Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

Textes tirés du Nouveau Testament

Les Épîtres

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   L'épître ou lettre est un document écrit employé en tant que moyen de communication entre des personnes séparées par la distance.
    On trouve occasionnellement des lettres dans la Bible hébraïque (2 S 11, 14-15; 1 R 21,8-10).
      Les treize lettres pauliniennes, la lettre aux Hébreux (et les sept épîtres de Jacques, Pierre, Jean et Jude pour les catholiques), constituent, avec les Évangiles, les Actes des Apôtres et l’Apocalypse, le Nouveau Testament.
   Voici deux mille ans, chez les Grecs, chez les Romains comme chez les Hébreux, la lettre est écrite non plus sur des tablettes d’argile, mais sur des feuilles de papyrus ou sur des morceaux de parchemin, pliés ou roulés (voir ci-dessous). Elles sont scellées avant d’être envoyées par courrier privé à leur destinataire. Le service postal officiel dans l’Empire romain (cursus publicus) était en effet réservé aux besoins de l’administration et ne se chargeait pas du courrier des particuliers.
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Saint Paul et ses épîtres




Paul est né à Tarse entre 5 et 10 de l’ère chrétienne (Ac 22,3; et aussi 9,11.30;11,25; 21,39).
Capitale historique de la Cilicie, la cité avait joui d’un statut privilégié à l’époque hellénistique puis lorsqu’elle fut conquise par les Romains en 66/67 avant l’ère chrétienne. Une importante communauté juive lui donne sa coloration particulière lorsque Shaoul (= le « Demandé »), vient au monde dans une famille juive pratiquante. Il est normalement circoncis à l’âge de huit jours et apprend à lire dans la Tora': pour lui la parole deYHWH est un livre qui vit chaque jour en lui et autour de lui au rythme des shabbats, des fêtes bibliques et des rites synagogaux.
Son père tient à faire de lui un docteur de la Loi et l’envoie à Jérusalem étudier aux pieds de Rabban Gamali‘él l’Ancien.
Paul, chaque ligne de ses lettres l’atteste, en restera marqué durant sa vie entière.
Et toute son existence, même après avoir quitté la secte des pharisiens pour adhérer à "Iéshoua‘ bèn Iosseph - Jésus-fils-de-Joseph", il continuera à pratiquer, en bon pharisien, et jusqu’à sa mort, la religion de ses pères. Paul est par surcroît parfaitement hellénisé. Sa famille, probablement aisée, a dû lui donner les meilleurs maîtres de la ville et son insertion dans le monde païen est facilitée par le fait qu’il jouit du privilège d’être, comme l’était Flavius Josèphe, citoyen romain nanti des tria nomina: son nom complet pourrait avoir été Caius Julius Paulus.
    Hébreu, grec, romain: il porte en lui les ferments d’une contradiction éclatante dans sa manière d’être, de penser, de s’exprimer. Né au cœur d’un conflit de cultures et de civilisations, il est, à longueur de vie, un homme conflictuel, jusque dans sa manière de ressentir l’univers: la lumière contre les ténèbres, l’esprit contre la chair, la foi contre les œuvres. Il est ainsi un polémiste né, qu’il se batte dans le camp des pharisiens ou, après sa conversion, qu’il porte la parole du Messie jusqu’au bout du monde. Son conflit personnel trouve alors sa solution dans la foi absolue en Iéshoua‘ le Messie, ce Jésus-Christ qu’il annonce aux nations: en lui, il n’est plus Juif ni Grec, homme ni femme, homme libre ni esclave, riche ni pauvre. Tout est un en Un, par le miracle de l’amour crucifié et ressuscité dont Jésus constitue la parfaite incarnation.
    Ainsi libéré, Paul, ébloui, entreprend de convertir le monde à la foi nouvelle. Il importe d’autant plus d’élucider ce point qu’il est le plus souvent estompé par l’exégèse traditionnelle.

    En effet, Shaoul de Tarse a, plus que tous, souffert des confusions nées après le tragique renversement des situations, issu du désastre de 70 (voir page sur le Temple et Ticha BeAv). Sa pensée prend une signification diamétralement différente selon qu’elle est ou non interprétée par rapport aux réalités politiques et spirituelles qui précédèrent la destruction du Temple et du peuple d’Israël. Mais, bien que Paul ait probablement été décapité à Rome, par les Romains, vers l’an 66, sa pensée, à cause peut-être du rôle déterminant qu’elle a joué dans la formation de l’Église, est constamment interprétée comme si elle avait été formulée après le désastre de 70.
Cela est vrai pour la plupart des exégètes chrétiens, insuffisamment attentifs aux réalités internes du monde juif comme à la révolution provoquée en Israël par le traumatisme de son écrasement par Rome.
Cela est également vrai pour les adversaires juifs de l’apôtre des Gentils, sans doute peu soucieux de s’informer de la chronologie paulinienne et qui voient en Paul l’ennemi d’Israël, l’auteur du schisme judéo-chrétien, le principal responsable des malheurs que ce schisme ­ et les mesures antijuives qu’il a inspirées ultérieurement à l’Église ­ a valus aux Juifs qui avaient échappé au génocide perpétré par l’Empire romain.
Une rigoureuse analyse des faits, compte tenu de leur contexte historique, aboutirait de part et d’autre à une plus juste appréciation de la vie et de l’œuvre d’un des plus puissants génies juifs de l’histoire.
    À la différence d’une importante fraction du judaïsme hellénisé, Paul n’a jamais rompu avec ses racines hébraïques et rabbiniques, et il resta inébranlablement fidèle jusqu’à la mort à YHWH et au peuple d’Israël: comme ce fut le cas pour Jésus, il fut condamné à mort par les Romains en tant que juif rebelle.
Malgré l’antilégalisme qu’on lui prête systématiquement sans trop se soucier de la signification réelle de ses analyses sur la foi et la loi, Paul est resté toute sa vie un Juif fervent et pratiquant. Il trouvait dans les communautés juives de la diaspora un accueil généralement ouvert. La chronologie de ses voyages est fixée en fonction des fêtes juives.
Les résistances que les pharisiens, quand ils le peuvent, opposent à son action étaient normales dans l’affrontement général des sectes de son temps; ils s’opposaient avec autant d’énergie aux enseignements des sadducéens, des esséniens ou à la propagande des zélotes. De nos jours encore un rabbin, de quelque obédience qu’il soit, orthodoxe, conservateur ou libéral, n’est jamais accueilli sans réserve ni sans risques dans la synagogue d’une tendance qui n’est pas la sienne!
    Quel que soit l’antilégalisme de Paul, celui-ci devait paraître moins grave aux yeux des maîtres du pharisaïsme que l’allégorisme systématique de Philon, par exemple. Paul, de toute manière, n’a jamais rompu et n’a jamais demandé aux Juifs de rompre avec la pratique des mistvot, ou commandements de la Tora'. Il souhaitait par-dessus tout que cette pratique ne s’exerce jamais sans l’adhésion de la foi et de l’amour (Rm 13,8-10). Même au regard des rabbis les plus intransigeants, la pratique des mistvot n’était obligatoire que pour les Hébreux, et non pour les païens.
    Paul est passionnément en quête d’une solution qui permette la réconciliation des Hébreux et des nations, sans fermer devant ces dernières, par trop d’exigences, les portes du Royaume. Lui-même circoncit Timothée, le fils d’une juive et d’un gentil, fidèle en cela à la stricte définition de la loi des pharisiens. Au retour d’une de ses missions dans la diaspora, il entend prouver ostensiblement qu’il se conduit en observateur fidèle des mistvot et, publiquement, il célèbre au Temple de Jérusalem les rites traditionnels de la purification.
    Paul est plus profondément juif lorsqu’il fait de l’histoire, et plus particulièrement de l’histoire de son peuple, le fondement de sa pensée théologique: les chapitres 9 à 11 de la lettre aux Romains constituent l’une des apologies les plus éloquentes d’Israël. Le rejet dont il parle n’est pas encore une notion théologique retirée des réalités de la vie, ou plaquée sur elles, comme conséquence du mythe obsessionnel du déicide, ce qu’il deviendra dès les IIème et IIIème siècles, et plus lourdement encore au IVème siècle après la conversion de Constantin. Le rejet d’Israël est alors, davantage qu’un slogan antisémite, la lourde, la cruelle réalité politique dans laquelle les Juifs se débattent sous le joug de Rome. Paul finira par mourir lui aussi, victime des Romains impérialistes et païens, en tant que Juif, en tant que fils d’Israël et qui servait un autre roi que César, Jésus, un autre Dieu que les dieux de Rome, YHWH.
    Pendant des siècles l’Empire romain, après avoir écrasé Israël et rasé Jérusalem, allait persécuter les chrétiens avec la même férocité. Et l’on se prend à rêver d’un dialogue entre César et le Christ ou Paul, comparable à celui de Moïse avec Pharaon dans l’Exode...

