Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

Les Épîtres de
saint Paul
(3: Col; 1Th; 2Th)
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Lettre aux Colossiens


    Cette lettre s’adresse aux chrétiens de Colosses, une ville que Paul n’avait jamais visitée, bâtie à quelque cent cinquante kilomètres à l’est d’Éphèse. L’authenticité de cette lettre fut mise en question par la critique du XIXème siècle pour les mêmes raisons qui firent douter de l’origine paulinienne de la lettre aux Éphésiens: langue, style, choix des mots, caractère de la christologie. Les exégètes tendent à expliquer ces faits par l’intervention d’un secrétaire de Paul qui dut user d’une certaine liberté dans la rédaction de ce texte (voir 4,18).

La lettre se divise ainsi:
I.  Salutations d’usage (1,1-12).
II.  L’annonce de la vérité (1,3-2,5);
prière pour la communauté (1,3-12);
prééminence absolue du Messie (1,13-23);
vocation et autorité de Paul (1,24-2,5).
III.  Signification de la liberté chrétienne (2,6-3,4).
La foi nouvelle:
éthique générale (3,5-17);
éthique conjugale et familiale (3,18-4,1);
persévérer dans la prière (4,2-6).
IV.  Messages personnels et salutations finales (4,7-18).

    L’objet principal de la lettre est de combattre une erreur qui compromettait l’unité de la communauté chrétienne de Colosses. Paul n’y fait que des allusions sans jamais définir clairement une situation bien connue de ses correspondants.
On a pensé qu’il s’agissait
- d’un syncrétisme gnostique,
- d’une tendance à imposer aux convertis d’origine païenne l’observance des misvot de la Tora (2,11-23),
- d’un ascétisme exagéré
- de la quête d’une philosophie d’essence païenne ou d’un ésotérisme marginal chez les Hébreux: la variété de ces hypothèses donne la mesure de l’incertitude de nos connaissances.
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• Col 1,12-20.

Action de grâce au Père qui "nous a fait entrer avec son Fils bien-aimé", et chant de louange au Christ qui a "la primauté en tout" - cette page a la facture et le style d'une hymne liturgique.
Elle a d'ailleurs été intégrée parmi les "Cantiques bibliques" au Psautier liturgique.
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• Col 1,15-20.

Une hymne qui chante la double primauté du Christ dans l'œuvre de la rédemption comme dans celle de la création.
En lui et par lui la miséricorde de Dieu nous attend.

Sur ce passage:
Sur les épîtres et sur saint Paul, voir à cette page.
Sur l'épître aux Colossiens, voir ci-dessus.
Sur Col 1,1-12:
Après les salutations habituelles (vv.1-2), Paul indique qu'il connaît la situation de l'Église de Colosses et qu'il en est heureux (vv.3-8). Il l'exprime par des paroles d'encouragement: les Colossiens ont bien accueilli l'Évangile, et il porte ses fruits parmi eux.
Mais Paul veut les conduire plus loin encore, d'où sa prière d'intercession (vv.9-12). Il se fonde sur ce que les Colossiens savent déjà de l'Évangile pour demander à Dieu qu'il les fasse grandir en maturité spirituelle. Sa prière souligne ce qui est important: la connaissance de la volonté de Dieu, la sagesse, une vie riche en œuvres bonnes, la persévérance dans l'épreuve; Paul conclut en mentionnant l'atmosphère qui doit entourer cette marche vers la maturité: la joie et la reconnaissance (vv.11-12), marquées par l'espérance du Royaume.  
Sur Col 1,13-23:
Le souci de Paul pour les Colossiens le conduit, en pensant très certainement à l'hérésie qui les menace, à résumer dans une superbe hymne christologique tout ce que la création - et en particulier les hommes - doivent au Fils.
Paul reprend peut-être cette hymne à l'Eglise primitive, mais il est également possible qu'il l'ait composée lui-même.
Stylistiquement, elle présente de nombreux traits de rhétorique sémitique; théologiquement, elle est très dense:
- Les vv.15-16 sont repris par le v.17; ils célèbrent le Fils comme Créateur de tout l'univers, celui en qui tout subsiste.
- Les vv.18b-20 sont annoncés par le v.18a; ils proclament l'autorité du Fils sur l'Eglise, et son œuvre de réconciliation pour tout l'univers.
- On relève de nombreux parallélismes et reprises de termes ("Premier-né", "tout", "tous" par ex.)
On peut voir, en arrière-plan de cette hymne, la personnification biblique de la Sagesse, qui a présidé à la création du monde (Pr 3,19; 8,22-36).
Celui par qui et pour qui tout a été créé (v.16), c'est celui-là même qui, pour nous sauver, a versé son sang sur la Croix (v.20).
C'est grâce à lui qu'il existe (pour les Colossiens, mais aussi pour nous!) un "autrefois" et un "maintenant" (vv.21-22).

Traduction et remarques :

Verset 12.
εὐχαριστοῦντες τῷ πατρὶ τῷ ἱκανώσαντι ὑμᾶς εἰς τὴν μερίδα τοῦ κλήρου τῶν ἁγίων ἐν τῷ φωτί,
Rendez grâces au Père, qui vous a rendus capables d'avoir part à l'héritage des saints dans la lumière,
εἰς τὴν μερίδα -à l'héritage: Le substantif μερίς méris dérive d'une forme obsolète et plus primaire de μείρομαι meïromaï (recevoir comme part).
Il désignait dans le PT la part de terre (le "patrimoine"; hébr. נחלהnakh'ălâh) accordée à chaque tribu et à chaque famille d'Israël comme partie de l' "héritage" commun; voir Jos 14,1-5. Désormais, les non-Juifs seront co-héritiers avec les Juifs de la nouvelle Terre promise, c'est-à-dire du Royaume de Dieu (Ep 1,11-14; 2,11-12).
Le pays de Canaan est le type, dans le PT, de la "nouvelle Terre" à venir.
 ἐν τῷ φωτί-dans la lumière: La "lumière" céleste (Jn 1,4-5), la "lumière" de Dieu (1Jn 1,5). Le "royaume de lumière" est le monde à venir; il s'oppose au royaume des "ténèbres" (v.13); ceux qui en font partie sont appelés "enfants de lumière" (Jn 12,36; Ep 5,8).
Les vv.12-14 sont parallèles à Ac 26,18: "[17.Je t'ai choisi du milieu de ce peuple et du milieu des païens, vers qui je t'envoie,] afin que tu leur ouvres les yeux, pour qu'ils passent des ténèbres à la lumière et de la puissance de Satan à Dieu, pour qu'ils reçoivent, par la foi en moi, le pardon des péchés et l'héritage avec les sanctifiés." 

Verset 13.
᾿᾿ὃς ἐρρύσατο ἡμᾶς ἐκ τῆς ἐξουσίας τοῦ σκότους καὶ μετέστησεν εἰς τὴν βασιλείαν τοῦ υἱοῦ τῆς ἀγάπης αὐτοῦ·
qui nous a délivrés de la puissance des ténèbres et nous a transportés dans le royaume de son Fils bien-aimé,
ὃς ἐρρύσατο ἡμᾶς -qui nous a délivrés: Dieu le Père est celui qui "délivre"; dans d'autres textes, c'est le Christ (1Th 1,10; 2Tm 4,18).
τοῦ σκότους -des ténèbres: Le violent contraste φῶς phōs - "lumière"/ σκότοςskotos - "obscurité", "ténèbres" montre l'intensité du changement.
εἰς τὴν βασιλείαν -dans le royaume: Le"royaume" est présenté comme étant déjà présent (comp. 1Th 2,12; 2Th 1,5; 2Tm 4,1;18); il ne s'agit pas d'un territoire, mais d'une sphère où la souveraineté de Dieu et du Christ est acceptée (comp. Ac 26,18, cité ci-dessus). 

Verset 14.
ἐν ᾧ ἔχομεν τὴν ἀπολύτρωσιν, τὴν ἄφεσιν τῶν ἁμαρτιῶν·
en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés.
ἐν ᾧ -en qui: Voir "ἐν Χριστῷ ᾿Ιησοῦ - en Jésus Christ" (litt. "en Christ Jésus") en1Tm 1,14. Cette expression, qui apparaît 73 fois dans les épîtres pauliniennes (dans le reste du NT seulement 3 fois, dans 1P), s'accompagne selon les textes de diverses connotations; mais elle a été comprise, fondamentalement, de deux façons:
- d'une manière "mystique" (l'union, ou la communion, au Christ);
- d'une manière "juridique" (l'union au Christ comme notre représentant devant Dieu).
Les textes favorisent cette seconde interprétation (en particulier lorsqu'ils établissent un parallèle opposant la situation des hommes "en Adam" et "en Jésus Christ"). 
 τὴν ἀπολύτρωσινͅ -la rédemption: Le terme utilisé, ἀπολύτρωσις apolutrōsis, désigne le rachat (étymologiquement, "rédemption" a exactement le même sens) d'un prisonnier de guerre fait esclave, au moyen d'une rançon. la mention de l' "héritage" au v.12 suggère que Paul fait allusion à la délivrance de l'esclavage en Égypte ou de la captivité à Babylone (Dt 7,8; Is 44,22-24).
Mais cette délivrance, spirituelle, est caractérisée par "la rémission des péchés" qui, nous libérant de la culpabilité, nous délivre par là même de la "puissance" (v.13) du péché.

