Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven





Les Épîtres
de saint Paul

(2)




Lettre aux Galates
   
   La lettre aux Galates, qui compte six chapitres et 149 versets, est la troisième en date des lettres de Paul (vers 55/57); elle constitue un des documents les plus significatifs de la manière de « l’apôtre des Gentils » (les Gentils étant le nom longtemps donné aux non-Juifs, aux Goïm) et des plus révélateurs de la naissance de l’Église. Son influence a été grande dans l’histoire de la chrétienté qui la range, malgré sa relative brièveté, à la suite immédiate des lettres aux Romains et aux Corinthiens; elle sert d’arme principale dans tous les débats en faveur de la liberté de l’esprit contre les lourdeurs de tous les légalismes.
    L’adresse (1,1-10), relativement longue et solennelle, insiste sur l’autorité divine de la mission de Paul. Les destinataires se voient reprocher dès le début leur abandon de l’annonce de Jésus à la suite de calomnies lancées contre Paul. La lettre que celui-ci leur écrit a pour objet de les ramener à leur vocation, de prouver l’authenticité de l’annonce nouvelle et d’établir l’autorité de Paul, envoyé du messie.
    I.  Dans son introduction, Paul avait déjà amorcé la défense de son autorité apostolique (1,6-10): il poursuit son plaidoyer « pro domo » (1,11-2,21) en affirmant que la condition apostolique qui est la sienne ne doit rien aux hommes mais tout à Dieu.
La question débattue ici encore est celle de savoir dans quelle mesure les païens convertis à la foi messianique nouvelle seront tenus à l’observance des mitvvot.
Ce problème se posait non seulement à l’Église chrétienne naissante, mais à toutes les écoles et à toutes les sectes d’Israël. Si la Tora' est révélée par YHWH, comment y adhérer sans en suivre les commandements ? Suivant une tradition pharisienne, Paul proclame la liberté des prosélytes: ils ne sont pas obligés de se soumettre à toutes les obligations rituelles des Hébreux.
    II.  Sa thèse étant ainsi définie, Paul s’emploie à en démontrer l’inébranlable solidité (3,1-4,31). Ce n’est pas l’observance des mitsvot qui sauve, mais l’adhésion de l’homme à Dieu, à sa Tora', à son Messie. Une première preuve en est donnée par les manifestations charismatiques consécutives à la conversion des Galates (3,1-5).
    Vient alors la démonstration scripturaire de l’argument (3,6-14). L’histoire d’Abraham prouve que la foi procure aux païens de naissance la plénitude des bénédictions divines. Suit l’argument juridique du testament (3,15-18) et la définition de la nature de la mitsva qui est un moyen d’accéder à la perfection et non une fin en soi.
    Le thème de la liberté messianique peut alors se développer, que Paul illustre par l’exemple des deux femmes d’Abrahâm (4,1-31). La dernière partie de la lettre est consacrée aux implications éthiques de ce message (5,1-6,10). Enfermer la communauté messianique nouvelle sous le joug de la mitsva, fût-elle l’abrahamique circoncision, serait amoindrir l’universalité du message.
    La conclusion, écrite de la main de Paul, qui jusqu’ici avait dicté sa lettre, revient sur le rejet des propagandistes qui veulent imposer la circoncision aux païens convertis.
    Avant d’ultimes salutations, Paul évoque la trace en son corps des souffrances de Jésus (6,11-18).

   La critique s’évertue à cerner l’identité des adversaires de Paul en Galatie: les commentateurs voient généralement en eux des « judaïsants » s’opposant aux développements d’une doctrine nouvelle, celle de l’Église naissante.
Cette perspective simplifie à l’extrême les données d’un problème autrement complexe. Parler à l’époque de « judaïsme » comme de la réalité monolithique qui deviendra la sienne au cours des siècles n’a, à vrai dire, aucun sens, compte tenu de l’extrême diversité des tendances non seulement des sectes diverses mais, à l’intérieur de chaque secte, des écoles différentes.
    Au sein de la communauté nouvelle, Pierre et Paul avaient des opinions fort différentes sur la place à donner à la « Loi » dans l’Église. Paul lui-même, en la matière, a une pensée fort nuancée dont la subtilité échappe souvent aux analystes. En fait, la Tora' est pour tous la parole de YHWH et nous assistons à Jérusalem, à Antioche, en Galatie à l’effort de pensée qui permettrait l’entrée des païens au sein du peuple de Dieu, sans que l’observance des mistvot fasse obstacle à leur conversion.À ce problème théologique, Paul apporte la réponse la plus complète et la plus élaborée qui soit en voyant dans le Messie le fondement de l’unité entre païens et Hébreux.
    La lettre aux Galates constitue ainsi un document de première importance, écrit par le principal agent de l’établissement de l’Église hors de Terre sainte, en territoires hellénistiques et romains. En dehors de sa valeur historique, elle constitue un témoignage inestimable pour pénétrer dans l’intimité de la vie, de la pensée et de la psychologie de l’apôtre des Gentils, illuminé par son appel prophétique et messianique.
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• Ga 2,16;19- 21.

On est "justifié" par la foi, par le don de grâce que le Christ nous a acquise - non en considération de mérites personnels.. 
Dès lors, celui que Dieu justifie vit de la vie du Christ, et par lui.

Sur ce texte:
Sur Paul; sur les épîtres: voir à cette page.
Sur l'épître aux Galates: voir plus haut.
Sur Ga 2,15-21:
Pierre comme Paul ont tous deux compris que seule la foi dans le Christ permettait d'être "en règle" aux yeux de Dieu (vv.15-16).
Ce qui les oppose à Antioche est la question du rôle "ultérieur" de la Loi (vv.17-21). Pour Paul, rétablir les règles alimentaires de la Loi, c'est de fait se replacer sous le régime de celle-ci, et donc rejeter la grâce de Dieu (v.21)!
En effet le Christ, par sa mort, a été condamné à notre place, et nous a ainsi fait mourir à notre culpabilité face à la Loi: nous sommes donc désormais libérés de son régime, et nous pouvons - et devons! - vivre pour Dieu, dans la foi au Christ et par son Esprit.
Telle est la vérité que Paul, de 3,1 à 6,10, va s'attacher à démontrer pour appeler les Galates à la vivre.


Traduction et notes:

Verset 16.
εἰδότες δὲ ὅτι οὐ δικαιοῦται ἄνθρωπος ἐξ ἔργων νόμου ἐὰν μὴ διὰ πίστεως ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ, καὶ ἡμεῖς εἰς Χριστὸν ᾿Ιησοῦν ἐπιστεύσαμεν, ἵνα δικαιωθῶμεν ἐκ πίστεως Χριστοῦ καὶ οὐκ ἐξ ἔργων νόμου, διότι οὐ δικαιωθήσεται ἐξ ἔργων νόμου πᾶσα σάρξ.
Néanmoins, sachant que ce n'est pas par les œuvres de la Loi que l'homme est justifié, mais par la foi en Jésus Christ, nous aussi nous avons cru en Jésus Christ, afin d'être justifiés par la foi dans le Christ et non par les œuvres de La loi, parce que "nulle chair ne sera justifiée" par les œuvres de la Loi.
• δικαιοῦται  [...] δικαιωθῶμεν [...] δικαιωθήσεται - est justifié[...] que nous soyons justifiés [...] sera justifiée:
- Le verbe "δικαιόω dikaïoō" signifie en fait ici "être en règle avec Dieu".
- Sur le thème de la justification chez Paul, voir par ex. Rm 1,17; 3,24; 5,1: il s'agit de l'"l'acquittement" de celui qui est sous la colère et le jugement de Dieu.
- En fait, nous sommes ici devant un vocabulaire juridique, comme le montre Dt 25,1b:
והצדיקו את־הצדיק והרשׁיעו את־הרשׁע׃
LXX: καὶ δικαιώσωσιν τὸν δίκαιον καὶ καταγνῶσιν τοῦ ἀσεβοῦς.
"on absoudra l'innocent, et l'on condamnera le coupable".
Ce verbe δικαιόω, qui traduit l'hébreu "צדק tsâdaq" (voir cette page), signifie "déclarer innocent, acquitter" celui qui est reconnu non coupable dans un procès.
- Dans les Ps, les démêlés des Juifs avec leurs ennemis sont souvent comparés à un procès, dont YHWH serait le juge: le psalmiste demande à l'Éternel de le "déclarer juste", ou de lui "faire justice"; en lui donnant la victoire sur ses ennemis, YHWH démontrera qu'il est innocent, et que ses ennemis sont coupables. C'est donc comme s'il prononçait sur le psalmiste un verdict de "justification" (voir par ex. Ps 7,9; 35,23; 43,1; 54,3).
- Isaïe use de même de cette catégorie juridique pour évoquer le salut eschatologique en le comparant à un verdict de justification dans un procès: en sauvant son peuple, ou son Serviteur (voir cette page), de ses ennemis qui l'oppriment, YHWH prononcera à l'encontre de ceux-ci un verdict de culpabilité, et justifiera son peuple ou son Serviteur (voir par ex. Is 45,8; 46,13; 48,18; 50,8; 51,5;8; 58,8; 59,17; 62,1-2).
- Ces textes sont sans nul doute à l'arrière-plan du thème paulinien de la justification.
Néanmoins, il y a deux différences essentielles:
1.chez Paul, le procès n'est pas avec un adversaire humain, mais avec Dieu lui-même;
2.ceux qui sont "justifiés" ne sont pas innocents mais coupables (voir par ex. Rm 3,23-24; 4,5).
"Justifier" prend donc bien chez Paul le sens d'"acquitter" un coupable, de lui "conférer le statut de juste".
Ce verdict de justification sera prononcé lors du jugement dernier sur ceux qui ont foi en Dieu:
Le Jugement Dernier - Fra Angelico - 1432-35 - Museo di San Marco, Florence.
A gauche (à la droite du Seigneur), les "justifiés" (détail ci-dessous), hommes et femmes, qui appartiennent à toutes les catégories sociales,et auxquels se mêlent les anges;
et à droite, les réprouvés.

mais il est d'ores et déjà offert à ceux qui croient (voir Jn 3,18; 5,24).
• διὰ πίστεως ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ - par la foi en Jésus Christ: Le génitif "Ιησοῦ Χριστοῦ" a ici une valeur objective ("Jésus Christ" est objet de "foi"). Pourtant, certains traducteurs lui donnent une valeur subjective, et écrivent "la foi (ou la fidélité) de Jésus Christ" ("Jésus Christ" serait le sujet du verbe "être fidèle").
Mais cette interprétation n'est pas cohérente avec le reste de la phrase:
- au plan sémantique, elle ne tient pas compte du parallélisme d'idées avec le membre qui suit: "nous avons cru (ou mis notre confiance) en Jésus Christ";
- au plan rhétorique, elle ne tient pas compte de la construction spéculaire des deux membres: 
A.διὰ πίστεως ᾿- B.Ιησοῦ Χριστοῦ - X. καὶ ἡμεῖς - B'.εἰς Χριστὸν ᾿Ιησοῦν - A'. ἐπιστεύσαμεν, construction qui renforce le lien sémantique entre ces deux membres.
• οὐ δικαιωθήσεται [...] πᾶσα σάρξ- "nulle chair ne sera justifiée": Comp. Ps 143,2b:
כי לא־יצדק לפניך כל־חי׃
LXX: ὅτι οὐ δικαιωθήσεται ἐνώπιόν σου πᾶς ζῶν.
"Car aucun vivant ne sera justifié devant toi".

Verset 19.
ἐγὼ γὰρ διὰ νόμου νόμῳ ἀπέθανον, ἵνα Θεῷ ζήσω. Χριστῷ συνεσταύρωμαι·
car c'est par la Loi que je suis mort à la Loi, afin de vivre pour Dieu. J'ai été crucifié avec le Christ;
διὰ νόμου - par la Loi: Lorsque le Christ a porté à la place du croyant la peine exigée par la Loi pour le péché de ce dernier.
νόμῳ ἀπέθανον - je suis mort à la Loi: Par la mort du Christ, le croyant meurt à la logique "pénale" de la Loi - ce que Paul explicitera en 3,12-13.
Χριστῷ συνεσταύρωμαι - J'ai été crucifié avec le Christ: Voir 6,14. Par la mort de Jésus Christ sur la croix, dans la personne de son représentant, le croyant est juridiquement mort au monde du péché. Il a été libéré du régime de la Loi (par ex. la circoncision: 6,15) pour devenir par l'Esprit "une nouvelle créature" (6,15).

Verset 20.
ζῶ δὲ οὐκέτι ἐγώ, ζῇ δὲ ἐν ἐμοὶ Χριστός· ὃ δὲ νῦν ζῶ ἐν σαρκί, ἐν πίστει ζῶ τῇ τοῦ υἱοῦ τοῦ Θεοῦ τοῦ ἀγαπήσαντός με καὶ παραδόντος ἑαυτὸν ὑπὲρ ἐμοῦ.
et si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et qui s'est livré lui-même pour moi.
ζῇ δὲ ἐν ἐμοὶ Χριστός - c'est le Christ qui vit en moi: Juridiquement, le croyant n'est plus rien sous son propre nom; il n'a plus d'existence "légale" que sous le nom du Christ qui lui a acquis le verdict d'acquittement: la vie.
ὃ δὲ νῦν ζῶ ἐν σαρκί - si je vis maintenant dans la chair: Ce que le croyant est devenu "juridiquement", il est appelé à le vivre concrètement, "dans sa chair", dès "maintenant".

Verset 21.
Οὐκ ἀθετῶ τὴν χάριν τοῦ Θεοῦ· εἰ γὰρ διὰ νόμου δικαιοσύνη, ἄρα Χριστὸς δωρεὰν ἀπέθανεν.
Je ne rejette pas la grâce de Dieu; car si la justice s'obtient par la Loi, le Christ est donc mort en vain.
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• Ga 3,26- 29.

Le baptême, sacrement de la foi, configure au Christ. Au sortir du bain baptismal, les chrétiens sont revêtus d'un vêtement nouveau: le Christ. Dès lors, plus de différences déterminantes et discriminantes entre les croyants - tous enfants de Dieu dans l'unité d'un seul peuple.

Sur ce texte:
Sur Paul; sur les épîtres: voir à cette page.
Sur l'épître aux Galates: voir plus haut.
Sur Ga 3,15-29:
Telles les clauses d'un testament, les promesses de l'alliance divine conclue avec Abraham et sa descendance dont le Christ est le représentant (vv.15-16) ne peuvent être annulées par la Loi, survenue plusieurs siècles plus tard (vv.17-18). Son rôle a été de révéler le péché des hommes (vv.19-20), de prouver la culpabilité de tous (vv.21-22) et de sauvegarder l'existence d'un peuple qui permettrait la venue du Messie (vv.23-24).
Mais depuis la venue du Christ, dans l'union avec lui et sous le régime de la foi, Juifs et païens qui ont forment désormais l'unique descendance d'Abraham et jouissent des biens promis (vv.25-29).
Sur ce passage: Voir la page sur "Juifs et païens selon saint Paul".

Traduction et notes:

Verset 26.
Πάντες γὰρ υἱοὶ Θεοῦ ἐστε διὰ τῆς πίστεως ἐν Χριστῷ ᾿Ιησοῦ·
Car vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus Christ;
• Πάντες  ἐστε- vous êtes tous: Même ceux qui n'étaient pas auparavant sous la garde de la Loi, i.e. les chrétiens d'origine païenne.
• Πάντες υἱοὶ Θεοῦ - tous fils de Dieu: Privilège d'Israël dans le PT (Ex 4,2-23; Os 11,1); sur le Fils et les fils, voir Ga 4,6-7 et notes plus bas.