    Treize lettres constituent l’édifice théologique dont l’imagerie ne cesse d’interpeller, au-delà de leurs destinataires, l’humanité entière, posant devant elle les problèmes les plus décisifs, ceux de la vie et de la mort et, au-delà de la mort, d’une résurrection qui permette ­ et déjà sur terre ­ la contemplation du royaume de Dieu.
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     Les lettres de Paul, comme les autres écrits du Nouveau Testament, ne peuvent être datées que bien approximativement. Voici, en fonction des critères internes ou externes qui ont pu être réunis en la matière, les dates auxquelles les différentes lettres ont pu être écrites, ainsi que le lieu vraisemblable de leur rédaction:
1ère et 2ème aux Thessaloniciens - à ­ Corinthe: ­ 50/51
Philippiens - à ­ Éphèse: ­ 55/57
Galates - à ­ Éphèse: ­ 55/57
1ère aux Corinthiens - à ­ Éphèse(?): ­ 55/57
2ème aux Corinthiens - en­ Macédoine: ­ 55/57
Romains - à ­ Corinthe: ­ 57/58
Colossiens - à ­ Rome (?): ­ 61/63
Éphésiens - à ­ Rome (?): ­ 61/63
Philémon - à ­ Rome (?): ­ 61/63
1ère à Timothée - en ­ Macédoine (?): ­ 63/65
Tite - en­ Macédoine (?): ­ 63/65
2ème à Timothée - à ­ Rome (?): ­ 64/66
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Paul et ses scribes

       À la toute fin de la lettre aux Romains, au milieu des dernières salutations que Paul offre à différents membres de la communauté chrétienne de Rome, surgit une phrase plutôt curieuse : « Moi aussi, Tertius, qui ai écrit cette lettre, je vous salue. » (Rm 16,22).
     Qui est ce Tertius? N’est-ce donc pas Paul qui a écrit cette lettre? Eh bien non : Paul n’écrivait pas ses lettres lui-même.
     Pourquoi? On a la réponse à la fin de la lettre aux Galates où on peut lire une autre notice insolite, cette fois rédigée de la propre main de Paul : « Voyez quels gros caractères ma main trace à votre intention » (Ga 6,11). En d’autres mots : Paul écrivait mal. Lui-même estimait que sa calligraphie était si grossière qu’il préférait faire écrire ses épîtres par quelqu’un d’autre.
     Il faut se rappeler que dans l’Antiquité, seule une minorité de la population savait écrire. Dans le monde juif, on valorisait la lecture des Écritures saintes, l’apprentissage de la lecture était donc sans doute assez répandu. Mais savoir écrire était réservé àune classe d’érudits qu’on appelle les scribes, ou secrétaires. Ils étaient les spécialistes de l’écriture.
     Pour écrire ses lettres, Paul faisait donc appel à des scribes. On connaît le nom d’au moins deux d'entre eux: Tertius, pour la lettre aux Romains, et Sosthène, mentionné au tout début de la première lettre aux Corinthiens (1Co 1,1).
     Comment procédaient-ils? Paul dictait le contenu de la lettre qu’il voulait faire rédiger, et le scribe prenait des notes, sur une tablette de cire par exemple. Ensuite le scribe s’installait avec tout son matériel d’écriture (calame, encre, et papyrus ou parchemin), et écrivait la lettre de Paul . À la fin de la lettre, Paul pouvait ajouter de sa propre main un petit mot qui avait la valeur d’une signature, une façon de dire : ce n’est pas moi qui ai écrit la lettre, mais j’en approuve le contenu.
     On peut lire une notice de la sorte à la fin de la deuxième lettre aux Thessaloniciens : « Ce salut est de ma main, à moi Paul. C’est le signe qui distingue toutes mes lettres. Voici mon écriture. » (2Th 3,17). Dans ce cas-ci, pourtant, ce n’est probablement pas Paul qui a rédigé cette notice, mais  plus vraisemblablement un de ses disciples. Cette notice aurait été ajoutée à la lettre afin de lui donner de la crédibilité.
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1. L'épître aux Romains


    Rome, capitale de l’Empire, avait une importante communauté juive au sein de laquelle se forma progressivement, enrichie par l’arrivée d’immigrants appartenant à la religion nouvelle, une communauté chrétienne, constituée par des Hébreux et par des païens convertis. Paul écrit sa lettre aux uns et aux autres, fidèle à sa pensée selon laquelle le Messie Jésus a effacé les frontières qui séparent les hommes et les peuples.
    Rome était le point de mire vers lequel se tournaient les regards de tous les hommes concernés par les problèmes politiques et religieux de leur siècle. Paul souhaitait depuis longtemps s’arracher à l’Asie pour, dépassant les frontières de l’Achaïe, se rendre en Occident et jusqu’en Espagne, espérait-il. C’est ainsi que, se trouvant à Corinthe, vers l’an 58, il écrit cette lettre pour préparer les Romains à sa visite.
    Voici ses thèmes:
I.  Salutations préliminaires (1,1-15);
II.  L’annonce du salut, thème fondamental de la lettre (1,16-8,39); la justification par la foi, qui est une adhésion à Dieu et à son Messie:
  a)  hors de cette adhésion, les Hébreux comme les païens subissent la colère de Dieu (1,18-3,20);
  b)  l’adhésion à Dieu, source de salut d’Adâm à Jésus, le Roi-Messie; l’adhésion d’Abrahâm (chap. 4); l’humanité, d’Adâm à Jésus (chap. 5); le baptême (le miqvé des Juifs)  fait participer à la mort et à la résurrection de Jésus (chap. 7); le pouvoir libérateur du Souffle sacré, l'Esprit saint (chap. 8).
III.  Le mystère des Juifs et des Gentils dans l’économie du salut universel (chap. 9 à 11):
  a)  Paul, fils d’Israël (9, 1-5);
  b)  le sens de l’élection et la volonté de YHWH (9,6-24);
  c)  la promesse divine concerne l’humanité entière (9,25-29);
  d)  la déchéance politique et spirituelle d’Israël résulte de la primauté donnée à la loi sur la foi (9,30-10,21);
  e)  cette déchéance n’est ni totale ni définitive: un reste, comprenant Paul lui-même, reviendra (11, 1-10);
  f)  la déchéance d’Israël a ouvert aux Gentils les portes du salut (11,11-16);
  g)  l’arbre et ses racines (11, 17-24);
  h)  la réconciliation d’Israël et des nations, condition du salut universel (11,25-36).
IV.  La dernière partie de la lettre, de portée éthique, traite de la tora' d’amour (12,1-15,13):
  a)  la consécration de soi à Dieu et aux autres (12,1-13);
  b)  l’amour des ennemis (12,14-21);
  c)  l’obéissance aux pouvoirs établis (13,1-7);
  d)  l’amour est la sommation de tous les ordres de Dieu (13,8-10);
  e)  l’approche du salut (13,11-14);
  f)  le droit d’être différent (14,1-15,13).
V.  Remarques conclusives (15,14-16,27).
    Ajoutons ici que certains commentateurs ont cru voir dans le chapitre 16 une lettre adressée à la communauté d’Éphèse: ce chapitre aurait été annexé à un exemplaire de la lettre aux Romains, recopié à l’intention des Éphésiens.

    La pensée paulinienne est si riche, si dense dans son expression qu’on ne saurait la résumer sans la trahir. La lettre aux Romains a joué un rôle décisif dans le développement de la dogmatique chrétienne. Augustin en fait son arme principale dans sa polémique antipélagienne; Luther et Calvin s’appuient sur elle pour attaquer en ses assises une certaine théologie chrétienne. De nos jours, le commentaire qu’en a donné Karl Barth a ouvert de nouvelles perspectives à la pensée chrétienne. Neuves demeurent les analyses que Paul propose sur les rapports de la mistva et de l’adhésion à YHWH, ainsi que sa vision du procès d’un salut universel ayant pour nœud la nécessaire réconciliation d’Israël et des nations.
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a. Chapitres 1-8

• Rm 1,1-7.

L'humble descendant d'une lignée humaine - et royale - est le fils de Dieu.
Telle est la Bonne Nouvelle dont les Apôtres, l'Église et les chrétiens sont les ministres, les "serviteurs".

Sur ce texte:

Sur Saint Paul, les épîtres, l'épître aux Romains et ses thèmes, voir plus haut. 

Plan de l'épître:
1.Partie doctrinale:
1.1.Adresse; introduction; l'Évangile, les Juifs et les Goïm: 1,1-17.
1.2.Les Juifs et les Goïm, coupables devant Dieu: 1,18 - 3,20.
1.3.Le salut par la foi en Jésus Christ, pour les Juifs et les Goïm: 3,21 - 4,25.
1.4.La vie nouvelle dans le Christ, sans la Loi mais par l'Esprit: 5,1 - 8,38.
1.5.Le projet divin pour les Juifs et les Goïm: 9,1 - 11,39.
2. Partie parénétique:
2.1.Vivre l'unité dans l'amour: 12,1 - 15,13.
2.2.Projets; salutations: 15,14 - 16,27.

Sur Rm 1,1-7:
Selon l'habitude épistolaire de son époque, Paul se présente à ses lecteurs et les salue.
Mais il ajoute un long développement quant au message qu'il annonce: l'Évangile.
Celui-ci s'enracine dans le PT, et concerne Jésus, Seigneur et Christ ( = Messie) - de qui Paul tient la grâce et la charge de l'annoncer à toutes "les nations" (voir Rm 16,25-27 et cette page).