Verset 15.
ὅς ἐστιν εἰκὼν τοῦ Θεοῦ τοῦ ἀοράτου, πρωτότοκος πάσης κτίσεως, 
Il est l'image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création.
 τοῦ Θεοῦ τοῦ ἀοράτου - du Dieu invisible: Si Dieu est "invisible", comment peut-on le connaître? Le Fils en est l'"image", l'"icône" (transcription du mot grec employé ici εἰκών eïkōn) qui le représente fidèlement. En lui, la nature et l'être de Dieu nous sont parfaitement révélés (2Co 4,4; Hé 1,3; Jn 14,9): en lui, on peut bien voir le "Dieu que nul ne voit".
πρωτότοκος - premier-né: Dans le PT, le mot בּכור bekôr, traduit par LXX par πρωτότοκος, désigne celui qui a le plus haut rang; ainsi le roi d'Israël avait-il le titre de "fils premier-né de Dieu"; voir Ps 89,28:
אף־אני בכור אתנהו עליון למלכי־ארץ׃
"Et moi, je ferai de lui le premier-né,
Le plus élevé des rois de la terre"; le roi d'Israël était considéré comme adopté par Dieu, et il était "le plus élevé des rois de la terre" parce qu'il régnait sur le peuple de Dieu.
Le titre "premier-né de toute la création" signifie donc que le Christ est au-dessus de toute la création, avec le rang le plus élevé qui soit.
La pensée que son existence aurait eu un commencement est totalement absente de ce texte. Le v.suivant souligne d'ailleurs que tout a été créé en lui - ce qui ne serait pas vrai s'il avait été lui-même créé.


Verset 16.
ὅτι ἐν αὐτῷ ἐκτίσθη τὰ πάντα, τὰ ἐν τοῖς οὐρανοῖς καὶ τὰ ἐπὶ τῆς γῆς, τὰ ὁρατὰ καὶ τὰ ἀόρατα, εἴτε θρόνοι, εἴτε κυριότητες εἴτε ἀρχαὶ εἴτε ἐξουσίαι· τὰ πάντα δι᾿ αὐτοῦ καὶ εἰς αὐτὸν ἔκτισται·
Car en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, trônes, dignités, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui.
τὰ πάντα - toutes les choses; tout: Ce verset contient divers mots et locutions exprimant la totalité: rien n'échappe à l'œuvre de création dans le Fils.
εἴτε θρόνοι, εἴτε κυριότητες εἴτε ἀρχαὶ εἴτε ἐξουσίαι - trônes, dignités, dominations, autorités: Ces puissances (ou "autorités") célestes, hostiles ou amicales, glorieuses ou déchues, de la plus importante à la moindre, doivent toutes leur existences au Christ et lui sont soumises (voir 2,10; Ep 1,21).
Cette mention des "trônes, dignités, dominations, autorités" (voir aussi 2,15) trahit dans l'hérésie colossienne combattue par Paul
- d'une part l'influence qu'exerçait l'astrologie orientale sur le monde gréco-romain; fataliste, elle pensait que l'univers était gouverné par les puissances astrales et recommandaient l'ascétisme comme moyen d'apaiser ces puissances;
- d'autre part de certains éléments des doctrines gnostiques;
- et enfin, d'éléments, tel le culte des anges, puissances célestes (ou encore la tendance à rechercher des visions, en 2,18 par ex.), provenant sans doute de milieux juifs marginaux.

Verset 17.
καὶ αὐτός ἐστι πρὸ πάντων καὶ τὰ πάντα ἐν αὐτῷ συνέστηκε,
Il est avant toutes choses, et toutes choses subsistent en lui.
τὰ πάντα ἐν αὐτῷ συνέστηκε - toutes choses subsistent en lui: Tout être vivant qu'il en soit conscient ou non, dépend de lui à chaque instant de son existence (voir Ac 17,28; Hé 1,3).
Le verbe συνέστηκε (de συνίστημι sunistēmi) peut également se comprendre "il tient en cohésion"; comme "τὰ πάντα", neutre, peut être nominatif (cas du sujet) ou accusatif (cas du CO direct), on peut également traduire "il tient en lui toutes choses en cohésion"; Paul affirmerait ainsi que le Fils - et non les puissances célestes vénérées dans l'hérésie colossienne - assure la cohésion de l'univers.

Verset 18.
καὶ αὐτός ἐστιν ἡ κεφαλὴ τοῦ σώματος, τῆς ἐκκλησίας· ὅς ἐστιν ἀρχή, πρωτότοκος ἐκ τῶν νεκρῶν, ἵνα γένηται ἐν πᾶσιν αὐτὸς πρωτεύων,
Il est la tête du corps, de l'Église; il est le commencement, le premier-né d'entre les morts, afin d'être en tout le premier.
ἡ κεφαλή - la tête:
Ce mot κεφαλή képhalē signifie, selon le contexte, "tête" ou "chef" (n'oublions pas, d'ailleurs, que notre mot "chef" désignait en ancien français la tête; il était en effet un dérivé de formation dite populaire du latin "caput, capitis" - voir le mot "couvre-chef" pour désigner un chapeau - comme le mot "capitale" en est un dérivé de formation dite savante).
Certains, soulignant qu'en grec classique (mais le grec biblique n'est pas le grec classique!) le mot κεφαλή ne désigne pas le "chef", le traduisent par "source", ou "origine". Certes ces sens existent en grec classique pour parler de la source ou de l'origine, d'un fleuve par ex., mais il n'est jamais employé dans ce sens dans le cadre des relations humaines.
En revanche, la LXX traduit bien le mot hébreu ראש rô'sh (que l'on retrouve dans le nom de la fête du Nouvel An juif: ראש השנה - Roch Hachana, littéralement "Tête de l'année"), désignant selon le contexte la "tête" ou le "chef", par κεφαλή dans l'un et l'autre cas.
Paul emploie généralement ce mot de préférence à d'autres mots grecs exprimant l'autorité - sans doute pour éviter la connotation d'autoritarisme qui leur est attachée.
En outre ici Paul joue sur les mots: le Christ est "le chef" dans les deux sens du terme, à la fois "la tête" et "à la tête", de son Église. Voir 1Co11,3.
τοῦ σώματος, τῆς ἐκκλησίας - du corps, de l'Église:
Le texte grec n'étant originellement pas ponctué, on peut considérer que le second génitif "τῆς ἐκκλησίας - de l'Église" est
- soit, comme ici, apposé au premier génitif "τοῦ σώματος - du corps"; dans ce cas, le second génitif explicite la métaphore: le premier est le comparant, le second le comparé; en employant une comparaison, on pourrait expliciter encore davantage: "l'Église est semblable à un corps (dont le Christ serait la tête)";
- soit, si l'on ne sous-entend pas la virgule, CD du premier nom: "τοῦ σώματος τῆς ἐκκλησίας- du corps de l'Église"; dans ce cas le premier génitif détermine "ἡ κεφαλή - la tête", le second génitif déterminant le premier.
Le sens est sensiblement le même dans les deux cas, mais l'emploi quasi-métaphorique du terme κεφαλή fait plutôt pencher pour la première interprétation.
En revanche, on peut opposer deux usages pauliniens de la métaphore du "σώματος τῆς ἐκκλησίας - corps de l'Église":
- en 1Co 12,12-27 et Rm 12,4-5, Paul l'utilise pour parler des relations et responsabilités mutuelles des chrétiens: la tête n'a alors pas de place particulière, chaque organe, chaque chrétien a son charisme propre au sein du corps que constitue l'Église (1Co 12,21);
- en revanche en Col (comme en Ep) l'Église est une assemblée réunie autour de son chef, un corps dont la tête est le Christ glorifié (Col 3,1-4; Ep 2,6; 4,15).
ἀρχή - le commencement: Renvoi à Gn 1,1; LXX traduit l'hébreu בראשׁית parἘν ἀρχῇ (on peut d'ailleurs rappeler que le substantif ראשׁית rê'shîyth appartient à la même famille que le nom ראשׁ rô'sh); voir cette page
πρωτότοκος - premier-né:
Sur le sens à donner à ce mot, voir la note au v.15.
Le Christ est le premier homme de la Nouvelle Création, comme il était le "premier-né" de la Création originelle.

Verset 19.
ὅτι ἐν αὐτῷ εὐδόκησε πᾶν τὸ πλήρωμα κατοικῆσαι
Car Dieu a voulu que toute plénitude habitât en lui;
τὸ πλήρωμα - plénitude: Ce thème du "plérôme" (transcription du mot grec) semble avoir été important pour l'hérésie menaçant l'Église colossienne.
En effet, dans cette épître il est question d'un enseignement sophistiqué (en 2,8 par ex.) présenté à grand renfort de rhétorique (2,4) comme "sagesse" (2,23). Ceci révèle l'influence du monde grec et des systèmes gnostiques (voir en cliquant ici).
Or la suprématie du Christ s'explique par la "plénitude" qui est en lui (voir 2,9); dans son incarnation, il est l'expression parfaite de tout ce que Dieu est et fait: révélation, parole, sagesse, gloire, etc. Puisque cette "plénitude" est en lui, il est inutile d'aller chercher ailleurs le "plérôme", comme certains semblaient le suggérer aux Colossiens.

Verset 20.
καὶ δι᾿ αὐτοῦ ἀποκαταλλάξαι τὰ πάντα εἰς αὐτόν, εἰρηνοποιήσας διὰ τοῦ αἵματος τοῦ σταυροῦ αὐτοῦ, δι᾿ αὐτοῦ εἴτε τὰ ἐπὶ τῆς γῆς εἴτε τὰ ἐν τοῖς οὐρανοῖς.
il a voulu par lui réconcilier tout avec lui-même, tant ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix.
ἀποκαταλλάξαι τὰ πάντα εἰς αὐτόν - réconcilier tout avec lui-même: Le péché a non seulement brisé le lien entre Dieu et l'homme, mais il a aussi rompu l'harmonie universelle, créant désordre et hostilité (voir l'allusion à "la puissance des ténèbres" en 1,13; et Rm 8,19-22).
La mort du Christ sur "sa croix" permet la réconciliation de l'humanité avec Dieu et la restauration de l'harmonie entre le Créateur et sa création (en particulier en ce qui concerne les puissances spirituelles: 1,16; 2,15).
La réconciliation est liée ici à la notion d'ordre par lequel Dieu restaure la paix (voir aussi 1Co 14,33). Il faut souligner à ce sujet que le jugement restaure l'ordre en justifiant Dieu face à ceux qui revendiquent leur autonomie par rapport à lui. Et la dernière étape de cette pacification de l'univers sera ala victoire de Dieu sur la mort, le dernier ennemi (1Co 15,26), lors de l'instauration définitive du Royaume de Dieu.
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• Col 1,24-28.

