Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven




Les Épîtres
de saint Paul





(4 - Épîtres pastorales;
Épitre à  Philémon)
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Les épîtres "pastorales"

     Les deux lettres à Timothée forment avec la lettre à Tite un ensemble dénommé, depuis le XVIIIe siècle, les « épîtres pastorales », qui traitent toutes trois des vertus nécessaires aux chefs de communauté pour assumer leurs responsabilités.
   
Les deux premières sont adressées à Timothée, né à Lystres, en Lycaonie, d’un père grec et d’une mère juive. En bon pharisien, Paul, entreprenant son deuxième voyage missionnaire, n’hésite pas à le faire circoncire (Ac 16,1-3; 2 Tm 1-5). Timothée fut associé aux principales étapes de la vie de Paul; celui-ci, pendant son ultime captivité, alors qu’il attendait sa mise à mort, tournait encore ses pensées vers son « enfant aimé » (2 Tm 1,2; 4,9).
   Tite, jamais mentionné dans les Actes, était d’origine païenne, et comme tel incirconcis. Il accompagne Paul à Jérusalem quand il y défend le droit des goïm de ne pas être soumis à toutes les mitsvot, et il est aussi avec lui au cours de son deuxième voyage missionnaire.
  
    L’objet principal des trois lettres pastorales vise l’organisation et la direction des Églises, qui ont le plus urgent besoin d’être consolidées. Elles s’analysent ainsi:
    Première lettre à Timothée:
I.  Salutations (1,1-2).
II.  Le combat contre les fausses doctrines (1,3-7).
III.  Le rôle de la Tora et la vocation de Paul (1,8-20).
IV.  La direction d’une communauté (2,1-3,16).
V.  Les souffles errants (4,1-16).
VI.  Les relations du chef et de sa communauté (5,1-6,2).
VII.  Conclusions et salutation finale (6,3-21).
    Deuxième lettre à Timothée (reprend et développe des thèmes voisins):
I.  Salutations (1,1-5).
II.  Souffrir pour l’Annonce (1,6-2,13).
III.  Éviter le verbiage profane (2,14-4,5).
IV.  Le testament de Paul (4,6-18).
V.  Salutations finales (4,19-22).
    Plus brève, la lettre à Tite est ainsi composée:
I.  Salutations (1,1-4).
II.  Les vertus d’un chef (1,5-16).
III.  Ce qui convient à l’enseignement sain (2,1-3,11).
IV.  Salutations finales (3,12-15).

    L’influence de ces trois lettres pastorales demeure profonde dans la vie quotidienne des Églises; elles y ont introduit des idées qui inspirent aussi l’organisation du culte synagogal tel qu’il fut prévu par les pharisiens: permettre l’évolution et les progrès d’une foi vivante, sans empêcher l’infusion de l’esprit, et sans compromettre la stabilité de la communauté.
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Les Lettres à Timothée

• 1Tm 1, 12-17

Un persécuteur acharné est converti, "retourné", par la grâce de Dieu, sans aucun mérite personnel...
Le pardon est d'une telle générosité que celui qui ne savait que "blasphémer, persécuter, insulter" se voit confier le ministère d'apôtre...
Qui pourrait encore douter de l'infinie miséricorde divine, capable de transformer aussi radicalement un pécheur?

Sur l'épître, Paul et les épîtres pauliniennes : Voir à cette page.

Sur les épîtres pastorales et les Lettres à Timothée : Voir ci-dessus

Sur 1Tm 1 :
• Dans les salutations (vv.1-2), Paul se présente comme "apôtre de Jésus Christ, par ordre de Dieu notre Sauveur et de Jésus Christ notre espérance": le titre paraît un peu solennel pour une lettre personnelle; il laisse donc supposer 
- que Paul souhaitait que les instructions données à Timothée fussent également reçues par l'Église;
- que Timothée reçût de la part de Paul l'autorité nécessaire pour les communiquer efficacement (voir l'insistance de Paul sur son apostolat en 12-16).
• Contrairement aux épîtres adressées aux Églises, 1Tm ne débute pas par une prière de reconnaissance; on y entre directement dans le vif du sujet (vv.3-7): certains qui, dans l'Église d'Éphèse, se présentent comme des enseignants de la Loi, enseignent en fait de fausses doctrines et détournent l'Église de sa vraie mission. Timothée a reçu de Paul la charge de régler ce problème. 
• C'est pourquoi Paul donne des précisions sur la Loi et sur son rôle (vv.8-10). Il cite une liste de péchés (comme on en trouve plusieurs dans ses écrits - par ex. en Rm 1,29-33; 1Co 5,11; 6,9-10; Ga 5,19-21; 2Tm 3,2-4): 
- les six premiers termes de cette liste sont groupés deux par deux: "les méchants et les rebelles, les impies et les pécheurs, les irréligieux et les profanes";
- les suivants sont assez proches des fautes condamnées par le Décalogue: "les parricides (5ème commandement), les meurtriers (6ème), les impudiques et les sodomites (7ème), les marchands d'esclaves (8ème), les menteurs et les parjures (9ème)".
• De la Loi, Paul passe à l'Évangile (v.11), expression de la grâce Dieu dont il a lui-même bénéficié (vv.12-16) et dont la pensée le conduit à la reconnaissance et à l'adoration (v.17).
C'est cette grâce qui a fait naître en lui la foi et l'amour (v.14) dont les faux enseignants se sont détournés (vv.4-6).
• Finalement (vv.18-20) Paul revient aux instructions adressées à Timothée (3-7) et, lui rappelant son appel au service de Dieu, l'incite à tenir ferme dans le combat de la foi.

Traduction et remarques :

Versets 12-13.
᾿Χάριν ἔχω τῷ ἐνδυναμώσαντί με Χριστῷ ᾿Ιησοῦ τῷ Κυρίῳ ἡμῶν, ὅτι πιστόν με ἡγήσατο, 
Je rends grâces à celui qui m'a fortifié, à Jésus Christ notre Seigneur, de ce qu'il m'a jugé fidèle, 
θέμενος εἰς διακονίαν, τὸ πρότερον ὄντα βλάσφημον καὶ διώκτην καὶ ὑβριστήν· ἀλλ᾿ ἠλεήθην, ὅτι ἀγνοῶν ἐποίησα ἐν ἀπιστίᾳ, 
en m'établissant dans le ministère, moi qui étais auparavant un blasphémateur, un persécuteur, un homme violent. Mais j'ai obtenu miséricorde, parce que j'agissais par ignorance, dans l'incrédulité;
• βλάσφημον καὶ διώκτην - un blasphémateur, un persécuteur: Voir Ac 8,3; 9,1; 22,4-5; 26,10-11.
• ἀγνοῶν - par ignorance: Litt. "en étant ignorant". Cette "ignorance" n'est pas une circonstance atténuant sa culpabilité, et n'ôte rien à la grâce de Dieu; Paul distingue néanmoins (comme en Nb 15,22-31) la faute commise délibérément, en toute connaissance de cause, de la faute commise par celui qui ne connaît pas la vérité.


<- La conversion de saint Paul – Enluminure, tempera et or sur parchemin (Miss. 558, fol. 21), vers 1430 – Fra Angelico (vers 1400-1455) – Museo di San Marco, Florence

Verset 14.
ὑπερεπλεόνασε δὲ ἡ χάρις τοῦ Κυρίου ἡμῶν μετὰ πίστεως καὶ ἀγάπης τῆς ἐν Χριστῷ ᾿Ιησοῦ.  
et la grâce de notre Seigneur a surabondé, avec la foi et la charité qui est en Jésus Christ.
• ὑπερεπλεόνασε δὲ ἡ χάρις - et la grâce a surabondé: Paul ne cache rien de son passé, mais il ne le fait pas de façon morbide: le rappel de ses crimes lui sert à magnifier la grâce de Dieu.
• πίστεως καὶ ἀγάπης - la foi et la charité: Ou "la foi et l'amour". Ce sont les réponses suscitées dans le cœur humain par l'œuvre et la grâce divines.
•  ἐν Χριστῷ ᾿Ιησοῦ - en Jésus Christ: Litt. "en Christ Jésus"; cette expression, qui apparaît 73 fois dans les épîtres pauliniennes (dans le reste du NT, seulement 3 fois dans 1P), s'accompagne selon les textes de diverses connotations; mais elle a été comprise, fondamentalement, de deux façons:- d'une manière "mystique" (l'union, ou la communion, au Christ);- d'une manière "juridique" (l'union au Christ comme notre représentant devant Dieu).Les textes favorisent cette seconde interprétation (en particulier lorsqu'ils établissent un parallèle opposant la situation des hommes "en Adam" et "en Jésus Christ").

Verset 15.
Πιστὸς ὁ λόγος καὶ πάσης ἀποδοχῆς ἄξιος, ὅτι Χριστὸς ᾿Ιησοῦς ἦλθεν εἰς τὸν κόσμον ἁμαρτωλοὺς σῶσαι, ὧν πρῶτός εἰμι ἐγώ. 
C'est une parole certaine et entièrement digne d'être reçue, que Jésus Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont je suis le premier. 
• Πιστὸς ὁ λόγος- C'est une parole certaine: Même expression en 3,1; 4,9; 2Tm 2,11; Tt 3,8. Elle met en valeur la "parole" qui va suivre.
• Χριστὸς ᾿Ιησοῦς ἦλθεν εἰς τὸν κόσμον ἁμαρτωλοὺς σῶσαι - Jésus Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs: L'apôtre, comme il va le dire, en est un exemple frappant; voir Lc 19,10: "ἦλθε ὁ Υἱὸς τοῦ ἀνθρώπου ζητῆσαι καὶ σῶσαι τὸ ἀπολωλὸς - le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu".
• 
πρῶτός εἰμι ἐγώ- je suis le premier: En s'appuyant sur l'étymologie de ce mot, on pourrait traduire par "le proto-type". Paul, le persécuteur de l'Église, celui qui a "persécuté, blasphémé, violenté" (v.13) le Seigneur à travers ses disciples est comme le prototype des pécheurs qui seront sauvés et donc, particulièrement, des païens qui se convertissent (v.16; voir 1Co 15,9).

Versets 16-17.
ἀλλὰ διὰ τοῦτο ἠλεήθην, ἵνα ἐν ἐμοὶ πρώτῳ ἐνδείξηται ᾿Ιησοῦς Χριστὸς τὴν ἅπασαν μακροθυμίαν, πρὸς ὑποτύπωσιν τῶν μελλόντων πιστεύειν ἐπ᾿ αὐτῷ εἰς ζωὴν αἰώνιον. 
Mais j'ai obtenu miséricorde, afin que Jésus Christ fît voir en moi le premier toute sa longanimité, pour que je servisse d'exemple à ceux qui croiraient en lui pour la vie éternelle. 