Verset 1.
Παῦλος, δοῦλος Χριστοῦ ᾿Ιησοῦ, κλητὸς ἀπόστολος, ἀφωρισμένος εἰς εὐαγγέλιον Θεοῦ
Paul, esclave de Jésus Christ, apôtre appelé, mis à part pour l'évangile de Dieu,
Παῦλος - Paul: Ne pas oublier que "Paul" est le nom que "שאול", "Shaoul" a reçu après sa conversion au Christ. Or ce nouveau nom est significatif: "Παῦλος Paoulos" vient du latin "Paulus" qui lui-même dérivait du grec "παύω
pauō
", signifiant "cesser", d'où "cesser de grandir, de prendre de la place"; d'où
"Παῦλος et Paulus" = "le Petit"... Pour le Juif pieux, le nom a une plus grande valeur que pour quiconque; pour le Pharisien, élève de l'illustre Gamaliel, c'est un rappel constant à son humilité en tant que chrétien (voir ci-dessous)!
 δοῦλος - esclave: Contrairement à ce qui est souvent donné, ce terme ne signifie pas seulement "serviteur", mais bien "esclave"; il dérive en effet du verbe-racine "δέω deō", qui implique l'idée de nécessité, d'obligation, de contrainte.
 Χριστοῦ ᾿Ιησοῦ - de Jésus, Christ:
- Ne pas oublier que le terme "Χριστός Christos" dérive du verbe "χρίω chriō", qui signifie "frotter", "enduire d'huile", "oindre; c'est donc l'exacte traduction grecque de l'hébreu "משׁיחmâshîyakh" qui est lui-même dérivé du verbe " משׁח mâshakh" qui a les mêmes sens que le verbe grec; donc "Christ" = "Oint".
En outre, la position (avant le substantif) indique bien que le mot a valeur adjectivale; ce n'est pas "un autre nom" de Jésus (ni "une partie" de ce nom; on doit donc éviter le trait d'union qui est la marque d'un nom composé), mais un qualificatif qui lui est appliqué. Et lorsque l'on dit "le Christ", on doit garder en mémoire le fait que l'expression signifie "l'Oint [du Seigneur]".
- Quant à "Ἰησοῦς Iēsous", c'est la transcription grecque de l'hébreu "יהושׁע 
yehôshûa‛ ", "Yah sauve".
κλητὸς ἀπόστολος - apôtre appelé:
Et non pas "appelé apôtre", comme s'il s'agissait ici d'un simple titre. En effet, le terme "κλητός klētos" dérive du verbe "καλέω kaleō" qui signifie "appeler",
non pas au sens de "(sur)nommer", mais au sens d'"appeler à haute voix"; il s'agit donc bien ici d'une "vocation" au sens étymologique d'"appel" (du latin "vocare", même sens que le grec "καλέω̄"): Paul a été "appelé" à devenir "apôtre".
Voir 1Co 1,1; 2Co 1,1; Ep 1,1; Col 1,1; 2Tm 1,1; et selon son dessein d'élection: Tt 1,1.
• Cette notion d'appel est encore renforcée (voir Ac 13,2;19,9; 2Co 6,17; Ga 1,15;2,12) par le terme "ἀφωρισμένος". En effet, ce dernier est le participe (passé) passif du verbe "ἀφορίζω aphorizō", lui-même composé du préfixe prépositionnel "ἀπό apo" qui exprime l'éloignement, et du verbe "ὁρίζω horidzō" qui siginifie "(en)clore", "(dé)limiter" (d'où notre "horizon"); celui qui est
"ἀφωρισμένος" est donc "à l'extérieur de l'enclos", donc "mis à part", "retiré de" parmi tous les autres.
• À ce titre, Paul se situe donc bien dans la lignée des prophètes du PT, et sa prédication dans celle de leurs oracles (v.2).
• Sur l'apostolat de Paul, voir 1Co 15,9: "᾿Εγὼ γάρ εἰμι ὁ ἐλάχιστος τῶν ἀποστόλων, ὃς οὐκ εἰμὶ ἱκανὸς καλεῖσθαι ἀπόστολος - Car je suis le moindre des apôtres, moi qui ne suis pas digne d'être appelé apôtre" (à rapprocher de son nom "Paul" - voir ci-dessus).
Paul est certes conscient d'être un apôtre - mais son apostolat est particulier:
εἰς εὐαγγέλιον -pour l'évangile: On sait que le terme "εὐαγγέλιον euan'gelion", dont le nom "évangile" est la transcription, signifie "Bonne Nouvelle". Il est en effet composé du préfixe adverbial "εὖ eu" (en fait, le neutre d'un adjectif primitif "εὖς", "bon"), qui signifie "bien"; et de la racine "αγγέλ-" (d'où notre substantif "ange") qui exprime l'idée d' "annonce".

Verset 2.
ὃ προεπηγγείλατο διὰ τῶν προφητῶν αὐτοῦ ἐν γραφαῖς ἁγίαις
- [évangile] qui avait été promis auparavant [par Dieu] par l'intermédiaire de ses prophètes dans les saintes Écritures,
Comme il le fait en
1Co
,
Ga
et
Tt
, Paul insère ici une parenthèse dans sa salutation: et, dans chaque cas, cette parenthèse est significative.
Dès le début de
Rm
, Paul souligne le fondement vétérotestamentaire de la Bonne Nouvelle (vv.2-4) et son universalité:
sont appelés par Dieu, au moyen de l'Évangile, à ne plus former qu'un seul peuple (v.5).Ce projet divine était déjà

1,9;16;2,16;10,16;
11
Versets 3-4.
 περὶ τοῦ υἱοῦ αὐτοῦ, τοῦ γενομένου ἐκ σπέρματος Δαυῒδ κατὰ σάρκα,
touchant son fils (né de la semence de David, selon la chair;
τοῦ ὁρισθέντος υἱοῦ Θεοῦ ἐν δυνάμει κατὰ πνεῦμα ἁγιωσύνης ἐξ ἀναστάσεως νεκρῶν, ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ τοῦ Κυρίου ἡμῶν,
déterminé Fils de Dieu, en puissance, selon l' Esprit de sainteté, par la résurrection des morts), Jésus Christ, notre Seigneur,
• 

Selon nombre d'exégètes, les vv.3-4 reprendraient une confession de foi préexistante, que Paul aurait reprise et intégrée dans son texte.

τοῦ Κυρίου ἡμῶν
-
notre Seigneur
: N'oublions pas que le terme "κύριος
kurios
" est celui qui est employé dans la LXX pour traduire le tétragramme divin
révélé à Moïse,

יהוה

YHWH
, qu'il est interdit de prononcer 
depuis l'Exil - et que les Juifs
lisent
אֲדֹנָי,
"Adonaï
", ce qui signifie, également, "Seigneur". 

Δαυῒδ - David: Voir Mt 1,1-17. Jésus est Fils de Dieu, mais il est aussi - au plan humain - descendant de David : Joseph est de la lignée de David (d'où l'obligation, lors du recensement - de 6 ap.J.C. mais placé par Luc avant la naissance de Jésus - de "monter" à Jérusalem pour y inscrire sa famille).
Jésus, descendant de David, est "roi d'Israël".
Et comme, selon la prophétie d'Is 11,1;10, le Messie devait descendre de Jessé par David ("fils de David" est un titre messianique; voir aussi 2S 7,11-16), Jésus a accompli cette promesse: il est le Messie.

<- L’arbre de Jessé - Vers 1145 – Vitrail de l’abbatiale de Saint-Denis.


En bas, Jessé, père de David; au-dessus de lui, David; puis la Vierge; et, au sommet, Jésus et la colombe symbolisant l'Esprit.

τοῦ ὁρισθέντος υἱοῦ Θεοῦ - déterminé Fils de Dieu: La Bonne Nouvelle annoncée par Paul concerne le Messie-Roi, pleinement humain et pleinement divin - sa divinité ayant été manifestée par sa résurrection (voir Ph 2,9; 1P 1,21; Ep 1,20-23).
• κατὰ πνεῦμα ἁγιωσύνης - selon l'Esprit de sainteté: Sur l'Esprit et la résurrection des morts, voir Rm 8,11; 1Co 15,44-45.

Verset 5.
δι᾿ οὗ ἐλάβομεν χάριν καὶ ἀποστολὴν εἰς ὑπακοὴν πίστεως ἐν πᾶσι τοῖς ἔθνεσιν ὑπὲρ τοῦ ὀνόματος αὐτοῦ,
par qui nous avons reçu la grâce et l'apostolat, pour amener en son nom à l'obéissance de la foi tous les païens,
χάριν καὶ ἀποστολήν
-
la grâce et l'apostolat
: Hendidys; Paul, bien qu'excellent helléniste, est marqué par la pensée (et donc la rhétorique) sémitique; en fait, Paul explique souvent que son "apostolat" est le fruit de la "grâce" (Rm 1,2-3;15,15-16; 1Co 3,10; Ga 2,9; Ep 3,2;7;...).
ἐν πᾶσι τοῖς ἔθνεσιν

-
tous les païens
: Rappel: le grec "ἔθνη", litt. "les nations" traduit l'hébreu "
גוים goïm
"

qui désigne "les nations non-juives"; le français traduit souvent par "païens" - la traduction liturgique précisant "les nations païennes". Tout au long de cette lettre, Paul soulignera que la Bonne Nouvelle concerne Juifs et non-Juifs (voir cette page).
εἰς ὑπακοὴν πίστεως

-
à l'obéissance de la foi
: C'est-à-dire, très vraisemblablement, "à lui obéir en croyant, en ayant foi".
Cette locution ne se retrouve qu'en Rm
16
Verset 6.
ἐν οἷς ἐστε καὶ ὑμεῖς κλητοὶ ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ,
parmi lesquels vous êtes aussi, vous qui avez été appelés par Jésus Christ
-
Verset 7.
πᾶσι τοῖς οὖσιν ἐν ῾Ρώμῃ ἀγαπητοῖς Θεοῦ, κλητοῖς ἁγίοις· χάρις ὑμῖν καὶ εἰρήνη ἀπὸ Θεοῦ πατρὸς ἡμῶν καὶ Κυρίου ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ.
- à tous les bien-aimés de Dieu qui sont à Rome, saints appelés
: Grâce et paix à vous, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ!

Après la parenthèse des vv.2-6, retour à la salutation.
κλητοῖς ἁγίοις

-
saints appelés
:
- Sur "κλητός", voir "
κλητὸς ἀπόστολος
͂
" au v.1.
χάρις ὑμῖν καὶ εἰρήνη
-
Grâce et paix à vous
: Cette salutation se retrouve dans toutes les épîtres pauliniennes. Elle adapte aux perspectives chrétiennes 
la salutation
juive ("שׁלם", "paix") et la salutation grecque classique ("χαίρ
ε
", "Sois heureux!").

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• Rm 3,21-25a;28


À la base de la prédication de saint Paul, une conviction profonde: l'homme ne peut se sauver lui-même.

Remarques:

Sur Paul et ses épître; sur Rm, voir à cette page.
Sur
--
 
Premièrement, tous les hommes,
Juifs et
גוים (goïm = non-Juifs; pour mieux saisir l'attitude paulinienne par rapport à la problématique "Juifs/
goïm",
, ont besoin d'être sauvés car ils sont "
coupables devant Dieu" (1,18-20).