Prisonnier, Paul ne se considère pas comme retiré malgré lui du ministère apostolique, mais appelé à l'exercer d'une autre manière: en participant à la passion rédemptrice du Christ. De la sa joie: il souffre, certes, mais c'est pour l'Église, pour le Corps du Christ, et avec lui.

Sur ce passage:
Sur les épîtres et sur saint Paul, voir à cette page.
Sur l'épître aux Colossiens, voir plus haut.
Sur Col 1,24 - 2,19:
Face à l'enseignement syncrétiste ou pré-gnostique - aux tendances judaïsantes, ascétiques et mystiques (voir ci-dessus, introduction et notes pour 1,15-20; et 2,11;16;18;23) - qui semble déprécier le corps (2,9) et se complaire dans une sagesse tout humaine (2,4;8) pour laquelle lesrapports entre Dieu et son fidèle passent par divers intermédiaires spirituels (2,10;15), la réponse de Paul est simple: "Jésus Christ, plénitude de Dieu, dans lequel se trouve toute la sagesse divine" (2,2-3), celui auquel toutes "les puissances" sont soumises (2,10). C'est en lui, leur représentant, que les croyants ont toute richesse: la mort à leur culpabilité (leur circoncision, 2,11), la vie (la résurrection, 2,12), la fin du régime de la Loi (la fin de l'acte accusateur, 2,14), la victoire sur les "puissances" (2,15). Comment pourraient-ils retomber sous l'autorité d'une religion tout humaine et renoncer au Christ (2,16-19)?
Lutter pour que la vérité soit maintenue: telle est en tout cas la charge dont Paul se sait investi (1,24-29).

Traduction et remarques :

Verset 24.
Νῦν χαίρω ἐν τοῖς παθήμασί μου ὑπὲρ ὑμῶν, καὶ ἀνταναπληρῶ τὰ ὑστερήματα τῶν θλίψεων τοῦ Χριστοῦ ἐν τῇ σαρκί μου ὑπὲρ τοῦ σώματος αὐτοῦ, ὅ ἐστιν ἡ ἐκκλησία,
Je me réjouis maintenant dans mes souffrances pour vous; et ce qui manque aux souffrances du Christ, je l'achève en ma chair, pour son corps, qui est l'Église.
χαίρω - Je me réjouis: Sur la joie malgré la souffrance, voir Rm 5,3; 8,18; 2Co 7,4. Paul accepte ainsi les souffrances non pas en tant que telles (il n'écrit pas qu'il se réjouit "de" ses souffrances, mais "ἐν - dans" celles-ci = alors qu'il les endure), mais en raison de l'objectif qu'il vise au-delà de celles-ci: la prédication de l'Évangile (v.25; sur la teneur de ces souffrances, voir 2Co 11,23-28).
τὰ ὑστερήματα τῶν θλίψεων τοῦ Χριστοῦ - ce qui manque aux souffrances du Christ: Il ne s'agit pas des "souffrances" du Christ sur la croix en vue de l'expiation de nos péchés, auxquelles il n'y a bien sûr rien à ajouter.
Les souffrances dont parle Paul sont celles qui accompagnent l'annonce de l'Évangile en vue de la croissance du corps du Christ, de l'Église. Voir Mt 10,34-39; en particulier vv.34-35: cette annonce peut engendrer des divisions même au sein des familles - citation de Mi 7,6 - et la persécution: le disciple doit le savoir, même si bien entendu il ne doit pas chercher l'hostilité, même si son ministère est un ministère de paix; et v.38: les condamnés devaient porter eux-mêmes l'instrument de leur exécution; "la croix" représente dans ce verset le rejet social dont souffre le croyant comme conséquence de sa foi. Voir aussi Ap 6,9-11.
ὑπὲρ τοῦ σώματος αὐτοῦ - pour son corps: Paul considère que les "souffrances" qu'il endure pour le bien de "l'Église" sont des souffrances du Christ (2Co 1,5; 4,10-11), car le Christ est solidaire des souffrances de l'Église,son corps (voir Mt 10,34-39; Ap 6, 9-11).

Verset 25.
 ἧς ἐγενόμην ἐγὼ διάκονος κατὰ τὴν οἰκονομίαν τοῦ Θεοῦ τὴν δοθεῖσάν μοι εἰς ὑμᾶς, πληρῶσαι τὸν λόγον τοῦ Θεοῦ,
C'est d'elle que j'ai été fait ministre, selon la charge que Dieu m'a donnée auprès de vous, afin que j'annonçasse pleinement la parole de Dieu,

Verset 26.
τὸ μυστήριον τὸ ἀποκεκρυμμένον ἀπὸ τῶν αἰώνων καὶ ἀπὸ τῶν γενεῶν, νυνὶ δὲ ἐφανερώθη τοῖς ἁγίοις αὐτοῦ,
le mystère caché de tout temps et dans tous les âges, mais révélé maintenant à ses saints,
τὸ μυστήριον τὸ ἀποκεκρυμμένον - le mystère caché: Il s'agit du plan de Dieu "caché" durant les âges passés, mais désormais révélé et proclamé publiquement (1Co 2,1; Col 2,2; 4,3; Ep 1,9; 3,3;9; Rm 16,25).
Par cette révélation, il est donné aux croyants le privilège de comprendre toute l'histoire humaine dans la perspective de Dieu.
En arrière-plan historique, sociologique et théologique de cette notion, on a plusieurs éléments:
- l'apocalyptique juive (les textes apocalyptiques avaient pour fonction de donner du sens à la réalité présente en dévoilant la réalité céleste cachée);
- les religions "à mystère" (dans le paganisme, par ex. dans certaines conceptions religieuses gréco-romaines de l'époque, il s'agissait de connaissances réservées aux seuls initiés, voir par ex. ce qu'en dit Paul en 1Co 2,8-13;
- la pensée de Qumrân (le maître de justice était considéré comme celui qui était capable d'éclairer le mystère du plan de Dieu).
Mais pour Paul, s'il lui arrive de parler de "mystère" et de "parfaits" (voir au v. 28 et, par ex., en 1Co 2,1), ces derniers ne sont pas passés par une initiation secrète et réservée à quelques-uns seulement: le "mystère" de Dieu est révélé à qui veut l'entendre. Chez lui, la notion de secret divin ne provient donc pas de l'hellénisme, ni d'un quelconque ésotérisme.
On peut en revanche estimer que c'est à la lumière de sa propre expérience d'apôtre que Paul parle de "mystère caché" et révélé (Ep 3,3). Celui-ci concerne l'œuvre de salut de Dieu, en particulier l'ouverture du Royaume aux païens (v.27). Ce n'est pas que le PT n'en disait rien, au contraire (voir Ep 3,5 et note à cette page)! Mais la manière dont Dieu accomplit ce qu'il avait promis est pour le moins déroutante.

Verset 27.
οἷς ἠθέλησεν ὁ Θεὸς γνωρίσαι τίς ὁ πλοῦτος τῆς δόξης τοῦ μυστηρίου τούτου ἐν τοῖς ἔθνεσιν, ὅς ἐστι Χριστὸς ἐν ὑμῖν, ἡ ἐλπὶς τῆς δόξης·
à qui Dieu a voulu faire connaître quelle est la glorieuse richesse de ce mystère parmi les païens, savoir: le Christ est en vous, l'espérance de la gloire.

Verset 28.
ὃν ἡμεῖς καταγγέλλομεν νουθετοῦντες πάντα ἄνθρωπον καὶ διδάσκοντες πάντα ἄνθρωπον ἐν πάσῃ σοφίᾳ, ἵνα παραστήσωμεν πάντα ἄνθρωπον τέλειον ἐν Χριστῷ ᾿Ιησοῦ·
C'est lui que nous annonçons, exhortant tout homme, et instruisant tout homme en toute sagesse, afin de présenter à Dieu tout homme, devenu parfait dans le Christ.
τέλειον - parfait: L'adjectif grec τέλειος teleïos signifie "complet", "achevé", dans tous les domaines; ici, il s'agit du croyant parvenu à une certaine maturité de sa foi. Paul ne limite donc pas son ministère à l'annonce de l'Évangile en vue de la conversion, mais il vise pour chacun la maturité spirituelle (voir Ep 4,13).
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• Col 2,12-14.

Lors du baptême, sacrement de la foi, les croyants passent avec le Christ de la mort à la vie. "La dette du péché" n'est pas seulement remise, elle est annulée, parce que le pardon de Dieu crée des hommes nouveaux, libres de la liberté du Ressuscité.

Sur ce passage:
Sur les épîtres et sur saint Paul, voir à cette page.
Sur l'épître aux Colossiens, voir plus haut.
Sur Col 1,24 - 2,19: voir ci-dessus.
Je donne d'abord le v.11, indispensable à la compréhension du v.12 puisqu'ils forment une seule et même phrase.
En effet, dans ces deux vv., Paul oppose le baptême, "circoncision salvatrice", à la circoncision "opérée par les hommes" - ce qui est un point essentiel, tant dans la pensée paulinienne en général (voir, par ex. cette page) que pour sa réponse aux hérésies qui menaçaient les Colossiens.