τῷ δὲ βασιλεῖ τῶν αἰώνων, ἀφθάρτῳ, ἀοράτῳ, μόνῳ σοφῷ Θεῷ, τιμὴ καὶ δόξα εἰς τοὺς αἰῶνας τῶν αἰώνων· ἀμήν. 
"Au roi des siècles, immortel, invisible, seul Dieu, soient honneur et gloire, aux siècles des siècles! Amen"
• Le v.17 est probablement le texte d'une doxologie (ou peut-être l'extrait d'un cantique) de l'Église primitive (voir aussi 3,16; 6,15-16; 2Tm 2,11-13).
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• 1Tm 2, 1-8

Dans la liturgie en particulier, la prière d'action de grâce et d'intercession doit être en prise directe avec la vie quotidienne et universelle; elle s'adresse à Dieu "par Jésus Christ, son Fils unique, notre Seigneur", aux yeux de qui chacun est précieux. 

Sur l'épître, Paul et les épîtres pauliniennes : Voir à cette page.

Sur les épîtres pastorales et les Lettres à Timothée : Voir plus haut.

Sur 1Tm 2 :
Paul donne à Timothée des instructions précises concernant la vie de l'Église: la prière durant le culte (vv.1-7), l'attitude des hommes et des femmes dans la communauté (vv.8-15). Ces recommandations peuvent paraître au premier abord indépendantes du problème évoqué au chap.1; mais, séparées de la situation (voir introduction au chap.1, en particulier aux vv.3-7) traitée juste avant elles, elles perdraient une partie de leur sens.
Paul veut armer Timothée (voir 1,18) en lui donnant ses instructions:
- s'assurer que l'équilibre des sexes est maintenu dans la communauté (voir 1Co 11,1-16 pour l'expression du même souci);
-
s'assurer qu'y est également maintenu l'esprit qui doit gouverner la relation de la communauté avec le monde environnant.
Il devra rechercher en toute chose la paix (vv.2;8;11-12), gage de bonne santé, et que menace l'hérésie: dans la suite, l'apôtre continuera d'ailleurs à encourager
Timothée à affermir la communauté. 

Traduction et remarques :

Verset 1.
᾿Παρακαλῶ οὖν πρῶτον πάντων ποιεῖσθαι δεήσεις, προσευχάς, ἐντεύξεις, εὐχαριστίας, ὑπὲρ πάντων ἀνθρώπων,
J'exhorte donc, avant toutes choses, à prier, à adorer, à supplier, à remercier, pour tous les hommes,
δεήσεις, προσευχάς, ἐντεύξεις, εὐχαριστίας -à prier, à adorer, à supplier, à remercier: En tenant compte du fait que le mot "prière" a le sens premier de "demande", on a ici les différentes modalités de l'adresse à Dieu:
- la demande ("δέησις deēsis - prière, demande";"ἔντευξις enteuxis - supplication"),
- l'adoration ("προσευχή proseukh
")
- et l'action de grâce, les remerciements ("εὐχαριστία eucharistia").
ὑπὲρ πάντων ἀνθρώπων -pour tous les hommes: Paul insiste sur la nécessité de prier pour "tous", y compris pour les rois et ceux qui sont au pouvoir (v.2).

Verset 2.
ὑπὲρ βασιλέων καὶ πάντων τῶν ἐν ὑπεροχῇ ὄντων, ἵνα ἤρεμον καὶ ἡσύχιον βίον διάγωμεν ἐν πάσῃ εὐσεβείᾳ καὶ σεμνότητι.
pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté.
ὑπὲρ βασιλέων -pour les rois: Comp. Rm 13,1-5.
ἵνα ἤρεμον καὶ ἡσύχιον βίον διάγωμεν -afin que nous menions une vie paisible et tranquille: Dans sa prière, l'Église devrait exprimer le souci que Dieu lui-même a pour le monde (v.4) et prier pour le bien (v.3) du monde qui l'entoure (voir Jr 29,4-7). Cette prière ne devrait pas être égoïste, mais subordonnée au désir de Dieu de sauver tous les hommes (v.4) et à la volonté de mener une vie qui honore Dieu (comp. 6,1; 1Th 4,11-12).
εὐσεβείᾳ -piété: Le mot "εὐσέβεια eusébéïa" revient 8 fois dans cette lettre (3,16; 4,7;8 - deux fois; 6,3;5;6;11) et ne se trouve dans aucune des épîtres antérieures.
Paul insiste ici sur ce qui est visible dans le comportement chrétien, et donc sur ce qui contribue au témoignage.

Versets 3-4.
τοῦτο καλὸν καὶ ἀπόδεκτον ἐνώπιον τοῦ σωτῆρος ἡμῶν Θεοῦ,
Cela est bon et agréable devant Dieu notre Sauveur,
ὃς πάντας ἀνθρώπους θέλει σωθῆναι καὶ εἰς ἐπίγνωσιν ἀληθείας ἐλθεῖν.
qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité.
πάντας ἀνθρώπους -tous les hommes: Insistance sur la portée universelle du message du salut. Le désir de Dieu n'est pas de condamner mais de sauver (Ez 18,23;32; 33,11) - ce qu'expriment
- les soupirs divins du PT (Dt 5,29; Ps 81,14; Is 18,18),
- les soupirs de Jésus (Mt 23,37),
- et peut-être les gémissements de l'Esprit (Rm 8,26).
ἐπίγνωσιν ἀληθείας -la connaissance de la vérité: Comp. 3,15; 4,3; 2Tm 3,8; 4,4; Tt 1,1. Dans ce contexte, où de faux enseignements avaient été introduits dans l'Église (1,3), Paul rappelle que le salut est associé à "la connaissance de la vérité".

Verset 5.
εἷς γὰρ Θεός, εἷς καὶ μεσίτης Θεοῦ καὶ ἀνθρώπων, ἄνθρωπος Χριστὸς ᾿Ιησοῦς,
Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus Christ homme,
εἷς Θεός -un seul Dieu:Voir Dt 6,4:  שׁמע ישׂראל יהוה אלהינו יהוה אחד׃ Shema Israel Adonaï Elohénou Adonaï ekh'ad - Écoute, Israël! YHWH-l'Éternel, notre Dieu, est le seul Éternel.
εἷς μεσίτης -un seul médiateur:"Jésus Christ" est le seul qui puisse rétablir une relation "entre Dieu et les hommes" pécheurs (réconciliation). Dans un contexte où certains nient la résurrection des corps (2Tm 2,18), Paul souligne que le Médiateur divin est aussi pleinement "homme".

Verset 6.
ὁ δοὺς ἑαυτὸν ἀντίλυτρον ὑπὲρ πάντων, τὸ μαρτύριον καιροῖς ἰδίοις,
qui s'est donné lui-même en rançon pour tous. C'est là le témoignage rendu en son propre temps,
•  ἀντίλυτρον -en rançon:Voir Mc 10,45. Somme donnée pour racheter la liberté d'un esclave ou d'un prisonnier de guerre; Jésus a lui-même interprété sa mort à la lumière d'Is 53,11-12:
"[...] Mon serviteur juste justifiera beaucoup d'hommes,
Et il se chargera de leurs iniquités.
[...] Il s'est livré lui-même à la mort,
Et il a été mis au nombre des malfaiteurs,
Parce qu'il a porté les péchés de beaucoup d'hommes,
Et qu'il a intercédé pour les coupables."
Comp. Tt 2,14.

Verset 7.
εἰς ὃ ἐτέθην ἐγὼ κῆρυξ καὶ ἀπόστολος, ἀλήθειαν λέγω ἐν Χριστῷ, οὐ ψεύδομαι, διδάσκαλος ἐθνῶν ἐν πίστει καὶ ἀληθείᾳ.
et pour lequel j'ai été établi prédicateur et apôtre - je dis la vérité, je ne mens pas - chargé d'instruire les païens dans la foi et la vérité.
κῆρυξ -prédicateur: Litt. "héraut". Ce mot n'est employé que trois fois dans le NT. Paul se compare à un héraut qui proclame publiquement la Bonne Nouvelle.
ἐθνῶν -les païens: Litt. "les nations"; en hébreu, הגוים haGoïm (voir cette page).

Verset 8.
Βούλομαι οὖν προσεύχεσθαι τοὺς ἄνδρας ἐν παντὶ τόπῳ, ἐπαίροντας ὁσίους χεῖρας χωρὶς ὀργῆς καὶ διαλογισμοῦ.
Je veux donc que les hommes prient en tout lieu, en élevant des mains pures, sans colère ni mauvaises pensées.
• ἐπαίροντας χεῖρας -en élevant les mains: L'un des gestes de la prière chez les Juifs (Ex 9,29; 1R 8,22), et chez les premiers chrétiens (position dite de l' "orant"; ci-contre, gravure d'une catacombe).
χωρὶς ὀργῆς καὶ διαλογισμοῦ -sans colère ni mauvaises pensées: À cause des enseignants de mensonges, les rassemblements de prière étaient devenus des moments tendus et controversés (voir 1,4;6; 6,4-5).
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• 1Tm 6, 11-16

La foi est ici associée à la charité, à l'espérance et à la "douceur", vertus fortes, caractéristiques du chrétien; "juste et religieux": ce couple d'adjectifs renvoie à ses relations avec les autres et avec Dieu.

Sur l'épître, Paul et les épîtres pauliniennes : Voir à cette page.

Sur les épîtres pastorales et les Lettres à Timothée : Voir plus haut.

Sur 1Tm 6,3-21 :
Cette dernière partie fait office de conclusion. Paul rappelle à Timothée son exhortation principale: "Enseigne ces choses et recommande-les" (2b).
Il résume ensuite le problème (vv.3-10) et la façon dont il souhaite que Timothée réponde à la situation (vv.11-16).
Concernant les enseignants de mensonges, quelques nouveaux éléments (par rapport à 1,3-7;18-20; 4,1-3) apparaissent: ils sont orgueilleux, aiment les controverses, cherchent à s'enrichir. D'où le développement sur le contentement, la tentation de l'enrichissement, et les pièges de l'argent (6-10).
Timothée est donc exhorté à être, par rapport à eux, un contre-modèle (comp. 1,18-19; 4,7-16), pleinement consacré au Seigneur et à son service.
• Le thème des richesses est prolongé aux vv.17-19.
• Puis suivent les dernières recommandations et la salutation finale (vv.20-21).