Paul a consacré les deux premiers chapitres de cette lettre aux Romains à décrire cette situation qu'il qualifie de "péché":

- Chez les païens d'abord, la méconnaissance du Créateur les a conduits sur des chemins sans issue: celui de l'idolâtrie en particulier;

- Les Juifs, eux, avaient reçu la Loi de Moïse qui était pour eux un guide sur le chemin du bien; et les meilleurs tentaient de l'appliquer, mais tous ne réussissaient pas à la pratiquer; à ceux-là, Paul dit : "Toi qui portes le nom de Juif, qui te reposes sur la Loi et qui mets ton orgueil en Dieu [...] Toi qui enseignes autrui, tu ne t'enseignes pas toi-même [...] Tu déshonores Dieu en transgressant la Loi !" (2,17-23).

--
Deuxièmement, tous, qu'ils soient juifs ou non, le sont par Jésus-Christ:
 
par l'œuvre qu'il a accomplie, Dieu déclare justes - "sans faire intervenir la Loi" - ceux qui croient dans le Christ. Jésus, par son sacrifice, a apaisé la colère de Dieu contre le pécheur. Dieu demeure donc juste, tout en justifiant celui qui met sa foi dans le Christ (vv.21-26).


Traduction et notes:

Verset 21.
Νυνὶ δὲ χωρὶς νόμου δικαιοσύνη Θεοῦ πεφανέρωται, μαρτυρουμένη ὑπὸ τοῦ νόμου καὶ τῶν προφητῶν,
Mais maintenant, sans la Loi, est manifestée la justice de Dieu à laquelle rendent témoignage la Loi et les Prophètes,
Νυν
ί -
maintenant
:
Ce terme peut induire
.
δικαιοσύνη
-
la justice
:
Rappel:
c'est ce terme que LXX utilise pour traduire la notion essentielle de "
צדקה
tsedâqâh
"
(voir
).
πεφανέρωται
 -
est manifestée
:
Bien qu'ici le terme grec ("φανερόω
phaneroō
", "rendre visible") soit différent, on retrouve l'idée de révélation, de manifestation, déjà présente en 1,17-18 ("ἀποκαλύπτω apokaluptō", "révéler" - d'où le français "Apocalypse" = "Révélation").
τοῦ νόμου καὶ τῶν προφητῶν
 -
la Loi et les Prophètes
:

--
Rappel:
cette locution désigne couramment et en raccourci, dans le grec du NT, l'ensemble du PT,
la
תנכ
TaNaKh juive -
des trois initiales de ses trois groupes de Livres:
la
תורה
  Tôrâh (la "Loi") juive, le Pentateuque chrétien;
les נביאים
Nabiîm
(les "Prophètes");
et les
 
כתובים
Ketouvim (
"<autres> Écrits").

--
Voir par ex. Gn 15,6 (dans "la Loi"); Ha 2,4 (dans "les Prophètes"); Ps 32,1-2 (dans les
"<autres> Écrits").

Verset 22.
δικαιοσύνη δὲ Θεοῦ διὰ πίστεως ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ εἰς πάντας καὶ ἐπὶ πάντας τοὺς πιστεύοντας· οὐ γάρ ἐστιν διαστολή·
la justice
, donc,
de Dieu - par la foi de Jésus Christ - envers tous et sur tous ceux qui croient; car il n'y a pas de différence,
διὰ πίστεως ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ
̓
-
par la foi de Jésus Christ
:
Le
substantif grec "πίστις pistis"
(même racine que le verbe "πιστεύω pisteuō" employé dans cette même phrase: "
τοὺς πιστεύοντας
", "ceux qui croient") désignant la "foi", la "confiance" d'une part et la "fidélité" d'autre part, et le génitif "
᾿Ιησοῦ Χριστοῦ
" pouvant avoir valeur objective ou subjective, on peut entendre cette locution (traduite ici littéralement) de diverses façons, par ex.:
• 
πιστεύοντας
-
ceux qui croient
:
C'est-à-dire, litt., "ceux qui ont la foi"; en rapprochant
ce v. du v.25, on peut ici comprendre "ceux qui ont foi dans le sacrifice du Christ" - ce qui confirmerait donc plutôt, pour la locution "
διὰ πίστεως ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ̓
", les deux premières interprétations proposées.
On retrouvera la même ambiguïté sur cette dernière locution en
Verset 23.
πάντες γὰρ ἥμαρτον καὶ ὑστεροῦνται τῆς δόξης τοῦ Θεοῦ,
car tous ont péché et n'atteignent pas à la gloire de Dieu,

ὑστεροῦνται
-
n'atteignent pas
:
Ce
verbe signifie litt. "être inférieur à", "être surpassé par".
τῆς δόξης τοῦ Θεοῦ
-
la gloire de Dieu
:

--
 
Certains voient ici une allusion à la tradition juive selon laquelle Adam était porteur de la "gloire" divine à l'origine (d'après Gn 1,26-27; Ps 8,6), mais l'a perdue lorsqu'il a désobéi; cependant Ps 8 suggère que l'homme a conservé cette "gloire".
--
 
Paul pense sans doute plutôt à la manifestation de la présence divine dans le PT, la "
כבוד־יהוה kâbôd
-Adonaï", la "gloire de
YHWH-l'Éternel",
en particulier au Sinaï et dans le sanctuaire (Ex 19;40,34-35; 1R 8,11). 

Verset 24.
δικαιούμενοι δωρεὰν τῇ αὐτοῦ χάριτι διὰ τῆς ἀπολυτρώσεως τῆς ἐν Χριστῷ ᾿Ιησοῦ,
et ils sont justifiés gratuitement par sa grâce, au moyen de la rédemption qui est dans le Christ Jésus,

δικαιούμενοι
-
et ils sont justifiés
:
 

-- Litt. "étant justifiés". Le verbe "δικαιόω dikaïoō" signifie en fait ici "être en règle avec Dieu".
-- Sur le thème de la justification chez Paul, voir par ex. Rm 1,17;5,1; Ga 2,16 et note (à cette page): il s'agit de l'"l'acquittement" de celui qui est sous la colère et le jugement de Dieu.
-- En fait, nous sommes ici devant un vocabulaire juridique, comme le montre Dt 25,1b:
והצדיקו את־הצדיק והרשׁיעו את־הרשׁע׃
LXX: καὶ δικαιώσωσιν τὸν δίκαιον καὶ καταγνῶσιν τοῦ ἀσεβοῦς.
"on absoudra l'innocent, et l'on condamnera le coupable".
Ce verbe δικαιόω, qui traduit l'hébreu "צדק tsâdaq" (voir cette page), signifie "déclarer innocent, acquitter" celui qui est reconnu non coupable dans un procès.
- Dans les Ps, les démêlés des Juifs avec leurs ennemis sont souvent comparés à un procès, dont YHWH serait le juge: le psalmiste demande à l'Éternel de le "déclarer juste", ou de lui "faire justice"; en lui donnant la victoire sur ses ennemis, YHWH démontrera qu'il est innocent, et que ses ennemis sont coupables. C'est donc comme s'il prononçait sur le psalmiste un verdict de "justification" (voir par ex. Ps 7,9; 35,23; 43,1; 54,3).
- Isaïe use de même de cette catégorie juridique pour évoquer le salut eschatologique en le comparant à un verdict de justification dans un procès: en sauvant son peuple, ou son Serviteur (voir cette page), de ses ennemis qui l'oppriment, YHWH prononcera à l'encontre de ceux-ci un verdict de culpabilité, et justifiera son peuple ou son Serviteur (voir par ex. Is 45,8; 46,13; 48,18; 50,8; 51,5;8; 58,8; 59,17; 62,1-2).
-- Ces textes sont sans nul doute à l'arrière-plan du thème paulinien de la justification.
Néanmoins, il y a deux différences essentielles:
1. chez Paul, le procès n'est pas avec un adversaire humain, mais avec Dieu lui-même;
2. ceux qui sont "justifiés" ne sont pas innocents mais coupables (voir par ex. ci-dessus et 4,5).
"Justifier" prend donc bien chez Paul le sens d'"acquitter" un coupable, de lui "conférer le statut de juste".
Ce verdict de justification sera prononcé lors du jugement dernier sur ceux qui ont foi en Dieu;
mais il est d'ores et déjà offert à ceux qui croient (voir Jn 3,18; 5,24).

--
Si l'œuvre divine de justification est "gratuite", comme Paul le dit, cela signifie que le croyant n'a aucun mérite à faire valoir pour être justifié. Nous en avons un bon exemple en la personne du bon larron, le "premier saint chrétien": d'après l'évangile de Luc, cet homme crucifié en même temps que Jésus n'avait certes aucun mérite à faire valoir. Son dialogue avec l'autre condamné est éloquent: il reconnaît "Nous recevons ce que nos actes ont mérité". Or il lui a suffi de cet instant de vérité et de sa confiance en Jésus pour s'entendre dire : "En vérité, je te le dis, aujourd'hui, tu seras avec moi dans le paradis" (Lc 23, 43).

διὰ τῆς ἀπολυτρώσεως
-
au moyen de la rédemption
:

--
Le
terme "ἀπολύτρωσις apolutrōsis" , "rachat", "rédemption" (au sens étymologique)
désignait la libération d'un prisonnier, d'un esclave, généralement avec l'idée d'une rançon; ce mot et ceux de sa famille ont souvent été employés par LXX pour parler de la délivrance du peuple d'Israël de l'esclavage en Égypte (Dt 7,8;15,15), à Babylone (Is 41,14;43,1) ou du péché (Ps 130,8).