Verset 27.
ὅσοι γὰρ εἰς Χριστὸν ἐβαπτίσθητε, Χριστὸν ἐνεδύσασθε.
vous tous, qui avez été baptisés pour le Christ, vous avez revêtu le Christ.
• εἰς Χριστὸν- pour le Christ: La préposition "εἰς" est suivie de l'accusatif; elle indique donc un mouvement "vers", une action "en vue de" (contrairement à la préposition "ἐν" lorsqu'elle est - par ex. au v. précédent - suivie du datif; elle indique alors un lieu où l'on est, dont on ne bouge pas: au v.26, la foi est "ancrée", "fixée" dans le Christ); ici, on peut donc traduire:
- "baptisés en vue du Christ": le baptême permet d' "obtenir" le Christ, et donc, avec lui, la filiation par rapport à Dieu;
- "baptisés pour le Christ", au sens où l'on est "pour" ou "contre" quelqu'un; le baptême est l'expression de l'engagement à suivre le Christ, de lui appartenir (Rm 6,3; 1P3,21); c'est ce que la traduction liturgique extrapole en écrivant que le baptême "unit au Christ";
- certaines traductions donnent "baptisés dans le Christ" (par ex. Louis Segond), mais il faudrait alors supposer que la préposition "dans" implique un mouvement "à l'intérieur de"... ce qui est ici impossible! Pour pouvoir traduire ainsi, il faudrait avoir "ἐν Χριστῷ".
• Χριστὸν ἐνεδύσασθε- vous avez revêtu le Christ: Réalité dont le baptême est le témoignage. Le statut et l'identité du croyant ne dépendent plus du régime de la Loi, mais de celui de la foi dans le Christ, qui est son représentant devant Dieu (voir Ga 2,19-20 et notes plus haut). En Rm 5,12-21, Paul opposera le statut des hommes "en Adam" à celui des croyants "dans le Christ".
Par ailleurs, le chrétien est appelé à accorder de plus en plus sa vie ("Revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ", Rm 13,14) avec son nouveau statut, sa nouvelle identité ("vous avez revêtu le Christ").

Verset 28.
οὐκ ἔνι ᾿Ιουδαῖος οὐδὲ ῞Ελλην, οὐκ ἔνι δοῦλος οὐδὲ ἐλεύθερος, οὐκ ἔνι ἄρσεν καὶ θῆλυ· πάντες γὰρ ὑμεῖς εἷς ἐστε ἐν Χριστῷ ᾿Ιησοῦ.
Il n'y a plus ni Juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave ni libre, il n'y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ.
Sur le sens de ce v., voir la page "Juifs et Goïm selon saint Paul"; en effet ici "Grec" = "non-Juif", "goï", "païen".
• πάντες εἷςἐστε - tous vous êtes un: Le nouveau statut des hommes dans le Christ relativise les différences ethniques, sociales, et même créationnelles (cf. זכר ונקבה "mâle et femelle" en Gn 1,27)... On est ici bien loin de la prétendue misogynie de Paul!

Verset 29.
εἰ δὲ ὑμεῖς Χριστοῦ, ἄρα τοῦ ᾿Αβραὰμ σπέρμα ἐστέ κατ᾿ ἐπαγγελίαν κληρονόμοι.
Et si vous êtes au Christ, vous êtes donc la postérité d'Abraham, héritiers selon la promesse.
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• Ga 4,4-7

Une ère nouvelle: le Fils de Dieu s'est fait homme pour élever les hommes à la dignité de fils de Dieu. L'esprit qui a couvert Marie de son ombre en témoigne dans nos cœurs.

Traduction intégrale et remarques:

Verset 4:
ὅτε δὲ ἦλθεν τὸ πλήρωμα τοῦ χρόνου, ἐξαπέστειλεν ὁ Θεὸς τὸν υἱὸν αὐτοῦ, γενόμενον ἐκ γυναικός, γενόμενον ὑπὸ νόμον,
Mais, lorsque les temps ont été accomplis, Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme, né sous la loi,
ὅτε[...]̀ ἦλθεντὸ πλήρωμα τοῦ χρόνου - lorsque les temps ont été accomplis: littéralement: "lorsque la totalité du temps est venue"; voir Ga 4,2 et Mc 1,15. Tout le Premier Testament pointe vers ce moment (voir Ga 3,16): allusion en particulier à Gn 17, qui développe les promesses divines liées à l'Alliance d'YHWH avec Abraham: possession de la terre de Canaan (v.8), importance numérique de la postérité d'Abraham (v.6) incluant "une multitude de peuples" (vv.4-6), et permanence de l'Alliance (v.7). C'est par le don de l'Esprit à tous ceux qui croient que débute l'accomplissement de ces promesses (voir Ga 3,14;29; et, ci-après, Ga 4,6-7) dans l'attente de la nouvelle terre (cf. Rm 4,13), préfigurée par le pays de Canaan.
ἐξαπέστειλεν ὁ Θεὸς τὸν υἱὸν αὐτοῦ - Dieu a envoyé son Fils: voir v.6 et remarque.

Verset 5:
ἵνα τοὺς ὑπὸ νόμον ἐξαγοράσῃ, ἵνα τὴν υἱοθεσίαν ἀπολάβωμεν.
afin qu'il rachetât ceux qui étaient sous la loi, afin que nous reçussions l'adoption.
ἐξαγοράσῃ - qu'il rachetât: littéralement, "ἐξαγοράζω exagorazô - payer pour libérer"; même verbe qu'en Ga 3,13.
τὴν υἱοθεσίαν - l'adoption: ce que le Fil est de droit, le croyant le devient par adoption (vv.6-7; voir aussi Jn 17,21-26).

Verset 6:
῞Οτι δέ ἐστε υἱοί, ἐξαπέστειλεν ὁ Θεὸς τὸ Πνεῦμα τοῦ υἱοῦ αὐτοῦ εἰς τὰς καρδίας ἡμῶν, κρᾶζον· ἀββᾶ ὁ πατήρ.
Et parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans nos coeurs l'Esprit de son Fils, lequel crie: Abba! Père!
ἐστε - vous êtes: "vous" = les pagano-chrétiens (chrétiens non-Juifs d'origine) de Galatie (vv.6-10); opposés à v.3: "καὶ ἡμεῖς - Nous aussi" = les judéo-chrétiens (chrétiens d'origine juive, comme Paul) - voir page "Juifs et Goïm chez saint Paul".
• ἐξαπέστειλε- a envoyé: après la "mission" (au sens étymologique: "envoi") du Fils au v.4, Paul souligne celle de l'Esprit.
ἀββᾶ - Abba: mot araméen, signifiant "cher père"; diminutif de "אב (hébreu 'âb, araméen 'ab) - père". Voir Rm 8,15.

Verset 7:
ὥστε οὐκέτι εἶ δοῦλος, ἀλλὰ υἱὸς· εἰ δὲ υἱὸς, καὶ κληρονόμος Θεοῦ διὰ Χριστοῦ.
Ainsi tu n'es plus esclave, mais fils; et si tu es fils, tu es aussi héritier par la grâce de Dieu.
κληρονόμος - héritier: du Royaume de Dieu (cf. Ga 5,21).
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• Ga 5,1;13- 18.

Contrairement au "service des hommes et de passions", le "service de Dieu" rend d'autant plus libre qu'on s'y adonne davantage, plus exclusivement.

