miséricorde, révélé à son plus haut degré en Jésus Christ. Ce mystère est, non seulement pour l'Église elle-même comme communauté des croyants, mais aussi en un certain sens pour tous les hommes, source d'une vie différente de celle qu'est capable de construire l'homme exposé aux forces tyranniques de la concupiscence qui sont à l'œuvre en lui. Et c'est au nom de ce mystère que le Christ nous enseigne à toujours pardonner. Combien de fois répétons-nous les paroles de la prière que lui-même nous a enseignée, en demandant : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés » (Mt 6,12), c'est-à-dire à ceux qui sont coupables à notre égard.
      Il est vraiment difficile d'exprimer la valeur profonde de l'attitude que de telles paroles définissent et inculquent. Que ne révèlent-elles pas à tout homme, sur son semblable et sur lui-même ! La conscience d'être débiteurs les uns envers les autres va de pair avec l'appel à la solidarité fraternelle que saint Paul a exprimé avec concision en nous invitant à nous « supporter les uns les autres avec charité » (Ep 4,2). Quelle leçon d'humilité est ici renfermée à l'égard de l'homme, du prochain en même temps que de nous-mêmes ! Quelle école de bonne volonté pour la vie en commun de chaque jour, dans les diverses conditions de notre existence !
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Mt 20,1-16a.

"Mes chemins ne sont pas vos  chemins" déclarait le Seigneur dans l'oracle rapporté en Is 55,8 (à cette page).
Jésus le montre dans une parabole, choquante à dessein, pour amener les auditeurs à rectifier éventuellement leur idée de la justice divine, et à s'interroger sur la manière dont ils envisagent et assument leur service du Seigneur.

Chacun doit travailler avec ardeur dans la vigne - image biblique classique du Royaume.
La vigne d'Israël (icône en terre cuite, fin VIème-VIIème s.)- Site de Vinicko Kale à Vinica (Macédoine) - Musée national de la république de Macédoine, Skopje ->

Les restes de l'inscription latine
+VINEAMEXAEGYPTOTR[ANSTUL]ISTI+ ("la vigne que tu as retirée d'Egypte") font allusion au destin du peuple de Dieu, selon le Ps 80.
Mais il ne faut pas oublier que:
- le "salaire" est un don absolument gratuit de la bonté de Dieu: nul ne saurait le revendiquer comme un dû;
- ce "salaire" est d'une valeur au-delà de toute mesure: on ne saurait en discuter le montant;
- il faut donc recevoir ce "salaire" avec action de grâce - et se réjouir de voir que d'autres en bénéficient également.


Salomon KONINCK- Parabole des ouvriers de la vigne (1647-49) - L'Ermitage, Saint-Petersbourg

On notera que le jeune journalier qui récrimine montre un vieillard courbé (voir vv.6-7) - qui a certainement  moins travaillé que lui, mais repart en regardant avec émerveillement la pièce d'argent qu'il a dans la main: voir détail ci-contre ->

Remarques:
Sur l'évangile selon saint Matthieu: voir à cette page.
Sur Mt 20,1-16:
La parabole du vigneron et de ses ouvriers - qui ne se trouve que chez Matthieu - développe le principe de 19,30: "Bon nombre des premiers seront les derniers, et des derniers <seront> les premiers", énoncé à nouveau en 20,16.
La grâce fait une œuvre à proprement parler "renversante": elle n'obéit pas à la loi de la "place du marché" (v.3), du mérite; et donne autant aux collecteurs d'impôts et autres pécheursz notoires repentis (voir 21,32) qu'aux premiers convertis: cela vaut la peine de travailler dans la vigne du Maître!...
Traduction et notes:
 
Verset 1.
ομοια γαρ εστιν η βασιλεια των ουρανων ανθρωπω οικοδεσποτη οστις εξηλθεν αμα πρωι μισθωσασθαι εργατας εις τον αμπελωνα αυτου
Car le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui sortit  afin de louer, dès le point du jour, des ouvriers pour sa vigne.
• μισθωσασθαι εργατας - louer des ouvriers: En période de récolte, l'embauche de main d'œuvre supplémentaire était nécessaire. Le fait que le maître embauche des journaliers à plusieurs reprises confirme qu'on est en période de surcharge de travail.
 