--
La "rédemption"
(i.e. la délivrance du péché) a été obtenue par
la mort du Christ, qui nous a libérés de toute condamnation


Verset 25.
ὃν προέθετο ὁ Θεὸς ἱλαστήριον διὰ τῆς πίστεως ἐν τῷ αὐτοῦ αἵματι, εἰς ἔνδειξι τῆς δικαιοσύνης αὐτοῦ διὰ τὴν πάρεσιν τῶν προγεγονότων ἁμαρτημάτων
C'est lui que Dieu a présenté pour propitiatoire, par la foi en son sang, afin de montrer sa justice à cause du support des péchés précédents dans la patience de Dieu,

ἱλαστήριον
-
propitiatoire
:

--
Ce
terme désignait, dans le Saint des Saints du Temple de Jérusalem, le couvercle d'or posé sur l'arche d'Alliance et surmonté des chérubins aux ailes déployées; l'ensemble était considéré comme le trône de Dieu.
À Yom Kippour, fête du grand pardon de tous les péchés du peuple d'Israël, le grand prêtre aspergeait le propitiatoire du sang des victimes immolées. Alors le peuple savait que Dieu effaçait
les péchés
(litt. les "couvrait": "Kippour", comme "kippa" - page en construction - et "כּפּרת kappôreth", "propitiatoire" sont construits sur le même verbe-racine "כּפר kâphar"; il ne faut en outre pas oublier que, dans la Bible, le sujet de ce verbe, souvent traduit par "expier", est toujours YHWH! On devrait donc le traduire "Dieu couvre").
Le sang versé (c'est-à-dire la vie offerte) sur le propitiatoire devenait pour les hommes le signe du pardon accordé. Ainsi était renouée l'Alliance vitale entre Dieu et son peuple par l'intermédiaire du sang, symbole de vie.

--
Pour Paul, Dieu, dans sa bonté, a accepté que la vie offerte de son fils soit signe de son pardon: il l'a fait "propitiatoire" pour nous.

Verset 28.
λογιζόμεθα οὖν πίστει δικαιοῦσθαι ἄνθρωπον χωρὶς ἔργων νόμου.
Car nous concluons que l'homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la Loi.

__________________________________________________________________

• Rm 5,1-5.

Le salut est un don de Dieu obtenu non par les œuvres, mais par la foi au Christ et grâce à la présence  de l'Esprit en nous.
L'intervention des Personnes divines dans l'économie du salut se trouve ici énoncée de manière explicite: tout bien vient du Père, par le Fils, dans l'Esprit - gage de l'amour de Dieu dans le cœur des croyants.
__________________

• Rm 5,1-2;5-8

Déjà justifiés par la foi, forts de l'espérance que donne l'amour de Dieu répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint, nous sommes engagés - sous la conduite du Seigneur mort et ressuscité - dans un dernier Exode qui, du monde de la grâce, mène à la gloire de Dieu
.

Sur ce texte:

Sur Saint Paul, les épîtres, l'épître aux Romains et ses thèmes, voir plus haut. 
Plan de l'épître: voir ci-dessus, introduction à Rm 1,1-7.
Sur Rm 5,1-11:
Après avoir montré, au moyen de deux vérités fondamentales, ce qui unit les croyants de toute origine (leur état commun de pécheurs, et leur unique et commun moyen de salut), Paul débute ici une nouvelle étape de sa réflexion qui s'étendra jusqu'en 8,39: les croyants d'origine juive et non-juive (voir cette page) sont unis dans une vie commune par l'Esprit et par une même espérance. En effet, étant en règle aux yeux de Dieu par la foi, les croyants ont la Paix avec Dieu par le Christ: ils ne sont plus sous la colère divine et peuvent se réjouir de l'espérance de la gloire de Dieu - dont la certitude est nourrie par l'Amour divin que l'Esprit Saint met en eux. La démonstration de la réalité de cet amour a été la mort de Jésus pour les hommes, alors qu'ils étaient encore pécheurs. Désormais justifiés, les croyants seront sauvés de la colère divine.

Verset 1.
Δικαιωθέντες οὖν ἐκ πίστεως εἰρήνην ἔχομεν πρὸς τὸν Θεὸν διὰ τοῦ Κυρίου ἡμῶν ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ, 
Étant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ,
οὖν - donc: Paul entame ici une nouvelle étape de sa démonstration (voir ci-dessus). 
Les chap. 5-8 constituent une unité comme le montre - entre autres - l'introduction dans les vv. suivants des thèmes de l'espérance, de la souffrance, de la gloire, de la vie et de l'Esprit, thèmes que développeront ces chapitres.
On remarquera, également, dans ces chap. l'abandon quasi-total des mots "foi" et "croire" (33 occurrences dans les chap. 1-4; 3 occurrences dans les chap.5-8).
On notera encore une reprise (en 8,18-39) des données de 5,1-11.
Δικαιωθέντες - Étant justifiés: Voir 1,17.
εἰρήνην - la paix: Il ne s'agit pas du sentiment de paix, mais d'une situation objective devant Dieu. Les croyants ne sont plus sous la colère de Dieu (vv.9-10).
ἔχομεν - nous avons: Certains manuscrits donnent "εἰρήνην ἔχωμεν - ayons la paix"
(Codex Sinaiticus par ex.)->

Verset 2.
δι᾿ οὗ καὶ τὴν προσαγωγὴν ἐσχήκαμεν τῇ πίστει εἰς τὴν χάριν ταύτην ἐν ᾗ ἑστήκαμεν, καὶ καυχώμεθα ἐπ᾿ ἐλπίδι τῆς δόξης τοῦ Θεοῦ.
à qui nous devons d'avoir eu par la foi accès à cette grâce, dans laquelle nous demeurons fermes, et nous nous glorifions dans l'espérance de la gloire de Dieu.
τῇ πίστει - par la foi: Cette expression est absente de certains manuscrits, comme l'indiquent Wescott-Hort/Nestlé-Aland; elle est présente dans Codex Sinaiticus.
τῆς δόξης τοῦ Θεου - de la gloire de Dieu: On retrouve ici le thème de la gloire, déjà abordé au chap.1, et qui sera repris en 8,28-39.

Versets 3-4.
οὐ μόνον δέ, ἀλλὰ καὶ καυχώμεθα ἐν ταῖς θλίψεσιν, εἰδότες ὅτι ἡ θλῖψις ὑπομονὴν κατεργάζεται,
Bien plus, nous nous glorifions même des afflictions, sachant que l'affliction produit la persévérance,
ἡ δὲ ὑπομονὴ δοκιμήν, ἡ δὲ δοκιμὴ ἐλπίδα,
la persévérance [produit] la victoire dans l'épreuve, et cette victoire [produit] l'espérance.
καυχώμεθα ἐν ταῖς θλίψεσιν - nous nous glorifions des afflictions: Non parce que la souffrance serait bonne en soi, mais à cause des fruits que le croyant peut en tirer (voir 1P 1,6-7; Jc1,2-4): la persévérance, le dépassement des difficultés, et l'espérance.

Verset 5.
ἡ δὲ ἐλπὶς οὐ καταισχύνει, ὅτι ἡ ἀγάπη τοῦ Θεοῦ ἐκκέχυται ἐν ταῖς καρδίαις ἡμῶν διὰ Πνεύματος ῾Αγίου τοῦ δοθέντος ἡμῖν.
Or l'espérance ne trompe point, parce que l'amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous a été donné.
διὰ Πνεύματος ῾Αγίου - par le Saint Esprit: Première mention de l'œuvre de l'Esprit et de l'amour de Dieu dans Rm.
τοῦ δοθέντος ἡμῖν - qui nous a été donné: l'espérance du chrétien se fonde sur l'amour de Dieu, démontré objectivement par la mort du Christ (v.6sqq, voir aussi 8,35;39).
Dans l'expression "ἡ ἀγάπη τοῦ Θεοῦ - l'amour de Dieu", il s'agit donc bien, comme le montrent les vv.6-8, de l'amour de Dieu pour nous (valeur subjective du génitif "τοῦ Θεοῦ": "l'amour que Dieu éprouve": "Dieu" est le sujet, celui qui pose l'acte d'amour) - et non, comme le comprennent certains, de notre amour pour Dieu (valeur objective du génitif: "l'amour que nous éprouvons pour Dieu": "Dieu" serait alors objet d'amour).
L'Esprit est donné à tous les croyants comme conséquence de leur justification; c'est par lui que l'amour de Dieu est répandu en eux.

Verset 6.
ἔτι γὰρ Χριστὸς ὄντων ἡμῶν ἀσθενῶν κατὰ καιρὸν ὑπὲρ ἀσεβῶν ἀπέθανε.
Car le Christ, alors que nous étions encore sans force, au temps convenable, est mort pour des impies.

ἀσθενῶν
-
sans force
:
C'
est-à-dire "incapables de faire quoi que ce fût pour être sauvés".
• 
Χριστὸς [...] ἀπέθανε
̓
-
le Christ [...] est mort
:
À partir de ce v. et jusqu'à la fin du chap.8, les thèmes de la mort et de la vie - du Christ et des croyants
- constituent la trame de l'argumentation de Paul.
Verset 7.
μόλις γὰρ ὑπὲρ δικαίου τις ἀποθανεῖται· ὑπὲρ γὰρ τοῦ ἀγαθοῦ τάχα τις καὶ τολμᾷ ἀποθανεῖν·
Car à peine, pour un juste, quelqu'un mourra-t-il (car pour l'homme de bien, peut-être, quelqu'un se résoudrait même à mourir);

Verset 8.
συνίστησι δὲ τὴν ἑαυτοῦ ἀγάπην εἰς ἡμᾶς ὁ Θεὸς, ὅτι ἔτι ἁμαρτωλῶν ὄντων ἡμῶν Χριστὸς ὑπὲρ ἡμῶν ἀπέθανε.
mais Dieu prouve son amour à lui envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore pécheurs, le Christ est mort pour nous.


________________________________________________________________

• Rm 5,12-19

Pour redonner aux hommes ce que le péché leur avait fait perdre, Dieu a envoyé son fils sur la terre. Devenu terrien, il est le "Nouvel Adam"
.

Remarques:

Sur Paul et ses épîtres, voir à cette page.
Sur Rm: voir à cette page.
Sur Rm 5,12-21:
Par un contraste saisissant ("
(v.19)
.