Traduction et remarques :

Verset 11.
Σὺ δέ, ὦ ἄνθρωπε Θεοῦ, ταῦτα φεῦγε· δίωκε δὲ δικαιοσύνην, εὐσέβειαν, πίστιν, ἀγάπην, ὑπομονήν, πρᾳότητα.
Pour toi, homme de Dieu, fuis ces choses, et recherche la justice, la piété, la foi, la charité, la patience, la douceur.
δικαιοσύνην, εὐσέβειαν -la justice, la piété: C'est-à-dire une juste attitude à l'égard des autres et de Dieu.
πίστιν, ἀγάπην -la foi, la charité: ("La foi" ou "la fidélité"; "la charité" ou "l'amour"). Voir 1,5. Alors que les fausses doctrines (1,3) conduisent à des argumentations sans valeur (1,6), et créent des tensions dans l'Église (6,4-5), détournant ainsi les croyants des responsabilités confiées par Dieu (1,4), Paul entend ramener (par l'intermédiaire de Timothée) les chrétiens à l'essentiel: l'amour fraternel.
Mais cet amour ne peut venir que d'un cœur pur (or les faux enseignants ont un coeur hypocrite, 4,2), d'une bonne conscience (la leur est "marquée au fer rouge"
, 4,2), d'une foi sincère (la leur a fait naufrage, 1,19).

Verset 12.
ἀγωνίζου τὸν καλὸν ἀγῶνα τῆς πίστεως· ἐπιλαβοῦ τῆς αἰωνίου ζωῆς, εἰς ἣν καὶ ἐκλήθης καὶ ὡμολόγησας τὴν καλὴν ὁμολογίαν ἐνώπιον πολλῶν μαρτύρων.
Combats le bon combat de la foi, saisis la vie éternelle, à laquelle tu as été appelé, et pour laquelle tu as fait une belle confession en présence d'un grand nombre de témoins.
ἀγωνίζου τὸν καλὸν ἀγῶνα -Combats le bon combat: Comme en 2Tm 4,7, il s'agit vraisemblablement d'une image sportive.
ἐνώπιον πολλῶν μαρτύρων -en présence d'un grand nombre de témoins: Sans doute au moment de son baptême; dans l'Église ancienne, le baptême était accompagné d'une profession de foi du baptisé. Cette profession de foi est comparée (v.13) à celle de Jésus devant Pilate (voir Jn 18,33-37; 19,10-11).

Versets 13-14.
παραγγέλλω σοι ἐνώπιον τοῦ Θεοῦ τοῦ ζῳογονοῦντος τὰ πάντα, καὶ Χριστοῦ ᾿Ιησοῦ τοῦ μαρτυρήσαντος ἐπὶ Ποντίου Πιλάτου τὴν καλὴν ὁμολογίαν,
Je te recommande, devant Dieu qui donne la vie à toutes choses, et devant Jésus Christ, qui fit une belle confession devant Ponce Pilate, de garder le commandement,
τηρῆσαί σε τὴν ἐντολὴν ἄσπιλον, ἀνεπίλημπτον μέχρι τῆς ἐπιφανείας τοῦ Κυρίου ἡμῶν ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ,
et de vivre sans tache, sans reproche, jusqu'à l'apparition de notre Seigneur Jésus Christ,
μέχρι τῆς ἐπιφανείας τοῦ Κυρίου ἡμῶν ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ -jusqu'à l'apparition de notre Seigneur Jésus Christ: "L'apparition" (en grec: "ἐπιφάνεια
épiphanéïa
" - transcription française: "épiphanie"), c'est-à-dire le retour glorieux du Seigneur. 

Versets 15-16.
ἣν καιροῖς ἰδίοις δείξει ὁ μακάριος καὶ μόνος δυνάστης, ὁ βασιλεὺς τῶν βασιλευόντων καὶ Κύριος τῶν κυριευόντων,
que manifestera en son temps le bienheureux et seul souverain, le Roi des rois, et le Seigneur des seigneurs,
 ὁ μόνος ἔχων ἀθανασίαν, φῶς οἰκῶν ἀπρόσιτον, ὃν εἶδεν οὐδεὶς ἀνθρώπων οὐδὲ ἰδεῖν δύναται· ᾧ τιμὴ καὶ κράτος αἰώνιον· אמן - ἀμήν.
qui seul possède l'immortalité, qui habite une lumière inaccessible, que nul homme n'a vu ni ne peut voir, à qui appartiennent l'honneur et la puissance éternelle. Amen!
Ce texte est certainement inspiré d'une prière juive (peut-être en usage dans les synagogues de la Diaspora); voir plus haut 1,17 et note.
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• 2Tm 1,6-8;13-14

Une sorte de "monition d'ordination" rappelée à Timothée pour l'inciter à revenir sans cesse au printemps de son engagement au service de l'Évangile.
Chaque chrétien peut l'entendre en songeant à son baptême, où il a reçu l'Esprit de force, d'amour et d'intelligence - afin de garder, lui aussi, l'Évangile dans toute sa pureté, et d'en témoigner.
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• 2Tm 1,8b-10

À la base de la prédication de saint Paul, une conviction profonde: l'homme ne peut se sauver lui-même.
Les justes sont des pécheurs pardonnés.
Croire, c'est avant tout mettre sa confiance dans le Christ, sauveur de tous par son sang versé sur la Croix.


Remarques:

Sur l'épître, Paul et ses épîtres: voir à cette page.
Sur les épîtres pastorales et les Lettres à Timothée : voir plus haut.
Sur 2Tm 1,1-18:
-- Les salutations (vv.1-2), d'un ton relativement solennel pour une lettre personnelle, montrent l'importance de ce qui va suivre.
-- Comme dans la plupart des épîtres pauliniennes, elles sont suivies d'une prière de reconnaissance (vv.3-5) dans laquelle Paul mentionne l'affection mutuelle qui l'unit à Timothée, la foi de celui-ci et l'héritage spirituel qui les a conduits à leur engagement commun (les ancêtres de Paul; la grand'mère et la mère de Timothée).
-- Paul rappelle à Timothée l'œuvre de l'Esprit dans sa vie (vv.6-7;14) et le salut qu'il a reçu (vv.9-10), face à une situation difficile (souffrances, emprisonnement, abandon de plusieurs): vv.6-14. Il l'invite à une double attitude à son égard et à l'égard du Christ: ne pas avoir honte du Christ ni de Paul, s'associer aux souffrances de ce dernier pour l'Évangile.  
-- Après avoir donné en exemple sa foi et son ministère (vv.11-14), Paul ajoute
- le contre-exemple de ceux qui l'ont abandonné (v.15)
- l'exemple positif d'Onésiphore qui, au contraire, n'a pas eu honte de lui et l'a soutenu fidèlement (vv.16-20).


Traduction et remarques :

Verset 6.
δι᾿ ἣν αἰτίαν ἀναμιμνῄσκω σε ἀναζωπυρεῖν τὸ χάρισμα τοῦ Θεοῦ, ὅ ἐστιν ἐν σοὶ διὰ τῆς ἐπιθέσεως τῶν χειρῶν μου· 
C'est pourquoi je t'exhorte à ranimer le don de Dieu que tu as reçu par l'imposition de mes mains.
ἀναζωπυρεῖν - ranimer: Le verbe grec employé ici est très imagé, puisqu'il s'agit de "ἀναζωπυρέω anadzōpuréō", composé:
- du préfixe prépositionnel "ἀνά- ana", qui indique un mouvement vers le haut;
- du substantif-racine "ζῶον dzōon", qui désigne tout ce qui est vivant, vif;
- du substantif-racine "πῦρ pur", qui désigne le feu (d'où nos mots comportant la racine "pyr-").
Ce verbe évoque donc une "flamme" dont on doit "raviver" l'éclat, que l'on doit "faire monter".
τὸ χάρισμα - le don: C'est ce don (la transcription française de "χάρισμα charisma" est le mot "charisme"; ce qui permet de prendre conscience de la double valeur du mot "don": celui qui a un "don, charisme", qui est "doué", l'a reçu en "don, cadeau", il en a été "doté") qui permet à Timothée d'exercer son ministère de prédicateur.
διὰ τῆς ἐπιθέσεως τῶν χειρῶν μου - par l'imposition de mes mains: Voir 1Tm 4,14. L'imposition des mains est un geste de consécration que l'on trouve déjà dans le PT (Dt 34,9); ici, (comme en Ac 13,2-3, par ex.) ce geste est effectué en réponse à une œuvre de l'Esprit.

Verset 7.
οὐ γὰρ ἔδωκεν ἡμῖν ὁ Θεὸς πνεῦμα δειλίας, ἀλλὰ δυνάμεως καὶ ἀγάπης καὶ σωφρονισμοῦ.
Car ce n'est pas un esprit de timidité que Dieu nous a donné, mais [l'Esprit] de force, d'amour et de sagesse.
πνεῦμα δειλίας, ἀλλὰ δυνάμεως... - un esprit de timidité, mais [l'Esprit] de force: La plupart des traductions donnent (littéralement): "Car Dieu ne nous a pas donné un esprit de timidité, mais de force, de charité et de prudence".
Mais BJ écrit "Car ce n'est pas un esprit de crainte que Dieu nous a donné, mais un Esprit de force, d'amour et de maîtrise de soi
"; et Semeur explicite encore plus: "Dieu nous a donné un Esprit qui, loin de faire de nous des lâches, nous rend forts, aimants et réfléchis"; en effet, le v.précédent et le parallélisme avec d'autres textes (Rm 8,15; 1Co 2,12 par ex.) indiquent qu'il s'agit très probablement de l'Esprit de Dieu.

Verset 8.
μὴ οὖν ἐπαισχυνθῇς τὸ μαρτύριον τοῦ Κυρίου ἡμῶν μηδὲ ἐμὲ τὸν δέσμιον αὐτοῦ, ἀλλὰ συγκακοπάθησον τῷ εὐαγγελίῳ κατὰ δύναμιν Θεοῦ,
N'aie donc pas honte du témoignage de notre Seigneur, ni de moi son prisonnier, mais prends part aux souffrances de l'Évangile, selon la puissance de Dieu,
τὸν μαρτύριον τοῦ Κυρίου ἡμῶν -[le] témoignage de notre Seigneur: Génitif à valeur objective: le "témoignage" à rendre au Seigneur.
τὸν δέσμιον αὐτοῦ - son prisonnier: C'est-à-dire "prisonnier pour sa cause"; Paul est alors prisonnier à Rome pour avoir prêché l'Évangile.
συγκακοπάθησον τῷ εὐαγγελίῳ -[les]souffrances de l'Évangile: Datif à valeur objective: les "souffrances" endurées en raison de l'annonce "de l'Évangile".
κατὰ δύναμιν Θεοῦ -selon la puissance de Dieu: C'est-à-dire "selon la force que Dieu te donne".