Traduction et remarques :

Verset 11.
ἐν ᾧ καὶ περιετμήθητε περιτομῇ ἀχειροποιήτῳ ἐν τῇ ἀπεκδύσει τοῦ σώματος τῆς σαρκός, ἐν τῇ περιτομῇ τοῦ Χριστοῦ,
C'est en lui que vous avez été même circoncis d'une circoncision que la main n'a pas faite, mais de la circoncision du Christ, qui consiste dans le dépouillement du corps de la chair:
ἐν ᾧ  - C'est en lui (en Jésus): L'expression rythme le passage (vv.9;10;11;12).
περιετμήθητε - vous avez été circoncis: La circoncision, l'un des signes distinctifs de l'identité juive, était parmi les sujets de confusion pour les Colossiens - probablement à cause des influences extérieures qui jetaient le trouble dans leur Église (voir plus haut les introductions, à l'épître et à cette péricope).
περιτομῇ ἀχειροποιήτῳ [...] τοῦ σώματος τῆς σαρκός [...] ἐν τῇ περιτομῇ τοῦ Χριστοῦ - d'une circoncision que la main n'a pas faite, [...] du corps de la chair, [...] de la circoncision du Christ : Comme en Rm 2,29, la "circoncision du Christ" est celle opérée par l'Esprit dans le cœur de celui qui est "uni au Christ" par la foi, lors de sa conversion (l'expression "uni au Christ" apparaît 73 fois dans les épîtres pauliniennes, alors qu'elle n'apparaît que 3 fois dans le reste du NT, dans 1P; voir, par ex. 1Co 1,30).  
Grâce à elle, le croyant est "dépouillé" de la σάρξ -sarx-"chair" (voir cette page), c'est-à-dire de "ce qui fait l'homme livré à lui-même" (voir à cette page Ga 5,13-26 et notes); c'est-à-dire que le péché, dans ce qui faisait sa force, est réduit à l'impuissance (cf. Rm 6,6; on peut d'ailleurs établir un parallèle entre les deux  vv.: en Rm 6,6, Paul écrit: "τὸ σῶμα τῆς ἁμαρτίας - le corps du péché" et ici "τὸ σῶμα τῆς σαρκός - le corps de la chair").
On a déjà trouvé cette même expression en Col 1,22 ("ἐν τῷ σώματι τῆς σαρκὸς"), où il était question de la mort du Christ. La "circoncision" est ainsi image de la mort. Comme en 2Co 5,17, Paul voudrait donc dire que
- le Christ est mort pour ceux qui lui sont unis;
- la mort du Christ (sa "circoncision") vaut comme étant la leur (voir v.14).
La "circoncision" salvatrice n'est donc pas la circoncision physique qu'exigeaient certains, mais la nouvelle naissance par l'Esprit, par la mort du Christ (avant de passer au v.12, voir à la page surle Baptême du Seigneur  le commentaire théologique d'icônes typologiques, en particulier sur la kénose).

Verset 12.
συνταφέντες αὐτῷ ἐν τῷ βαπτίσματι, ἐν ᾧ καὶ συνηγέρθητε διὰ τῆς πίστεως τῆς ἐνεργείας τοῦ Θεοῦ τοῦ ἐγείραντος αὐτὸν ἐκ νεκρῶν.
ayant été ensevelis avec lui par le baptême, vous êtes aussi ressuscités en lui et avec lui, par la foi en la puissance de Dieu, qui l'a ressuscité des morts.
• ἐν τῷ βαπτίσματι  - par le baptême: Le baptême est le signe de la "circoncision" qui sauve, de la mort et de la résurrection (voir Rm 6,3-4). Dans le baptême d'eau par immersion, pratiqué dans l'Église primitive,le nouveau croyant était entièrement plongé dans l'au pour, en quelque sorte, mourir pour le péché, être enseveli et renaître à la vie nouvelle. Cet acte renvoyait donc symboliquement à ce que le Christ a fait pour nous, à notre place.
συνηγέρθητε  - vous êtes ressuscités avec lui
- Selon certains exégètes, Paul se référerait ici à la vie nouvelle qui débute à la conversion.
- Selon d'autres, il évoquerait plutôt un changement de statut: dans le Christ, le croyant obtient le statut de citoyen du Royaume de Dieu; il lui faut donc vivre selon ce nouveau statut, en recherchant "les réalités d'en haut". Voir 3,1.

Verset 13.
καὶ ὑμᾶς νεκροὺς ὄντας ἐν τοῖς παραπτώμασι καὶ τῇ ἀκροβυστίᾳ τῆς σαρκὸς ὑμῶν, συνεζωοποίησεν ὑμᾶς σὺν αὐτῷ, χαρισάμενος ἡμῖν πάντα τὰ παραπτώματα,
Vous qui étiez morts par vos offenses et par l'incirconcision de votre chair, il vous a rendus à la vie avec lui, en nous faisant grâce pour toutes nos offenses;
ἐν τοῖς παραπτώμασι καὶ τῇ ἀκροβυστίᾳ τῆς σαρκὸς ὑμῶν  -par vos offenses et par l'incirconcision de votre chair: Les Colossiens étaient des goïm, des non-Juifs ("l'incirconcision de votre chair").
En revanche, Paul étant juif était circoncis.
C'est pourquoi il passe de la 2ème personne ("ὑμᾶς, ὑμῶν, ὑμᾶς") à la 1ère ("ἡμῖν"). 
Paul oppose le passé païen des Colossiens à leur situation présente de croyants; mais il s'associe à eux dans cette rédemption par le Christ.
Autrement dit: "Vous n'étiez pas circoncis (vous étiez païens), moi je le suis (je suis Juif); vous comme moi nous avons commis des fautes (donc la circoncision n'est pas gage de pureté); et ce n'est que par la mort du Christ que nous avons tous (vous, goïm, et moi, Juif converti) été lavés de nos offenses".

Verset 14.
ἐξαλείψας τὸ καθ᾿ ἡμῶν χειρόγραφον τοῖς δόγμασιν ὃ ἦν ὑπεναντίον ἡμῖν, καὶ αὐτὸ ἦρκεν ἐκ τοῦ μέσου, προσηλώσας αὐτὸ τῷ σταυρῷ·
il a effacé l'acte dont les ordonnances nous condamnaient et qui subsistait contre nous, et il l'a détruit en le clouant à la croix;
τὸ καθ᾿ ἡμῶν χειρόγραφον τοῖς δόγμασιν  -l'acte dont les ordonnances nous condamnaient: Autre traduction: "l'acte qui établissait nos manquements à l'égard des commandements".
τὸ χειρόγραφον  -l'acte: Littéralement: "ce qui est écrit à la main"; ce terme désignait tout document légal, en particulier
- une reconnaissance de dette (ce mot a été retrouvé dans des papyrus commerciaux, avec ce sens spécifique),
- un acte de condamnation,
- une liste de transgressions.
Les lois divines régissant l'univers s'appliquent à tous les hommes; or tous sont en infraction par rapport à ces lois, c'est pourquoi elles deviennent pour nous un "acte d'accusation" (voir Rm 7,7-13).
Que cet acte soit "effacé", "détruit" ne signifie pas que les lois divines sont supprimées, mais que la liste de nos fautes a été effacée.
προσηλώσας αὐτὸ τῷ σταυρῷ  - en le clouant à la croix: Par le Christ, qui a pris sur lui la malédiction que la Loi mosaïque faisait peser sur nous, la dette a été payée, l'acte accusateur a été effacé.
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• Col 3,1-5;9-11.

Déjà "ressuscité avec le Christ", le chrétien n'en finit pas de "faire mourir en lui ce qui appartient encore à la terre".
"Que votre vie soit conforme à ce que vous êtes devenus", dit saint Paul.
La force symbolique du vêtement est telle qu'il exprime toujours, de quelque façon, la personnalité de celui qui le porte.

Sur ce passage:
Sur les épîtres et sur saint Paul, voir à cette page.
Sur l'épître aux Colossiens, voir plus haut.
Sur Col 2,20 - 3,17:
Ce passage commence par un résumé de la discussion qui précède (voir plus haut), en 2,20-23: les croyants n'ont pas à s'inquiéter des questions de nourriture ou de boisson, ni de jours ou de lunes - car le Christ par son sacrifice leur permettra de paraître devant lui saints, irrépréhensibles et sans fautes" (1,2).
Cette transition permet de passer de la partie doctrinale à la partie pratique de l'épître.
Il est important de noter le jeu entre les indicatifs et les impératifs, en 3,1-10:
- à l'indicatif, ce que nous sommes dans le Christ: morts (v.3), ressuscités (v.1), cachés en Dieu avec le Christ (v.3), dépouillés de notre vieille nature (v.9), revêtus de notre nouvelle nature (v.10);
- à l'impératif, ce que nous sommes appelés à faire: rechercher les réalités d'en haut (vv.1-2), faire mourir en nous tout ce qui appartient à la terre (v.5), nous débarrasser du péché (v.8).
La transformation du croyant à l'image du Christ est présentée comme un processus (v.10).
C'est à partir de sa description du Christ, puis de ce que le croyant est dans le Christ, que Paul expose la façon dont les Colossiens devraient vivre. Il insiste particulièrement sur ce qui est déjà accompli et qui donne son orientation fondamentale à la vie chrétienne (3,1-4; voir 1,12; 2,12), mais il n'oublie pas de dire ce qui n'est pas encore là (3,4).
Le passage se termine par l'une des rares références du NT au culte chrétien (3,16-17) et à ses éléments caractéristiques:
- Parole du Christ;
- enseignement et avertissement;
- chant;
- expression de reconnaissance.

Traduction et remarques :

Verset 1.
Εἰ οὖν συνηγέρθητε τῷ Χριστῷ, τὰ ἄνω ζητεῖτε, οὗ ὁ Χριστός ἐστιν ἐν δεξιᾷ τοῦ Θεοῦ καθήμενος,
Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, cherchez les choses d'en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu.
Εἰ οὖν συνηγέρθητε τῷ Χριστῷ  - Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ: Voir 2,12:
- Selon certains exégètes, Paul se référerait ici à la vie nouvelle qui débute à la conversion.
- Selon d'autres, il évoquerait plutôt un changement de statut: dans le Christ, le croyant obtient le statut de citoyen du Royaume de Dieu; il lui faut donc vivre selon ce nouveau statut, en recherchant "les réalités d'en haut".
ζητεῖτε  - cherchez: Invitation à un effort persévérant, à un changement complet de perspective et de priorités.
τὰ ἄνω  - les choses d'en haut: Comme on l'a déjà vu, les adversaires de Paul à Colosses s'intéressaient à des "choses d'en haut", les "puissances célestes"; mais Paul invite les chrétiens à viser encore plus "haut": le trône de Dieu.
ἐν δεξιᾷ τοῦ Θεοῦ  - à la droite de Dieu: Image d'honneur et de puissance. Si le Christ a reçu de Dieu honneur et puissance au point d'être assis à sa droite, alors la vie du chrétien devrait être tout entière orientée vers lui.