Verset 2.
συμφωνησας δε μετα των εργατων εκ δηναριου την ημεραν απεστειλεν αυτους εις τον αμπελωνα αυτου
Et étant tombé d'accord avec les ouvriers pour un denier par jour, il les envoya dans sa vigne.
εκ δηναριου την ημεραν - pour un denier par jour: Voir Mt 18,24;28; salaire parfaitement normal, puisque - par définition - le denier d'argent équivaut au salaire journalier d'un ouvrier agricole (travail à peu près équivalent de nos jours, quant à sa rétribution, à celui d'un agent de maîtrise confirmé).
 
Verset 3.
και εξελθων περι την τριτην ωραν ειδεν αλλους εστωτας εν τη αγορα αργους
Et sortant vers la troisième heure, il en vit d'autres qui étaient sur la place du marché à ne rien faire;
περι την τριτην ωραν - vers la troisième heure: La journée était divisée dans tout le monde romanisé en 12 "heures" de jour et 12 "heures" de nuit; comme les nuits sont plus longues en hiver, et les jours en été, les "heures" n'ont pas la même durée selon la saison et le lieu.
En ces lieux et à cette saison, on peut néanmoins considérer que le soleil se lève vers 6h (fin de la 12ème heure de la nuit et début de la 1ère heure du jour) et se couche vers 18h (fin de la 12ème heure du jour et début de la 1ère heure de la nuit).
La "troisième heure" ici correspond donc à peu près à 9h.
Versets 4-5.
κακεινοις ειπεν υπαγετε και υμεις εις τον αμπελωνα και ο εαν η δικαιον δωσω υμιν
et il dit à ceux-ci: Allez, vous aussi, dans la vigne, et je vous donnerai ce qui sera juste;
οι δε απηλθον παλιν εξελθων περι εκτην και εννατην ωραν εποιησεν ωσαυτως
et ils y allèrent. Sortant encore vers la sixième heure et vers la neuvième heure, il fit de même.
περι εκτην και εννατην ωραν - vers la sixième heure et vers la neuvième heure: Donc à midi (la "sixième heure" du jour étant toujours à midi) et à 15h environ.
Verset 6.
περι δε την ενδεκατην ωραν εξελθων ευρεν αλλους εστωτας αργους και λεγει αυτοις τι ωδε εστηκατε ολην την ημεραν αργοι
Et sortant vers la onzième heure, il en trouva d'autres qui étaient là; et il leur dit: Pourquoi vous tenez-vous ici tout le jour sans rien faire?
περι [...] την ενδεκατην ωραν - vers la onzième heure: Donc vers 17h, soit une heure environ seulement avant la (rapide en ces lieux) tombée de la nuit, donc la fin de la journée de travail; il est vraisemblable que si "personne n'a engagé" (v.7) ces hommes c'est qu'ils n'étaient pas aptes à fournir un travail très efficace (vieillards, malades, handicapés, etc.).

