Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

Évangile selon
saint Matthieu

(3 - Chapitres 9 à 12)

Les Pères de l'Eglise ont rattaché chacun des quatre évangélistes à l'un des "quatre Vivants" de l'Apocalypse entourant le Christ en gloire; saint Matthieu est représenté par un "fils d'homme", parce que son Evangile commence par la généalogie de Jésus.


Saint Matthieu symbolisé par le "fils d'homme":








Mosaïque - Mausolée de Galla Placidia - Ravenne ->





<- Plaque de reliure émaillée, XIIème siècle - Musée de Cluny, Paris.




Détail de broderie (fils d'or et d'argent sur velours) pour ornement liturgique - 1681 - Couvent patriarcal de Bzommar (Liban) ->





Introduction aux évangiles, à l'Évangile selon saint Matthieu: à cette page.

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• Mt 11,25-30.

Au cours de sa prédication, Jésus a connu échecs et oppositions: il s'est heurté à l'incompréhension de beaucoup.
Mais il y avait les "petits" (les "ענוים ‛ânâwim", voir cette page), ceux qu'il a déclarés "heureux". Leur accueil compense de loin le rejet des autres.
C'est à Dieu son Père que Jésus attribue, dans l'action de grâce, l'intelligence dont les simples font preuve. Ils savent que l'Évangile ne va pas sans renoncements et sacrifices coûteux, ceux de l'amour - qu'on ne peut pas appeler "joug" ni "fardeau", car l'amour libère.

Sur l'évangile selon saint Matthieu: voir à cette page.

Sur Mt 11,1-30:
Le royaume est proclamé (chap.10; chap.11,v.1).
Cependant, comme certains des prophètes qui l'ont précédé (Élie: 1R 19,3-4; Jérémie: Jr 20,14-18; le psalmiste: Ps 89,39-52), Jean le Baptiste doute: sa foi est mise à l'épreuve par l'emprisonnement (vv.2-3).
S'adressant à ses émissaires, Jésus répond à ses questions en lui parlant des signes du royaume qu'il opère au milieu du peuple et qui accomplissent les promesses du PT (vv.4-6; voir Is 35,5-6;61,1).
S'adressant à la foule, le Maître prend la défense du Précurseur car elle n'a pas compris qui il était (vv.7-15): face à lui, comme face au Fils de l'homme, elle réagit d'une manière contraire à ce que Dieu désire, prouvant son aveuglement devant les œuvres qui signalent la présence de la Sagesse en son sein (vv.16-19).
C'est pourquoi, à la manière des prophètes du PT (Is 3,9-11; Jr 13,27; Ez 24,6-9), Jésus se lamente sur les villes de Galilée, trop sûres d'elles-mêmes pour se repentir et qui n'ont pas su comprendre le sens des miracles qu'il a accomplis (vv.20-24).
Cependant, Jésus le sait, la connaissance du Père est offerte à ceux qu, volontairement,se mettent à l'école de la Sagesse en se plaçant sous son joug (vv.25-29). 


Traduction et remarques:

Verset 25.
 ᾿Εν ἐκείνῳ τῷ καιρῷ ἀποκριθεὶς ὁ ᾿Ιησοῦς εἶπεν· ἐξομολογοῦμαί σοι, πάτερ, κύριε τοῦ οὐρανοῦ καὶ τῆς γῆς, ὅτι ἀπέκρυψας ταῦτα ἀπὸ σοφῶν καὶ συνετῶν, καὶ ἀπεκάλυψας αὐτὰ νηπίοις·
En ce temps-là, Jésus, répondant, dit: Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et que tu les as révélées aux petits enfants.
ἀποκριθείς - répondant: Le verbe "ἀποκρίνομαι apokrinomaï" a - en grec classique - pour sens littéral "conclure pour soi-même", d'où "répondre". Mais, par hébraïsme (comp. le verbe-racine "ענה ‛ânâh" I - voir à cette page), il a pris le sens de "prendre la parole", "se mettre à parler" (même s'il n'y a pas eu d'autre intervenant auparavant), lorsqu'il précède un discours, un monologue, ou, comme ici, une prière.
νηπίοις - aux petits enfants:
-- Dans la société antique, l'enfant n'est pas symbole d'innocence (attention aux contre-sens possibles, par ex. sur 18,2-3!) mais de dépendance: il n'a ni pouvoir ni même statut, il dépend entièrement des autres (ses parents).
Il est donc l'exact équivalent des "ענוים ‛ânâwim" (voir cette page) du PT, qui n'ont aucun statut social, et qui dépendent de la "צדקה tsedâqâh", c'est-à-dire de la justice que les hommes doivent appliquer envers les plus faibles au nom de l'Éternel (voir cette page).
-- De nombreux textes du PT montrent que la sagesse est souvent cachée à ceux qui prétendent la détenir (par ex. Jb 12,2;24-25; Is 19,11-13; 29,14; Jr 8,8-9; Ez 28,3-12).
 
Verset 26.
ναί, ὁ πατήρ, ὅτι οὕτως ἐγένετο εὐδοκία ἔμπροσθέν σου.
Oui, Père, car c'est ce que tu as trouvé bon devant toi.
ἔμπροσθέν σου - devant toi: Hébraïsme (= "devant ta face") pour désigner la personne; nous dirions simplement "c'est ce qui t'a semblé bon"; Louis Segond traduit, par ex. "tu l'as voulu ainsi". La traduction liturgique "force" le sens de "εὐδοκία" en parlant de "bonté", notion qui n'est pas dans le terme grec (il s'agit simplement de ce qui est "convenable", "(bien)séant", "bon" au sens neutre: "trouver bon de faire qq ch.").