Verset 2.
τὰ ἄνω φρονεῖτε, μὴ τὰ ἐπὶ τῆς γῆς.
Appliquez-vous aux choses d'en haut, non à celles qui sont sur la terre.
φρονεῖτε  -Appliquez-vous:
- Voir Rm 8,5;6;7;27; Ph 2,2;5; 3,15;19; etc. Le verbe φρονέω phroneō (comme le nom dérivé φρόνημα phronēma) désigne ce dont l'homme se préoccupe.
- Il ne s'agit pas d'une orientation mystique vers les puissances célestes, mais d'un état d'esprit, d'une façon de considérer toutes choses, même terrestres, par le "filtre" de l'enseignement du Christ.
μὴ τὰ ἐπὶ τῆς γῆς  - non à celles qui sont sur la terre: Il ne s'agit donc pas non plus de mépriser les choses terrestres, mais d'avoir une autre façon de les considérer, en fonction des réalités célestes qui - un jour, lors du retour du Christ (v.4) - deviendront terrestres.

Verset 3.
ἀπεθάνετε γάρ, καὶ ἡ ζωὴ ὑμῶν κέκρυπται σὺν τῷ Χριστῷ ἐν τῷ Θεῷ·
Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu.
ἀπεθάνετε  -vous êtes morts:
- Sur le thème de la mort dans le Christ chez Paul, voir aussi Rm 7,4; 2Co 5,14-21; ainsi que Ga 2,19-20 et notes à cette page.
- Mort juridiquement avec le Christ sur la croix, c'est dans le Christ, son représentant, que le croyant vit. Il n'a donc pas besoin de passer par des êtres intermédiaires (les "puissances célestes") ou des pratiques ascétiques pour accéder à la présence de Dieu.

Verset 4.
ὅταν ὁ Χριστὸς φανερωθῇ, ἡ ζωὴ ὑμῶν, τότε καὶ ὑμεῖς σὺν αὐτῷ φανερωθήσεσθε ἐν δόξῃ.
Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous paraîtrez aussi avec lui dans la gloire. 
ὁ Χριστός - le Christ: Quatre occurrences dans les vv.1-4.
φανερωθήσεσθε -vous paraîtrez: C'est seulement lors de la venue glorieuse du Christ que le croyant deviendra ce qu'il est déjà dans le Christ: ressuscité.

Verset 5.
Νεκρώσατε οὖν τὰ μέλη ὑμῶν τὰ ἐπὶ τῆς γῆς, πορνείαν, ἀκαθαρσίαν, πάθος, ἐπιθυμίαν κακήν, καὶ τὴν πλεονεξίαν, ἥτις ἐστὶν εἰδωλολατρία, 
Faites donc mourir les membres qui sont sur la terre, l'impudicité, l'impureté, les passions, les mauvais désirs, et la cupidité, qui est une idolâtrie. 
Νεκρώσατε οὖν  -Faites donc mourir: Ce qui est vrai du statut des croyants dans le Christ doit devenir une réalité dans leur vie: ils sont appelés à vivre sur terre selon les normes du ciel, et non plus selon les pratiques qui étaient les leurs lorsqu'ils vivaient selon les normes de la terre (v.7).
πορνείαν, ἀκαθαρσίαν, πάθος, ἐπιθυμίαν κακήν, καὶ τὴν πλεονεξίαν  - l'impudicité, l'impureté, les passions, les mauvais désirs, et la cupidité: Ce v. et le v.8 (ὀργήν, θυμόν, κακίαν, βλασφημίαν, αἰσχρολογίαν - la colère,  l'animosité, la méchanceté, la calomnie, les paroles déshonnêtes) contiennent deux listes de cinq attitudes pécheresses chacune. Celles du v.5 sont plus personnelles, et celles du v.8 davantage relationnelles.
Ces listes ressemblent à celles qu'utilisaient les moralistes païens et les apologistes juifs (chez Paul, voir aussi Rm 1,29-31; 1Co 5,11; 6,9-10; Ga 5,19-21; Ep 5,3-4).
τὴν πλεονεξίαν, ἥτις ἐστὶν εἰδωλολατρία  -la cupidité, qui est une idolâtrie: C'est "une idolâtrie" parce qu'elle incite à préférer les réalités terrestres aux réalités célestes (vv.1-2; voir Ex 20,17; Ph 3,19-20).

Verset 9.
μὴ ψεύδεσθε εἰς ἀλλήλους, ἀπεκδυσάμενοι τὸν παλαιὸν ἄνθρωπον σὺν ταῖς πράξεσιν αὐτοῦ  
Ne mentez pas les uns aux autres, vous étant dépouillés du vieil homme et de ses œuvres, 
τὸν παλαιὸν ἄνθρωπον  - le vieil homme: Image d'un vêtement sale et usagé que l'on ôte, et d'un autre, neuf, que l'on revêt (v.10 et note; voir aussi Ep 4,22;24)

Verset 10.
καὶ ἐνδυσάμενοι τὸν νέον τὸν ἀνακαινούμενον εἰς ἐπίγνωσιν κατ᾿ εἰκόνα τοῦ κτίσαντος αὐτόν,
et ayant revêtu l'homme nouveau, qui se renouvelle, en vue de la connaissance, selon l'image de celui qui l'a créé. 
ἀπεκδυσάμενοι [...] ἐνδυσάμενοι -vous étant dépouillés [...] ayant revêtu:
En Rm 13,14, Paul a déjà employé le même verbe qu'au v.10: "ἐνδύσασθε τὸν Κύριον ᾿Ιησοῦν Χριστόν - revêtez le Seigneur Jésus Christ"; les deux expressions semblent décrire la même réalité (voir plus haut, les vv.3-4).
• C'est la même racine verbale (δύομαι) qui est employée aux vv.9 et 10 avec des préfixes différents:
- ἀπό (en s'éloignant de) + ἐκ (en sortant de) pour la première forme;
- ἐν (en allant ou en étant dans) pour la seconde.
Ces deux formes verbales sont des participes aoristes (l'aoriste grec étant à peu près l'équivalent du passé simple français). Ces passés soulignent le fait que les actions qu'ils décrivent sont vraies, car elles ont déjà eu lieu pour les croyants dans la personne de Jésus Christ, leur représentant (voir Rm 6,6). En  particulier, en Jésus (voir 1Co 1,30), les différences entre les êtres humains qui étaient pertinentes en Adam perdent leur importance (v.11).
τὸν ἀνακαινούμενον εἰς ἐπίγνωσιν κατ᾿ εἰκόνα τοῦ κτίσαντος αὐτόν  -qui se renouvelle, en vue de la connaissance, selon l'image de celui qui l'a créé: Le croyant est néanmoins appelé à devenir de plus en plus, dans son expérience, ce qu'il est déjà dans le Christ (voir le v.5).
Allusion à Gn 1,26-27: re-création de l'humanité (ici selon le modèle du Christ, image de Dieu: voir 1,15 et note, plus haut).
  ἐπίγνωσιν  - la connaissance: Voir Rm 12,2; Col 1,10.

Verset 11.
ὅπου οὐκ ἔνι ῞῞Ελλην καὶ ᾿Ιουδαῖος, περιτομὴ καὶ ἀκροβυστία, βάρβαρος, Σκύθης, δοῦλος, ἐλεύθερος, ἀλλὰ τὰ πάντα καὶ ἐν πᾶσι Χριστός.
Il n'y a ici ni Grec ni Juif, ni circoncis ni incirconcis, ni barbare ni Scythe, ni esclave ni libre; mais le Christ est tout et en tous.
῞῞Ελλην - Grec: Ici, le "Grec" représente tous les peuples helléno-romanisés  non-Juifs de naissance (comme l'indique l'opposition entre "῞῞Ελλην καὶ ᾿Ιουδαῖος", puis celle entre "περιτομὴ καὶ ἀκροβυστία" - littéralement, "circoncision et prépuce").
La Vulgate traduit Ελλην par "gentilis", qui a donné en français le terme de "gentils" pour désigner les גוים goïm, les non-juifs (d'où la locution "l'apôtre des Gentils"), et "περιτομὴ καὶ ἀκροβυστία" par "circumcisio et praeputium"; sur cette distinction, voir la page sur Juifs et Goïm chez Paul
῞῞βάρβαρος, Σκύθης - ni barbare ni Scythe: Pour les Grecs, était "βάρβαρος" celui qui, n'étant pas grec, s'exprimait par "borborygmes"; pour les Romains, était "barbarus" celui qui n'était ni grec ni romain...
Quant aux Scythes, habitants du rivage septentrional de la mer Noire, ils étaient considérés comme les plus incultes et les plus arriérés des peuples connus (tous ceux qui ont eu l'occasion de voir des objets scythes - par ex. lors de la fameuse exposition sur "L'or des Scythes", il y a plusieurs dizaines d'années - savent qu'il n'en était rien!)...
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• Col 3,12-21.

L'idéal de la famille chrétienne: vivre dans l'unité et la charité partagées; vivre "comme le Seigneur", en enfants du même Père.
 