Versets 7-13.
λεγουσιν αυτω οτι ουδεις ημας εμισθωσατο λεγει αυτοις υπαγετε και υμεις εις τον αμπελωνα και ο εαν η δικαιον ληψεσθε
Ils lui disent: Parce que personne ne nous a engagés. Il leur dit: Allez, vous aussi, dans la vigne, et vous recevrez ce qui sera juste.
οψιας δε γενομενης λεγει ο κυριος του αμπελωνος τω επιτροπω αυτου καλεσον τους εργατας και αποδος αυτοις τον μισθον αρξαμενος απο των εσχατων εως των πρωτων
Et le soir étant venu, le maître de la vigne dit à son intendant: Appelle les ouvriers, et paie-leur leur salaire, en commençant depuis les derniers jusqu'aux premiers.
και ελθοντες οι περι την ενδεκατην ωραν ελαβον ανα δηναριον
Et lorsque ceux qui avaient été engagés vers la onzième heure furent venus, ils reçurent chacun un denier;
ελθοντες δε οι πρωτοι ενομισαν οτι πλειονα ληψονται και ελαβον και αυτοι ανα δηναριον
et quand les premiers furent venus, ils croyaient recevoir davantage; mais ils reçurent, eux aussi, chacun un denier.
λαβοντες δε εγογγυζον κατα του οικοδεσποτου
Et l'ayant reçu, ils murmuraient contre le maître de maison,
λεγοντες οτι ουτοι οι εσχατοι μιαν ωραν εποιησαν και ισους ημιν αυτους εποιησας τοις βαστασασιν το βαρος της ημερας και τον καυσωνα
disant: Ces derniers n'ont travaillé qu'une heure, et tu les as faits égaux à nous qui avons porté le faix du jour et la chaleur.
ο δε αποκριθεις ειπεν ενι αυτων εταιρε ουκ αδικω σε ουχι δηναριου συνεφωνησας μοι
Et lui, répondant, dit à l'un d'entre eux: Mon ami, je ne te fais pas tort: n'es-tu pas convenu avec moi d'un denier?
ουκ αδικω σε - je ne te fais pas tort: En effet, les premiers arrivés n'ont rien perdu, puisqu'ils ont été normalement payés (voir v.2), au prix convenu. En revanche, les derniers arrivés ont bénéficié de la générosité du maître.
On pensera, en décryptant la parabole, au "bon larron": parce qu'il a reconnu en Jésus supplicié le Messie, il est le premier "saint" du NT, le premier accueilli au Paradis par Jésus!
Les journaliers qui protestent ne s'indignent donc pas contre une injustice - mais font preuve de jalousie envers ceux qui ont bénéficié de cette générosité, au lieu de s'en réjouir et de l'admirer (voir v.15).
Versets 14-15.
αρον το σον και υπαγε θελω δε τουτω τω εσχατω δουναι ως και σοι
Prends ce qui est à toi et pars. Mais je veux donner à ce dernier autant qu'à toi.
η ουκ εξεστιν μοι ποιησαι ο θελω εν τοις εμοις ει ο οφθαλμος σου πονηρος εστιν οτι εγω αγαθος ειμι
Ne m'est-il pas permis de faire ce que je veux de ce qui est mien? Ton œil est-il méchant, parce que moi, je suis bon?
εγω αγαθος ειμι - moi, je suis bon: Voir 19,17. La grâce ne fonctionne pas selon les systèmes et les calculs humains ; elle est difficile à accepter et même méprisée par ceux qui pensent que quelque chose leur est dû.
Verset 16.
ουτως εσονται οι εσχατοι πρωτοι και οι πρωτοι εσχατοι πολλοι γαρ εισιν κλητοι ολιγοι δε εκλεκτοι
Ainsi les derniers seront les premiers, et les premiers les derniers, car il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus.
Méditation:
De Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l'Église, Homélies sur l'Évangile.

      Le Seigneur ne cesse en aucun temps d'envoyer des ouvriers pour cultiver sa vigne...: par les patriarches, puis par les docteurs de la Loi et les prophètes, enfin par les apôtres, il travaillait, en quelque sorte, à cultiver sa vigne par l'entremise de ses ouvriers. Tous ceux qui, à une foi droite, ont joint les bonnes œuvres ont été les ouvriers de cette vigne...
      Les ouvriers du point du jour, de la troisième, de la sixième et de la neuvième heure désignent donc l'ancien peuple hébreu, qui, s'appliquant...depuis le commencement du monde, à rendre un culte à Dieu avec une foi droite, n'a pas cessé, pour ainsi dire,  de travailler à la culture de la vigne. Mais à la onzième heure, les païens sont appelés, et c'est à eux que s'adressent ces paroles : « Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ? » Car tout au long de ce si grand laps de temps traversé par le monde, les païens avaient négligé de travailler en vue de la vie éternelle, et ils étaient là, en quelque sorte, toute la journée, sans rien faire. Mais remarquez, mes frères, ce qu'ils répondent à la question qui leur est posée : « Parce que personne ne nous a embauchés ». En effet, aucun patriarche ni aucun prophète n'était venu à eux. Et que veut dire : « Personne ne nous a embauchés pour travailler » sinon : « Personne ne nous a prêché les chemins de la vie » ?
      Mais nous, que dirons-nous donc pour notre excuse, si nous nous abstenons des bonnes œuvres ? Songez que nous avons reçu la foi au sortir du sein de notre mère, entendu les paroles de vie dès notre berceau, et sucé aux mamelles de la sainte Église le breuvage de la doctrine céleste en même temps que le lait maternel.
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