Verset 9.
τοῦ σώσαντος ἡμᾶς καὶ καλέσαντος κλήσει ἁγίᾳ, οὐ κατὰ τὰ ἔργα ἡμῶν, ἀλλὰ κατὰ ἰδίαν πρόθεσιν καὶ χάριν, τὴν δοθεῖσαν ἡμῖν ἐν Χριστῷ ᾿Ιησοῦ πρὸ χρόνων αἰωνίων,
qui nous a sauvés et nous a appelés d'un saint appel - non selon nos œuvres; mais selon son propre dessein, et sa propre grâce (qui nous a été donnée dans le Christ Jésus avant les temps des siècles,
κατὰ ἰδίαν πρόθεσιν καὶ χάριν - selon son propre dessein, et sa <propre> grâce: Le salut provient intégralement de Dieu (Voir Rm 3,21-31; Ep 2,5;8-9) . Il n'est ni le résultat d'une œuvre humaine, ni la récompense d'un mérite (Ep 2,10); il est le don que Dieu fait à celui qui a foi en Jésus Christ. 

Verset 10.
φανερωθεῖσαν δὲ νῦν διὰ τῆς ἐπιφανείας τοῦ σωτῆρος ἡμῶν ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ, καταργήσαντος μὲν τὸν θάνατον, φωτίσαντος δὲ ζωὴν καὶ ἀφθαρσίαν διὰ τοῦ εὐαγγελίου,
mais qui a été manifestée maintenant par l'apparition de notre Sauveur Jésus Christ, qui a annulé la mort et a fait luire la vie et l'incorruptibilité par l'Évangile) -

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Verset 13.
ὑποτύπωσιν ἔχε ὑγιαινόντων λόγων ὧν παρ᾿ ἐμοῦ ἤκουσας, ἐν πίστει καὶ ἀγάπῃ τῇ ἐν Χριστῷ ᾿Ιησοῦ.
Retiens dans la foi et dans la charité qui est en Jésus Christ le modèle des saines paroles que tu as reçues de moi.
ὑγιαινόντων λόγων -des saines paroles: Les paroles sont "saines" car, n'étant pas contaminées par le péché, elles produisent la vie et non la mort. Voir 1Tm 1,10; 6,3; 2Tm 4,3; Tt 1,9;13; 2,1;8.
ἐν πίστει καὶ ἀγάπῃ -dans la foi et dans la charité: Voir plus haut 1Tm 1,14 et note.

Verset 14.
τὴν καλὴν παραθήκην φύλαξον διὰ Πνεύματος ῾Αγίου τοῦ ἐνοικοῦντος ἐν ἡμῖν.
Garde le bon dépôt, par le Saint Esprit qui habite en nous.
τὴν καλὴν παραθήκην φύλαξον - Garde le bon dépôt: Voir 1Tm 6,20; comp. 1Tm 1,18-19; 6,13-16. Ce qui a été confié à Timothée, ce "bon dépôt", est sa mission par rapport aux faux enseignants; et, en particulier, l'enseignement fidèle à la vérité qu'il doit, lui, dispenser (1Tm 4,6;11; 6,2b).
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• 2Tm 2,8-13.

Dans ce "testament" du vieil apôtre en prison pour la foi, on perçoit l'écho d'une hymne liturgique au Christ mort et ressuscité, à la destinée duquel le chrétien a part dès à présent.
Cette certitude est le fondement d'une foi et d'une espérance indéfectibles.

Sur l'épître, Paul et les épîtres pauliniennes : Voir à cette page.

Sur les épîtres pastorales et les Lettres à Timothée : Voir plus haut.

Sur 2Tm 2,1-13 :
Malgré le contre-exemple de "tous les autres" (1,15: "tous ceux qui sont en Asie m'ont abandonné", soit des personnes originaires d'Asie qui étaient venues à Rome et seraient ensuite rentrées chez elles, abandonnant Paul en prison; ou bien plus vraisemblablement allusion à des désertions massives dans les Églises des provinces d'Asie, où beaucoup se seraient détournés de l'Évangile annoncé par Paul à la suite de son emprisonnement),Timothée est appelé à la fidélité et à la persévérance dans la souffrance. La succession rapide de trois images (militaire, sportive, agricole) accentue l'exhortation à la consécration, et rappelle la perspective de la récompense à venir. C'est la fidélité à Jésus Christ et à son message qui est fondamentale (2,8); comme - même emprisonné - Paul est le serviteur fidèle de Jésus Christ, Timothée ne pourra certainement pas rester fidèle à l'un sans rester fidèle à l'autre.
Ces paroles sont résumées par ce qui est très vraisemblablement la citation d'un cantique de l'Eglise primitive, qui souligne
- l'espérance glorieuse de ceux qui persévèrent,
- le malheur de ceux qui abandonnent,
- la fidélité de Dieu.

Traduction et remarques :

Versets 8-9.
Μνημόνευε ᾿Ιησοῦν Χριστὸν ἐγηγερμένον ἐκ νεκρῶν, ἐκ σπέρματος Δαυΐδ, κατὰ τὸ εὐαγγέλιόν μου·
Souviens-toi de Jésus Christ, issu de la postérité de David, ressuscité des morts, selon mon Évangile,
ἐν ᾧ κακοπαθῶ μέχρι δεσμῶν ὡς κακοῦργος· ἀλλ᾿ ὁ λόγος τοῦ Θεοῦ οὐ δέδεται·
pour lequel je souffre jusqu'à être lié comme un malfaiteur. Mais la parole de Dieu n'est pas liée.
κακοπαθῶ μέχρι δεσμῶν ὡς κακοῦργος -je souffre jusqu'à être lié comme un malfaiteur: Allusion aux conditions de détention de Paul, d'autant plus intolérables qu'il est innocent (moralement), et (juridiquement) citoyen romain.

Versets 10-11.
διὰ τοῦτο πάντα ὑπομένω διὰ τοὺς ἐκλεκτούς, ἵνα καὶ αὐτοὶ σωτηρίας τύχωσι τῆς ἐν Χριστῷ ᾿Ιησοῦ μετὰ δόξης αἰωνίου.
C'est pourquoi je supporte tout à cause des élus, afin qu'eux aussi obtiennent le salut qui est en Jésus Christ, avec la gloire éternelle.
πιστὸς ὁ λόγος· εἰ γὰρ συναπεθάνομεν, καὶ συζήσομεν·
Cette parole est certaine:
"Si nous sommes morts avec lui, nous vivrons aussi avec lui;
εἰ γὰρ συναπεθάνομεν -Si nous sommes morts avec lui: Il s'agit très certainement d'une hymne de l'Église primitive (voir plus haut, 1Tm 1,17 et note).
Comp. Rm 6,8.

Versets 12-13.
εἰ ὑπομένομεν, καὶ συμβασιλεύσομεν· εἰ ἀρνούμεθα, κἀκεῖνος ἀρνήσεται ἡμᾶς·
si nous persévérons, nous régnerons aussi avec lui;
si nous le renions, lui aussi nous reniera;
εἰ ἀπιστοῦμεν, ἐκεῖνος πιστὸς μένει· ἀρνήσασθαι ἑαυτὸν οὐ δύναται. 
si nous sommes infidèles, il demeure fidèle,
car il ne peut se renier lui-même".
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• 2Tm 3,14 - 4,2.

Dans les Écritures, on trouve tout ce qui permet de mener victorieusement le combat de la foi, de la vie chrétienne, de l'apostolat.
Proclame sans crainte la Parole, sans l'édulcorer, est le devoir de tous dans l'Église, car chacun, selon sa vocation et son charisme propres, doit avoir le souci d'instruire avec patience, dans la fidélité à l'enseignement reçu de la Tradition.

Sur l'épître, Paul et les épîtres pauliniennes : Voir à cette page.

Sur les épîtres pastorales et les Lettres à Timothée : Voir plus haut.

Sur 2Tm 3,10 - 4,5 :
"Toi, demeure dans les choses que tu as apprises, et reconnues certaines"(3,14); tel est en résumé le message que Paul veut transmettre à Timothée. Pour cela, ce dernier doit s'attacher aux deux références qui l'accompagnent depuis longtemps et qui sont mises en parallèle:
- l'enseignement et l'exemple de Paul, à qui il a longtemps été associé (3,10-13);
- les Saintes Écritures (3,14-17), qu'il connaît depuis longtemps. Par elles, Timothée a été enseigné dans la sagesse et conduit dans la vérité; il a soumis ses pensées à la pensée divine.
C'est cette Parole que Timothée doit proclamer (4,1-2;5), dans un temps où son message ne sera pas apprécié (4,3-4).

Traduction et remarques :

CHAP. 3
Versets 14-15.
σὺ δὲ μένε ἐν οἷς ἔμαθες καὶ ἐπιστώθης, εἰδὼς παρὰ τίνος ἔμαθες,
Toi, demeure dans les choses que tu as apprises, et reconnues certaines, sachant de qui tu les as apprises;
καὶ ὅτι ἀπὸ βρέφους τὰ ἱερὰ γράμματα οἶδας, τὰ δυνάμενά σε σοφίσαι εἰς σωτηρίαν διὰ πίστεως τῆς ἐν Χριστῷ ᾿Ιησοῦ.
dès ton enfance, tu connais les saintes lettres, qui peuvent te rendre sage à salut par la foi en Jésus Christ.
ἀπὸ βρέφους - dès ton enfance: Allusion à Loïs et Eunice (1,5), la grand'mère et la mère de Timothée, qui l'ont initié à la connaissance des "saintes lettres". On enseignait la TaNaKh aux enfants juifs dès l'âge de 5 ans. Timothée a ensuite appris auprès de Paul.