Verset 27.
Πάντα μοι παρεδόθη ὑπὸ τοῦ πατρός μου· καὶ οὐδεὶς ἐπιγινώσκει τὸν υἱὸν εἰ μὴ ὁ πατήρ, οὐδὲ τὸν πατέρα τις ἐπιγινώσκει εἰ μὴ ὁ υἱὸς καὶ ᾧ ἐὰν βούληται ὁ υἱὸς ἀποκαλύψαι.
Toutes choses m'ont été livrées par mon Père; et personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père; ni personne ne connaît le Père, si ce n'est le Fils, et celui à qui le Fils voudra le révéler.
τὸν υἱόν - ὁ υιός - ὁ υιός - le Fils: L'emploi absolu de la locution "le Fils" (à distinguer nettement de la locution "Fils de Dieu", que l'on trouve par ex. en 16,16) souligne la conscience que Jésus avait de son rapport exclusif avec le Père, qu'il appelle d'abord ici "πατήρ μου, mon Père".
La suite du v. souligne le rôle de Médiateur du Fils, "révélateur" du Père.
Ce v. est le plus johannique des
synoptiques(voir par ex. Jn 5,16-30;17).

Verset 28.
 Δεῦτε πρός με πάντες οἱ κοπιῶντες καὶ πεφορτισμένοι, κἀγὼ ἀναπαύσω ὑμᾶς.
Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi, je vous donnerai du repos.
ἀναπαύσω ὑμᾶς - je vous donnerai du repos: Voir Jr 6,16.

Verset 29.
ἄρατε τὸν ζυγόν μου ἐφ᾿ ὑμᾶς καὶ μάθετε ἀπ᾿ ἐμοῦ, ὅτι πρᾷός εἰμι καὶ ταπεινὸς τῇ καρδίᾳ, καὶ εὑρήσετε ἀνάπαυσιν ταῖς ψυχαῖς ὑμῶν·
Prenez mon joug sur vous, et apprenez de moi, car je suis débonnaire, et humble de coeur; et vous trouverez le repos de vos âmes.
ἄρατε τὸν ζυγόν μου ἐφ᾿ ὑμᾶς - Prenez mon joug sur vous: C'est-à-dire "soumettez-vous à mon autorité". Le "joug" était parfois employé comme une image positive de la Loi; ici, il renvoie à l'enseignement de Jésus.
• μάθετε ἀπ᾿ ἐμοῦͅ - apprenez de moi: C'est-à-dire "mettez-vous à mon école"; en effet Jésus est la Sagesse (v.17) dont parle, en particulier, Pr 1-9 (8,22-36). Il est le Rabbi qui révèle le Père aux hommes.
πρᾷός εἰμι καὶ ταπεινὸς τῇ καρδίᾳ - je suis débonnaire, et humble de coeur: Voir 5,5 et notes à cette page.
Une juste relation à Jésus rend sa Loi, son "joug", "aisé" (v.30).

Verset 30.
 ὁ γὰρ ζυγός μου χρηστὸς καὶ τὸ φορτίον μου ἐλαφρόν ἐστιν.
Car mon joug est aisé et mon fardeau est léger.


Méditation:

- De Saint Aelred de Rielvaux (1110-1167), moine cistercien - Le Miroir de la charité, I, 30-31

      Ceux qui se plaignent de la rudesse du joug du Seigneur n'ont peut-être pas rejeté complètement le joug si pesant de la convoitise du monde [...] Dites-moi, quoi de plus doux, quoi de plus reposant que de n'être plus agité par les mouvements déréglés de la chair [...]? Quoi d'aussi proche de la tranquillité divine que de n'être plus ému par les affronts qui nous sont faits, de n'être effrayé par nul tourment, nulle persécution, mais de garder un calme identique dans le bonheur et le malheur, de voir d'un même œil ennemi ou ami, de se rendre semblable à Celui « qui fait lever son soleil sur les bons et sur les mauvais, et pleuvoir sur les justes et sur les injustes » ? (Mt 5,45)

      Tout cela se trouve dans la charité, et rien que dans la charité. C'est de même en elle que résident la vraie tranquillité, la vraie douceur, car c'est elle le joug du Seigneur. Si, à l'invitation du Seigneur, nous le portons, nous trouverons le repos pour nos âmes, car « le joug du Seigneur est doux et son fardeau léger ». C'est que « la charité est patiente, elle est serviable, elle ne s'enfle pas, elle n'agit pas de travers, elle n'est pas ambitieuse » (1Co 13,4-5).

      Les autres vertus sont pour nous comme un véhicule pour un homme fatigué, ou comme la nourriture pour un voyageur, ou une lumière pour des gens perdus dans les ténèbres, ou des armes pour un combattant. Mais la charité –- qui doit se trouver dans toutes les vertus pour qu'elles soient des vertus –- est par elle-même, d'une manière toute spéciale, le repos du fatigué, la demeure du voyageur, la pleine lumière pour celui qui parvient au but et la couronne parfaite de celui qui remporte la victoire.

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