Sur ce texte:
Sur Paul; sur les épîtres: voir à cette page.
Sur l'épître aux Galates: voir plus haut.
Sur Ga 4,21 - 5,1:
Prenant à témoin la Loi même à laquelle les Galates désirent se soumettre (4,21), Paul tente de leur montrer qu'ils doivent se séparer de ceux qui sèment le trouble parmi eux en insistant sur l'allégeance à la Loi et à Jérusalem (4,28-30). Se fondant sur ce qu'il a montré précédemment (3,15-18) concernant Abraham et sa descendance, et s'appuyant (4,21-23;29-30) sur le précédent des deux femmes et des deux fils du patriarche, il établit une analogie entre les réalités qui ont présidé à leur naissance (la seule force de l'homme pour l'un et la promesse divine pour l'autre) et les dispositions divines qui régissent les rapports entre Dieu et les hommes: la Loi et la promesse mise en œuvre par l'Esprit (4,24-31).
Or, comme autrefois aujourd'hui encore, que les enfants de la promesse se séparent de ceux qui veulent les priver de leur héritage et les rendre esclaves de la Loi (5,1). 
Sur Ga 5,2-12:
Après avoir souligné sa perplexité concernant les Galates (4,12-20), puis fondé sur l'Écriture la nécessité de rompre avec les partisans du régime de la Loi (4,21 - 5,1), l'apôtre attaque de front le message des judaïsants. C'est en effet la première fois depuis 3,1 qu'il mentionne le motif central de leur "évangile" (1,6): la nécessité de la circoncision (5,3;6;11), auquel il oppose l'Évangile de la foi au Christ mort en croix  (5,5;6;11).  
Sur Ga 5,13-26:
La liberté des Galates, qui leur a été acquise par le Christ, devrait les conduire à se mettre au service les uns des autres - car tel est bien le but fixé par Dieu aux hommes dans sa Loi: qu'ils aiment leur prochain (5,13-14). Mais les faits (les tensions et les jalousies, vv.15;26) prouvent l'échec des Galates dans leur recherche légaliste de perfection (voir 3,3). Il leur faut choisir entre deux "maîtres: l'homme livré à lui-même ou le Saint Esprit (vv.16-25).
Remarque: Le découpage et la traduction de la Lecture liturgique sont un peu curieuses, car
elles disloquent (voir les trois séquences du passage, résumées ci-dessus) le texte de façon non-cohérente par rapport à la pensée paulinienne;
elles font bon marché d'un point essentiel de cette dernière: la définition de la "σάρξ"chez Paul; or ce mot reçoit deux traductions différentes dans ce même passage:
- au v.13, l' "égoïsme" (ce qui va certes dans le sens des autres Lectures de la Messe du 13ème dimanche TO C, mais constitue pour le moins un "faux-sens", sinon un "contre-sens", par rapport au contexte),
- puis, sans plus d'explicitation, au v.16, la "chair"; avec en outre l'ajout d'un terme (les tendances "égoïstes" de la chair) qui ne figure pas dans le texte et "force" à nouveau le sens de celui-ci; et encore la "chair" au v.17.
En outre, la séquence sur la vie, dirigée soit par l'homme livré à lui-même soit par l'Esprit, est présentée de façon incomplète.

Traduction et notes:

Verset 1.
τῇ ἐλευθερίᾳ οὖν, ᾗ Χριστὸς ἡμᾶς ἠλευθέρωσε, στήκετε, καὶ μὴ πάλιν ζυγῷ δουλείας ἐνέχεσθε.
C'est pour la liberté que Christ nous a affranchis. Demeurez donc fermes, et ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude.
• τῇ ἐλευθερία- pour la liberté: Voir plus haut, introduction à Ga 4,21-5,1.

Verset 13.
 Υμεῖς γὰρ ἐπ᾿ ἐλευθερίᾳ ἐκλήθητε, ἀδελφοί· μόνον μὴ τὴν ἐλευθερίαν εἰς ἀφορμὴν τῇ σαρκί, ἀλλὰ διὰ τῆς ἀγάπης δουλεύετε ἀλλήλοις.
Frères, vous avez été appelés à la liberté, seulement ne faites pas de cette liberté un prétexte de vivre selon la chair; mais rendez-vous, par la charité, serviteurs les uns des autres.
•  ἐπ᾿ ἐλευθερίᾳ - à la liberté: Voir plus haut, introduction à Ga 4,21-5,1 et le v.1.
• τῇ σαρκί - selon la chair: Voir cette page.
• ἀφορμὴν - un prétexte: Paul a dû rencontrer souvent ce "prétexte", cette objection (voir par ex. Rm 6,15).

Verset 14.
ὁ γὰρ πᾶς νόμος ἐν ἑνὶ λόγῳ πληροῦται, ἐν τῷ, ἀγαπήσεις τὸν πλησίον σου ὡς σεαυτόν.
Car toute la Loi est accomplie dans une seule parole, dans celle-ci: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. 
• ἑνὶ λόγω ͅ- une seule parole: Le principe qui gouverne le régime de la Loi veut que, pour être en règle avec Dieu, l'homme doit la mettre en pratique tout entière et sans jamais faillir (5,3).
Alors que le croyant est libéré, par le Christ, de ce régime et de son principe de justification devant Dieu: il vit sous le régime de la grâce (5,4-5). 
Cependant la Loi, comme expression de la volonté de Dieu qui se cristallise autour du commandement de l'amour, demeure valide pour le chrétien (5,23; 6,2).
Le verbe "πληρόω plēroō" signifiant "emplir", la phrase peut aussi être traduite "toute la Loi trouve pleinement son sens..."
Comp. Mt 22,36-40 // Mc 12,28b-31 // Lc 10,25b-28; Rm 13,8-10; Jc 2,8).
ἀγαπήσεις τὸν πλησίον σου ὡς σεαυτόν- Tu aimeras ton prochain comme toi-même: Citation exacte de LXX pour en Lv 19,8: "אהבת לרעך כמוך - Tu aimeras ton prochain comme toi-même", également reprise en Mt 5,43; 19,19; 22,39; Mc 12,31;33; Lc 10,27; Rm 13,9; Jc 2,8.

Verset 15.
εἰ δὲ ἀλλήλους δάκνετε καὶ κατεσθίετε, βλέπετε μὴ ὑπ᾿ ἀλλήλων ἀναλωθῆτε.
Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde que vous ne soyez détruits les uns par les autres. 
ἀλλήλους - ὑπ᾿ ἀλλήλων - les uns les autres - les uns par les autres: Voir 5,26; par ces deux versets qui encadrent l'enseignement sur la vie dirigée soit par l'homme livré à lui-même soit par l'Esprit (vv.16-25), Paul renvoie à la situation des Galates, et généralise à partir de celle-ci.
Tel est, en effet, ce que produit l'homme livré à lui-même dans sa recherche de perfection même (la vanité, la provocation et la jalousie: v.26): la Loi conduit alors au péché (voir 3,19; Rm 7,7-12). 

Verset 16.
Λέγω δέ, Πνεύματι περιπατεῖτε καὶ ἐπιθυμίαν σαρκὸς οὐ μὴ τελέσητε.
Je dis donc: Marchez selon l'Esprit, et vous n'accomplirez pas les désirs de la chair.

Verset 17.
ἡ γὰρ σὰρξ ἐπιθυμεῖ κατὰ τοῦ Πνεύματος, τὸ δὲ Πνεῦμα κατὰ τῆς σαρκός· ταῦτα δὲ ἀντίκειται ἀλλήλοις, ἵνα μὴ ἃ ἂν θέλητε ταῦτα ποιῆτε.
Car la chair a des désirs contraires à ceux de l'Esprit, et l'Esprit en a de contraires à ceux de la chair; ils sont opposés entre eux, afin que vous ne fassiez point ce que vous voudriez. 
• ἃ ἂν θέλητε- ce que vous voudriez: Les vv.16-17 ne font pas allusion à un combat entre deux natures antagonistes dans l'homme, mais soulignent la nécessité de choisir entre l'homme en Adam (livré à lui-même et sous le régime de la Loi) et l'Esprit qui "conduit" l'homme dans le Christ (v.18).
Noter que certaines traductions, pensant sans doute à Rm 7,14-25, interprètent (faisant ainsi un contre-sens sur la conjonction "ἵνα ", qui exprime le but; et extrapolant "le bien" de "", "ce que", "les choses que"): "c'est pourquoi vous ne faites pas le bien que vous voudriez".

Verset 18.
εἰ δὲ Πνεύματι ἄγεσθε, οὐκ ἐστὲ ὑπὸ νόμον.
Si vous êtes conduits par l'Esprit, vous n'êtes point sous la Loi.
• Πάντες - vous : Voir 3,3; 5,13 et note
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• Ga 6,14- 18.