Sur ce passage:
Sur les épîtres et sur saint Paul, voir à cette page.
Sur l'épître aux Colossiens, voir plus haut.
Sur Col 2,20 - 3,17, voir ci-dessus.
Sur Col 3,18 - 4,6:
1 Comp. 3,18 - 4,1 aux autres textes semblables du NT; en part. chez Paul en Ep 5,21-6,9; 1Tm 2,1-2;2,8-15;5,1-2;6,1-2; Tt 2,10; et chez Pierre en 1P 2,13-3,7.
Cette section est liée à la précédente: Paul souligne de quelle manière le secret de Dieu révélé dans le Christ affecte les relations au niveau de la famille.
- Les questions familiales étaient également traitées dans le PT et par les penseurs grecs; il existait également dans la littérature populaire des listes détaillées d'instructions concernant les relations entre parents, enfants, frères, sœurs, époux, ainsi que les partenaires de travail et les esclaves d'une maisonnée, la "famille" se comprenant dans ce sens très large de "tous ceux qui partagent le même toit".
- La famille n'est-elle pas, par ex., l'unité de base de la société pour Aristote, et l'une des structures fondamentales de la Création pour la Bible?
On peut donc parler de préoccupations communes à Paul et aux penseurs de son univers spatio-temporel.
- Mais la motivation principale invoquée par Paul pour enseigner un juste comportement dans ce domaine est en revanche spécifiquement chrétienne: il fait appel à la relation au Seigneur (3,18;20), au Maître céleste (3,24;4,1). Devenir membre de la famille de Dieu ne justifie pas de négliger ses responsabilités familiales: la vision chrétienne n'encourage pas le désordre social. Dans chacune des paires "femme-mari", "enfant-parent", "esclave-maître", le premier est invité à la subordination comme au Seigneur, le second à incarner le caractère du Seigneur; le texte n'aborde pas les tant les questions d'autorité et de droit que celles de responsabilité et de devoir.
2 L'Église qui est présentée dans la fin du passage (4,2-6) est une Église ouverte vers l'extérieur, et non fermée sur elle-même: Paul l'encourage à s'engager dans le dialogue avec ceux qui ne partagent pas sa foi dès que l'occasion s'en présente. 
 

Traduction et remarques :

Verset 12.
᾿Ενδύσασθε οὖν, ὡς ἐκλεκτοὶ τοῦ Θεοῦ ἅγιοι καὶ ἠγαπημένοι, σπλάγχνα οἰκτιρμοῦ, χρηστότητα, ταπεινοφροσύνην, πρᾳότητα, μακροθυμίαν,
Revêtez-vous donc - comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés - d'entrailles de miséricorde, de bonté, d'humilité, de douceur, de longanimité, 
ἐκλεκτοὶ τοῦ Θεοῦ ἅγιοι καὶ ἠγαπημένοι  - des élus de Dieu, saints et bien-aimés: Les titres décrivant Israël comme la propriété de Dieu (par ex.
Dt 4,37: אהב את־אבתיך ויבחר בזרעו אחריו - Il a aimé tes pères, et il a choisi leur postérité après eux) sont maintenant utilisés à propos des chrétiens (par ex. 1P 2,9: ὑμεῖς δὲ γένος ἐκλεκτόν, βασίλειον ἱεράτευμα, ἔθνος ἅγιον, λαὸς εἰς περιποίησιν - Et vous, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis). Ces titres sont également utilisés à propos du Christ (Lc 23,35; Mc 1,24; Mt 3,17), ce qui souligne d'autant plus le lien entre le chrétien et le Christ.
σπλάγχνα οἰκτιρμοῦ  - d'entrailles de miséricorde: Le mot "σπλάγχνον
splan'chnon
"
désigne au propre les "intestins", d'où "les entrailles" - c'est-à-dire, au figuré, "l'affection", "la tendresse"; le mot "οἰκτιρμός oïktirmos" désignant "la pitié", "la miséricorde", on a ici un redoublement intensif; certains traduisent à juste titre "ardente bonté", par ex.
Comme aux vv.5 et 8 (voir ci-dessus), la liste qui va suivre comporte 5 termes.
On peut voir dans cette nouvelle "liste" une allusion à la personnalité et au caractère de Jésus durant son ministère terrestre (voir 2,6-7).
Voir le parallèle des vv.12-13 en Ep 4,31-5,1.

Verset 13.
᾿ἀνεχόμενοι ἀλλήλων καὶ χαριζόμενοι ἑαυτοῖς ἐάν τις πρός τινα ἔχῃ μομφήν· καθὼς καὶ ὁ Χριστὸς ἐχαρίσατο ὑμῖν, οὕτω καὶ ὑμεῖς·
vous supportant l'un l'autre et vous pardonnant les uns aux autres, si l'un a un sujet de plainte contre un autre; comme aussi le Christ vous a pardonné, vous aussi faites de même.

Verset 14.
ἐπὶ πᾶσι δὲ τούτοις τὴν ἀγάπην, ἥτις ἐστὶ σύνδεσμος τῆς τελειότητος. 
Et par-dessus toutes ces choses, <revêtez-vous> de l'amour, qui est le lien de la perfection.
τὴν ἀγάπην  -<revêtez-vous> de l'amour: "L'amour" est comme la ceinture ("le lien") qui serre ensemble toutes les vertu du vêtement nouveau; ou comme "le lien" unissant tous les membres du corps. Voir 1Co 12,31-13,13.

Verset 15.
καὶ ἡ εἰρήνη τοῦ Θεοῦ βραβευέτω ἐν ταῖς καρδίαις ὑμῶν, εἰς ἣν καὶ ἐκλήθητε ἐν ἑνὶ σώματι· καὶ εὐχάριστοι γίνεσθε.
Et que la paix du Christ, à laquelle vous avez été appelés pour former un seul corps, règne dans vos cœurs. Et soyez reconnaissants.
ἡ εἰρήνη  -la paix: Il ne s'agit pas ici de la "paix" intérieure que peut connaître le croyant, mais de la "paix"-réconciliation (voir 1,20) au sein de la communauté ("un seul corps").

Verset 16.
ὁ λόγος τοῦ Χριστοῦ ἐνοικείτω ἐν ὑμῖν πλουσίως ἐν πάσῃ σοφίᾳ· διδάσκοντες καὶ νουθετοῦντες ἑαυτοὺς ψαλμοῖς ὕμνοις ᾠδαῖς πνευματικαῖς, ἐν χάριτι ᾄδοντες ἐν τῇ καρδίᾳ ὑμῶν τῷ Κυρίῳ.
Que la parole du Christ habite parmi vous abondamment; instruisez-vous et exhortez-vous les uns les autres en toute sagesse, par des psaumes, par des hymnes, par des cantiques spirituels, chantant à Dieu dans vos cœurs sous l'inspiration de la grâce.
ὁ λόγος τοῦ Χριστοῦ  -la parole du Christ: Soit la "parole" prononcée par le Christ, soit la "parole" sur le Christ. Cette "parole" a déjà été identifiée à l'Évangile (1,5;25; voir aussi 2,6-7).
διδάσκοντες καὶ νουθετοῦντες ἑαυτοὺς  -instruisez-vous et exhortez-vous les uns les autres: Voir 1,28; mais cette tâche est présentée ici comme une responsabilité communautaire. 
ᾄδοντες  -chantant: Le chant est un moyen mnémotechnique d'enseignement particulièrement utile, surtout en un temps où la majorité ne savait que peu lire et écrire. 
Le "ψαλμός psalmos", le "psaume" est vraisemblablement ici un Psaume ou un textes tiré de l'Écriture; l'"ὕμνος humnos", l'"hymne" une composition chrétienne (on en trouve la trace dans les épîtres de Paul: voir 1,12-20;2,14-15; Ep 5,14; Ph 2,6-11; 1Tm 6,15-16; 2Tm 2,11-13; ou encore en Ap 4,11;5,9-12;15,3-4); "ᾠδή πνευματικ
ή ōdē pneumatik", le "cantique inspiré par l'Esprit", "spirituel", pourrait être un chant de reconnaissance, connu ou peut-être improvisé sous l'inspiration de l'Esprit (voir 1Co 14,26).
Voir le parallèle en Ep 5,19.   

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Première lettre aux Thessaloniciens
   
   La première lettre aux Thessaloniciens reflète les inquiétudes de l’apôtre sur l’avenir d’une communauté chrétienne récemment fondée au cœur d’une cité cosmopolite vouée au commerce et au culte des idoles. L’auteur de ce texte, nul ne le conteste aujourd’hui, est Paul, même si par courtoisie il mentionne en tête de sa missive ses deux collaborateurs Silvanus et Timotheos. Voici le contenu de ce premier en date (50/51) des livres du Nouveau Testament:
I.  Salutations et actions de grâces (1,1-10).
II.  L’action de Paul à Thessalonique (2,1-20 - 3,1-13).
III.  Amour et chasteté (4,1-12).
IV.  Les morts se lèveront (4,13-18).
V.  La cuirasse d’adhérence et d’amour (5,1-11).
VI.  Exhortations et salutations finales (5,12-24).
    L’objet principal de cette lettre est de compléter, pour l’édification des Thessaloniciens, l’enseignement relatif à l’eschatologie: puisque Dieu était tout-puissant, il ne pouvait livrer son peuple à la mort, et puisque aucune force humaine n’était suffisante pour vaincre l’Empire romain, il fallait donc s’attendre à l’événement surnaturel qui permettrait l’avènement du royaume de YHWH et le règne du Roi-Messie.
Cette croyance, omniprésente en milieu hébraïque, pouvait sembler aberrante chez les Hellènes. D’où le soin que met Paul à enseigner ses vues sur l’eschatologie à ses adeptes, dans la première de ses lettres qui nous soit parvenue.
Il y expose l’universelle paternité de YHWH, auquel il associe la personne du Messie Iéshoua‘-Jésus, sous la motion du souffle sacré: la mort et la résurrection de Jésus annoncent la fin des temps et la résurrection des adeptes du Messie.
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• 1Th 3,12 - 4,2
La perspective de la venue du Seigneur stimule le désir et la volonté de marcher, avec une ferveur sans cesse en progrès, sur la voie de la sainteté qui vient de Dieu par le Christ.
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Deuxième lettre aux Thessaloniciens
    On suppose que la deuxième lettre aux Thessaloniciens fut écrite par Paul (toujours assisté de Silvanus et Timotheos) de Corinthe, peu de temps après la première (vers 50/51). L’objet principal en est aussi la parousie ; l’apôtre entend corriger des erreurs fatales à ce sujet, notamment en milieu païen et hellénistique: puisque la fin du monde est imminente, est-il encore utile de travailler ?
La lettre comprend trois parties principales:
I.  Adresse et salutations (1,1-4); le jugement de Dieu (1,5-12).
II.  Les réalités de la parousie (2,1-3,5).
III.  Imiter les vertus des envoyés du Messie (3,6-15); salutations finales (6,16-18).
    Le passage central (2,1-12) éclaire la pensée de Paul sur l’apocalypse et sur les événements qui accompagneront la fin des temps.
Il écrit, comme cela est fréquent dans sa correspondance, à propos de problèmes pratiques posés par la vie quotidienne de la communauté: celle-ci était entrée en transe, croyant soudain que le jour de Dieu était déjà arrivé. Cela nous paraît être inconcevable, mais pouvait être naturel dans l’exaltation générale du milieu juif et judéo-chrétien du Ier siècle. Paul reprend ses enseignements à la base: avec les Hébreux, les judéo-chrétiens et les chrétiens sont persécutés. Paul les encourage à ne pas faiblir, en leur annonçant l’imminence du jugement dernier et de la parousie.
    Si le jour de Dieu n’est pas encore arrivé, rien n’empêchera sa venue, prélude à la résurrection des morts: ceux qui seront morts dans le Messie ressusciteront et vivront avec lui en éternité de gloire.
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• 2Th 1,11 - 2,2