Traduction et notes: 

Verset 12.
Διὰ τοῦτο ὥσπερ δι᾿ ἑνὸς ἀνθρώπου ἡ ἁμαρτία εἰς τὸν κόσμον εἰσῆλθεν καὶ διὰ τῆς ἁμαρτίας ὁ θάνατος, καὶ οὕτως εἰς πάντας ἀνθρώπους ὁ θάνατος διῆλθεν, ἐφ᾿ ᾧ πάντες ἥμαρτον·
C'est pourquoi, comme par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu'ainsi la mort a passé à tous les hommes, en ce que tous ont péché...
ὁ θάνατος
-
la mort
:
La mort physique, châtiment du péché (Gn 2,17;3,19; voir Rm 6,23).

ἐφ᾿ ᾧ πάντες ἥμαρτον
-
en ce que tous ont péché...
:

--
La phrase de Paul reste ici en suspens, pour ne reprendre qu'au v.18. 


--
Ces quelques mots, ainsi que les difficultés des vv.13-14, ont donné lieu, à travers les siècles, à diverses interprétations:
--
Le vocabulaire juridique de la suite du passage (vv.16;18;19 et note) favorise cette dernière compréhension.
--
La version (1)
interprète le lien entre la révolte d'Adam et le péché de l'homme comme un simple lien d'imitation, ce qui ne semble pas pouvoir s'accorder avec les vv.14 (voir note) et 18-19, ni avec le parallèle entre Adam et le Christ (vv.16-17).
--
Pour les trois autres interprétations, le lien est plus étroit. Selon les uns, les hommes seraient tous condamnés pour le péché d'Adam lui-même. Selon les autres, ils le seraient pour leurs propres péchés ("
en ce que tous ont péché")
, la révolte d'Adam les ayant constitués juridiquement et/ou personnellement pécheurs, étant séparés de Dieu (v.19 et note).  
Verset 13.
ἄχρι γὰρ νόμου ἁμαρτία ἦν ἐν κόσμῳ, ἁμαρτία δὲ οὐκ ἐλλογεῖται μὴ ὄντος νόμου·
(car jusqu'à la loi le péché était dans le monde; mais le péché n'est pas mis en compte quand il n'y a pas de loi;
Verset 14.
ἀλλ᾿ ἐβασίλευσεν ὁ θάνατος ἀπὸ ᾿Αδὰμ μέχρι Μωϋσέως καὶ ἐπὶ τοὺς μὴ ἁμαρτήσαντας ἐπὶ τῷ ὁμοιώματι τῆς παραβάσεως ᾿Αδάμ, ὅς ἐστι τύπος τοῦ μέλλοντος.
mais la mort régna depuis Adam jusqu'à Moïse, même sur ceux qui ne péchèrent pas selon la ressemblance de la transgression d'Adam, qui est la figure de celui qui devait venir.

μέχρι Μωϋσέως
-
jusqu'à Moïse
:
C'est-à-dire jusqu'au don de la
תּורה
Tôrâh, de la Loi.
Jusque là, c'est la solidarité avec Adam (v.12) qui explique l'application de la sanction de mort sur les fautes des hommes: la loi qui a sanctionné la faute d'Adam (
"מעץ הדעת טוב ורע לא תאכל ממנו כי ביום אכלך ממנו מות תמות", "tu ne mangeras pas de l'arbre du discernement de ce qui est bon et de ce qui est mauvais, car le jour où tu en mangeras,
tu mourras", Gn 2,17) s'applique à tous les hommes.

ἐπὶ τῷ ὁμοιώματι τῆς παραβάσεως ᾿Αδάμ
-
selon la ressemblance de la transgression d'Adam
:
Le péché de tout homme diffère de celui d'Adam de par sa portée; en effet, la faute du chef d'alliance de l'humanité a créé une situation de rupture entre Dieu et toute cette dernière. 

τοῦ μέλλοντος
-
de celui qui devait venir
:
Comp. Rm 5,14-19 et 1Co 1,30;15,21;15,45.
Adam est le "type" de Jésus: tous deux sont des chefs d'alliance (Os 6,7; Mt 26,28); leurs vies et leurs actes ont donc eu des conséquences pour tous ceux qui dépendaient d'eux.

Verset 15.
᾿Αλλ᾿ οὐχ ὡς τὸ παράπτωμα, οὕτω καὶ τὸ χάρισμα; εἰ γὰρ τῷ τοῦ ἑνὸς παραπτώματι οἱ πολλοὶ ἀπέθανον, πολλῷ μᾶλλον ἡ χάρις τοῦ Θεοῦ καὶ ἡ δωρεὰ ἐν χάριτι τῇ τοῦ ἑνὸς ἀνθρώπου ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ εἰς τοὺς πολλοὺς ἐπερίσσευσε.
Mais n'en est-il pas du don de grâce comme de la faute? Car si, par la faute d'un seul, beaucoup sont morts, à bien plus forte raison la grâce de Dieu et le don ont abondé envers beaucoup, par la grâce qui est d'un seul homme, Jésus Christ.
οὐχ ὡς
[...]
οὕτω κα
ί
-
n'en est-il pas de [...] comme
:
Tout en comparant Adam et le Christ, Paul s'arrête surtout sur les différences qui les opposent:
- la faute d'Adam et son résultat, la mort / l'œuvre du Christ et son résultat, la grâce abondante (v.15);
- la condamnation de la faute / l'acquittement qu'apporte la grâce (v.16);
- la mort découlant de la condamnation / la vie résultant de la justification (v.17).
εἰς τοὺς πολλο
ῦ
ς
-
envers beaucoup
:
Cette locution fait écho à Is 53,11: "יצדיק צדיק עבדי לרבים", "mon serviteur juste en justifiera beaucoup" (LXX: "δικαιῶσαι δίκαιον εὖ δουλεύοντα πολλοῖς"), où elle désigne la communauté associée au Serviteur de l'Éternel et bénéficiaire de son œuvre. 

Verset 16.
καὶ οὐχ ὡς δι᾿ ἑνὸς ἁμαρτήσαντος τὸ δώρημα; τὸ μὲν γὰρ κρίμα ἐξ ἑνὸς εἰς κατάκριμα, τὸ δὲ χάρισμα ἐκ πολλῶν παραπτωμάτων εἰς δικαίωμα.
Et n'en est-il pas du don comme de ce qui est arrivé par un seul qui a péché? Car le jugement vient d'un seul en condamnation; mais le don de grâce, de plusieurs fautes, en justification.


Verset 17.
εἰ γὰρ τῷ τοῦ ἑνὸς παραπτώματι ὁ θάνατος ἐβασίλευσε διὰ τοῦ ἑνός, πολλῷ μᾶλλον οἱ τὴν περισσείαν τῆς χάριτος καὶ τῆς δωρεᾶς τῆς δικαιοσύνης λαμβάνοντες ἐν ζωῇ βασιλεύσουσι διὰ τοῦ ἑνὸς ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ.
Car si, par la faute d'un seul, la mort a régné par un seul,
à bien plus forte raison
ceux qui reçoivent l'abondance de la grâce et du don de la justice, régneront-ils en vie par un seul, Jésus Christ)

Verset 18.
 ῎Αρα οὖν ὡς δι᾿ ἑνὸς παραπτώματος (1) εἰς πάντας ἀνθρώπους εἰς κατάκριμα, οὕτω καὶ δι᾿ ἑνὸς δικαιώματος (2)εἰς πάντας ἀνθρώπους εἰς δικαίωσιν ζωῆς.
... ainsi donc, comme par une seule faute les conséquences de cette faute furent envers tous les hommes en condamnation, ainsi aussi par une seule justice les conséquences de cette justice furent envers tous les hommes en justification de vie.
εἰς πάντας ἀνθρώπους
-
envers tous les hommes
-
(1)
et

(2)
:

--Reprise de l
a phrase restée en suspens à la fin du v.12.

--
En (1) tous ceux qui sont associés à Adam par un lien de solidarité, et en (2) tous ceux qui sont associés à Jésus Christ par le même type de lien - les "
οἱ πολλοί
","
beaucoup", des vv.15 et 19. 
Verset 19.
ὥσπερ γὰρ διὰ τῆς παρακοῆς τοῦ ἑνὸς ἀνθρώπου ἁμαρτωλοὶ κατεστάθησαν οἱ πολλοί, οὕτω καὶ διὰ τῆς ὑπακοῆς τοῦ ἑνὸς δίκαιοι κατασταθήσονται οἱ πολλοί.
Car comme par la désobéissance d'un seul homme plusieurs ont été constitués pécheurs, ainsi aussi par l'obéissance d'un seul, plusieurs seront constitués justes.
διὰ τῆς παρακοῆς -
par la désobéissance
/
διὰ τῆς ὑπακοῆς
-
par l'obéissance
: "
Désobéissance" ("
παρακοή parakoē
") et "obéissance" ("ὑπακοή
hupakoē
") au sens paulinien = "méfiance" et "confiance"; comme le dit Kierkegaard : "Le contraire du péché, ce n'est pas la vertu, le contraire du péché, c'est la foi"
.

ἁμαρτωλοὶ κατεστάθησαν
-
ont été constitués pécheurs
/
δίκαιοι κατασταθήσονται -
seront constitués justes
:
Le verbe grec "καθίστημι
kathistēmi
", employé dans les deux cas, a un sens juridique (voir note au v.12).
διὰ τῆς ὑπακοῆς τοῦ ἑν
ό
ς
-
par l'obéissance d'un seul
:
Contrairement à Adam, Jésus n'a jamais péché: sa mort n'est donc pas la sanction de son propre péché, mais celle du péché des
"
πολλοί
","
beaucoup", à la place desquels il a été puni. La "désobéissance" d'Adam a entraîné le verdict de culpabilité pour les hommes; l'obéissance du Christ a entraîné pour eux le verdict de justification. 

οἱ πολλοί
-
plusieurs
:
Voir vv.15,18 et notes.
__________________________________________________________________

• Rm 8,8-17.