Au terme de sa Lettre aux Galates, saint Paul revient surce qui en a été le "leitmotiv": le chrétien doit mettre son orgueil dans la seule croix du Christ, parce qu'elle est pour tous l'unique source de salut.

Sur ce texte:  
Sur les épîtres pauliniennes, voir à cette page.
Sur la Lettre aux Galates, voir à cette page
Sur Ga 6,11–18:
Concluant sa lettre par quelques lignes écrites de sa propre main, et soulignant ainsi l'importance de ses propos, l'apôtre reprend les grands thèmes annoncés dès l'introduction de l'épître:
- son apostolat (la première personne employée aux vv.14;17; comp. 1,1);
- la création nouvelle dans le Christ (vv.14-15; comp. 1,4);
- le faux évangile de la circoncision, et le désir de plaire aux hommes ou à Dieu (vv.11-14; comp. 1,6-9;10).
La grâce et la paix divines, souhaitées pour les Galates dès la salutation (1,3) sont réservées à ceux qui suivent l'évangile "canonique" (6,16) et qui forment la descendance d'Abraham selon la foi, l'Israël de Dieu (v.16).

Traduction et notes:  

Verset 14.
ἐμοὶ δὲ μὴ γένοιτο καυχᾶσθαι εἰ μὴ ἐν τῷ σταυρῷ τοῦ Κυρίου ἡμῶν ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ, δι᾿ οὗ ἐμοὶ κόσμος ἐσταύρωται κἀγὼ τῷ κόσμῳ.
Pour ce qui me concerne, loin de moi la pensée de me glorifier d'autre chose que de la croix de notre Seigneur Jésus Christ, par qui le monde est crucifié pour moi, comme je le suis pour le monde!
τῷ κόσμῳ - pour le monde: Voir 2,19 et note (à cette page).

Verset 15.
 ἐν γὰρ Χριστῷ ᾿Ιησοῦ οὔτε περιτομή τί ἰσχύει οὔτε ἀκροβυστία, ἀλλὰ καινὴ κτίσις.
Car ce n'est rien que d'être circoncis ou incirconcis; ce qui est quelque chose, c'est d'être une nouvelle créature.
• καινὴ κτίσιςune nouvelle créature: Voir v.14; 2,19 et note; 2Co 5,17.

Verset 16.
καὶ ὅσοι τῷ κανόνι τούτῳ στοιχήσουσιν, εἰρήνη ἐπ᾿ αὐτοὺς καὶ ἔλεος, καὶ ἐπὶ τὸν ᾿Ισραὴλ τοῦ Θεοῦ. 
Paix et miséricorde sur tous ceux qui suivront cette règle, et sur l'Israël de Dieu!
τὸν ᾿Ισραὴλ τοῦ Θεοῦ- l'Israël de Dieu: Le peuple (distinct de l' "Israël selon la chair", voir 4,24-25; 1Co 10,18; Ph 3,3) formé de tous ceux qui croient, descendants d'Abraham par la foi; c'est-à-dire l'ensemble des chrétiens, qu'ils soient d'origine juive ou païenne, donc circoncis ou incirconcis.

Verset 17.
Τοῦ λοιποῦ κόπους μοι μηδεὶς παρεχέτω· ἐγὼ γὰρ τὰ στίγματα τοῦ Κυρίου ᾿Ιησοῦ ἐν τῷ σώματί μου βαστάζω.
Que personne désormais ne me cause plus de peine, car je porte sur mon corps les marques du Seigneur Jésus.
τὰ στίγματα τοῦ Κυρίου ᾿Ιησοῦ- les marques du Seigneur Jésus:
- C'est-à-dire "les mêmes cicatrices que Jésus" ou "les cicatrices que j'ai reçues pour Jésus".
- Ces cicatrices sont dues aux persécutions dont Paul, contrairement aux judaïsants (voir v.12), a eu à souffrir - en particulier en Galatie (4,29; Ac 14,19).
En effet, à cette époque, les persécutions venaient essentiellement des Juifs (de Galatie: Ac 13,50; 14,2;5;19; Ga 1,13;23; 5,11; 6,12; 1Th 2,14-16); Paul fait des judaïsants galates les complices "objectifs" de ces persécutions (Ga 2,4; 5,1; 6,12).
- Ces cicatrices pour la cause du Christ valent selon Paul bien plus qu'une circoncision (v.13)!

Verset 18.
῾ ῾Η χάρις τοῦ Κυρίου ἡμῶν ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ μετὰ τοῦ πνεύματος ὑμῶν, ἀδελφοί· ἀμήν.

Frères, que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit! Amen!
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Lettre aux Philippiens
   
   Cette lettre, nul ne le conteste, a été écrite par Paul dont elle porte le sceau, dans sa forme et son fond. Son unité a cependant été discutée, et elle pourrait regrouper des textes différents: remerciements pour un don reçu, appel à l’unité, polémique contre les ennemis de la croix du Messie.
    La ville de Philippes, en Macédoine, avait reçu la visite de l’apôtre à plusieurs reprises (voir Ac 16,13-15 et 20,1-6). Paul n’hésite donc pas à s’épancher personnellement auprès de correspondants qu’il connaît et qu’il aime. Voici le plan de ce texte:
I.  Salutations et introduction (1,1-11).
II.  Réactions à la captivité de Paul (1,12-26).
III.  Être digne de l’Annonce (1,27-2,18).
IV.  Projets d’avenir (2,19-30).
V.  La voie du salut (3,1-21).
VI.  Ultimes exhortations et salutations finales (4,1-23).
    Il reprend un thème courant en Israël: souffrir la persécution et le martyre est insigne grâce. Polémiste ardent, Paul emploie toutes les ressources de son génie à stigmatiser les ennemis de la croix du Messie (3,18). Cette expression a suscité de nombreux commentaires. On ne saurait en comprendre le sens sans penser aussi à ce que signifie la croix pour Paul et ses contemporains: non pas le symbole de l’Église triomphante, bien évidemment, mais un instrument de torture. Jésus, vaincu sur terre, habite déjà le ciel où il accueille ses adeptes en attendant de les établir dans le royaume sans frontière de YHWH: jusque-là chacun doit persévérer dans la foi, dans la joie du salut. Le motif de la joie parcourt ainsi toute cette lettre dont elle constitue l’un des thèmes les plus émouvants, avec celui de l’universelle gloire du Messie que chante l’hymne christologique (2,6-11).
Trois hypothèses ont été avancées pour fixer le lieu de rédaction de cette lettre:
- Rome, où Paul fut prisonnier à partir de 60,
- Césarée, où il fut incarcéré vers 58-60,
- ou enfin mais moins probablement, Éphèse, où il fit de tumultueux séjours vers 55-57. En tout cas, celui qui l’écrit est un captif, et sa pensée est de celles qui se signent par le sang.
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• Ph 1,4-6; 8-11

Dieu est à l'origine et au terme de toute démarche de conversion.
Et c'est lui encore qui donne d'aller de progrès en progrès, dans la droiture, vers "le Jour du Christ". 