L'attente de la venue du Seigneur, qui est au coeur de la foi et de la liturgie chrétiennes, fonde l'espérance et la sérénité des disciples du Christ. Elle ne justifie ni l'agitation anxieuse ni la fuite hors des réalités du monde présent.

Sur ce passage:
Sur les épîtres et sur saint Paul, voir à cette page.
Sur la seconde épître aux Thessaloniciens, voir plus haut.
Sur 2Th 1,1-12:
Après la salutation (vv.1-2) dans laquelle il mentionne la grâce et la paix données par Dieu le Père et le Seigneur Jésus Christ, Paul, comme dans la plupart de ses autres lettres, adresse à Dieu une prière de reconnaissance au sujet des Thessaloniciens (vv.3-12).
Mais à cette prière sont mêlés des encouragements adressés à des chrétiens qui souffrent: Dieu rétablira la justice en leur faveur, les introduira dans son royaume et leur donnera le repos dans sa présence (vv.5-10).
Comme dans la prière introductive de 1Th, les paroles de Paul nous révèlent une Église qui progresse dans la foi et dont lui, le "père spirituel" (voir 1Th 2,7;11), est fier.  
Sur 2Th 2,1-17:
Comme dans 1Th, Paul corrige les conclusions erronées que les Thessaloniciens avaient tirées de son enseignement au sujet de la venue glorieuse du Christ (vv.5;15).
Certains des éléments de ce passage restent quelque peu mystérieux pour le lecteur qui ne connaît ni l'enseignement que Paul avait donné oralement à Thessalonique, ni les erreurs des Thessaloniciens.
Paul ayant enseigné que le "Jour du Seigneur" était proche, certains pensaient qu'il était déjà là, ou sur le point d'arriver (vv.1-2).
L'apôtre leur rappelle ici que la révolte contre Dieu, dont ils sont déjà les victimes, doit encore se manifester de manière plus ouverte, conduite par un personnage dont la venue sera comme la parodie de celle du Christ (vv.3-12).
Rappelant à ses lecteurs l'œuvre de Dieu en leur faveur, Paul les invite à la fermeté, avec la conviction que ni la persécution ni les faux enseignements ne les détourneront de l'Évangile (vv.13-17).
Quel que soit le délai qui précède encore la fin, les Thessaloniciens sont donc invités à la vigilance (vv.2;15), au courage et à la persévérance dans la foi (v.17). 

Traduction et remarques :

CHAPITRE 1.
Verset 11.
εἰς ὃ καὶ προσευχόμεθα πάντοτε περὶ ὑμῶν, ἵνα ὑμᾶς ἀξιώσῃ τῆς κλήσεως ὁ Θεὸς ἡμῶν καὶ πληρώσῃ πᾶσαν εὐδοκίαν ἀγαθωσύνης καὶ ἔργον πίστεως ἐν δυνάμει,
C'est pourquoi aussi nous prions continuellement pour vous, afin que notre Dieu vous juge dignes de la vocation, et qu'il accomplisse par sa puissance tous les desseins bienveillants de sa bonté, et l'œuvre de votre foi,
Toute la démarche chrétienne est dépendante de la grâce de Dieu:
- le commencement ("
τῆς κλήσεως - de la vocation" = de l'appel);
- le cheminement ("
ἔργον πίστεως - l'œuvre de votre foi" = vos actes);
- l'aboutissement ("
ὑμᾶς ἀξιώσῃ - qu'il vous juge dignes"; "πληρώσῃ - qu'il accomplisse").
D'où la nécessité d'une prière continuelle.

Verset 12.
ὅπως ἐνδοξασθῇ τὸ ὄνομα τοῦ Κυρίου ἡμῶν ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ ἐν ὑμῖν, καὶ ὑμεῖς ἐν αὐτῷ, κατὰ τὴν χάριν τοῦ Θεοῦ ἡμῶν καὶ Κυρίου ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ.
pour que le nom de notre Seigneur Jésus soit glorifié en vous, et que vous soyez glorifiés en lui, selon la grâce de notre Dieu et du Seigneur Jésus Christ.
ὅπως ἐνδοξασθῇ τὸ ὄνομα τοῦ Κυρίου ἡμῶν ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ ἐν ὑμῖν, καὶ ὑμεῖς ἐν αὐτῷ - pour que le nom de notre Seigneur Jésus soit glorifié en vous, et que vous soyez glorifiés en lui: Voir le v.10. Le Seigneur ne sera pas seulement admiré pour lui-même, mais aussi pour son œuvre dans tous ceux qui auront cru. Ils seront à l'image (2Co 3,18; Col 3,10) de Celui qui est l'image de Dieu (2Co 4,14; Col 1,15)

CHAPITRE 2.
Verset 1.
᾿Ερωτῶμεν δὲ ὑμᾶς, ἀδελφοί, ὑπὲρ τῆς παρουσίας τοῦ Κυρίου ἡμῶν ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ καὶ ἡμῶν ἐπισυναγωγῆς ἐπ᾿ αὐτόν,
Pour ce qui concerne l'avènement de notre Seigneur Jésus Christ et notre réunion avec lui, nous vous prions, frères,
ἡμῶν ἐπισυναγωγῆς ἐπ᾿ αὐτόν - notre réunion avec lui: Lors de son "avènement" (= de sa venue), le Christ rassemblera son peuple afin qu'il soit pour toujours avec lui, événement dont Paul a traité en 1Th 4,17.
 
Verset 2.
᾿εἰς τὸ μὴ ταχέως σαλευθῆναι ὑμᾶς ἀπὸ τοῦ νοὸς μήτε θροεῖσθαι, μήτε διὰ πνεύματος μήτε διὰ λόγου μήτε δι᾿ ἐπιστολῆς ὡς δι᾿ ἡμῶν, ὡς ὅτι ἐνέστηκεν ἡ ἡμέρα τοῦ Χριστοῦ.
de ne pas vous laisser facilement ébranler dans votre bon sens, et de ne pas vous laisser troubler, soit par quelque inspiration, soit par quelque parole, soit par quelque lettre qu'on dirait venir de nous, comme si le jour du Christ était déjà là.
σαλευθῆναι - ébranler: Voir Mc 13,7.
Mc 13 et 2Th 2 présentent plusieurs points communs.
ὡς δι᾿ ἡμῶν - qu'on dirait venir de nous:
- Selon certains exégètes, cette expression qualifierait les trois réalités mentionnées par Paul: "μήτε διὰ πνεύματος μήτε διὰ λόγου μήτε δι᾿ ἐπιστολῆς" - une "inspiration", ou révélation; une "parole", un message; une "lettre". L'enseignement de Paul, donné lors de son séjour à Thessalonique (v.5), ou dans 1Th (4,13 - 5,3; voir 2Th 2,15), concernant la venue glorieuse du Christ aurait été mal interprété par certains, qui en auraient tiré des conclusions erronées.
- Selon d'autres exégètes, elle ne porterait que sur la dernière des trois réalités. Les mots "inspiration" et "parole" désigneraient des prophéties erronées prononcées par certains Thessaloniciens (voir 1Th 5,19-22); et la "lettre" serait alors un faux attribué à Paul.
Cette seconde interprétation paraît bien moins vraisemblable que la première; la structure, grammaticale et rhétorique, de la phrase met en effet en strict parallélisme les trois réalités; il semble donc logique qu'elles soient toutes trois qualifiées par "ὡς δι᾿ ἡμῶν - qu'on dirait venir de nous".
ἡ ἡμέρα τοῦ Χριστοῦ - le jour du Christ:
- L'expression "יום יהוה - yôm  Adonaï - jour d'YHWH" désigne dans le PT un temps où YHWH-l'Éternel intervient pour juger "הגוים - ha goyîm - les nations", et bénir son peuple. Dans la LXX, cette locution est traduite "ἡ ἡμέρα τοῦ κυρίου - le jour du Seigneur".
- Dans le NT, on dit aussi "ᾗ ἡμέρᾳ ὁ Υἱὸς τοῦ ἀνθρώπου ἀποκαλύπτεται - le jour où le Fils de l'homme paraîtra" (cf. Lc 17,24;30); il est question d'un "ἡμέρα κρίσεως - jour de jugement" (2P 2,9; voir Rm 2,5), mais aussi d'un "ἡμέρα ἀπολυτρώσεως - jour de rédemption" (Ep 4,30).
Mais on retrouve également, comme dans la LXX, l'expression "ἡ ἡμέρα Κυρίου" en 1Th 5,2; on y précise que sa venue sera soudaine et inattendue (comme celle "d'un voleur dans la nuit", "ὡς κλέπτης ἐν νυκτὶ").
ὡς ὅτι ἐνέστηκεν - comme s'il était déjà là: Certains pensaient - peut-être à cause des souffrances qu'ils connaissaient - que le moment final était arrivé, ou qu'il était imminent (voir les introductions, à l'épître et à ce passage).
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• 2Th 2,16 - 3,5

Tous, dans l'Église, doivent, avec foi et confiance, demander à Dieu notre Père et à Jésus Christ notre Seigneur les grâces nécessaires pour vivre en chrétiens, sans perdre cœur, dans un monde souvent hostile, et prier instamment pour la diffusion de l'Évangile.