Morts au péché, "héritiers" avec le Christ, promis à une résurrection semblable à la sienne: telle est la condition nouvelle des croyants, qu'atteste l'Esprit. C'est lui qui murmure en nos cœurs les mots de la prière reçue du Seigneur. Il vient au secours de notre faiblesse, pour que nous puissions surmonter les tentations de la "chair". Il nous donne de vivre dans la liberté des enfants de Dieu.

• Rm 8,8-11

Le don de l'Esprit change radicalement la condition des croyants. Ils n'échapperont pas à la mort corporelle, mais - devenus des justes - ils n'en resteront pas prisonniers. Leur mort sera - avec le Christ et comme lui - Pâque de résurrection, entrée dans la Vie.

• Rm 8,14-17

L’Esprit, la plus mystérieuse des Personnes divines, se manifeste par son action, invisible  dans le monde, mais sensible dans le cœur de l’homme. Il fait de nous des enfants de Dieu. Par lui, nous crions vers Dieu en l’appelant « notre Père ». Il nous introduit dans la communion de la Sainte Trinité.

Le contexte:

Sur Saint Paul, les épîtres, l'épître aux Romains et ses thèmes, voir à cette page
Plan de l'épître: voir
, introduction à Rm 1,1-7.
Sur Rm 8,1-17:
Il n'y a, pour ceux qui appartiennent à Jésus Christ, plus de condamnation - car ce que la Loi exige d'eux se trouve accompli grâce au sacrifice de Jésus et à l'action de l'Esprit en eux. Le croyant n'est donc plus dans le camp de l'homme livré à lui-même, incapable de mettre la Loi en pratique, et voué à la mort: il vit par l'Esprit, il est conduit par l'Esprit, c'est de l'Esprit que vient son espérance et son assurance; c'est à lui qu'il se doit, car il est fils de Dieu, héritier du Père et cohéritier du Fils, même s'il lui faut, pour un temps, passer par la souffrance.

Traduction et notes:

Verset 8.
οἱ δὲ ἐν σαρκὶ ὄντες Θεῷ ἀρέσαι οὐ δύνανται.
Or ceux qui vivent selon la chair ne sauraient plaire à Dieu.
οἱ δὲ ἐν σαρκὶ ὄντες - Or ceux qui vivent selon la chair: Voir Ga 5,3. La "chair" et l' esprit" (voir cette page) ne sont pas deux natures qui s'opposeraient entre elles dans le croyant, mais deux principes auxquels les hommes peuvent ou non se soumettre (v.12).

Verset 9.
ὑμεῖς δὲ οὐκ ἐστὲ ἐν σαρκὶ, ἀλλ ἐν πνεύματι, εἴπερ Πνεῦμα Θεοῦ οἰκεῖ ἐν ὑμῖν. εἰ δέ τις Πνεῦμα Χριστοῦ οὐκ ἔχει, οὗτος οὐκ ἔστιν αὐτοῦ.
Pour vous, vous ne vivez pas selon la chair, mais selon l'esprit, si du moins l'Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu'un n'a pas l'Esprit du Christ, il ne lui appartient pas.
εἰ δέ τις Πνεῦμα Χριστοῦ οὐκ ἔχει...  - Si quelqu'un n'a pas l'Esprit du Christ...: Toute personne n'ayant pas l'Esprit n'appartient pas au Christ; ceci implique que tout croyant a l'Esprit (v.10).
Voir aussi v.4. Paul n'oppose pas certains croyants qui ne vivraient pas dans la dépendance de l'Esprit à d'autres qui auraient une relation particulière avec ce dernier. Il oppose:
- ceux qui vivent à la manière de l'homme livré à lui-même, ceux qui n'ont pas l'Esprit (vv.4;5;9); qui tendent à la mort (v.6); qui haïssent Dieu et ne peuvent se soumettre à la Loi (v.7; voir 7,13-25);
- à ceux qui ont l'Esprit, qui vivent de l'Esprit, et non plus à la manière des hommes livrés à eux-mêmes (vv.4;5;9); ils tendent à la vie et à la paix (v.6; voir 5,1).
Tout ce passage (vv.5-17) ne consiste pas en une exhortation à vivre selon l'Esprit, mais en une description et une explication de l'œuvre de l'esprit, qui donne la vie à ceux qui étaient morts.

Verset 10.
εἰ δὲ Χριστὸς ἐν ὑμῖν, τὸ μὲν σῶμα νεκρὸν δι᾿ ἁμαρτίαν, τὸ δὲ πνεῦμα ζωὴ διὰ δικαιοσύνην.
Et si le Christ est en vous, le corps, il est vrai, est mort à cause du péché, mais l'esprit est vie à cause de la justice.
• εἰ δὲ Χριστὸς ἐν ὑμῖν - Et si le Christ est en vous: C'est par l'Esprit que le Christ demeure dans le croyant car l'Esprit est "l'Esprit du Christ" (v.9; voir Jn 14,16-18;23). Paul ne confond pas le Christ et l'Esprit, comme s'ils étaient deux manifestations interchangeables de Dieu.
διὰ δικαιοσύνην - à cause de la justice: Comme nous avons été libérés de toute condamnation grâce à Jésus Christ (v.1), l'Esprit peut, sans empêchement, devenir notre "vie": sa visée - la vie et la paix (v.6) - peut devenir effective en nous par les fruits qu'il produit (voir Ga 5,22). Mais cette tendance de l'Esprit vise plus qu'une transformations intérieure: elle se concrétisera dans notre résurrection (v.11), même si notre corps a pour l'heure encore à souffrir de la mort (voir v.23).

Verset 11.
εἰ δὲ τὸ Πνεῦμα τοῦ ἐγείραντος ᾿Ιησοῦν ἐκ νεκρῶν οἰκεῖ ἐν ὑμῖν, ὁ ἐγείρας τὸν Χριστὸν ἐκ νεκρῶν ζῳοποιήσει καὶ τὰ θνητὰ σώματα ὑμῶν διὰ τοῦ ἐνοικοῦντος αὐτοῦ Πνεύματος ἐν ὑμῖν.
Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité le Christ d'entre les morts rendra aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.
εἰ δὲ τὸ Πνεῦμα τοῦ ἐγείραντος ᾿Ιησοῦν - Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus: On remarquera la formulation explicitement et doublement trinitaire:
- τὸ Πνεῦμα / Πνεύματος: (par) l'Esprit;
- τοῦ ἐγείραντος / ὁ ἐγείρας: (de) celui qui a ressuscité = le Père (voir 1,4);
- Ιησοῦν / τὸν Χριστόν: Jésus / le Christ = le Fils.
Verset 12.
 ῎Αρα οὖν, ἀδελφοί, ὀφειλέται ἐσμέν οὐ τῇ σαρκὶ τοῦ κατὰ σάρκα ζῆν·
Ainsi donc, frères, nous ne devons pas à la chair de vivre selon la chair.
κατὰ σάρκα ζῆν - vivre selon la chair: Paul appelle les chrétiens de Rome à vivre ce qu'ils sont (voir 6 et 12,1-2): ils n'ont pas de dette envers "la chair", ils n'ont de dette qu'envers l'Esprit, source de leur vie (v.10). C'est pourquoi,au v.13, l'apôtre précise qu'il ne faut pas se tromper de créancier: il s'agit de faire le choix qu'imposent nos "obligations"(v.12), non de vivre à la manière de l'homme livré à lui-même, ce qui entraîne la mort, mais de vivre selon l'Esprit, ce qui produit la vie. Or tel est le choix que devraient faire ceux qui sont conduits par l'Esprit car ils sont "fils" (v.14) et non plus "esclaves" (v.15).

Verset 13.
 εἰ γὰρ κατὰ σάρκα ζῆτε, μέλλετε ἀποθνῄσκειν· εἰ δὲ πνεύματι τὰς πράξεις τοῦ σώματος θανατοῦτε, ζήσεσθε.
Si vous vivez selon la chair, vous mourrez; mais si par l'Esprit vous faites mourir les actions du corps, vous vivrez,

Verset 14.
ὅσοι γὰρ Πνεύματι Θεοῦ ἄγονται, οὗτοι εἰσιν υἱοὶ Θεοῦ.
car tous ceux qui sont conduits par l'Esprit de Dieu sont fils de Dieu.
ἄγονται - sont conduits: L'emploi du passif souligne que l'Esprit lui-même rend capable de ne pas vivre à la manière de l'homme livré à lui-même.
υἱοὶ Θεοῦ - fils de Dieu: Privilège d'Israël dans le PT (Dt 14,1; Os 11,1). Voir v.15 et note.

Verset 15.
οὐ γὰρ ἐλάβετε πνεῦμα δουλείας πάλιν εἰς φόβον, ἀλλ᾿ ἐλάβετε πνεῦμα υἱοθεσίας, ἐν ᾧ κράζομεν· ἀββᾶ, ὁ πατήρ.
Et vous n'avez point reçu un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte; mais vous avez reçu un Esprit d'adoption, par lequel nous crions: Abba! Père!
υἱοθεσίας - d'adoption: L'adoption était une pratique courante dans le monde hellénistico-romain. Les enfants adoptifs avaient les mêmes droits que les enfants "biologiques", y compris les droits à l'héritage (que l'on pense à la succession des empereurs romains!) familial (voir v.23; 9,4; Ga 4,5).
Par l'envoi de "son propre Fils" (v.3), le Père s'est acquis un peuple de fils (v.29): tout ce qui est au Fils est à eux (v.17 et note), ce dont l'Esprit est le gage (vv.14;23; Ep 1,14). Ce statut d'adopté par Dieu introduit chaque croyant dans une relation de liberté avec son Père.
ἀββᾶ, ὁ πατήρ - ܐܒܐ ܐܒܘܢ - Abba! Père!: Le terme araméen ܐܒܐ signifie "cher père"(voir Ga 4,6); c'est celui que Jésus employait dans sa prière. C'est à la fois un terme d'affection, de respect et de confiance, qui souligne notre privilège d'enfants de Dieu. Allusion possible à Lc 11,2.