Remarques :
Verset 4.
μετὰ χαρᾶς - "avec joie": première allusion à un thème important de l'épître. Paul donne en exemple, dans sa propre vie, une qualité qu'il aimerait voir chez ses lecteurs.
Verset 5.
ἐπὶ τῇ κοινωνίᾳ ὑμῶν εἰς τὸ εὐαγγέλιον - littéralement: "à cause de la part que vous prenez à la Bonne Nouvelle": Paul joue - ici et à plusieurs reprises - sur la part de collaboration qu'ont les Philippiens à son ministère. Ils ont en effet collaboré à l'évangélisation en soutenant financièrement l'apôtre (1,29-30; 4,16;18). Dans ce soutien fidèle et généreux (cf.2Co 8,1-3), Paul voit la preuve d'un partenariat de cœur entre l'Eglise de Philippes et lui-même. Voir aussi 4,10-20.
Verset 6.
ἄχρι ἡμέρας ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ - "jusqu'au Jour de Jésus Christ":Paul transpose ici l'expression prophétique du "Jour d'YHWH".
Il discerne chez ses lecteurs l'action salvatrice de Dieu (leur générosité: 1,5 et leur fermeté dans l'épreuve: 1,28); donc, puisque Dieu a pris l'initiative de leur donner son salut, il ne laissera pas son œuvre inachevée (cf.1Co 1,8).
Quant aux Philippiens, ils ont à s'insérer dans la logique de ce que Dieu est en train de parfaire en eux, et à faire fructifier de leur côté ce salut (cf. 2,12). Les nombreuses exhortations à la bonne conduite dans cette épître sont à comprendre dans ce sens.
Verset 9.
ἡ ἀγάπη ὑμῶν - "votre amour": Paul ne précise pas l'objet de cet amour; on peut penser qu'il s'agit - au sens général - de l'amour que Dieu a versé dans le cœur des chrétiens par l'intermédiaire de l'Esprit Saint (cf.Rm 5,5): le chrétien aime parce qu'il a d'abord été aimé.
ἐν ἐπιγνώσει - "en connaissance": elle permet de mettre en œuvre cet amour de la bonne façon dans chaque situation. Elle s'acquiert en particulier par le moyen de l'enseignement biblique.
Dans le contexte, on peut penser que Paul prie pour qu'ils comprennent comment obéir au commandement divin d'amour mutuel (voir 4,2).
καὶ πάσῃ αἰσθήσει - "et en pleine intelligence": capacité de savoir quelle est la bonne conduite à tenir dans une situation donnée. Elle s'acquiert en particulier par l'expérience.
Verset 10.
εἰς - "en vue de": la prière de Paul pour le développement de l'amour par les Philippiens (verset 9) a deux objectifs:
- qu'ils puissent discerner ce qui est important;
- qu'ils soient purs et irréprochables.
τὰ διαφέροντα - "les choses les meilleures": le discernement de ce qui est le meilleur leur sera utile notamment face aux adversaires qui seront décrits au chapitre 3.
εἰλικρινεῖς - "purs", "sincères": pleins de la sincérité, de l'honnêteté de celui qui est transparent devant Dieu et devant les autres.
ἀπρόσκοποι εἰς ἡμέραν Χριστοῦ - "irréprochables en vue du jour du Christ": c'est le jugement qui aura lieu au jour du Christ qui dicte la nécessité de la pureté et du caractère irréprochable de celui qui comparaîtra. Paul résume ces qualités au verset suivant, comme "fruit de la justice" (sur l'importace de la צדקה "justice" dans la foi juive, voir cette page). Cependant, c'est hic et nunc, ici et maintenant qu'il faut développer ces qualités.
Verset 11.
καρπὸν δικαιοσύνης - "le fruit de justice": métaphore du verset 10 ("purs et irréprochables") sous la forme de l'image d'un arbre qui porte du fruit de façon à rappeler que l'origine des œuvres justes est en Dieu, et leurs fruits seront un jour pour lui.
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Ph 2, 6-11

Fragment d'une très ancienne hymne liturgique.

D’abaissement en abaissement, jusqu’à la mort ignominieuse sur la croix : tel est l’itinéraire pascal du Christ auquel Dieu « a conféré le nom qui surpasse tous les noms ». C’est par une obéissance semblable, opposée à la désobéissance d’Adam, que nous aurons part à la gloire de Jésus-Christ, le Seigneur.

- Abaissement volontaire de la condition divine à celle des hommes,
- mort sur une croix pour notre salut,
- exaltation dans la gloire du Père:
tel a été l'itinéraire pascal de Jésus-Christ.
Reconnaître en lui le Seigneur, c'est obtenir la vie.
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• Ph 3,8b-14.

Du jour où il a été saisi par le Christ, saint Paul a mis en œuvre toute son énergie pour s'élancer, sans un regard en arrière, sur la voie ouverte par la grâce.
Tous les avantages qu'on pouvait avoir ne sont rien par rapport à la connaissance du Christ Jésus. Ce don inestimable - qu'on ne saurait donc "mériter" - transforme radicalement la vie, lui donne un dynamisme qui fait tout accepter avec joie, dans la certitude d'avoir, un jour, part à la résurrection du Seigneur.
Communier déjà la puissance de sa résurrection est le bien suprême qu'on ne peut savourer dans l'inaction.

Sur ce passage:
Sur Paul et les Philippiens: voir à cette page.
Sur Ph 3,1-21:
Après une longue série (1,27 - 2,30) d'exhortations, construite sur le thème de l'unité (en 4,2, on verra que cette épître - pourtant destinée à être lue en communauté, ce qui rappelle Phm et indique que Paul prend le problème au sérieux - cite nommément deux de ses anciennes collaboratrices dans cette communauté, Evodie et Syntyche, maintenant opposées par un différend suffisamment grave pour qu'il soit parvenu aux oreilles de l'apôtre; selon certains, ce problème précis expliquerait l'importance du thème de l'unité dans cette lettre), le ton change brutalement en 3,2: on passe de l'exhortation fraternelle à la mise en garde contre les "mauvais ouvriers" qui sont décrits avec des mots très durs; il s'agit de ceux qui voulaient imposer aux chrétiens d'origine païenne (= non-juive) la pratique de la Loi juive, en particulier la circoncision; il s'agit soit d'un avertissement préventif de Paul (ils risquent d'arriver à Philippes), ou d'un mise en garde (ils y sont déjà en petit nombre). A la lumière de son expérience en d'autres lieux (par ex. en Galatie), Paul craint que ces imposteurs ne viennent détourner les chrétiens de Philippes, auxquels il est très attaché (aucune autre des Églises qu'il a fondées ne semble avoir eu un souci missionnaire comme celle de Philippes - cf. 4,15), du véritable Évangile. Or pour les "missionnaires" judaïsants, la foi en Jésus Christ devait être "complétée" par la pratique de la Loi: selon eux, les goïm devaient d'abord devenir juifs pour être sauvés. Paul accentue sa mise en garde en invoquant ses références juives irréprochables (même s'il les considère par ailleurs comme une perte): Ph 3,4-6 est à ce sujet l'un de ses récits autobiographiques les plus précis (comp. Ga 1,13-24; 1Tm 1,12-16).
Si l'on considère que l'hymne christologique de Ph 2,6-11 occupe une place centrale dans cette épître, on peut relever quelques points communs entre la biographie de Paul et l'exemple du Christ. En effet, la vie de Paul, telle qu'elle est décrite dans cette lettre, peut être résumée en trois points:
- renoncement: il n'a pas cherché à profiter de son passé prestigieux; au contraire, il y a renoncé et s'est fait serviteur de Jésus Christ;
- prédication: ayant abandonné tout ce qui faisait sa crédibilité au sein du monde juif, il est devenu, comme Jésus avant lui, prédicateur itinérant;
- emprisonnement: comme  son Seigneur et pour lui, Paul a connu emprisonnement et souffrance.
Paul conclut de son témoignage que les privilèges humains, même les plus remarquables, ne sont rien devant Dieu, et ne donnent certainement pas le droit de se présenter devant lui la tête haute. La décision d'acquittement ne peut venir que du Seigneur, par le moyen choisi par lui (3,9).
Enfin, pour éviter que son discours ne soit mal interprété, Paul souligne que - s'il parle de "gagner le Christ", de "connaître le Christ", de devenir "semblable à lui" - il n'a pas encore atteint le but (3,12-21): c'est une des caractéristiques de la maturité spirituelle que de savoir le reconnaître.

Traduction et remarques :

Verset 7.
ἅτινα ἦν μοι κέρδη, ταῦτα ἥγημαι διὰ τὸν Χριστὸν ζημίαν·
ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai regardées comme une perte, à cause de Christ.
ζημίαν - une perte: Gagner le Christ est, pour Paul, gagner l'essentiel (voir v.8); c'est pourquoi il établit un bilan de gains et de pertes, avant d'en inverser les deux colonnes à la lumière du Christ.