Sur ce passage:
Sur les épîtres et sur saint Paul, voir à cette page.
Sur la seconde épître aux Thessaloniciens, voir plus haut.
Sur 2Th 2,1-17, voir ci-dessus.
Sur 2Th 3,1-18:
Le chapitre 3 contient une série d'instructions concernant la vie de l'Église:- invitation à la prière (vv.1-3);- exhortation à la persévérance dans l'obéissance (vv.4-5);- incitation au travail (6-15).Sur ce dernier point, Paul accompagne la répétition de son enseignement d'un rappel de l'exemple des apôtres: ils n'ont pas eu une vie déréglée, et ont travaillé pour être indépendants financièrement. L'attitude de quelques Thessaloniciens, liée en partie à leur conception erronée des temps de la fin (voir 2,1-12), est prise au sérieux par l'apôtre, car elle est contraire à l'Évangile (v.6), et porte donc atteinte au témoignage de l'Eglise, elle crée des problèmes dans la communauté (par ex. certains s'immiscent dans les affaires d'autrui, v.11), et elle risque de décourager les croyants de faire le bien (v.13). Paul conclut par des paroles de bénédiction et de salutation (vv.16-18).

Traduction et remarques :

CHAPITRE 2.
Verset 16.
Αὐτὸς δὲ ὁ Κύριος ἡμῶν ᾿Ιησοῦς Χριστὸς καὶ ὁ Θεὸς καὶ πατὴρ ἡμῶν, ὁ ἀγαπήσας ἡμᾶς καὶ δοὺς παράκλησιν αἰωνίαν καὶ ἐλπίδα ἀγαθὴν ἐν χάριτι,
Que notre Seigneur Jésus Christ lui-même, et Dieu notre Père, qui nous a aimés, et qui nous a donné par sa grâce une consolation éternelle et une bonne espérance,

Verset 17.
παρακαλέσαι ὑμῶν τὰς καρδίας καὶ στηρίξαι ὑμᾶς ἐν παντὶ λόγῳ καὶ ἔργῳ ἀγαθῷ. 
consolent vos cœurs, et vous affermissent en toute bonne œuvre et en toute bonne parole!

CHAPITRE 3.
Verset 1.
Τὸ λοιπὸν προσεύχεσθε, ἀδελφοί, περὶ ἡμῶν, ἵνα ὁ λόγος τοῦ Κυρίου τρέχῃ καὶ δοξάζηται, καθὼς καὶ πρὸς ὑμᾶς,
Au reste, frères, priez pour nous, afin que la parole du Seigneur se répande et soit glorifiée comme elle l'est chez vous,
προσεύχεσθε [...] περὶ ἡμῶν  -priez pour nous: Voir 1Th 5,25.
Les lecteurs de Paul sont invités à prier
- pour une diffusion rapide de l'Évangile;
- pour qu'il soit reçu et accepté avec joie ("δοξάζηται - soit glorifiée");
- pour que Paul soit délivré de ses opposants (v.2).

Verset 2.
καὶ ἵνα ῥυσθῶμεν ἀπὸ τῶν ἀτόπων καὶ πονηρῶν ἀνθρώπων· οὐ γὰρ πάντων ἡ πίστις.
et afin que nous soyons délivrés des hommes méchants et pervers; car tous n'ont pas la foi. 
ἀπὸ τῶν ἀτόπων καὶ πονηρῶν ἀνθρώπων  -des hommes méchants et pervers: Paul fait sans doute allusion aux Juifs de Corinthe qui se sont violemment opposés à lui (voir Ac 18,12; comp. 1Th 2,14-16).

Verset 3.
πιστὸς δέ ἐστιν ὁ Κύριος, ὃς στηρίξει ὑμᾶς καὶ φυλάξει ἀπὸ τοῦ πονηροῦ.
Le Seigneur est fidèle, il vous affermira et vous préservera du malin.
ἀπὸ τοῦ πονηροῦ  -du malin: = "du diable" - si l'on considère que l'adjectif est substantivé au masculin; ou "du mal" - si l'on considère que l'adjectif est substantivé au neutre. Au génitif, la forme est en effet la même pour les deux genres.

Verset 4.
πεποίθαμεν δὲ ἐν Κυρίῳ ἐφ᾿ ὑμᾶς ὅτι ἃ παραγγέλλομεν ὑμῖν καὶ ποιεῖτε καὶ ποιήσετε.
Nous avons à votre égard cette confiance dans le Seigneur: que vous faites et que vous ferez les choses que nous recommandons.

Verset 5.
 ῾Ο δὲ Κύριος κατευθύναι ὑμῶν τὰς καρδίας εἰς τὴν ἀγάπην τοῦ Θεοῦ καὶ εἰς τὴν ὑπομονὴν τοῦ Χριστοῦ.
Que le Seigneur dirige vos cœurs vers l'amour de Dieu et vers la patience du Christ!
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• 2Th 3,7-12

Tous, dans l'Église, doivent, avec foi et confiance, demander à Dieu notre Père et à Jésus Christ notre Seigneur les grâces nécessaires pour vivre en chrétiens, sans perdre cœur, dans un monde souvent hostile, et prier instamment pour la diffusion de l'Évangile.

Sur ce passage:
Sur les épîtres et sur saint Paul, voir à cette page.
Sur la seconde épître aux Thessaloniciens, voir plus haut.
Sur 2Th 3,1-18: voir ci-dessus.

Traduction et remarques :

Verset 7.
αὐτοὶ γὰρ οἴδατε πῶς δεῖ μιμεῖσθαι ἡμᾶς, ὅτι οὐκ ἠτακτήσαμεν ἐν ὑμῖν,
Vous savez vous-mêmes comment il faut nous imiter, car nous n'avons pas vécu parmi vous dans le désordre.

Verset 8.
οὐδὲ δωρεὰν ἄρτον ἐφάγομεν παρά τινος, ἀλλ᾿ ἐν κόπῳ καὶ μόχθῳ, νύκτα καὶ ἡμέραν ἐργαζόμενοι, πρὸς τὸ μὴ ἐπιβαρῆσαί τινα ὑμῶν·
Nous n'avons mangé gratuitement le pain de personne; mais, dans le travail et dans la peine, nous avons été nuit et jour à l'œuvre, pour n'être à charge à aucun de vous.
δωρεὰν - gratuitement: Paul n'a pas vécu aux crochets des Thessaloniciens: il achetait comme eux ce dont il avait besoin, ne recevant rien "gratuitement". La description est d'ordre général, et ne signifie pas que Paul refusait l'hospitalité des chrétiens. 

Verset 9.
οὐχ ὅτι οὐκ ἔχομεν ἐξουσίαν, ἀλλ᾿ ἵνα ἑαυτοὺς τύπον δῶμεν ὑμῖν εἰς τὸ μιμεῖσθαι ἡμᾶς.
Ce n'est pas que nous n'en eussions le droit, mais nous avons voulu vous donner en nous-mêmes un modèle à imiter.
ἐξουσίαν - le droit: Voir Ac 18,3; 20,34; 1Co 9,3;6; 1Th 2,9. Paul affirme à plusieurs reprises la légitimité d'une aide financière offerte par l'Église aux apôtres, mais il refuse d'être soutenu financièrement par ceux à qui il était en train d'annoncer l'Évangile. Comp. 1Th 4,11.

Verset 10.
καὶ γὰρ ὅτε ἦμεν πρὸς ὑμᾶς, τοῦτο παρηγγέλλομεν ὑμῖν, ὅτι εἴ τις οὐ θέλει ἐργάζεσθαι, μηδὲ ἐσθιέτω.
Car, lorsque nous étions chez vous, nous vous disions expressément: Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus.
εἴ τις οὐ θέλει ἐργάζεσθαι, μηδὲ ἐσθιέτω - Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus: Sans doute un dicton populaire, que Paul leur avait cité lors de son passage à Thessalonique.

Verset 11.
ἀκούομεν γάρ τινας περιπατοῦντας ἐν ὑμῖν ἀτάκτως, μηδὲν ἐργαζομένους, ἀλλὰ περιεργαζομένους·
Nous apprenons, cependant, qu'il y en a parmi vous quelques-uns qui viventdans le désordre, qui ne travaillent pas,mais qui s'occupent de futilités.

Verset 12.
τοῖς δὲ τοιούτοις παραγγέλλομεν καὶ παρακαλοῦμεν διὰ τοῦ Κυρίου ῾Ημῶν ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ, ἵνα μετὰ ἡσυχίας ἐργαζόμενοι τὸν ἑαυτῶν ἄρτον ἐσθίωσιν.
Nous invitons ces gens-là, et nous les exhortons par notre Seigneur Jésus Christ, à manger leur propre pain, en travaillant paisiblement. 
διὰ τοῦ Κυρίου ῾Ημῶν ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ - par notre Seigneur Jésus Christ: Comme au v.6, cette expression annonce une exhortation solennelle. 

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(Suite - les épîtres apostoliques - à cette page)
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