Verset 16.
πᾶσα γραφὴ θεόπνευστος καὶ ὠφέλιμος πρὸς διδασκαλίαν, πρὸς ἐλεγμόν, πρὸς ἐπανόρθωσιν, πρὸς παιδείαν τὴν ἐν δικαιοσύνῃ,
Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice,
θεόπνευστος - inspirée de Dieu: (θεόπνευστος theopneustos; de θεός théos, Dieu, et d'un dérivé du verbe-racine πνέω pnéo, souffler, respirer̄ => soufflé par Dieu). L'Écriture est l'œuvre du "souffle" de Dieu agissant par l'intermédiaire des auteurs bibliques (comp. 2P 1,20-21).
L'"
Écriture" désigne ici la TaNaKh (le PT), ainsi peut-être que des traditions concernant Jésus et ses paroles qui circulaient dans les Églises, ainsi que certaines lettres de Paul (voir 1Tm 5,18); ainsi (2P 3,15-16) Pierre attribue aux écrits de Paul la même autorité qu'aux textes de la TaNaKh, ce que Paul d'ailleurs revendiquait (1Co 11,13; 14,37; 2Co 2,16-17; Ga 1,11-12; Ep 3,3-5; Col 1,25-26; 1Th 2,13; 4,15; 2Th 3,14); mais le NT n'était pas encore achevé (voir à cette page).
C'est cette "inspiration" qui fait l'utilité et l'efficacité des
Écritures pour l'édification et la formation des croyants. 

Verset 17.
ἵνα ἄρτιος ᾖ ὁ τοῦ Θεοῦ ἄνθρωπος, πρὸς πᾶν ἔργον ἀγαθὸν ἐξηρτισμένος.
afin que l'homme de Dieu soitaccompli et propre à toute bonne oeuvre.

CHAP. 4
Versets 1-2.
Διαμαρτύρομαι οὖν ἐγὼ ἐνώπιον τοῦ Θεοῦ καὶ τοῦ Κυρίου ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ, τοῦ μέλλοντος κρίνειν ζῶντας καὶ νεκρούς κατὰ τὴν ἐπιφάνειαν αὐτοῦ καὶ τὴν βασιλείαν αὐτοῦ·
Je t'en conjure devant Dieu et devant Jésus Christ, qui doit juger les vivants et les morts, et au nom de son apparition et de son royaume,
κήρυξον τὸν λόγον, ἐπίστηθι εὐκαίρως ἀκαίρως, ἔλεγξον, ἐπιτίμησον, παρακάλεσον, ἐν πάσῃ μακροθυμίᾳ καὶ διδαχῇ.
prêche la parole, insiste en toute occasion, favorable ou non, reprends, censure, exhorte, avec toute douceur et en instruisant. 
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• 2Tm 4,6-8;16-18.

Mission accomplie - le moment est venu, pour Paul, de couronner le culte spirituel de sa vie (Rm 12,11) et de son apostolat (Rm 1,9) par la libation de son sang, en attendant le bonheur espéré (Tt 2,13). Comme Jésus (Lc 23,34) et Étienne (Ac 7,60), il pardonne à ceux qui l'ont abandonné. Sa prochaine comparution devant Dieu lui vaudra la délivrance définitive.
 

Sur l'épître, Paul et les épîtres pauliniennes : Voir à cette page.

Sur les épîtres pastorales et les Lettres à Timothée : Voir plus haut.

Sur 2Tm 4,6-22 : Paul, conscient d'être parvenu à la fin de son ministère, évoque sa mort prochaine (4,6-8). Les paroles qu'il vient d'adresser à Timothée prennent alors plus de poids: elles font alors office de testament. En l'absence de Paul, c'est Timothée qui devra poursuivre la mission de prédication de l'Évangile, malgré le contexte défavorable (4,1-5). Mais, jusqu'au bout, Paul incarnera, par son attitude, le modèle du serviteur fidèle.
La section qui suit (4,9-18) accentue encore le caractère personnel de la lettre. Paul y invite Timothée à le rejoindre à Rome, lui donne les raisons de cette demande, explique ce qu'il doit apporter, le met en garde contre des adversaires potentiels, et donne des nouvelles de son procès.Finalement, la lettre s'achève par quelques paroles de salutation adressées à Timothée et aux chrétiens d'Éphèse (4,19-22).  

Traduction et remarques :

Verset 6.
ἐγὼ γὰρ ἤδη σπένδομαι, καὶ ὁ καιρὸς τῆς ἐμῆς ἀναλύσεώς ἐφέστηκε.
Car pour moi, je sers déjà de libation, et le moment de mon départ approche.
σπένδομαι - je sers de libation: Litt. "je suis versé en libation". Le verbe "σπένδω spendō" signifie en effet, littéralement, "verser en libation", d'où "offrir". Paul se compare d'ores et déjà à un sacrifice offert à Dieu; les libations de vin sur de la fleur de farine accompagnaient certains sacrifice (Ex 29,38-41). Comp. Ph 2,17.
τῆς ἐμῆς ἀναλύσεώς - de mon départ:
- Le mot "ἀνάλυσις analusis"
(qui a donné le français "analyse", on va voir pourquoi) dérive du verbe "ἀναλύω analuō", qui signifie littéralement "dénouer, délier, vers le haut"; c'était le verbe utilisé pour désigner l'action des marins qui dénouent les amarres et les renvoient, vers le haut, aux aides qui restent sur le quai. Lorsqu'on "analyse" un texte, une question, etc., on en "dénoue" les fils, pour "faire monter" la solution.
- Paul emploie métaphoriquement ce terme pour désigner sa mort: comme le navire, il va être "libéré" de ce qui le retenait à terre, et il va partir (comp. Ph 1,23) rejoindre Dieu.

Verset 7.
τὸν ἀγῶνα τὸν καλὸν ἠγώνισμαι, τὸν δρόμον τετέλεκα, τὴν πίστιν τετήρηκα·
J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé la course, j'ai gardé la foi.
τὸν ἀγῶνα τὸν καλὸν ἠγώνισμαι - J'ai combattu le bon combat: Voir plus haut, 1Tm 6,12: il s'agit d'autant plus vraisemblablement ici d'une métaphore sportive qu'elle est suivie de l'image de la course: "δρόμος dromos", et de celle de la couronne de lauriers des vainqueurs (v.8): "στέφανος stephanos".

Verset 8.
λοιπὸν ἀπόκειταί μοι ὁ τῆς δικαιοσύνης στέφανος, ὃν ἀποδώσει μοι ὁ Κύριος ἐν ἐκείνῃ τῇ ἡμέρᾳ, ὁ δίκαιος κριτής, οὐ μόνον δὲ ἐμοὶ, ἀλλὰ καὶ πᾶσι τοῖς ἠγαπηκόσι τὴν ἐπιφάνειαν αὐτοῦ.
Désormais la couronne de justice m'est réservée; le Seigneur, le juste Juge, me le donnera dans ce jour-là, et non seulement à moi, mais encore à tous ceux qui auront aimé son avènement.
ὁ τῆς δικαιοσύνης στέφανος - la couronne de justice: Paul, victorieux des embûches de la vie terrestre et de la mort, recevra le prix réservé aux croyants par "le juste Juge".
τὴν ἐπιφάνειαν αὐτοῦ - son avènement: Le mot "ἐπιφάνεια épiphaneïa" ("épiphanie") désigne la "manifestation", l'"avènement", la venue au grand jour.
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La Lettre à Tite

On ne sait pas grand chose sur Tite, jamais mentionné dans les Actes; il était d’origine païenne, et comme tel incirconcis. Nous savons d'après la lettre aux Galates qu'il faisait déjà partie des proches de Paul au moment de la fameuse réunion de Jérusalem vers l'année 50 ; Paul parle encore de lui à plusieurs reprises dans plusieurs de ses lettres: il accompagne Paul à Jérusalem quand il y défend le droit des goïm de ne pas être soumis à toutes les mitsvot, et il est aussi avec lui au cours de son deuxième voyage missionnaire.
Il a été chargé par Saint Paul d'organiser la communauté des Chrétiens en Crète : mais, quand Paul lui-même a-t-il fondé cette communauté ? Où et quand a-t-il connu Tite ? On ne le sait pas 
Quant à la Crète, Luc raconte, également dans les Actes des Apôtres, que le bateau qui transportait Paul prisonnier à Rome pour y être jugé, a fait escale dans un endroit appelé « Beaux Ports » au sud de l'île. Luc ne parle pas de la naissance d'une communauté chrétienne à cette occasion. Et Tite ne faisait pas partie de l'expédition. Après bien des péripéties, ce voyage s'est terminé comme prévu à Rome où Paul a été pendant deux ans en résidence surveillée.
Généralement, on suppose que cette première captivité romaine s'est soldée par une libération ; Paul aurait alors entrepris un quatrième voyage missionnaire ; et c'est au cours de ce quatrième voyage qu'il aurait évangélisé la Crète.
Apparemment, la chose n'était pas aisée : car les Crétois avaient très mauvaise réputation au temps de Paul. Et c'est un poète du pays, Epiménide de Cnossos, au VIème siècle av.J.C., qui les traitait de « Crétois, perpétuels menteurs, bêtes méchantes, panses malfaisantes ». Or Paul, en le citant, dit « ce témoignage est vrai »... Et c'est cette communauté chrétienne toute neuve que Tite est chargé d'organiser!
Cette lettre à Tite contient donc les conseils du fondateur de la communauté à celui qui en est désormais le responsable.
On sait que, pour des raisons de style, de vocabulaire et même de vraisemblance chronologique, beaucoup des spécialistes des épîtres pauliniennes pensent que cette lettre à Tite (comme les deux lettres à Timothée, d'ailleurs) a été écrite seulement à la fin du Ier siècle, c'est-à-dire trente ans environ après la mort de Paul, mais dans la fidélité à sa pensée et pour appuyer son œuvre.
Quelle que soit l'époque à laquelle cette lettre a été rédigée, il faut croire que les difficultés des Crétois persistaient !
A propos de contenu, cette lettre est particulièrement courte, trois chapitres seulement (composition: cf. supra).
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• Tt 2,11-14

Révélation d'un Dieu qui fait grâce, qui offre le Salut à tous, qui conduit nos vies vers le bonheur sans fin, la Nativité du Seigneur réoriente le cours de l'histoire et le sens de nos vies.
La célébration de cette Manifestation divine tourne nos regards vers la perspective de se bonheur sans fin...

Sur l'épître, Paul et les épîtres pauliniennes : Voir à cette page.

Remarques:
Après avoir donné à Titus/Tite en 2,1-10 ses recommandations concernant diverses catégories de fidèles, Paul développe ici le thème de la grâce, source de Salut.
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• Tt 2, 11-14; 3,4-7

La Théophanie de Dieu Père et Esprit en faveur du Fils qui eut lieu sur les bords du Jourdain a inauguré l'ultime étape de l'Histoire du Salut.
Ceux que Dieu fait renaître par le bain du baptême et renouvelle dans l'Esprit Saint possèdent dès aujourd'hui les arrhes du Royaume qu'ils reçoivent en héritage.