Verset 8.
ἀλλὰ μενοῦνγε καὶ ἡγοῦμαι πάντα ζημίαν εἶναι διὰ τὸ ὑπερέχον τῆς γνώσεως Χριστοῦ ᾿Ιησοῦ τοῦ Κυρίου μου, δι᾿ ὃν τὰ πάντα ἐζημιώθην, καὶ ἡγοῦμαι σκύβαλα εἶναι ἵνα Χριστὸν κερδήσω
Et même je regarde toutes choses comme une perte, à cause de l'excellence de la connaissance de Jésus Christ mon Seigneur, pour lequel j'ai renoncé à tout, et je les regarde comme de la boue, afin de gagner le Christ,
τὸ ὑπερέχον τῆς γνώσεως - l'excellence de la connaissance: Connaissance "personnelle": savoir qu'il nous aime, l'aimer en retour - et aimer, à cause de lui, tous ceux pour qui il est mort. Considérée comme "excellente" (certaines traductions traductions extrapolent en écrivant "le bien suprême"), la connaissance du Christ relativise pour Paul toute autre attache - qu'il qualifie de "σκύβαλα", le σκύβαλον skubalon' étant littéralement le rebut que l'on jette aux chiens. Voir sa déclaration sur la vie et la mort, en 1,21sqq.
Les vv. suivants élaborent le propos, pour faire de cette "connaissance" une véritable identification au Christ souffrant, mort, et ressuscité (v.10). La vie du Christ sert de modèle à l'expérience de Paul: comme le Christ, il est prêt à aller jusqu'au sacrifice de lui-même.

Verset 9.
καὶ εὑρεθῶ ἐν αὐτῷ μὴ ἔχων ἐμὴν δικαιοσύνην τὴν ἐκ νόμου, ἀλλὰ τὴν διὰ πίστεως Χριστοῦ, τὴν ἐκ Θεοῦ δικαιοσύνην ἐπὶ τῇ πίστει,
et d'être trouvé en lui, non avec ma justice, celle qui vient de la loi, mais avec celle qui s'obtient par la foi dans le Christ, la justice qui vient de Dieu par la foi,
εὑρεθῶ ἐν αὐτῷ - être trouvé en lui: Sans doute en référence à la venue du Seigneur (3,20. Voir aussi 2,16).
• δικαιοσύνην - justice: Contraste entre "ἐμὴν δικαιοσύνην τὴν ἐκ νόμου - ma justice, celle qui vient de la loi", donc obtenue par l'obéissance; et une autre, "τὴν διὰ πίστεως - celle qui s'obtient par la foi", venant "Χριστοῦ- [du] Christ", et donc par extension "ἐκ Θεοῦ - de Dieu". C'est avec cette justice-là que Paul peut envisager de comparaître devant Dieu; car une "justice" acquise par des voies humaines sera sans valeur devant lui (voir 2Co 5,21). 

Verset 10.
τοῦ γνῶναι αὐτὸν καὶ τὴν δύναμιν τῆς ἀναστάσεως αὐτοῦ καὶ τὴν κοινωνίαν τῶν παθημάτων αὐτοῦ, συμμορφούμενος τῷ θανάτῳ αὐτοῦ,
afin de connaître Christ, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances, en devenant conforme à lui dans sa mort, pour parvenir,
παθημάτων - souffrances: Il ne s'agit pas, pour Paul, de souffrir pour souffrir; avoir part aux souffrances du Christ est pour lui une image de la vie chrétienne: le croyant est identifié à Jésus, en particulier dans ses souffrances, dans sa mort et dans sa résurrection. Et comme la mort du Christ a abouti à sa résurrection, les souffrances de Paul (des Philippiens, et de tous les croyants) ne sont pas inutiles, car elles permettent à d'autres d'accéder à la vie dans le Christ; en outre, à la fin, elles porteront le fruit qu'est la résurrection (v.11). Comp. 2Co 4,7-12.

Verset 11.
εἴ πως καταντήσω εἰς τὴν ἐξανάστασιν τῶν νεκρῶν.
si je le puis par quelque moyen, à la résurrection d'entre les morts.
 
Verset 12.
Οὐχ ὅτι ἤδη ἔλαβον ἢ ἤδη τετελείωμαι, διώκω δὲ εἰ καὶ καταλάβω, ἐφ᾿ ᾧ καὶ κατελήμφθην ὑπὸ τοῦ Χριστοῦ ᾿Ιησοῦ.
Ce n'est pas que je sois encore arrivé, ou que j'aie déjà atteint la perfection; mais je cours, pour tâcher de saisir le prix, puisque moi aussi j'ai été saisi par Jésus Christ.
τετελείωμαι - j'aie atteint la perfection: Dans les vv. qui suivent, Paul parlera aux Philippiens de la perfection, à la fois comme d'un but dont il s'agit de se rapprocher et d'un prix qu'il s'agit de remporter - mais aussi, et en même temps comme d'un but déjà atteint (v.15): plus qu'une contradiction, il faut y voir un équilibre à trouver entre le "déjà" et le "pas encore" du salut.
διώκω - je cours: Paul compare la vie chrétienne à la course olympique. Cette image met en valeur la concentration nécessaire, et l'intensité de l'effort à fournir.

Verset 13.
ἀδελφοί, ἐγὼ ἐμαυτὸν οὔπω λογίζομαι κατειληφέναι· ἕν δέ, τὰ μὲν ὀπίσω ἐπιλανθανόμενος τοῖς δὲ ἔμπροσθεν ἐπεκτεινόμενος
Frères, je ne pense pas l'avoir encore saisi; mais je fais une chose: oubliant ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant,

Verset 14.
κατὰ σκοπὸν διώκω ἐπὶ τὸ βραβεῖον τῆς ἄνω κλήσεως τοῦ Θεοῦ ἐν Χριστῷ ᾿Ιησοῦ.
je cours vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus Christ.
τὸ βραβεῖον - le prix: Le vainqueur des compétitions grecques recevait une couronne (de persil, puis, plus tard, de lauriers). Pour Paul, le prix c'est "d'être trouvé en lui" (v.9); autrement dit: le "prix", c'est le Christ.
τῆς ἄνω κλήσεως - de la vocation céleste: Littéralement: "de l'appel d'en haut"; cet appel, qui vient "du haut" du ciel, est vraisemblablement à mettre en parallèle (métaphore filée) avec celui qui était lancé à la fin des épreuves olympiques, annonçant "du haut" de l'enceinte sportive le nom du vainqueur, ses origines familiales, son pays; l'athlète s'avançait alors pour recevoir sa couronne.
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• Ph 3,17 -4,1.

Naturalisés citoyens des cieux, ceux qui s'attachent au Christ sans partage verront leur pauvre corps transfiguré à l'image du corps glorieux du Ressuscité le jour où il reviendra. Leur attente ne sera pas déçue.

Traduction et remarques :
Sur Ph 3,1-21:voir ci-dessus.

CHAPITRE 3
Verset 17.
Συμμιμηταί μου γίνεσθε, ἀδελφοί, καὶ σκοπεῖτε τοὺς οὕτω περιπατοῦντας, καθὼς ἔχετε τύπον ἡμᾶς.
Soyez tous mes imitateurs, frères, et portez les regards sur ceux qui marchent selon le modèle que vous avez en nous.
τοὺς οὕτω περιπατοῦντας, καθὼς ἔχετε τύπον ἡμᾶς- ceux qui marchent selon le modèle que vous avez en nous : Ce "nous" désigne bien entendu et d'abord Jésus (2,5-11); et, par extension, Paul lui-même (par ex. 1,4;25; 4,9), Timothée et Epaphrodite (2,22;25).