Verset 16.
αὐτὸ τὸ Πνεῦμα συμμαρτυρεῖ τῷ πνεύματι ἡμῶν ὅτι ἐσμὲν τέκνα Θεοῦ.
L'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu.
αὐτὸ τὸ Πνεῦμα συμμαρτυρεῖ τῷ πνεύματι ἡμῶν - L'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit: L'un des privilèges du croyant est cette œuvre intérieure de l'Esprit qui produit en lui l'humble assurance de l'adoption par le Père.

Verset 17.
εἰ δὲ τέκνα, καὶ κληρονόμοι, κληρονόμοι μὲν Θεοῦ, συγκληρονόμοι δὲ Χριστοῦ, εἴπερ συμπάσχομεν ἵνα καὶ συνδοξασθῶμεν.
Or, si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers: héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ, si toutefois nous souffrons avec lui, afin d'être glorifiés avec lui.
συγκληρονόμοι - cohéritiers: Cet héritage est lié à la "gloire" du Christ, à laquelle nous aurons part. Il concerne la participation au Royaume éternel à venir, que Jésus établira sur la nouvelle terre, lors de la résurrection (v.23; voir Mt 5,5).
εἴπερ συμπάσχομεν - si toutefois nous souffrons avec lui: Voir vv.18-30.
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• Rm 8,18-23

Depuis son baptême, le chrétien est "sous l'emprise de l'Esprit" qui "habite" en lui et le fera passer de la mort corporelle à la vie éternelle, avec le Christ (voir Rm 8,8sqq à cette page).
Comme celle de tout homme, son existence se déroule dans un monde marqué par la souffrance: c'est la phase douloureuse de la Pâque du Seigneur.
Pour lui aussi, le jour de la résurrection glorieuse viendra.
Et, comme elle a eu part à la destinée laborieuse de l'homme, la création participera à la délivrance de sa condition mortelle. 

Remarques:

Sur Paul, les épîtres et l'épître aux Romains: voir à cette page.
Sur 8,18-39:
La présence de l'Esprit de Dieu dans la vie des croyants est la preuve de leur adoption par le Père: l'héritage du Fils leur est promis (voir vv.5-17). Mais cette espérance se vit au sein de la souffrance (vv.18-30): la pleine rédemption est encore future, cette délivrance de l'ancienne création dont les croyants sont encore solidaires par "la chair" (voir ici). L'Esprit, lui-même, par ses gémissements se solidarise avec eux (vv.22-23;26), et son intercession se conforme au plan divin qui s'accomplit en vue de la gloire à venir (vv.27-30). Se sachant libéré de toute condamnation grâce à Jésus Christ (vv.1;31-39), son autre intercesseur (v.34), le croyant peut faire face à l'épreuve et à l'opposition, car il sait que son amour pour Dieu (v.28) ne fait que répondre à cet amour glorieux que "Dieu lui-même nous a témoigné en Jésus Christ, notre Seigneur" (v.39). 


Traduction et notes:

Verset 18.
Λογίζομαι γὰρ ὅτι οὐκ ἄξια τὰ παθήματα τοῦ νῦν καιροῦ πρὸς τὴν μέλλουσαν δόξαν ἀποκαλυφθῆναι εἰς ἡμᾶς.
J'estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont pas dignes d'être comparées avec la gloire à venir qui doit nous être révélée. 

Verset 19.
ἡ γὰρ ἀποκαραδοκία τῆς κτίσεως τὴν ἀποκάλυψιν τῶν υἱῶν τοῦ Θεοῦ ἀπεκδέχεται.
Car la vive attente de la création attend la révélation des fils de Dieu. 
τὴν ἀποκάλυψιν τῶν υἱῶν τοῦ Θεοῦ - la révélation des fils de Dieu: C'est lors de la résurrection que seront "révélés" les croyants, car jusqu'à ce jour ils sont solidaires de l'humanité tout entière, ils appartiennent encore à la création soumise à la corruption et à la mort (v.21). Le passage souligne avec force ce lien.

Verset 20.
τῇ γὰρ ματαιότητι ἡ κτίσις ὑπετάγη, οὐχ ἑκοῦσα, ἀλλὰ διὰ τὸν ὑποτάξαντα, ἐπ᾿ ἑλπίδι
Car la création a été assujettie à la fragilité (non de sa volonté, mais à cause de celui qui l'a assujettie), dans l'espérance
τῇ ματαιότητι
-
à la fragilité
:
C'est le mot ("ματαιότης
mataïotēs
") que LXX a utilisé pour traduire l'hébreu "
הבל 
hăbêl
", rendu célèbre par Qo 1,2b:
הבל הבלים הכל הבל׃
Attention! Ce mot désigne une "fumée", une "vapeur", une "haleine", du "vent" - au sens concret et sans valeur péjorative ni jugement de valeur,  comme le sens premier du mot "vanité": ce qui est "vain", sans poids; contrairement au sens courant de la "vanité", qui implique un jugement de valeur négatif (la "vanité" est un défaut) - voir à cette page, sur le sens du mot et du verset.
Paul reprend ici ce terme pour dire que "la création", soumise à la "fragilité", est périssable.
διὰ τὸν ὑποτάξαντα - à cause de celui qui l'a assujettie: Selon bon nombre d'exégètes, il s'agit d'Adam.
Mais certains (surtout parmi les Réformés) objectent que c'est Dieu qui, "suite à la chute et dans son juste jugement", a soumis la création à la souffrance et à la mort (Gn 3,16-19).
Pourtant, l'"espérance" a marqué le jugement divin dès le début (voir Gn 3,15;21) et semble comme inscrite dans la création de par la bonté de Dieu, puisqu'elle attend de "vive attente" (v.19) sa libération (v.21).

Verset 21.
ὅτι καὶ αὐτὴ ἡ κτίσις ἐλευθερωθήσεται ἀπὸ τῆς δουλείας τῆς φθορᾶς εἰς τὴν ἐλευθερίαν τῆς δόξης τῶν τέκνων τοῦ Θεοῦ.
que la création elle-même aussi sera affranchie de la servitude de la corruption, pour jouir de la liberté de la gloire des enfants de Dieu.
καὶ αὐτὴ ἡ κτίσις
-
la création elle-même aussi
:
Il y aura continuité entre l'ancienne "création" et la nouvelle, de même qu'il y aura une continuité entre les corps actuels des croyants et leur corps de résurrection (v.23). Mais en même temps la différence sera profonde, comme l'indique la répétition du mot "δόξα doxa -
gloire" (vv.18;21;23).

τῆς φθορᾶς - de la corruption: L'univers physique doit être renouvelé (2P 3,13; Ap 21,1), de sorte qu'il n'y aura plus ni décrépitude ni mort. Le Royaume éternel du Christ sera établi sur la terre transfigurée. 
τῆς δόξης - de la gloire: Déjà le PT prédisait cette libération de la création matérielle (Is 55,13;65,17). 

Verset 22.
οἴδομεν γὰρ ὅτι πᾶσα ἡ κτίσις συστενάζει καὶ συνωδίνει ἄχρι τοῦ νῦν·
Car nous savons que toute la création ensemble soupire et est en travail jusqu'à maintenant;
συστενάζει - ensemble soupire:
- Le verbe "συστενάζω sustenadzô" est composé de "στενάζω sténadzô", "je soupire", "je grogne", "je murmure", "je gémis" - c'est-à-dire "j'émets des sons inarticulés", et du préfixe prépositionnel "σύν sun" (-> préfixe syn- en français), "avec", "ensemble", "en même temps"...
- Le verbe simple "στενάζω sténadzô" sera employé au v.23 à propos des croyants et le nom dérivé "στεναγμός sténagmos" au v.26 à propos de l'Esprit. Le fait de "soupirer", de "gémir" unit donc la création, les croyants et Dieu-Esprit dans une même attente, de la libération (v.21) ou de la rédemption (v.23) à venir. Voir Jr 13,21; Is 66,7-9. 

Verset 23.
οὐ μόνον δέ, ἀλλὰ καὶ αὐτοὶ τὴν ἀπαρχὴν τοῦ Πνεύματος ἔχοντες, καὶ ἡμεῖς αὐτοὶ ἐν ἑαυτοῖς στενάζομεν υἱοθεσίαν ἀπεκδεχόμενοι, τὴν ἀπολύτρωσιν τοῦ σώματος ἡμῶν.
et non seulement elle, mais nous-mêmes aussi qui avons les prémices de l'Esprit, nous aussi, nous soupirons en nous-mêmes, attendant l'adoption, la délivrance de notre corps.
τὴν ἀπαρχήν
-
les prémices
:
L'Esprit qui vit dans le chrétien est à la fois acompte et garantie de l'héritage futur dont il lui donne un avant-goût (voir v.16;11,16; 1Co 15,20). Ce que nous attendons, c'est notre pleine entrée dans dans notre héritage d'enfants "adoptifs" de Dieu (voir vv.15-16 et notes).
τὴν ἀπολύτρωσιν - la délivrance: Notre rédemption ou, selon le v.24, notre salut - qui sont déjà actuels (voir 3,24 et notes) ont aussi une dimension future (voir 5,9-10); ces deux étapes du salut sont liées aux deux "états" de l'homme:
- l'homme "selon la chair", c'est-à-dire ce que l'homme est en Adam:à cause de la chute, faible, livré à lui-même, pécheur;
- l'homme que l'Esprit a fait naître, dans le Christ, à une vie nouvelle sous le régime de la grâce (voir ici).

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• Rm 8,22-27

Les chrétiens vivent dans un état de tension : sauvés, mais en espérance seulement ; promis à la délivrance des entraves de leur condition mortelle, mais encore dans un monde marqué par le péché.
C’est d’un véritable enfantement qu’il s’agit : douloureux, certes, mais dont l’heureuse issue ne fait aucun doute.
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• Rm 8,31b-34

Dieu, qui n'a pas voulu qu'Abraham lui sacrifie son fils unique en témoignage de foi, a livré aux hommes son propre Fils - dont la mort et la Résurrection nous justifient.
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