Traduction et remarques :

Tout ce qui précède et ce qui suit les passages étudiés ici consiste en recommandations extrêmement concrètes à l'intention des membres de la communauté de Crète, vieux et jeunes, hommes et femmes, maîtres et esclaves, responsables qui se doivent d'être irréprochables; si Paul insiste sur ce dernier point, c'est certainement qu'il y avait encore beaucoup à faire!

Chapitre 2.
Verset 11.
᾿Επεφάνη γὰρ ἡ χάρις τοῦ Θεοῦ ἡ σωτήριος πᾶσιν ἀνθρώποις,
Car la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes, a été manifestée.
᾿Επεφάνη - a été manifestée: en Jésus-Christ, voir v.14. De ce verbe "ἐπιφαίνω épiphainô - paraître au-dessus" dérive le substantif "ἐπιφάνεια épiphanéia" (cf. v.13), sur lequel a été calqué notre mot "Épiphanie".
᾿Επεφάνηἡ χάρις τοῦ Θεοῦ -la grâce de Dieu a été manifestée: autrement dit:"Dieu s'est fait homme".
πᾶσιν ἀνθρώποις -pour tous les hommes:le monde attend de nous ce témoignage; il ne s'agit pas de mérites à acquérir, mais de témoignage à porter. Le mystère de l'Incarnation va donc jusque-là: Dieu veut le salut de toute l'humanité, pas seulement le nôtre!  Mais il attend notre collaboration pour cela. Désormais la face du monde est changée, et donc aussi notre comportement. Encore faut-il nous prêter à cette transformation, comme nous le montrent les versets suivants.

Versets 12-13.
παιδεύουσα ἡμᾶς, ἵνα ἀρνησάμενοι τὴν ἀσέβειαν καὶ τὰς κοσμικὰς ἐπιθυμίας σωφρόνως καὶ δικαίως καὶ εὐσεβῶς ζήσωμεν ἐν τῷ νῦν αἰῶνι, 
Elle nous enseigne à renoncer à l'impiété et aux convoitises mondaines, et à vivre dans le siècle présent selon la sagesse, la justice et la piété,

προσδεχόμενοι τὴν μακαρίαν ἐλπίδα καὶ ἐπιφάνειαν τῆς δόξης τοῦ μεγάλου Θεοῦ καὶ σωτῆρος ἡμῶν ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ,
en attendant la bienheureuse espérance, et la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ,
• προσδεχόμενοι - en attendant: cette "attente", les croyants l'affirment, « puisque c'est une promesse de Dieu, c'est une certitude ! ».
ἐπιφάνειαν τῆς δόξης ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ - la manifestation de la gloire de Jésus Christ: lors de son retour, au dernier jour, sa gloire sera manifestée de façon évidente, tout comme sa grâce, source de Salut, a été manifestée lors de son incarnation (v.11).
τοῦ μεγάλου Θεοῦ καὶ σωτῆρος ἡμῶν ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ͂ - de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ: certaines traductions (Louis Segond par ex.)
disent "de notre grand Dieu et de notre Sauveur..."; mais étant donné
- le contexte théologique: le retour glorieux de Jésus-Christ,
- et la construction grammaticale de la phrase: un seul article "του" mis en quelque sorte en "facteur commun" aux deux groupes nominaux coordonnés par "καὶ"͂, 
c'est bien Jésus-Christ qui est appelé "notre grand Dieu".
On peut reconnaître ici une phrase que le prêtre prononce à chaque Eucharistie, après le Notre Père : « Nous espérons le bonheur que tu promets et l'avènement de Jésus-Christ notre Sauveur ». Comme bien souvent, ce et signifie « c'est-à-dire ». Il faut entendre « Nous espérons le bonheur que tu promets, qui est l'avènement de Jésus-Christ notre Sauveur ». Ce n'est pas une manière de nous voiler la face sur les lenteurs de cette transformation du monde, c'est un acte de foi : nous osons affirmer que l'amour du Christ aura le dernier mot.
Cette certitude, cette attente sont le moteur de toute liturgie: au cours de la célébration, les Chrétiens ne sont pas des gens tournés vers le passé mais déjà un seul homme, debout, tourné vers l'avenir (= à-venir).

Verset 14.
᾿ὃς ἔδωκεν ἑαυτὸν ὑπὲρ ἡμῶν, ἵνα λυτρώσηται ἡμᾶς ἀπὸ πάσης ἀνομίας καὶ καθαρίσῃ ἑαυτῷ λαὸν περιούσιον, ζηλωτὴν καλῶν ἔργων.
qui s'est donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, et de se faire un peuple qui lui appartienne, purifié par lui et zélé pour les bonnes œuvres. 

Chapitre 3.
Verset 4.
᾿ὅτε δὲ ἡ χρηστότης καὶ ἡ φιλανθρωπία ἐπεφάνη τοῦ σωτῆρος ἡμῶν Θεοῦ,
Mais, lorsque la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes ont été manifestés,
ὅτε- lorsque: la traduction liturgique omet cette conjonction - ce qui dénature le sens et la structure de la phrase, puisque le début du verset 5 est la proposition principale: "Lorsque la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes ont été manifestés, il nous a sauvés".

Verset 5.
᾿οὐκ ἐξ ἔργων τῶν ἐν δικαιοσύνῃ ὧν ἐποιήσαμεν ἡμεῖς, ἀλλὰ κατὰ τὸν αὐτοῦ ἔλεον ἔσωσεν ἡμᾶς διὰ λουτροῦ παλιγγενεσίας καὶ ἀνακαινώσεως Πνεύματος ῾Αγίου,
il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous aurions faites, mais selon sa miséricorde, par le baptême de la régénération et le renouvellement du Saint Esprit,
οὐκ ἐξ ἔργων τῶν ἐν δικαιοσύνῃ ὧν ἐποιήσαμεν ἡμεῖς -il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous aurions faites: le Salut est une œuvre de Dieu, fondée sur sa bonté et son amour (ou sa grâce, v.7). Comp. Ep 2,8-9.
διὰ λουτροῦ παλιγγενεσίας -par le baptême de la régénération: littéralement "le bain de la nouvelle naissance, de la re-naissance". L'image du bain décrit une purification spirituelle (cf. l'importance du Miqvé, bain rituel de purification dans le rituel juif), opérée par l'Esprit Saint: l'action ainsi décrite est l'œuvre de régénération, de renouvellement, effectuée par l'Esprit de Dieu. L'image du bain (Miqvé, baptême) décrit une purification spirituelle.
Le baptême est une mort par rapport au péché - voir théologie des icônes à cette page; Rm 6,4-14; Jn 3,5).

Verset 6.
οὗ ἐξέχεεν ἐφ᾿ ἡμᾶς πλουσίως διὰ ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ τοῦ σωτῆρος ἡμῶν,
qu'il a répandu sur nous avec abondance par Jésus Christ notre Sauveur,
ἐξέχεεν πλουσίως -il a répandu avec abondance: comp. Jl 3,1-2; Ac 2,17-18. La vie chrétienne est - du commencement à la fin - conduite par l'Esprit.
Dans les vv.5-6 sont mentionnées les trois Personnes de la Trinité:
- οὗ - qu(e): pronom relatif dont l'antécédent est "Πνεύματος ῾Αγίου - du Saint Esprit", au verset 5; la traduction liturgique explicite en remplaçant le système {principale avec antécédent + subordonnée relative} par deux indépendantes, et le relatif par la reprise de l'antécédent: "Cet Esprit".
- ἐξέχεεν il a répandu: verbe dont le sujet (non exprimé en grec par un pronom, mais uniquement par la désinence) est "Dieu [le Père]"  annoncé an verset 4; la traduction liturgique l'explicite également.
- διὰ ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ par Jésus Christ: le Père a répandu sur nous l'Esprit par le Fils.

Verset 7.
ἵνα δικαιωθέντες τῇ ἐκείνου χάριτι κληρονόμοι γενώμεθα κατ᾿ ἐλπίδα ζωῆς αἰωνίου.
afin que, justifiés par sa grâce, nous devenions, en espérance, héritiers de la vie éternelle.
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• Tt 3,4-7

Naître à une vie nouvelle dans l'Esprit, recevoir en espérance l'héritage des fils: quel merveilleux cadeau de Noël offert par Dieu!

Sur l'épître, Paul et les épîtres pauliniennes : Voir à cette page.

Remarques:

Verset 4.
ὅτε - Lorsque: la traduction liturgique omet cette conjonction - ce qui dénature le sens et la structure de la phrase, puisque le début du verset 5 est la proposition principale: "Lorsque la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes ont été manifestés, il nous a sauvés".

Verset 5.
οὐκ ἐξ ἔργων τῶν ἐν δικαιοσύνῃ ὧν ἐποιήσαμεν ἡμεῖς, ἀλλὰ κατὰ τὸν αὐτοῦ ἔλεον - non à cause des œuvres de justice que nous aurions faites, mais selon sa miséricorde: le Salut est une œuvre de Dieu, reposant sur sa bonté et son amour (sur "sa grâce" au verset 7).
διὰ λουτροῦ παλιγγενεσίας - par le bain de régénération "διὰ  [...] ἀνακαινώσεως Πνεύματος ῾Αγίου - par le renouvellement du Saint Esprit".
La "purification" est la mort par rapport au péché, que symbolise aussi le baptême (cf. Rm 6,4-14).

Verset 6.
ἐξέχεεν ἐφ᾿ ἡμᾶς πλουσίως - il a répandu sur nous avec abondance: la vie chrétienne est, du commencement à la fin, une vie conduite par l'Esprit.
Comparer à Jl 3,1-2 et à Ac 2,17-18.
• οὗ ἐξέχεεν [...] διὰ ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ - qu'il a répandu [...] par Jésus Christ: dans ce verset, on peut noter l'évocation de la Trinité: "Le Père répand son Esprit par le Fils".
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La Lettre à Philémon

    L’auteur de cette lettre est incontestablement Paul; les liens de cette lettre avec celles que Paul a écrite aux Colossiens (voir à cette page) indiquent qu'elles sont contemporaines:
- Paul est en résidence surveillée (Ac 28,16;30) à Rome (en 60-62 ou 61-63, en attendant de comparaître devant l'empereur auquel il en a appelé en tant que citoyen romain; ces deux lettres font donc partie des "épîtres de captivité"): Phm 1;23 // Col 4;10;18,
- d'où il envoie Onésime à Colosses: Phm 10-12 // Col 4,9;
- il est entouré du même cercle de collaborateurs: Phm 23-24; Col 4,10-11.