Verset 18.
πολλοὶ γὰρ περιπατοῦσιν, οὓς πολλάκις ἔλεγον ὑμῖν, νῦν δὲ καὶ κλαίων λέγω, τοὺς ἐχθροὺς τοῦ σταυροῦ τοῦ Χριστοῦ,
Car il en est beaucoup qui marchent en ennemis de la croix de Christ, je vous en ai souvent parlé, et j'en parle maintenant encore en pleurant.
πολλοὶ γὰρ περιπατοῦσιν [...] τοὺς ἐχθροὺς τοῦ σταυροῦ τοῦ Χριστου- Car il en est beaucoup qui marchent en ennemis de la croix de Christ: Essentiellement ceux dont il a été question en 3,2 (voir introduction ci-dessus), la suite le confirmera.

Verset 19.
ὧν τὸ τέλος ἀπώλεια, ὧν ὁ θεὸς ἡ κοιλία, καὶ ἡ δόξα ἐν τῇ αἰσχύνῃ αὐτῶν, οἱ τὰ ἐπίγεια φρονοῦντες.
Leur fin sera la perdition; ils ont pour dieu leur ventre, ils mettent leur fierté dans ce qui fait leur honte, ils ne pensent qu'aux choses de la terre.
• ὧν τὸ τέλος ἀπώλεια- Leur fin sera la perdition: Littéralement "dont le but [est] la destruction"; c'est-à-dire qu'ils recevront un autre "prix", après avoir couru vers un autre "but" que la plénitude du salut en Jésus Christ (3,20).
ἡ κοιλία- le ventre: Deux interprétations sont ici possibles.
- Certains, par analogie avec Rm 16,18, voient ici une allusion aux nombreuses prescriptions alimentaires (voir Lv 11 et cette page) auxquelles les judaïsants attachaient un grande importance (comp. Col 2,16;20-21).
- Pour d'autres, ce serait une façon lapidaire d'évoquer la circoncision, devenue une sorte d'idole - par opposition au culte rendu à Dieu en Esprit.
La mention d'une "fierté" (δόξα) qui ne repose pas sur le Christ, et de pensées tournées vers "les choses de la terre" (τὰ ἐπίγεια) semble aller dans le même sens.

Verset 20.
ἡμῶν γὰρ τὸ πολίτευμα ἐν οὐρανοῖς ὑπάρχει, ἐξ οὗ καὶ σωτῆρα ἀπεκδεχόμεθα Κύριον ᾿Ιησοῦν Χριστόν,
Mais notre cité à nous est dans les cieux, d'où nous attendons aussi comme Sauveur le Seigneur Jésus Christ,
• τὸ πολίτευμα- la cité: Littéralement: "la citoyenneté"; voir 1,27. Depuis l'installation de colons, retraités des armées romaines, à Philippes, la ville jouissait du statut de "colonie" romaine, et ses habitants du statut de "citoyens". Paul joue sur le droit de citoyenneté (il était lui-même citoyen romain) en rappelant aux chrétiens qu'ils sont aussi et d'abord citoyens du royaume de Dieu, et que leur vie dans la société doit le refléter.

Verset 21.
ὃς μετασχηματίσει τὸ σῶμα τῆς ταπεινώσεως ἡμῶν εἰς τὸ γενέσθαι αὐτὸ σύμμορφον τῷ σώματι τῆς δόξης αὐτοῦ κατὰ τὴν ἐνέργειαν τοῦ δύνασθαι αὐτὸν καὶ ὑποτάξαι αὐτῷ τὰ πάντα. 
qui transformera le corps de notre humiliation, en le rendant semblable au corps de sa gloire, par le pouvoir qu'il a de s'assujettir toutes choses.
• τὸ σῶμα τῆς ταπεινώσεως ἡμῶν- le corps de notre humiliation: Parce que sujet à la faiblesse et à la maladie, et accessible au péché. La faiblesse de son corps rappelle au chrétien qu'il n'est pas encore au bout du chemin (voir 3,12).
 
CHAPITRE 4
Verset 1.
῞Ωστε, ἀδελφοί μου ἀγαπητοὶ καὶ ἐπιπόθητοι, χαρὰ καὶ στέφανός μου, οὕτω στήκετε ἐν Κυρίῳ, ἀγαπητοί.
C'est pourquoi, mes bien-aimés, et très chers frères, vous qui êtes ma joie et ma couronne, demeurez ainsi fermes dans le Seigneur, mes bien-aimés!
• ἀδελφοί μου ἀγαπητοὶ καὶ ἐπιπόθητοι, χαρὰ καὶ στέφανός μου [...] ἀγαπητοί- mes bien-aimés, et très chers frères, vous qui êtes ma joie et ma couronne, [...] mes bien-aimés: Confirmation de l'intimité particulière (1,7;8 - voir l'introduction ci-dessus) qui lie Paul à cette Église.
• χαρὰ καὶ στέφανός μου- ma joie et ma couronne: Cette expression équivaut à "titre de gloire" (2,16). Il s'agit, pour Paul, du fruit de son apostolat, au Jour du Seigneur.
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• Ph 4,4-7

Joie, sérénité "en toute circonstance", paix: des biens inestimables. Dieu est là: il exauce nos prières.

Verset 4.
πάλιν ἐρω - je le répète: dans ce verset, Paul dit en effet deux fois "χαίρετε" ("Χαίρετε ἐν Κυρίῳ πάντοτε· πάλιν ἐρῶ, χαίρετε - Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur; je le répète, réjouissez-vous"); mais il reprend également ce qu'il a écrit en 3,1. Une profonde joie continue d'habiter Paul dans cette fin de lettre (voir aussi 4,10).

Verset 5.
τὸ ἐπιεικὲς ὑμῶν - votre modération: ce terme, "ἐπιεικής" peut encore se traduire par "douceur", "bonté"; il sous-entend une réaction positive face à une situation qui, normalement, susciterait un désir de vengeance et de revendication de ses droits. Mais le chrétien doit être au-delà de ce désir - même si son attitude peut sembler étrange au "monde" (voir le verset 7).
ὁ Κύριος ἐγγύς - le Seigneur est proche: ultime référence à la venue du Christ exalté, "lorsque toute langue confessera sa seigneurie" (voir 2,11); il s'agit donc d'anticiper l'accomplissement de son règne par un comportement généreux envers les païens.

Verset 6.
μηδὲν μεριμνᾶτε - ne vous inquiétez de rien: n'oublions pas que cette épître est écrite dans un contexte de persécution (cf.Mt 10,19 et Lc 12,11). Paul invite ses lecteurs à ne pas s'inquiéter, mais plutôt
1- à se rappeler que le Seigneur est proche (verset 5; voir aussi 3,20-21): c'est lui qui rendra justice (voir cette page) et qui redressera les torts;
2- à adopter une attitude de prière reconnaissante.
τὰ αἰτήματα ὑμῶν γνωριζέσθω πρὸς τὸν Θεόν -  faites connaître vos besoins à Dieu: celui qui vit d'ores et déjà sous le régime du Père s'en remet à Dieu en toutes choses; pour ceux qui sont dans le Christ, ce règne est déjà une réalité même si elle n'est encore qu'incomplète.

Verset 7.
ἡ εἰρήνη - la paix: conséquence de la prière reconnaissante et opposé à l'anxiété du verset 6, cette "paix" est le contentement intérieur donné par Dieu. Elle est comme une sentinelle (φρουρέω "garder" appartient au langage militaire et signifie précisément "monter la garde", "être une sentinelle") pour le croyant et le protège des assauts de l'ennemi.
ἡ ὑπερέχουσα πάντα νοῦν̓ - qui surpasse toute intelligence: elle surpasse tout ce qu'on peut concevoir en raison de son origine divine, et en particulier parce qu'elle apparaît là où on ne l'attend pas, dans une situation qui normalement aurait dû susciter l'anxiété (voir l'idée, assez proche , du "réconfort" en 2Co 1,3-11).
Remarque: ce verset sert de conclusion à la prière du soir: "Que la Paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, garde nos cœurs et nos pensées dans le Christ Jésus. Amen".
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(Suite à cette page)
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