        Paul s’adresse donc dans cette lettre à l’un de ses convertis, originaire de Colosses, Philémon, de condition aisée puisqu'il possède des esclaves - dont Onésime - et une maison suffisamment vaste pour y accueillir au moins une partie de la communauté de Colosses. Comme Paul ne s'est jamais rendu à Colosses, on peut penser qu'il a rencontré et converti Philémon à Éphèse, capitale de l'Asie Mineure. La lettre est également adressée à Apphia (sans doute l'épouse de Philémon), à Archippe (qui exerçait des responsabilités dans l'Église de Colosses: Col 4,17; peut-être même remplaçait-il Aristarque à la direction de cette Église en l'absence de celui-ci; sa mention aux côtés de Philémon et Apphia a fait penser qu'il était peut-être leur fils) et "à l'Église qui est dans ta maison".

       Cette lettre concerne essentiellement l’esclave Onésime, qui s’était enfui en emportant, semble-t-il, de l’argent volé (Phm 18); il s'est enfui à Rome où il est entré - sans que l'on sache comment - en contact avec Paul. Grâce au témoignage de ce dernier, l’esclave repentant s’est converti (Phm 10) et a rendu de grands services à l'apôtre, qui s'est attaché à lui, alors qu'il était assigné à résidence (Phm 11-13); en compagnie de Tychique (Col 4,9), il retourne chez son maître nanti de ce qui est en fait une lettre de recommandation.
    Paul fait appel à la générosité de Philémon en faveur de son esclave fugitif, qui était passible de mort de par la loi romaine. Dans sa charmante brièveté, la lettre à Philémon, dont l’authenticité ne fut jamais sérieusement contestée, nous informe de l’attitude de l’Église naissante en face du difficile problème de l’esclavage.
Certes, Paul a traité de la condition de l'esclave dans d'autres lettres: 1Co 7,20-24; Ep 6,5-10; Col 3,22-4,1; mais la présente lettre est unique en ce qu'elle traite d'un cas particulier, et qu'on y voit l'apôtre tirer de l'Évangile des implications bouleversant le statu quo, même s'il ne prône pas directement l'abolition pure et simple du système en cours dans tout l'Empire - qui comportait une proportion énorme d'esclaves dans sa population.
Il faut en outre savoir que - contrairement à ce que beaucoup imaginent de nos jours - la condition des citoyens (donc des hommes libres) pauvres était bien pire que celle ce beaucoup d'esclaves.
L'esclave était certes considéré par la loi romaine comme un animal ou une chose, propriété d'un homme libre; à ce titre, un maître avait droit de vente et de mort sur ses esclaves (sans considération sur les liens de parenté qui pouvaient exister entre ceux-ci).
Mais un esclave pouvait occuper des fonctions supérieures (secrétaire particulier, intendant, etc.) et vivre à ce titre une vie des plus agréables aux côtés de ses maîtres  - et un homme libre avoir un métier et des conditions de vie plus que précaires.
Un esclave par exemple n'était jamais mendiant; il mangeait à sa faim puisque ses maîtres avaient intérêt à ce qu'il fût en bonne santé, et il avait toujours logement et travail; en revanche un petit paysan ruiné par une guerre, ou un artisan dont l'échoppe avait été détruite par un incendie n'avait plus rien... même s'il était un homme libre! C'est pour cette raison que des esclaves ont même pu refuser d'être affranchis par des maîtres bienveillants (esclaves, ils étaient certains d'avoir toujours les vivres et le couvert; affranchis, ils devaient trouver du travail - et, s'ils le perdaient, il risquaient d'être sans nourriture ni logis). 
       Paul, qui savait être sévère dans certaines de ses lettres, fait dans celle-ci preuve de beaucoup de tact, de délicatesse, de respect et d'humilité.
En effet, Paul est dans une situation très délicate, car il
- ne peut pas pour des raisons "juridiquement morales" garder auprès de lui Onésime, puiqu'il appartient à Philémon;
- ne peut se rendre coupable (lui qui est déjà assigné à résidence de par la loi romaine!) de complicité envers un esclave voleur et en fuite;
- ne souhaite pas non plus condamner (ni faire condamner) moralement Onésime: il propose à Philémon de le dédommager pour ce qu'Onésime aurait pu lui dérober, tout en rappelant avec tact à Philémon ce que ce dernier lui doit - puisque c'est Paul qui l'a amené au Christ!
- demande à Philémon de faire bon accueil à Onésime - puisque, devenu chrétien, ce dernier est du même coup devenu le "frère" de son maître, d'autant que tous deux ont été convertis par le même Paul!
- laisse seulement entendre à Philémon qu'il aimerait que ce dernier lui renvoie Onésime (affranchi?) pour qu'il soit à nouveau à sa disposition; mais la demande n'est pas explicite, afin de laisser à Philémon toute liberté...
       En écrivant à Philémon, Paul n'use donc pas de son autorité d'apôtre, ou de fondateur d'Église(s), il ne veut rien lui imposer, mais lui adresse ses requêtes en faisant appel à l'amour chrétien et aux liens d'amitié qui les unissent, avec une grande délicatesse. Il n'entre pas dans ses préoccupations de remettre en cause le système politico-économique romain - mais de rendre la situation complexe d'Onésime compatible avec le message évangélique!
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• Phm 9b-10;12-17

La fidélité à l'Évangile peut, dans bien des cas, exiger qu'on fasse des choses déraisonnables au regard de la sagesse humaine.

Sur l'épître, Paul et les épîtres pauliniennes : Voir à cette page.

Sur Phm 8-20:
Après les salutations (vv.1-3), Paul, selon son habitude, exprime sa reconnaissance à Dieu pour son destinataire (à cause de sa foi et de son amour, vv.4-7); il exprime aussi à Philémon l'assurance de ses prières.
Il fait ensuite appel à lui en faveur de son esclave Onésime (vv.8-20).
Paul lui demande de faire quelque chose de difficile: accueillir un esclave qui a commis une faute et lui pardonner; et même le considérer comme un frère!
Paul mentionne
- son propre emprisonnement (vv.9;10;13); quelqu'un qui est en prison à cause de Jésus Christ mérite le respect;
- l'autorité qu'il aurait pu utiliser, mais qu'il n'utilise pas (vv.8;13;14;19);
- la "dette" de Philémon à son égard (v.19).
Mais ce ne sont pas les fondements de son argumentation. Son appel repose plutôt sur
- l'amour (vv.9;12;16);
- sa relation d'amitié avec Philémon et Onésime (vv.2;10;13;17);
- les obligations réciproques des membres de la famille de Dieu (vv.10;16;20).
Notons que Paul fait une partie du chemin en proposant une réparation des torts (vv.18-19), qu'il laisse Philémon libre et responsable de ses choix, et qu'il fait preuve de tact dans sa présentation des choses (notamment aux vv.13-14, où il suppose que Philémon aurait aimé lui rendre service personnellement).
On peut se demander ce que Paul attend exactement de Philémon (v.16, mais aussi v.21). La liberté (affranchissement) pour Onésime?
Peut-être, mais plus probablement, et en tout cas en un premier temps, la création d'une nouvelle relation entre maître et esclave, à cause de leur foi commune: la relation "dans le Christ" détruit les barrières créées par les distinctions de race, de sexe, de statut social, même si ces distinctions ne peuvent pas être matériellement abolies (Ga 3,28; comp. Col 3,18-4,1). Cette nouvelle relation est de type familial, et caractérisée par le respect réciproque (voir Ep 6,9; 1Tm 6,2).

Contrairement au texte liturgique, je donne les vv.8-9a;11;18-20, qui restituent la cohérence de la pensée de Paul.

Traduction et remarques:

Versets 8-9.
πολλὴν ἐν Χριστῷ παρρησίαν ἔχων ἐπιτάσσειν σοι τὸ ἀνῆκον,
Bien que j'aie dans le Christ toute liberté de te prescrire ce qui est convenable,
διὰ τὴν ἀγάπην μᾶλλον παρακαλῶ, τοιοῦτος ὢν ὡς Παῦλος πρεσβύτης, νυνὶ δὲ καὶ δέσμιος ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ,
c'est de préférence au nom de l'amour que je t'adresse une prière, étant ce que je suis, Paul, vieillard, et de plus maintenant prisonnier de Jésus Christ.
τὸ ἀνῆκον - ce qui est convenable: Paul ne fait pas appel à son autorité apostolique...
τὴν ἀγάπην - au nom de l'amour: ... mais il préfère s'adresser à Philémon comme à un ami, avec franchise et confiance; l' "ἀγάπη agapē" est la bienveillance, l'amour que partagent les chrétiens, et Paul fonde ses arguments sur l'amour dont Philémon avait l'habitude de faire preuve envers les croyants (vv.5;7).
πρεσβύτης - vieillard: Selon l'auteur juif Philon, ce mot était utilisé pour la tranche d'âge entre 50 et 56 ans, mais il pouvait aussi être employé pour désigner des gens plus âgés. Il faut plutôt voir dans cette mention une invitation au respect pour un homme qui a acquis sagesse et expérience qu'un appel à la pitié pour un vieillard sans force. 
δέσμιος - prisonnier: Cette lettre a été écrite durant la captivité de Paul à Rome (voir introduction à la Lettre, et vv.1;10;13). 

Verset 10.
παρακαλῶ σε περὶ τοῦ ἐμοῦ τέκνου, ὃν ἐγέννησα ἐν τοῖς δεσμοῖς μου, ᾿Ονήσιμον,
Je te prie pour mon enfant, que j'ai engendré étant dans les chaînes, Onésime,
περὶ τοῦ ἐμοῦ τέκνου - pour mon enfant: Paul n'emploie pas le mot "παῖς
païs", qui désigne un enfant, ou un jeune esclave - mais "τέκνον teknon'", qui exprime la relation parent->enfant ou maître->élève; ou, chez Paul, la relation père spirituel->nouveau converti (1Co 4,14;17; ou Ga 4,19, sous la forme "τεκνίον teknion'" employée au pluriel).
Cette phrase signifie que, alors qu'il était en résidence surveillée, Paul a été l'instrument de Dieu pour conduire Onésime à la foi chrétienne.
Ονήσιμον - Onésime:
- Le nom "Ὀνήσιμος Ŏnēsimos, Onésime" signifie "profitable", "utile".
- Voir l'introduction à la Lettre et la présentation de la section 8-20. Esclave de la maison de Philémon.
On suppose généralement, d'après le v.18, qu'il s'était enfui de chez son maître, peut-être après lui avoir dérobé des biens.
Mais il est difficile d'imaginer qu'il ait pu rencontrer Paul par hasard (surtout si Paul était bien en détention à Rome!): Paul étant ami (et père spirituel) de son maître, il était la personne la mieux placée pour lui venir en aide.
On sait en effet qu'un esclave qui se brouillait avec son maître pouvait aller chercher un soutien auprès de quelqu'un qui serait en mesure d'intervenir en sa faveur; l'esclave n'était alors pas considéré comme fugitif - il partait sachant qu'il reviendrait chez son maître avec son "avocat".
On peut donc également (ou même plutôt) penser qu'Onésime, ayant commis une faute et s'attendant à être puni, était allé chercher de l'aide auprès de Paul (peut-être après avoir "emprunté" de l'argent pour le voyage à Philémon), pour qui son maître avait le plus grand respect.
 
Verset 11.
τόν ποτέ σοι ἄχρηστον, νυνὶ δὲ σοὶ καὶ ἐμοὶ εὔχρηστον,
qui autrefois t'a été inutile, mais qui maintenant est utile, et à toi et à moi,
εὔχρηστον - utile: Jeu de mots sur le nom d'Onésime (voir ci-dessus); en tant que nouveau converti, il peut désormais être utile à Paul (v.13) mais aussi à Philémon - soit en le remplaçant auprès de Paul, soit par le travail qu'il pourra accomplir à Colosses dans la maison de Philémon ou auprès de lui dans le service ecclésial.

Verset 12.
ὃν ἀνέπεμψά σοι δὲ αὐτόν, τοῦτ᾿ ἔστιν τὰ ἐμὰ σπλάγχνα
que je te renvoie, lui, c'est-à-dire mes propres entrailles.
On trouve de nombreuses variantes pour ce verset, par ex.:
Textus Receptus (Stephens 1550, Scrivener 1894):
ον ανεπεμψα συ δε αυτον τουτ εστιν τα εμα σπλαγχνα προσλαβου
Litt.: "toi, oui toi que j'ai renvoyé, reçois-le, c'est-à-dire mes propres entrailles"
Cette leçon est incompréhensible; elle est pourtant très proche de:
• Codex Sinaiticus (milieu du IVème s.),
a. qui avait ajouté en marge "προσλαβου";
b. mais qui avait pourtant bien corrigé "συ" (injustifiable), en "σοι", même si la correction n'est pas très nette: 
ον ανεπεμψα σοιδε αυτον τουτ εστιν τα εμα σπλαγχνα προσλαβου
Litt.: "que je t'ai renvoyé, c'est-à-dire mes propres entrailles, reçois-le"
Tischendorf, Novum Testamentum Graece, Vol. I, 1869; Vol. II 1872; Vol III, 1894:
αυτον τουτ εστιν τα εμα σπλαγχνα
Litt.: "lui, c'est-à-dire mes propres entrailles"
Westcott-Hort 1881, Nestle-Aland 27ème/UBS4:
ον ανεπεμψα σοι αυτον τουτ εστιν τα εμα σπλαγχνα
Litt.: "que j'ai renvoyé, lui, c'est-à-dire mes propres entrailles"
Byzantine 2000 (texte liturgique moderne des confessions grecques,  catholique et orthodoxe):
συ δε αυτον τουτ εστιν τα εμα σπλαγχνα προσλαβου
Litt.: "et toi, reçois-le, c'est-à-dire [reçois] mes propres entrailles".
À part la leçon de Textus Receptus, aberrante, toutes ces variantes ont à peu près le même sens: Onésime était "inutile" à Philémon et à l'Église de Colosses avant d'être converti (v.11a); désormais chrétien, il est "utile" (comme tout chrétien) à l'évangélisation, que ce soit auprès de Paul (vv.11b;13) ou auprès de Philémon (v.11b); Paul le renvoie à Philémon en lui rappelant qu'il est désormais "fils spirituel" de Paul: vv.10;12 (et, selon certaines leçons, que c'est en tant que tel que Philémon doit désormais le traiter, comme il traiterait Paul lui-même).

Versets 13-14.
ὃν ἐγὼ ἐβουλόμην πρὸς ἐμαυτὸν κατέχειν, ἵνα ὑπὲρ σοῦ μοι διακονῇ μοι ἐν τοῖς δεσμοῖς τοῦ εὐαγγελίου·
J'aurais désiré le retenir auprès de moi, pour qu'il me servît à ta place, pendant que je suis dans les chaînes pour l'Évangile.
χωρὶς δὲ τῆς σῆς γνώμης οὐδὲν ἠθέλησα ποιῆσαι, ἵνα μὴ ὡς κατὰ ἀνάγκην τὸ ἀγαθόν σου ᾖ, ἀλλὰ κατὰ ἑκούσιον. 
Toutefois, je n'ai rien voulu faire sans ton avis, afin que ton bienfait ne soit pas comme forcé, mais qu'il soit volontaire.
πρὸς ἐμαυτὸν κατέχειν - le retenir auprès de moi: Paul veut bien préciser qu'il ne renvoie pas Onésime parce qu'il y est légalement obligé, mais à cause du nouvel état de ce dernier (v.16) et afin que tout désaccord soit réglé.
ἵνα μὴ ὡς κατὰ ἀνάγκην τὸ ἀγαθόν σου ᾖ, ἀλλὰ κατὰ ἑκούσιον - afin que ton bienfait ne soit pas comme forcé, mais qu'il soit volontaire: Paul suppose que Philémon aurait aimé lui offrir personnellement la possibilité de garder Onésime auprès de lui.

Verset 15.
τάχα γὰρ διὰ τοῦτο ἐχωρίσθη πρὸς ὥραν ἵνα αἰώνιον αὐτὸν ἀπέχῃς,
Peut-être a-t-il été séparé de toi pour un temps, afin que tu le recouvres pour l'éternité,
ἐχωρίσθη - il a été séparé: C'est la première fois que Paul évoque ce qui s'est passé entre Philémon et Onésime (il en parle d'ailleurs très peu, et de manière allusive). L'emploi du passif renvoie aux plans mystérieux de Dieu, qui pourraient expliquer ce qui s'est passé (voir par ex. Gn 45,4-8: Joseph narre son histoire à ses frères au passif).

Verset 16.
οὐκέτι ὡς δοῦλον, ἀλλ᾿ ὑπὲρ δοῦλον, ἀδελφὸν ἀγαπητόν, μάλιστα ἐμοί, πόσῳ δὲ μᾶλλον σοὶ καὶ ἐν σαρκὶ καὶ ἐν Κυρίῳ.
non plus comme un esclave, mais comme supérieur à un esclave, comme un frère bien-aimé, de moi particulièrement, et de toi à plus forte raison, et dans la chair, et dans le Seigneur.
• δοῦλον - un esclave: Première mention du mot "δοῦλος doulos" - mais tempéré par la négation, par la précision "ὑπὲρ δοῦλον", et par la locution "ἀδελφὸν ἀγαπητόν".
καὶ ἐν σαρκὶ καὶ ἐν Κυρίῳ - et dans la chair, et dans le Seigneur: C'est-à-dire "à la fois en tant qu'homme et en tant que frère dans le Christ"; Paul demande à Philémon d'accueillir Onésime dans la communion fraternelle de l'Église, mais aussi de le traiter, en tant qu'homme, avec respect et amour (voir Ep 6,9). Il ne lui demande pas d'affranchir Onésime, mais, qu'il reste ou non esclave, ce dernier ne devra plus être traité comme un esclave. 

Versets 17-18.
Εἰ οὖν με ἔχεις κοινωνόν, προσλαβοῦ αὐτὸν ὡς ἐμέ.
Si donc tu me tiens pour ton ami, reçois-le comme si c'était moi.
εἰ δέ τι ἠδίκησέ σε ἢ ὀφείλει, τοῦτο ἐμοὶ ἐλλόγει·
Et s'il t'a fait quelque tort, ou s'il te doit quelque chose, mets-le sur mon compte.
τοῦτο ἐμοὶ ἐλλόγει - mets-le sur mon compte: Langage commercial, renvoyant peut-être aux activités professionnelles de Philémon; sur le "tort" ou la "dette" d'Onésime, voir l'introduction à la Lettre et la présentation de la section 8-20. Paul propose à Philémon de le dédommager, afin que rien ne vienne entraver la réconciliation.

Verset 19.
ἐγὼ Παῦλος ἔγραψα τῇ ἐμῇ χειρί, ἐγὼ ἀποτίσω· ἵνα μὴ λέγω σοι ὅτι καὶ σεαυτόν μοι προσοφείλεις.
Moi Paul, je l'écris de ma propre main: "je paierai", pour ne pas te dire que tu te dois toi-même à moi.
τῇ ἐμῇ χειρί - de ma propre main: Paul termine généralement ses lettres "de sa propre main" (voir "Paul est ses scribes" à cette page) - mais ici il intervient au coeur de sa rédaction; c'est qu'il ne cherche pas à authentifier la lettre, mais il utilise ici la formule et la pratique légales de celui qui veut apporter sa garantie personnelle.
ἐγὼ ἀποτίσω - "je paierai": Ce verbe "ἀποτίνω apotinō" est le terme technique légal signifiant "donner une compensation", "payer les dommages". Paul ne se contente donc pas d'une promesse, il agit selon les règles en vigueur.
καὶ σεαυτόν μοι προσοφείλεις - tu te dois toi-même à moi: Allusion discrète à la conversion de Philémon par l'apôtre. Philémon "doit" donc à ce dernier ce qu'il a désormais de plus précieux: la vie éternelle, ce qui est une "dette" infiniment plus précieuse que celle d'Onésime! Maître et esclave ont fait, grâce à Paul, la même expérience de la grâce de Dieu.

Verset 20.
ναί, ἀδελφέ, ἐγώ σου ὀναίμην ἐν Κυρίῳ· ἀνάπαυσόν μου τὰ σπλάγχνα ἐν Κυρίῳ.
Oui, frère, que j'obtienne de toi cet avantage, dans le Seigneur; tranquillise mon coeur dans le Christ.
ἐγώ σου ὀναίμην - que j'obtienne de toi cet avantage: Jeu de mot entre le nom d'Onésime, "Ὀνήσιμος Ŏnēsimos", et le verbe dont il est dérivé: "ὀνίνημι oninēmi"(lui-même dérivé de "ὀνάω onaō / ὄνομαι onomaï"), signifiant "tirer avantage" (voir v.11 et note).
τὰ σπλάγχνα - mon coeur: Même mot que traduit au v.12 par "entrailles".
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